ISBN 2-11080-725-3
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'*■ #0
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
TOME 112
Danièle GUiNOT
MORPHOLOGIE ET PHYLOGENÈSE DES BRACHYOURES
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-HUaire (V*)
Source : iMWHW, Paris
ÉDITIONS DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
En vente à la Bibliothèque centrale du Muséum,
38, rue GeoffroySaint-Hflaire, 75005 Paris
G.G.P. : Paris 9062-62 Y
Annuaire du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1939).
Archives du Muséum national d’Histoire naturelle (depuis 1802. In-4®, sans périodicité).
Bulletin du Muséum ruxtional d’Histoire naturelle (depuis 1895. Depuis 1979, divisé en 3 sections : A
(Zoologie, Biologie et Écologie animales), B (Botanique, Biologie et Écologie végétales, Phyto¬
chimie), G (Sciences de la Terre, Paléontologie, Géologie, Minéralogie). 4 livraisons par an.
Les grands Naturalistes français (depuis 1952. Sans périodicité).
Mémoires du Muséum national d'Histoire naturelle (depuis 1935. Depuis 1950, nouvelle série en 3 (puis 4)
parties : A (Zoologie) ; B (Botanique) ; G (Sciences de la Terre) ; D (Sciences phyico-chimiques).
Notes et Mémoires sur le Moyen-Orient (depuis 1933. In-4®, sans périodicité).
Publications du Muséum national d’Histoire naturelle (depuis 1933. Sans périodicité).
. . • •. • f-.-rAv
••J'»'j.-o ^
• r .
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, Zoologie, Tome 112
DONNÉES NOUVELLES SUR LA MORPHOLOGIE,
LA PHYLOGENÈSE ET LA TAXONOMIE
DES CRUSTACÉS DÉCAPODES BRACHYOURES
par
Danièle GUINOT ‘
SOMMAIRE
INTRODUCTION. 10
Chapitre I. — QUELQUES PROBLÈMES PARTICULIERS À LA TAXONOMIE DES CRUSTA¬
CÉS DÉCAPODES BRACHYOURES. 13
I. Les trois niveaux de la carcinisation. 14
1. LA CARCINISATION CHEZ LES DÉCAPODES . 18
2. LE PARALLÉLISME DE LA CARCINISATION DANS DIVERS CLADES
DE BRACHYOURES . 22
3. LA CARCINISATION À U INTÉRIEUR DES LIGNÉES BRACHYOURIENNES. 22
IL Exemple d’une morphoclinb carcinologique. 23
Chapitre IL — LA CARAPACE, STRUCTURE TRADITIONNELLEMENT UTILISÉE DANS LA
SYSTÉMATIQUE CARCINOLOGIQUE. 29
1. Forme GéNÉRALE de la carapace. 31
IL Bords de la carapace. 35
III. Quelques autres caractéristiques de la carapace. 37
1. RÉGIONS GASTRIQUES, FOSSETTES GASTRIQUES ; LES DIVERS TYPES
DE « SILLONS » ET LEUR INTERPRÉTATION . 37
2. ARÉOLATION DE LA CARAPACE . 46
3. ORNEMENTATION . 48
4. ANNEXES . 57
Annexe à : Genre Demania Laurie. 57
Annexe B : Genre Lophozozymus A. Milne Edwards. 61
Annexe C : Genre Glyptoxanthus A. Milne Edwards. 65
* Laboratoire de Zoolo^e [Arthropodes], Muséum national d'Histoire naturelle, 61, rue de Bulfon, 75005 Paris,
Source : MNHN, Paris
MOFIPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOXJRES
Chapitsb III. — STERNUM THORACIQUE. 69
I. Définitions.
1. CONFORMATION GÉNÉRALE . 69
2. LIGNE MÉDIANE OU SAGITTALE . 71
3. ÉPISTERNITES . 72
4. SELLE TURCIQUE . 73
II. Valeur taxonomique du sternum thoracique. 73
III. Utilisation du plastron sternal comme indice de la monophylie. 78
IV. Tendances évolutives et niveaux anagknétiques du sternum thoracique dans les
GRANDS GROUPES DE BrACHVOURES STEHNITRÈMES. 80
1. LES QUATRE SUTURES TRANSVERSALES ININTERROMPUES . 81
2. LES SUTURES TRANSVERSALES ANTÉRIEURES INCOMPLÈTES . 86
Xanthidae {pro parle) . 88
OxYSTOMATA (pro parte) . 96
Partkenopidae (pro parle). 96
Parthenoxystomata. 98
Bellioidea (pro parle) . 98
Geryonidae . 99
3. LES QUATRE SUTURES TRANSVERSALES INCOMPLÈTES . 100
Bellioidea (pro parte) . 100
PORTUNIDAE. 100
Dorippidae. 101
Orithyinae. 103
Leucosiidae. 103
Majidae. 104
Parthenopidae (pro parle). 104
Ocypodidae . 105
Grapsidae. 105
Gecarcinidae. 106
PiNNOTERIDAE. 107
4. CAS COMPLEXES, AVEC LES QUATRE SUTURES TRANSVERSALES INCOM¬
PLÈTES . 107
Mictyridae. 107
Hymbnosohatidab. 110
Palicidae. 111
Retroplumidab. 114
Hexapodidae. 114
V. Résumé des données nouvelles. 118
Chapitre IV. — CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE DE L’ABDO¬
MEN. 120
I. Définitions et historique. Valeur taxonomique de l’appareil d'accrochage. 120
II. BrACHYOURES S.l. À ORIFICES FEMELLES COXAUX (BrACHYOURES PÉDITRÉMEs). 123
Drohiacea. 123
Dromiidab. (modalités variées des dispositifs de rétention de l’abdomen). 124
Dynohsnidae (appareil spécial de rétention mais non fonctionnel, tout au moins au-delà
d’une certaine taille). 125
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE 5
Homoloidba. 126
Homolidab (rétention de l’abdomen assurée par plusieurs dispositifs chez une même
espèce). 126
Raninoidea ou Gymnopleura (appareil de rétention absent, sauf dans le genre Lyreidus
de Haan). 127
Autres Brachyoubes péditrèmes . 129
Houolodrohiidae. (maintien de l’abdomen hypothétique). 129
Tymoiidae (appareil de rétention absent, semble-t-il). 129
III. Bracbyoubes à orifices femelles sternaux (Brachyoubes sternitrèhes ou Crabes
ï VRAIS n). 131
1. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ABSENTE ET PAS DE DISPOSITIF
D’ACCROCHAGE . 132
Genre Corystes Latreille. 132
Genre Pseudocorystes H. Milne Edwards. 132
2. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE MAIS PAS D'APPAREIL
D'ACCROCHAGE ; AUCUNE COAPTATION SPÉCIALE STERNUM-
ABDOMEN . 133
Genre Orilhyia Fabricius. 133
3. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PEU PRONONCÉE ; APPAREIL D’ACCRO¬
CHAGE PRÉSENT, DU TYPE BOUTON-PRESSION, MAIS NON FONC¬
TIONNEL . 133
Genre Nautilocorystes H. Müne Edwards. 133
4. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE; APPAREIL D’ACCROCHAGE
DU TYPE BOUTON-PRESSION PRÉSENT MAIS NON FONCTIONNEL.. 133
a) Non-coïncidence des deux éléments sternal et abdominal. 133
Genre Bellia H. Milne Edwards. 134
Genre Pellarion Jacquinot. 135
5) Fossettes abdominales rudimentaires, voire absentes. 135
Genre Tkia Leach (pro parte). 135
Gecarcinidae (pro parte} . 136
5. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE ; APPAREIL D’ACCROCHAGE
DU TYPE BOUTON-PRESSION, FONCTIONNEL . 136
Genre Thia {pro parte : Thia polita Leach). 136
Genre Atelecyclus Leach. 136
Genres Kraussia Dana et Paraxanlkus Lucas. 136
Genres Erimacrus Benedict et Teltnesstis White. 136
Genre Trachycarcinus Faxon. 137
Cancridae. 137
PoRTÜNIDAE . 137
Majidae. 137
Pabthenopidae. 138
Pahthenoxystomata. 138
OxYSTOMATA (sensu Balss, 1957). 139
Xanthidae (sensu Balss, 1957). 141
OcYPODiDAE (pro parte). 141
Grapsidae (sensu Balss, 1957) (pro parle) . 142
POTAMIDAE . 144
Palicidae. 144
Hexapodidae (Hexapodinae sensu Balss, 1957). 145
Gecarcinidae (pro parte). 145
Source : MNHN, Paris
6 MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
6 CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PROFONDÉMENT EXCAVÉE; PAS
D'APPAREIL D’ACCROCHAGE SPÉCIAL MAIS COAPTATION, VOIRE
. ADHÉRENCE », DE L'ABDOMEN AVEC LES BORDS DE LA CAVITÉ.. 145
Lbucosiidae {pro parte) . 145
7. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PROFONDÉMENT EXCAVÉE ET ÉTROI¬
TEMENT COAPTÉE AVEC LES BORDS DE L'ABDOMEN ADHÉRENCE ;
APPAREIL DE RÉTENTION D’UN TYPE SPÉCIAL . 146
Lbucosiidae {pro parte) . 146
8. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE EXCAVÉE; APPAREIL DE RÉTENTION
D’UN TYPE SPÉCIAL (SAILLIE + ENCOCHE SUR LE STERNITE 5;
ANGLES LATÈRO-POSTÉRIEURS DU SIXIÈME SEGMENT ABDOMINAL
DE FORME PARTICULIÈRE) . 148
Retroplumidae. 148
9 CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PROFONDÉMENT EXCAVÉE; DOUBLE
APPAREIL D’ACCROCHAGE (UNE PAIRE DE GROSSES PROTUBÉRAN¬
CES SUR LE STERNITE 5 ET UNE PAIRE DE SAILLIES PLUS PETITES
SUR LE STERNITE 4) . 148
PiNNOTERiDAE {pro parte) . 148
10. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE EXCAVÉE; APPAREIL D’ACCROCHAGE
DU TYPE BOUTON-PRESSION MAIS ATYPIQUE EN RAISON DE LA
POSITION DES FOSSETTES SOUS-ABDOMINALES . 149
Hymenosomatidae. 149
11. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE ; APPAREIL D'ACCROCHAGE
PRÉSENT, VESTIGIAL OU DISPARU . 150
OcYPODiDAE (sensu Balss, 1957) (pro parte). 150
Grapsidae (pro parte). 151
Gecarcinidae (appareil facultatif selon les genres). 152
Mictyridae (appareil d’accrochage absent). 152
12. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE ; SUR LE STERNITE 4, UNE
PAIRE DE CRÊTES DE RÉTENTION FORMANT UN CRAN D’ARRÊT
QUI BLOQUE LE TELSON DANS SA PARTIE BASALE . 153
OcYPODiNAE (pro parte) : sous-genre Minuca du genre Uca Leach, ainsi que quel¬
ques autres espèces A’Uca . 153
IV. L’appareil d’accrochage de l’abdomen au cours de la croissance. 156
V. L’appareil d’accrochage chez la femelle. 157
VI. La cavité STERNO-ABDOMINALE CHEZ LES FEMELLES. FORMATION d’uNE CAVITÉ INCUBA-
TBICE. 159
VII. Tendance de la première paire de pléopodes sexuels à sortir de la cavité sterno-
ABDOHINALE. RaINURES ET B TRANCHÉES » STERNALES. 163
VIII. Résume des données nouvelles. 170
Chapitre V. — ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES. 171
I. Définitions de deux catégories de Bracryoures : pbditrèmes et sternitrèhes. 171
II. Bracryoures s.l. À orifices femelles coxaux (Brachyoures péditrèmes). 173
Dromiacea . 173
Drohiidab. 173
Dynomenidae. 173
Homoloidea. 17(1
Raninoidea ou Gymnopleura. 174
SOMMAIRE
7
Autres Bkachyoures péditrèmes. 1-74
Hoholodromiidab. 174
Tymolidae . 174
III. Bbachyoürës à orifices femelles sternaux (Brachyoubes sternitrèmes ou Crabes
« vrais »). 174
1. VAGIN ET OPERCULE . 175
2. VULVES NON RECOUVERTES PAR L'ABDOMEN . 176
a) Abdomen de la femelle pubère n’atteignant pas le sternite 6. 176
Genre Cort/sles Latreille. 176
Genre Pseudocorystes H. Milne Edwards. 177
Genre Neutilororystes H. Milne Edwards. 177
Genre Oriihyia Fabricius. 177
b) Position très latérale des vulves. 177
Genres Erimacrus Benedict et Telmessus White. 178
Genre Bellia H. Milne Edwards. 180
3. VULVES RECOUVERTES PAR L'ABDOMEN . 180
Genre Peltarion Jacquinot. 181
Genre Trackycarcinus Faxon. 181
Genres Kraitssia Dana [et Paraxanthus Lucas]. 181
Genre Thia Leach. 181
Autres Brachyoures. 183
Exemple de la sous-famille des Platyxanthinae Guinot. 183
4. POSITION DES VULVES SUR LE STERNUM THORACIQUE . 183
Palicidae. 185
Hymenosomatidae. 186
IV. Le rôle de la mue dans la copulation. 186
Chapitre VI. — ORIFICES GÉNITAUX MALES. 189
I. Brachyoures s.l. À orifices femelles coxaux (Brachyoures péditrèmes). 191
Dbomiacea . 191
Dbomiidae. 191
Dynomenidae. 191
Homoloidea. 193
Raninoidea ou Gymnopleuba. 193
Autres Brachyoures péditrèmes. 194
Homolodromiidae. 194
Tymolidae . 194
II. Brachyoures à orifices femelles sternaux (Brachyoures sternitrèmes ou Crabes
« VRAIS »). 195
Oxystomata sensu Balss, 1957 (sauf Tymolinae et Raninidae). 195
OxYRHYNCHA ssnsu Balss, 1957 (sauf Hymenosomatidae). 196
Parthenoxystomata (sensu Guinot, 1966*1967 ; 19785). 197
Bellioidea (sensu Guinot, 1976). 197
Brachyrhyncha (sensu Balss, 1957). 197
CoBYSTiDAE (sensu Balss, 1957). 198
Atelecyclidae (sensu Balss, 1957). 198
Cancridae et Pbrimelidae. 198
POBTUNIDAE . 198
Retroplumidae. 200
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Xanthidae (i«nsu Balss, 1957).‘ ‘ '
Xanthinae des genres Medaeits Dana et Monodaeus Guinot.
PiLUMNiNAE (sertitt Balss, 1957).
Panopeinae Ortmann.
Goneplacidae (iensu Balss, 1957).
Grapsidab {sensu Balss, 1957).
1 . ..
2. Varuninae.
3. Sesarminae .
4. Plagusiinae.
OcYPODJDAE (sensu Balss, 1957 ; plus Camptandbiinae).
1. OcVPODINAE.
2. Macrophthalminae .
3. ScOPlMEBINAE .
4. Camptandbiinae.
PiNNOTERIDAË.
Gecarcinidae (sensu Balss, 1957}.
Mictyridae.
Palicidae.
Hexafodidae (= Hexapodinae seTwu Balss, 1957).
Hymenosomatidae.
200
202
203
204
206
206
208
208
208
209
209
209
211
211
212
212
212
214
214
215
215
III. Résumé des acquisitions nouvelles sur les orifices génitaux hIles
215
Chapitre VII. — PLÉOPODES SEXUELS MÂLES. 221
1. Historique. 221
IL Description générale. 224
III. Disposition des pléopodes mXles chez certains Astacoures. 224
IV. BraCHYOURES S.l. À orifices femelles COXAUX (BrACHYOURES PÉDITRÉMES). 227
Dromiacba . 227
Dbomiidab. 227
Dynomenioae. 230
Hoholoidea. 230
Raninoidea ou Gymnopleura. 232
Autres Brachyoures péditbèmes. 235
Homolodromiidae. 235
Tymolidae . 236
V. Brachyoures à orifices femelles sternaux (Brachyoures sternitrèmes ou Crabes
e VRAIS »). 239
VI. Changements du premier pléopode sexuel mâle au cours de la vie. 245
VIL Remarques sur les pléopodes sexuels hAles en tant qu’organes de copulation_ 248
Chapitre VIH. — SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE. 251
I. Définitions et historique. 251
II. Le système ENDOPHRAGMAL THORACIQUE CHEZ LES BrACHYOURES. 254
1. BRACHYOURES S.L. À ORIFICES FEMELLES COXAUX (BRACHYOURES
PÉDITRÈMES) . 254
Dromiacba. 254
Dromiidae. 254
Source : MNHN, Paris
SOMMAIRE 9
Dynomenidae. 255
Homoeoidea. 255
Raninoidea ou Gymnopleuba. 255
Autres Brachyoures péditrèmes. 256
Homolodrohiidae. 256
Tymolidae . 256
2. BRACHYOURES À ORIFICES FEMELLES STERNAUX (BRACHYOURES
STERNITRÈMES OU CRABES « VRAIS y>) . 256
Niveau III A. Squelette avec les lames endosternales complètes, parallèles, équi¬
distantes. 256
Niveau III B. Squelette aves les lames endosternales 4/5, 5/6, 6/7 incomplètes
et avec la lame endosternale 7/8 complète ; formes initiales de condensation
du squelette. 258
Niveau III C. Squelette avec toutes les lames endosternales incomplètes et plus
ou moins confluentes ; condensation accusée. 259
Niveau III D. Squelette avec toutes les lames endosternales incomplètes et
confinées latéralement, d’où l'existence d’une très large zone médiane indivise. 261
III. Conformation particulière du squelette chez les Mictybidae (Brachyoures ster-
NITBÈMES) . 262
IV. Conformation particulière du squelette chez les Leucosiidae (Brachyoures ster-
NITRÈMES) . 263
V. Exemple d’une morphocline illustrant l’évolution du système endophragmal tho¬
racique . 263
VI. Influence du mode de vie, dimorphisme sexuel, cas particuliers et conclusions
SUR LE système ENDOPHRAGMAL THORACIQUE. 264
Plaque médiane . 265
Selle tuTcique . 266
Dimorphisme sexuel . 267
Réduction du somite 8 . 267
Conclusions. 268
BIBLIOGRAPHIE. 269
LISTE DES ABRÉVIATIONS CONCERNANT LES DESSINS ET LES PHOTOGRAPHIES. 297
PLANCHES. 299
LÉGENDES COMPLÈTES DES PLANCHES DE PHOTOGRAPHIES. 301
INDEX . 339
Source : MNHN, Paris
10
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
INTRODUCTION
L’essentiel de ce travail constitue notre thèse de doctorat d’État ès sciences soutenue le 21 juin
1977 à l’Université Pierre-et-Marie-Curie à Paris ^ {cf. Guinot, 1977o). La proposition d’une nouvelle
classification des Crustacés Décapodes Brachyoures, qui en était l’aboutissement, a fait l’objet d’une
note préliminaire présentée par le P^ Théodore Monod à l’Académie des Sciences de Paris {cf. Gui¬
not, 19776).
Un travail approfondi sur la famille des Xanthidae nous a fait sentir depuis longtemps les dilfi-
cultés intrinsèques de la systématique traditionnelle. Nous avions l’impression, il faut l’avouer, que
continuer avec le seul recours à la carapace, aux pinces et à quelques autres caractères de moindre
envergure, risquait d'aboutir à une impasse. Peu à peu, nous avons pris en considération des carac¬
tères jusqu’ici négligés ou méconnus. En nous familiarisant davantage avec les méthodes modernes
de l’évolution et avec les découvertes récentes de la génétique des populations, ayant pris en même
temps conscience de l’effervescence qui se manifeste à propos des principes de la taxonomie dans la
littérature zoologique internationale, nous avons été encouragée à généraliser l'emploi de nouveaux
caractères et à en tirer des conclusions sur les liens phylogénétiques des divers taxons carcinologiques.
Les premiers fruits de cette démarche sont consignés dans nos « Recherches préliminaires sur les grou¬
pements naturels chez les Brachyoures b {cf. Guinot, 1966-1971).
La mise en œuvre de cette thèse a été précédée d’un examen critique des théories actuelles de
la classification (Guinot, 1978a, sous presse). Dans ce texte, nous avons tout particulièrement sou¬
ligné l’importance des récents efforts pour une systématique cladistique et mis en lumière les prin¬
cipes méthodologiques, en partie nouveaux, qui doivent guider le zoologiste dans la reconstitution des
groupes naturels. Dans la mesure où une classification se veut cladistique, exigence très légitime, il est
nécessaire de pouvoir l’étayer et la valider par l’établissement de raorphoclines ; la morphocline étant
une série phylogénique de transformations de caractères homologues, le problème le plus délicat est
la distinction entre les caractères plésiomorphes (primitifs) et les caractères apomorphes (avancés,
dérivés). La concordance de plusieurs morphoclines permet de juger de l’avance anagénétique d’une
lignée. Bien que l’appréciation par grade doive être secondaire, subsidiaire, elle est — du moins dans
l’état actuel de la recherche — très utile pour la définition des taxons de rang supérieur.
Le désir de reconstituer des groupements vraiment « naturels b a compliqué progressivement
la tâche des systématiciens. Cependant, bien qu’à la notion-clef d’archétype se soit substituée celle
de liens génétiques, les classifications n’ont pas été vraiment bouleversées : le concept opérationnel
d’archétype s’est maintenu d’une certaine manière, à la fois très proche en pratique et très différente
sur le plan épistémologique, sous la forme de morphotype moderne (ensemble de caractères hypothé¬
tiques attribués à l’ancêtre commun d’un groupe naturel). Nous avons montré que bon nombre des
inconséquences du classement habituel étaient si profondes, le poids du passé si lourd, que l’on n’a
pas osé rompre les axes principaux de l’ancien échafaudage taxonomique.
Nos recherches morphologiques et nos lectures sur le débat actuel entre les tenants des systé¬
matiques évolutionniste, phénétique et cladistique nous ont suggéré des réflexions sur les nouvelles
exigences logiques de la taxonomie. Il nous a paru nécessaire de faire précéder la partie essentielle
de notre thèse d une introduction sur les théories de la classification et les nouvelles méthodes d’inves-
1. Devant le jury composé des P" Pierre Drach [Président), Théodore Monod, Max Vxchon, Robert Hoffstetteh
et Jean Voyelle.
Sowce : MHHN, Paris
INTRODÜCTION
11
tigation taxonomique. Ce texte a été maintenant détaché et publié à part [cf. Guinot, 1978a). L’étude
morphologique n’étant pas un but en soi, notre thèse s’achevait par des propositions pour une nou¬
velle classification des Crustacés Décapodes Brachyoures. Pour des raisons matérielles, ce dernier cha¬
pitre de la thèse a dû être publié séparément {cf. Guinot, 1978c). Les trois textes forment dans notre
esprit une unité : le présent travail constitue l’essentiel de la recherche morphologique et les deux autres
publications en sont, l’une la justiScation épistémologique et l’autre la synthèse, l’aboutissement en
vue duquel ont été entreprises toutes nos recherches analytiques.
AVERTISSEMENT POUR L’ILLUSTRATION ^
Les plastrons sternaux sont toujours dessinés d’un seul tenant, sur une surface plane, en inté¬
grant, dans les nombreux cas de plastrons convexes, plusieurs angles de vue ; ainsi on échappe aux
déformations dues à la perspective. Leur représentation peut être dite « figuration développée » : les
sternums thoraciques à profil arrondi sont dessinés en plusieurs fois, chacune des parties étant repré¬
sentée dans sa plus grande dimension. Tous les détails du plastron sternal et de l’abdomen, y compris
les sutures sternales cachées par l’abdomen, ont été volontairement dessinés en traits pleins pour mon¬
trer plus clairement la position relative des diverses parties.
LISTE DES PERSONNES ET INSTITUTIONS NOUS AYANT FOURNI DOCUMENTATION
OU MATÉRIEL
Un tel travail n’aurait pu être fait sans l’examen comparatif d’un matériel abondant et varié.
De nombreuses personnalités, conservateurs de Musée, nous ont fait l’honneur de leur confiance en
nous envoyant, en prêt ou en don, des spécimens, parfois rares, voire uniques. Plusieurs zoologistes
nous ont entretenu de leur propre expérience. Notre reconnaissance associe à des titres divers les
personnes et institutions dont la liste figure ci-après :
D’’ A. J. Bruce ; D^ B. M. Campbell, Deputy Director, Queensland Muséum, Fortitude Valley, Aus¬
tralie (qm) ; A. Capart, directeur de l’Institut Royal des Sciences naturelles Bruxelles (ibsn) ;
D^ R. Catala, directeur de l’Aquarium de Nouméa (Fondation R. Catala-Stucki), Nouvelle-Calé¬
donie ; D^ F. A. Chace, Jr, United States National Muséum, Smithsonian Institution, Washington
(usnm) ; D*” P. A. CoELHO, Laboratoire de Ciências do Mar, Recife-Pernambuco, Brésil ; D^ A. Cros-
NiER, directeur du Centre orstom de Nosy Bé, Madagascar ; D^ R. K. Dell, directeur du Dominion
Muséum, Wellington ; M. R. Déruard ; D^ D. M. Devaney, Bernice P. Bishop Muséum, Honolulu,
Hawaii (bpbm) ; D^ W. Engelhart, Zoologische Sammlung des Bayerischen Staates, Munich (zsm) ;
Prof. D^ J. S. Garth, Chief Curator, Allan Hancock Foundation, Los Angeles (use) ; D^ L. Forcart,
Muséum d’Histoire naturelle, Bâle (mhnb) ; D^ C. B. Goodhart, University Muséum of Zoology, Cam¬
bridge, Grande-Bretagne (umzc) ; I. Gordon ; D^ D. J. G. Griffin, The Australian Muséum, Sydney
(am) ; D>' J. R., Grindley, The South African Muséum, Cape Town (sam) ; D' H. E. Gruner, Zoo-
logisches Muséum der Humboldt-Universitat, Berlin (zmb) ; D^ Gerd Hartmann, Zoologisches Staats-
institut und Zoologisches Muséum, Hambourg (zmh) ; D^ W. D. Hartman, Peabody Muséum of Natural
History, Yale University, New Haven, Conn. ; D^ R. G. Hartnoll, Marine Biological Station, Port
Erin, Isle de Man ; D^^ B. Hauser, Muséum d’Histoire naturelle, Genève (mhng) ; D^ Hiroshi Hayashi,
Tokyo ; D^ J. R. Heath, Fisheries Institute, Dar es Salaam ; D*" L. B. Holthuis, Rijksmuseum van
1. Les dessins sont l'œuvre de M. Maurice Gaillard, les photographies celle de M. Jacques Rebièrb ; nous les
assurons tous deux de notre reconnaissance.
Source : MNHN, Paris
12
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Natuurlijke Historié, Leiden (rmnh) ; R. W. Ingle, British Muséum (n.h.), Londres (bm) ;
H. Janus, Hauptkonservator, Staatliches Muséum fur Naturkunde, Stuttgart (smnt) ; Prof. Kuen-
ZEB, Zoologisches Institut und Muséum der Universitat, Gôttingen (zmg) ; H. V. Levi, Curator,
Muséum of Comparative Zoology, Cambridge, Mass, (mcz) ; D’' R. B. Manning, Smithsonian Institu¬
tion U.S. National Muséum, Washington (usnm) ; D>' Claude Michel, directeur, Mauritius Institute,
Port-Louis, île Maurice (mi) ; M“® Peyrot-Clausade, Station marine d’Endoume, Marseille ;
E. Popp, Zoologisches Staatssammiung, Munich (zsm) ; D* Y. Plessis, Muséum national d’His-
toire naturelle, Paris ; G. Pbetzmann, Naturhistorisches Muséum, Vienne (nhmw) ; H. B. Roberts,
Smithsonian Institution, Washington (usnm) ; D' T. Sakai, Yokohama National University, Tokyo ;
D*" B. Salvat, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris ; E. Santaella, Universidad de la
Laguna, Tenerife, îles Canaries ; S. Secretan, Laboratoire de Paléontologie du Muséum à Paris ;
A. G. Smith, California Academy of Sciences, San Francisco (cas) ; Prof. W. Stephenson, Univer¬
sity of Queensland, Austrabe ; Z. Stevcic, Institut za Biologiju Mora, Rovinj, Yougoslavie ;
J. H. Stock, Zoologisch Muséum, Amsterdam (zma) ; M. B. Thomassin, Station marine d’Endoume,
Marseille ; Tran Ncoc Loi, directeur de l’Institut océanographique de Nhatrang, Viêt-nam (ion) ;
D*' L. Via, Laboratorio de Geologia, Barcelone; T. Wolff, directeur, Universitetets Zoologiske
Muséum, Copenhague (uzmc) ; D'' N. A. Zarenkov, Université Lomonossov, chaire de Zoologie des
Invertébrés, Moscou.
Nous adressons également nos remerciements à MM, les directeurs : du South Australian Muséum,
Adélaïde, Australie (sama) ; du National Muséum of Singapore (nms) ; du South African Muséum,
Cape Town, Afrique du Sud ; de l’American Muséum of Naturel History, New York (anmh) ; de l’Ins-
titute Marine Research Indonesia, Djakarta, Indonésie (imr) ; du Musée Zoologique de l’Université
et de la Ville, Strasbourg, France (mzüs) ; du Natur-Museum und Forschungsinstitut, Frankfurt am
Main-1 (nmsf).
En outre, nous avons reçu de précieux renseignements du D' L. G. Abele, Smithsonian Tro¬
pical Research Institute, Balboa, Canal Zone ; de M. P. Cals, Université Pierre-et-Marie-Curie ; du
D' J. E. Lewis, Tulane University, New Orléans, U.S.A. ; du R. Serène, Laboratoire de Carci-
nologie et d’Océanographie biologique (ephe), Paris; du D' R. G. Wear, Victoria University of
Wellington, Nouvelle-Zélande ; du C. W. Wright, Londres.
LE PROCESSUS DE CARCINISATION
13
Chapitre I
QUELQUES PROBLÈMES PARTICULIERS
À LA TAXONOMIE
DES CRUSTACÉS DÉCAPODES BRACHYOURES
( L’étude des animaux sans vertèbres prise ailleurs
que dans l'art de distinguer les objets, est la seule source
où l'on peut puiser non seulement les vrais principes de
la zoologie, mais même ceux qui peuvent nous donner une
juste idée de la vie, de l’organisation animale et de ce
que sont les animaux eux-mêmes ».
Lamasck, Discours d’ouverture pour le cours de 1816
(Vachon et al., 1972).
Du fait de l’extrême diversification des nombreux représentants de la classe des Crustacés,
lorsque l’on aborde les Décapodes, on se trouve déjà en face d’un niveau taxonomique désigné comme
ordre et, lorsque, finalement, l’on s’adresse aux Brachyoures, le rang atteint est déjà celui de tribu *
(certaines classifications anciennes Déontologiques ; Beurlen et Glaessner, 1930), d’./là{eifung (Beur-
LEN, 1930 ; Balss, 1957 ; Gruner, 1969 ; Via, 1969) ou de section (Calman, 1909 ; Bouvier, 1940 ; Water*
MAN et Chace, 1960 ; Kaestneb, 1970). Toutefois, pour certains paléontologistes modernes, les Bra¬
chyoures sont un infra-ordre (Glaessner, 1960 ; 1969 ; Wright et Collins, 1972).
Les catégories hiérarchiques à l’intérieur des Brachyoures sont donc très limitées. Cette place
des Crabes — qui sont représentés dans le monde par près de 5 000 espèces vivantes — à un bas niveau
de l’échelle hiérarchique crée une situation difficile car elle restreint la liberté d’action du taxonomiste.
Par ailleurs, depuis longtemps, la tentation est grande de séparer certains groupes (par exemple Dro-
miacea, Gymnopleura) des Brachyura sensu stricto, afin que ces derniers deviennent un ensemble stric¬
tement monophylétique. Or, il ne suffit pas de soustraire des Brachyoures « vrais » les formes que les
premiers auteurs déjà appelaient Brachyura Anomala et que l’on considère aujourd’hui encore comme
un « stock pré-brachygnathe » (Williamson, 1965) ou comme des Pseudobrachyoures (Stevcic, 1971fe) ;
il faut leur trouver une place adéquate, ce qui exige une réorganisation de la systématique de l’ensemble
des Décapodes.
C’est pourquoi nous nous sommes interrogée sur la signification réelle des taxons carcinologiques
existants et nous avons réexaminé les méthodes ainsi que les résultats de nos prédécesseurs. Évidem¬
ment, toute tentative d’explication taxonomique se heurte à une certaine relativité des appréciations,
tant du concept « brachyoure » que des notions de « lignée » et de « grade » chez les Crabes.
En passant en revue les essais de définition et de classification des Brachyoures, on voit comment
le désir de reconstituer des groupements vraiment « naturels n complique progressivement la tâche
des systématiciens. Dans une certaine mesure, d’anciens carcinologistes, comme Henri Milne Edwards
et Alphonse Milne Edwards, ont anticipé sur la classification phylogénétique. Simpson (1945) fait
1. Dana certaines classificatioDS carcinologiques couramment utilisées, le terme tribu s'applique à un taxon de
rang élevé. C'est ainsi que, dans la classification de Balss (1957), la tribu est une catégorie supérieure à la famille, ce qui
n'est pas conforme aux règles hiérarchiques. Comme nous nous référons dans ce travail au système de Balss, nous sommes
souvent obligée d’employer l'appellation de tribu dans le même sens que l’auteur allemand.
Source : MNHN, Paris
14
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
l’éloge de Linné pour certains accords surprenants entre sa classification et celle des auteurs récents.
Il ne s’agit pas d’un hasard. Si la notion d’archétype est foncièrement erronée du point de vue de la
biologie évolutionniste, il n’en est pas moins vrai qu’elle comporte un contenu empirique recouvrant
en grande partie celui de morphotype moderne Le morphotype n’est pas une structure idéale qui fait
partie de l’échelle des êtres ; il se rapporte à une forme réelle qui est l’ancêtre supposé d’un taxon mono-
phylétique.
L’examen critique des principes et des caractères utilisés jusqu’à présent dans la classification
des Brachyoures nous a convaincue de la nécessité d’une remise en cause des conceptions classiques
et d’un choix différent des structures de référence diagnostique. Une révision mondiale du matériel
carcinologique était indispensable ainsi qu’un certain recours aux données paléontologiques.
Nous avons tenté de faire la distinction entre les relations par clade et celles par grade, à savoir
par lignée et par niveau. La constatation et l’étude des caractères apomorphes permettent d’aboutir
à la présentation de séries morphologiques, de morphoclines, qui illustrent la transformation des lignées.
Diverses facettes du processus de carcinisation ont pu être mises en lumière.
I. LES TROIS NIVEAUX DE LA CARCINISATION
Dans le domaine des Décapodes, l’exemple le plus frappant de transformations corrélatives
est, sans doute, le processus de carcinisation^. Celui-ci consiste en une évolution associée de nombreux
caractères, notamment : réduction de la longueur relative du céphalothorax et agrandissement du rap¬
port largeur/longueur de certaines structures (carapace ; plastron sternal ; cadre buccal ; éventuelle¬
ment, chambre branchiale ; etc.) ; aplatissement général du corps et « abaissement » de diverses forma¬
tions internes ; réduction de l’abdomen et son reploiement contre le sternum thoracique ; réduction
du rostre ; condensation céphalique ; perte partielle de la segmentation initiale, linéaire et régulière ;
régression des surfaces membraneuses souples ; renforcement de la calcification.
Nous ne parlerons pas ici du processus de céphalisalion, également rencontré chez les Décapodes. Nous
renvoyons aux importants travaux de Secretan (1964 ; 1966 ; 1972) : « La céphalisation des Décapodes est
en liaison avec une rotation des pleurites [portions originairement latérales du corps de chaque segment] des
segments masticateurs, par rapport au plan des pleurites de la région thoracique, rotation qui s’accompagne
d'une réduction de taille, de sorte qu’ils adhèrent latéralement à la carapace par leur bord initialement supé¬
rieur » (Secretan, 1966, p. 1062).
Par le processus complexe de carcinisation s’acquiert le faciès crabe. Cette évolution a orientée »
vers la réalisation du a type brachyourien » affecte des lignées différentes de Décapodes, avec des décalages
chronologiques et des limitations à des niveaux divers. Les Porcellanidae et Lithodidae en sont un
exemple classique. Le phénomène de convergence est patent.
Selon Van Straelen (1925, p. 439), on peut rapporter les Crustacés Décapodes à deux types
morphologiques : a un type fusiforme, adapté à la vie nectique ; un type dépressiforme, adapté à la vie
benthique b.
Chez les Décapodes nageurs, le corps est mince, souvent semi-transparent, comprimé et cylin¬
drique. La carapace est prolongée par un abdomen souvent très long, puissamment musclé, et aux
1. Nous entendons ce terme non pas dans l'acception des paléontologistes, selon laquelle il s’agit de variants
morphologiques, mais définissons le morphotype comme un ensemble de caractères hypothétiques attribués à
l'ancètre commun d’un groupe naturel.
2. Nous aurions préféré le terme eancirisation, qui évoque le genre Cancer Linné, considéré comme typique des
Brachyoures, mais ce mot désigne communément un processus pathologique. Nous utilisons donc le terme carcinisation,
^i a la même racine que carcinologie et évoque le genre Carcinus Leach. L'expression brachyourisation, introduite par
Stevcic (tSTlft, p. 333), devrait être employée dans une acception plus restreinte, c'est-à-dire s’appliquer exclusivement
aux transformations aboutissant aux Brachyoures.
Source ; MNHN, Paris
LE PROCESSUS DE CARCINISATION
15
segments flexibles. Les principaux organes de la locomotion sont les pléopodes, qui permettent à ces
Crustacés de nager ou de sauter avec vigueur. On admet communément le concept Natantia et l’on
parle de type « pénéide » ou « caridoïde ». Ce sont les Penaeidea qui sont parmi les premiers connus à
l’état fossile, depuis le Trias au moins. Ces Natantia étaient certainement très nombreux, notamment
au Jurassique. Les Caridea, plus tardifs et remplaçant en quelque sorte les Penaeidea, sont représentés
par des types nectiques, planctoniques, benthiques (ces derniers étant parfois marcheurs, avec le corps
déprimé), mais il n’y a pas de types cancériformes. Les Stenopodidea sont benthiques et reptantiformes
{cf. Van Straelen, 1925, p. 441).
Les Décapodes marcheurs du type macroure (à « queue » grande) sont généralement des formes
au test épais, au corps déprimé, composé d’un céphalothorax allongé, auquel fait suite un abdomen
important, à forte musculature et doté d’appendices ne servant que peu à la nage. Les bases des appen¬
dices thoraciques opposés sont séparées par des sternites le plus souvent étroits, de sorte qu’elles peuvent
sembler presque contiguës. Chez les Macroures, la contraction brusque des muscles fléchisseurs de
l’abdomen et les battements de la nageoire caudale permettent un mouvement rapide de fuite vers
l’arrière. Le reploiement de la partie terminale de l’abdomen apparaît comme un facteur de ralentisse¬
ment de la locomotion normale vers l’avant. Les péréiopodes sont les principaux organes locomoteurs.
Parmi les Reptantia Palinura fossiles, les f Eryonidae sont représentés par certaines espèces à corps
dépressiforme et céphalothorax largement étalé, ce qui — d’après Van Straelen (1925) — suggère une adap¬
tation à la vie benthique. Au Trias et au Jurassique, les t Eryonidae jouent le rôle qu’auront plus tard les Bra-
chyoures, les Eryonidae s’éteignant au moment où les Crabes sensu lato s’épanouissent. « L’acquisition d’un
corps dépressiforme est donc en relation avec la vie sur le fond » (p. 442-443). Les Eryonidae jurassiques pré¬
sentent des caractères de convergence avec les Brachyoures actuels (par exemple, développement d’yeux placés
à l’extrémité de pédoncules longs et mobiles), ces Crustacés ayant dû vivre enfouis dans la vase, les yeux seuls
dépassant. Van Straelen considère que, si les Eryonidae sont les Reptantia connus les plus primitifs, ils ne
constituent toutefois pas la souche de ces derniers.
Chez les Anomoures, l’abdomen se modifie par diverses voies. Chez les formes fouisseuses, comme
les Thalassinoidea, la calcification du tégument est affaiblie, les pleurons abdominaux se réduisent
ou disparaissent ; le dernier somite thoracique est libre. Un phénomène similaire se produit chez cer¬
tains Paguroidea qui abritent leur abdomen mou dans une coquille. En revanche, les Paguriens qui
mènent une vie libre, sans avoir recours à une coquille, se calcifient et acquièrent le faciès crabe {cf.
infra). Dans l’évolution des Galatheoidea, pendant les premiers stades, l’abdomen, qui ne renferme
qu’une faible partie des viscères, ne diminue pas de taille mais se reploie plus ou moins sous le cépha¬
lothorax. Il y a réduction du dernier somite thoracique, lequel est libre, et la dernière paire de péréio¬
podes, qui n’a pas de support fixe, ne peut pas servir à la locomotion. Chez les Galathées, seule la nageoire
caudale est normalement rabattue. Chez les Porcellanes, l’abdomen, qui conserve telson et nageoire
caudale, s’est considérablement aplati et se rabat tout entier contre la paroi sternale, les premiers somites
abdominaux étant seuls visibles en vue dorsale. Un faciès crabe, différent de celui des Paguriens cités
plus haut, se réalise.
Selon Van Straelen {ibid., p. 449), les Galatheidae ont fourni des genres à partir du Bathonien ; les
formes portlandiennes avaient déjà le faciès actuel.
Chez les Brachyoures, l’organisme se raccourcit et s’élargit, devient plus ramassé, s’aplatit.
L’abdomen n’est plus l’organe du mouvement. Il se réduit à un appendice de faible taille, aminci ;
il peut s’infléchir sans que soit perdu le support du dernier somite thoracique, lequel est non pas mobile
mais soudé au céphalothorax. La nageoire caudale a disparu. Progressivement, les segments abdomi¬
naux se fusionnent entre eux. La fonction locomotrice de l’abdomen est éliminée. Les pléopodes, qui
manquent sur le premier somite abdominal femelle, perdent tout rôle ambulatoire : ils sont ovifères
chez la femelle et il ne reste plus que deux paires d’appendices copulateurs chez le mâle. La fonction
locomotrice, qui était assurée par les muscles abdominaux, est transférée aux muscles thoraciques
qui actionnent les péréiopodes, devenus souvent de vigoureux appendices marcheurs, fouisseurs ou
Source ; MNHN, Paris
16
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
nageurs. Les sternites correspondant aux soinites thoraciques se réunissent en un plastron plus ou
moins vaste, sur lequel les traces de la métamérie primitive persistent plus ou moins.
Nous montrons, dans le chapitre consacré au sternum thoracique, que le plastron sternal, étroit, allongé
et métamérisé dans la région postérieure, tend à s’élargir et à perdre sa structure segmentaire sur une plus ou
moins grande étendue de la partie médiane, lorsque l’on passe des formes primitives aux formes supérieures
de Brachyoures. Les divisions intermétamériques, à l’origine continues, parallèles, régulières, deviennent incom¬
plètes, s’incurvent, se déforment. Le « perfectionnement » de la carcinisation entraîne une condensation seg¬
mentaire thoracique {cf. notamment le cas des Hexapodidae, chapitre in).
Le début des Brachyoures se situerait au Jurassique, époque à laquelle on a découvert des Homolo-
dromiidae et des Dromiidae. Van Straelen {ibid., p. 447) signale que 1’ « on n’a pas trouvé de types qui puis¬
sent être considérés au point de vue morphologique comme établissant le passage de la série homolienne à la
série dynoméno-dromienne ». L’origine des Brachyoures hautement diversifiés demeure problématique, surtout
en raison du manque de connaissances sur les Crabes du Crétacé (Glaessker, 1969, p. R 440).
Si, au cours de l’évolution des Décapodes, la prise en charge de plus en plus importante de la
fonction locomotrice par les péréiopodes entraîne un renforcement des sternites thoraciques, la dimi¬
nution corrélative de la fonction de l’abdomen et de ses appendices s’accompagne de la réduction des
sternites abdominaux.
La plupart des Brachyoures se déplacent par un mouvement latéral {cf. Clarac et Coulmance,
1971), à l’exception, au moins, des Mictyridae, Crabes grégaires qui accomplissent sur les plages de
grandes randonnées avec marche vers l’avant (Cameron, 1966).
Un autre facteur de transformation intervient : la conformation de la chambre branchiale.
Chez les Macroures, les branchies sont placées verticalement ; la région de la carapace correspondant
à la voûte de la chambre respiratoire s’étale peu en largeur et descend presque verticalement jusqu’à
la base des péréiopodes. C’est pourquoi, chez les Macroures, la portion dorsale du bouclier céphalotho¬
racique est étroite, semi-cylindrique. Le branchiostégite est souvent très développé, parfois partielle¬
ment visible en position dorsale.
Chez les Brachyoures typiques, la chambre branchiale se développe beaucoup en largeur et dimi¬
nue en hauteur. Les branchies sont placées obliquement, couchées sur un plan très incliné. La voûte
de la chambre respiratoire est presque horizontale. C’est ainsi que, chez les Crabes, la portion dorsale
du bouclier céphalothoracique est très élargie et à peu près horizontale. Le branchiostégite est étroit
et refoulé ventralement. Les régions hépatiques peuvent se développer en largeur, jusqu’à dépasser
l’angle exorbitaire.
Selon Habtnoll {1964o), chez les Oxyrhynques, la réduction de la région antérieure du corps, donc
de la chambre branchiale, a entraîné la disparition de certaines branchies antérieures. La présence de plusieurs
stades de régression dans des sous-familles distinctes de Majidae indiquerait que la « perte de branchies se
serait produite en plusieurs fois et dans des stocks indépendants u (Hartnoll, 1964a, p. 147).
Replié sous le céphalothorax et inséré dans une dépression du sternum où le maintient un dis¬
positif d’accrochage, variable selon les groupes, l’abdomen brachyourien s’intégre dans la silhouette
générale du corps, qui est dominée par la carapace. La formation d’une cauité slerno-abdominale rece¬
vant complètement l’abdomen est une véritable novation évolutive des Brachyoures (voir le chapitre iv
sur la cavité sterno-abdominale et l’appareil d’accrochage de l’abdomen).
Le véritable faciès crabe {cf. ûg. 1 H, I) se caractérise donc par un corps élargi, raccourci, com¬
primé dorso-ventralement, et par un abdomen rudimentaire, lame plate et courte, non visible dorsa-
lement, ne sortant qu exceptionnellement de son réceptacle. L’ensemble est devenu plus rigide par
suite de la formation du plastron sternal et du développement d’une vaste carapace, fortement cal¬
cifiée. Une condensation s opère à la suite du processus de céphalisation. L’épistome est soudé à la
carapace.
Les chélipèdes sont ramenés sous la face ventrale. Des articles des appendices se fusionnent : ainsi, sur
le chélipède, 1 articulation entre le basis-ischion et le mérus, mobile chez certaines formes, s’ankylose depuis
Source : MNHN, Paris
LE PROCESSUS DE CARCINISATION
17
l’ankylose légère jusqu’à la perte totale du mouvement et, finalement, jusqu’à la soudure, pratiquement sans
traces de l’ancienne ligne de suture (Guinot, 1968à ; et cf. pl. 10, fig. 4 : genre CarpHius, où la ligne de suture
a complètement disparu à l’exception de deux fossettes vestigiales).
Alors que chez les Pénéidea les pattes-mâchoires sont partiellement pédiformes et que les autres
appendices n’offrent que des différenciations limitées, ces diverses parties se diversifient et se spécia¬
lisent fortement chez les Décapodes évolués. Dans la condition primitive, pénéide, l’apparence est
encore celle d’un complexe de métamères. Les formes plus avancées sont plus « condensées » et, en
même temps, présentent davantage d’organes spécialisés : ce « progrès » permet l’adaptation à des
environnements beaucoup plus variés, la conquête de nouveaux habitats et de nouvelles niches éco¬
logiques.
Kinne (1963) a bien montré que les différences structurales macroévolutives ne pouvaient être expli¬
quées par des adaptations à la température, à la salinité et à la vie terrestre. Elles proviendraient de différences
dans le mode de locomotion, de respiration, d’alimentation.
Les transformations indiquées ci-dessus s’accompagnent d’une restructuration interne, notam¬
ment le développement d’un système endophragmal et apodémien solide, sur lequel s’insère la muscu¬
lature des appendices thoraciques. On sait (Drach, 1971) que le mode et aussi le degré de soudure des
segments a endosquelettiques » donnent des informations précieuses, principalement sur le niveau
évolutif. Chez les Natantia, le squelette se présente sous une forme très simple, en liaison avec la cal¬
cification peu accentuée et avec l’importance relativement faible des péréiopodes. Les Reptantia pré¬
sentent une novation évolutive fondamentale, en corrélation avec l’accroissement de la taille et du
volume musculaire, ainsi qu’avec le nouveau type de locomotion : les lames squelettiques, intercon¬
nectées, assurent à la musculature thoracique une charpente d’insertions rigides et compliquées. Chez
les Brachyoures, la condensation antéro-postérieure, en rapport avec le raccourcissement de l’axe
céphalothoracique, caractérise le système squelettique : il y a convergence latérale postérieure des endo-
sternites et des endopleurites, réunis par une lame de jonction elle-même raccordée à la selle turcique
(voir le chapitre sur le système endophragmal). Au départ, cylindrique et régulièrement métamérisé
(dans sa partie postérieure), le squelette « interne s’élargit, se tasse, et les délimitations entre les
métamères prennent des formes complexes ou disparaissent, tout au moins dans le milieu du corps.
II faut souligner que, en dépit de ces transformations, le système endophragmal garde son plan
structural initial. Bien que le processus de carcinisation amène — comme nous le montrerons — à
des formes semblables, il est possible de démasquer cette convergence par un examen attentif du sys¬
tème endophragmal.
Parmi les phénomènes de réorganisation de l’anatomie interne, mentionnons la concentration
progressive du système nerveux.
Dans sa forme primitive, le système nerveux est scalariforme, c’est-à-dire constitué par la succession
métamérique d’une paire de ganglions correspondant aux différents somites et réunis transversalement par
une commissure ; chaque paire de ganglions est rattachée à la précédente et à la suivante par un connectif
longitudinal. Schématiquement, d’arrière en avant, on distingue dans l’abdomen une chaîne nerveuse ventrale ;
dans le céphalothorax, cinq paires de ganglions nettement séparés, correspondant aux cinq paires de péréio¬
podes ; plus en avant, une masse ganglionnaire provenant de la fusion de trois ganglions appartenant au thorax
et de trois autres appartenant à la tête ; enfin, antérieurement, le ganglion cérébroïde, lequel, d’après l’étude
des nerfs qui en partent, correspond à trois masses nerveuses (ganglions des yeux, des antennules et des anten¬
nes).
Chez les Macroures se produit une contraction latérale (les ganglions d’une même paire entrent
en contact), avec laquelle coïncide une concentration longitudinale de tous les ganglions innervant
les appendices buccaux (de la mandibule à mxp3). Dans le thorax, s’échelonnent cinq paires de gan-
1. C’est-à-dire topographiquement interne.
Source : MNHN, Paris
18
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
glions innervant les péréiopodes ; dans l’abdomen, six paires. Bouvier (1940, p. 31) indique que cette
conformation caractérise la plupart des Macroures marcheurs, sauf les Scyllarides où il y a fusion de
tous les ganglions thoraciques.
c A mesure qu’on s’éloigne des Macroures on voit s’accuser la concentration, la chaîne abdominale res¬
tant encore dans l’abdomen l^orcellana longicornis) ^ ou, réduite, rentrant dans le céphalothorax {Porcellana
pUuychdei, Dromies) pour se fusionner finalement avec la masse céphalothoracique. La masse résultante est
encore traversée par l’artère sternale (comme chez les Macroures où elle passe entre les ganglions des pattes III
et IV), mais dans les Crabes supérieurs, la masse est imperforée et précède l’artère » (Bouvier, 1940, p. 31).
Toujours selon Bouvier (1940, p. 307), à propos du système nerveux des Brachyoures, les Oxy-
rhyncha présentent un haut degré de concentration : « la masse ganglionnaire thoracique est d’ordi¬
naire compacte, sans perforation pour l’artère sternale, particularité que l’on observe d’ailleurs chez
les Cyclométopes très évolués du groupe des Xanthes p.
Un autre processus, qui est engagé par suite de l’élargissement de la carapace et du sternum
thoracique, a pour effet d’écarter les bases des péréiopodes : c’est la migration de l'orifice mâle qui,
de coxal, devient sternal. Chez les Brachyoures à plastron sternal étroit, l’orifice mâle est coxal, le pénis
pouvant pénétrer dans le pléopode 1 tout proche. Lorsque, entre l’appendice sexuel et le pénis du même
côté, s’intercale une large portion sternale, l’orifice mâle quitte sa position coxale et se déplace sur la
surface sternale, de sorte que le pénis ne se trouve pas éloigné du pléopode (voir le chapitre sur les
orifices génitaux mâles).
Il conviendrait de bien étudier les corrélations qui existent entre les caractères qui se transfor¬
ment. La contraction antéro-postérieure du céphalothorax doit-elle être mise en relation avec l’élar¬
gissement du corps ? L’écartement des péréiopodes de part et d’autre du plan sagittal médian et l’inter¬
calation, entre ceux-ci, d’un plastron sternal sont-ils des phénomènes liés au raccourcissement ? Le
raccourcissement général entraîne-t-il un raccourcissement céphalique, la céphalisation, la limitation
du cadre buccal, la brachygnathie, la position plus horizontale des antennules ?
Le processus complexe que nous venons de décrire aboutit donc à ce que l’on appelle le « faciès
crabe ». La carcinisation se manifeste de trois façons, qu’il faut se garder de confondre et que nous
allons maintenant évoquer.
1. LA CARCINISATION CHEZ LES DÉCAPODES
L apparition, dans des groupes divers de Décapodes, de tendances évolutives analogues « induit »
par convergence une certaine similitude et permet l’accomplissement de fonctions semblables. En ce
sens, la carcinisation affecte des Décapodes autres que les Brachyoures. On peut supposer qu’une
ressemblance profonde dans la structure du génome des divers Décapodes est à l’origine de ce paral¬
lélisme des réponses à des demandes similaires de l’environnement. Pour le systématicien, la consta¬
tation de ce phénomène est gênante dans la mesure où elle justifie le doute sur le caractère strictement
monophylétique de tous les Brachyoures actuels.
Schématiquement, on divise depuis longtemps les Décapodes Reptantia en trois types : macroure,
anomoure et brachyoure. Comme nous l’avons vu précédemment, de nombreuses classifications adoptent
un tel partage tripartite comme s’il correspondait à une réalité phylogénétique.
Chez les Macroures, au corps allongé, l’abdomen est un véritable prolongement caudal, symé¬
trique, protégé par des formations tégumentaires calcifiées. Nous avons déjà montré que, à partir du
type nageur, la carcinisation, en grande partie liée au changement du mode de locomotion, favorise
le céphalothorax et réduit la partie abdominale.
Chez les Anomoures*, la carcinisation revêt des aspects assez singuliers qui ont retenu l’atten-
1. C’est-à-dire Puidia longicornis (Linné) de la littérature actuelle.
2. Pour la partie du texte concernant la carcinisation chez les Anomoures (p. 18-21), nous avons montré notre
manuscrit à deux spécialistes : tout d’abord, en 1976, à M”« de Saint-L*ubent, du Muséum national à Para ;
pua, en mai 1978, au D' Janet Haig, Associate Curator of Crustacea, University of Southern California, Los Angeles :
Source : MNHN, Paris
LE PROCESSUS DE CARCINISATION
19
tion de plusieurs carcinologistes. Nous inspirant de Borradaile (1916, fig. 13), nous avons représenté
sur la figure 1 divers exemples d’Anomoures « carcinisés » (A-F), à côté de trois Brachyoures sensu
lato : Homola Leach (fig. IG) qui combine, aux stades larvaires, des traits anomouriens et des traits
brachyouriens ; Carcinus Leach (fig. IH) et Ocypode Weber (fig. II), deux Crabes « vrais », le dernier
nous montrant une carapace quadrilatère, fort élargie et un abdomen très réduit.
Le phénomène de carcinisation a été analysé par Borradaile (1916), après la découverte d'une espèce
néo-zélandaise de Pagure appartenant au genre Porcellanopagurus Filhol, dont le faciès crabe est remarquable
(fig. ID). L'élargissement du céphalothorax, l’aplatissement et l’ornementation de la plaque dorsale, la forme
du rostre, ainsi que la réduction de l’abdomen, où l’asymétrie est plus ou moins visible, donnent h cet Anomoure
(Paguroidea Paguridae) l’apparence d’un Brachyoure.
Melin (1939) puis Wolpp (1961) ont bien souligné que la classification des Paguroidea tient compte
en premier lieu de la forme générale du corps. Or, dans un groupe qui montre une telle variété de modes de
vie et d’adaptations biologiques, accorder trop d’importance aux caractères résultant de l’ajustement à l’envi¬
ronnement ne permet pas de déceler les véritables affinités phylogénétiques.
De nombreux Paguroidea se présentent comme des tentatives vers le type Crabe, et cela dans des groupes
différents. Le céphalothorax s’élargit, s'aplatit, s’orne de lobes latéraux, s’avance en un rostre pointu ; dans
la région antérieure apparaît une plaque dure, calcifiée, ressemblant à la carapace cancérienne. Chez Porcella-
nopagurus, les trois premières paires de pattes empruntent certains traits brachyouroïdes ; l’abdomen, presque
symétrique, est réduit, Une coquille, non spiralée, est simplement tenue sur le dos, couvrant la partie molle
du céphalothorax et l’abdomen, susceptible de porter une grande masse d’œufs (cf. Borradaile, 1916).
Chez un autre Anomoure, Tylaspis Henderson (fig. IA), la forme est moins cancérienne ; toutefois, la
partie postérieure du céphalothorax est plus dure que chez les autres Pagures et l’abdomen, symétrique et très
réduit, ne semble pas avoir recours à un abri.
Le genre Oslraconotus A. Milne Edwards offre un céphalothorax calcifié vers l’arrière et un très court
abdomen, également non recouvert ni protégé.
Pour un nouveau genre, Probeebei, Boone (1926, p. 73) a créé une famille d'Anomoures, les Probee-
beiidae. Chez Probeebei mirabilis Boone, qui mène une vie libre, c’est sur le céphalothorax tout entier que porte
la calcification ; les tergites abdominaux 1 à 5 sont fortement calcifiés ; l’abdomen prend une attitude de reploie¬
ment très nette. Rejetant la famille des Probeebeiidae, Wolff (1961, p. 26) montre que Probeebei est un membre
hautement spécialisé de Paguridae. Actuellement, les genres Probeebei ainsi que Tylaspis sont rangés dans la
famille des Parapaguridae Smith, 1882 (Haig, in lût. juin 1978).
Il est des cas où la carcinisation (aussi bien le changement de forme que la calcification) touche seule¬
ment la carapace et épargne l’abdomen. Par exemple, Labidochirus splendescens (Owen) combine un céphalo¬
thorax élargi, atypique, non pagurien, avec un abdomen mou, asymétrique, qui s’abrite dans une coquille de
Gastéropode. On peut se demander, avec Wolff (1961, p. 26), ce qui, chez cette espèce, a induit une carcinisation
si marquée du thorax.
La structure cancériforme représente le terme évolutif des Paguroidea dans plusieurs lignées. Les Litho-
didae (fig. IC), parfois confondus avec les Brachyoures Majidae à cause de leur carapace triangulaire, entière¬
ment calcifiée et spinuleuse, mènent une vie libre, sans besoin d’un abri. Bon nombre de caractères spéciaux
apparaissent chez eux : structure cancériforme par élargissement du thorax, réduction de l’abdomen en une
lame plate, profondément modifiée dans son revêtement cuticulaire (plaques sclérifiées), disparition des uropodes,
etc., avec réapparition d’une symétrie plus ou moins parfaite. Un large plastron thoracique sépare les péréio-
podes et l’abdomen s’applique contre la paroi sternale. Un exemple très frappant est celui de Cryptolithodes
sitchensis Brandt (pl. 1, fig. 1, 2), de l’Alaska à la Californie, chez lequel la carapace, étendue en forme de bou¬
clier, recouvre tous les appendices ainsi que l’abdomen replié, et où un vaste rostre, plat et foliacé, cache les
yeux et les antennules. La similitude avec certains Brachyoures Parthenopidae du genre Cryptopodia H. Milne
Edwards (pl. 1, fig. 3, 4) est remarquable.
Un autre Paguroidea, du genre Lopholithodes Brandt (= Echinocerus White), manifeste une convergence
avec les Crabes du genre Calappa Weber par le développement de la région branchiale et par l’operculisation
des pinces qui protègent les appendices céphaliques. On constate la tendance à acquérir une forme peltastique.
Chez Lopholithodes foraminalus Stimpson, l’existence de coaptations accusées et la formation d’un canal res-
Qous remercions très chaleureusement le D' Haig de nous avoir signalé deux inexactitudes dans notre manuscrit initial.
Nous avons donc modifié notre texte, notamment en ce qui concerne la position taxonomique des Probeebeiidae et
plus précisément le rattachement des genres Probeebei et Tylaspis à la famille des Parapaguridae Smith par de Saint-
Laurent en 1972.
Source ; MNHN, Paris
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOUBES
Fig. 1. — Série de carcinisation chez les Décapodes. (La trame indique la partie de l'abdomen normalement rabattue
sous le céphalothorax). D’après Borradaile, 1916, ûg. 13, un peu modifié. A-D, Ânomoures Paguroidea ; E, Ano-
moure Galatheoidea ; F, Anomoure Hippoidea ; G-I, Brachyoures sensu lato.
A, Tylaspis Henderson ; B, Lomis H. Milne Edwards ; C, Lilkodes Latreiile ; D, Porcellanopagurus Filbol ;
E, Porcellana Lamarck ; F, Albunea Weber; G, Homola Leach (Ç juv.) ; H, Careinus Leach ($) ; I, Oeypode
Weber (5).
piratoire rendent la ressemblance encore plus surprenante ; ce Lopholilhodea serait adapté au même genre de
vie que les Calappes, c’est-à-dire vivrait enfoui dans le sable.
Le genre Lomis H. Milne Edwards (fig. IB), Paguroidea de la famille des Lomidae, offre aussi un abdo-
Source ; MNHN, Paris
LE PROCESSUS DE CARCINISATION
21
men en grande partie calcifié et pouvant s’appliquer, à l’exception du premier segment, contre la paroi ster¬
nale.
Le genre Birgus Leach, avec l’espèce bien connue et improprement désignée sous le nom de h Crabe
voleur » [Birgus latro (Linné)], appartient à la famille des Coenobitidae : la carapace est dure ; l'abdomen ne
s’abrite pas dans une coquille ; une grande partie de la surface externe des segments abdominaux est couverte
par un large tergum et par de petites plaques subsidiaires. Cette caiciOcation de l’abdomen a été mise en rapport
avec la vie sur terre. Les habitudes nutritionnelles auraient entraîné une croissance importante.
Parmi les Anomoures que nous venons d’évoquer, les Lithodidae représentent le stade le plus avancé
vers l’organisation brachyoure, surtout en raison de l’application complète de l’abdomen contre le thorax.
Mais, par le simple aspect, du moins de la partie antérieure du céphalothorax, Porcellanopagurus est le Pagu-
ride qui offre le plus un faciès crabe.
D’autres Anomoures manifestent une tendance à la carcinisation. L’exemple le plus connu est celui
des Porcellanidae, Galatheoidea dès l’origine symétriques, qui ont acquis un faciès cancériforme, avec leur
carapace arrondie, aplatie, et leur abdomen rabattu tout entier contre un large sternum thoracique (fig. lE).
Rappelons, enfin, le cas des Hippoidea (fig. IF), Anomoures au corps cylindrique ou ovale, à la cara¬
pace parfois nettement marginée, qui vivent dans le sable et possèdent, par convergence, certains traits en
commun avec divers Brachyoures fouisseurs.
Le processus de carcinisation, dont nous avons indiqué certaines des caractéristiques princi¬
pales, conduit enfin à l’organisation brachyoure, c’est-à-dire à un haut degré de condensation et de
différenciation. Les Brachyoures se sont adaptés à des modes de vie très variés, dans des habitats
multiples. Plusieurs types locomoteurs existent : nageurs, marcheurs, fouisseurs, grimpeurs. Les ché-
lipèdes, les pattes-mâchoires, les pièces buccales peuvent se doter d’une morphologie spéciale, per¬
mettant des types variés d’alimentation. La pince acquiert de nouvelles fonctions (signaux chez les
Uca ; perte de la fonction préhensile chez les Polydectinae, la pince se transformant en un instrument
tenant des Actinies : cf. Guinot, 1976). Ayant conquis le domaine terrestre {cf. Bliss, 1968) et s’étant
même (Crabes d’eau douce) complètement soustraits du domaine marin, les Crabes s’adaptent à de
nouveaux environnements et s’acclimatent à la vie semi-terrestre ou terrestre par divers stratagèmes
physiologiques.
Nous citerons les Mictyridae profondément modifiés morphologiquement par leurs habitudes fouisseuses
et alimentaires ; les Gecarcinidae qui, vivant à terre, possèdent des sacs péricardiaux ; l’Eriocheir, éloigné
pendant des mois de la mer, qui développe un mécanisme particulier de régulation osmotique ; les nombreux
Crabes qui creusent des terriers, parfois très profonds dans le sable, la vase ou l’argile ; les formes de la man¬
grove, par exemple du genre Sesarma, dont la région ventrale, de part et d’autre du cadre buccal, présente une
réticulation spéciale permettant à l’eau efférente de s’oxygéner immédiatement et d’être canalisée vers l’ori¬
fice afférent pour être utilisée à nouveau {cf. MacNae, 1968).
Le rôle de la vision devient plus important. Un comportement « social », avec parades sexuelles,
signaux visuels et acoustiques, s’installe chez les formes grégaires les plus évoluées {Uca : cf. Crâne,
1975). Des modifications interviennent dans la reproduction, la copulation, le développement des
œufs.
Chez les Crabes terrestres, la tendance à une activité exclusivement nocturne est pleinement affirmée.
On peut citer le cas des Gecarcinidae, qui sortent la nuit en grandes bandes et dévastent les plantations ; celui
de certaines grosses Sesarma, qui vivent le jour dans la vase de la mangrove et grimpent la nuit sur les arbres
pour en manger les feuilles.
Un certain nombre de Brachyoures se sont émancipés de leur élément originaire, l’eau, sauf
à l’époque du frai qui nécessite le retour soit à la mer, soit dans l’eau douce (Potamidae). Par leur
résistance à la dessication et leur capacité de mobiliser les principaux ions et l’eau nécessaires, on peut
dire que, sur le plan physiologique, les Crabes ont bien « réussi » leur invasion de la terre.
Le nombre élevé des espèces de Brachyoures est un signe du « succès » de l’organisation hra-
chyourienne. Les niveaux d’évolution très divers où ils se trouvent et les types variés d’adaptations
que l’on rencontre portent à croire que ce groupe est encore riche en potentiel évolutif.
Source ; MNHN, Paris
22
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOUUHS
2. LE PARALLÉLISME DE LA CARCINISATION DANS DIVERS CLADES DE BRACHYOU-
RES
L’existence, dans divers clades de Brachyoures, de tendances évolutives parallèles a pour résul¬
tat l’émergence de faciès semblables. Cette carcinisation se manifeste, chez des groupes variés et nom¬
breux, par des caractères synapomorphes qui permettent d’apprécier les grades analogues.
Pour atteindre l’organisation brachyourienne décrite précédemment, diverses modifications
interviennent : passage d’un front étroit et avancé à un front large et non saillant ; formation de fos¬
settes antennulaires qui, de longitudinales puis obliques, s’abaissent jusqu’à devenir horizontales ;
limitation antérieure du cadre buccal qui, d’étroit et allongé, devient largement quadrilatère (bra-
chygnathie) ; disparition de l’aspect subpédiforme des pattes-mâchoires externes, qui s’élargissent
et se transforment en de vastes pièces operculiformes ; élargissement du sternum thoracique et réduc¬
tion de l’écusson antérieur qui, à l’origine, largement implanté entre les mxp3, s’abaisse et s’étale
transversalement ; perte progressive de la segmentation primitive sur le sternum thoracique, dans
la région médiane (voir le chapitre lu) ; formation d’une cavité stcrno-abdominale, étroitement coaptée
avec l’abdomen, et d’un appareil d’accrochage de l’abdomen (voir le chapitre iv) ; soudure des segments
abdominaux ; sur le chélipède, fusion de l’ischio-basis avec le mérus ; migration de l’orifice mâle qui,
de coxal, devient sternal (voir le chapitre vi) ; développement, chez la femelle, d’une vaste cavité incu-
batrice (voir le chapitre iv).
Si l’on considère les Brachyoures sensu lato, il faut relever que, seuls, les o vrais » Crabes (ster-
nitrèmes) ont des orifices femelles sternaux, c’est-à-dire des spermathèques dépendant directement
de l’oviducte ; les Dromiacés, les Homolidae et quelques autres groupes possèdent des orifices femelles
coxaux et des spermathèques indépendantes (voir le chapitre v).
La comparaison des divers clades de Brachyoures montre que ces novations apparaissent, en
tout ou en partie, chez les genres les plus avancés. L’étude de diverses morphoclines, dont l’une est
figurée ci-après, en donne de bons exemples.
Nous insisterons ici sur un point : la migration de l’orifice mâle sur le plastron sternal, avec
tous les intermédiaires, caractérise la disposition calométope, par opposition à la disposition cyclomé¬
tope où l’orifice est encore coxal. Ce transfert de l’orifice en une position de plus en plus sternale, lié à
l’élargissement du corps et du plastron sternal, se produit indépendamment dans diverses familles de
Catométopes sensu H. Milne Edwards (cf. Guinot, 1969a).
Mais un processus similaire existe dans un autre groupe de Crabes, très éloigné, les Oxystomata
(sensu Balss). L’orifice mâle est coxal chez tous (Calappidae, etc.), sauf chez certains Leucosiidae
considérés comme les plus évolués des Oxystomata. Chez les Leucosiidae, l’orifice mâle, coxal chez les
formes les moins avancées, devient sternal, avec diverses transitions que nous étudierons et illustre¬
rons dans un prochain chapitre (voir le chapitre sur les orifices génitaux mâles).
3. LA CARCINISATION À L'INTÉRIEUR DES LIGNÉES BRACHYOURIENNES
Les transformations associées que nous venons de décrire se manifestent chez des taxons appar¬
tenant à un même clade. C’est la carcinisation au sens strict. Elle peut être mise en évidence par l’éta¬
blissement de morphoclines. Citons à titre d’exemple l’évolution des genres à l’intérieur de la famille
des Belludae : à partir de formes relativement longues et étroites, représentées par Bellia H. Milne
Edwards et Corysloides Lucas, conduisant à la forme arrondie à’Acanlhocyclus Lucas, on aboutit à
l’aspect trapu d'Heterozius A. Milne Edwards (c^. Guinot, 1976, p. 15-60, notamment fig. 2A-D).
Source : MNHN, Paris
LE PROCESSUS DE CARCINISATION
23
Chez les Crabes nageurs, le raccourcissement du corps et son étalement transversal, avec prolongement
par une longue épine, est tout à fait remarquable. Pour la nage latérale, tout raccourcissement antéro-posté¬
rieur représente un avantage dynamique. C'est ainsi que certains grands nageurs, comme Porlunus pelagicu$
(Linné), P. sanguinolentua (Herbst), Lupella forceps (Fabricius), de nombreuses espèces du genre Callineetes
Rathbun, montrent un raccourcissement du corps accompagné d’une élongation transversale. En quelque
sorte, ces formes acquièrent une double symétrie, la symétrie bilatérale originaire se doublant d’une symé¬
trie qui lui est perpendiculaire et correspond à l’axe de la locomotion {cf. ftg. 2). Schâper (1954) et Hxrtmoll
(1971) ont bien montré le passage entre les nageurs à corps étroit et ceux à corps presque pisciforme (lorsqu’on
les regarde dans le sens latéral). Corrélativement, surtout chez les formes nageant longuement en eau profonde,
l’épaisseur du test diminue, la calcification s'atténue, l'ornementation s’efface ; en bref, le corps devient plus
léger ; par exemple chez Eupkylax dovii Stimpson, Portunus sayi (Gibbes) et, aussi, chez Polybius kenslowi
Leach qui nage activement à la surface ou entre deux eaux {cf. Bouvier, 1940, p. 244-245).
Nous renvoyons à Hartnoll (1971), qui a indiqué les nombreuses adaptations morphologiques qui
se sont développées pour parfaire les techniques natatoires : modifications des pattes ambulatoires, notamment
de p5 (dont la partie terminale se transforme en palette natatoire), mais aussi des chélipèdes qui, souvent, aug¬
mentent de taille ; mobilité accrue de certaines articulations ; rotation de l’articulation coxo-sternale ; accroisse¬
ment des muscles et, corrélativement, modifications des surfaces d’insertion dans le squelette apodémien et
endophragmal.
Fto. 2. — Élargissement de la carapace et réduction de la partie postérieure chez les Portunidae, jusqu’au stade nageur
à épines latérales très développées. D'après Hartnoll, 1971, fig. 7. À, Macropipus arcuotus (0,55) ; B, Macropipus
hoUatus (0,82} ; C, Porlurtus haslatus (1,56].
Le nombre entre parenlftéses iruliçue le rapport longueur de la moitié antérieure de la carapacejlongueur de la
moitié postérieure de la carapace.
Les Crabes dotés de grands boucliers céphalothoraciques et, de ce fait, très lents, ne doivent
pas être considérés comme les plus « carcinisés » : il peut s'agir seulement d’une extension marginale
de la carapace, indépendante du processus de carcinisation {cf. Guinot, 1966-1967, p. 745-762, 828-
845, la discussion à propos du genre Aethra Leach). Par exemple, les Calappes ont une carapace cly-
péiforme mais un plastron sternal (pl. 14, fig. 1, 2) relativement étroit. L’élargissement n’a porté ni
sur le sternum thoracique ni sur le système endophragmal (pl. 14, fig. 3) ; les sutures thoraciques sont
presque continues. Ce sont là des caractéristiques plésiomorphes et, pour nous, le genre Calappa Fabri¬
cius, en dépit de sa carapace cancériforme très étendue, est un Crabe primitif à un stade évolutif beau¬
coup moins avancé que les Leucosiidae. Ces derniers possèdent un céphalothorax, arrondi et rétréci
antérieurement, avec une région faciale très petite (d’où le nom de Brachyures microcéphalés que
A. Milne Edwards, 1861, a donné aux Leucosiens).
II. EXEMPLE D’UNE MORPHOCLINE CARCINOLOGIQUE
Dans divers travaux antérieurs sur les Brachyoures, notre but principal a été la reconstitution
et la délimitation précise de groupements naturels, c’est-à-dire, autant que possible, monophylétiques.
C’est surtout le recours à des comparaisons entre les structures relativement peu soumises aux influences
Source : MNHN, Paris
Fio. 3. — Représentation schématique de la cara¬
pace des Trichiinae. La disposition des
dessina illustre la filiation supposée des
diverses formes. La fibration des sillons
et des ponctuations de la face dorsale a
été simplifiée. On distingue les deux
fossettes gastriques médianes. En grisé,
l'insertion sur la carapace du muscle
aUractor epimeralis que suit le aillon bran-
chiogastrique au sommet de la région
gastrique.
Page de gauche. — La lignée du
genre Trickia de Haan ; ci-dessous, l'espèce
fossile t Palaeolrichia muUigpinala (Noet-
ling) qui serait l'ancétre dont dérive la
série représentée sur la colonne, de bas en
haut, à droite : Trichia saJsaii —*■ T. ima-
jimai —*• T. dromiaejormis —>• T. horiii.
Page de droite. — Les espèces des
genres Banareia A. Milne Edwards et
Calvactaea Ward. Ces Crabes semblent
être issus des formes supérieures de la
série précédente. Les rapports de filia¬
tion ne sont pas aussi clairs que chez les
Trichia. Il s’agit probablement d’nue
évolutioon buissnnante.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES 8RACHYOURES
du milieu (par exemple les pléopodes sexuels mâles) qui nous a permis de déceler les affinités. Les ensem¬
bles constitués au prime abord d’une manière provisoire ont été ensuite étudiés en prenant en considé¬
ration divers caractères n’étant pas en corrélation étroite. Cette analyse a mis en évidence des discon¬
tinuités cladiques. La confirmation de l’unité phylogénétique est venue alors de la possibilité de dispo¬
ser toutes les formes d’un groupe naturel en plusieurs séries de transformation de caractères homo¬
logues qui, par leur concordance, montraient la réalité de la lignée. Une telle étude des morphoclines
a fait apparaître des discontinuités de grade, dont l’utilité pour la systématique nous a paru indéniable.
La comparaison entre les morphoclines a permis de décider du sens évolutif des clades et, quand il
s’agissait de lignées différentes, d’apprécier les analogies du niveau anagénétique. Dans la suite de
ce chapitre, nous illustrerons notre méthode par un exemple typique, celui de l’établissement de la
lignée des Trichiinae par concordance des morphoclines.
Les Trichiinae de Haan (» Zalasiinae Rathbun), Crabes assez peu connus, étaient jusqu’à
présent rattachés à des genres séparés dans les unités taxonomiques très différentes [cf. Guinot, 1976).
Lors de la description de la première Trichia en 1841, de Haan instaura une famille spéciale,
les Trichidea. Les carcinologistes ne surent pas à quoi la rattacher et subordonnèrent ce groupe à des
taxons variés. Par ailleurs, les divers membres le composant n’étaient pas rassemblés et se trouvaient
classés loin les uns des autres.
Alertée par la similitude des pléopodes sexuels mâles, nous avons rapproché les genres Trichia
de Haan, Banareia A. Milne Edwards et Calf’aclaea Ward. Une forme fossile, du Nummulitique d’Alle¬
magne du Nord, attribuée de façon erronée au genre f Psammocarcinus A. Milne Edwards, nous a
paru offrir de grandes similitudes avec Trichia sakaii (Balss) {cf. fig. 3). En établissant diverses mor¬
phoclines des espèces de ce groupe, nous avons trouvé que la forme fossile était probablement une
espèce ancestrale du genre Trichia et nous l’avons donc rebaptisée f Palaeotrichia. Disposant ainsi
d’une espèce avec quelques caractères certainement plésiomorphes, nous avons pu faire appel au cri¬
tère d’antériorité paléontologique pour orienter la morphocline représentant les aspects de la carapace.
Un parfait accord est obtenu avec l’orientation de la morphocline suivant le processus de carcinisa-
tion.
La figure 3 (page de gauche) représente la série des Trichia disposées selon divers traits du
céphalothorax. On voit que f Palaeotrichia correspond le mieux à Trichia sakaii. Le schéma généa¬
logique (fig. 4) montre d’une manière simplifiée que, d’après notre morphocline, f Palaeotrichia est
soit l’ancêtre, soit un dérivé de cet ancêtre, dont sont issues toutes les Trichia.
La figure 3 rend bien compte du processus de carcinisation : la carapace, étroite et ovalaire,
s’élargit progressivement. Une tendance, rencontrée dans d’autres lignées, se manifeste : l’avorte¬
ment de certaines différenciations du bord antéro-latéral qui, de spinuleux, devient tuberculé puis lisse
et tend à se prolonger sur la région branchiale de la face dorsale. Le front, d’étroit et sans doute tri-
denté, devient large et bilobé. Au cours du processus d’élargissement, les principales limites sillonnant
la face dorsale sont conservées et ne subissent qu’une légère « déformation » sous l’effet du changement
des proportions du corps.
Fig. 4. t Palaeotrichia est soit t, o'est-à-dire l'ancètre de tout le genre Trichia, soit 2, c’est-à-dire l’ancêtre de A {Trichia
soàoii). Ce schéma généalogique est simplifié car on ne connaît pas toutes les formes fossiles intermédiaires.
A, Tnehia sakaii, B, Trichia imajimai, C, Trichia dromiae/ormis, D, Trichia horiii ; •, espèce fossile.
Source ; MNHN, Paris
MORPHOCLINE CARCINOl.OGIQUE
27
De la Trichia la plus carcinisce, T. horiii (Miyaké), sont proches les nombreuses espèces du
genre Banareia A. Milne Edwards ainsi que le genre Calvaclaea Ward (fîg. 3, page de droite). Dans
le genre Banareia s’est produit un foisonnement d'espèces, et cela après un hiatus qui, malgré la simi*
litude des traits fondamentaux, sépare ce genre des Trichia.
L’homogénéité des Trichiinae est attestée en premier lieu par les pléopodes sexuels mâles 1 et
2. Outre la similitude de l’aspect général des pli (J, on constate une particularité curieuse (fig. 34) :
l’appendice sexuel laisse dépasser hors de la cavité sterno-abdominale son extrémité distale, amincie,
ornementée et terminée par l’orifice séminal. L’apex du pli, ainsi à découvert, est toutefois logé dans
une rainure creusée dans la paroi sternale (fig. 35) et, en outre, se trouve recouvert par l’épaisse pilo¬
sité qui couvre tout le corps. La tendance des pléopodes sexuels de ta première paire à sortir de leur
abri, protégé par l’abdomen, est assez rare (voir la fin du chapitre concernant la cavité sterno-abdo¬
minale).
Le sternum thoracique offre le même plan fondamental chez tous les Trichiinae. Une morpho-
cline a pu être établie en utilisant le degré d’élargissement du plastron à l’intérieur du genre Trichia,
puis à l’intérieur du genre Banareia. L’orientation de cette morphocline est conforme à la précédente.
En passant du genre Trichia aux Banareia les plus avancées, on observe la réduction de l’écusson
sternal : d’abord largement implanté entre les maxillipèdes, il se tasse et s’intégre au reste du plastron
sternal. Nous avons constaté que le genre Cahaclaea, à plastron étroit et allongé, s’était sans doute
détaché du tronc commun plus tôt que les Banareia.
Les morphoclines établies d’après les caractères du cadre buccal et la disposition antennulaire
s’orientent avec la même polarité que les morphoclines précédentes. Il ressort que le genre Trichia
possédait initialement un cadre buccal étroit et allongé, des maxillipèdes subchéliformes et des anten-
nules repliées presque longitudinalement, même chez les espèces très élargies. Dans les genres Banareia
et Calvactaea, le cadre buccal s’est raccourci, la brachygnathie s’est installée, les maxillipèdes sont
xanthiformes et les antennules prennent une disposition plus proche de l’horizontale.
Évidemment, certaines de ces transformations anagénétiques sont en corrélation. Par exemple, la dis¬
position des fossettes antennulaires dépend de la forme du front. Lorsque, chez les Trichiinae, le front est étroit
et projeté en avant (ce que l’on regarde généralement chez les Crabes comme un caractère plésiomorphe), les
antennules n’ont qu’un habitacle vertical ou oblique. Lorsque le front s’abaisse et s’élargit, des fossettes peu¬
vent se creuser et s’étaler transversalement.
Si l’unité phylogénétique du groupe des Trichiinae ne fait pas, pour nous, de doute, il en va tout
autrement pour la subdivision de cet ensemble. Nous avons gardé la distinction traditionnelle des genres,
et cela pour la commodité du diagnostic systématique, sans pouvoir affirmer qu’il s’agit de deux branches
séparées dès l’ancêtre commun. Toutefois, il nous parait parfaitement licite de supposer que la dis¬
tinction systématique correspond à une bifurcation, les Trichia étant la branche conservative et les
Banareia représentant la diversification anagénétique. L’existence de discontinuités dans le déve¬
loppement d’une branche pose un problème de nomenclature, notamment en ce qui concerne l’espèce
la plus proche de l’ancêtre supposé.
Un autre problème de systématique est soulevé par l’espèce Aclaea palmeri Rathbun en laquelle
nous avons reconnu un Trichiinae^. Dans quel genre doit-on la placer? Par ses caractères, elle se
trouve à la charnière des Trichia et des Banareia et, en même temps, comporte quelques originalités
morphologiques. Instituer un nouveau genre pour cette seule espèce ? Nous y avons renoncé, car séparer
cette espèce — il est vrai la seule qui ait une distribution atlantique (les autres sont indo-pacifiques) —
aurait entraîné, par souci de cohérence, la création de sous-groupes dans le genre Banareia.
Le faciès des Trichiinae est, dans l’ensemble, rendu semblable par un dense revêtement qui
couvre la carapace et les pattes. L’existence de coaptations (péréiopodes coaptés avec le bouclier cépha¬
lothoracique, appendices coaptés entre eux, pattes-mâchoires étroitement operculiformes) fait que
1. En employant les noms latins des taxons supérieurs pour désigner soit un taxon, soit un spécimen qui lui appar¬
tient, nous avons pris l'habitude de ne pas tenir compte, en ce qui concerne l'article, du pluriel formel du substantif.
Par exemple, nous écrivons un Xanthidae, un Oxyrhyncha, ce qui sous-entend taxon ou spécimen appartenant aux Xan-
tbidae, aux Oxyrhyncha,
Source ; MNHN, Paris
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MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BBACHYOURES
le Crabe ne montre aucune saillie (à l’exception de l’extrémité de quelques tubercules ou des nodules
en forme de framboise chez palmeri) : la limite entre la carapace et les appendices disparaît sous l’épaisse
fourrure.
Un autre trait commun à tous les Trichiinae est la forme des doigts des pinces, en lames de
ciseaux (cultriformes).
Ces dernières caractéristiques sont sans doute liées au mode de vie. On connaît mal celui des Trichia,
mais on sait que toutes les Banareia et le genre Calvactaea (monospécibque) sont commensaux des récifs coral¬
liens, des Cnidaires, plus particulièrement des Alcyonaires. Certaines espèces de Banareia ont été trouvées asso¬
ciées à des Éponges. Il est probable que les Trichia, beaucoup moins connues, aient les mêmes habitudes de
commensalisme que les Banareia. Toutefois, certaines, tout au moins, vivent à plus grande profondeur (jusqu’à
200 m environ) et sont souvent capturées par dragage.
II n’est pas aisé de préciser la place des Trichiinae parmi les autres Brachyoures. C’est en nous
fondant sur leurs caractères apomorphes que nous les rattachons aux Xanthidae {sensu Balss, 1957).
Source ; MhlHN, Paris
LA CARAPACE
29
Chapitre II
LA CARAPACE, STRUCTURE TRADITIONNELLEMENT UTILISÉE
DANS LA SYSTÉMATIQUE CARCINOLOGIQUE
La carapace décapodienne est un bouclier dorsal de protection qui serait surajouté à ta structure
segmentaire. Les relations entre la carapace et la métamérie primitive ne sont pas encore éclaircies.
Aujourd’hui, prévaut l’opinion que la carapace est d’origine céphalique.
Pour H. Milne Edwards (1834 ; 1851), la carapace ne provient pas des pièces tergales (= ter-
gites) des segments du corps qu’elle recouvre mais se serait développée, comme une excroissance, à
partir des pièces tergales soudées et des épimères des segments antennaire et (ou) mandibulaire. La
partie située en avant du sillon cervical serait d’origine antennaire, la partie en arrière serait d’origine
mandibulaire.
« La carapace, lors même qu’elle recouvre la totalité du thorax aussi bien que toute la portion
céphalique du corps, doit être considérée comme une dépendance de la tête dont une portion du sque¬
lette s’est développée d’une manière excessive, et a chevauché en avant et en arrière sur les parties
voisines ; j’ai établi aussi qu’elle appartenait au système des pièces tergales, et que celles-ci n’étaient
fournies ni par les anneaux ophthalmique ou antennulaire, ni par les 20 onites céphaliques postérieurs.
Il me paraissait probable qu’elle dépendait de l’anneau antennaire ou de l’anneau mandibulaire, c’est-à-
dire du troisième ou du quatrième anneau de la tête, mais qu’elle ne procédait que d’un seul de ces
zoonites » (H. Milne Edwards, 1851, p. 13).
D’après cette conception, sur la partie latéro-ventale de la carapace se situerait la ligne de
suture épimérale qui, comme son nom l’indique déjà, représenterait la limite entre les pièces tergales
et les épimères.
Les figures 5A et 5B montrent l’interprétation de H. Milne Edwards relative à la composi¬
tion élémentaire du somite crustacéen, à l’origine céphalique de la carapace, à la disparition des tergites
thoraciques et à la formation des parois de la cavité branchiale.
Pour Huxley (1877 ; 1881), ce serait tous les tergites et pleurons (= épimères de H. Milne
Edwards) du céphalothorax, à l’exception des segments oculaire et antennulaire, qui participeraient à
l’élaboration de la carapace (cf. fig. 5D).
Balss (1940) voit dans la carapace une duplicature dermique, provenant de la tête, considérant
que la structure de la carapace est indépendante de la métamérie primitive, Balss évite la nomen¬
clature fondée sur celle-ci : il utilise le terme de notum à la place de tergum et de pleures à la place d’épi-
mères {cf. fig. 5C). D’après l’auteur allemand, la « ligne de suture épimérale » de H. Milne Edwards
ne représente pas la trace anatomique d’un processus de soudure mais doit être interprétée comme
une acquisition morphologique nouvelle due aux exigences de la mue. Balss la nomme « Pleuralnaht »
{suture pleurale], ce qui correspond en effet à l’abandon du terme épimère pour cette partie de la cara¬
pace mais étonne un peu à cause du maintien du terme suture (Naht) pour une ligne de déhiscence,
d’exuviation.
En acceptant strictement l’hypothèse de Balss, nous concevons que la structure de la carapace,
notamment la présence des sillons, ne puisse avoir une valeur taxonomique égale à celle du sternum
thoracique. Ce dernier conserve toujours, à un degré plus ou moins grand, les traces de la métamérie
primitive (voir le chapitre iii sur le sternum thoracique) et, pour ces raisons théoriques, on peut déjà
s’attendre à ce que le plastron sternal brachyourien soit plus significatif pour la recherche des liens
phylogénétiques.
(siaLo'u,
[Muséum/
Source ; MNHN, Paris
30
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fig. 5 A-D. — Les éléments du somite crustacéen selon diverses interprétations. A, « Figure théorique de la composition
élémentaire d'un anneau du squelette tégumentaire ». D’après H. Milne Edwards, 1837, pl. 1, fig. 3 (seules les
abréviations sont un peu modifiées).
Ig, «g ; « les deux piècet tergales ou pièces médianes du segment dorsal » ; epm, epm : « les deux pièces ipimi-
riennes ou pièces latérales du même segment » ; si, si : < les deux pièces sternales ou pièces médianes du segment centrât » ;
eps, eps ; i les deux pièces épislernales, ou pièces latérales du segment ventral s.
B, Coupe schématique du corps d'un Brachyoure au niveau du dixième segment (à savoir des chélipèdesj. D'après l’inter¬
prétation de H. Milne Edwards, 1834, et modifié par Balss, 1940, fig. 9.
e.è., chambre branchiale ; epm III, épimère du somite antennaire fe'est-à-dire de la carapace) ; epm X, épimère
du sternite X ; eps X, épislernite du somite X ; pl, premier piréiopode ; si X, sternite du somite X ; tg III, tergile du
somite antennaire (c'est-à-dire de ta carapace^/.
C, Coupe à travers le corps d'un Crabe. D’après Balss, 1940, fig. 30.
br, branckiostégite ; epm, les deux parois épimériennes ; ni, nolum ; plr, pleure ; s.plr., suture pleurale ; sln,
sternum.
D, Coupe schématique au niveau du cinquième segment abdominal de l’Écrevisse. D’après Huxley, 1881, repris par
Balss, 1940, fig. 11.
epm, épimère ; pl, pleure (jeuillets interne et externe) ; st, sternite ; tg, tergile.
Secretan (1964 ; 1966 ; 1972 ; et communication personnelle), suit Balss quant à l’origine céphalique
antérieure de l’expansion tégumentaire insegmentée constituant la carapace. Mais, d’après cet auteur, la cara¬
pace ne recouvre jamais les pleurites (portions originairement latérales du corps de chaque segment) du corps
segmenté. Au niveau thoracique, la carapace en est séparée par la chambre branchiale. Au niveau céphalique,
et au cours du processus de céphalisation, la carapace en se substituant à la région latérale du corps aurait
réduit ou repoussé ces pleurites, qui glisseraient en position ventrale. La résorption des endopleurites (inva¬
ginations lamelleuses séparant les pleurites entre eux) découlerait de ce retrait. Les traces de ce glissement et
de cette résorption subsisteraient sous forme de sillons qui témoigneraient ainsi, indirectement, de la métamérie
du corps de l’animal. Le branchiostégite (ou branchiostège) est la partie de la carapace recouvrant la chambre
branchiale au niveau thoracique. D’après Secretan, l’épimère serait le tégument membraneux, non segmenté,
qui double intérieurement le volet branchiostégal ; quand il redescend le long de la paroi latérale du corps,
1 épimère se transformerait en pleurites calcifiés (*= épimérites), la carapace recouvrant, elle, la partie dor¬
sale.
Source : MNHN, Paris
1«A CARAPACli
31
I. FORME GÉNÉRALE DE LA CARAPACE
La forme et l’aspect de la carapace déterminent le faciès et s’imposent d’emblée à l’observateur.
Il n’est donc pas étonnant que les naturalistes, dans leur recherche de la définition des archétypes,
aient choisi en premier lieu les particularités de cette partie du corps, la plus apparente, solide et, à
première vue, suffisamment diversifiée pour permettre de bâtir un système de classification.
Après avoir réussi à classer les plantes dans un système « naturel », Linné porta ses efforts vers
le règne animal et tenta une classification de tous les êtres vivants.
Dans le vaste genre Cancer (inclus dans les Insecla Aptera), Linné distingue plusieurs types de Bra-
chyuri d’après l’aspect de leur carapace : « ihorace laevi lateribué inUgerrimo », « thorace lateribus inciso », « iho-
race supra hirto aut spinoso », « thorace supra spinoso », et « thorace inaeguali » (Sysiema Nalurae, 10® édit., 1758).
Selon le principe de la nomenclature binominale, chaque espèce reçoit un nom générique traditionnel auquel
s’ajoute une spécification simplifiée, en un seul terme, qui évoque le plus souvent l’un de ses traits les plus mar¬
quants. Les diagnoses linéennes se fondent en tout premier lieu sur la forme du corps et des pattes. En prenant
pour guide non pas certaines propriétés internes (par exemple l’absence de sang rouge) ou le mode de vie, comme
l’avait fait Aristote, mais la forme externe, Linné ne range plus les Crustacés parmi les Mollusques. Cette
réforme apparaît utile puisqu’elle place les Crustacés près des autres animaux Articulés, mais elle a, finalement,
le défaut de confondre Crustacés, Araignées et une partie des Insectes.
Toutes les classifications modernes des Brachyoures tiennent compte de l’aspect de la carapace,
aussi bien pour la définition des taxons principaux que pour la différenciation des niveaux inférieurs.
La classification d’ORTMANN (1896) et celle d’Ai.cocK (1895-1900), l’une des plus classiques, ainsi que
celle de Borradaile (1907) dont se sont inspirés beaucoup de carcinologistes ultérieurs, font toujours
appel, et souvent au premier rang, à la forme de la carapace : plus ou moins étroite et triangulaire
dans la tribu des Oxyrhyncha, plus large que longue (presque sans exception) dans la tribu des Cyclo-
metopa, transverse et plus ou moins quadrilatère dans la tribu des Catometopa, etc. La distinction
plus fine, en sous-familles, alliances, genres et espèces, se fait souvent d’après une évaluation plus serrée
de ce même caractère.
La classification de Balss (1957), la plus suivie aujourd’hui, indique comme critère principal
pour Brackyura (p. 1599) : « Carapax stets mit Seitenkanten, meist verkürst und verbreitert... », et
utilise la carapace pour de nombreuses divisions. Citons par exemple la séparation des Oxystomata
en quatre familles (déjà proposée par Borradaile en 1907), selon que le corps a un habitus de Crabe
ou un aspect plus ou moins atypique. La « tribu » des Brachygnatha de Balss comporte deux super-
familles : les Oxyrhyncha, à partie antérieure du corps étroite ; les Brachyrhyncha, à partie antérieure
large. La distinction en familles tient compte, dans une large mesure, des proportions de la carapace,
de la courbure du bord antéro-latéral, de la convexité de la face dorsale, de la taille et de l’avancée
du front.
L’appréciation presque intuitive du faciès tend à faire place à une analyse plus objective, notam¬
ment par la biométrie, de paramètres bien définis. On mesure ainsi le rapport largeur/longueur du cépha¬
lothorax. Si cet indice peut être en effet précieux pour la discrimination spécifique, il doit être utilisé
avec prudence dans les taxons plus élevés ; dans un même genre, par exemple, des espèces voisines
peuvent avoir des épines latérales développées ou non (cas du genre PoHunus Weber), des expansions
clypéiformes plus ou moins vastes (cas du genre Calappa Weber) ; le front peut s’avancer jusqu’à for¬
mer de longues pointes ou être seulement largement bilobé (cas du genre Harrooia Adams et White).
Stephenson (1966) s’est livré à une analyse morphométrique de plusieurs espèces de Crabes nageurs
du genre Portunus : dans le « complexe » P. xantusii, la technique biométrique fait apparaître « three inter-
grading forms linked by clines », méritant le statut de sous-espèces.
Certains carcinologistes, comme Garth pour les Oxyrhyncha de la côte pacifique américaine
(1958), tout en mesurant la carapace dans sa plus grande largeur, c’est-à-dire généralement dans la
Source ; MNHN, Paris
32
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
région branchiale, excluent de la mesure les épines latérales et, par ailleurs, dans certains cas mesurent
également la largeur au niveau de la région hépatique. Selon l’auteur cité, la longueur de la carapace
doit être mesurée du bord postérieur jusqu’à l’extrémité du rostre ou jusqu’à la ligne qui unit les deux
pointes rostrales ; toutefois, la longueur du rostre seul est indiquée à part, en même temps que sa lar¬
geur. Il est certain que les mesures du céphalothorax devraient comporter au moins toutes les préci¬
sions exigées par Gabth (îoc. oit., p. 27, fig. p. 28). Il faudrait aussi qu’une mesure de l’épaisseur du
corps précise la convexité de la carapace, ce qui permettrait de distinguer les formes globuleuses des
formes aplaties. En outre, il serait désirable d’exprimer les résultats des mesures sous forme d’indices,
c’est-à-dire de rapports judicieusement définis (Mayr, 1969, p. 171; Werner, 1969).
Évidemment, étant donné le mode de croissance discontinue des Crabes, les indices varient avec la
taille pour une même espèce ; ils changent après la mue de puberté. Ce stade imaginai peut être atteint à des tailles
diverses par les individus d’une même population et l’on observe souvent que les proportions du corps varient
avec ses dimensions (allométrie de taille). Puisqu’il existe des juvéniles et des adultes de grande taille par exem¬
ple, il faut connaître les indices extrêmes. Dans la notation des mensurations, il serait utile d’indiquer, dans la
mesure du possible, si l’on a affaire à un Crabe prépubéral ou postpubéral.
Un genre connu peut être caractérisé par la présence constante, chez toutes les espèces qu’on
lui a attribuées, d’épines latérales très allongées, donc par une grande largeur. On découvre alors une
espèce nouvelle, avec des dents courtes, voire absentes, qui possédera tous les autres traits génériques.
Ainsi, une diagnose générique, résultant d’une synthèse d’après le matériel connu à un moment donné,
d’un arrangement approprié, doit être considérée comme provisoire et susceptible d’un remaniement
qui la mettra en accord avec les découvertes nouvelles.
La forme générale du Crabe demeure un caractère taxonomique qui oriente l’étude des parentés
(voirie chapitre i, Carcinisation).
Toutefois, en dépit de l’optimisme de la plupart des carcinologistes et malgré une stabilité
manifeste de certaines caractéristiques, nous pensons que la carapace ne peut être utilisée, à elle seule,
comme critère décisif de classification. La forme de la carapace peut subir des variations considérables
dans la microévolution. Il semblerait que la partie du corps la plus sujette à variations soit la face
dorsale, probablement du fait qu’elle ne porte pas, comme la face sternale, l’implantation des lames
du système endophragmal ou endosternites (voir le chapitre iii sur le sternum thoracique et le cha¬
pitre VIII sur le système endophragmal).
Voici quelques exemples qui illustrent les dangers d’un diagnostic taxonomique fondé presque
exclusivement sur l’aspect général du corps et, de ce fait, faussé.
Citons d’abord le cas du genre Eurynolambrus H. Milne Edwards et Lucas, endémique de Nou¬
velle-Zélande avec une seule espèce, E. australis H. Milne Edwards et Lucas, Crabe au test très coloré,
aux pattes cristiformes rouges et aux pinces pourpres. On l’a attribué tantôt aux Oxyrhyncha et plus
précisément aux Parthenopidae, en raison de la forme tout à fait cryptopodienne de sa carapace, et,
entre autres caractères, de l’absence d’épines rostrales (Dana, 1852c, p. 141 ; Miers, 1876i, p. 12 ;
Filhol, 1885a, p. 8 ; Bennett, 1964, p. 63) ; tantôt aux Brachyrhyncha, à savoir aux Cancridae, eu
égard à la conformation de la région antenno-orbitaire (Miers, 1879d, p. 669 ; Flipse, 1930, p. 19).
Balss (1957, p. 1630, 1631), qui fait état de ses hésitations, laisse avec doute Eurynolambrus parmi
les Parthenopidae. Nous avons étudié {cf. Guinot, 1966-1967, p. 840) les spécimens types de cette
magnifique espèce, conservés dans la collection sèche du Muséum à Paris. En effet, la carapace (pl. 1,
fig. 5), singulière, subtriangulaire, avec les régions branchiales étalées latéralement, offre un faciès
de Parthenopidae [cf. pl. 1, fig. 3, 4 : Cryptopodia fornicata (Fabricius)]. D’après nos recherches, les
caractères essentiels font sans aucun doute à’Eurynolambrus un Oxyrhyncha : mais c’est un Majidae,
et non un Parthenopidae comme on le croyait. Un examen des appendices sexuels mâles nous renseigne
immédiatement : le pli, par sa forme générale et par son apex (fig. 70C, Cl, C2), est typique d’un Maji¬
dae, le pl2 (fig. 70D, Dl), très court, n’est pas celui d’un Parthenopidae. L’article basal antennaire,
très développé, dont la partie proximale s’étale autour de l’article urinaire et se fusionne avec l’épistome
(1 article urinaire apparaît comme a noyé » au sein d’une vaste pièce) et dont le sommet se réunit au front
Source ; MNHtJ, Paris
LA CARAPACE
{cf. Gbiffin, 1966, fig. 8), les antennules repliées longitudinalement, d’autres traits encore doivent
faire attribuer le genre aux Majidae, plus spécialement aux Pisinae. Ce remaniement taxonomique
explique les observations de Krefft (1952), que nous ne connaissions pas à l’époque de notre travail
et qui se rapportent à deux stades juvéniles connus êi'Eurynolambrus australis, de 4 et 5,6 mm. La
morphologie des jeunes Crabes est celle d’un Majidae typique, à carapace étroite et piriforme, à rostre
bifide, à yeux allongés, à face dorsale ornée de soies en crochet (pl. 1, fig. 6a, 6b). Ces soies en crochet
ont tendance à disparaître chez l’adulte qui perd la faculté de se camoufler, en usage chez un grand
nombre de Majidae. Le développement de soies en hameçon sur les téguments et, corrélativement,
la persistance de l’instinct de déguisement, s’observent chez les jeunes Eurynolambrus dont le cépha¬
lothorax est de faibles dimensions. Un tel comportement n’existe plus chez l’adulte, qui se protège par
un autre moyen, grâce au développement d’un vaste bouclier, au test sans doute épaissi. Il est inté¬
ressant d’assister chez un même animal à la succession, au cours du passage des stades juvéniles à la
vie adulte, de deux systèmes de protection différents. En outre, le cas du genre Eurynolambrus est
instructif car il nous montre que certaines caractéristiques morphologiques des stades juvéniles sont
plus représentatives de la position taxonomique que leur aspect final chez l’adulte.
Se fiant plus à l’apparence du Crabe qu’à d’autres caractères, les carcinologistes ont complè¬
tement faussé le diagnostic taxonomique du genre américain monospécifique Pliosoma Stimpson.
Tous les auteurs s’accordent à le rattacher aux Corystidae, plus précisément aux Atelecyclinae (Rath-
BUN, 1930, p. 169, pl. 74 ; Crâne, 1937, p. 48, 69 ; Bouvier, 1942, p. 11, 12, 20, 40, fig. 10 ; Balss,
1957, p. 1635). Nous avons examiné trois syntypes de Pliosoma parvifrons Stimpson, déposés au British
Muséum et provenant du Cap Saint-Lucas en Basse-Californie. La carapace (pl. 1, fig. 7) offre seu¬
lement quelques similitudes superficielles avec certains Crabes de la série atélécyclienne ; en revanche,
les autres caractères, notamment le plastron sternal mâle (fig. 70A, A' et pl. 1, fig. 8) et le premier
pléopode sexuel mâle (fig. 70B, Bl, B2), indiquent nettement l’appartenance à une catégorie très éloi¬
gnée, à savoir aux Oxyrhyncha, sans doute aux Pisinae. Malgré le pressentiment que Pliosoma n’était
pas bien à sa place parmi les Corystoidea, Bouvier {loc. oit., p. 40, 41) s’est servi de ce genre en par¬
ticulier pour concevoir une origine commune, très ancienne, des Oxyrhynques et des Corystiens. Nous
avons déjà fait état du remaniement concernant Pliosoma en 1966 (Guinot, 1966-1967, p. 840, note).
En revanche, le genre Podocalactes Ortmann, connu par une seule espèce endémique du Japon, P. Kami'
fer Ortmann, que Bouvier (1942, p. 40) place au même rang que Pliosoma, appartient franchement aux Corys¬
toidea (sensu Bouvier). La morphologie antenno-orbitaire et celle des mxp3, le plastron sternal élargi, le pli <J,
le pl2 (^, allongé et à flagelle développé, situent le genre non loin de Trackycarcinus Faxon.
Dans 1’ Annexe A, nous révisons le genre Demania Laurie, que nous avons déjà étudié dans des
travaux antérieurs (Guinot, 1969t, p. 234 ; 197io, p. 1074). Nous réunissons dans ce groupe naturel
des espèces xanthoïdes qui, jusqu’ici, en raison de l’aspect général de la carapace, avaient été disséminées
dans des genres divers, notamment dans le genre Lophoxanthus A. Milne Edwards, pourtant fort diffé¬
rent (pl. 5, fig. 8). Les diverses espèces de Demania représentées sur les planches 4 et 5 montrent des
carapaces peu ressemblantes, aussi bien par les proportions que par la forme du front, celle du bord
antéro-latéral et par l’ornementation. Les péréiopodes présentent aussi des traits particuliers à chaque
espèce. Néanmoins, les Demania ont en commun un certain nombre de caractères (plastron sternal,
pléopodes sexuels mâles, etc.). Le rangement des espèces sur les planches 4 et 5 a été fait de façon
à mettre côte à côte les espèces les plus approchantes extérieurement et à montrer l’éloignement pro¬
gressif à partir de l’espèce type D. splendida Laurie.
Le concept de « brachyoure » s’est formé dans le cadre d’une systématique archétypale. Certaines
caractéristiques brachyouriennes représentent une « tendance fonctionnelle ». Toutefois, il existe un
ensemble de caractères qui indiquent l’appartenance à un groupe monophylétique, celui des Crabes
« vrais ». Un tel Brachyoure peut être schématiquement défini par un corps complètement calcifié,
par une carapace non segmentée, en voie de carcinisation ou fortement carcinisée (pour ce proces¬
sus, voir le chapitre i, Carcinisation), par un abdomen court, rabattu dans une cavité sterno-abdo-
minale où le maintient un système d’accrochage, par un sternum thoracique parcouru d’un certain
nombre de divisions intermétamériques.
Source : MNHN, Paris
34
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Dans les limites qu’impose le plan fondamental brachyourien, le corps des Crabes est modelé
par divers facteurs dont, non le moindre, est le mode de vie. On peut distinguer des faciès qui carac¬
térisent les Crabes en fonction de la diversité de leurs activités, notamment en fonction de leur princi¬
pale habitude de locomotion. On peut montrer que des particularités du plan général d’organisation
du corps, qui se reflètent surtout sur l’aspect de la carapace et des appendices, sont communes à tous
les Crabes marcheurs, et que d’autres sont constantes chez les Crabes fouisseurs, chez les Crabes grim¬
peurs et chez les Crabes nageurs. Schafer (1954) a bien mis en évidence les rapports qui existent entre
le type d’organisation et le mode de vie. C’est surtout la manière de se mouvoir qui déterminerait,
d’après Schafer, l’aspect général d’un Crabe. La charpente centrale, à savoir le céphalothorax, serait
la structure primaire à laquelle serait subordonnée la morphologie des chélipèdes. Mentionnons à titre
d’exemple les Crabes nageurs, chez lesquels les avantages hydrodynamiques sélectionnent les formes
au corps léger, aplati dorso-ventralement et élargi (et souvent prolongé par une longue épine latérale)
dans la direction perpendiculaire au plan sagittal médian (c’est-à-dire dans l’axe de la natation).
L’influence des facteurs éthologiques est plus complexe dans le cas des Crabes fouisseurs, qui
peuvent présenter plusieurs types. Par exemple, les genres Corystoides Lucas, Bellia H. Milne Edwards
(Belliidae), tout comme Corysles Latreille (Corystidae) ont un corps étroit et allongé ; en revanche,
la carapace des Calappes (Calappidae) est cancériforme et élargie en un bouclier recouvrant les pattes
ambulatoires. Ces formes fouisseuses développent des appareils respiratoires particuliers.
Les Mictyridae sont des Crabes modifiés à la fois par la vie fouisseuse (technique de fouissement
en spirale ; cf. McNeill, 1926 ; Ca.ueron, 1966) et par des habitudes alimentaires spéciales (filtra¬
tion du sable pour extraire les particules organiques et rejet de boulettes). La carapace est allongée,
globuleuse, et les pattes-mâchoires forment ventralement un vaste renflement qui empiète sur le ster¬
num thoracique (voir Mictyridae dans le chapitre consacré au sternum thoracique).
Fie. 6. — Hypocolpus perfectiu Guinot, holotype, Ç 53 X 38 mm, Madagascar (MP). A, face ventrale ; B. vue de profil.
On distingue la cavité ventrale sous-hépatique, caractéristique du genre Hypocolpus Ralhbun, à demi recouverte
par la pince en position de repli.
Les habitants des récifs coralliens ou de la mangrove, par exemple, se présentent sous divers
aspects adaptés aux particularités de leur milieu. Nous avons montré (Guinot, 1960h) que les Hypo-
colpxis Rathbun, Xanthoïdes plus ou moins supposés comme récifaux ont développé des a formes
1. Dana une lettre du 21-9-1977, le Dr M. Vannini, que nous remercions très vivement, nous a fourni les rensei¬
gnements suivants à propos de deux espèces du genre Hypocolpus, H. di^'crticulaius (Strahl) et H. perfectus Guinot, obser¬
vées sur la côte de Somalie. « They ail hâve been collected under a kind of muddy aand « carpet » [10-20 cm high) on the
outer edp of the rooky shore of Sar Uanle (S. Soraalia). The carpet is kept together by the roots of the saeweed Cymo-
doce. The muddy sand it very thick and I wonder if the two évident cavities of the Hypocolpus might be used as a reser-
Source ; A1MHN, Paris
LA CAIlAPACli
35
correspondantes d très poussées, de sorte que le corps présente une surface continue sans aspérité. Ces
Crabes marchent sur le substrat, en soulevant certainement très peu le corps et en appliquant les pinces
contre la face ventrale, ce qui leur permet de résister mieux, éventuellement, à de fortes vagues. Chez
Htjpocolpus perfectus Guinot (cf. fig. 6), rien n’a prise sur le Crabe replié en une « boule » ; chélipèdes
et pattes ambulatoires, en position de repli, s’emboîtent les uns dans les autres et s’encastrent dans
les échancrures postéro-latérales de la carapace. Il y a aussi coaptation du chélipède et de la région
sous-hépatique correspondante creusée d’une cavité ; ce « complexe » constitue un dispositif ayant
peut-être un rôle dans la circulation et le maintien de l’eau respiratoire, à des périodes où le Crabe
doit se préserver de la dessication ou dans la mise en réserve d’eau pure avant son entrée dans la
chambre branchiale.
La silhouette du corps vue de profil fait découvrir des différences caractéristiques entre les quatre prin¬
cipaux groupes éthologiques de Crabes. La différence la plus notable concerne la position dorsale du céphalo¬
thorax par rapport à la disposition d’ensemble des sternites. Chez les marcheurs, le plastron sternal suit bien
la courbure générale de la face ventrale. Chez les grimpeurs, qui tiennent leur corps soulevé au-dessus du sol,
le sternum thoracique est orienté dans une direction différente de celle du reste de l’organisme, qui le surplombe.
Chez les nageurs, la surface sternale est plane, subparalièle au céphalothorax.
II. BORDS DE LA CARAPACE
Lié essentiellement à la forme générale du corps, le bord latéral de la carapace se présente avec
une extrême diversité chez les Crabes. Il est droit et presque parallèle à l’axe antéro-postérieur cépha¬
lothoracique chez les formes allongées et cylindriques ainsi que chez les formes dont la carapace a adopté
un contour quadratique ; il peut être doté d’une courbure variable, formant avec le front un arc de
cercle à petit ou grand rayon, selon que la carapace est ellipsoïdale longitudinalement ou ovoïde trans¬
versalement, en passant par tous les intermédiaires ; il est dirigé obliquement chez les formes à contour
triangulaire.
Qu’il soit court ou long, le bord antéro-latéral, qui offre typiquement une armature, se distingue
en général du bord postéro-latéral, le plus souvent inerme. Chez de nombreuses formes, à la jonction
de ces deux bords, il se produit une rupture dans la direction : une dent, une épine, un bourrelet ou.
seulement, un angle indique la limite des portions antérieure et postérieure du bord de la carapace.
Dans certains cas, au lieu d’être ainsi marqué, le bord antéro-latéral se prolonge transversalement,
de chaque côté, sur la face dorsale, vers la ligne médiane de la carapace, parfois sous forme d’une crête.
C’est là une tendance fréquente chez les Xanthoïdes. Elle est, par exemple, manifeste chez les Trichiinae
de Haan {cf. fig. 3). Dans le genre f Palaeotrickia Guinot, une forte dent termine le bord antéro-latéral et des
tubercules garnissent le bord postéro-latéral. Chez les Trichia de Haan actuelles, à caractères plésiomorphes,
dont la carapace est étroite et le bord découpé, une crête dentée ou granulée, incluant une partie de bord postéro¬
latéral, tend à se recourber et à se prolonger sur la face dorsale. Le bord de la carapace de T. àrontiaeformis
de Haan porte une crête saillante et denticulée, dirigée obliquement. Chez T. koriii (Miyaké), forme plus évoluée
à carapace très élargie et bord entier, la crête forme une courbe régulière avec le bord antéro-latéral, devenu
très long, et revient sur la carapace. La carcinisation qui s’est opérée à l’intérieur même du genre, et jusqu’à
son maximum chez T. horiii, s’accompagne d’une telle évolution du bord {cf. Guinot, 1976, p. 101-200).
Prenons maintenant l’exemple de la superfamille des Bellioidea Dana, qui contient une seule famille,
les Belliidae, composée de quatre genres {cf. Guinot, 1976, p. 15-60). Chez Corystoides Lucas et chez Bellia
H. Milne Edwards, à carapace étroite et longue, au faciès macrourien et au mode de vie fouisseur, le bord antéro¬
latéral ne se distingue guère du bord postéro-latéral que par la présence de dents, allant en s’atténuant vers
voir of water to be made circulating ihrough the gill chambers since, when the elaws are nearly closing lhe cavities, the
mud would be aomehow filtered and only pure water will corne into the cavities. On the other hand, the carpet only
remains out of the water few hours a month and under the carpet the water never really goes away. Theretore, the hypo-
thesis that the cavities migbt be used as a réservoir of water against déshydratation during low waters should be, I pré¬
sumé, rejected i.
Source : MNHN, Paris
36
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE lîT TAXONOMIE DES BIIACHYOURES
l’amère • le branchiostégite a une position presque verticale. Chez les trois espèces d’Acanihocyclu« Lucas,
au corps’moins étroit, presque aussi large que long, et où il n’y a pas d’adaptation à la vie fouisseuse, le bord
antéro-latéral se raccourcit; le branchiostégite acquiert une position ventrale. Weterozius A. Milne Edwards,
forme non fouisseuse, à la carapace élargie et aplatie, offre un tout autre faciès : la carcinisation et la brachy
gnathie sont complètement installées ; le bord antéro-latéral, seulement lobé, se termine par un épais bourre¬
let et se trouve très nettement délimité du bord postéro-latéral ; le branchiostégite est en position tout à fait
ventrale.
L’armature du bord antéro-latéral de la carapace est diverse : dents, épines, lobes, granules,
amas de tubercules, élévations en forme de champignon, crête, etc. Épais ou mince selon la voussure
du corps, formant ou non une bordure aplatie (A. Milne Edwards distingue les carapaces marginées
ou non), il peut aussi être non incisé, lisse, sans dents ni lobes. Dana (1851a) a bien montré les rela¬
tions assez constantes, du moins dans certains groupes, entre les dents du bord antéro-latéral (dont
le nombre a normal » serait de 5) et les divisions de la partie correspondante de la carapace en régions
ou en lobes. Ces relations varient beaucoup selon les Crabes considérés. Chez nombre de Xanthoïdes,
la disposition est la suivante : la première dent est exorbitaire, les deux suivantes sont hépatiques,
les deux dernières branchiales.
Si l’on regarde les Carpiliinae, Xanthoïdes très particuliers {cf. Guinot, 1968c}, on constate que, chez
la plupart des formes fossiles, le bord antéro-latéral porte des tubercules, sur toute sa longueur ou sur une grande
partie de celle-ci : c’est le cas de nombreux f Polaeocarpilius A. Milne Edwards, notamment de l’espèce type
t P. macroclieilus (Desmarest) (pl. 10, fig. 9), de ^ P. slenurus Reuss (pl. 10, fig. 8), ainsi que du genre t Oca-
lina Rathbun (pl. 10, fig. 7). Chez les trois seules espèces de Carpiliu^ Leach actuellement vivantes (C. cont'exus,
C. macuhlus, C. corallinus), il est entier et ne montre qu’un tubercule mousse postérieur, en plus de l’exorbi-
taire qui est petit. H. Milne Edwards (1851, p. 29) a remarqué que, dans l’armature marginale de la cara¬
pace, le lobule exorbitaire et la dent épibranchiale sont les formations les moins sujettes à avorter, les dents hépa¬
tiques étant les moins constantes. Il semble que, au cours de l'évolution des Carpiliinae, l’armature du bord
antéro-latéral de la carapace ait disparu, tout comme l’ornementation de la face dorsale et des péréiopodes.
En même temps qu’une grande taille, les formes carpiliennes d’aujourd’hui ont acquis un test pratiquement
lisse.
Chez certains Crabes, même xanthoïdes, des dents surnuméraires apparaissent. Chez les Portu-
niens, où il y a typiquement cinq dents, les tendances sont différentes de celles que nous venons de cons¬
tater. S’il y a avortement, c’est la 4® dent qui devient rudimentaire (certaines Thalamita Latreille)
ou manque. Des dents supplémentaires se constituent jusqu’à former une série de neuf dents, la der¬
nière étant souvent considérablement développée {Portunus Weber).
Chez les Oxyrhyncha classiques, la naissance de dents surnuméraires ou le dédoublement de
certaines dents accroît le nombre a normal » des éléments de l’armature marginale ; des dents peuvent
en outre apparaître le long des bords postéro-latéral et postérieur.
Chez les Oxystomata (sensu Balss), l’armature marginale est souvent rudimentaire mais, dans
diverses sous-familles, il y a, de chaque côté du thorax, conservation de la dernière dent, développée
en un lobule conique ou pointu (Malula Weber, Acanlkocarpus Stimpson, Orilhyia Fabricius, etc.).
Chez les Calappes, tout comme chez les Parthénopiens (pl. 1, fig. 3, 4), un prolongement marginal se
développe en forme de voûte au-dessus des pattes et constitue une grande expansion lamellaire dans
toute la moitié postérieure de la carapace. Nous avons vu que ce mode de conformation est une tendance
qui se réalise dans des groupes très divers ; on la trouve également chez certains Majidae (genre Eury-
nolambrus, pl. 1, fig. 5) et même chez certains Anomoures (genre Cryptclitkodes, pl. 1, fig. 1, 2).
Chez les Catométopes de la conception milne-edwardsienne, l’armature marginale tend à dis¬
paraître et, chez nombre d’entre eux (Ocypode Fabricius, Uca Leach, etc.), le bord de la carapace n’est
marqué tout au plus que par des granulations ou par une petite crête.
On notera que, selon les cas, le bord antéro-latéral rejoint l’angle externe de l’orbite ou, au con¬
traire, se prolonge ventralement vers les angles latéro-antérieurs du cadre buccal.
Les carcinologistes utilisent fréquemment le bord antéro-latéral comme critère générique.
En utilisant comme exemple le genre Lophozozymus A. Milne Edwards, révisé dans I’Annexe B ci-
après, nous montrons que les caractéristiques du bord antéro-latéral sont variables, du moins dans
Source : Paris
LA CARAPACE
37
certaines limites, à l’intérieur du genre. Toutes les espèces de Lophozozymus possèdent un bord mince
et cristiforme, mais les dents sont saillantes, parfois carénées ou, au contraire, émoussées ; par ailleurs,
entre l’angle exorbitaire et la première dent, il y a continuité ou, en revanche, un hiatus net {cf. pl. 7
et 8).
D’autres exemples pourraient illustrer de façon plus frappante le caractère variable du bord antéro¬
latéral : citons, par exemple, le genre Lybia H. Milne Edwards {cf. Güinot, 1976), le genre Trichia de Haan
{cf. fig. 3), ainsi que le genre Demania Laurie, étudié dans I’Annexe A {cf. pl. 4 et 5).
III. QUELQUES AUTRES CARACTÉRISTIQUES DE LA CARAPACE
1. RÉGIONS GASTRIQUES, FOSSETTES GASTRIQUES; LES DIVERS TYPES DE « SIL¬
LONS » ET LEUR INTERPRÉTATION
Dans son « Histoire naturelle des Crustacés fossiles n, A. G. Desmarest {1822, p. 72) a été l’un
des premiers à bien étudier la configuration de la face supérieure de la carapace des Décapodes. Cet
auteur constate que les bosselures et les sillons dont la face dorsale est marquée offrent une certaine
constance et peuvent servir à la distinction des espèces.
K Réfléchissant d’ailleurs que les Crustacés ont leurs principaux organes intérieurs situés immédiatement
sous le test ou la carapace, nous avons été conduit à rechercher s’il existait des rapports marqués entre la place
qu’occupent ces viscères et la distribution des inégalités extérieures du test » p. 73).
Desmarest propose donc de désigner les diverses portions de la carapace par des termes rappe¬
lant les organes sous-jacents : régions stomacale, génitale, hépatique, cordiale, branchiale, etc.
En 1851 (p. 9-32), H. Milne Edwards fait l’analyse des dispositions morphologiques de la
carapace chez divers Décapodes et, en particulier, établit clairement les principales divisions de celle-
ci chez plusieurs genres de Crabes. Nous allons résumer les conclusions de cet auteur concernant la région
gastrique et le sillon cervical des Brachyoures, car les carcinologistes ultérieurs ne se sont pas tenus
à la même interprétation. H. Milne Edwards a choisi comme point de départ, dans son texte et ses
figures, la carapace de Mithrax spinosissimus (Lamarck) (atlas, pl. 8, fig. 6) et, comme autres exemples,
celles de Parthenope horrida (Linné) (= Daldorfia horrida), de Zozymus tomentosus H. Milne Edwards
(= Actaea tomentosa = Actaeodes tomentosus), de Zosimus aeneus (Linné) et à’Eriphia gonagra (Fabri-
cius) {ibid., pl. 8, fig. 7-10).
La région gastrique de H. Milne Edwards (= région stomacale -H région génitale de Desha-
rest) occupe la partie médiane du bouclier céphalothoracique. Elle comprend : 1) deux lobes épigas¬
triques symétriques ; 2) un lobe mésogastrique, « lobe impair et médian », situé entre les deux lobes
protogastriques {loc. cit., p. 21) ; 3) deux lobes métagastriques, postérieurs et latéraux par rapport au
mésogastrique ; 4) un lobe urogastrique, * petit lobe impair qui ressemble ici [chez Mithrax spinosissi¬
mus] à un bourrelet transversal », et auquel fait suite la région cardiaque.
Dans certains cas, bosselures et sillons se multiplient et déterminent un plus grand nombre
de divisions et, même, des subdivisions. D’autres fois, les lobes disparaissent ou se confondent, ce qui
aboutit à donner une simplicité de conformation à la région gastrique : un cas fréquent est la fusion
du lobe mésogastrique avec les deux lobes métagastriques. Il peut y avoir aussi disparition de toute
séparation entre ces derniers et le lobe urogastrique, de sorte que toute cette portion de la région gas¬
trique ne constitue plus qu’une seule aire médiane, dont l’extrémité antérieure (pointe mésogastrique)
s’avance plus ou moins loin entre les lobes protogastriques {ibid., p. 22). C’est à ce point de son exposé
que H. Milne Edwards fixe chez les Crabes l’emplacement de deux zones fort importantes : le sillon
cervical, situé en arrière de deux petites impressions en forme de fossette, les fossettes gastriques, qui
sont la marque de l’attache des muscles de l’estomac.
Source : MNHtJ, Paris
38
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Quelques pages auparavant {ibid., p. 10-12), H. Milne Edwards avait indiqué que le sillon
cervical sépare l’arceau céphalique de l’arceau scapulaire de la carapace ; cette séparation est très
distincte lorsque le bouclier céphalothoracique est divisé en deux portions articulées par une suture
membraneuse, par exemple chez les Cénobites ou les Birgus. Chez les Crabes, ce sillon est reconnaissable
dans de nombreuses espèces. Dans le genre Mithrax Latreille, ledit sillon cervical traverse le test de la
carapace puis se porte obliquement et en dehors vers le tiers antérieur du bord antéro-latéral, pour
se diriger ensuite vers les angles latéro-antérieurs du cadre buccal. L’arceau céphalique de la cara¬
pace serait — selon la conception de H. Milne-Edwards — circonscrit chez beaucoup de Crabes ;
même si le sillon cervical vient à s’effacer complètement, on en reconnaît la direction grâce aux deux
petites fossettes qui se voient ordinairement au milieu de la carapace près de la ligne médiane, un peu
Fig. 7 A-C. Emplacement et nomenclature de diverses régions (principalement gastriques) de la carapace chez les
Braehyoures. Localisation du « sillon cervical. de H. Milne Edwards, 1851. A, Mithrax spinosiesimue (Lamarck) ;
B, Zosimus aeneue (Linné). D’après H. Milne Edwards, 1851, pi. 8, £ig. 6 et 9 ; C, une espèce « of the Cancer
group », d’après Dana, 1851a, fig. 1 et p. 95-98.
Fig. 7 D. — Homologie des régions gastriques définies par H. Milne Edwards (à gauche) et des régions numérotées
par Dana (à droite).
cd, région cardiaque ; epg, lobe épigaelrique ; f.g., fossette gastrique ; in, région intestinale ; mag, lobes métagas-
tnques ; mog, lobe mésogastrique ; ptg, lobes prologastrigues ; s.b.c., sillon branchiocardiaque : s.e., sillon cervical :
urg, lobe urogastrique.
Source : MNHN, Paris
L-i CARAPACE
39
en avant du bord postérieur de l’arceau céphalique {ibid., pl. 12). H. Milne Edwards a homologué
les régions anté- et postcervicales chez les Brachyoures et d’autres Décapodes, notamment les Asta-
coures. Depuis, ce problème d’homologie des régions a été l’objet de nombreuses discussions.
11 est dommage que les carcinologistes n’aient pas utilisé la position des fossettes gastriques
médio-dorsales pour déterminer l’emplacement des diverses régions. Ces fossettes sont souvent seules
visibles au sein d’une face dorsale lisse ou, au contraire, sont dissimulées par la pilosité ou par les bos¬
selures et sillons d’une carapace très subdivisée. Les fossettes gastriques indiquent la limite, parfois
difficile à préciser sans elles, entre les lobes métagastriques et le lobe urogastrique. C’est en arrière de
ces fossettes que l’on doit reconnaître le sillon cervical brachyourien de H. Milne Edwards, c’est-à-
dire la limite entre l’aire urogastrique et l’aire cardiaque.
Nous reproduisons ici (fig. 7A, B) deux des dessins de H. Milne Edwards (1851, pl. 6, fig. 6, 9),
représentant d’une part Milhrax spinosissimus, à la carapace aréolée de façon « simple », et d’autre
part Zosimus aeneus, à la face dorsale subdivisée à l’extrême. Grâce à la position des fossettes gastriques,
on peut facilement reconnaître l’emplacement de la zone urogastrique, limité en arrière par le sillon
cervical. On distingue également bien le lobe mésogastrique impair et les deux lobes métagastriques
postérieurs, plus ou moins fusionnés.
Nos recherches nous ont montré la valeur de la détermination exacte des fossettes gastriques
et du sillon cervical pour la définition des régions chez un grand nombre de Crabes appartenant à des
groupes différents. Avant d’aborder ce point, il convient de rappeler les opinions des carcinologistes,
qui n’ont pas, pour la plupart, suivi FI. Milne Edwards.
Une nomenclature, non strictement liée aux organes sous-jacents (comme chez Desmarbst)
mais simplement topographique, a été proposée par Dana en 1851 (1851a, p. 95-98), c’est-à-dire la
même année que H. Milne Edwards mais antérieurement à l’ouvrage du savant français puisque
ce dernier y fait allusion {ibid., p. 10). Sur la carapace d’un Crabe du « groupe Cancer », que nous repro¬
duisons ici (fig. 7C : nous ajoutons seulement l’emplacement des fossettes gastriques), on distingue
pour le médial group, qui correspond à la région gastrique : les deux aires IM, qui correspondent aux
lobes épigastriques ; les deux aires 2M, qui représentent les lobes protogastriques ; 3M, « a central
areolet, elongated anteriorly between the areolets 2M » (Dana, loc. cit., p. 95-96), dénomination qui
recouvre le lobe mésogastrique et les lobes métagastriques de H. Milne Edwards ; 4M, « a transverse
areolet just posterior to 3M » {ibid., p. 96), qui correspond donc au lobe urogastrique de H. Milne
Edwards. Dana donne une confirmation de cette homologie : « Two deep punctures usually mark
the limit between 3M and 4M, even when there is no dépréssion ». Ces deux profondes ponctuations
sont les fossettes gastriques de H. Milne Edwards, qui sont situées à la limite de 3M et de 4M. II faut
donc placer le sillon cervical entre 4M et IP. Nous donnons ici un schéma (fig. 7D) qui montre les homo¬
logies entre les régions gastriques numérotées de Dana et celles de H. Milne Edwards. Dana {ibid.,
p. 97) signale que 3M « subdivides at times into 3 parts » et qu’il peut y avoir des subdivisions encore
plus poussées, avec un grand nombre de petits lobules ou de tubercules à l’intérieur de chaque aire.
Les figures 2-4 de Dana {ibid.) montrent bien que, pour cet auteur, 3M correspond à l’aire mésogastri¬
que + les deux aires métagastriques de H. Milne Edwards.
Les carcinologistes ont appelé l’aire 3M, soit mésogastrique, soit métagastrique, ce qui est inexact
dans les deux cas. Une confusion regrettable s’est introduite dans la littérature, et nous allons essayer
de rétablir les homologies topographiques chez les Brachyoures en ce qui concerne les diverses régions
gastriques.
La figure i de Rathbun (1918, p. 4), vue diagrammatique de la face dorsale d’un Crabe Grapsoïde,
montre une large région impaire dite mésogastrique qu’il faut, en fait, considérer comme la réunion de la région
mésogastrique et des régions métagastriques ; pourtant, la définition donnée par Rathbun {ibid., p. 7) de
ces régions est exacte. Rathbun place correctement le sillon cervical, en arrière de la région urogastrique.
Ce schéma de la carapace est celui que reproduit fidèlement Balss (1940, p. 45, fig. 45) dans la partie morpho¬
logique du K Bronns Tierreichs ». En revanche, dans sa représentation d’un a Spider Crab », où sont bien indi¬
quées les trois régions (méso-, méta- et urogastriques), Rathbun (1925, fig. 1) place le sillon cervical entre
l’aire métagastrique (représentée indivise) et l’aire urogastrique. En 1930 (fig. 1), Rathbun schématise un
Source : MNHN, Paris
40
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Portunidae en revenant à son interprétation première ; la distinction entre région mésogastrique et régions
métagastriques est bien faite ; le sillon cervical est placé correctement, c’est-à-dire posterieurement à la région
urogastnque. traité de Paléontologie des Arthropodes, Glaessner (1969, p. R405, R406, fig. 220C, D) repro¬
duit telles quelles les deux figures de Ratsbun, représentant un Portunidae et un Grapsoïde. Le sillon cervical
y est bien placé, postérieurement à la région urogastrique ; mais, dans le texte, Glaessner écrit ; « Behind the
cervical groove are, medially, the urogastric, cardiac and intestinal régions », ce qui ne correspond ni à ses
figures ni à la définition de H. Milne Edwards. Reproduisant tout aussi fidèlement la figure de Rathbun
montrant un Oxyrhynque, où le sillon cervical est placé autrement, Glaessner [ibid., fig. 220B) accorde ses
dires avec son illustration, mais c’est — à notre avis — peut-être involontaire. Rappelons que le sillon cer¬
vical brachyourien de H. Milne Edwards ne partage pas la région gastrique, mais sépare cette dernière de
la région cardiaque. Dans nombre de ses travaux antérieurs, Glaessner avait déjà situé le sillon cervical en
avant sur la carapace, entre la région mésogastrique et la région urogastrique (par exemple en 1933, fig. 185,
chez le genre Dromia).
Si nous revenons en arrière, on constate que Peabson (1908, p. 10-12, fig. 2), dans son étude du genre
Cancer, situe, selon les recommandations de H. Milne Edwards, le sillon cervical en arrière de la région uro¬
gastrique.
Pour Ihle (1913, p. 4-6, fig. 3), le sillon cervical passe sur l’emplacement des fossettes gastriques, qu’il
appelle « Cervicalgrübchen » (fossettes cervicales). Chez les Parthenopidae, Flipse (1930, p. 3, 4, fig. 1, 2) ne
semble pas situer ces « Cervicalgrübchen » au même endroit. La confusion est bien installée et les homologies
sont de plus en plus difficiles à établir.
En reproduisant la figure de Dana et en tentant l’homologie des régions numérotées avec les régions
topographiques de H. Milne Edwards, Klunzincbr (1913, p. 120 [24]) donne deux définitions erronées :
d’une part, pour 2M qu’il considère comme lobes protogastriques + épigastriques et, en arrière, comme lobe
métagastrique (est-ce un lapsus pour mésogastrique ?) ; d’autre part, pour 3M qu’il considère comme lobe méta-
gastrique. Si nous comprenons bien, pour Klunzinger, la portion postérieure de 2M est métagastrique, ce qui
n'est pas conforme à l’idée de H. Milne Edwards. Il semble que Kluzinger ait mal interprété la phrase un
peu ambiguë de H. Milne Edwards (1851, p. 21) où sont décrits les rapports des lobes protogastriques, du
lobe mésogastrique et des lobes métagastriques.
Dans sa < Faune de France », Bouvier (1940, p. 13) fournit une interprétation des sillons qui ne nous
satisfait pas, tout au moins en ce qui concerne le sillon cervical chez les Brachyoures : les t pores » gastriques
sont s forts apparents chez les Crabes ; on les aperçoit fréquemment chez l’Écrevisse et les Homards ; et dans
tous les cas, ils jalonnent pour ainsi dire la place où devrait se trouver le sillon cervical ». Il y a là une contra¬
diction flagrante avec la formulation de H. Milne Edwards en ce qui concerne les Crabes.
De même, dans son étude des genres Eriphia Latreille, Maja Lamarck, Pisa Leach, Abrahauczik-
ScANzoNi (1942) place le sillon cervical entre les régions métagastriques et l’aire urogastrique, sur l’emplace¬
ment des fossettes gastriques. A propos du genre Dromia Weber, le même auteur écrit : « Die Zervicalfurche
tritt bezüglich der Deutlichkeit ihrer Ausprâgung gegenüber Eriphia zurück » (Abrahamczik-Scanzoni, 1942,
p. 354).
Dans l’ouvrage sur les Crustacés Décapodes des Antilles par Chacb et Hobbs (1969, p. 49, fig. 4), la repré¬
sentation est conforme à l’interprétation de H. Milne Edwards, avec régions méso-, méta- et urogastriquei
bien distinctes, et avec le sillon cervical correctement placé. Comme indiqué dans le glossaire {ibid., p. 225),
ce sillon « séparâtes the gastric and hepatic régions from the cardiac and branchial régions ».
Sur la figure de la face dorsale représentant un Anomoure, Kim (1973, p. 149, fig. 2) indique des régions
conformes aux définitions de H. Milne Edwards ; il y a une région mésogastrique impaire, deux aires méta¬
gastriques et une aire impaire urogastrique. Mais la figure 70 (p. 258} représentant un Grapsoïde et un Por-
tunien montre une vaste région mésogastrique et, en arrière, une zone métagastrique ; la région urogastrique
n’est pas considérée.
Chez le paléontologiste VfA (1969, encadré 1), les diverses aires sont, à notre avis, bien dessinées sur
les formes fossiles représentées, avec régions mésogastrique, métagastriques (appelées par VIa « hippogas¬
triques ») et urogastrique distinctes. L’emplacement du sillon cervical, indiqué dans une position très antérieure
chez les Dromiidae et les Retroplumidae, est discutable si l’on se réfère à H. Milne Edwards.
Les paléontologistes britanniques Wright et Collins (1972, p. 16) font remarquer que le terme méla-
gaatrique a été appliqué à des parties différentes de la carapace, selon les auteurs et selon les groupes envisagé».
Par exemple. Carter (1898) a confondu lobes métagastriques et lobes protogastriques. Chez la forme fossile
t nambunapon, Withers (1951) appelle aire métagastrique un lobe transversal situé juste en arrière du sillon
cervical et en avant de l’aire urogastrique ; pour Wright et Collins, ce lobe transversal (dit métagastrique]
Source ; A1MHW, Paris
LA CARAPACE
41
serait la partie antérieure d’un lobe urogastrique double. Ne désirant pas dénommer des régions non homo*
logables et, selon les groupes, situées différemment par rapport aux sillons principaux, Wright et Collins
évitent l’appellation de métagastrique et désignent comme région mésogastrique l’ensemble de l’aire gastrique
médiane située en avant du sillon cervical, la portion gastrique postérieure à ce dernier étant urogastrique.
Dans leur vue diagrammatique d’un Crabe imaginaire avec ses aréoles et ses sillons, Wright et Collins {1972,
fig. 1) dessinent une vaste région mésogastrique vaguement tripartite, avec une avancée antérieure impaire,
désignée comme « anterior process of the mesogastric lobe ». Par ailleurs, le sillon cervical, qui devrait passer
en arrière de l’aire urogastrique, n’est pas bien placé puisqu’il est représenté en avant de celle-ci. Et doit-on
dénommer branchiocardiaque le sillon postérieur qui traverse la face dorsale de part en part chez le Brachyoure
en question ? Longé en partie par les empreintes musculaires du musculus altraclor epimeralis, il se trouve au
sommet de la région cardiaque {cf. Glaessner, 1969, fig. 224) ; chez les Crabes primitifs, le sillon branchio¬
cardiaque peut-il se continuer latéralement sur la face dorsale comme chez certains autres Décapodes {Nephrops,
Thalassinidae) ? On comprend que, pour situer les sillons chez les Brachyoures, les deux paléontologistes anglais,
comme tous les autres, aient dû s’inspirer des nombreuses interprétations des sillons chez les Décapodes infé¬
rieurs et aussi chez les Dromiacés, ce qui est bien loin de ce que H. Milne Edwards a défini chez Mithrax et
Zosimus.
En fait, ce n’est pas seulement à propos des régions gastriques que les carcinologistes ont for¬
mulé des opinions divergentes. Les paléontologistes et, tout autant, les néontologistes se sont heurtés
à la difficulté d’homologuer les principales régions et les sillons du céphalothorax chez les différents
groupes de Décapodes. Nous allons brièvement passer en revue les travaux les plus marquants où sont
abordés ces problèmes d’homologie.
Dana (1852c, p. 19-43) fait une mise au point chez les Brachyoures et aboutit à la conclusion (p. 28)
que la carapace inclut :
< 1) The first and second normal segments, represented by the epistome, or its anterior portion, and
the inter-antennary septum.
2) The third normal segment, represented by the main body of the carapax, and the anterior portion
of the praelabial plate or palate.
3) The fourth normal, or mandibular segment, represented by the posterior and outer part of the prae¬
labial plate, and the ventral pièces of the carapax. »
Un grand tableau (Dana, ibid., p. 38-39) récapitule les homologies segmentaires et appendiculaires chez
les divers groupes de Crustacés.
Au cours d’une étude sur la structure et la fonction des antennes chez les Crustacés, Bâte (1855) a essayé
d’homologuer les grandes régions du céphalothorax chez un Macroure, Astacus, et chez deux Brachyoures,
Corysles et Cancer. Pour cet auteur, toute la région du céphalothorax des Astacoures située en arrière du siUon
cervical est l’homologue, chez les Brachyoures, des régions ventrales ptérygostomiennes et, même chez Coryalee,
de toute la portion infléchie de la carapace, à partir de l’armature marginale. 11 ressort du texte comme des
figures (ièid., pl. 1 et 2) que le sillon cervical de Bate n’est pas celui de H. Milne Edwards. En 1888, le même
auteur publie le schéma d’un Macroure type, en délimitant les régions par des sillons qu’il ne nomme pas, à
l’exception du sillon cervical {cf. par exemple p. 509 : « cervical suture »).
Dans sa révision des Macroures, Stimpson (1860) établit une nomenclature des régions, des épines et
des angles sur le test d’un Caridea (« Simulacram carapacis Carideorum »).
Boas (1880) souligne l’importance des sillons du céphalothorax pour la détermination des formes fossiles
de Décapodes. Il propose une nomenclature des sillons basée sur l’emploi de lettres. « Seulement, ne recon¬
naissant pas l’homologie existant entre les régions morphologiques des Natantia et des Reptantia, Boas a
désigné différemment les sillons homologues dans les deux groupes » (Van Straelen, 1925, p. 32). En ayant
recours à des symboles différents. Boas montre qu’il considère les sillons comme non homologues ou bien, tout
simplement, n’a-t-il pas voulu essayer de déterminer toutes les homologies. Boas a le mérite de faire la distinc¬
tion entre les sillons et ce qu’il appelle les linea, c’est-à-dire des lignes particulières, non calcifiées, de la cara¬
pace : linea anomurica, linea lhalaesinica, etc.
Dans son étude des Dromiacés vivants et fossiles, qui tend à démontrer l’origine homarienne des Crabes,
Bouvier (1896) applique aux sillons des Crustacés le type de notations qu’avait employé Boas. Il ne peut
assimiler la ligne latérale des Dromiens et des Dynoméniens, < simple ligne virtuelle formée par la séparation
de deux régions de la carapace qui diffèrent simplement de structure et d’épaisseur » (p. 42-43), à la ligne ano-
mowienne de Boas qui, elle, est une ( vraie ligne de suture membraneuse » (ibid.). Deux régions principales
Source : MNHN, Paris
MOUPHOI-OÜIE, PHYI-OGÜNÈSlî ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
sont représentées sur la face dorsale, à savoir l’aire gastrique (G) et 1 .
sillons, qui traversent le céphalothorax, sont appelés cervical et branchial, le premier étant
rieure.
(H) ; les deux principaux
position anté-
” Pour identifier les Dromiacea et les Oxystomata recueillis par le « Blake », A. Milne Edwards et Bou¬
vier (1902) utilisent la terminologie de Bouvier (1896), notamment la séparation en régions G et H par deux
sillons, cervical (e, el) et branchial {bl, c).
Dans son ouvrage consacré aux Pénéidés récoltés par 1’ « Hirondelle » et la « Pnncesse-Alice », Bouvier
(1908) introduit une nouvelle nomenclature des sillons, complétant celle de Stimpson (1860) et qui est différente
non seulement de celle utilisée par Boas (1880) pour les Reptantia mais aussi de celle employée par le même
auteur pour les Natantia. Bouvier considère que « les ornements, en saillie ou en creux, de la carapace fournis¬
sent des caractères importants à la systématique et à l’étude des alTinités » (Bouvier, 1908, p. 7, fig. 1) ; il dis¬
tingue sur le test les régions, les angles et épines, les sillons et lignes.
Dans sa « Faune de France », Bouvier (1940) résume ses conceptions concernant la carapace, « simple
expansion tergale et pleurale de trois ou quatre segments antérieurs du corps » (p. 9-10), ainsi que les sillons,
lignes et régions du corps. II tente d’homologuer les diverses régions chez les Décapodes qu il étudie. Pour
Bouvier, chez l’Écrevisse et le Homard, et dans tous les cas, les fossettes gastriques i jalonnent pour ainsi
dire la place où devrait se trouver le sillon cervical » (p. 13). Comme nous l’avons vu précédemment, cet auteur
ne situe pas le sillon cervical au même endroit que H. Milne Edwards et le place nettement plus en avant,
entre ce qu’il nomme aire mésogastrique (mais c’est, en réalité, l’aire mésogastrique + les deux aires méta-
gastriques) et l’aire urogastrique. Bouvier explique [ibtd., p. 12-13) que la dénomination de sillon cervical
s’applique fâcheusement à deux sillons différents ; le sillon cervical de H. Mil.ne Edwards doit devenir sillon
subcervical (et remplacer l’appellation de sillon branchial). Bouvier {ibid., fig. 9-14) distingue des sillons les
lignes {linea de Boas) : ligne latérale chez les Dromiacés et chez o presque tous les Crabes, surtout chez les Cyclo¬
métopes » (p. 14) ; ligne homolienne (p. 15-16) ; ligne thalassinienne ; ligne anomourienne.
Entre-temps, Borradaile (1903/) avait fait le portrait hypothétique du Décapode marcheur ances¬
tral. Bien que reprenant les sillons distingués par Boas (1880) et par Bouvier (1896), il applique une notation
avec numérotation. Il essaie de reconnaître les relations qui existent entre certains sillons et les linea de Boas,
les sillons étant sans doute des vestiges de linea. Pour Borradaile, le sillon le plus antérieur (e de Boas, < cer¬
vical » de Bouvier) et le sillon placé postérieurement (e de Boas, branchial de Bouvier, cervical de certains
auteurs) devraient être appelés respectivement premier sillon cervical et deuxième sillon cervical, c’est-à-dire
numérotés 1 et 2, avec leur continuation 1' et 2' sur les côtés de la carapace (Borradaile, 1903/, p. 690-691,
fig. 125).
ScHHiTT (1921, fig. 1), dans son ouvrage sur les Décapodes de Californie, publie, en s’inspirant de Stimp¬
son (1860), le schéma d’un « macruran (shrimp-like) decapod » avec ses sillons, ses régions et ses épines. Pour
les Brachyoures (ibid., fig. 6), il adopte les vues de Pearson (1908) : il place le sillon cervical à la façon de
H. Milne Edwards, en arrière de la région urogastrique.
Le paléontologiste Van Straelen (1925) établit l’homologie entre les différents sillons distingués par
ses prédécesseurs chez les Natantia et les Reptantia ; notamment, il met en relation les lettres de Boas et les
dénominations de Bouvier, b Lorsqu’on examine un grand nombre de Crustacés Décapodes : Natantia, Macrura,
Anomura et Brachyura, on observe aisément que tous les principaux sillons du céphalothorax sont constants
et que leurs variations portent sur leur position relative et leur plus ou moins grande profondeur » (p. 35-36).
« Tous les sillons n’ont pas une valeur égale. Ils existent rarement tous à la fois chez une même forme ; les plus
constants sont les sillons e, el et a, c’est-à-dire le sillon cervical et le sillon branchio-cardiaque » [ibid., p. 37).
Pour Van Straelen, le sillon cervical franchit toujours la ligne médiane et sépare la région céphalique de la
région thoracique : b c’est, probablement, l’unique vestige extérieur de la segmentation primitive qui se retrouve
sur le céphalothorax » (ibid., p. 37). Il assigne toujours au sillon cervical la même signification, depuis les Natan¬
tia jusqu’aux Brachyoures : en avant, ce sillon servirait d’appui aux muscles gastriques postérieurs et aux mus¬
cles mandibulaires ; en arrière, aux muscles fléchisseurs profonds de l’abdomen. Le sillon branchiocardiaque
correspondrait aux limites de la cavité branchiale et, le long de celui-ci, viendraient s’insérer les muscles exten¬
seurs et fléchisseurs de l’abdomen. Secretan (1965) infirmera certaines de ces assertions. A la suite de Boas
et de Bouvier, Van Straelen distingue la linea anomurica chez beaucoup d’Anomoures, la linea thalassinica
chez les Thalassinidae, la linea homolica chez les Homolidae, la linea dromiidica chez les Dromiidae. Aucune
de ces linea n’est présente chez les formes fossiles jurassiques, b Ces lignes sont soit un sillon, soit une ligne de
décalcification, parfois une articulation toujours faiblement marquée » (ibid., p. 37). Les relations des linea
avec les sillons ne sont pas éclaircies, b Peut-être se rattachent-eUes aux carènes et aux sillons longitudinaux
observés sur la carapace de certains Natantia, notamment de quelques Penaeus » (ibid., p. 38).
Les seuls Brachyoures jurassiques que reconnaît Van Straelen (ibid., p. 48-52, fig. 35-39) sont des
Source ; A1WHN, Pons
LA CAJLVPACE
43
Dromiacea. Les principaux sillons sont désignés chez les « Homolidea n et chez les « Dromiidea » (Homolodro-
miidae et Dromiidae-Dynomenidae). Chez tous, le sillon appelé cervical est placé antérieurement et il ne cor¬
respond certainement pas au sillon cervical de H. Milne Edwards.
Secbetam (1964) étudie les zones d’insertion musculaire qui serviront de repère pour situer les sillons
et « lier avec certitude tel sillon ou tel fragment de sillon avec la position interne d’un organe ou d’un muscle,
ceci à travers divers types de Décapodes » (p. 19). Pour cet auteur, les homologies des régions et sillons entre
fossiles et actuels ont souvent été établies de façon inexacte par suite, notamment, de la régression des sillons
chez les Décapodes actuels. Nous renvoyons aux conclusions de cet auteur ainsi qu’à ses travaux ultérieurs
où l’interprétation est faite de plus en plus rigoureusement (1966 ; 1972). Chez les Décapodes fossiles, Secretan
désigne les régions en utilisant la dénomination classique (cf. 1964, fig. 102) mais propose une nouvelle nomen¬
clature fondée sur une étude minutieuse de la métamérisation. Voici les équivalences utiles pour la compré¬
hension des Brachyoures :
Boas (Reptantia) Bouvier Secretan
e, ei sillon cervical \V
c sillon postcervical X-Y
a sillon branchiocardiaque Z
La consultation des figures de Secretan montre immédiatement que, comme la plupart des paléonto¬
logistes, cet auteur place le sillon cervical en avant de la région urogastrique, c’est-à-dire qu’il ne correspond
pas au sillon de H. Milne Edwards.
Au terme de cet exposé historique, il apparaît que des confusions nombreuses ont été faites et,
notamment, que l’on place le sillon cervical en des endroits divers. Pour permettre les homologies indis¬
pensables, chez les seuls Brachyoures qui sont l’objet de cet ouvrage, il conviendrait en tout premier
lieu de mieux définir sur le céphalothorax les régions et leurs limites comme l’a préconisé Bouvier
en 1908. Nous distinguons :
a) Les marques correspondant intérieurement ô des pkragmes
Les fossettes gastriques, reconnues par H. Milne Edwards et dont nous avons déjà souligné
l’importance (Guinot, 1976), correspondent à deux invaginations, à deux phragmes squelettiques,
de petite taille mais rigides. Nous avons observé chez de nombreuses espèces de Brachyoures que ces
endophragmes servent d’attache à des muscles (muscles postérieurs de l’estomac). Ces fossettes peu¬
vent servir de repère pour situer le sillon cervical brachyourien, qui passe en arrière de celles-ci.
Les deux fossettes gastriques sont présentes, semble-t-il, chez presque tous les Crabes. Fentes,
soit longitudinales et parallèles, soit plus ou moins obliques, soit, au contraire, presque transversales
{Corysles, Sesarma), parfois en forme de L (Ocypode), traces parfois punctiformes, placées en avant
ou en arrière sur la face dorsale, plus ou moins rapprochées l’une de l’autre, elles sont présentes chez
les formes à test lisse (comme Carpilius ou Thia où elles sont le seul ornement) et celles à test très
subdivisé {Zosimus : fig. 7B), chez les Crabes à carapace allongée {Corystes, Naulilocorysles, Pseudcco-
rysles, Corysloides, Bellia, etc.), à carapace triangulaire oxyrhynque {Mithrax : fig. 7A, Maja, Eury-
nolambrus, etc.), à carapace xanthienne {Xantho, Cycloxanthops, Globopilumnus, Pilumnus, etc.), à
carapace plus ou moins quadratique {Ocypode, Sesarma, Grapsus, Eriockeir, etc.), chez les Brachyoures
à caractères morphologiques particuliers (Retroplumidae, Hexapodidae).
Chez les Palicidés, plus précisément chez Palicus caroni, notre première observation ne nous
a pas permis de déceler extérieurement les fossettes gastriques mais nous avons retrouvé leur empla¬
cement grâce aux deux phragmes internes médians.
Chez les Mictyridae, les fossettes gastriques (pl. 26, fig. 7) sont extrêmement écartées et placées
antérieurement : deux phragmes, allongés et également très éloignés l’un de l’autre, leur correspondent
1. Il sera intéressant de consulter le travail de B. Renaud [sous presse) k Les régions et les limites de la carapace
d'un Crustacé Décapode Carcinus maenas (L.) [Brachyrhyncha Portunidae] : leurs rapports avec les systèmes fonctionnels
principaux ». Nous remercions cet auteur de nous avoir fait parvenir son manuscrit ; nous n’avons malheureusement
pas pu, faute de temps, tenir compte des résultats contenus dans cette publication.
Source : MNHN, Paris
44
MOaPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE
ES BR-ACHYOUHIiS
(pl. 26, fig. 8) : cette localisation inhabituelle des fossettes gastriques est liée à la morphologie parti¬
culière des régions buccale et stomacale des Mictyridae qui ont des habitudes alimentaires tout à fait
spéciales {voir Mictyridae dans le chapitre consacré au sternum thoracique). Les Dotilla, Ocypodidae
Scopimerinae (sensu Balss, 1957) qui montrent des adaptations morphologiques certainement liées
à des modes de comportement, notamment de nutrition, analogues à celles des Mictyridae, ont en revan¬
che deux fossettes gastriques médio-dorsales rapprochées l’une de l’autre, sous forme de deux fentes
transversales peu visibles sur le test ; à leur emplacement deux phragmes très réduits s’invaginent.
Entre Scopimerinae et Mictyridae il n’y aurait donc pas de véritable similitude des régions gastriques
et des muscles qui leur sont associés, et les ressemblances manifestes ne seraient dues qu’à une conver¬
gence superficielle.
Chez les Pinnoteridae nous n’avons pas décelé les deux fossettes gastriques sur le test lisse et
mou des genres Pinnoteres et Ostracoleres ; en revanche, deux fentes transversales, placées assez posté¬
rieurement, sont bien visibles dans le genre Pinnixa et deux phragmes courts leur correspondent du
côté interne.
Chez les Oxystomata (jervsu Balss, 1957), les fossettes sont présentes chez les Dorippidae {deux
fentes obliques auxquelles correspondent deux endophragmes puissants), chez les Calappidae (deux
courtes fentes presque longitudinales, dans le genre Matuta où deux phragmes larges et très rigides
leur correspondent intérieurement : pl. 26, fig. 11). En revanche, nous n’avons pas constaté la pré¬
sence des fossettes gastriques chez les Leucosiidae, ni chez les formes à test lisse (Leucosia) ni chez celles
à test érodé (Lilkadia) ou granuleux (Nticia), et pas davantage chez les formes considérées comme
primitives (Paripkiculus) ; nous n’avons pas vu, non plus, de phragmes saillants à la face interne du
test sur leur éventuel emplaeement. L’absence de fossettes gastriques (à vérifier chez les nombreux
genres distribués dans plusieurs sous-familles) chez les Leucosiidae est un indice supplémentaire des
caractères singuliers de ce groupe (en tout premier lieu, le système endophragmal ; voir ce chapitre)
ainsi qu’un argument de plus pour lui assigner une place particulière.
Les fossettes gastriques, avec les phragmes invaginés à cet endroit, sont présentes chez les
Brachyoures à orifices femelles coxaux (Crabes péditrèmes) ; Dromiacea (sensu Balss, 1957), à savoir
Dromiidae, Dynomenidae ; Homoloidea (tout au moins Homola et Paromola : pl. 26, fig. 9, 10, à con¬
trôler chez Latreillia et aff.) ; et chez les Homolodromiidae. Les fossettes gastriques sont difficilement
discernables chez les Tymolidae, et nous réservons notre opinion quant à leur présence chez ces Crabes.
Les fossettes gastriques sont difficiles à voir chez certains Raninidae : par exemple chez Ranina (Ranina
ranina), où il existe deux fentes longitudinales masquées par les épines du test et prolongées intérieu¬
rement par deux phragmes rigides, et aussi chez Raninoides et Lyreidus, où elles sont peu apparentes
sur le test absolument lisse ; il conviendrait de vérifier leur présence chez les autres genres de Raninidae.
En résumé, nous avons localisé les fossettes gastriques chez tous les groupes de Brachyoures
(ajoutons parmi les groupes non mentionnés ; Geryonidae, Parthenoxystomata), sauf chez les Leuco¬
siidae et peut-être chez certains Pinnoteridae. Une autre famille, celle des Hymenosomatidae, semble
dépourvue des fossettes gastriques typiques ; mais leur absence ne surprend pas chez ces Crabes au
test particulier, avec ses profonds sillons représentés intérieurement par des crêtes continues, et à
1 aréolation de la face dorsale si peu habituelle : il est certain que la disposition des régions gastriques
et des muscles stomacaux est différente chez les Hymenosomatidae.
Une étude plus complète de la localisation des fossettes gastriques et des endophragmes cor¬
respondants fera l’objet d’un travail ultérieur. Nous n’en avons donné ici qu’un bref aperçu et il est
évident qu une revue détaillée des principaux genres de Brachyoures devient nécessaire : ainsi, nous
ne pouvons pas affirmer que les fossettes gastriques sont présentes chez tous les Majidae ou chez tous
les Xanthidae. Par ailleurs, il conviendra de rechercher si d’autres sillons de la carapace forment des
invaginations ; de toute façon, chez aucun Crabe nous n’avons vu de phragmes aussi saillants que les
deux phragmes gastriques mentionnés plus haut.
b) Les lignes d’impressions musculaires
Chez les Brachyoures, la fusion complète de la tête et du thorax aboutit à la disparition des
muscles intersegmentaires : la face dorsale ne possède pas les muscles nombreux et complexes qui
Source ; MNHN, Paris
LA CARAPACE
45
se trouvent chez des Décapodes à thorax segmenté. Néanmoins, divers systèmes musculaires s'insèrent
sur la carapace et déterminent des impressions que jalonnent certaines lignes. Nous ne citerons ici
que les principaux.
1. Le musculus attractor epimeralis réunirait le bord dorsal de la paroi pleurale thoracique {ou l’épinière
— si l’on préfère ce terme) à la face interne de la carapace ; il s’insère à moitié sur la région urogastrique, à
moitié sur le sommet de la région cardiaque, c’est-à-dire que sa surface d’insertion se place en partie dans le
sillon appelé généralement branchiocardiaque, en partie en arrière de celui-ci. Les impressions de cette attache
musculaire sont très marquées chez de nombreux Crabes : par exemple, on les distingue parfaitement, chez les
espèces du genre Trichia de Haan (fig. 3, page de gauche) ainsi que chez celles du genre Banareia A. Milne
Edwards (fig. 3, page de groite). Elles sont apparentes chez les Belliidae, dans le genre Demania Laurie (pl. 4,
5) et, en général, chez la plupart des Brachyoures.
2. Plusieurs muscles relient les parois de chaque cavité branchiale à la carapace. Les empreintes de
ces muscles sont indiquées par des ponctuations ou taches dépigmentées et sont groupées le long de sillons,
généralement arqués, qui limitent en avant chaque région épibranchiale. Ainsi, la voûte de la cavité bran¬
chiale se trouve rattachée à la carapace. Pëabson (1908, p. 135) fait état des muscles dorso-venlraux, série de
muscles issus de la voûte membraneuse de la cavité branchiale et qui permettent à cette dernière d’augmen¬
ter ou de diminuer son volume. On les sépare en muscles dorso-ventraux antérieurs et postérieurs. Nous ren¬
voyons à Abbahamczik-Scanzoni (1942) qui a longuement décrit et figuré ce système musculaire. Drach
(1939, p. 314, fig 8) a bien indiqué chez Carcinus maenas les zones d’attache qui « rendent solidaires du bou¬
clier d’autres parties du squelette tégumentaire ».
3. Les muscles abducteurs et adducteurs de la marulibule (cf. Abbahamczik-Scanzoni, loc. cit., p. 305),
qui permettent le mouvement des mandibules, sont représentés sur la carapace par plusieurs surfaces d’inser¬
tion.
4. Les muscles stomacaux, qui s’insèrent en partie directement sur la carapace, en partie (muscles pos¬
térieurs) sur les deux phragmes invaginés à l’emplacement des fossettes gastriques {cf. supra).
c) Les limites entre les principales régions de la carapace
La face dorsale est plus ou moins aréolée chez les Brachyoures et un certain nombre de régions
sont délimitées par des sillons (cf. infra, « Aréolation de la face dorsale »).
d) Les alignements de granules, de tubercules ou de soies, les crêtes et les carènes
Les régions de la face dorsale sont souvent délimitées par des alignements diversement orne¬
mentés. Nous avons peu de renseignements sur la structure de ces formations, notamment sur les
éventuelles différenciations qui leur correspondent à la face interne du test.
e) Les zones en creux ou les dépressions plus ou moins linéaires
Ces formations semblent différentes des sillons, par définition étroits et profonds. Ce sont sou¬
vent des subdivisions secondaires (voir par exemple les espèces du genre Banareia A. Milne Edwards :
fig. 3, page de droite).
f) Les lignes d’exuviation ou de déhiscence (linea de Boas)
Chez les Brachyoures, sur la face ventrale se situe une ligne (appelée « Epimeralnaht », soit
ligne épimérienne ou pleurale, ou ligne latérale ; cf. supra), qui correspond à la zone de rupture au
moment de la mue. L’homologie chez les Décapodes entre la linea anomurica, la linea thalassinica,
ta linea dromiidica et la linea homolica est loin d’être clairement établie, même s’il s’agit chaque fois
de la ligne de déhiscence propre à chaque groupe désigné mais située différemment d’un groupe à l’autre.
Peut-on donner une interprétation métamérique des sillons de la carapace ? Comme nous l’avons
vu au début de ce chapitre, pour H. Milne Edwards (1851) le sillon cervical représente la limite entre
l’arceau céphalique (innervé par les nerfs des ganglions cérébroïdes et sus-œsophagiens), d’origine
antennaire, et l’arceau scapulaire (innervé par tes nerfs des ganglions post-œsophagiens), d’origine
Source ; MNHN, Paris
46
MOKPHOLOGIi:, PHYLOGENÈSK IvT TAXONOMIK DliS BHACIIYOUKKS
mandibulaire. Parmi les sillons de la carapace, seul le sillon cervical pourrait être considéré comme
la marque de séparation des deux tagmes, mais une étude approfondie reste à faire. Pearson (1908)
tient aussi le sillon cervical pour la délimitation de la région céphalique et de la région thoracique.
Pour quelques paléontologistes, certains sillons représentent les traces de divisions interseg¬
mentaires et nous renvoyons aux travaux de Glaessner (1930 ; 1933 ; 1960 ; 1969) et de Secreta.n
(1964; 1966; 1972).
Cals (1972, p. 522) juge comme « aléatoire de vouloir délimiter des territoires métamériqucs en
fonction d’origines topographiques musculaires, au moins dans le cas où une profonde adaptation
éloigne l’exemple étudié du cas primitif ».
Les zones d’insertions musculaires sur la carapace peuvent néanmoins servir de point de repère
pour déterminer les régions et, en cela, permettre des homologies. Une étude embryologique ainsi
qu’une analyse détaillée de la morphogenèse tégumentaire sont tout à fait souhaitables.
Pour nous, chez les Brachyoures, les divisions métamériques les plus apparentes et les plus sûres
se trouvent sur le sternum thoracique. Les quatre sutures postérieures y sont toujours marquées, plus
ou moins complètement, et des phragmes s’invaginent à leur emplacement. C’est pourquoi, plus qu’à
la carapace, nous avons consacré notre étude au plastron sternal {cf. le chapitre iii).
2. ABÉOLATION DE LA CARAPACE
La carapace des Brachyoures est généralement parcourue de sillons. Certains — nous en avons
ci-dessus fait mention — délimitent les principales régions ; ils sont, du reste, plus ou moins marqués,
parfois obsolètes, de sorte que la face dorsale apparaît parfois complètement lisse et unie. Un certain
nombre d’autres sillons peuvent être présents et correspondent à des subdivisions secondaires. Une
face dorsale sillonnée, lobulée à l’extrême, peut caractériser un genre (par exemple Paractaea Guinot).
Parfois, les sillons dorsaux s’approfondissent, sont recouverts par une pilosité formant une sorte de
Fig. 8
Source : MNHN, Paris
LA CAILAi’ALI': 47
toit et se prolongent sur la face ventrale dans la région sous-liépatique : un réseau de canaux est ainsi
créé, qui joue certainement un rAle dans le maintien ou la circulation de l’eau respiratoire et sa cana¬
lisation vers les orifices afférents. Le genre Banareia A. Milne Edwards (fig. 3, page de droite) et le genre
Pseudaclaca Serène (fig. 8A, B) représentent de bous exemples de telles dispositions.
L’aréolation de la face dorsale peut être profondément modifiée dans certains genres. Nous
avons particulièrement étudié à cet égard le genre GUjploxanlhus A. Milne Edwards, petit groupe
naturel très homogène tant par ses principaux caractères structuraux que par son faciès particulier,
érodé-vermiculé. Le genre contient huit (peut-être neuf) espèces à faible répartition, souvent de voca¬
tion strictement insulaire. Toutes les régions habitées par les Glyptoxanlhus sont peuplées de Coraux
et il est probable que ces Crabes sont plus ou moins inféodés au récif, sans doute au Corail vivant.
Fig. 9. — Glyploxanihus corrosus (A. Milne Edwards), holotype de Xatüho corrosus, $ 18,5 X 27 mm, îles du Cap Vert,
St-Vincent, M. Bouvier 1869-68 (MP-B3015S) : vue dorsale.
cd, région cardiaque ; j.g., jossettee gastriques, de part et d'autre dans un sillon ; pig mog -J- mag, aire
résultant de la jusion des régions prologaslriques et métagastriques ainsi que du lobule mésogasirique ; urg, région
urogastrique avec, en arrière, le sillon cervical.
Le test, abondamment sculpté avec des lobules foliacés, vermiculés, plus ou moins anastomosés, se
creuse d’alvéoles, d’anfractuosités, selon des modalités diverses. L'aréolation principale est plus ou moins
conservée, parfois tend à disparaître presque complètement, par suite de la réunion très poussée des
diverses aires. C’est chez G. corrosus (A. Milne Edwards) (fig. 9), espèce endémique des îles du Cap
Vert, que la fusion des diverses aires de la carapace et des lobules est la plus complète : l’aréolation
est masquée, le test a une apparence alvéolaire, la face dorsale est seulement creusée d’une gouttière
large, profonde et continue, à l’emplacement du sillon cervical et du sillon branchiocardiaque (Bou-
Source : MNHN, Paris
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MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
VIEB, 1922, p. 65, 67, pl. 6, fig. 4, 6 ; Monod, 1956, p. 219, 298). Pour Bouvier {loc. cil., p. 65), G.
corrosus <t est, de toute évidence, la forme la plus évoluée ».
Sur l’holotype, déposé au Muséum, des soies garnissent le fond et les bords de cette gouttière ainsi que
le pourtour des alvéoles. On distingue les fossettes gastriques, de part et d’autre, dans le sillon qui limite en
arrière le vaste massif composé par la réunion des aires protogastriques, de l’aire mésogastrique et des deux
aires métagastriques ; le lobe étiré transversalement constitue l’aire urogastrique, séparée par un sillon incom¬
plet de la région cardiaque {cf. fig. 9).
La valeur adaptative des caractères morphologiques qui déterminent le faciès des Glyptoxan-
ihus semble double : d’une part, protection vis-à-vis des prédateurs par ressemblance avec le substrat
corallien, dont les Glyptoxanlhus imitent également la coloration ; d’autre part, avantage physiologique
que représentent les anfractuosités et les gouttières du test, la pilosité qui borde celles-ci contribuant
à la formation d’une sorte de réseau sous-jacent où l’eau est retenue, canalisée.
Chez les Glyptoxanlhus on observe une étroite correspondance du corps et des pattes ainsi que des divers
appendices entre eux ; toute la surface exposée montre un aspect uniforme, sans parties saillantes. Les chéli-
pèdes sont appliqués contre la face ventrale, en laissant dégagées la partie antenno-orbitaire et une grande
fraction de la région buccale ; les appendices forment un tout avec la carapace. Une ornementation similaire
caractérise la face dorsale et aussi la face externe des appendices, la région sous-orbitaire, les mxp3, le sternum
thoracique et l’abdomen, c’est-à-dire toutes les parties exposées du corps. Ces dispositions sont typiques des
Crabes qui marchent sur les Coraux et doivent résister à de fortes vagues (Schâfer, 1954).
Dans l’ÂNNEXE C ci-après, nous révisons le genre Glyptoxanlhus A. Milne Edwards, dont toutes
les espèces sont remarquables par l’aréolation et la sculpture de la carapace {cf. pl. 6).
Tous les Glyptoxanlhus, en dépit de leurs différenciations variées, offrent un habitus similaire.
L’unité du groupe étant prouvée à l’aide d’autres caractères, la forme de la carapace peut être utilisée
subsidiairement comme critère de classement. Il n’en va pas de même pour d’autres genres, chez les¬
quels l’aspect de la face dorsale ne constitue pas un critère utile pour la discrimination générique.
Ainsi, un même genre peut renfermer à la fois des espèces qui possèdent une carapace avec de nom¬
breux sillons dorsaux provoquant une lobulation accentuée, et d’autres très peu sculptées ou lisses.
Un exemple nous est fourni par le genre Zosimus Leach in Desmarest char, emend., dont il faut
exclure toutes les espèces qu’on lui attribue, sauf l’espèce type Z. aeneus (Linné) {cf. Guinot, 1967t,
p. 559, note ; 1971a, p. 1072 ; 1976) et auquel appartient certainement la Plalypodia actaeoides (A. Milne
Edwards). Le genre se présente sous deux formes. Zosimus aeneus offre une carapace sillonnée et sub¬
divisée à l’extrême, tandis que Z. actaeoides montre un nombre réduit de sillons et une surface presque
lisse, sans reliefs, seulement munie de nombreux faisceaux de soies. L’appartenance de ces deux espèces
à un même genre est confirmée par l’identité des autres caractères, y compris la structure cristiforme
des pattes ambulatoires.
3. ORNEMENTATION
L ornementation du squelette tégumentaire externe est d’une variété extrême chez les Bra-
chyoures : granules, tubercules, épines, carènes, bosselures, stries, ponctuations, etc. Autrefois, la dis¬
crimination générique se basait en grande partie sur ce caractère et notre systématique actuelle garde
encore les traces d’une telle méthode de classement. Les caractères tirés de l’ornementation peuvent
aider le taxonomiste averti en lui indiquant des affiliations possibles mais nous montrerons qu’il faut
les utiliser avec précaution et fonder les conclusions sur d’autres affinités morphologiques, car l’orne¬
mentation, à elle seule, peut résulter d’une convergence. En ce qui concerne la discrimination spéci¬
fique, une étude comme celle de Bouvier (1898) sur les Xantbo des mers d’Europe, qui fait appel seu¬
lement à l’ornementation, constitue un exemple classique.
1. Le genre Zosimus doit être daté de 1823 (Leach in Desmarest, Diot. Sci. nat., 28, p. 228, note) et non de 1825
En 1818 (p. 7), Leach avait mentionné ce genre mais sous une désignation non latinisée, Zosime, donc non utilisable
Source : MNHN, Paris
LA CARAPACE
49
Nous donnerons d'abord un exemple où la similitude de l’ornementation a fait croire à une parenté
non justifiée, celle des genres Aclaea et Daira. Puis, un autre exemple, celui de la position systématique
des genres actuels Dairoides et Daira et du genre fossile f Pkrynolambrus, nous servira pour illustrer
l’utilité de l’ornementation en tant qu’indicé d’une parenté phylogénétique.
Le fait que de nombreuses Actaea offrent un test analogue à celui des deux espèces du genre
Daira de Haan a sans doute contribué à ce que les carcinologistes rangent les deux genres au voisinage
l’un de l’autre. Nous avons montré (Guinot, 19676) que, en dépit de cette similitude, Daira se situait
loin d'Actaea, Xanthidae Xanthinae (sensu Balss, 1957). Il n’est pas étonnant de retrouver le même
type d’ornementation dans des groupes éloignés, en l'occurrence chez Aclaea et chez Daira. La Nature
se répète. Il y a une limite au nombre des solutions morphologiques possibles à partir d’une organi¬
sation générale déjà fixée dans ses grandes lignes, d’un programme biologique dont les lois d’équilibre
Fie. 10 A. — Schéma du processus hypothétique de la formation des ornements du test en forme de champignons. 1,
test lisse ; 2, 3, soulèvement progressif du test ; 4, formation de champignons isolés ; S, réunion des champignons
par les bords de leur chapeau (ch) et formation de canaux (c) ; p, pédoncule du champignon.
Fig. 10 B-D. — Détail (x 22) d’une portion du test en mosaïque dans le genre Actaea de Haan, char, emend. B, Actaea
semblatae Guinot, paralectotype, Ç 16,7 X 20 mm, Japon, Franck coll. (MP) ; C, A. catalai Guinot, J 12 X 16 mm,
Nouvelle-Calédonie, Canal Woodin, 24 m, Catala leg. (MP) ; D, A. eavignyi (H. Milne Edwards), (J 16 X 21,5 mm,
canal de Suez, Lac Timsah, Monod det. (MP).
Source : MNHN, Paris
50
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE KT TAXONOMIE DES BRACHYOURES
ne permettent pas des variations infinies quant aux « modèles » des réponses aux stimuli du milieu.
Une partie des Actaea de Haan, char, emend., à savoir les Aclaea du « groupe sai’ignyi-calculosa »
Icf. Guinot, 1976) ont une ornementation caractérisée par la juxtaposition de plaquettes au contour
pétaloïde, les parois de chaque « pétale » étant accolées à celles des « pétales » adjacents, sauf au niveau
de certains interstices ; l’aspect est celui d’une mosaïque percée de pores. Le test se compose donc d une
face externe {ou supérieure) composite et d’une face profonde, sous-jacente, où l’eau pénètre par les
pores. A l’aide de photographies en gros plan, nous avons montré chez plusieurs espèces d'Actaea (pl. 2)
les nombreux types d’ornements tuberculés et les diverses modalités de leur coalescence, extension
et proéminence. Pour complément, nous publions ici un dessin du test chez trois espèces voisines :
Actaea sacignyi (H. Milne Edwards) (fig. lOD), A. catalai Guinot {fig. lOC) et A. semblatae Guinot
(fig. lOB). Les Aclaea qui possèdent une telle conformation du test composent un petit groupe naturel
auquel il faudra peut-être réserver le nom d'Aclaea sensu stricto. Ce sont des formes récifales et ces
dispositions concourent certainement au maintien d’une certaine humidité sur le corps, à la circulation
de l’eau respiratoire.
Un certain nombre d’espèces du genre Actumnus Dana (par exemple A. tessellatus Alcock,
A. miliaris A. Milne Edwards, A. margarodes McGilchrist) ont une ornementation analogue, avec pla¬
quettes accolées et percées de pores. Les liens entre Actaea et Actumnus sont assez lointains, bien que
ces deux genres soient des Xanthidae {sensu Balss).
Au terme de longues recherches, nous avons mis en évidence les affinités qui relient le genre
Daira, déconcertant en raison de ses particularités, au genre Dairoides Stebbing (= Asterolamhrus
Sakai), Crabe énigmatique certainement apparenté aux Parthenopidae.
L'examen minutieux du tégument de Dairoides permet de mieux comprendre le processus par
lequel a pu s’édifier un test comme celui de Daira et aussi des Aclaea. Chez Dairoides, certains tuber¬
cules du test laissent apercevoir leur structure initiale ; chez Daira et chez Actaea, la coalescence des
divers éléments est totale (sauf au niveau des nombreux pores), avec pour aboutissement le revêtement
serré, singulièrement ornementé qui les caractérise.
Nous redécrivons brièvement le test de Dairoides et de Daira en apportant des précisions sup¬
plémentaires et en procédant à quelques modifications par rapport à nos explications et illustrations
de 1967 (1967i, p. 544, 545, 549, 550, fig. 5-8).
La surface de la carapace de Dairoides (fig. 11 ; pl. 3, fig. 2, 2a, 2b) est composite : elle se présente comme
une juxtaposition de plaques, de taille petite et sensiblement uniforme, plus ou moins coniques, de contour
vaguement hexagonal et percées de pores (fig. IIA). A l’observation, chaque plaque se révèle soutenue par
un pédoncule trapu et forme, avec lui, une sorte de champignon (fig. IIB). Les chapeaux de ces champignons
sont pétaloïdes ; les bords des « pétales » sont accolés deux à deux et s’écartent, à la base, en constituant un
pore, de diamètre très variable (fig. IID). La partie centrale du chapeau est plus ou moins saillante, et l’ensemble
apparaît parfois comme une élévation conique, entourée d’orifices (pores). Les parois des chapeaux des cham¬
pignons sont elles-mêmes coalescentes sur tous leurs côtés (exceptionnellement, le fusionnement est incom¬
plet et il subsiste des fentes) ; la surface des chapeaux consiste en de petits granules augmentant de taille vers
le sommet. Étant formé par une invagination très prononcée de la face interne de la carapace, le pied du cham¬
pignon est creux et se présente, en coupe, comme une voûte plus ou moins haute (fig. IIC). Par endroits, la
cuirasse formée par les chapeaux accolés est interrompue, ce qui laisse voir la face profonde sur laquelle sont,
çà et là, implantés quelques champignons isolés. Les champignons isolés (fig. IIE) sont plus courts et ont un
chapeau aplati, dont le pourtour se prolonge en de nombreuses expansions filiformes, au lieu de larges « pétales ».
De semblables expansions se retrouvent partout où le bord du chapeau des champignons est libre (fig. 12).
L’eau pénètre par les pores de la face externe et se répand librement sous celle-ci jusque sur la face pro¬
fonde, entre les pédoncules qui limitent tout un réseau de canaux. Cette eau peut s’écouler sur le pourtour
de la carapace, aussi bien par la région rostrale, les bords latéraux et le bord postérieur, en passant sous des
sortes de ponts constitués^ par une ou plusieurs rangées de champignons coalescents, à pédoncules espacés.
De profondes rigoles vermiculées, garnies de champignons isolés, occupent les régions sous-hépatiques, ptéry-
gostomiennes et latéro-ventrales : l’eau doit y être canalisée jusqu’aux orifices afférents, c’est-à-dire à la base
des pl et, sans doute, aussi à la base des autres appendices thoraciques (fig. 12).
Sur la lace dorsale, des rigoles, analogues aux précédentes, entaillent le test. Chez Dairoides kusei (pl. 3,
ig. , 2a, 2b) sont présentes : une rigole longitudinale impaire dans la région frontale ; une autre, incurvée
Source ; MNHN, Paris
Fio. 11 A*E. — Dairùides marganCalM Stebbing, (? 32,3 X 42,2 mm, Zululand, Barnard det. {SAM-A1606). A, vue grossie
d'une portion du test de la face dorsale de la carapace (X 16) ; B, représentation d’un champignon pétaloide dont,
sur le test, le chapeau est coalescent par tous ses côtés avec d’autres chapeaux (x 9]. On distingue le chapeau
et le pédoncule du champignon, ainsi que les pores ; C, coupe transversale de deux champignons coalescents (coupe
AB de la figure D) ( X 16). La texture des champignons n’a pas été représentée. Les flèches indiquent la ligne de
coalescence des chapeaux des champignons ; D, deux chapeaux de champignons coalescents ( X 16). Les canaux
représentés en coupe sur la figure C sont signalés par un pointillé ; E, un champignon isolé (X 9).
e, canal ; p, porta ; pé, pilait des chapeaux ; 1, 2, 3, 4 : porea en coupe (fig. C) ou porta placés sur la ligne
de coupe (fig, D).
Source : MNHN, Paris
52
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fig. 12 A-B. Circulation supposée de l'eau sur la carapace et sa canalisation vers les coxae des péréiopodes thoraciques
chez Dairoides kusei (Sakai), ^ 59 mm de large [front cassé), Japon, Kü Minabe, Sakai det. et leg. [MP) (Pilosité
non représentée). A, vue latérale montrant le trajet de l'eau et son passage, depuis la face dorsale vers les coxae,
sous des • ponts > formés par la juxtaposition linéaire d'ornements pétaloides [x 2) ; B. chez le même animal,
détail grossi des rigoles et des « ponts > de la face latéro-ventrale [x 4).
ex, coxa des appendices thoraciques pl à pS ; ep.l., épine latérale ; oe, œil ; or, orifice de sortie de Veau vers
les coxae ; pl, • ponts •. Les flèches indiquent le sens de la circulation de l'eau vers les coxae.
et très développée, de part et d’autre de la région gastrique ; une dans chaque région hépatique ; une sous-
orbitaire : deux, réduites (surtout l’antérieure), le long du bord latéral dans la région branchiale ; une impaire,
intestinale.
Il semble que, chez Dairoides margaritatus, ces rigoles soient moins nombreuses sur la face dorsale ;
aussi la couverture apparait-elle plus dense.
Source : MNHN, Paris
LA CARAPACE
53
Fie. Î3. — Daira perlata (Herbat), $ 27 X 38,2 mm, Tahiti, Forest et Guinot det. (MP). A, vue grossie d'une portion
du test de la face dorsale de la carapace ( X 9). En pointillé, représentation des canaux sous-jacents ; B, texture
de la surface consistant en une mosaïque de minuscules polygones (x 15} ; C, coupe transversale de champignons
coaleacents (coupe ÂB de la figure D) (x 9j. Les flèches indiquent la ligne de coalescence des chapeaux des cham¬
pignons ; D, chapeaux de champignons coalescents.
e, canal ; p, porte ; pé, pétale dee chapeaux ; 1, 2, 3 : pores en coupe (fig. C) ou pores placés sur la ligne de
coupe (fig. D) ; 4, pore.
L’ornementation de Daira, dont les deux espèces sont pourtant assez communes, n’a pas été
bien décrite.
Comme noua l’avons indiqué en 1967 (19675, p. 549, fig. 7-8), le test de Daira semble bâti sur le même
type que celui de Dairoides, mais il a subi des modifications. La surface se présente comme un assemblage de
Source ; MHHN, Paris
54
UORFHOLOGIE.
PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOORES
Fio. 14. — Face interne de la carapace (région mésogaetrique) chez Daira perlata (Herbet) (x 3).
Fiq. 15 A-6. •— Chez Daira de Haan etDairoidei Stebbing, représentation hypothétique de l’admission et de la circulation
de l’eau dans le réseau de canaux sous-jacents. A, représentation schématique des chapeaux de champignons,
montrant t'arrivée de l'eau dans les canaux par les pores des chapeaux ; B, après suppression de la couche super¬
ficielle des chapeaux (figurée en pointillé sur la figure A), figuration de la circulation de l’eau à l'intérieur des canaux.
Le contour des chapeaux enlevés est indiqué en pointillé.
e.p, coupe du pidoncuie de champignon ; XY, plan de coupe parallèle d la turfaee el paseaTit au milieu des
canaux.
Source : MNHN, Paris
CARAPACE
55
plaques, de taille très inégale, qui sont des chapeaux de champignons accolés. Les plus vastes de ces chapeaux
sont soulevés en de gros mamelons, disposés sur la face dorsale selon l’aréolation classique (pl. 3, iig. 3, 4} ;
d’autres, plus petits et plus plats, s’intercalent le long des sillons de la carapace. Ces différentes sortes de cha¬
peaux sont formées d’une mosaïque de minuscules polygones (fig. 13B}. Comme chez Dairoides (Bg. 12A}, chaque
chapeau est pétaloîde et comporte un certain nombre de pores. L’entaille qui sépare deux « pétales », toujours
simple chez Dairoides, est assez fréquemment ramiBée chez Daira, d’où l’existence de pores multiples (fig. 13C,
D, 1, 2, 3). En outre, chez Daira, les pieds des champignons sont extrêmement courts et aussi très élargis, à
peine moins larges que les chapeaux, de sorte que ne subsistent entre eux que des intervalles réduits. La face
interne de la carapace (fig. 14 ; pl. 3, fig. 3b) se présente comme un réseau de nervures enserrant de profondes
empreintes. Ces nervures sont des canaux, et les empreintes représentent la face interne des mamelons. Vus
par la face interne de la carapace, les canaux se situent sous la ligne de coalescence des chapeaux de cham¬
pignons. Les sillons principaux de la face dorsale correspondent aux nervures les plus importantes de la face
interne.
Dans les deux genres Dairoides et Daira, le mécanisme de l’absorption et de la circulation de l’eau dans
le réseau de canaux est le même (Bg. 15). Chez Daira, l’eau qui pénètre par les pores percés dans l’épaisseur
des mamelons débouche dans les canaux sous-jacents à la base des champignons, les uns larges qui suivent
les principaux sillons de la carapace (sillons gastriques, branchiaux, etc.), les autres plus petits, secondaires,
qui correspondent aux subdivisions, au contour des bosselures de la face dorsale. Sur la face ventrale de la
carapace, le long des bords latéraux, des pores sont également présents : il y a, en particulier dans la région sous-
hépatique, l’orifice de 2-3 gros canaux qui débouchent sur les flancs et amènent l’eau à proximité des orifices
afférents. Chez Daira, contrairement à Dairoides, aucune rigole n’entaille la carapace.
Les deux espèces de Daira sont connues comme récifales : D. perlata (Herbst), indo-pacifique, et
D. americana Stimpson, de la côte pacifique américaine. Chez l’une et l’autre, la structure du test est simi¬
laire, à la différence que, chezi). americana (pl. 3, fig. 4, 4a), les mamelons de la face dorsale sont plus
arrondis, moins nombreux, localement fusionnés (2-3 mamelons) et que, en outre, un duvet épais entoure
les mamelons ou groupes de mamelons, percés sur leur pourtour de nombreux petits pores. Les soies
plumeuses sont insérées dans des sillons occupés par des plaquettes étroites et non saillantes, munies
de pores très apparents, une fois la pilosité enlevée. Chez Daira perlata (pl. 3, fig. 3, 3a), l’aréolation
générale est plus visible et les sillons interlobulaires sont glabres.
Quelques espèces fossiles ont été attribuées au genre Daira (= f Phymalocarcinus Reuss). A
noter que Rathbun (1945, p. 379, pl. 59, E-H) a attribué à l’espèce actuelle D. perlata plusieurs échan¬
tillons des îles Fidji (Lau Group) trouvés dans des formations néogènes (Miocène) : le test paraît ana¬
logue à celui que nous avons décrit. Chez f Daira depressa (A. Milne Edwards, 1865a, p. 367, pl. 33,
fig. 2), du Tertiaire d’Italie, l’ornementation {cf. p. 17, fig. 8) semble également être caractéristique
du genre Daira. f Daira speciosa (Reuss) {cf. Lobenthey-Beurlen, 1929, p. 197, pl. 12, fig. 10, 11 ;
Bachmayer, 1953, p. 252), du Miocène (Tortonien) d’Autriche et de Hongrie, où les sillons dorsaux
sont bien visibles, offre sans doute une ornementation de même type, f Daira eocenica (Lôrenthey,
1898) {cf. Lôrenthey-Beurlen, 1929, p. 195, pl. 12, fig. 1, 3, 7), de l’Éocène supérieur de Hongrie,
montre, sur la face dorsale, des ornements nombreux et saillants dont on se demande s’ils portent des
pores et possèdent la conformation dépeinte plus haut {cf. pl. 17, fig. 7).
De toute façon, une ornementation aussi spécialisée que celle rencontrée chez les Daira actuelles
existait peut-être déjà chez des formes du début du Tertiaire. On peut supposer qu’une telle conforma¬
tion dérive de celle que nous avons décrite dans le genre Dairoides. Nous avons auparavant émis l’hypo¬
thèse que le Crabe f Phrynolambrus corailinus Bittner, 1893 (p. 19, pl. 2, fig. 3), de l’Éocène supérieur
(Priabonien) de Hongrie, était apparenté au genre Dairoides en raison de structures similaires (pl. 3,
fig. 1). Or, confirmation non négligeable, le test de cette forme fossile, qui a été soigneusement décrit
lors de l’établissement de l’espèce et figuré en gros plan (que nous représentons ici pl. 3, fig. la), est
aussi particulier que celui des deux espèces de Dairoides (fig. 11, 12 ; pl. 3, fig. 2). Bittner {loc. eit.)
a observé des petites plaques hexagonales, irrégulières, d’environ 2 mm de diamètre ; du bord de ces
plaquettes, et pénétrant à l’intérieur de celles-ci, partent des invaginations. Le paléontologiste constate
l’existence de cette curieuse ornementation sur les parties non endommagées du test, lequel « donne
l’impression d’être couvert d’une colonie de Bryozoaires » : en effet, les zoécies de Bryozoaires appa-
Source : MNHN, Paris
56
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOÜRES
raissent souvent comme des plaquettes éttoilemenl accolées, dont toutes les parois sont communes
et perforées par des orifices (septules). Cette analogie avec le squelette des Bryozoaires concerne non
seulement le genre fossile Phymlambrus mais aussi Dairoidei, Daira, les Aoaea du . groupe sangnyï-
calculosa » et, sans doute, bien d’autres Crabes. , ,
Bittner [ibid.) ajoute que, là où le « lambrissage » de la couche externe a disparu sur le fossile,
on distingue des formations cylindriques et basses ou des bâtonnets courts et épais, espacés : il s’agit
manifestement des pédoncules des ornements en forme de champignon dont le sommet a été abrasé au
cours de la fossilisation.
Lôrenthey-Beuhlen (1929, p. 154, pl. 7, fig. 6, 7, 9, 10), qui ont retrouvé Phrynolambrus
corallinus dans des calcaires à Nummulites hongrois, datés à peu près de la même époque (Bartonien
inférieur), n’ont pas observé correctement l’ornementation spéciale de ce fossile et donnent une inter¬
prétation erronée de la structure du test : les a pores » serviraient à l’insertion des soies en crochet devant
permettre le camouflage. Pour ces deux auteurs comme pour Bittner et, plus récemment, pour Roger
(1954, p. 354, pl. 9, fig. 8C) et pour Via (1969, p. 408), t Phrynolambrus ^ est un Parthenopidae. Glaess-
NER (1969 p. R506, fig. 317) met ce genre fossile en synonymie avec Pseudolambrus Paulson, 1875
(sous-genre de Parlkenope Weber). Sans aller aussi loin, nous reconnaissons d’étroites affinités entre
certains Parthenopidae actuels et Phrynolambrus. Ces affinités sont démontrées par la synapomorphie.
La conformation du test fait apparaître ce qui pourrait n’être qu’une convergence mais qui, en l’occur¬
rence, constitue une disposition morphologique provenant d’une origine commune. On observe, par
exemple chez Platylambrus echirmlus (Herbst), des ornements en forme de champignon, à chapeaux
pétaloïdes et ayant tendance à se fusionner localement. Rathbun (1906, p. 884, pl. 15, fig. 1, 2) a décrit
une espèce, Platylambrus slellatus, où la surface de la carapace et des chélipèdes est munie d’une dense
couverture de granules aplatis, serrés, étoilés : nous nous demandons si, chez ce Crabe, il existe des pores
analogues à ceux de Phrynolambrus, de Dairoides et de Daira. Nous expliquerons dans un autre cha¬
pitre comment l’on peut envisager la position taxonomique de ces divers genres.
Pour terminer, nous ferons observer que l’orDementation du test peut être la même sur la face dorsale,
les chélipèdes, les pattes ambulatoires et, en presque totalité, sur la face ventrale : c’est par exemple le cas
du genre Glyploxantkus (fig. 9 et pl. 6), où toutes les surfaces exposées du corps offrent le même aspect (seules
la face interne des appendices et la région ptérygostomienne, sur laquelle s’appuient les chélipèdes, ne sont
pas sculptées).
Dans d’autres cas, il n’y a pas uniformité de l’ornementation. Chez Daira (pl. 3, fig. 3, 4), les plaquettes
coalescentes de la face dorsale, saillant comme des mamelons, se retrouvent sur les chélipèdes, tandis que,
sur les pattes ambulatoires, près du bord supérieur, elles proéminent sous forme de tubercules pointus ; sur
la face ventrale, la disposition en mosaïque percée de pores apparaît comme émoussée, avec des plaques très
petites, aplaties, extrêmement confluentes, et n’est présente que localement, notamment près des bords laté¬
raux de la carapace, près des orbites, sur le plastron sternal, sur l’abdomen mâle, sur l’abdomen femelle (sauf
sur ses bords). Chez Dairoides, le test ne forme une couverture (incisée par des rigoles) que sur la face dorsale
(pl. 3, fig. 2) ; ailleurs (pl. 17, fig. 9), régnent les éléments en forme de champignon avec expansions filiformes
ou pétaloïdes, soit isolés, soit soudés par leur chapeau de sorte qu’ils forment des amas plus ou moins grands
ou des rangées constituant des ponts très caractéristiques (fig. 12, 27) ; sur les chélipèdes (pl. 17, fig. 10) et sur
les pattes ambulatoires s’élèvent, en plus, des tubercules extrêmement pointus, à paroi lisse, dont la base est
parfois entourée par des ornements fungiformes.
On ne peut qu être à nouveau frappé par les phénomènes de convergence, par l’apparition
chez des Crabes, systématiquement éloignés mais à biotope et mods de vie similaires, d’un même faciès
ou de mêmes dispositions anatomiques.
® attribuée au genre f Phrynolambrus, t Phrynolambrus weinfurUri Bachmayer,
ip. 247, pl. 3, fig. 4. 4a), du Tortonien autrichien. Nous ne pensons pas que cette espèce puisse être laissée dans ce
genre car de nombreux caractères la séparent de l’espèce type, t P- corailinus Bittner. On notera que le test de t P wein-
furteri n est pas constitué de petites plaquettes perforées par des pores.
Source : MNHN, Paris
GENRE DEMANIA LAURIE
57
4. ANNEXES
ANNEXE A : GENRE DEMANIA LAURIE
Nous allons maintenant réviser d’une manière critique plusieurs espèces de Crabes xanthoïdes,
qui ont été rangées dans un genre inadéquat ou disséminées dans divers genres, et les faire entrer dans un
genre unique où elles constituent un petit groupe naturel. A la seule vue de leur habitus, elles appa¬
raissent au premier abord assez différentes, mais un examen plus poussé montre l’unité du groupe en
question, à savoir le genre Demania Laurie, 1906. Même si l’on considère seulement la forme de la
carapace et du bord antéro-latéral, l’ornementation et la morphologie des péréiopodes, on constate que,
entre les deux espèces les plus éloignées, les autres se placent comme des formes intermédiaires.
C’est en 1969 (19695, p. 234-237) que nous avons commencé à réviser le genre Demania, en lui
rattachant plusieurs espèces, et avons décrit une espèce nouvelle. En 1971 (1971tï, p. 1074-1075), nous
avons publié la liste des Demania que nous avons reconnues
En premier lieu, il convient d’exclure du genre américain Lophoxanthus A. Milne Edwards,
1879, toutes les espèces indo-pacifiques qui lui ont été rattachées de façon erronée, soit au rang de genre,
soit au rang de sous-genre du genre Xantho Leach. Le genre Lophoxanthus n’est plus, de ce fait, repré¬
senté que par son espèce type, L. lamellipes (Stimpson, 1860) (cf. Rathbun, 1930, p. 317, pl. 148, fig. 3,
4 ; Hult, 1938, p. 13 ; Garth, 1946a, p. 451, pl. 77, fig. 5 ; 1948, p. 41 ; Crâne, 1947, p. 77) ; il s’étend
sur la côte pacifique, de la côte occidentale du Mexique à l’Équateur, en même temps qu’il paraît
commun aux Galapagos. Les affinités du genre Lophoxanthus (pl. 5, fig. 8) sont à rechercher vers le genre
Panopeus et ses alliés, ainsi que le montre la morphologie de la première paire d’appendices sexuels
mâles (fig. 27B, Bl) ; nous plaçons Lophoxanthus parmi les Panopeinae.
En revanche, les espèces, autres que lamellipes, rapportées à Lophoxanthus ou à Xantho {Lopho¬
xanthus) doivent être naturellement introduites dans le genre Demania Laurie. Ce genre, à l’origine
monospécifique, avec seulement une espèce de Ceylan, D. splendida Laurie, 1906, jamais retrouvée
depuis sa description, et mal connu jusqu’à nos remarques préliminaires {cf. Guinot, 19695, p. 234-
237 ; 1971o, p. 1074-1075), accueille maintenant un grand nombre d’espèces et se présente comme
très homogène quant à ses caractères fondamentaux. La carapace, les péréiopodes et l’ornementa¬
tion des Demania montrent une variabilité certaine ; néanmoins, certains traits, même superficiels,
se retrouvent dans le genre ainsi unifié.
Le genre Demania est défini par les caractères de son espèce type, D. splendida Laurie, dont le
spécimen type, une femelle récoltée par Herdman, que nous avons examinée, se trouve au British
Muséum. Le R. Serène a découvert deux autres exemplaires au Musée de Colombo. Les princi¬
paux traits génériques de Demania sont à chercher principalement sur la face ventrale, partie antérieure,
et sur le plastron sternal (fig. 16A), dont nous donnons ici une figure chez une autre espèce, plus com¬
mune, semble-t-il, que les autres, D. scaberrima (Walker). Dans le genre Demania, le pl2 est court et
de nature xanthienne ; le pli offre un aspect uniforme chez toutes les espèces, aux différences spécifiques
près {cf. fig. 17).
La ressemblance de D. splendida avec le genre Zosimus Leach, en particulier avec Z. aeneus
(Linné), tient à une sculpture quelque peu similaire de la face dorsale et des chélipèdes ainsi qu’au
1. Pendant l'élaboration du présent travail, trois espèces ont été décrites par J. S. Gabth, qui ne fait pas état
de notre article de 1969 : ce sontDemam'a toxica Garth, 1971, forme toxique originaire des Philippines, que nous mention¬
nons ici, ainsi que/), aleaîai Garth, 1975, et D. macneilU Garth, 1976, que nous n’avons pas encore pu comparer aux Dema¬
nia déjà connues.
2. Le Lophopanopeus erosus Paris!, 1916, du Japon, placé dans le genre Lophoxanthus par Menzies {1948, p. 21,
pl. 4, fig. 33), est à rattacher au genre Medaeops Guinot, plus précisément à M. granulosus (Haswell) (cf. Guinot, 1967a,
p. .366’.
Source : MNHN, Paris
58
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURICS
caractère cri.Uforrae de, pattes ambulatoire, ; ce, similitude, ne sont guère significatives et ne peuvent
servir à rapprocher les deux genres.
Nous allons maintenant passer en revue toutes les espèces que nous regroupons dans le genre
Demania, en montrant les changements de l’habitus de la carapace ainsi que du front, des péréiopodes,
de l’ornementation. Nous prendrons comme point de départ D. splendida et nous nous écarterons
progressivement de cette forme. A cette occasion nous décrirons deux espèces.
Demania splendida Uurie, 1906 (p. 397, pl. 1, fig. 8, pl. 2, fig. 1), exclusivement connue de Ceylan, a
été simplement mentionnée par Balss (19386, p. 51), qui avait soupçonné une parenté avec son Xanlko rey
naudi var. cultripes Alcock, 1898, puis par Buitëndijk (1950, p. 78) qui laisse splendida à part ; enfin, elle
B été étudiée par Sehène (1969, p. 1, fig. 1, pl. 1). D. splendida (pl. 4, fig. 1) offre une carapace à bord antéro¬
latéral arrondi, seulement lobé, un front saillant sous forme de deux pointes proéminentes (pl. 4, fig. 2), des
pattes ambulatoires carénées, avec notamment le carpe et surtout le propode foliacés sur p4 et p5 (pl. 4, fig. 3a).
La face dorsale porte de grands lobules d’apparence polie ; des ornements squamiformes garnissent la partie
postérieure de la carapace et les pinces (pl. 4, fig. 3b). Le pli (fig. 17A) n'est connu que chez un jeune mâle
de 15 X 17 mm.
■t:Demania toxica * Garth, 1971 (p. 179-183, pl. 1), espèce toxique découverte aux Philippines, est proche
de splendida par la forme arrondie du corps (pl. 4, fig. 4) ; le front est saillant, mais sous forme de deux lobes
et non de deux pointes. Il y a quelques ornements squamiformes à l’arrière de la face dorsale, mais surtout
sur le carpe et la main des chélipèdes. Les pattes ambulatoires sont cristiformes comme chez splendida, mais
aucun article ne présente un aspect foliacé comme chez cette dernière espèce. Le pll,J (fig. 17E) offre un lobe
apical à peine incurvé et peu effilé à l’extrémité.
Demania rotundata (Serène, 1969, apud Guinot, 19696, p. 235, note) a été établie d’après trois spéci¬
mens récoltés au chalut sur les côtes de Taiwan. C’est encore une forme à carapace (pl. 4, fig. 5) tout à fait arron¬
die, et cela d'autant plus que le front, composé de deux lobes jointifs et peu sinueux, ne s’avance pas. Aux orne¬
ments squamiformes des autres espèces ont fait place, sur la face dorsale et sur les chélipèdes, des tubercules
(à tendance localement squamiforme). Les pattes ambulatoires sont cristiformes et cylindriques, nulle part
foliacées comme chez D. splendida ; à la différence de D. toxica, où il est entier et lisse, le bord supérieur du
mérus porte une carène granuleuse, principalement sur le mérus de p4 et p5. Le pli (fig. 17C, Cl) offre un lobe
non reployé et porte de longues soies plumeuses.
Comme nous l’avons signalé {ibid., p. 235, note), nous rattachons à D. rotundata deux échantillons : un
spécimen récolté aux Philippines (Pujada Bay, 218 fath.) par T « Albatross » et déterminé à tort Lophoxanthus
reynaudi ctdlripes par Bvitendijk (ÜSNM 91629) ; un exemplaire mâle, originaire de Bornéo (côte N.W.)
et également déterminé Xantko reynaudi cultripes (BM).
Demania japonica Guinot, 1977 (1977a, p. xix, pl. 6, fig. 6). Nous avons publié avec quelque hésitation
ce nom nouveau pour le Xanlho reynaudi cultripes Sakai {nec Alcock, 1898), 1939, p. 461, pl. 10, fig. 2. C’est
une DemauM japonaise, que nous n’avons pas examinée et très proche de D. rotunda (Serène). Mais elle diffère
de celli-ci par te corps encore plus arrondi, notamment par le dernier lobe antéro-latéral absolument dénué
de poinle ou saillie, complètement arrondi, et par p5 dont le propode et le carpe sont, semble-t-il, plus courts,
plus trapus, un peu foliacés (pl. 4, fig. 6). D. japonica est signalée par Sakai (loc. cit.) comme vivant entre 100
et 200 m. On ne peut savoir à quelle espèce appartient le Xaniho cultripes, de mer de Chine orientale, cité par
Takeda et .\liYAKB (19686, p. 553) qui se réfèrent non seulement à Alcock, 1898, mais aussi à Sakai, 1939.
A riiiverse des précédentes, les espèces de Demania révisées ci-après ont un bord antéro-laté-
rai non plus simplement fissuré et orné de lobes jointifs mais découpé en dents souvent proéminentes.
Demania reynaudi (H. Milne Edwards, 1834, p. 392) a été récoltée dans l’océan Indien par Reynaud,
, ® Reynaudii. Le type, étiqueté « mer des Indes », est conservé au Muséum à Paris
(AU 11 s agit d une espèce mal connue, parce que non figurée ; Odhner (1925, p. 79,81), qui a identifié
Xaniho reynaud. k A. scuèerrmuM Walker, 1887, a ouvert la voie à une synonymie erronée, empruntée encore
rteemment pr Takeda et Miyaké (i969fl, p. 456) à propos d’une Demania de Taiwan dont nous ne pouvons
^nnaitre l identité. Les deux espèces sont pourtant bien distinctes. D. reynaudi (pl. 5, fig. 1) offre une face
dorsale 4 régions bosselées, couvertes d’ornements à tendance squamiforme, et un bord antéro-latéral armé
1. L'astérisque indique que l'espèce n’a pas été examinée.
Source ; MNHN, Paris
GENRE DEMANIA LAURIE
59
de dents triangulaires et tuberculeuses ; les pinces sont garnies sur le carpe et le propode de tubercules assez
forts mais émoussés, un peu squamiformes, ailleurs plus proéminents ; les pattes ambulatoires (de p2 à p5},
cylindriques et à la surface d'aspect chagriné, ont sur le mérus une rangée caractéristique de grosses dents
arrondies.
Demania squamosa Guinot 1977 (1977a, p. 20, fig. 77D, Dl, pl. 7, fig. 2). Deux spécimens (pl. 5, lig. 2),
signalés par André (1931, p. 649) du golfe du Tonkin (Donghoi) sous le nom de Medaeits Reynaûdi, sont très
proches de reynaudi mais en diffèrent notamment par les dents antéro-latérales plus arrondies, par la face
dorsale ornée d’éléments plus aplatis, notablement émoussés. Les pinces et les pattes ambulatoires sont analogues
à celles de reynaudi ; les dents du mérus de p2 à p5 semblent cependant un peu moins élevées et non dirigées
vers l’avant. L’apex du pll(J (fig. 17D, Dl) offre un lobe reployé et porte quelques longues soies plumeuses.
Nous avons donné le nom de squamosa à cette Demania.
A certains égards, ces deux spécimens rappellent D. baccalipes (Alcock) (cf. infra), mais la carapace
de squamosa demeure plus sculptée ; des ornements squamiformes, émoussés mais presque partout présents,
garnissent la région gastrique, qui n’est donc pas lisse comme sur notre D. baccalipes? du détroit de Malacca
(pl. 4, fig. 9). Tant que le type cingalais de baccalipes n’aura pas été retrouvé ou, à la rigueur, qu’un échantillon
topotypique n’aura pas été découvert, le statut de cette espèce restera incertain.
Demania scaberrima (Walker, 1887, p. 109, 115, pl. 7, fig. 1-4), décrite de Singapour sous le nom de
XanÜio scaberrimus, a été relativement plus souvent récoltée que les autres espèces. Par la forme générale de
sa carapace, elle ressemble beaucoup à reynaudi mais, en revanche, des différences importantes affectent l’orne¬
mentation. La face dorsale de D. scaberrima (pl. 5, fig. 5-7) porte des tubercules pointus sur les bords, un peu
squamiformes au centre, gros et arrondis postérieurement ; les tubercules des pinces sont bien séparés et aigus,
nulle part émoussés. Les pattes ambulatoires sont assez abondamment ornementées : mérus de p2 à p4 caréné,
dentelé distalement ; mérus de p5 armé de dents petites mais pointues ; carpe et propode de p2 à p5 garnis
sur le bord supérieur de dents aiguës, parfois réunies par deux ou même trois, d’où un aspect tronqué ; surface
des articles (sauf le mérus de p2 à p4) couverte de granules ou d’aspérités ; propode de p5 avec le bord inférieur
arqué et donc d’aspect légèrement foliacé.
L’une des variations rencontrées chez D. scaberrima concerne le bord des pattes ambulatoires, où les
dents ont tendance à se fusionner plus ou moins jusqu’à ne former que 2-3 larges dents ou même une carène presque
entière (fig. 16B-E, concernant un grand Xantho scaberrimus de Nagasaki, déposé au Musée de Copenhague).
La présence d’une carène fait que la largeur de certains articles des pattes peut sembler plus grande sur les
exemplaires ainsi caractérisés que chez ceux où les dents demeurent séparées, et un aspect foliacé peut en découler
(fig. 16E). La symétrie n’est pas la règle, l’ornementation des pattes à gauche et à droite n’étant pas similaire.
Chen (1933, p. 102) indique sur des scaberrimus de Ceylan (mais s’agit-il bien de scaberrimus ?) une asymé¬
trie marquée de la crête des pattes ambulatoires.
L’ornementation de la face dorsale ne semble pas absolument conforme chez tous nos échantilllons, de
provenances diverses : elle est plus ou moins saillante et arrondie, localement vermiculée (par fusion de tuber¬
cules) ou un peu squamiforme. Sur un même spécimen, les dents antéro-latérales peuvent être plus marquées
à droite qu’à gauche, par exemple chez le Xantho {Lophoxanlhus) scaberrimus 46 X 59 mm, East coast of
the Malay Peninsula) (ZMA) déterminé par de Man (1929, p. 108) et figuré ici (pl. 5, fig. 6).
Chez Demania scaberrima, le plie? (fig. 17B, Bl) offre un lobe apical allongé et incurvé.
Le Xantho Reynaudi {nec H. Milne Edwards) de de Man (1892, p. 226), récolté par Dabry en Chine
(MP), et ceux de Sakai (1936, p. 149, fig. 71 ; 1939, p. 461, pl. 90, fig. 1), du Japon, sont probablement des
D. scaberrima.
•{rDemania baccalipes (Alcock, 1898, p. 117) et ^D. cultripes (Alcock, 1898, p. 117), décrites toutes
deux comme des « variétés » de Xantho (Lophoxanlhus) scaberrimus, sont des espèces mal connues parce que
brièvement décrites, non illustrées, peut-être rares. A notre avis, elles doivent prendre le rang d’espèces dans le
genre Demania char, emend.
D’après la description originale, faite uniquement par comparaison à Xantho scaberrimus, Demania
baccalipes apparaît bien plus proche de D. reynaudi que D. scaberrima. Malgré nos recherches, nous n’avons
pas retrouvé les syntypes de baccalipes, originaires de Ceylan ; un doute demeure donc quant aux véritables
caractères de cette espèce et quant à ses différences par rapport aux espèces les plus proches, à savoir D. rey¬
naudi et D. squamosa. Sur la photographie publiée ici (pl. 4, fig. 9) (grâce à l’obligeance du Dr Serène) du
Lophoxanlhus reynaudi var. baccalipes signalé par Balss (19486, p. 51) puis par Buitbndijk (1950, p. 77) dans
le détroit de Malacca (déposé au Musée de Singapour), apparaissent les caractéristiques mentionnées par Alcock.
Source ; MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
GENRE GLYPTOXANTHUS A. MILNE EDWARDS
61
Encore plus que chez D. reynaudi, l’ornementation est émoussée, surtout au milieu de la carapace où la surface
semble presque lisse. Le mérus des pattes ambulatoires porte des dents accusées, tandis que le carpe et le pro-
pode ne sont munis que d’élévations rugueuses, tout comme chez reynaudi.
Demania cullripes (Alcock, 1898), dont un spécimen (pl. 4, fig. 7) récolté à Singapour a été déposé au
Zoological Survey of India (ZSI 4733/9), est très voisine de D. baccalipes en raison du caractère émoussé de ses
ornements et des portions presque lisses de sa carapace. En revanche, le bord supérieur des pattes ambulatoires
est transformé en une carène aiguë et entière, et la surface de ces appendices, dénuée de toute ornementation,
est absolument lisse. Un autre exemplaire, également originaire de Singapour, est connu {cf. pl. 4, Cg. 8). Nous
avons récemment donné au Xantho cultripes japonais de Sakai (1939, p. 461, pl. 90, fig. 2) le nom nouveau, D.
japonica. D. cultripes diffère essentiellement de D. japonica par l’ornementation beaucoup moins fournie
sur la face dorsale et par la présence de dents marquées sur le bord antéro-latéral.
Demania intermedia Guinot (19696, p. 236, fig. 9, 17), dont l’holotype (pl. 5, fig. 3) originaire de Nou¬
velle-Guinée est déposé au Musée de Cambridge, pourrait être considéré comme une D. scaberrima élargie,
peu bombée, à la face dorsale superficiellement sillonnée, plus finement granuleuse, aux dents antéro-latérales
pointues au lieu de triangulaires, au front presque droit, aux pattes ambulatoires carénées, à la surface gra¬
nuleuse, au pll(J terminé par un lobe moins allongé.
Demania aff. intermedia [cf. Guinot, 19696, p. 237, fig. 18), qui se distingue d’intermedia surtout par
les deux dernières dents antéro-latérales à peine saillantes et par les pattes ambulatoires serrulées sur le bord
supérieur, devra probablement être dotée d’un nom nouveau lorsque seront découverts d’autres échantillons
que le seul exemplaire, femelle et incomplet, en notre possession (pl. 5, fig. 4).
.Ainsi conçu, le genre Demania Laurie apparaît comme très éloigné du genre Lophoxanihus
et, si les deux genres sont xanthoïdes, le premier n’appartient nullement aux Panopeinae, qui, à notre
sens, doivent accueillir le genre américain. Les affinités du genre Demania sont sans doute à chercher
au voisinage du genre Xanthias Rathbun, ce qui le place dans une tout autre unité taxonomique
que Lophoxanihus. Le genre Demania nous montre, quant à la forme de la carapace, à l’ornementa¬
tion, et quant à l’armature des pattes ambulatoires, un buissonnement des formes. Une situation
analogue se présente dans des lignées voisines.
ANNEXE B : GENRE LOPHOZOZYMUS A. MILNE EDWARDS
Le genre xanthoïde Lopkozozymus A. Milne Edwards, 1863, est un genre indo-pacifique assez
homogène où toutes les espèces sont caractérisées par un bord antéro-latéral mince et cristiforme,
découpé en dents plus ou moins saillantes, souvent carénées. Le nombre de dents est constant, c’est-à-
dire de quatre, mais la première peut consister en un lobe arrondi, qui ne rejoint pas l’angle exorbi¬
taire (L. pulchellus). Par ailleurs, on peut distinguer deux types d’espèces : celles où la première dent
est séparée de l’angle exorbitaire par un hiatus, souvent très net (par exemple chez L. pictor) et celles
où il y a continuité, sans hiatus, entre l’orbite et le bord de la carapace. A noter que la plupart des
espèces connues portent aussi une crête plus ou moins tranchante le long des bords (surtout sur le bord
supérieur) des pattes ambulatoires et parfois aussi sur le bord supérieur du propode des chélipèdes.
Buitendijk (1960, p. 292-299) a reconnu sept espèces dans le genre. A notre avis, le genre Lopho-
zozymus en compte beaucoup plus : nous avons rétabli deux espèces presque oubliées : L. superbus
(Dana) et L. glaber Ortmann, et décrit deux espèces nouvelles : L. guezei et L. evestigaius. Notre révi-
Fio. 16. — Le genre Demania Laurie.
16 A. Sternum thoracique dans le genre Demania Laurie, plus précisément chez D. scaberrima (Walker), (J 46 X 63,5 mm,
Nagasaki, J. Jordan coll., Odhner det. XarUha vermiculatus (UZMC) (X 3,5). (Pilosité non représentée).
16 B-E. Demania scaberrima (Walker). Pattes ambulatoires (x 2) d’un 46 X 63,5 mm, Nagasaki (même spécimen
que sur la figure A). 6, C, p3 du côté droit et du côté gauche, montrant la fusion plus ou moins accentuée des dents,
d'où l'asymétrie, notamment de la crête du bord supérieur du propode ; D, p4 droit ; E, p5 droit ; à noter l'aspect
semi-foliacé du propode.
Source ■ MNHN, Paris
D
Fie. 17. — Premier pléopode sexuel mâle dans le genre Demania Laurie.
A, Demanta iplendida Laurie, ^ juvénile 15 X 17 mm, Yenkaii Reef. D’après Serène, 1969, fig. 1 : pli ( x 65) ; B, Bl,
Deinania scaberrima (Walker), ^ 46 X 68,5 mm, Nagasaki, J. Jordan coll., Odhner det. Xaniho «caâerrtmu*
(UZMC) : B, pli [x 5) ; Bl, id., extrémité (X 30) ; C, Cl, Demania rotundaia (Serène apud Gvinot), holotype,
533 X 41 mm, Taiwan, Keelung, Serène det. ? Xaniho rotundatue (MP) : C, pli (x 5) ; Cl, id., extrémité (x 35) ;
D, Dl. Demania squamoaa Guinot, holotype, 5 43 X 56,5 mm, Nord Annam, Donghoi, M. Chevey coll., André
det. Medaeus Reynaudi (MP) : D, pli (x 8) ; Dl, id., extrémité (x 30) ; E, Demania loxica Garth, holotype, 5
43,1 X 51,9 mm, Philippines, lie Negroa : pli, extrémité (x 30). D’après Garth, 1971, pl. 1, fig. 6.
Source ; MNHN, Paris
GENRE LOPHOZOZYMUS A. MtLNE EDWARDS
63
sion n’est pas tout à fait complète car certaines espèces nous manquent ; l'examen d’un matériel impor¬
tant de chaque espèce est plus que jamais indispensable, car nous avons constaté la variabilité de cer¬
tains caractères : un même individu présente des différences de part et d’autre de l’axe du corps, notam¬
ment dans les crêtes du bord antéro-latéral de la carapace ou du chéiipède, et aussi dans les lobes fron¬
taux, la lobulation de la face dorsale, etc. Il est certain que la coloration, très remarquable et bien
conservée chez certaines formes en alcool, est ici un bon critère de discrimination.
Lophozozymus inciaus (H. Milne Edwards, 1834), dont nous avons examiné le spécimen type (s Xan-
iho incisus, mers de l’Australie », 1 $ 22 X 36,5 mm) ainsi que d’autres exemplaires, est caractérisé principa¬
lement par : une face dorsale lobulée, les lobules portant quelques ponctuations et étant soulignés en avant
par une bordure localement cristiformc, longée de soies ; par l’absence d’hiatus entre l’angle exorbitaire et le
premier lobe antéro-latéral ; par les deux premiers lobes antéro-latéraux plutôt arrondis, et les deux suivants
aigus et carénés ; par la surface du carpe et du propodc des chélipèdes couverte de granules, entremêlés de
soies ; par un lobe cristiforme, tronqué (pratiquement non bifide) à l’angle antéro-interne du carpe des ché¬
lipèdes ; par une crête le long du bord supérieur de la main ; par des pattes ambulatoires très larges et trapues,
à bords tranchants et cristiformes, frangés de soies. Le spécimen figuré ici (p. 7, fig. 5, 5a), déjà vu par Bui-
TENDiJK en 1960 (p. 295), a été comparé au type conservé dans la collection sèche du Muséum.
Lophczozymita superbus (Dana, 1852) (1852i, p. 74 ; 1852c, p. 167 ; 1855, pl. 8, fig. 5 : sous le nom de
Xantho superbus, archipel des Tuamotu) a été mis en synonymie (avec doute) avec L. inciaus par de Man (1888,
p. 268), par Alcock (1898, p. 107), et par Buitendijk (1960 p. 296). Actuellement, l’existence de cette espèce
polynésienne semble oubliée, sauf par Holthuis (1953, p. 23) qui signale un spécimen dans la même région.
Or, à notre avis, l’espèce de Dana est valide ; en effet, une femelle de 19 X 30,6 mm, récoltée à Muruora par
Y. Plessis en 1965, correspond au superbus de Dana et non à L. incisus. Les différences les plus importantes
sont : chez superbus Dana, carapace plus plate, presque déprimée ; lobulation de la face dorsale davantage sous
forme de crêtes granuleuses que de reliefs tabulaires ; test moins érodé — ponctué et plus uniformément séti-
fère ; deux premiers lobes antéro-latéraux triangulaires ; à l’angle antéro-interne du carpe des chélipèdes, un
lobe nettement bifide, avec deux dents bien individualisées, l’antérieure étant la plus forte ; bord inférieur
et face interne de la main beaucoup plus granuleux que chez incisus ; pattes ambulatoires trapues, cristiformes
comme chez incisus. Notons déjà ici que le L. superbus de A. Milne Edwards, 1873 {nec Dana) est L. edwardsi
Odhner, 1925 {cf. infra et pl. 7, fig. 3, 3a). Les L. superbus polynésiens de Nobili (1907, p. 388) correspondent
aussi à L. edwardsi Odhner.
Lophozozymus guezei Guinot, 1977 (1977a, p. xxv, fig. 78A, Al, pl. 30, fig. 6, 6a). Nous avons décrit
cette espèce pour trois grands spécimens récoltés à La Réunion par M. Guézé (1 ^ 48 X 77 m, qui constitue le
lectotype ; 1 $ 48 X 77 mm, 1 $ ovigère 44 X 71 mm). Proches par le faciès et par de nombreux caractères de
L. incisus, dont les spécimens examinés par nous sont bien plus petits, L. guezei a comme caractères particu¬
liers : en premier lieu, la grande taille de la carapace (pl. 7, fig. 6) ; les lobules dorsaux ni ponctués ni érodés,
formant des massifs vastes (notamment 2L ; par ailleurs, la limitation entre les régions gastrique et cardiaque
faible ou nulle, alors qu’un sillon très net divise ces deux régions chez incisus), saillants, à bord antérieur par¬
fois finement denticulé (5L, 4L), séparés par une pilosité épaisse ; présence de lobes 2F ; première dent antéro¬
latérale très longue et avec un bourrelet distal ; les dernières dents aiguës et carénées ; le carpe des chélipèdes
orné d’éléments en grande partie squamiformes et vermiculés ; à l’angle antéro-interne de ce dernier deux
saillies ayant un aspect curieux, l’une extrêmement forte, piriforme, et l’autre plus petite et pointue ; main
avec la face externe munie de granules perliformes jusque sur le bord inférieur et, sur le bord supérieur, une
crête épaisse ; dent infra-orbitaire interne (pl. 7, fig. 6a) triangulaire et saillante, formant un angle très ouvert
avec la dent infra-orbitaire externe, obtuse (le bord infra-orbitaire forme un bourrelet à courbure régulièrement
arrondie chez incisus : pl. 7, fig. 5a) ; les pattes ambulatoires formées d’articles courts, trapus, à bords carénés
et garnis de soies serrées comme chez L. incisus ; pllij : cf. fig. 18A, Al.
Il ne semble pas que tous ces caractères, et notamment la conformation du bord infra-orbitaire, puissent
être mis en rapport avec la grande taille des trois spécimens sur lesquels nous fondons l’espèce. Au regard de
la lobulation de la face dorsale et des deux pointes saillant sur le carpe du chéiipède, le L. incisus japonais
figuré par Sakai (1939, p. 452, pl. 98, fig. 2), qui est encore plus grand (82 mm de large), que nos guezei, paraît
plus proche de notre espèce que de L. incisus. Une vérification s’impose pour identifier avec certitude le Lopho¬
zozymus de Sakai.
Lophozozymus cristatits A. Milne Edwards, 1867 (p. 272 ; 1873, p. 203, pl. 6, fig. 4), dont le spécimen
type, néo-calédonien, est déposé au Muséum (MP-B2895S), offre une carapace beaucoup moins lobulée que les
Source ; MNHN, Paris
MOBPHOLOGIR PHYLOOEMÊSE BT TAXONOMIE DES, BBACHYOUKES
«pèces précédentes, la lace dorsale n'étant sillonnée que par quelques lignes granuleuses. Le bord antéro¬
latéral est plus mince, plus tranchant, avec les deux premières dents antéro-laterales pointues (la première
s'avançant jusqu'à la hauteur du Iront et il n'y a pas d'hiatus entre celle-ci et l'angle exorbitaire, contrairement
à ce qu'indique BuiTEnoiiK dan. sa ciel i 1960, p. 299). Sur le chélipède, le lobe antero-mterne du carpe est
très proéminent et bifide ; la lace externe de la main ne porte de. granulations que sur la moitié supérieure,
bordée par une crête entière, la partie inlérieure étant lisse. Les pattes ambnlatoires sont cr.stifotmes et soti-
fères La coloration est remarquable ainsi que l'indique la description originale : • pourpre violacé, avec des
taches jaunâtres a.ses régulières s. Le spécimen topotypique, de Nouvelle-Calédonie, que nous figurons lei (pl. 7,
üg 1), récolté au cours de l’Expédition Singer-Polignac (Salvat coll., Uvea, platier), présente en alcool une
coloration orangée et des taches blanchâtres. L. cristatus a été signalé en d’autres régions de l’Indo-Pacifique,
mais il serait utile de revoir les déterminations.
Lopkozozymus pictor (Fabricius, 1798), auquel ont été rattachés de nombreux synonymes (cf. Buiten*
DIJK, 1960, p. 297, fig. 7c, pro parte), a été fréquemment signalé, surtout en Indonésie et en Australie [cf. Camp¬
bell et St’ephbnson, 1970, p. 277). Il s’agit d’une espèce de grande taille, à la carapace (pl. 7,^ fig. 4) lisse, à
peine lobulée, presque glabre (sétifère seulement sur les bords). Le bord antéro-latéral est armé d un premier
lobe arrondi, séparé de l’angle exorbitaire par un large hiatus, d’un deuxième lobe plus pointu et à bord cristi-
forme, et de deux dernières dents, carénées. Les chélipedes sont lisses et inermes, à l’exception du lobe bifide à
l’angle antéro-interne du carpe et de la crête, très accusée et surtout proximale, sur le bord supérieur de la main.
Les pattes ambulatoires sont cristiformes et frangées de longues soies. La coloration, particulière, se conserve
en alcool : des taches claires, petites et nombreuses, se détachant sur un fond orangé-rougeâtre.
Lopkozozymus edwardsi Odhner, 1925, p. 82 (nom. nov. pro L. superbus A Milne Edwards, 1873, nec
Xantho superbus Dana, 1852} : cf. Guinot, 1977a, p. xxvii, pl. 30, fig. 3, 3a. Une partie des Lopkozozymus
superbus néo-calédoniens d’A. Milne Edwards (1873, p. 205) appartiennent à une espèce distincte de celle
de Dana {cf. sous L. superbus) selon l’avis de de Man (1888, p. 269, note, pl. 10, fig. 3b) puis d’OonNER {loc.
cit.), qui lui donne un nom nouveau. Les syntypes de L. edwardsi se trouvent au Muséum à Paris parmi les Lopko¬
zozymus de Nouvelle-Calédonie déterminés superbus par A. Milne Edwards : nous avons choisi un lectotype,
un de 24,4 X 41 mm récolté par M. Banaré (MP-B3011S). L. edwardsi (pl. 7, fig. 3) ressemble à L. pictor par
l’aspect général de la carapace et du bord antéro-latéral (hiatus entre la première dent et l’angle exorbitaire) ;
néanmoins, chez edwardsi, sillons et lobules sont plus marqués et, par ailleurs, le test apparaît ponctué vers les
bords dans la région antérieure. Les chélipèdes i’edwardsi (pl. 7, fig. 3a) sont proches de ceux de L. pictor mais
la crête du bord supérieur du propode est plus obscure, surtout dans la partie distale, et la face externe de la
main est creusée de ponctuations. Le sternum, aussi, est ponctué chez edwardsi, plus lisse chez pictor. Les pattes
ambulatoires trapues et larges (surtout le mérus) sont longées par une crête très élevée sur le bord supérieur
chez L. pictor, tandis que chez L. edwardsi elles sont plus grêles et ornées de crêtes plus basses. Enfin, aucun
réseau consistant en taches sur fond coloré {L. pictor) n’a été signalé chez edwardsi.
Lopkozozymus pulckellus A. Milne Edwards, 1867 (p. 273 ; 1873, p. 205, pl. 6, fig. 3) est une espèce joli¬
ment colorée, dont la face dorsale est ornée d’un fin réseau de lignes rouges, remplacé par des taches sur les
régions hépatique, épibranchiale et cardiaque antérieure, et dont la paume des chélipèdes et les articles des
pattes ambulatoires sont traversés par une large bande rouge. Deux spécimens néo-calédoniens de la collection
sèche du Muséum peuvent être considérés comme les syntypes de l’espèce mais nous figurons plutôt un spéci¬
men encore coloré, couvert d’un tomentum ras sur la carapace et les pattes, récolté à Dar-es-Salaam par
J. R. Heatb (pl. 8, fig. 5). Le bord antéro-latéral forme un arc arrondi dans sa fraction antérieure et ne rejoint
pas l’angle exorbitaire ; suivent trois dents, les deux dernières acuminées et carénées. La face dorsale est fine¬
ment tuberculée dans sa partie antérieure ; en outre, elle est parcourue de crêtes granuleuses, caractéristiques.
Les chélipèdes sont granuleux et inermes (sauf la dent bifide à l’angle antéro-interne du carpe) ; la pince est
dépourvue de crête, plutôt trapue et terminée par des doigts allongés et minces, croisant fortement. Les pattes
sont cylindriques, surmontées d’une crête fine et tranchante.
Lopkozozymus dodone (Herbst, 1801, p. 37, pl. 52, fig. 5), décrit de l’océan Indien occidental, comporte
un synonyme à peu près certain, le Xantho radiatus H. Milne Edwards, 1834 (p. 398), originaire de l’île Maurice
ainsi que l’ont affirmé Hilgendorf (1879, p. 789), puis de Man (1888, p. 270, pl. 10, fig. 2) après confrontation
des^types respectifs. Les syntypes de radiatus = dodone sont déposés au Muséum (MP-B2902S et MP-B2903S).
11 s agit d une espèce de petite taille (pl. 8, fig. 1), au bord antéro-latéral armé antérieurement d’un lobe arrondi
SUIVI de trois dents, à la face dorsale lobulée, aux pinces très caractéristiques : main très globuleuse munie de
ponctuations et de rugosités très nettes ; sur le carpe, de gros granules, entremêlés de poils ; doigts très courts,
avec le doigt mobile recourbé (pl. 8, fig. la).
Source ; MNHN, Paris
GENRE GLYPTOXANTHUS A. MILNË EDWARDS
Lophozozymus glaber Ortmann, 1893 (p. 457), originaire des îles Fidji et décrit à l’origine comme une
variété lisse de L. dodone (Herbst), est une espèce mal connue, au sujet de laquelle des confusions semblent
avoir été faites. A notre avis, glaber qui offre une carapace et des chélipèdes d’une morphologie analogue à
celle rencontrée chez L. dodone, se distingue surtout de cette dernière par ses pinces pratiquement glabres et
lisses (à tout le moins, des granules très atténués). Les carènes de la main (bord inférieur) et des pattes ambu¬
latoires seraient moins aiguës chez glaber ; les dents antéro-latérales seraient moins émoussées. Nous figurons
ici (pl. 8, fig. 2, 2a) un spécimen déterminé à tort L. dodone par Forest et Guinot (1961, p. 54, fig. 39a, b).
Lophozozymus eveatigatus Guinot, 1977 (1977a, p. xxviii, pl. 31, fig. 3, 3a). Nous avons décrit cette espèce
pour des Crabes de l’ancienne collection sèche du Muséum déterminés Xantko radiatus par A. Milne Edwards
(1862, p. 4) et qui ne correspondent pas au Xanlho radiatus H. Milne Edwards, 1834, lequel est en fait L. dodone
(Herbst). L’holotype de L. eveatigatus (pl. 8, fig. 3, 3a) est le <3* de 13 X 20 mm de l’île Bourbon, étiqueté radia¬
tus et déposé au Muséum (MP-B2905S) ; un autre échantillon, également identifié radiatus et récolté 4 Zanzibar
par M. L. Rousseau (MP-B2904S, pro parte), représente aussi eveatigatus. Cette espèce, très proche à la fois
de L. dodone et de L. glaber par sa petite taille et son faciès, par la forme de sa carapace, sa lobulation et les
principaux traits de ses péréiopodes, se distingue par la carapace plus large, moins déprimée près des régions
latérales ; par la pince beaucoup moins globuleuse, c’est-à-dire à main moins haute, moins renflée et à doigts
plus allongés. Chez evestigatus, le bord inférieur du propode est concave (au lieu de convexe chez dodone et
glaber), avec un creux très prononcé près du doigt fixe ; sur le bord supérieur, il y a non pas une crête continue
mais seulement une crête proximale épaisse et anguleuse, s’atténuant ensuite. La face externe du carpe et
de la main est distinctement rugueuse et ponctuée (ce qui sépare L. evestigatus de L. simplex : cf. infra).
•{rL. intonsus ^ (Randall, 1840), espèce connue seulement du Pacifique central (notamment des Hawaii),
rappellerait L. pictor par la forme de la carapace et du bord antéro-latéral, la première dent étant séparée de
l’angle exorbitaire par un hiatus. L. intonsus (pl. 8, fig. 4) se distingue des autres espèces du genre par la présence
de quatre crêtes longitudinales sur la face externe de la main du chélipède. Les pattes ambulatoires, relative¬
ment peu élargies (en particulier, le mérus peu trapu), n’apparaissent que peu ou pas cristiformes et offrent
une pilosité touffue. Les figures de Ratbbun (1906, p. 846, fig. 8, pl. 8, fig. 8) et d’EoMONDSON (1962a, p. 230,
fig- 3i ®) montrent pas exactement les mêmes caractéristiques.
Restent deux espèces que nous n’avons pas examinées et qui sont rarement signalées : de petite
taille, elles semblent peu éloignées de L. dodone et de ses proches. Ce sont :
■{jLopkozozymus simplex de Man, 1888 (p. 271, pl. 10, fig. 3 ; cf. Büitbndijk, 1960, p. 299, clef), décrit
d’Amboine et que nous reproduisons ici (pl. 8, fig. 6, 6a) ; les pinces semblent moins larges et plus allongées
que chez L. dodone et, en outre, lisses et glabres.
ijLophozozymus rathbunae = L. ralhbuni Ward, 1942 (p. 85) nom. nov. pro L. dodone de Rathbun
(use Herbst), 1906 (p. 846, pl. 8, fig. 2), originaire des Hawaii, qui serait voisin de L. glaber. A noter qu’EpMOND-
soN (1925, p. 52 ; i962a, p. 230, fig. 3f) signale des petits Lophozozymus hawaiiens sous le nom de dodone en indi¬
quant correctement « wrist and hand granular ».
ANNEXE C ; GENRE GLYPTOXANTHUS A. MILNE EDWARDS
Nous allons brièvement réviser le genre Glyploxanthus A. Milne Edwards, 1879, chez lequel
la sculpture particulière de la carapace, des appendices et aussi de certaines parties de la face ventrale,
notamment du sternum thoracique, constitue un caractère générique.
Jusqu’à présent, tous les auteurs n’étaient pas d’accord pour considérer Glyploxanthus comme
distinct d’Actaea de Haan, soit le contondant avec ce dernier, soit le tenant pour un sous-genre (Odh-
NER, 1925 ; Monod, 1956 ; Serène, 1961-1962). Pour les auteurs américains, notamment Rathbun
(1930, p. 263-268), Garth (1939a, b ; 1946a), ainsi que pour Bouvier (1922), Glyploxanthus est un
genre valide. En 1967 (1967h), nous avons proposé la franche séparation des Glyploxanthus.
1. L'astérisque indique que l’espèce n'a pas été examinée.
Source : MNHN, Paris
6G MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BBACHYOURES
Les structures sont extrêmement constantes chez toutes les espèces du genre ; orbites petites
et rondes ; front bilobé, avec une échancrure médiane qui, généralement, permet au proépistome de
venir au contact du sillon médio-antérieur de la face dorsale ; article basal antennaire s avançant assez
profondément entre le rebord sous-frontal et la dent orbitaire ; flagelle inclus dans l’hiatus orbitaire ;
épistome petit ; crêtes antérieures du cadre buccal saiUantes, nettement incisées latéralement ; mxp3
érodé, avec une échancrure marquée sur le bord antérieur du mérus ; exopodite trapu, avec la partie
distale défléchie ; chélipèdes égaux, doigts à pointe émoussée ; ankylosé plus ou moins accentuée à
l’articulation basis-ischion, mais ligne de suture toujours présente. Le pll^ offre une morphologie
remarquablement homogène chez les diverses espèces : assez tort, allongé, dépourvu de soies {seulement
des tubercules et, parfois, deux courtes soies apicales), avec apex jamais effilé mais au contraire large,
tronqué, et avec ouverture terminale {cf. G. erosus : fig. 18D, DI ; G. cavernosus : fig. 18C, Cl, C2 ;
G. angoUnsis : fig. 18B, B1 ; G. vermiculatus : fig. 18F ; G. corrosus : fig. 18E). En ce qui concerne les
caractères très particuliers du sternum thoracique, de la cavité abdominale, de 1 appareil bouton-
pression, notamment chez la femelle, voir sous ces rubriques.
Le genre Glyploxanthus compte cinq espèces atlantiques, à savoir trois espèces ouest-africaines
{angolensis ; corrosus ; cavernosus) et deux espèces est-américaines {oermiculatus ; erosus, l’espèce type) ;
trois espèces pacifiques, sur la côte américaine et aux Galapagos (labyrinthicus ; tneandricus ; han-
cocki) ; et, peut-être, une espèce en mer Rouge (meandrinus). Il est facile de discerner les « espèces sœurs »
qui se retrouvent dans les zones éloignées, de part et d’autre de l’Atlantique ou sur les deux rives du
continent américain.
Glyploxanthus vermiculatus (Lamarck, 1818) est mal connu. On ignore la patrie d’origine de l’échan¬
tillon qui a servi à sa description et la localisation exacte de l’espèce. Des confusions nombreuses ont été faites
à son sujet ; c’est pourquoi il est nécessaire de rectifier certains points. Les deux exemplaires décrits par Lamarck
( 1818, p. 271), revus par H. Milne Edwards (1834, p. 391), sont déposés dans la collection sèche du Muséum
avec l’étiquette « ? Floride ». Nous publions une photographie (pl. 6, fig. 6) du spécimen mâle que nous avons
choisi comme lectotype [cf. Guinot, i977a, p. xxi, fig. 78F, pl. 8, fig. 6). Le fait que Lamarck et H. Milne
Edwards n’aient point indiqué de provenance amènera Odhneb (1925, p. 57) à supposer que vermiculatus est
indo-pacifique et non américain (cf. sous G. meandrinus). Or nous pouvons établir avec certitude que vermi-
culatus vit sur la côte est-américaine, et plus précisément aux Antilles. En effet, les trois Xantho oermiculatus
signalés par Desbonnb [in Desbonne et Schramm, 1867, p. 27) de la Guadeloupe et qui se trouvent actuelle¬
ment au Muséum, sont conformes au vermiculatus décrit par Lamarck. Ils n’appartiennent pas à G. erosus
(Stimpson) ainsi que l’a cru, à tort, A. Milne Edwards en 1879 (p. 254) ; précédemment, en 1868 {1868a,
p. 49), ce même auteur écrivait pourtant : « le Xantho vermicuiatus des Antilles... », et ne se trompait pas. La
présence de vermicuiatus est donc assurée aux Antilles. Rathbun (1930, p. 266, pl. 108, fig. 4, pl. 109) signale
vermicuiatus à Curaçao mais, sans doute induite en erreur par A. Milne Edwards (1868a, p. 49) et par Odhner
( 1925), confond vermicuiatus avec Actaea angolensis Brito Capello. Le Glyploxanthus vermicuiatus rapporté
de Cuba par Boone (19306, p. 125, pl. 39) nous paraît mal déterminé et serait plutôt G. erosus (Stimpson).
Les spécimens ouest-africains faussement identifiés k vermicuiatus sont, en fait, soit angolensis, soit cavernosus
[cf. Monod, 1956, p. 296-298). En définitive, peu d’exemplaires de vermicuiatus sont connus, mais il ne fait pas
de doute que l’espèce habite sur la côte atlantique américaine. G. vermicuiatus offre un test couvert de vermicu-
lations anastomosées, les lobes des diverses aires demeurant distincts et séparés par des sillons prononcés ;
notamment, sur l’aire cardiaque, deux sillons transversaux. Pour le pli, cf. fig. 18F.
Glyploxanthus erosus (Stimpson, 1859, p. 51), l’espèce type du genre (pi. 6, fig. 2), décrite de Floride,
offre une assez large répartition sur la côte est-américaine, en Caroline du Nord, en Floride, dans le golfe du
Mexique, aux Bahamas, au Yucatan, etc. [cf. Rathbun, 1930. p. 263, pl. 107 ; Williams, 1965, p. 185, fig. 167,
183A). L’espèce serait présente à Cuba [G. vermicuiatus Boone [nec Lamarck], 1930a, p. 125, pl. 39), mais est
peut-être absente de la Guadeloupe malgré les assertions d’A. Milne Edwards (1879, p. 254), de Rathbun
( loe. cit.) et de Williams [loc. cit.) (cf. sous G. vermicuiatus). Chez G. erosus, le test montre des vermiculations
rugueuses séparées par d’étroits sillons, d’où une apparence alvéolaire ; l’aire cardiaque n’est pas sillonnée
transversalement et a une structure anfractueuse. Pour le pli, cf. fig. 18D, Dl.
Glypu^nthus angoUnsis (Brito Capello, 1866) ne pose plus de problème depuis la mise au point de
Monod (1956, p. 2^, fig. 361 ; cf. aussi Forest et Guinot, 1966, p. 77, fig. 6a, b). C’est une espèce à la fois
du domame insulaire (Aunobon, Sâo Tomé) et du littoral ouest-africain (Pointe-Noire). EUe apparaît (pl 6
Source : MNHN, Paris
GENUH GLYPTOXANTHUS A. MII.NE EDWARDS
67
Fio- 18 A, Al. — Premier pléopode sexuel mâle de Lophozozymus guezei Guinot, lectotype, (J 48 X 77 mm, La Réunion,
M. GüÉzÉ (MP). A, pl 1 (X 60) ; Al, id., extrémité (X 20).
Fig. 18 B-F. — Communauté de structure du premier pléopode sexuel mâle dans le genre Glyploxanthiu A. Milne Edwards ;
B, Bl, GlyploxarUkuê angoUnsie (Brito Capello), ^21 x 30 mm, Annobon, st. 50, 7-10 m (MP) ; B, pli (x 6,5) ;
Bl, td., extrémité (x 16) ; C, Cl, C2, Glyptoxanthus cavernosus (A. Milne Edwards), 36 x 49 mm, îles du Cap
Vert, îlot Seccos, « Sylvana », det. G. vermiculalus (MP) : C, pli (X 7) ; Cl, id., extrémité (x 15) ; C2, extrémité
(x 36) ; D, Dl, Glyptoxanthus erosus (Stimpson), 18 X 25,5 mm. Floride, Agassiz (MP) : pll (x 15) ; Dl, id.,
extrémité (x 70) ; E, Glyptoxanthus corroeus (A. Milne Edwards), holotype de Xajttho corrosus, ^ 18,5 X 27 mm,
îles du Cap Vert, Saint-Vincent (MP-B3015S) : pll, extrémité (x 48) ; F, Glyptoxanthus vermictdatus (Lamarck),
^ 51 X 33,5 mm, La Guadeloupe, au Moule, Desbonne (in Desbonnb et Scbbamh, 1867, p. 27) det. Xaniho vermi-
eulatus (MP) ; pll, extrémité (x 46).
Source ; A1MHN, Pans
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
fie 3) comme 1’ » espèce sœur » du G. vermiculalus (pl. 6, fig. 6), est-améncam, et du G. hancocki Garth (pl. 6,
fie 8) ouest-américain. Le test de G. angoUnsis présente des lobulations étroites, plus ou moins fusionnées,
avec formation d’alvéoles : l’aspect est vermiculé mais les lobes des diverses aires sont bien apparents. Le ster¬
num thoracique (fig. 42) est également ornementé, sauf dans la cavité sterno-abdominale, laquelle est tout
à fait lisse. Le pll (fig. 18B, Bl) porte deux soies apicales.
Glyptoxantkus cavernosus (A. Milne Edwards, 1878) (1878o, p. 226 [7]), non illustré à l’origine, a été
bien décrit par Bouvier (1922, p. 66, pl. 6, fig. 3, 5) et signalé par Monod (1956, p. 298, fig. 362). Cette espèce
(pl. 6, fig. 5), strictement insulaire (îles du Cap Vert), offre un test d’apparence vermiculé mais se distingue
facilement de G. angolensis, espèce également ouest-africaine, par la séparation très nette des lobes proto-
gastriques en deux branches et par l’indépendance du massif méso -F métagastrique (-f urogastrique). Chez
G. caverrwsu4 les lobulations sont larges et forment des tubercules multifoliés, arrondis, non excavés.
Glypioxanthus corrosus (A. Milne Edwards, 1869) (18696, p. 376 [7]), remarquable par la sculpture de
sa face dorsale (fig. 9) {cf. supra), serait comme G. cavernosus, endémique des îles du Cap Vert. Ces deux Glyp-
toxanthus, bien différenciés par l’aréolation de la face dorsale et la sculpture du test, sont donc sympatriques ;
on connaît mal leur biotope particulier et on ne sait pas s’il y a isolement écologique. On notera la forme peu
divergente des organes de la copulation chez les deux espèces : G. corrosus (fig. 18E) ; G. cavernosus (fig. 18C,
Cl, C2).
Glypioxanthus lahyrinlhicus^ (Stimpson, 1860), qui a été bien étudié par Garth (19396, p. 16, pl. 4,
fig. 2, pl. 5, fig. Ib, 2b, 3b ; 1946a, p. 437, 438 ; 1948, p. 39), vit sur la côte pacifique américaine, au Mexique,
à Panama, en Colombie, etc. Nous n’avons pas examiné cette espèce (pl. 6, fig. 4), qui rappelle l’espèce ouest-
africaine corrosus par la structure fortement alvéolaire de son test.
Glypioxanthus meandricus (Lockington, 1877), décrit du golfe de Californie et mis à tort en synonymie
avec G. labyrkinticus (Stimpson) par Rathbun (1930, p. 266), a été rétabli dans une liste des Brachyoures
californiens par Glassell (19346, p. 301) puis complètement réhabilité par Garth (19396, p. 17, pl. 4, fig. 3,
pl. 5, fig. le, 2c, 3c ; 1948, p. 39). Nous croyons pouvoir rattacher à meandricus (pl. 6, fig. 1) le Glypioxanthus
felipensis Rathbun (19336, p. 147), signalé sous ce nom par Crâne (1937, p. 70, pl. 6, fig. 20, 21) dans le golfe
de Californie. Chez G. meandricus, le test est couvert de granulations petites et serrées, sauf dans les nom¬
breuses anfractuosités.
ii Glypioxanthus hancocki Garth, 1939 (19396, p. 15, pl. 4, fig. 1, pl. 5, fig. la, 2a, 3a ; 1946a, p. 437,
pl. 76, fig. 1, 2), que nous n’avons pas examiné, serait endémique des îles Galapagos. Le test (pl. 6, fig. 8) est
vermiculé, avec l’aréole mésogastrique indépendante de l’aire protogastrique interne ; un sillon transversal sépare
la région frontale du reste de la carapace.
izGlypioxanthus meandrinus (Klunzinger, 1913, p. 117 [81], 185 [89], pl. 1, fig. 5 a-b, pl. 6, fig. 4 : sous
le nom d’Aclaa màandrina) a été décrit de Cosseir, en mer Rouge, pour un petit spécimen de 6 mm de long.
En l’examinant, Odhner (1925, p. 57, pl. 4, fig. 1) a pensé qu’il représentait un spécimen juvénile A'Aclaea
vermiculata (Lamarck), espèce qui atteint une assez grande taille. Rappelons qu’OnuNEH ignorait la prove¬
nance exacte de l’espèce de Lamarck et n’avait, de ce fait, guère d’hésitation à la considérer comme indo¬
pacifique. Nous savons aujourd’hui que Glypioxanthus vermiculatus vit sur la côte est-américaine, et il paraît
improbable que la même espèce, fût-elle inféodée à des Coraux à large répartition, habite également la mer
Rouge. Il est indéniable que la ressemblance est grande entre meandrinus et vermiculatus. On peut supposer
qu une erreur d étiquette a attribué une fausse origine au spécimen de Klunzinger. En dernière hypothèse,
on peut admettre que le genre Glypioxanthus est présent dans l’Indo-Pacifique, tout au moins en mer Rouge,
sous la forme d’une espèce distincte (pl. 6, fig. 7).
Le genre Glypioxanthus ne renferme, pour l’instant, aucune autre espèce. Ni VActaea hiero-
glyphica Odhner, 1925, au test très sculpté, ni VActaea cavipes (Dana, 1852), reconnaissable à sa cara¬
pace érodée, que Serène (1961-1962, p. 677-678) suspectait d’appartenir à ce genre, n’ont les caracté¬
ristiques des Crabes que nous venons d’étudier.
1. L’astérisque indique que l’espèce n’a pas été examinée.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
Chapitre III
STERNUM THORACIQUE
I. DÉFINITIONS
1. CONFORMATION GÉNÉRALE
Chez les Brachyoures, le thorax n’est visible à l’extérieur que ventralement et il se trouve comme englobé
dans le bouclier dorsal que forme la carapace. Les arceaux inférieurs des segments thoraciques acquièrent un
grand développement et, en se soudant, constituent une sorte de plaque ventrale, à peu près horizontale, qui
protège la face inférieure du corps. Voilà la définition qui a été donnée du plastron sternal par H. Milne Edwards
(1834, p. 29, 30 ; cf. aussi V. Audouin et H. Milne Edwards, 1827, p. 67 ; H. Milne Edwards, 1851, p. 48).
Ce plastron sternal, ou sternum thoracique, est formé par les sternites des huit somites thoraciques, à savoir
par ceux, généralement réduits et plus ou moins ankylosés qui portent les trois paires de maxillipèdes, et par
ceux, le plus souvent bien développés et séparés par une ligne de suture, complète ou non d’où naissent les
cinq paires de péréiopodes.
En ce qui conserne les sternites de mxl et mx2, H. Milne Edwards {ibid., p. 31), ajoute : « Enfin, entre
le premier des huit anneaux dont il vient d’être question et le bord postérieur de l’ouverture buccale, on trouve
encore les vestiges de deux anneaux qui sont soudés aux précédents mais ne concourent pas à la formation du
plastron ».
H. Milne Edwards s’inspire visiblement des recherches d’AuDouiN sur le thorax des animaux arti¬
culés (1824) et reprend pour les Crustacés nombre de termes utilisés par ce dernier pour les Insectes dans un
sens rigoureux. D’après Audouin, à qui l’on doit la mise au point de la nomenclature de diverses pièces ana¬
tomiques, la dénomination de sternum ne doit plus s’appliquer à une « éminence accidentelle s ; celui-ci « forme
une pièce à part, plus ou moins développée... » (Audouin, 1824, p. 121).
En 1822 (p. 72), Desmahest avait déjà bien observé les « pièces assez nombreuses du plastron ou du
sternum » et {ibid., p. 81) attiré l’attention sur l’intérêt de cette partie du corps dans l’étude des Brachyoures
fossiles.
Chez les Crabes, le sternum thoracique se présente comme une pièce rigide, d’un seul tenant : aucun
somite, même le plus postérieur, n’est libre, comme cela existe par exemple chez certains Anomoures. Certes,
chez les Homoloidea, les Raninoidea et autres Crabes péditrèmes (c’est-à-dire à orifices femelles coxaux),
que les carcinologistes tendent à séparer des autres Brachyoures, on constate une séparation très nette du plas¬
tron en deux parties : les deux sternites postérieurs sont bien distincts de la pièce, au contour irrégulier, formée
par les sternites antérieurs. Nous n’étudierons pas dans ce chapitre le plastron sternal des Péditrèmes et n’en
dirons que quelques mots au cours du chapitre consacré à la cavité sterno-abdominale et à l’appareil d’accro¬
chage de l’abdomen.
Chez les Brachyoures à orifices femelles sternaux, c’est-à-dire chez les Crabes « vrais » ou sternitrèmes,
la métamérie primitive est souvent conservée au niveau des sternites 4, 5, 6, 7 et 8 (somites thoraciques 4 à
8) qui assurent l’insertion des péréiopodes, pi dépendant du sternite 4, et p2, p3, p4, p5, respectivement des
sternites 5, 6, 7 et 8. Typiquement, on distingue les quatre sutures transversales délimitant postérieurement
1. Nous appellerons ici ligne de suture inlersegmentaire, ligne de suture inUrmétamériçue ou, tout simplement,
suture la trace, sous forme de sillon, de l'accolement de deux segments ou métamères, avec disparition de la membrane
articulaire et établissement d'un état d'ankylose. Là où il y a soudure totale, la suture disparaît. Ainsi, selon le degré de
fusion des somites, le plastron des Brachyoures présente des lignes de suture interrompues, plus ou moins largement
disparues dans la zone médiane. Nous désignons comme suture incomplète celle où une soudure partielle a effacé une partie
du tracé.
Source : MNHN, Paris
70
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
les stetnites 4 à 7 el indiquant l’emplacement de la réunion des somiles qui leur correspondent. Chez certains
Btachyoures (pl. 9, fie. 1, 5, 7). il y a encore une démarcation complète entre ces divers stermtes : les lignes
de suture s’étendent sur toute la largeur du plastron sternal. Dans d’autres cas, une fusion entre des stermtes
consécutifs se réalise dans la partie médiane du plastron : c’est donc seulement sur les cotes de ce dernier, la
où sont présents des sillons, que demeure la preuve de l’indépendance des somites. Cette fusion médiane inté¬
resse seulement les plus antérieurs des somites locomoteurs ou gagne aussi ceux qui sont situes plus postérieu¬
rement. La soudure, plus ou moins complète, d’avant en arrière, des sternites thoraciques 4 à 8 constitue une
première tendance dont nous étudierons plus loin les manifestations.
Le thorax se compose de trois autres somites, les trois somites antérieurs, dont dépendent les pattes-
mâchoires ; les sternites de ces somites participent à l’édification du plastron et forment la partie située en
avant du sternite 4 qui s’étend jusqu’à la base des mxp3. Mais les trois premiers somites thoraciques sont atro¬
phiés et se présentent généralement sous forme de rudiments. A leur niveau, le système endophragmal est faible,
alors qu’il acquiert un grand développement dans les somites suivants. Chez les Décapodes, c est dans la partie
antérieure du thorax que la consolidation du squelette interne, par la soudure de ses éléments, est portée le plus
loin (H. Miine Edwards, 1851, p. 50). Dbach (1939, p. 370) confirme ce fait : « les endosternites et les endopleu-
rites des trois premiers segments thoraciques (ceux des maxillipèdes) ne participent pas à l’ensemble architec¬
tural formé par les lames squelettiques des segments ultérieurs ».
C’est ainsi que chez les Crabes, en avant du sternite 4 {sur lequel s’articule ventralement la coxa des
chélipèdes), se produit une coalescence des somites antérieurs, avec suppression plus ou moins nette de la seg¬
mentation (lipomérüme t : cf. Lankesteb, 1904, p. 539 ; Calhan, 1909, p. 4) et réduction des éléments de la
charpente apodémienne. Dans la partie antérieure du plastron, les divisions intersegmentaires sont donc sou¬
vent peu marquées, ne sont visibles que latéralement, sous forme de sillons ou même de simples dépressions,
parfois soulignées par une crête ou une rangée de soies ; elles peuvent finalement disparaître presque complète¬
ment. C’est la même tendance que précédemment, dont les effets se font sentir d’abord dans la région antérieure
du plastron et, ensuite, dans sa partie postérieure.
On observe bien que, selon les cas, la portion antérieure du plastron montre une réduction plus ou moins
poussée. De part et d’autre de l’avant du plastron s’applique le bord inférieur de l’ischion de mxp3, qui masque
les flancs et, souvent aussi, la partie la plus antérieure du sternum thoracique. Puisque, généralement, les lignes
de suture sont incomplètes ou manquent dans cette région, c’est seulement en enlevant les pattes-mâchoires
et en découvrant les cavités arthrodiales de ces dernières que l’on peut déterminer quelles zones sternales cor¬
respondent à mxp3 {sternite thoracique 3), à mxp2 (sternite 2) et à mxpl {sternite 1).
Se basant sur Ihle (1918, p. 169-171), Balss (1940, p. 82) semble mettre en doute que, chez les Calap-
pidae, mxpl fasse bien partie du plastron sternal. Ce n’est pas notre avis. Dans le genre Calàppa Weber (pl.ll,
fig. 1, 2), à l’étroit plastron parcouru de sillons dans la région antérieure, la délimitation des premiers ster¬
nites est manifeste : le sternite de mxpl nous parait bien réuni aux suivants, comme chez les autres Brachyoures.
D’après certains auteurs qui, en cela, s’opposent aux vues de H. Milne Edwards, la portion tout à fait
antérieure du strenum thoracique est, en plus, formée par les sternites des deux derniers somites post-cépha-
liques, à savoir ceux des mâchoires, mxl et mx2. Par exemple, Pearson (1908, p. 15, fig. 3) considère que,
dans le genre Cancer Linné, les sternites des deux derniers somites céphalothoraciques post-oraux se fusionnent
avec les sternites des trois paires de maxillipèdes pour former la fraction la plus avancée du plastron. Balss
(1940, p. 75-85, fig. 79) ne contredit pas réellement cette assertion mais a quelque réticence à l’appliquer à
d’autres Crabes, par exemple au genre Corysies Latreille {ihià., p. 83-84, fig. 78).
Bien que nous n’ayons pas étudié de près cette question ni vérifié la disposition chez des Crabes appar¬
tenant à tous les groupes, nous montrerons que les sternites correspondant à mxl et à mx2 ne participent pas
à la formation du plastron sternal. Ils sont situés antérieurement à celui-ci et dans un plan plus inférieur :
deux pièces symétriques, sclérifiées, les « bras » antérieurs à mxp3, que nous avons observées chez de nombreux
genres de Crabes, les en séparent. Ces « bras » {h. a. m.) sont bien visibles chez Atelecyclus Leach (pl. 9, fig. 6),
chez Corysies Latreille (pl. 9, fig. 1), chez Carcinus Leach (pl. 13, fig. 2), chez Cycloxanthops Rathbun {pl. 11,
fig. 5), etc.
Le processus de carcinisation à l’intérieur des Brachyoures, au cours duquel le corps et, avec lui, le ster¬
num thoracique s’élargit et se raccourcit, entraîne une condensation segmentaire sur l’ensemble du plastron.
La région antérieure, déjà réduite, est d’autant plus touchée. Ainsi, l’avant du plastron qui, parfois s’avance
1. Le lipOTtiérisme est la perte de la segmentation par disparition des traces métamériques externes. Les cloisons
endophragmales peuvent aussi disparaître et une concentration des organes internes peut s'opérer. Chez les Décapodes,
ce phénomène est général pour les segments céphaliques et s’étend à un nombre variable de métamères thoraciques. Le
lipoménsme constitue la douzième loi de Lankester (1904, p. 539).
Source ; MNHN, Paris
STERNUM THORACIQUE
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beaucoup et pénètre profondément entre les mxp3, se trouve atteint d’une réduction plus ou moins accentuée
selon que les Crabes sont plus ou moins fortement carcinisés. Il existe tous les passages entre une partie anté¬
rieure bien individualisée, allongée, en forme d’écusson plus ou moins sillonné transversalement, et une partie
antérieure basse, obtuse, saillant à peine en avant du sternite 4 [cf. pl. 11, fig. 4-6).
Pour simpliûer l’exposé, les sutures entre deux somites thoraciques consécutifs seront appelées : suture
1/2, suture 2/3, suture 3/4, suture 4/5, etc. Correspondant à une double invagination du squelette externe, les
endosternites du squelette endophragmal sont désignés de la même façon : nous dirons endosternite 4/5, puis¬
qu’il se compose de deux lames tégumentaires étroitement accolées par leur face externe, à savoir le feuillet
postérieur du sternite 4 et le feuillet antérieur du sternite 5. Dans ce chapitre, le mot « thoracique » n’est pas
chaque fois formulé mais il est toujours sous-entendu. On compte chez les Brachyoures cinq segments cépha¬
liques ; les segments thoraciques deviennent donc les métamères 8-13 du corps.
2. LIGNE MÉDIANE OU SAGITTALE
L’examen du plastron sternal chez des Crabes variés montre qu’il existe très souvent un sillon longitu¬
dinal, de longueur variable, qui se confond avec la projection de l’axe antéro-postérieur de l’animal. Ce sillon,
dénommé ligne médiane mais qui serait mieux désigné par le terme de ligne sagittale, affecte un nombre variable
de sternites. Typiquement, il ne remonte pas très en avant sur le sternite 4 et il occupe une position plus ou moins
postérieure sur le plastron, en ne se localisant parfois que sur les tout derniers somites thoraciques ; il peut
même être absent.
Nombreux sont les cas où la ligne médiane est courte et s’interrompt assez bas. Pourtant, parfois, sur
le sternite 4, donc plus en avant, « réapparaît » (pour ainsi dire) un sillon longitudinal médian ou seulement
une simple dépression.
Il s’ensuit que, chez les Crabes, plusieurs sternites thoraciques apparaissent divisés en deux pièces symé¬
triques de part et d’autre du plan sagittal médian. A ce propos, H. Milne Edwards écrit en 1834 (p. 31) :
a ... sur un, deux ou même trois des plus postérieurs (anneaux thoraciques), on aperçoit aussi une ligne longitu¬
dinale qui les divise en deux parties égales, et qui résulte de la soudure des deux pièces sternales du même anneau ;
mais sur les autres segments on ne distingue aucune trace de leur division médiane », et plus loin (p. 257) : a ... sur
la ligne médiane, il règne presque toujours une soudure longitudinale qui occupe les deux ou trois derniers
anneaux, et correspond à l’origine de l’apodème médian du sternum dont il sera question plus tard ».
A ce point de notre exposé, il convient de rappeler comment H. Milne Edwards concevait le segment
crustacéen. « Chacun des anneaux de ce squelette paraît se composer de deux moitiés latérales, semblables entre
elles ; on peut aussi y distinguer deux arceaux, l’un supérieur et l’autre inférieur. Le premier résulte de l’assem¬
blage plus ou moins intime de quatre pièces, disposées par paires de chaque côté de la ligne médiane ; les pièces
mitoyennes portent le nom de tergum, et les latérales celui de flancs ou à'épimères. L’arceau inférieur se com¬
pose du même nombre de pièces ; les deux médianes se réunissent pour former le sternum, et les latérales peu¬
vent porter le nom A'Episternum, à raison de leur analogie avec celles que M. Audouin a désignées sous le même
nom chez les Insectes ; elles s’unissent toujours au sternum mais il existe en général, entre l’arceau inférieur
et l'épimère placé au-dessus, un espace vide destiné à l’articulation du membre correspondant » (1834, p. 16,
17). Une « figure théorique de la composition élémentaire d’un anneau du squelette tégumentaire », publiée
dans l’Atlas de l’Histoire Naturelle des Crustacés (pl. 1, fig. 3), nous montre bien les deux pièces tergales et les
deux pièces sternales {cf. fig. 5A). H. Milne Edwards explique ensuite que certaines pièces peuvent manquer
complètement ou bien se souder entre elles, parfois si intimement qu’aucune trace n’est visible : en fait, ajoute-
t-il, on ne connaît pas de Crustacés possédant un « anneau » correspondant à cette vue théorique.
En 1851 (p. 4, 5), H. Milne Edwards reprend la même interprétation : les sclérodermites sont les par¬
ties élémentaires consécutives des « zoonites », c’est-à-dire des somites. Lorsqu’il décrit le plastron sternal,
il remarque que la tendance à la coalescence manifestée par les somites entre eux s’applique également aux
éléments anatomiques d’un même somite et il donne divers exemples de Crabes où le sternum est divisé longi¬
tudinalement sur une hauteur plus ou moins grande.
Cette conception du segment crustacéen composé d’un tergum pair et d’un sternum pair n’a pas été
retenue par les zoologistes. V. Audouin (1824, p. 121), avec lequel H. Milne Edwards avait publié des remar¬
ques sur le thorax et le sternum des Crustacés (Audouin et H. Milne Edwards, 1827), considérait déjà bien
différemment le segment arthropodien : h une pièce unique constitue la partie inférieure, c’est le Sternum ».
Selon la conception maintenant devenue classique, la coupe schématique d’un Crustacé fait intervenir
initialement un sternum impair. Dans son excellente mise au point, Balss (1940, p. 29-32, 44-45, fig. 8-13,
30) distingue un seul notum, un seul sternum et deux pièces paires, les épiméres. Les importants travaux de
Source ; MNHN, Paris
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MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Snodgbass sur l’ensemble des Arthropodes (1938; 1951; 1952 ; 1965) aboutissent à un schejna du segment
arthropodien où le sternum est une plaque impaire (cf. nos figures 5B et 5C représentant les schémas de Balss,
loc. cit., fig. 9 et 30). . ’j • iT II
L’idée d’une bipartition originelle, primaire, du sternum thoracique a un aspect séduisant. Une telle
disposition, avec séparation longitudinale, existe aussi chez des Anomoures à plastron sternal élargi. Balss
{ibid., p. 76) fait bien remarquer que, chez les Crabes, la conHguration du plastron (comme celle de l’epistome,
parfois divisé en deux parties, droite et gauche) donne apparemment raison à H. Milne Edwarps. Les deux
pièces d’un même slernite paraissent se rejoindre sur la ligne médiane et il y a, à cet endroit, un sillon ou une
gouttière ; l’auteur allemand fait souvent allusion aux deux éléments pairs du même sternite (« die beiden
Sternalelemente ■>) et adopte la terminologie, sinon la conception, du carcinologiste français. De la même façon,
Gordon (1950; 1963; 1966) parle des septièmes sternites au pluriel. A propos de Ranina Lamarck (Gordon,
1966, p, 347, fig. lA), il est question de deux sternites 5 bien distincts, ce qui s’explique par leur configura¬
tion très spéciale, chacun étant en forme d’aile (« aliform sclerites » de Boubne, 1922, p. 36).
Au cours de son étude du squelette des Crustacés Décapodes, H. Milne Edwards (1851, p. 57), qui
connaissait les observations de V. Audouin (1824, p. 124) sur l’entothorax, dépendance médiane du sternum
au-dedans du corps de l’Insecte, écrit : « presque toujours toute la portion postérieure du thorax est divisée
en deux moitiés par un apodème impair situé sur la ligne médiane au point de soudure des sternites. Ce pro¬
longement, que j’appellerai le mésosternal, correspond par conséquent à la symphyse longitudinale que nous
avons déjà remarquée sur la portion postérieure du plastron, et varie en longueur suivant le nombre d’anneaux
occupés par cette ligne de soudure. >
Le septum interne en question est un phragme du système endophragmal {plaqw médiane ou médian
plaie des auteurs de langue anglaise), situé dans le plan sagittal du Crustacé, qui se traduit extérieurement
sur le plastron par la ligne médiane longitudinale. A notre avis, cette lame verticale n’est pas la marque de la
soudure de deux parties paires d’un même sternite ; interprétée comme une invagination médiane du plancher
sternal, elle représenterait une zone de renforcement.
A propos du genre Cancer, Pearson (1908, p. 32, fig. 4-6, pl. 3, fig. 18) considère que la ligne médiane
est « an ingrowth from the médian suture présent on the last four thoracic sterna » ; plus loin (ibid., p. 35),
le même auteur précise qu’elle est formée par deux parties étroitement accolées de l’exosquelette. Aujourd’hui,
c’est de cette dernière façon qu’on interprète l’existence de la ligne médiane et la bipartition apparente d’une
partie du plastron sternal. On peut se poser deux questions : la plaque médiane se manifeste-t-elle sur le sque¬
lette externe dans tous les cas par la trace que l’on appelle ligne médiane ? Par ailleurs, toute dépression, tout
sillon longitudinal dans le plan sagittal, visible sur le plastron, se prolonge-t-il intérieurement par une invagi¬
nation, par un phragme ?
3. ÉPISTERNITES
^ Nous avons cité plus haut un passage (cf. aussi fig. 5A) où H. Milne Edwards (1834, p. 16) explique
ce qu’est l’épisternum. Ce terme a été bien précisé par Audouin, plus particulièrement pour les Insectes (1824,
p. 121, 122). Desmarest (1822, p. 80) fait mention des « pièces latéro-sternales » et en compte quatre paires
chez les Brachyoures : c’est dire qu'elles ne correspondent pas en nombre aux pièces sternales. Les pièces épi-
sternales se situent sur les côtés du plastron sternal. En 1851 (p. 52), H. Milne Edwards explique qu’elles
« concourent à former le gynglyme articulaire inférieur des pattes avec le thorax ».
En effet, les épisternites sont surtout développés au niveau des pl, p2, p3 et p4, et reçoivent souvent
(mais pas chez tous les Crabes, cf. infra] le condyle ventral (ou sternal) de la coxa. Ils manquent (sauf chez les
Crabes à sternite 8 très développé) dans la constitution du somite portant les p5, peuvent être rudimentaires
au niveau du sternite 7 (portant p4) et ont presque toujours apparemment disparu en avant du sternite 4.
Formations individualisées, apparaissant parfois comme des excroissances, marqués par une ligne de suture
chez certains Brachyoures, les épisternites montrent une tendance à se fusionner avec le sternite correspondant,
jusqu’à se confondre avec ce dernier, sans aucune démarcation et sans proéminence latérale.
D après Ayers (1885, p. 57, 58), chez les Crustacés, l’épisternite serait une simple projection de l’angle
postéro-externe de chaque plaque sternale, et le sillon qui les délimite apparaîtrait tardivement au cours du
développement ontogénique : Ayers prend comme exemple Cancer borealis Stimpson où, sur le sternum tho-
racique de la mégalope (loc. cit., fig. 18), les épisternites ne sont pas séparés par un sillon et où, sur celui de l’adulte
(ibid., hg. 22) des sutures sont au contraire fort apparentes ; mais, sur le sternum de la zoé figuré par le même
auteur (lôid., fig. 19), les epistermtes sont individualisés et un siUon fort net délimite chacun d’entre eux. L’expli¬
cation d Ayers ne nous paraît pas concluante.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
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4. SELLE TURCIQUE
La selle lurcique (postérieure) est une partie du squelette endophragmal qui caractérise un grand nombre
de Crabes {cf. H. Milne Edwards, 1834, p. 34 ; 1851, p. 57 ; cf. aussi Boubne, 1922, p. 38 ; Gordon, 1950 ;
1963 ; Dbach, 1939, p. 370). C’est dans la région postérieure du thorax, à la limite du thorax et de l’abdomen,
une lame courbe formant une voûte plus ou moins large ou plus ou moins allongée, avec deux ailes (wings)
latérales plus ou moins développées selon les groupes considérés. La présence de cette formation et sa morpho¬
logie influent sur la disposition de la région postérieure du thorax, donc du plastron et de l’abdomen (voir le
chapitre sur le système endophragmal).
Cette selle turcique est par exemple bien développée chez les Brachyoures dont les p5 ont un rôle nata¬
toire, c’est-à-dire nécessitent une forte musculature postérieure ; en conséquence, à ce niveau, le sternum est
relativement large. Nous mentionnerons le genre Callinectes Stimpson, chez lequel les p5 sont très écartées
{cf. CocHRAN, 1935, fig. 16, 17, 18) : le sternite 8 offre une partie largement exposée (c’est-à-dire qu’il n’est pas
entièrement caché par l’abdomen), la suture 7/8 s’interrompt juste au bord de la cavité abdominale, et les deux
premiers segments abdominaux sont fortement élargis. La selle turcique est puissante chez Callinectes sapidus
Rathbun (pl. 13, fig. 9), tout comme, du reste, chez Carcinus medilerraneus Czerniavsky (pl. 13, fig. 3).
II. VALEUR TAXONOMIQUE DU STERNUM THORACIQUE
Chez la plupart des Brachyoures, le plastron sternal est bien développé et aussi visible exté¬
rieurement que la carapace ou les pattes. Aussi, est-il surprenant que des carcinologistes ne l’aient
pratiquement jamais utilisé dans leurs études systématiques. Pourtant, très tôt, les travaux de
H. Milne Edwards avaient montré l’importance de cette partie anatomique et de ses rapports avec le
système endophragmal. Par la suite, malgré des publications sur la morphologie externe et interne
de Brachyoures particuliers où, de toute évidence, le sternum thoracique apparaissait comme une
formation essentielle, on a continué à ne regarder les Crabes que par leur face dorsale et à n’observer
que l’ornementation, les appendices, etc., en négligeant le plastron sternal.
Alors que des publications anciennes de systématique, telle celle de H. Milne Edwards et
Lucas sur le Voyage dans l’Amérique méridionale (1842-1844), représentent des plastrons sternaux
avec une précision extrême (indication soigneuse des lignes de suture, abdomen présent ou enlevé),
ensuite très peu d’ouvrages firent état de cette région du corps. Quelques auteurs figurent le plastron
sternal en tout ou en partie : on peut citer Dana {1852c, p. 64, 65 ; 1855), qui se réfère aux travaux
de H. Milne Edwards, et des carcinologistes plus récents tels que Ihle (1913 ; 1916 ; 1918), Tesch
(1918o ; 19186) et Flipse (1930, p. 10, fig. 11). Ce sont surtout les carcinologistes qui se sont penchés
sur les Dromiacés et, plus généralement, sur les formes péditrèmes, qui ont observé et illustré de façon
systématique le plastron, en raison de l’existence des deux sillons sternaux qui aboutissent chacun
à l’orifice d’une spermathèque. En fait, ce sont principalement les sillons sternaux et les ouvertures
des deux spermathèques de la femelle qui ont servi de caractères différentiels {cf. surtout Gordon,
1950 ; 1963 ; 1966 ; Forest, 1974).
Dans des études monographiques souvent très minutieuses, quelques carcinologistes ont décrit
et figuré le plastron sternal, mais cela n’a guère eu d’influence sur les travaux de systématique. L’article
de Drach (1950) sur les étapes évolutives de l’endosquelette chez les Décapodes fait entrevoir l’intérêt
que pourrait revêtir le sternum thoracique ; en 1959, le même auteur tient pour un critère valable du
point de vue du classement phylogénétique « les proportions du plastron sternal, partie du corps à
croissance généralement isométrique ^ et formant de ce fait l’élément de référence le plus constant dans
toute définition biométrique des genres et des espèces n (Drach, 1959, p. 1).
1. Drach (communicatioD personnelle) nous a confirmé que la croissance du sternum thoracique était approxi¬
mativement isométrique chez les Brachyoures. Ce mode de croissance a été vérifié par Drach chez Macropipus
puber (Linné) ; font exception les femelles dont l'abdomen et, avec lui, le plastron, subissent de grandes transformations
à l’approche de la maturité sexuelle.
SoiX'ce : MNHN, Paris
7/, MOIlPHOl.OCilF.. PHYLOGIÎNÈSI': ET TAXONOMIE DES BBACHYOUBP^S
Les recherches que nous avons commencées il y a plus de dix ans ont apporté une confirma¬
tion de l’importance du sternum thoracique en tant que structure d’une grande valeur taxonomique.
Il peut aider è reconnaître les espèces d’un même genre, d’une même sous-famille, mais il est encore
plus utile dans la détermination des taxons hiérarchiques supérieurs.
Les organes croissent généralement de façon allométrique ; en raison de sa croissance isométrique, le
sternum thoracique constitue une structure morphologique exceptionnelle. L isométrie étant la conservation
de la similitude nu cours de la croissance, plus faciles deviennent la comparaison des plastrons aux divers âges
d'une même espèce, maigre la séquence des mues, et la confrontation des unités taxonomiques différentes.
Chez les Crabes, le squelette endophragmal forme avec le plastron sternal et les parois pleurales
un tout continu. La forme de la charpente apodémienne intersegmentaire constitue un caractère fon¬
damental des groupes phylétiquement apparentés {voir le chapitre sur le système endophragmal). Por¬
tant extérieurement les marques des formations endophragmales, le plastron constitue un excellent
élément pour déceler des relations phylétiques.
Gordon (1966, p. 351, fig. 5, 6) signale dans le genre Corysles Latreille un dimorphisme sexuel
touchant le système endophragmal, notamment au niveau du somite 4 : chez le mâle, on obseme un
plus grand développement de cette région, qui doit assurer l’insertion de chélipèdes beaucoup plus
forts que chez la femelle. Ce dimorphisme ne se traduit pas extérieurement sur le plastron. Nous avons
constaté l'absence de dimorphisme sexuel, en ce qui concerne le sternum thoracique, chez nombre
de Crabes. Pourtant, intérieurement, un dimorphisme existe entre mâle et femelle d’une même espèce :
nous l’avons bien observé chez Corystes (pl. 9, fig. 2 et 3), chez Pellarion Jacquinot (pl. 11, fig. 1 et 2),
etc.
Il faut toutefois noter que les sutures thoraciques n’ont pas exactement le même tracé dans la
zone médiane chez le mâle et la femelle de certains genres : par exemple chez Daira perlata (Herbst)
(mâle, fig. 21C ; femelle, fig. 40C}, chez Menippe de Haan (mâle, pl. 12, fig. 1 ; femelle, fig. 40B). Il
serait intéressant d’approfondir cette question.
Les caractéristiques principales se façonnent longuement pour donner les formes dromiacéenne,
oxyrhynque, parthénopienne, portunienne, xanthienne, etc., selon la physiologie et l’éthologie qui leur
sont propres. Elles sont, certes, l’expression du squelette interne, mais elles entraînent aussi la modi¬
fication de ce dernier, notamment lorsque les péréiopodes se différencient fortement et acquièrent
des fonctions spéciales. Le système endophragmal sert de surface d’insertion à la musculature des
parties basales des appendices thoraciques. Pour ne parler que des endosternites et de la plaque médiane,
qui sont directement reliés au plancher sternal, ces invaginations, donc, vont différer selon l’importance,
l'implantation et le nombre des muscles mis en action.
Dans un groupe comme les Raninidae (Gymnopleura), apparu depuis longtemps et fort spécialisé en
raison d habitudes fouisseuses, avec les multiples adaptations qui en décoiîlent, un retentissement sur la forme
du plastron sternal s’est manifestement opéré (cf. Gordon, 1966, p. 350). Bourne (1922, p. 66) observe que,
chez les divers genres de Raninidae, l’accroissement en longueur du sternite 8 est corrélatif de la réduction des
onfices branchiaux postérieurs et des modifications progressives des deuxième et troisième paires de péréio¬
podes. indiquant un accroissement de leur fonction natatoire. En effet, quand les appendices locomoteurs
deviennent fouisseurs ou nageurs, ils continuent à s'articuler sur le plastron, lequel subira les effets consécu¬
tifs à de telles transformations.
Un autre élément susceptible de modifier le plastron est la tendance des orifices sexuels à quitter
eur jwsition coxale pour devenir sternaux (c/l le chapitre sur les orifices génitaux mâles et celui sur
les onfices génitaux femelles).
Maigre ces modifications adaptatives, la morphologie essentielle du plastron sternal se conserve
dans des limites assez strictes, déterminées par la stabilité de son inscription dans le génome. La confi¬
guration du steroum fait sans doute partie de la structure fondamentale du génotype brachvourien.
U maintien de la méUmérie primitive sur toute la largeur du plastron ou seulement sur les
côtes, le plus ou moins grand degré de développement ou de soudure des somites (surtout antérieurs)
entre eux, I indépendance des épistemiles ou leur degré de fusionnement avec les sternites correspon-
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
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dants, l’existence de la ligne médiane au niveau d’un plus ou moins grand nombre de sternites, autant
de traits du plastron qu’il ne faut plus méconnaître.
La tendance à la fusion des métamères successifs jusqu’à la soudure totale, avec disparition
des lignes de suture, est fréquente dans le thorax des Crabes, où elle se réalise d’avant en arrière et se
répercute sur le plastron. En suivant de proche en proche les étapes de ce processus, on pourra estimer
la progression évolutive du sternum thoracique dans une lignée.
Le plastron sternal, réduit chez de nombreux Décapodes, n’est pas une innovation organique
des Crabes mais, chez ces derniers, il est toujours présent, avec un plan général uniforme dans ses lignes
essentielles Cependant, à l’intérieur des Brachyoures, il montre un élargissement progressif {cf. infra).
Au cours de la carcinisation, il se produit aussi un raccourcissement de l’axe céphalothoracique,
accompagné du tassement et du télescopage de certaines parties. Cela est très net dans la région anté¬
rieure du thorax où les sternites correspondant aux premiers somites se réduisent, se tassent et se sou¬
dent jusqu’à se confondre extérieurement. On a là aussi un indice du niveau évolutif. Dans la région
postérieure du sternum, un processus très particulier {cf. infra, chez les Hexapodidae) peut également
raccourcir le plastron.
En bref, à côté de la communauté de plan structural, laquelle indique l’unité phylétique, se
manifeste la tendance anagénétique à l’élargissement et à la condensation qui, elle, témoigne du grade.
L’évolution du sternum thoracique chez les Polydectinae {fig. 19) est une illustration de cette dualité.
En raison des tendances qui se manifestent dans l’évolution du plastron sternal, il devient
parfois difficile, à un stade avancé, de retrouver les caractéristiques du plan initial qui indiquent la véri¬
table nature de l’animal ou du groupement considéré. L’élargissement du plastron peut déformer les
contours de celui-ci, le tassement de certaines parties les rend peu identifiables ; outre cela, il peut
se produire une distorsion des sutures : en définitive, il se peut que le plan fondamental ne soit plus
reconnaissable et que l’on soit abusé par des ressemblances procédant seulement de l’élargissement.
Nous montrerons que ce dernier intervient chez des Crabes phylétiquement éloignés. Il est éNndent
que ce parallélisme fera se ressembler des plastrons élargis de nature fort différente et masquera ainsi
le morphotype.
D’autres aspects du plastron sternal méritent l’attention du taxonomiste. Le sternum thora¬
cique porte en arrière une échancrure où s’insère l’abdomen et sa surface se creuse pour former la cavité
qui recevra ce dernier. Les étapes de la formation de la cavité sterno-abdominale, ses dimensions, sa
profondeur, son contour, le degré de sa coaptation avec l’abdomen représentent des éléments diagnos¬
tiques. C’est dans cette cavité du plastron sternal que sont logés les pléopodes sexuels mâles, dont
l’importance taxonomique n’est plus à démontrer. La place que ces appendices occupent dans la cavité
sterno-abdominale, leur situation par rapport aux sutures sternales, leur remontée plus ou moins en
avant et, dans certains cas, leur « sortie » hors de la cavité normale {cf. infra), parfois accompagnée de
l’apparition de « tranchées » creusées dans la paroi sternale, voilà des caractères dont il faut également
tenir compte.
Un autre caractère, tout à fait négligé par les systématiciens et dont nous essaierons de montrer
l’importance taxonomique, est représenté par Vappareil d’accrochage de l’abdomen à la paroi sternale ;
il s’agit le plus souvent d’un dispositif bouton-pression mais d’autres types de maintien, de réten¬
tion de l’abdomen existent, parfois même simultanément {cf. le chapitre consacré à cette question).
Enfin, et ce n’est pas le point le moins important, c’est sur le sternum thoracique que s’ouvrent
les orifices sexuels mâles et femelles chez un certain nombre de Brachyoures sensu lato.
En ce qui concerne les orifices femelles, s’ils sont coxaux {p3}, on a affaire à des péditrèmes : c’est
le cas des Dromiacea, des Homoloidea, des Tymolidae et des Raninidae (Gymnopleura).
Les « vrais » Crabes sont sternitrèmes, c’est-à-dire que les conduits sexuels femelles débouchent
sur le sternum thoracique, sur le sternite 6.
1. Les Crabes péditrèmes [à savoir avec orifices femelles coxaux) ont un plastron sternal particulier, qui difière
très nettement de celui de tous les autres Brachyoures, considérés ^néralemenl comme les seuls vrais Brachyoures,
c’est-à-dire les Brachyoures sternitrèmes [à orifices femelles sternaux).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
77
En ce qui concerne les orifices sexuels mâles, on admet qu’ils sont coxaux (p5) chez tous les
Brachyoures, sauf chez ceux dits Catométopes et des Leucosiidae. Au cours de l’évolution de la dispo¬
sition cyclométope à la disposition catométope, on assiste à une migration de l’orifice qui, de coxal,
devient coxo-sternal ; se rapprochant de plus en plus du plan sagittal médian, il parait finalement
tout à fait sternal [cf. Guinot, 1969o).
C’est justement chez les Catométopes que le plastron atteint le plus grand élargissement et que
le sternite 8, au lieu d’être en entier recouvert par l’abdomen comme chez les Crabes Cyclométopes,
devient très souvent une partie exposée du plastron et prend place postérieurement au sternite 7 de
façon très visible. Nous verrons plus loin les diverses modalités rencontrées chez les Catométopes,
qui sont loin d’être uniformes quant à cette disposition.
Du fait de l’élargissement du sternum thoracique, l’orifice mâle, avec son pénis, se trouverait
éloigné des pléopodes sexuels s’il devait demeurer sur la coxa. Le passage de l’ouverture mâle jusqu'à
une position sternale fait partie de l’évolution générale des Brachyoures. Nous montrerons plus loin
que les Catométopes n’ont pas l’apanage de la migration de l’orifice mâle sur la surface sternale. Chez
les Leucosiidae, la même tendance se manifeste et, chez les formes les plus évoluées de cette famille,
le canal éjaculateur débouche finalement sur le sternum.
On aboutit à la constatation suivante : dans un stade primitif, aussi bien chez le mâle que chez
la femelle, les orifices sexuels sont coxaux ; à un stade plus avancé, c’est sur le sternum thoracique
qu’ils viennent s’ouvrir. Mais il y a un fort décalage entre les deux sexes dans la manifestation de la
tendance à devenir sternal que manifeste l’orifice génital. Chez les Décapodes, l’orifice femelle est coxal
{sur p3) non seulement chez ceux où les pattes sont presque jointives, c’est-à-dire où le sternum thora¬
cique est réduit, mais aussi chez les formes où s’est constitué un large plastron ventral. Par exemple,
chez les Anomoures à sternum thoracique développé, tout comme chez les Crabes péditrèmes mention¬
nés plus haut, l’orifice femelle demeure coxal. C’est pourquoi il est un peu simpliste de dire, à cet égard,
que les péditrèmes se rapprochent des Natantia, des Macroures et des Anomoures, étant donné que,
chez la plupart de ces derniers, les orifices ne peuvent qu’être coxaux par suite de la réduction trans¬
versale du sternum thoracique. Chez les Crabes, on l’a vu, la présence d’un plastron, même à un stade
avancé d’élargissement et de fusion de diverses parties (par exemple chez les Dromiacea ou les Gymno-
pleura), ne suffit pas à modifier l’emplacement de l’orifice femelle.
Dans le sexe mâle, les orifices s’ouvrent sur la coxa des péréiopodes 5 chez les Crabes où ceux-ci
encadrent l’abdomen : à cet endroit, l’orifice ne peut être que coxal. Mais, dès que les coxae des p5
s’écartent et que, entre elles et l’abdomen, s’intercale une portion de sternite (en l’occurrence le sternite
8 qui est enclin à s’accoler au sternite 7), il y a tendance à la formation d’une gaine pénienne et au dépla¬
cement de l’orifice dans une position sternale. C’est seulement chez les Crabes élargis postérieurement,
avec partie basilaire de l’abdomen et sternite 8 étalés transversalement, donc chez les Crabes à un
haut niveau d’évolution, que l’orifice mâle devient sternal {cf. le chapitre sur les orifices génitaux
mâles).
La tendance de l’orifice sexuel, qu’il soit mâle ou femelle, à occuper une position sternale se
manifeste dans divers groupes, phylogénétiquement éloignés.
Le fait que le plastron sternal soit souvent bien conservé, avec ses lignes de suture, chez les
formes fossiles est un bon argument pour qu’il devienne l’un des caractères majeurs dans la taxonomie
des Crabes et de certains autres Décapodes. Malheureusement, chez les Crabes fossilisés, l’abdomen,
rabattu contre la paroi sternale, cache le tracé des sutures dans la zone médiane : un renseignement
très important manque en ce qui concerne le trajet transversal, continu ou interrompu, des divisions
métamériques dans la cavité sterno-abdorainale.
Fig. 19. — L'élargissement du plastron sternal chez les Crabes de la sous-famille des Polydectinae. A, Polydeetus cupulifer
(Latreille), S X lù mm, Indische Archipel, Koepang, « Snellius > Exp. (RMNH) [x 10) ; B, Lybia deniiculala
Nobili, syatype, (J 9 x 10 mm, mer Rouge, Jousseaume 1897 (MP) (x 10) j C, Lyhia tessellala (Latreille), J
10 X 12 mm, île Maurice, M. Carié 1913, Bouvier det. (MP) (X 10).
Pour le* abréviation*, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
7g MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Sur le sternum thoracique s’articulent les huit appendices thoraciques, à savoir les trois paires
de maxillipèdes et les cinq paires de péréiopodes. Typiquement, le plastron reçoit, de part et d autre,
l’un des deux condyles articulaires de la coxa des cinq paires de péréiopodes ; une autre articulation
rattache la coxa à l’épimère. Le condyle sternal pénètre dans une encoche généralement creusée dans
le bord antérieur de l’épisternite. Selon les cas, les cinq péréiopodes s’articulent sur le sternum par un
condyle de même taille et même forme ; dans d’autres cas, le condyle des chélipèdes est différent de
celui des pattes locomotrices. Une étude reste à faire à ce sujet. Le condyle de p5 peut être également
modifié par la présence de l’orifice mâle [cf. te chapitre sur les orifices génitaux mâles).
III. UTILISATION DU PLASTRON STERNAL COMME INDICE DE LA MONOPHYLIE
Balss (1940, p. 81-85) a récapitulé certains types de plans structuraux présentés par le sternum
thoracique dans les principaux groupes de Crabes. Nous abordons ici cette question sous un angle
différent ; unité structurale du plastron sternal chez les genres apparentés et modifications évolutives
de cette partie du corps. Notre interprétation a été très souvent confirmée par l’observation du sys¬
tème endophragmal, en particulier par celle des lames endosternales invaginées à l’emplacement des
sutures thoraciques. Nous montrerons d’abord comment l’on peut définir ou redéfinir des groupes
naturels en utilisant en premier lieu la morphologie du plastron sternal.
A titre d’exemple de Crabes dotés d’un plastron possédant une indéniable unité structurale,
aussi bien chez les formes actuelles que fossiles, nous avons choisi un groupe que nous avons récemment
rétabli [cf. Guinot, 1968c), les Carpiliinae Ortmann, 1893 (rang de sous-familte peut-être provisoire).
Dans le genre Carpilius Leach in Desmarest, qui renferme trois espèces actuelles, C. maculatus (Linné),
C. convexus (Forsskâl) et C. corallinus (Herbst), le sternum thoracique est relativement étroit, avec des bords
subparallêles, et se trouve creusé, chez le mâle, d’une cavité assez large, surtout chez C. corallinus (pl. 10).
Chez les Carpiliinae, la cavité sterno-abdominale de la femelle pubère est très longue et l’abdomen remonte
jusqu’à la base des mxp3 (cf. pl. 10, fig. 9 : t Palaeocarpilius macrocheilus, femelle).
Le maintien de la métamérie initiale, c’est-à-dire la présence des quatre lignes de suture postérieures
s’étendant sur toute la largeur du plastron et demeurant presque parallèles, sans aucune confluence dans la
zone médiane, représente une disposition archaïque. L’examen du squelette endophragmal (pl. 10, fig. 3) montre
bien que les lames endosternales correspondant aux sutures 4/5, 5/6, 6/7 et 7/8 sont continues, parallèles et
très hautes ; elles sont implantées sur un phragme saillant (plaque médiane) qui s’élève au milieu de la cavité
abdominale et se continue au niveau du sternite 4 par une simple crête. Dans leur partie basale, les lames endo¬
sternales 4/5, 5/6 et 6/7 se dressent perpendiculairement au plastron, puis elles s’inclinent obliquement, chacune
formant une sorte de toit à la suivante.
La similitude du plastron et, plus précisément, du tracé des sutures sternales chez les trois espèces de
Carpilius est remarquable : maculatus (fig. 21B), convexus (pl. 10, fig. 1, 2), corallinus (pl. 10, fig. 5, 6). Dans la
partie antérieure au sternite 4, l’étroite bande, délimitée en arrière par un sillon latéral et marquée par une
sorte de bourrelet chez C. convexus (pl. 10, fig. 1, 2, 4) et chez C. maculatus (fig. 21B), correspond grosso modo
au sternite 3, c est-à-dire au somite 3, celui de mxp3. En avant, un sillon transversal entier délimite une zone
triangulaire qui constitue la pointe du plastron, tout au moins la partie exposée de celui-ci. En effet, le sternum
thoracique se continue, mais en s’abaissant, sous les mxp3. Cette pièce triangulaire toujours exposée, ainsi
que la partie du sternum cachée par mxp3 et surmontée d’une carène médiane longitudinale, correspondent
sensiblement au somite 2, celui de mxp2. Enfin, la région vraiment antérieure du sternum, également recou¬
verte par la troisième paire de pattes-mâchoires et située dans un plan horizontal, représente le sternite 1, le
somite de mxpl. L’examen des cavités arthrodiales correspondant aux trois pattes-mâchoires confirme bien la
disposition que nous venons de décrire.
Chez les trois espèces vivantes de Carpilius, les épisternites 4 à 7 sont bien développés. C’est seulement
sur le sternite 4 (qui porte l’articulation de pl) que demeure la trace, légère, incomplète, d’un sillon épister-
La ligne médiane est présente sur les sternites 8, 7, 6, 5 ; elle ne se prolonge pas, ou à peine, sur le sternite
, lequel porte chez C. convexus et C. maculatus une dépression en grande partie cachée par l’abdomen (chez
le mâle) et visible sur une courte étendue en avant de la cavité sterno-abdominale. Chez C. corallinus (pl. 10,
Source : MNHN, Paris
LE STKKNUM THORACIQUE
79
fig. 6), c’est seulement sur cette partie du sternite 4, entre les coxae des chélipèdes, qu’est apparente une légère
trace de sillon.
Chez les f Palaeocarpilius À. Milne Edwards, florissant à l’Éocène sous forme de plusieurs espèces de
grande taille et connus jusqu’au Miocène (époque à laquelle serait apparu le premier Carpiîius fossile, t Car-
pilius antiquus Glaessner), le plastron sternal, parfois bien conservé, montre sensiblement le même plan de
structure que chez les formes actuelles : cf. pl. 10, fig. 9 : plastron de f Palaeocarpilius macrocheilus (Desma-
rcst). Il faudrait évidemment pouvoir soulever l’abdomen pour s’assurer de la continuité des lignes de suture
transversales séparant les sternites et pour constater l’étendue de la ligne médiane. La partie tout à fait anté¬
rieure du plastron semble aussi être disposée comme celle que nous avons décrite en détail, et il est probable
qu’il y a également conformité en ce qui concerne la portion cachée sous les mxp3. Chez les fossiles, la forme
de l’abdomen mâle est l’indication d’une cavité sterno-abdominale similaire à celle des formes actuelles. L’abdo¬
men femelle est très développé comme chez les Carpilius vivants. Il ne serait pas étonnant que, chez certains
Palaeocarpilius, non seulement les premiers épisternites mais aussi les épisternites suivants soient délimités
par un sillon. Ainsi, f P. slenurus Reuss, représenté par A. Milne Edwards (1862, pl. 1, fig. 3a), et que nous
reâgurons ici (pl. 10, fig. 8), présente des sutures délimitant tous les épisternites : il faudrait préalablement
vérifier que cette espèce appartient bien au genre Palaeocarpilius.
En nous basant sur la soudure totale du basis-ischion et du mérus du chélipède, très typique chez les
Carpiliinae (pl. 10, fig. 4), nous avons inclus {cf. Guinot, 19686, p. 160) f Harpactocarcinus mississipiensis
Rathbun, 1935, de l’Éocène supérieur américain, dans le genre Palaeocarpilius : or, les portions du plastron
que l’on connaît de cette espèce {cf. Richardson, 1954, fig. 87) apportent confirmation du bien-fondé de ce
transfert.
En nous servant du même caractère des chélipèdes, nous avons attribué aux Carpiliinae un genre éga¬
lement américain, f Ocalina Rathbun, 1929 (p. 2, pl. 1-3), représenté à l’Éocène supérieur par une espèce, f O.
(loridana Rathbun {cf. Guinot, 1968c, p. 325, pl. 2, fig. 3) : nous nous souvenons que le plastron sternal des
belles Ocalina que nous avons examinées à l’Ü.S.N.M. à Washington, ressemble à celui des Carpilius {cf. Rath¬
bun, loc. cit., pl. 1 et pl. 3 ; et notre fig. 7 de la pl. 10).
Ainsi, les Carpiliinae qui, avec leurs représentants fossiles, témoignent d’une stabilité certaine dans leur
organisation, présentent le type carpilien de plastron sternal (à quelques petites différences près). Le fait qu’il
n’y ait pas eu de modifications notables entre les fossiles indiqués et les représentants actuels prouve, 4 notre
avis, que ce groupe constitue une lignée en stasigenèse dont les caractères étaient déjà en grande partie fixés
à l’Éocène.
Chez les autres formes fossiles que les paléontologistes ont rapprochées des Carpiliinae en raison de leur
carapace et d’autres caractéristiques, telles que f Harpactocarcinus A. Milne Edwards, t Xanthopsis McCoy
et t Harpacloxanthopsis Via (genres pour lesquels ViA, 1969, p. 237, a créé une sous-famille spéciale, les f Xan-
thopsinae, intermédiaire entre Carpiliinae et Menippinae), il faudrait recourir au sternum thoracique pour déce¬
ler s’il s’agit d’un plastron carpilien, d’un plastron ménippien, d’un plastron de Xanlko, etc. Les affinités de
ces genres s’en trouveraient mieux précisées et l’on pourrait avoir un aperçu de la souche des f Palaeocarpilius
et, plus largement, des Carpiliinae.
Le genre crétacé t Caloxanthus A. Milne Edwards, en lequel Wright et Collins (1972, p. 103) voient
l’ancêtre des Carpilius et Palaeocarpilius, devrait posséder un sternum thoracique bâti sur un plan analogue
à celui de ces derniers. L’examen de cette partie anatomique, qui n’a pas été illustrée par les deux paléonto¬
logistes, nous donnerait des renseignements précieux sur la filiation supposée, peut-être aussi sur les rapports
de Caloxanthus avec le genre dont il serait dérivé, f Diaulax Bell, stock dynoménien particulier séparé des
autres Dynomenidae dès le Jurassique supérieur (Wright et Collins, ibid., p. 55). La famille des Carpiliidae,
telle qu’elle est envisagée par ces deux auteurs, proviendrait donc d'un autre stock dynoménien que les Xan-
thidae. A notre avis, toute hypothèse sur l’origine des Xanthidae devrait tenir compte, en tout premier lieu,
des résultats de l’examen minutieux du sternum thoracique chez les fossiles et de sa confrontation avec celui
des Carpiliinae.
Nous avons apparenté (Guinot, 1968c) aux Carpiliinae deux autres genres actuels, Euryozius
Miers et Gardineria Rathbun, en spécifiant toutefois {loc. cit., p. 330) qu’un hiatus sépare ces derniers
des Carpiliinae typiques. Or, le plastron sternal à’Euryozius, que nous n’avions pas examiné à l’époque,
est différent du plastron carpilien ; nous reviendrons sur ce point dans un autre travail.
Le plastron carpilien diffère du plastron des Xanthidae Xanthinae {sensu Balss, 1957), par
exemple de celui d'ACergalis de Haan, genre auquel on a généralement apparenté Carpilius par suite
Source ; MNHN, Paris
30 MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE HT TAXONOMIE DES BRACHYOURES
de la similitude de leur carapace. Cette divergence permet de soustraire le genre Carpilius et ses alliés
des Xanthinae.
Le plastron ménippien offre quelques similitudes avec le plastron carpilien mais, au terme de
notre revue du sternum thoracique chez les Xanthoïdes, nous sommes plus encline à attribuer cette
ressemblance à une analogie de grade qu’à un lien phylétique étroit. Chez les Menippinae {sensu Balss),
les sutures ne sont pas toutes complètes comme chez les Carpilius : par exemple, dans le genre Menippe
de Haan (pl. 12, fig. 1), les deux premières sutures, 4/5 et 5/6, ne se rejoignent pas tout à fait médiale-
ment.
IV TENDANCES ÉVOLUTIVES ET NIVEAUX ANAGÊNÉTIQUES DU STERNUM
THORACIQUE» DANS LES GRANDS GROUPES DE BRACHYOURES STERNITRÈMES
La mise en évidence des similitudes dans le plan fondamental et l’analyse des morphoclines
que l’on obtient à l’aide des divers caractères fournis par le plastron sternal rendent possibles des con¬
clusions importantes sur la position taxonomique des divers groupes de Crabes.
L’existence de divisions intermétamériques complètes entre les sternites 4 à 8 fournit l’indice
que le genre ou groupe est primitif par rapport au genre ou groupe considéré, chez lequel les sutures
transversales sont interrompues par suite de la fusion de certains somites dans la région médiane.
Ainsi, chez certains Crabes assez peu nombreux, des lignes de suture traversent entièrement
le plastron, de part en part, en demeurant parfois encore parallèles.
A un stade moins primitif, la première puis la deuxième de ces sutures (suture 4/5 et suture
5/6) s’interrompent plus ou moins loin de l’axe longitudinal antéro-postérieur ; mais, en même temps,
les extrémités internes de celles-ci se rapprochent, par suite de leur convergence, parfois très accentuée,
dans une zone médiane restreinte. En bref, la fusion des sternites thoraciques, en partie réalisée chez
les Brachyoures dans la partie tout à fait antérieure du thorax, c’est-à-dire en avant du sternite 4
{cf. infra), gagne de proche en proche la partie postérieure de celui-ci. La perte de la segmentation,
qui est déjà la règle pour tous les segments céphaliques, s’étend aux segments thoraciques, en com¬
mençant par les premiers pour atteindre finalement les derniers.
Par une telle extension, le lipomérisme intègre l’ensemble des métamères du thorax et, dans
les cas extrêmes, le plastron sternal peut constituer une pièce presque indivise, avec sutures transver¬
sales présentes seulement sur les régions latérales et sans ligne médiane longitudinale apparente.
Nous départageons les Brachyoures sternitrèmes en les plaçant sous quatre rubriques diffé¬
rentes, qui, en fait, se ramènent à trois, les rubriques 3 et 4 pouvant être confondues.
1. Les quatre sutures transversales ininterrompues
2. Les sutures transversales antérieures incomplètes
a) suture 4/5 incomplète
b) sutures 4/5 et 5/6 incomplètes
c) sutures 4/5, 5/6 et 6/7 incomplètes
3. Les quatre sutures transversales incomplètes
4. Cas complexes, avec les quatre sutures transversales incomplètes.
Un tableau récapitulatif est dressé à la fin des rubriques 1, 2 et 4. Pour faciliter l’orientation
des carcinologistes, nous avons (à de rares exceptions près) suivi la classification de Balss (1957),
U- n’étudierons pas ici la morphologie du sternum thoracique chez les Brachyoures péditrèmes, qui fera
1 objet d un prochain article. Parmi les Crabes sternitrèmes, nous avons laissé de côté la plupart des Goneplacidae (sensu
Balss, 1957, p. 1655), les Potamidae, certains Corystidae (sensu Balss, 1957). tels que les genres Jonas Jacquinot et
uomeza Uray, ainsi que les Hapalocarcinoidea, en cours d'étude.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
8i
même lorsque nous n’étions pas d’accord avec le rangement taxonomique adopté par cet auteur II
est bien évident que nous n’avons pas examiné tous les genres ni toutes les espèces et que des travaux
ultérieurs entraîneront des modifications et apporteront des précisions.
1. LES QUATRE SUTURES TRANSVERSALES ININTERROMPUES
L’existence de quatre sutures transversales parcourant sans interruption le plastron sur toute
sa largeur (y compris sous l’abdomen) correspondrait à une disposition primitive. Une telle disposition,
plésiomorphe, peut exister chez des Crabes situés dans des groupes très éloignés.
Si l’on s’en tient à la classification de Balss (1957), les genres qui présentent une telle disposition
appartiennent aux familles et sous-familles suivantes :
Corystidae
Corystes (pl. 9, fig. 1)
Atelecyclidae
Thiinae
Thia (fig. 20A), Kraussia (fig. 22A)
Atelecyclidae
Ateleoyclinae
Atelecyclus (pl. 9, fig. 4, 5)
Cancridae
Cancer (pl. 9, fig. 7)
Xanthidae
Xanthinae
Carpilius (fig. 21B ; pl. 10, fig. 1, 2, 5)
Daira (fig. 21C)
Paraxanthus (fig. 22B)
Xanthidae
Pilumninae
Pilumnoides (fig. 21A)
Il est bien évident que cette liste n’est pas exhaustive et que certains autres genres (nous n’avons
pas examiné, par exemple, tous les Corystidae ni tous les Atelecyclidae) viendront s’ajouter à ceux
déjà nommés.
Nous insistons sur le fait que, pour nous :
1) le genre Carpilius Leach n’est pas un Xanthinae mais donne son nom à une famille spéciale,
les Carpiliidae.
2) les genres Kraussia Dana et Paraxanthus Lucas sont phylétiquement apparentés mais se
trouvent à des niveaux différents.
3) le genre Daira de Haan n’appartient pas aux Xanthidae et serait plutôt un Oxyrhyncha,
certes peu typique mais apparenté, peut-être, à Dairoides Stebbing.
Plusieurs de ces genres à sutures thoraciques ininterrompues, complètes, offrent d’autres carac¬
téristiques qui les placent manifestement à part des autres Brachyoures : c’est le cas de Daira, de Car¬
pilius, de Pilumnoides, de Corystes, genres dont il est question à plusieurs reprises dans ce travail.
Nous n’incluons pas dans ce premier groupe de Crabes le genre Pseudocorystes H. Milne Edwards (fig. 20B) :
il présente une structure du plastron un peu particulière ; en fait, on doit le ranger dans la catégorie des Crabes
à sutures 4/5 et 5/6 incomplètes. Il en est de même pour le genre Nautilocorystes H. Milne Edwards (fig. 20C),
qui se trouve, semble-t-il, à un stade un peu plus avancé.
Chez tous ces Crabes, les sutures apparaissent parallèles ou subparallèles, sensiblement équi¬
distantes, laissant entre elles un espace assez grand. En principe, c’est l’indice d’une individualisation
des somites et d’une organisation régulière du squelette apodémien intersegmentaire. Ainsi, dans le
6
Source : MNHN, Paris
82
MOBPHOLOGIE, PHYLOGENÎSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
83
genre Thia^ Leach, caractérisé par son plastron extrêmement étroit et son long sternite 4 (fig. 20A),
la structure interne (pl. 9, fig. 9) est bien le reflet de la disposition externe, avec sa simplicité méta-
mérique ; les endosternites sont parallèles, équidistants, sans confluence. Continus sur toute leur lar¬
geur et jointifs médialement à l’emplacement de l’invagination de la plaque médiane, ils forment,
chacun, une muraille élevée, perpendiculaire au plancher sternal, divisant la cavité thoracique en
compartiments segmentaires bien séparés. II n’y a qu’une faible convergence pour le raccord, par l’inter¬
médiaire de la lame de jonction, avec les endopleurites, relativement peu développés. Chez Tkia, les
somites sont tout à fait individualisés.
Dans le genre Atelecyclus Leach (pl. 9, fig. 4, 5), les sutures sternales continues sont remarqua¬
blement parallèles et équidistantes. Les endosternites correspondants se rejoignent sur une puissante
plaque médiane qui se prolonge, loin en avant sur le sternite 4, par une forte crête, reconnaissable
à un sillon qui creuse longitudinalement la surface externe du plastron.
Dans le genre Pilumnoides Lucas (fig. 21A), les sutures sternales sont bien continues et paral¬
lèles, la plus antérieure (4/5) s’abaissant très légèrement vers la suivante (5/6) dans la cavité sterno-
abdominale. Les lames endosternales correspondantes se rejoignent médialement, la première con¬
fluant un peu vers la deuxième. Sur la photographie que nous publions (pl. 12, fig. 3) du système endo-
phragmal de Pilumnoid^ perlattis (Poeppig), on ne voit pas les lames endosternales car elles sont cachées
par le repli médian très large et élevé en direction oblique que forme l’endosternite 4/5. Ce genre, attribué
à tort aux Xanthidae Pilumninae (cf. Balss, 1957, p. 1653), se trouve à un niveau primitif (cf. infra).
Toutefois, à cette apparente régularité des sutures sur le plastron peut correspondre une disposition
interne un peu plus compliquée. Du reste, en examinant de près le sternum thoracique de certains genres à sutures
transversales complètes, on peut déceler les signes extérieurs d’un début de complication du squelette interseg¬
mentaire. C’est notamment la présence d’une zone en creux au point de rencontre des sutures et de la ligne
médiane. Par exemple, dans le genre Cancer (pl. 9, fig. 7), le long du plan sagittal médian, au niveau de la suture
4/5 se trouve une dépression très nette. La suture n’est pas absolument continue : ses deux extrémités ne se
rejoignent pas tout à fait au milieu et s’enfoncent en se dirigeant postérieurement. En examinant le système
endophragmal (pl. 9, fig. 8) à cet endroit, on voit que ce creux est le lieu de rencontre d’une double invagination :
invagination correspondant à la plaque médiane, qui amorce son développement, et invagination de la suture
transversale 4/5 en ce même point. Les endosternites droit et gauche correspondant à la suture 4/5 s’appuient
sur un épaississement médian assez large, ce qui met une nette séparation entre eux, et convergent fortement
vers les lames de la suture suivante (5/6). De même, chez Carpilius Leach (fig. 21B ; pl. 10, fig. 2, 6), un creux
médian apparaît très nettement au niveau de la suture antérieure (4/5).
Cette disposition représente sans doute l’étape qui précède l’état de suture incomplète, discontinue.
Chez Daira perlata (Herbst) (fig. 21C), une zone en creux se trouve médialement au niveau de la suture
4/5 et aussi de la suture 5/6. L’examen du système endophragmal (pl. 17, fig. 6) montre une légère disconti¬
nuité médiane des lames correspondant à ces sutures et leur confluence très prononcée, ce qui n’apparaît pas
extérieurement sur le plastron.
1. Actuellement, une seule espèce est reconnue dans le genre Thia Leach, 1814 : c'est Thia aculelUUa (Fabricius)
(c/. Zahiquiey, 1968, p. 343), qui habiterait à la fois l’Atlantique et la Méditerranée. Or nous avons trouvé des différences,
dont celle concernant l’appareil d'accrochage, entre un échantillon de Méditerranée déterminé Thia residua (Herbstj
(très nombreux spécimens récoltés par Zariquibv) et deux échantillons identifiés Thia polila Leach, provenant l'un de
Naples et l’autre de k La Rada, A. E. Malard, 1907 >.
Dans notre texte, nous avons conservé les appellations qui figurent sur les étiquettes des échantillons du Muséum
national d’Histoire naturelle, mais nous nous proposons de reprendre cette question, à la nomenclature compliquée, et,
peut-être, de décrire comme nouvelle l'une des espèces.
Fie. 20. — Sternum thoracique. (Pilosité non représentée).
A, Thia residua (Herbst), ^ 17,7 X 19 mm, Méditerranée, Zariqviby coll. (MP) ( x 5). B, Pseudocorysles sicarius (Poeppig),
(J 55 X 50 mm, Chili, Valparaiso, Porter det. (MP) (X 2). C, Naulilccorystes ocellalua (Gray), ^ 39,5 X 34 mm.
Cap de Bonne-Espérance (MP-B3924S) (X 2,3). D, Peltarion spinulosum (White), jJ 52,6 x 57 mm. Cap Hom
(MP) ( X 2). Chez Thia, il y a coïncidence des crochets sternaux et des angles latéro-postérieurs du sixième segment
abdominal. Chez Pseudocorysles, où l’abdomen est très court, il n’y a pas de dispositif d’accrochage. Chez Nau-
lilocorysles et chez Pellarion, les crochets sternaux sont présents mais ne peuvent pas être coiffés par les angles
latéro-postérieurs du sixième segment abdominal, placé en retrait. Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fig. 21. — Sternum thoracique. (Pilosité et ornementation non représentées). A, Pilumnoidea perUUus (Poeppig), 9,8 X
19 mm, Chili, Porter det., Bouvier verif. (MP) (X 4,3) ; B, Carpitiu4 maculatua (Linné), (J 84 X 112 mm, Hikueru,
Forest et Guinot det. (MP) (x 0,7) ; C, Daira perlata (Herbst), ,? 23 X 33 mm, Tahiti, Forest et Guinot det.
(MP) (x 3) ; D, Aclumnu» aetifer (de Haan), <J 11 X 15 ram, Madagascar, Millot 405, Balss det. (MP) (x 5,6).
Pour Ua abréviationa, voir p. 297-298.
Parmi les Crabes à sutures transversales ininterrompues, tous certainement primitifs, ce qui,
en plus, distingue des autres les genres tels que Corystes ou Tkia c’est que tous les sternites thoraciques
sont disposés sur un plan à peu près horizontal et sont parfaitement visibles. Cela est dû à l’absence
d une véritable cavité sterno-abdominale et à l’extrême brièveté de l’abdomen, qui laisse à découvert
Source ; MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
85
Fio. 22. — Sternum thoracique. iPilosité et ornementation non représentées). A, Krausêia rugutoea (Krauss), 18 X
22 mm, Nagasaki, James Jordan 1911 (MP) (x 5). B, Paraxanihua barbiger (Poeppig), S 67,5 x 85,5 mm, Chili,
lectotype de Paraxanikue hirtipes H. Milne Edwards et Lucas (MP-B2736S) (X 1,3) ; C, CycloxarUhopa sexde-
cimdentatua (H. Milne Edwards et Lucas), ^ 37,5 X 57 mm, Chili, M. d’ORBiGNv (MP) (x 2,2) ; D, Xanlko iricisut
inciaua (Leachj, 31 x 54 mm, Roscofi, Forest coll. (MP) (X 1,8).
Pour le» afrréoiatioRa, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
86
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
les sutures antérieures. Chez d’autres genres où se creuse, parfois profondément, une cavité destinée
à recevoir l’abdomen, le tracé des sutures suit un plan horizontal sur les côtés du plastron, puis oblique
sur les flancs de la cavité sterno-abdominale, pour se terminer dans le fond de celle-ci.
La persistance de la métamérie dans la moitié postérieure du plastron peut faire soupçonner
une parenté réelle entre les Crabes ainsi conformés. Toutefois, les indices ainsi offerts doivent être étayés
par d’autres considérations. Le caractère lignes de sutures thoraciques complètes étant plésiomorphe,
il ne peut pas nous donner la preuve de l’origine commune. En revanche, la métamérie conservée sur
le plastron peut nous servir, comme élément constitutif de la symplésiomorphie, pour la détermina¬
tion du grade.
En voici un exemple ; à côté de divers caractères plésiomorphes (cadre buccal, antenne relativement
mobile), Kraussia Dana (fig. 22A) et Paraxanthus Lucas (fig. 22B) ont des plastrons presque identiques, avec
notamment toutes les sutures (4/5 à 7/8) complètes. Le plastron est seulement un peu plus élargi, notamment
en avant, chez Paraxanthus. Les épisternites sont pareillement délimités ; les sutures suivent le même par¬
cours ; cavité sterno-abdominale et abdomen sont similaires dans les deux genres. La communauté de struc¬
ture du sternum thoracique permet d’apparenter ces deux genres que l’on n’a jamais rapprochés. Dans la clas¬
sification de Balss (1957, p. 1637 et 1649), Kraussia est un Atelecyclidae de la sous-famille des Thiinae, et
Paraxanthus (que l’on a généralement placé à tort près de Plalyxanthus et ses alliés ; cf. sous Platyxanthinae,
p. 94) fait partie des Xanthidae Xanthinae. Le système de classification devrait dorénavant montrer les affi¬
nités de Kraussia et de Paraxanthus, en même temps que mettre en valeur le passage de ces genres vers d’autres
genres tels que Cydoxanlhops Rathbun et Xantho Leach [cf. infra).
Le tableau récapitulatif ci-dessous (tabl. 1) montre bien que les sutures transversales ininter¬
rompues se rencontrent chez des Crabes phylétiquement éloignés. Il n’y a guère de liens, par exemple,
entre Corystes, Carpilius et Pilumnoides.
Tableau 1. Récapitulation des genres ou groupes caractérisés
par quatre sutures transcersales ininterrompues
Brachygnatha
Brachyrhyncha
Corystidae
Corystes
—
—
Atelecyclidae
AtelecycHnae
Atelecyclus
—
—
Thiinae
Thia, Kraussia ^
—
—
Cancridae
Cancer
—
Xanthidae
Carpilius, Paraxanthus, Pi¬
lumnoides
Brachygnatha
Oxyrhyncha
? Parthenopidae
Daira (à notre avis, non un
Xanthidae).
2. LES SUTURES TRANVERSALES ANTÉRIEURES INCOMPLÈTES
La fusion entre les somites, qui se manifeste sur le plastron sternal par l’interruption médiane
des lignes de suture intersegmentaires entre des sternites consécutifs, se fait, au cours du processus
évolutif, d avant en arrière. C’est donc d’abord la première suture (4/5) qui sera interrompue, puis la
deuxième (5/6), enfin les deux dernières (6/7 et 7/8). Sur des plastrons encore étroits, ce sont seulement
la ou les sutures antérieures qui vont disparaître dans la zone médiane, et leurs extrémités internes
seront encore à une faible distance l’une de l’autre. Sur des plastrons élargis, ce sont aussi les limites
entre les métamères postérieurs qui vont être interrompues : les extrémités d’une meme suture sont
1. Eu tait, à ranger auprès de Paraxanthus.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
87
éloignées mais les terminaisons internes des diverses sutures convergent dans une zone centrale res¬
treinte. La segmentation primitive n’est plus visible dans la portion médiane du plastron.
Ainsi, corrélativement à l’élargissement et au tassement du plastron, la fusion gagne un plus
grand nombre de somites et s’opère sur une plus large partie de la zone médiane. Certains plastrons
extrêmement élargis montrent des sutures toutes incomplètes, confinées sur les bords, du sternite 4
au sternite 8, avec une très vaste région médiane indivise {cf. Hymenosomatidae).
Le fait qu’une ligne de suture montre une ébauche d’interruption, avec un faible espace entre
ses deux terminaisons, n’entraîne pas du même coup la fusion intime des deux somites successifs con¬
cernés. Par exemple, dans le squelette endophragmal de Perirmla Leach, aux sutures antérieures incom¬
plètes, les lames endosternales invaginées à la limite des somites 4-5 et 5-6 s’appuient sur un épais¬
sissement médian et il n’y a pas encore de différence sensible entre cette disposition et celle des genres
précédents.
L’épaississement médian que nous venons de mentionner ne se traduit pas sur l’exosquelette
du plastron par un sillon ; il correspond, en fait, au fond de la cavité sterno-abdominale, qui forme une
surface plane, une sorte de méplat plus ou moins large. Du côté interne, la cavité sterno-abdominale
apparaît comme une saillie plus ou moins élevée, plus ou moins encaissée et au fond plus ou moins étalé,
plus ou moins plat {cf. le chapitre iv). Le fond de cette cavité constitue une sorte de barre, d'épaisseur
variable, sur laquelle viennent s’appuyer les lames endosternales ; il est localement surmonté par la
plaque médiane, laquelle, occupe selon les cas un nombre différent de somites.
Dans le genre Actumnus Dana, tel qu’on l’a conçu jusqu’à présent, nous avons observé que
le plastron, relativement étroit et extrêmement bombé, permettait de distinguer deux groupes. Dans
le premier, représenté par Actumnus setifer (de Haan) (fig. 21D), seule la suture 4/5 est incomplète,
avec deux terminaisons internes obliquant fortement vers l’arrière ; la suture 5/6 est continue, avec
seulement une dépression médiane.
Dans l’autre groupe d’Actumnus, représenté par A. tessellatus Alcock, la suture 5/6 est inter¬
rompue, tout comme la précédente, très près de la ligne médiane ; les extrémités internes des deux
lignes de suture antérieures 4/5 et 5/6 convergent au fond de la dépression abdominale. Les deux sutures
postérieures, 6/7 et 7/8, sont complètes.
Quant au caractère des sutures 4/5 et 5/6, le premier groupe A'Actumnus se distingue des Pilum-
ninae {sensu Balss), par exemple de Pilumnus Leach (fig. 24A), qui possèdent les deux sutures anté¬
rieures discontinues {cf. infra).
Nous avons relevé, à l’intérieur du genre Actumnus Dana s.l. d’autres différences, plus visibles, concer¬
nant le plastron (sternite 8, épisternite 7 ; cf. infra). De nombreux traits différentiels touchant d’autres régions
du corps séparent ces deux groupes d’espèces que noua définirons dans une publication ultérieure consacrée
au genre Actumnus.
Dans le genre Nautilocorystes H. Milne Edwards (fig. 20C), à cavité sterno-abdominale à peine
excavée, les deux premières des quatre sutures transversales, c’est-à-dire les sutures 4/5 et 5/6, ne sont
pas tout à fait complètes : elles s’interrompent tout près de la ligne médiane et ne laissent entre leurs
extrémités internes qu’un très faible espace, les terminaisons de la suture 5/6 confluant vers les ter¬
minaisons de la précédente. Les sutures suivantes 6/7 et 7/8 sont continues et apparaissent parallèles,
à peu près équidistantes, tout comme les sutures 4/5 et 5/6. L’extrémité de l’abdomen mâle, lequel
est très court, se trouve en retrait de la suture 5/6, de sorte que les deux premières sutures sont décou¬
vertes sur toute leur étendue (comme dans le genre Corystes Leach). Il n’y a pas correspondance entre
les crochets pointant à la base du sternite 5 et les fossettes sous-abdominales : l’accrochage de l’abdomen
ne peut donc pas se réaliser.
Le genre Pseudocorystes H. Milne Edwards (fig. 20B) offre sensiblement la même disposition.
Le genre Perimela Leach a ses quatre sutures sternales disposées comme chez Nautilocorystes,
mais l’abdomen mâle, reçu dans une véritable cavité sterno-abdominale, recouvre les deux premières
sutures (4/5 et 5/6). La famille des Cancridae {sensu Balss, 1957, p. 1636) contient donc un genre,
Cancer Linné, à sutures toutes continues, et un genre, Perimela, dont les sutures 4/5 et 5/6 sont inter¬
rompues médialement.
Source : MNHN, Paris
MOBPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Dans les deux genres étroitement apparentés, Teltnessus White (pl. 25, fig. 3 : femelle) et En-
macrus Benedict {pl. 25, fig. i, 2 : femelle), à cavité sterno-abdominale nettement creusée et à abdo¬
men allongé (le telson recouvre la suture 4/5), les sutures 4/5 et 5/6 sont presque jointives, sans tou¬
tefois être parfaitement continues ; les sutures suivantes sont complètes. Comme chez Nautilocorystes,
les quatre sutures sont équidistantes, largement séparées, subparallèles.
Dans le genre PeUarion Jacquinot (fig. 20D), comme dans les genres précédents, les sutures
4/5 à 7/8 sont équidistantes et parallèles sur une grande partie de leur parcours. Les terminaisons
internes de la suture 4/5 et aussi celles de la suture 5/6 sont écartées. Dans ce genre, le dernier segment
du court abdomen mâle atteint tout juste (et ne la recouvre pas chez certains spécimens) la suture
5/6, laquelle remonte beaucoup vers la précédente. Il s’ensuit que la suture 4/5 passe très en avant
de l’abdomen. Nous verrons qu’une autre conséquence — si l’on peut dire — de cette brièveté de l’abdo¬
men est la non-coïncidence des crochets sternaux (sur la suture 5/6) avec les fossettes situées dans
les angles latéro-postérieurs, très étirés vers l’avant, du sixième segment abdominal. La ligne médiane
offre un tracé spécial dans le genre Peltarion [cf. infra).
L’examen du squelette endophragmal d’un mâle (pl. 11, fig. 1) et d’une femelle (pl. 11, fig. 2)
de Peltarion spinulosum (White) montre que, dans les deux sexes, les parties gauche et droite des endo-
sternites 4/5 et 5/6 s’appuient pareillement sur la barre formée par le fond de la cavité sterno-abdo¬
minale. En revanche, il existe un très net dimorphisme sexuel en ce qui concerne les replis médians :
ceux des deux endosternites 4/5 et 5/6 sont beaucoup plus développés chez le mâle où ils constituent
deux larges nappes foliacées, obliques, tandis que chez la femelle ne s’étendent que de simples apophyses.
Ces nappes ou apophyses symétriques, bien que très rapprochées, ne se rejoignent pas au-dessus de la
partie médiane du plancher sternal et constituent une muraille (mâle) ou un pont (femelle) incomplet.
Les apophyses de l’endosternite 3/4, qui sont analogues dans les deux sexes, ne se rejoignent pas non
plus médialement. Les endosternites 6/7 et 7/8 sont continus et convergent beaucoup vers l’avant ;
ils s’étalent peu, surmontent la plaque médiane et se raccordent aux vastes ailes de la selle turcique.
Dans le genre Trachycarcinus Faxon, qui possède une assez large cavité abdominale et un abdo¬
men plus allongé, les sutures 4/5 et 5/6 sont discontinues, avec un large espace entre les terminaisons
internes ; les sutures 6/7 et 7/8 sont continues et confluent beaucoup vers l’avant.
La disposition comportant les deux premières lignes de sutures transversales incomplètes et
les deux dernières continues, se rencontre chez un certain nombre de Crabes. On pourra alors les diffé¬
rencier selon la largeur de la zone médiane indivise, qui indique l’étendue de la fusion des somites con¬
sécutifs.
Pour clarifier l’exposé, nous allons désormais les passer en revue en les désignant par le nom
de leur catégorie taxonomique le plus général, avec toujours comme cadre la classification de Balss,
1957.
Xanthidae (pro parte)
Tous les Xanthidae (sensu Balss, 1957) possèdent les deux sutures 4/5 et 5/6 interrompues
et les sutures 6/7 et 7/8 complètes, à l’exception (au moins) des genres Carpilius Leach, Daira de Haan,
Paraxanthus Lucas, Pilumnoides Lucas, chez lesquels les quatre sutures transversales postérieures
sont ininterrompues, et du genre Actumnus pro parte, chez lequel la suture 4/5 est seule interrompue.
Signalons dès à présent que nous ne rangeons pas parmi les Xanthidae le genre Daira, qui appartien¬
drait aux Oxyrhyncha et pourrait être placé au voisinage du genre Dairoides Stebbing.
Examinons tout d’abord certains Xanthidae Menippinae {sensu Balss, 1957, p. 1650). Dans
le genre Menippe de Haan (pl. 12, fig. 1), les sutures 4/5 et 5/6 ne se rejoignent pas tout à fait dans
la cavité sterno-abdominale, très profonde à cet endroit, l’extrémité interne de la première s’abaissant
et convergeant vers 1 extrémité de la deuxième. Le degré d’enfoncement varie selon les espèces de
Menippe : il est, par exemple, plus accentué chez M. nodifrons Stimpson que chez M. mercenaria (Say).
La conformation avec sutures antérieures discontinues n’est valable que pour le mâle car, chez la femelle
Source : MhlHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
(fig. 40B), les sutures 4/5 et 5/6 traversent de part en part le plastron sans interruption médiane. Le
squelette endophragmal de Menippe mercenaria (Say) (pl. 12, fig. 2) montre les endosternites 4/5 et
5/6 confluant et s’appuyant sur la barre formée par le fond, très étroit, de la cavité sterno-abdomi-
nale ; l’endosternite 6/7 est continu et surplombé par la plaque médiane.
Dans le genre Dacryopilumnus Nobili, genre ménippien, le sternum thoracique est étroit, avec
des bords subparallèles (pl. 25, fig. 7 : femelle).
Nous avons examiné D. eremita Nobili, espèce de petite taille. Les sutures 4/5 et 5/6 sont difii-
cilement discernables dans la relativement large cavité sterno-abdominale qui, dans son fond, présente
à son tour un creux prononcé. Il semble que la suture 4/5 soit interrompue et que les sutures 5/6 et 6/7
convergent fortement vers l’avant.
Dans le genre Eriphia Latreille (pl. 12, fig. 5), les sutures 4/5 et 5/6 s’interrompent, au fond
d’une large cavité abdominale assez peu excavée, en laissant entre leurs terminaisons internes un espace
un peu plus grand que chez Menippe. Le système endophragmal d'Eripkia spinifrons (Herbst) (pl. 12,
fig. 6) est analogue à celui de Menippe : les endosternites 4/5 et 5/6 s’interrompent très franchement
dans la zone médiane, tandis que l’endosternite 6/7 conflue fortement vers les précédents, en avant
de la plaque médiane. Par rapport à Menippe, chez Eriphia, les parties droite et gauche de l’apophyse
3/4 sont très développées et se recourbent vers l’arrière, en se rejoignant, sans se souder, dans la zone
médiane ; de même, les replis médians des endosternites 4/5 et 5/6, au lieu d’être foliacés comme chez
Menippe, forment des apophyses pointant dans la partie médiane de la cavité thoracique.
Le genre Globopüumnus Balss a les sutures disposées comme dans le genre Menippe, à la diffé¬
rence que l’interruption, à faible distance, des sutures intermétamériques se fait dans une cavité sterno-
abdominale peu excavée.
Chez d’autres Menippinae, comme Epixanlkus Heller (pl. 12, fig. 4) et Ozius Desmarest, les
deux premières sutures convergent beaucoup l’une vers l’autre et sont presque jointives, non dans
la zone médiane mais sur les flancs de la cavité sterno-abdominale ; la suture 6/7 n’est pas non plus
continue et se sépare en deux sillons remontant fortement pour aboutir non loin des sutures 4/5 et
5/6. L’examen des lames endosternales correspondant à ces sutures montre qu’elles s’interrompent
médialement et confluent fortement : en avant de l’étroite zone de confluence du sternite s’élève une
lame saillante correspondant au sillon longitudinal du sternite 4 ; en arrière, une lame médiane développée
correspond à la ligne médiane des sternites 7 et 8.
Chez tous les Menippinae que nous avons examinés, une zone membraneuse longe la suture
6/7 ; au niveau de l’épisternite 6, elle apparaît parfois très nettement sur le plastron.
La confluence assez loin de l’axe médian et la réunion des terminaisons internes des deux premières
sutures n’est pas rare. Ainsi, chez Euryozius bouvieri (A. Milne Edwards), les terminaisons se réunissent sur
le bord de la cavité sterno-abdominale et se continuent dans le fond de celle-ci par un sillon unique : il s’ensuit
que le sternite 5 forme de part et d’autre une aire triangulaire, close du côté interne. D’autres Brachyoures,
notamment des Majidae comme Oregonia gracilis Dana, possèdent un sternite 5 ainsi divisé en deux aires trian¬
gulaires, écartées l’une de l’autre et portant les crochets de l’appareil d’accrochage, lesquels se trouvent situés
très latéralement sur le sternum mais peuvent néanmoins s’attacher aux fossettes correspondantes, placées
sur les bords d’un abdomen notablement élargi. Chez Cklorinoides barunai Serène (pl. 16, fig. 7), chaque por¬
tion du sternite 5 est tronquée du côté interne : la fusion médiane des somites 4 et 5 est bien visible extérieure¬
ment.
Examinons maintenant les Xanthidae Pilumninae (sensu Balss, 1957, p. 1651). Dans le genre
Pilumnus Leach (fig. 24A), les deux sutures antérieures sont interrompues dans la zone médiane :
l’examen du système apodémien intersegmentaire montre que les lames endosternales correspondantes
ne sont pas jointives, laissent entre elles un espace, ce qui indique bien la fusion, partielle, du somite
4 avec le somite 5 et celle du somite 5 avec le somite 6. La suture 6/7 est continue.
Source : MNHN, Paris
90
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fie. 23. — Stenium thoracique chez divers Xanthidae (senau Bai.ss, 1957). (Pilosité et ornemeDtation non représentées).
A, EuxaTühu» tculplilU Dana. .J 25 X 38 mm, Sumatra, Beaudouin coll. (MP) (x 2.8) ; B, GlyptoxatUhus erosut
(Stimpson), (J 18 X 25,5 mm, Floride (MP) (x 4) ; C, Carpoporu» papuhaus Stimpson, g 10,4 X 16,4 mm. Floride
(ex USNM 15006 pt) (MP) (x 6) ; D, GuimUilut melvilUnait Serène, holotype, <î iuv. 12 x 14 mm, Sulu Sea
Pelé Exp. (MP) (X 7,2). - o J
Pour les ttirévialions, voir p. 297*298.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
91
Rappelons que le genre Pilumnoides Lucas, rangé par Balss (1957, p. 1653) et les autres carcinologistes
dans les Pilumninae malgré la présence de pléopodes 1 et 2 de type non pilumnien, appartient à la première
catégorie de Crabes, c’est-à-dire à ceux qui possèdent quatre sutures transversales complètes (fig. 21A). Nous
reviendrons plus loin sur la position systématique de ce curieux genre.
Chez les Xanthinae (sensu Balss, 1957), typiquement, les deux premières sutures (4/5 et 5/6)
sont interrompues dans le fond de la cavité sterno-abdominale en confluant nettement l’une vers l’autre.
La suture 6/7 est continue ; elle est parallèle aux précédentes sur les côtés du plastron mais, dans la
cavité sterno-abdominale, elle se présente sous forme de deux sillons convergeant fortement vers l’avant.
La dernière (7/8) converge également, plus ou moins, vers la précédente.
Dans le genre Pseudoliomera Odhner (6g. 24B), les terminaisons internes des sutures antérieures,
surtout celles de la suture 5/6, sont extrêmement rapprochées. Elles sont assez proches dans les genres
Euxanthus Dana (fig. 23A), Carpoporus Stirapson (fig. 23C) et Guinotellus Serène (6g. 23D), plus éloi¬
gnées chez Glyptoxanthus A. Milne Edwards (6g. 23B).
Cette disposition se rencontre chez le genre Cycloxanthops Rathbun (fig. 22C), à plastron allongé, étroit
et à cavité sterno-abdominale très encaissée. A noter que les épisternites 4 à 6 sont délimités par un sillon et
qu’une zone membraneuse longe la suture 6/7 dans sa partie exposée, non recouverte par l’abdomen. Le sys¬
tème endophragmal de Cycloxanthops sexdecimdentalus (H. Milne Edwards et Lucas) (pl. 11, fig. 8) montre une
puissante muraille correspondant aux deux lames symétriques de l’endosternite 4/5, raccordées sur l’extrémité
surélevée de la profonde cavité sterno-abdominale. Les lames endosternales paires 5/6, également très hautes,
s’appuient symétriquement sur la barre formée par le fond de cette même cavité. Ces deux premières paires
d’endosternites, surtout 4/5, forment de vastes replis médians. Les endosternites 6/7 et 7/8 se rejoignent sur
la plaque médiane, très développée.
Le sternum thoracique du genre Cycloxanthops révèle les affinités de ce genre avec les genres Paraxan-
tkus {6g. 22B) et Kraussia (6g. 22A), à la différence que, chez ces derniers, le plastron est encore plus étroit
et que toutes les sutures sont continues. La comparaison du squelette endophragmal de Cycloxanthops (pl. 11,
fig. 8) et de Kraussia (pl. 11, 6g. 7) confirme la proximité de ces deux genres. La classi6cation proposée devra
témoigner de ces affinités, tout en tenant compte du fait que Cycloxanthops représente une branche plus
avancée.
Le genre Xanlho Leach possède un sternum thoracique (6g. 22D) et un système endophragmal (pl. 11,
6g. 9) qui nous semblent dérivés des dispositions anatomiques caractérisant Cycloxanthops. Dans le genre
Xantho, le plastron est seulement plus court, plus élargi, aussi bien au niveau du sternite 4 qu’au niveau des
sternites 7 et 8 ; les épisternites ne sont pas aussi nettement délimités. En revanche, bien que moins développée,
la partie antérieure du plastron, correspondant aux sternites 1 à 3, est encore sillonnée, comme chez Cycloxan¬
thops ; une zone membraneuse longe également la suture 6/7. Les sutures 4/5 et 5/6 s’interrompent, leurs extré¬
mités respectives confluant fortement de part et d’autre du plan médian. Les sutures 6/7 et 7/8 remontent
beaucoup vers l’avant.
L’examen du squelette endophragmal de Xantho (pl. 11, 6g. 9) montre la confluence des endosternites
4/5 et 5/6 ; chaque lame est séparée de la lame symétrique par la barre que forme le fond de la cavité sterno-
abdominale. Le raccourcissement et l’élargissement de la selle turcique sont manifestes. Cette structure est
proche de celle rencontrée chez Kraussia (pl. 11, fig. 7) et, surtout, chez Cycloxanthops (pl. 11, flg. 8). On notera
principalement chez Xantho l’élargissement de la cavité thoracique et l'interruption médiane des endosternites
4/5 et 5/6, mais le plan fondamental demeure similaire. Comme chez Kraussia et Cycloxanthops, les endoster¬
nites 4/5 et 5/6 se prolongent par des replis médians, vastes et foliacés, qui remplissent la majeure partie de
la cavité thoracique.
Le même type de conformation des lignes de suture se retrouve chez les Actaeinae de Haan,
sous-famille que nous avons récemment rétablie (Guinot, 1976). Il caractérise notamment le genre
Actaea de Haan.
Chez les Polydectinae Dana, sous-famille que nous avons également réhabilitée (Guinot, ibid.),
la disposition est sensiblement la même ; selon les espèces, les terminaisons internes des deux sutures
Source : MNHN, Paris
Fig. 24. — Sternum thoracique chez trois genres de Xanthidae (senau Balss, 1957) et chez un Pinnoteridae. (Ornementa¬
tion et pilosité non représentées). A, Pilumnus hirlellus (Linné), 17,8 X 24 mm, mer Noire, Constants, parmi
les Moules, 3 m, Bacescu det. et leg. (MP) ( X 4). On remarque la portion du sternum 8 visible entre le deuxième
segment abdominal et la coxa de p5 ; B, Pseudoliomera granosimana {A. Milne Edwards), (J 23 X 38 mm, Tahiti,
Ranson coll., Fobbst et Guinot det. (MP) (X 3,2). Les deux premières sutures 4/5 et 5/6 sont interrompues à
très faible distance l’une de l'autre ; C, Halimede ochlodes (Herbst) (ou afi. ochlodeà), (J 23 X 29,2 mm, Moluques,
Mariel King Memorial Exp. 1970, st. AN 1/2,14-16 fath., Serène det. (x 3,2) ; D, OslracoleresIridacnae (Rüppell),
(î 9 X 8,6 mm, Suez, L. Vaillant, G. Nobili verif. 1905 (MP) (x 6,5) (l’abdomen n’a été représenté que sur le
côté droit). A noter le double appareil d’accrochage de l’abdomen : une paire de protubérances sur le stemite 5 ;
une paire, plus petite, sur le stemite 4. Pour les abrévialion», w)ir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
93
Fig. 25. — Sternum thoracique du mâle chez les Platyxanthinae Guinot, 1977 (Pilosité non représentée).
A, PlatyxarUhm orbignyi (H. Milne Edwards et Lucas), J 79 X 121 mm, M. Weddeil coll. (MP-B2772S) (grandeur
nature) ; B, PUUyxanthus crenulatus A. Milne Edwards, syntype, <5 41 X 57 mm, M. d’OnBioNY, Patagonie (MP)
(X 1,8) ; C, Homalaspis plana (H. Milne Edwards), (J 35 X 53 mm, Chili, C. E. Porter 1911, Bouvier det. (MP)
(X 3,2) ; D, Peloeus armaius Eydoux et Souleyet, syntype, (J 38 X 58 mm, la « Bonite », ? » îles Sandwich » (loca-
Uté sans doute inexacte) (MP) (x 3,5).
Pour Us abTévi<üions, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
94
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
antérieures sont seulement plus ou moins éloignées (Polydectus H. Milne Edwards : Bg. 19A ; deux
espèces de Lybia H. Milne Edwards : fig. 19B, 19C).
La nouvelle catégorie que nous avons détachée des Xanthidae (aeraau Balss, 1957), les Platy-
xanthinae Guinot, 1977, comporte les genres Platyxanthus A. Milne Edwards, Pelaeus Eydoux et
Souleyet et Homalaspis A. Milne Edwards. Chez ces Crabes, les deux sutures antérieures sont discon¬
tinues médialement et confluent très fortement. La suture 6/7 est continue mais, dans la partie sous-
abdominale, elle converge beaucoup vers la précédente et apparaît surmontée d une zone membra¬
neuse. La suture 7/8 suit un tracé analogue à celui de la suture 6/7, c’est-à-dire qu’elle remonte vers
l’avant. La disposition est la même dans le genre Platyxanthus, aussi bien chez P. orbignyi (H. Milne
Edwards et Lucas) (fig. 25A) que chez P. crenulatus A. Milne Edwards (fig. 25B), dans le genre Pelaeus
Eydoux et Souleyet [P. armatus Eydoux et Souleyet : fig. 25D), et dans le genre Homalaspis A. Milne
Edwards [H. plana (H. Milne Edwards) : fig. 25C]. Le squelette endophragmal, que nous avons exa¬
miné chez Platyxanthus (pl. 12, fig. 9), montre bien la confluence des endosternites 4/5, 5/6 et 6/7
dans une zone restreinte. Les endosternites 4/5 et 5/6 se prolongent par des replis qui ne s’avancent
pas au-dessus de la partie médiane du plancher sternal et sont plutôt latéraux. Quant à la selle tur-
cique, elle est très élargie et courte.
Chez les Trichiinae de Haan, sous-famille que nous avons séparée dans un récent travail (Gui¬
not, 1976), des zones membraneuses se situent fréquemment entre les terminaisons suturales lorsque
les divisions intersegmentaires ne sont pas continues, ou suivant l’axe médian lorsqu’elles sont com¬
plètes (fig. 26, 34, 35). Cela est très net, par exemple chez Trichia sakaii (Balss), au niveau de la suture
6/7, tandis qu’une disposition spéciale caractérise la suture 7/8.
Les genres Halimede de Haan et Parapanope de Man sont généralement attribués aux Xanthi-
nae {cf. Balss, 1957, p. 1648, 1649). Nous montrerons ultérieurement les étroites aflinités qui relient
ces deux genres et les réunierons dans une petite catégorie taxonomique à l’écart des Xanthinae. Le
plastron sternal, avec ses bords subparallèles, est relativement étroit. La cavité sterno-abdominale
est mince et allongée, surtout chez Halimede (fig. 24C). Le sternite 4 est parcouru par plusieurs sillons
(un sillon antérieur transversal entier, deux sillons latéraux prolongés par une dépression médiane
au trajet sinueux, deux sillons obliques symétriques aboutissant à la coxa de pl). Tous les épister-
nites sont délimités. La suture 4/5 est interrompue. La suture 5/6 est également incomplète, ses deux
extrémités internes remontant vers les extrémités de la suture précédente. Les deux sutures 6/7 et 7/8,
continues, convergent nettement. La ligne médiane offre un tracé discontinu.
Examinons enfin les Trapeziinae {sensu Balss, 1957).
Dans le genre Trapezia Latreille (pl. 12, fig. 7), les sutures 4/5 et 5/6 sont interrompues sur une
très faible distance, les extrémités internes de la première s’abaissant vers celles de la suture suivante.
La suture 6/7 paraît continue mais conflue beaucoup vers les précédentes. La suture 7/8 suit à peu
près le même tracé que la suture 6/7. Le système endophragmal (pl. 12, fig. 8) montre l’endosternite
4/5 presque continu, partagé en deux parties, confluant légèrement vers l’endosternite 5/6 : il y a deux
lames endosternales 4/5 symétriques, rapprochées mais non jointives. L’endosternite 5/6 consiste en
deux lames interrompues, convergeant vers l’avant. Il y a également deux lames 6/7, aux bords remon¬
tant vers les lames 5/6 et entre lesquelles s’insère la plaque médiane. Les replis que forment les endos¬
ternites 4/5 à 6/7 sont peu développés, confinés dans les régions latérales.
lie. 26 A-E. Plastron sternal mâle dans le genre Banareia A. Milne Edwards. (La pilosité et l’ornementation ne sont
paa représentées).
A, Banareia armata A. Milne Edwards, syntype, J 21,5 X 31,5 mm, Nouvelle-Calédonie (MP-B3903S) (X 3) ; B, Banareia
^enei Guinot, 1976, holotype, ^ 35 X 52 mm, Vietnam, Nhatrang Bay (ION 47747) ( X 2) ; C, Banareia odhneri
Sakai’ ÿ 23,5 x 34 mm, Japon, Kii Nagashima, T. Saeai det. (MP) (x 7,5) (le premier segment abdominal est
^sent) ; D, Banareia australis (Ward), paratype, ^ 25 X 35 mm, Queensland, Lindeman Island (BM 1940. 2.23.2.)
(X 3) ; E, Banareia palmeri (Rathbun), 5 11 x 14,3 mm, Brésil, Atol das Rocae, Exp. . Calypso » (MP) (x 7,2).
Pour les abréviation*, voir p. 291-299. ' 'i •<
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
96
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHVOURES
Dans le genre Quadrella Dana, la disposition est similaire, avec toutefois une confluence plus
prononcée des sutures vers une zone restreinte de la partie médiane du plastron.
Dans le genre Domecia Eydoux et Souleyet, les sutures 4/5 et 5/6 sont interrompues sur un
plus large espace et leurs extrémités respectives convergent peu les unes vers les autres.
OxYSTOMATA {pro parle)
Parmi les Oxystomata (sensu Balss, 1957), nous n’avons trouvé chez aucune famille (Dorip-
pidae, Calappidae, Leucosiidae) de genres où toutes les sutures sternales soient incomplètes, ininter¬
rompues.
Dans le genre Malula Weber (pl. 14, fig. 4, 5), Crabe Calappidae Matutinae nageur mais pas¬
sant une partie de sa vie enfoui dans le sable, seule la suture 4/5 est interrompue, dans deux fossettes ;
les suivantes sont continues ; à noter que, dans la cavité sterno-abdominale, la suture 6/7 conflue très
fortement vers la suture précédente, en formant au milieu une courbe.
Le squelette endophragmal de Matuta planipes (Fabricius) (pl. 14, fig. 6) montre : la faible inter¬
ruption médiane de l’endosternite 4/5 ; l’endosternite 5/6 continu mais partagé par la plaque médiane ;
l’endosternite 6/7 également continu, confluant vers l’endosternite précédent et divisé en deux par une
plaque médiane très surélevée; l’endosternite 7/8 plus bas médialement. Les endosternites 4/5, 5/6
et 6/7 forment des replis symétriques moyennement développés, qui se raccordent à la lame de jonc¬
tion. La selle turcique, extrêmement étroite transversalement et allongée, n’a pas plus d’épaisseur
que la plaque médiane.
Les autres genres attribués à la famille des Calappidae, sous-famiUe des Matutinae {cf. Balss,
1957, p. 1611-1612), à savoir Osackila Stimpson, Hepatus Latreille et Hepatella Smith, ont été soustraits
par nous des Calappidae (Guinot, 1966-1967 ; 1978ii ; cf. aussi infra).
Chez les Calappinae que nous avons examinés, notamment les genres Calappa Weber (pl. 14,
fig. 1, 2) et Mursia Desmarest, ce sont les deux premières sutures qui sont incomplètes.
Chez Calappa granulata (Linné) (pl. 14, fig. 3), les lames endosternales 4/5 et 5/6 s’appuient
sur la barre formée par le fond de la cavité sterno-abdominale ; les endosternites 6/7 et 7/8 sont con¬
tinus mais séparés par la plaque médiane, qui se surélève d’avant en arrière. Les endosternites 4/5 et
5/6 se prolongent par des replis très développés, en forme de nappes foliacées, obliques, se rattachant
à la puissante selle turcique ; les deux replis symétriques de l’endosternite 4/5, qui sont très vastes,
se rejoignent presque médialement. Un phragme prononcé correspond au sillon longitudinal du sternite
4.
Les autres Oxystomata possèdent des sutures toutes incomplètes, ce qui montre déjà la variété
des types de Crabes regroupés sous cette appellation. Nous avons maintenant affaire à des Brachyoures
ayant franchi une nouvelle étape quant à l’évolution du sternum thoracique. Nous discuterons dans
un autre chapitre de l’hétérogénéité des Crustacés attribués aux Oxystomata.
Parthenopidae {pro parte)
Comme les Oxystomata, les Parthenopidae se départagent en deux groupes. Chez certains
Parthenopidae, les deux sutures antérieures sont ininterrompues, les deux suivantes complètes ; chez
d autres Parthenopidae, toutes les sutures sont interrompues. L’interruption des sutures 4/5 à 7/8
caractérise également tous les Majidae que nous avons examinés {cf. infra).
Au premier groupe de Parthenopidae appartiennent les genres Daldorfia Rathbun et Thyro-
lambrus Rathbun. Les sutures 4/5 et 5/6 sont incomplètes, leurs terminaisons internes étant confluentes ;
les deux suivantes, 6/7 et 7/8, apparaissent continues. Daldorfia bowieri (A. Milne Edwards) (pl. 17,
fig- Ij 2) est une espèce chez laquelle on décèle difficilement le tracé des sutures du plastron car la sur¬
face est creusée d’anfractuosités. La même disposition se trouve chez D. korrida (Fabricius).
Source ; MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
97
Fig. 27 A, A'. — Sternum thoracique (A) et abdomen (A’) de Dairoides kusei (Sakai), 55 X 71 mm, Japon, Kii Minabe,
Sakai det. et leg. {MP) (x 2). On a représenté un peu schématiquement l'ornementation spéciale du test.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
Fig. 27 B, Bl. — Premier pléopode sexuel mâle chez Lophoxantkus lamellipes (Stimpson), (J 6 X 8,5 mm, Mexico, Espiritu
Island, « Vclero » Exp., st. 512-36, Garth det. B, pli (X 64) ; Bl, id., extrémité (x 64).
Source ; MNHN, Paris
MOBPtlOI-OGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Ü8
Chez Thyrolambrus eroêus (Miere) et Th. cariei (Bouvier) (pl. 17, fig. 3), les sutures ont aussi
le même tracé. Les extrémités internes de la suture 5/6, qui convergent beaucoup, en remontant, vers
celles do la suture 4/5, se terminent par une dépression accusée ; par ailleurs, une zone membraneuse
surmonte la suture 6/7 dans la région médiane ; enfin, un sillon médian longitudinal situé au niveau
du Bternite 4, sous le telson, correspond à un phragme saillant à l’intérieur de la cavité thoracique.
Dans le genre Dairoides Stebbing, qui semble être un Parthenopidae d’un type particulier {cf.
Guinot, 19676), la disposition est la suivante [cf. fig. 27A, A' ; pl. 17, fig. 9). Les sutures 4/5 et 5/6
sont interrompues médialement sur un large espace ; de chaque côté, les extrémités de l’une et de l’autre
se rejoignent, de sorte que le sternite 5, avec son crochet d’appareil d’accrochage de l’abdomen, est
isolé du côté interne. Une sorte de ride traverse de part en part la cavité sterno-abdominale et aboutit
au point de confluence des extrémités internes des sutures 4/5 et 5/6. La suture 6/7, oblique, est con¬
tinue, avec seulement un creux médian. La suture 7/8, également continue, est à peu près parallèle
à la précédente, c’est-à-dire qu’elle ne remonte pas davantage vers l’avant. La ligne médiane se situe
sur le sternite 8 et sur une grande partie du sternite 7. Un sillon longitudinal très net parcourt une
partie du sternite 4 en avant du telson : à l’intérieur de la cavité thoracique, il est représenté par un
phragme saillant ; ce dernier se continue par une crête rejoignant un bourrelet transversal qui cor¬
respond à la « ride » exosquelettique mentionnée plus haut. On distingue très bien, dans le système
endophragmal de Dairoides (pl. 17, fig. 11), les endosternites 4/5 et 5/6 disposés très latéralement
et nettement confluents. L’endosternite 6/7 est continu.
Nous avons mis en rapport le genre Daira de Haan avec le genre Dairoides. Or, le plastron de Daira
(fig. 2iC] nous montre des sutures 4/5 à 7/8 continues. Néanmoins, dans le système endophragmal de Daira
(pl. 17, fig. 6), alors que les sutures 4/5 et 5/6 apparaissent parallèles et non convei^ntes, les endosternites qui
leur correspondent convergent très fortement dans la zone médiane ; l’endosternite 6/7 remonte beaucoup vers
l’avant et conflue dans la même zone centrale que les endosternites précédents. Chez Daira, comme chez Dai¬
roides, au sillon longitudinal situé sur le sternite 4, en avant du telson, correspond une invagination, à savoir
un phragme saillant dans la cavité thoracique.
Le plastron de Daira offre des traits plus plésiomorphes que celui de Dairoides. Le système endophrag¬
mal n’infirme pas une parenté phylétique entre les deux genres.
PABTUENOXySTOMATA
Chez les Parthenoxystomata {cf. Guinot, 1966-1967 ; 19786), c’est-à-dire chez les genres Aethra
Leach, Osachila Stimpson, Hepatus Latreille et, sans doute aussi, chez Hepatella Smith (que nous
n’avons pas examiné), les sutures 4/5 et 5/6 sont interrompues ; la suture 6/7 semble pratiquement
complète, conflue très fortement vers l’avant et aboutit médialement dans une zone membraneuse,
la ligne longitudinale étant juste en retrait ; la suture 7/8, très postérieure, est continue.
Chez le genre Actaeomorpha Miers, char, emend., dans la zone médiane, la suture 6/7 semble
moins converger vers la suture 5/6.
En définitive, chez les Parthenoxystomata, la disposition paraît analogue à celle des Parthe¬
nopidae du second type, représentés par Daldorfia et Thyrolambrus, genres avec lesquels ils montrent,
au reste, le plus d’affinités.
Bbllioidba {pro parle)
Parmi les Bellioidea [cf Guinot, 1976, p. 47, fig. lOA-D), deux genres, Corysloides Lucas et Acan-
Ihocydus Lucas, ont les sutures 4/5 et 5/6 incomplètes, les sutures 6/7 et 7/8 incomplètes ; chez les deux
autres genres de ce groupe, Bellia H. Milne Edwards et HeUrozius A. Milne Edwards, les quatre sutures
sont interrompues médialement.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
Gehvonidae
Chez les Geryonidae, et plus précisément chez Geryon Kr0yer dont nous figurons le plastron
sternal (pl. 19, fig. 1, 2), les trois premières sutures sont interrompues : de chaque côté, la terminaison
interne de la suture 5/6 remonte et converge si complètement vers la terminaison de la suture 4/5
que, du côté interne, le sternite 5 se trouve isolé, avec le crochet de l’appareil d’accrochage de l’abdo¬
men. La suture 6/7 offre un tracé oblique et s’interrompt en laissant un faible espace entre les deux
extrémités. La suture 7/8 est complète mais apparaît divisée en deux par la ligne médiane qui s’avance
sur une partie du sternite 7. L’examen du squelette endophragmal (pl. 19, fig. 3) nous montre bien,
de chaque côté, l’endosternite 4/5 réuni latéralement à l’endosternite 5/6 ; leur point de confluence
se situe de part et d’autre du fond, assez élargi, de la cavité sterno-abdominale. L’endosternite 6/7
consiste en deux lames rapprochées de l’axe médian. L’endosternite 7/8 se compose de deux lames,
peu développées médialement et se rejoignant sur la plaque médiane élevée. Les replis des endoster-
nites 4/5, 5/6 et 6/7 sont réduits. La selle turcique est basse, élargie, très peu allongée.
Chez Paragalene Kossmann, la conformation est sensiblement la même ; à noter, en plus, un
sillon longitudinal médian sur le sternite 4, en avant du telson.
Dans le tableau 2, nous avons récapitulé les divers cas rencontrés chez les groupes de Crabes
sternitrèmes caractérisés par des sutures transversales antérieures incomplètes.
Tableau 2. Récapitulation des genres ou groupes caractérisés
par des sutures transversales antérieures incomplètes
a) Suture 4/5 incomplète, les suivantes continues
Brachygnatha Brachyrhyncha Xanthidae Actumnus {pro parte)
Oxystomata
(pro parte) Calappidae Matutinae Matuta
b) Sutures 4/5 et 5/6 incomplètes, les suivantes continues
Brachygnatha
Brachyrhyncha
Corystidae
-
-
Âtelecyclidae
Atelecyclinae
_
_
_
Acanthocyclinae
_
—
Cancridae
—
—
Xanthidae
Brachygnatha Oxyrhyncha
Parthenopidae
(pro parte)
Parthenoxystomata
Oxystomata
(pro parte)
Calappidae
Nautilocorystes
Pseudocorystes
Peltarion, Erimacrus, Tel-
messus, Trachycarcinus
Corystoides, Acanthocyclus
Perimela
Tous sauf Actumnus (pro
parte), et les quelques
genres mentionnés dans le
tableau 1
Daldorfia
Thyrolambrus
Dairoides, etc.
Tous
Tous
c) Sutures 4/5, 5/6 et 6/7 interrompues, la dernière 7/8 continue (ou presque continue)
Brachygnatha Brachyrhyncha Geryonidae Geryon
Paragalene
appelons Bellioidea, famille des Belliidae ; c/. Guinot, 1976.
Source : MNHN, Paris
100
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
3. LES QUATRE SUTURES TRANSVERSALES INCOMPLÈTES
Donc, à un stade évolutif avancé, dans le thorax, la fusion touche tous les somites ; ce sont
toutes les sutures qui vont être incomplètes ; en plus, dans la mesure où cette fusion intéresse une plus
grande largeur du plastron, les sutures ne seront apparentes latéralement que sur une faible étendue.
Un grand nombre de Crabes possèdent une telle conformation du sternum thoracique. Ce sont
notamment une partie des Oxystomata : Dorippidae, Leucosiidae, ainsi que le genre Orilhyia Fabri-
cius.
Tous les Brachyrhyncha (sensu Balss) autres que ceux mentionnés précédemment offrent un
plastron sternal à sutures 4/5 à 7/8 incomplètes : ce sont grosso modo les Ocypodidae, les Grapsidae, les
Gecarcinidae, les Pinnoteridae, les Mictyridae, les Palicidae, les Retroplumidae, les Hymenosoma-
tidae. Les quatre dernières familles seront traitées sous une rubrique spéciale (n'* 4).
Les Oxyrhyncha (sensu Balss, 1957, mais dont nous avons exclu les Hymenosomatidae et les
Eumedoninae), à savoir les Majidae et les Parthenopidae, ne montrent pas une disposition uniforme :
chez les Majidae, toutes les sutures intermétamériques sont incomplètes ; chez les Parthenopidae,
certains genres possèdent des sutures 4/5 à 7/8 interrompues tandis que d’autres ont les sutures 6/7
et 7/8 continues.
Bellioidea (pro parte)
Parmi les Bellioidea, seuls deux genres : Bellia H. Milne Edwards et Heterozius A. Milne Edwards
ont les quatre sutures sternales thoraciques incomplètes [cf. Guinot, 1976, p. 47, fig. lOA-D).
PoRTUNIDAE
Chez les Portunidae, les formes nageuses développent des adaptations morphologiques. A l’inté¬
rieur de la famille, on observe des différences notables quant aux manifestations de cette spécialisa¬
tion et à l’efficacité des dispositifs mis en place pour la natation. Cochban (1935) a montré que, dans
le genre Callinectes Stimpson, nageur par excellence mais qui vit enfoui dans le sable, les modifications
des pattes entraînent des changements dans la musculature. Les surfaces d’insertion doivent être
plus vastes et certains muscles présentent une disposition particulière, notamment sur p5. En con¬
séquence, le système endophragmal subit des transformations et devient plus complexe, notamment
au niveau de la dernière paire de pattes, souvent devenue en partie palette natatoire. Le plastron
sternal dont le tracé des sutures révèle la conformation, tout au moins basale des lames endosternales,
exprime partiellement ces adaptations.
Chez certains Portunidae, les sutures postérieures offrent une particularité : elles s’interrompent
assez loin, sur les flancs de la cavité sterno-abdominale, mais se prolongent à la surface de cette dernière
par des sillons assez nets. Le système endophragmal reflète bien cette transformation des lignes de suture
en de simples sillons : les premières sont représentées intérieurement par des lames endosternales,
tandis qu’aux sillons correspondent intérieurement de simples crêtes. Les genres Callinectes Stimpson,
Scylla de Haan, Ovalipes Rathbun, Podophtkalmus Lamarck sont typiques de cette disposition. Le
genre Carcinus Leach, en revanche, ne montre pas de lignes de suture prolongées par des sillons dans
la cavité sterno-abdominale ; il sera utile d’examiner par la suite les autres Carcininae.
Dans le genre Carcinus Leach (pl. 13, fig. 1, 2), les sutures 4/5, 5/6 et 6/7 laissent entre leurs extrémités
internes respectives un espace très net. Cependant, les terminaisons internes de la suture 6/7 apparaissent un
peu moins écartées que celles des deux sutures précédentes et remontent légèrement vers l’avant.
La suture 7/8 semble continue. L’examen du système endophragmal (pl. 13, fig. 3) montre que les lames
endosternales symétriques 4/5 et 5/6 prennent appui sur l’épaississement médian correspondant au fond de
la cavité sterno-abdominale et auquel fait suite, au niveau des somites 7 et 8, une plaque médiane élevée. Cette
Source ; MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
101
dernière est marquée sur l’exosquelette thoracique par un sillon prononcé. Les lames endosternales invaginées
à l’emplacement de la suture 6/7 sont un peu plus rapprochées médialement que les deux premières et confluent
faiblement vers l’avant. Les lames endosternales 7/8 se rejoignent au bas de la plaque médiane et convergent
aussi vers l’avant. Les lames endosternales A (5 et, à un moindre degré, 5/6 forment des replis moyennement
développés. La selle turcique est large.
Dans le genre Ovalipes Rathbun, à cavité sterno-abdominale peu excavée, un faible espace
sépare les terminaisons respectives des sutures 4/5 et 5/6 ; la suture 6/7, également interrompue, con¬
flue vers la précédente et fait place médialement à un sillon plus faible rejoignant presque l’axe antéro¬
postérieur longitudinal ; la suture 7/8 est interrompue sur le bord de la cavité sterno-abdominale mais
elle se prolonge par un sillon très léger, qui remonte vers la ligne longitudinale.
Dans le genre Scylla de Haan (pl. 13, fig. 4, 5), les sutures 4/5 et 5/6 sont interrompues média¬
lement et confluent assez sensiblement. Les parties droite et gauche de la suture 6/7, presque paral¬
lèles aux parties homologues de la suture précédente sur la partie plane du plastron, s’interrompent au
milieu de la cavité sterno-abdominale et se prolongent par deux sillons convergeant fortement vers
la suture 5/6. La suture 7/8 suit presque le même trajet que la suture 6/7 : elle apparaît comme con¬
tinue mais, là où elle remonte très en avant dans la partie sous-abdominale, elle est représentée par
un léger sillon. L’examen des endosternites (pl. 13, fig. 6) qui correspondent à ces sutures montre la
disposition suivante. Les lames droite et gauche des deux premiers endosternites ne sont pas jointives
et s’appuient sur l’épaississement médian formé par le fond de la cavité sterno-abdominale ; l’endoster-
nite 6/7 est représenté par deux lames nettement plus écartées l’une de l’autre et qui, après leur inter¬
ruption, se prolongent symétriquement par une sorte de crête. Les deux lames de l’endosternite 7/8
sont encore plus éloignées l’une de l’autre et ne se distinguent que sur la partie plane du plancher ster¬
nal : aux sillons qui parcourent la surface sternale à l’intérieur de la cavité sterno-abdominale corres¬
pondent de simples crêtes endophragmales, se rejoignant contre la plaque médiane. Les lames endoster¬
nales 4/5, 5/6 et 6/7 se prolongent par des replis, de taille décroissante d’avant en arrière. Les lames
symétriques de l’endosternite 7/8 se continuent par une apophyse pointue, qui vient se placer tout près
du repli 6/7 et le dépasse en longueur. La selle turcique est très étroite.
Dans le genre Callinectes Stimpson (pl. 13, fig. 8), à cavité sterno-abdominale très étroite (sauf
dans sa partie basale) et allongée, les sutures 4/5 et 5/6 s’interrompent dans le fond de cette dernière
sous forme de dépressions. Les parties droite et gauche de la suture 6/7 s’interrompent sur le bord de
la cavité, également par une fossette, mais se prolongent par un léger sillon qui conflue fortement
vers les points de terminaison des sutures précédentes. La suture 7/8 s’interrompt sur la partie plane
du plastron, juste sur le bord de la cavité : ses deux extrémités internes sont donc éloignées et ne se
prolongent par aucun sillon. Les figures de la cavité sterno-abdominale chez plusieurs espèces de Calli¬
nectes par Williams (1974a, fig. 18, 19) illustrent bien cette disposition. Le système endophragraal
(pl. 13, fig. 9) traduit parfaitement la conformation des sutures sternales intermétamériques. Il y a
en avant deux hautes lames endosternales, 4/5 puis 5/6, qui s’appuient sur le fond de la cavité sterno-
abdominale. Les lames endosternales paires 6/7 sont plus basses ; après leur interruption, chacune
se prolonge par une crête qui remonte beaucoup vers l’avant et qui, sur l’exosquelette sternal, se traduit
par le sillon que nous avons mentionné. Aux parties droite et gauche de la suture 7/8, qui demeurent
très latérales, correspondent deux lames peu développées que ne prolonge médialement aucune crête
et qui ont donc leurs terminaisons internes fort écartées. Chez Callinectes sapidus Rathbun, les replis
endosternaux sont réduits et la selle turcique est longue et assez développée en largeur. La plaque
médiane, marquée par un fort sillon sur le plastron sternal, est extrêmement haute et très allongée.
Dans le genre Podophlhalmus Lamarck (pl. 13, fig. 7) à cavité sterno-abdominale triangulaire,
élargie proximalement, la disposition des sutures est analogue à celle du genre Callinectes ; la ligne
médiane est plus courte chez Podophthalmus.
Dorippidae
Les Dorippidae (sensu Balss, 1957) nous montrent l’exemple d’un plastron très élargi en arrière
des pl, où toutes les sutures sont incomplètes. L’existence de certaines particularités suggère que ces
Source ; MNHN, Paris
102
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fie. 28. — Sternum thoracique de Dorippe lanata (Linné), <? 20 x 25 mm, côtes du Togo, 50 m, vase très sableuse, A. Cros-
NiEH coll. et det. (MP). A, plastron sternal en entier {X 4,5) ; B, stemites thoraciques postérieurs et premiers see-
ments abdominaux en vue dorsale (x 4,5).
_ On notera l'élargissement du plastron sternal, les sutures toutes interrompues, la forte sinuosité de la suture 5/6
qui contient te crochet sternal du dispositif d’accrochage, la position dorsale des stemites postérieurs (B), le stemite 8
non entièrement recouvert par l’abdomen, le tubercule pénien.
Pour Ut abrMaJions, voir p. 297-298.
Source ; MNHN, Paris
STERNUM THORACIQUE
103
Crabes représentent une solution conservative et, depuis longtemps, se maintiennent en stasigenèse.
Nous verrons que la région antérieure du sternum thoracique des Dorippidae indique un état archaïque :
quant à la partie postérieure du plastron, eUe est spécialement conformée en raison de la position de
l’abdomen, dont la partie proximale n’est pas rabattue sous le thorax, et de l’insertion dorsale des
p4 et des p5, pattes réduites et subchéliformes. Cela fait que la portion latéro-postérieure du sternite
7 et la portion découverte du sternite 8 sont visibles dorsalement.
Dans le genre Ethusa Roux, une partie encore plus grande du sternite 7 et surtout du sternite
8 apparaît dans une vue dorsale de l’animal.
Dans le genre Dorippe Weber (fig. 28A, B), la suture 4/5 passe en avant de l’extrémité du telson
et s’interrompt en laissant un assez large espace entre ses deux terminaisons internes ; la suture 5/6
s’infléchit brusquement et forme une forte concavité à son passage dans la cavité sterno-abdominale.
On observe aussi que la coxa des péréiopodes 1 à 4 est entourée par un prolongement sternal calcifié
(alors que, généralement, une zone membraneuse sépare les coxae) : à savoir, en avant de la coxa de
pl, un prolongement du sternite 3, limité en arrière et latéralement par une suture accusée, qui va se sou¬
der au ptérygostome (lequel porte le vaste orifice inspirateur, fente ovalaire munie d’un filtre de soies) ;
en arrière de pl, un prolongement de l’épisternite 4 ; en avant de la coxa de p2, un prolongement latéro-
antérieur du sternite 5, lequel prolongement se fusionne avec le précédent ; en arrière de p2, un prolon¬
gement de l’épisternite 5 ; en avant de la coxa de p3, un prolongement latéro-antérieur du sternite 6,
soudé avec le prolongement de l’épisternite 5 ; en arrière de p3, un prolongement de l’épisternite 6 ;
en avant de la coxa de p4, un étroit prolongement latéro-antérieur du sternite 7 ; en arrière de p4,
pas de zone calcifiée entourant la coxa de p5. Le sternite 8 est visible en vue dorsale de l’animal,
l’abdomen ne le recouvrant pas en entier (fig. 28B).
Nous donnons une photographie (pl. 19, fig. 10) des endosternites de Dorippe correspondant
aux sutures 4/5 à 6/7 : la fusion des somites consécutifs se reconnaît à l’interruption des lames endo-
phragmales dans la zone médiane, interruption plus poussée au niveau des endosternites 4/5 et 5/6
qu’au niveau de l’endosternite 6/7.
Obithyinae
Le genre Orithyia Fabricius, qui, avec O. sinica (Linné) = O. mamiüaris Fabricius, constitue
à lui seul la sous-famille des Orithyinae Ihle {cf. Balss, 1957, p. 1611), présente de nombreuses par¬
ticularités. Le plastron (pl. 14, fig. 7) ne manque pas d’être également singulier. Sur les flancs de la cavité
sterno-abdominale, assez peu excavée, on distingue l’empreinte de muscles développés. Toutes les sutures
sont incomplètes. Les sutures 4/5 et 5/6 se terminent médialement par une zone déprimée, semble-t-il
membraneuse. Lorsqu’on examine les lames endophragmales qui leur correspondent, on voit que les
deux feuillets invaginés, accolés « normalement » sur la plus grande partie de leur étendue, se séparent
à leur extrémité et se prolongent à l’intérieur de la cavité thoracique par une sorte de poche, au tégu¬
ment épaissi, corné. Le squelette endophragmal (pl. 14, fig. 8) se présente comme suit à ce niveau :
endosternite 4/5 composé de deux lames discontinues, s’appuyant sur l’épaississement médian formé
par le fond de la cavité sterno-abdominale ; endosternite 5/6 composé de deux lames se prolongeant
chacune par une poche fermée, un peu infléchie ; endosternite 6/7 composé de deux lames se terminant
chacune par une poche tubulaire, très allongée, en doigt de gant, presque aussi proéminente que la
lame médiane qui s’élève juste en arrière. La disposition semble être similaire chez la femelle.
Leucosiidae
Les Leucosiidae que nous avons examinés, aussi bien les genres Iphiculus Adams et White et
Paripkiculus Alcock (pl. 15, fig. 8), primitifs à certains égards, que les genres Leucosia Weber (pl. 15,
fig. 1, 2), Ilia Leach (pl. 15, fig. 7), Philyra Leach, Randallia Stimpson, Ebalia Leach, Lithadia Bell
(pl. 15, fig. 5, 6), offrent la même disposition quant aux quatre sutures sternales : elles s’interrompent
au bas des flancs de la cavité abdominale en laissant entre leurs terminaisons internes un espace plus
Source : MNHN, Paris
104
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
OU moins large selon les genres. L’examen du squelette endophragmal d’une Leucosia (pl. 15, fig. 4),
lequel se présente avec une extrême complexité et diffère fortement de celui des autres Brachyoures,
nous montre en effet que les endosternites (4/5 à 7/8) sont tous interrompus et laissent entre eux une
large zone, dans un plan horizontal, correspondant au fond de la cavité sterno-abdominale.
Majidae
Chez les Oxyrhyncha sensu Balss, 1957 (dont nous avons exclu les Hymenosomatidae, cf. infra,
et les Eumedoninae non étudiés ici), nous avons envisagé séparément les Majidae et les Parthenopi*
dae.
Chez les Majidae, il semble que toutes les sutures soient incomplètes, même chez les genres
les plus primitifs (à vérifier toutefois).
Dans le genre Maja Lamarck (pl. 16, fig. 1, 2), les sutures 4/5 et 5/6 laissent entre leurs termi¬
naisons internes un large espace ; les deux terminaisons symétriques de la suture 6/7 sont séparées par
une zone faiblement calcifiée, vers laquelle convergent les terminaisons suturales 7/8, plus rapprochées
de la zone médiane. L’examen des endosternites (pl. 16, fig. 3) invaginés à l’emplacement de ces sutures
montre un écartement très marqué entre les lames droite et gauche des endosternites 4/5 et 5/6, plus
faible entre les deux lames symétriques de l’endosternite 6/7. Les deux lames droite et gauche de l’endo-
sternite 7/8 s’appliquent sur la plaque médiane qui s’élève au milieu du 8® somite thoracique.
Nous renvoyons à Dbach (1939, p. 368-373, pl. 6, fig. 25-26) qui a décrit en détail et figuré le squelette
endophragmal de Maja squinado (Herbst). Considérant la structure apodémienne intersegmentaire de Maja
comme typiquement brachyourienne. Gordon (1963, p. 55, fig. 14) la confronte à celle rencontrée chez les
Crabes à orifices femelles coxaux (Dromiacea, Tymolinae, Raninidae). Drach (1971), qui montre les divers
niveaux d’évolution du squelette intersegmentaire dans les groupes de Décapodes, précise que le plan de struc¬
ture est uniforme chez les Brachyoures vrais, donc comparable à celui de Maja ; en revanche, les Dromiacea,
d’une part, et les Homolidés, d’autre part, possèdent une disposition endophragmale complètement diffé¬
rente, qui les éloigne des Crabes typiques et les isole (voir le chapitre sur le système endophragmal).
Les genres Pisa Leach (pl. 16, fig. 4), Hyas Leach, Eurynolamhrus H. Milne Edwards et Lucas
(pl. 16, fig. 8, 9), Mithrax Latreille, Sckizopkrys White, Achaeus Leach, Acanthonyx Latreille offrent
une disposition analogue. Un Majidae à sternum thoracique extrêmement élargi, comme le genre Leu-
rocyclus Rathbun (pl. 16, fig. 5, 6), montre des sutures toutes très écartées, confluant vers le fond de
la cavité abdominale ; les lames endophragmales ne sont donc présentes que latéralement et la fusion
des somites est complète.
Nous avons vu que, chez certains Majidae, les parties droite et gauche du sternite 5 pouvaient
être isolées de part et d’autre du plastron, par suite de la confluence et de la jonction des terminaisons
suturales 4/5 et 5/6 : c’est par exemple le cas dans le genre Oregonia Dana et chez Chlorinoides barunai
Serène (pl. 16, fig. 7).
Parthenopidae {pro parte)
Chez les Parthenopidae, nous avons vu qu’il existe au moins deux types de disposition. Certains
genres {cf. supra) ont les deux sutures postérieures ininterrompues. En revanche, chez de nombreuses
espèces rapportées au genre Lambrus Leach s.l. {cf. pl. 17, fig. 4), toutes les sutures, 4/5 à 7/8, sont
interrompues, comme dans le genre Maja. Les terminaisons internes des sutures postérieures 6/7 et
7/8 sont séparées par un espace plus faible que celui existant entre les terminaisons des sutures 4/5
et 5/6, lesquelles sont assez écartées. Mais, à la différence des Majidae, la suture 7/8 ne conflue pas
médialement, sous forme d’une étroite avancée, vers la suture 6/7 ; tout au plus, les terminaisons
internes de la suture 7/8 remontent sensiblement vers l’avant. Nous avons observé cette disposition
Source ; MNHN, Paris
LE STERNxnd THORACIQUE
105
chez Lambrus longimanus (Linné), Lambrus echinalus (Herbst), Lambrus angulifrons (Latreille), L.
calappoides (Adams et White). Un arrangement similaire des sutures sternales caractérise les genres
Cryptopodia H. Milne Edwards et Heterocrypla Stimpson.
OCYPODIDAE
Les Ocypodidae (sensu Balss, 1957) possèdent tous une cavité sterno-abdominale très profonde
et allongée, l’extrémité de l’abdomen s’approchant beaucoup de la base des mxp3. Les quatre sutures
sternales sont incomplètes dans les trois sous-familles généralement reconnues, ainsi que chez celle
des Camptandriinae reconnue depuis Stimpson, 1858 [cf. Serène, 1974).
Chez les Ocypodinae, notamment dans le genre Ocypode Weber (pl. 18, fig. 7), la suture 4/5
s’interrompt par une dépression à faible distance de l’axe longitudinal médian ; les sutures 5/6 à 7/8
s’interrompent plus loin (surtout la dernière), sur les flancs de la cavité abdominale. Le système endo-
phragmal d’Ocypode cursor (Linné) (pl. 18, fig. 8) montre, à l’intérieur de la cavité thoracique, une saillie
très prononcée correspondant à la vaste et profonde cavité sterno-abdominale. L’endosternite 4/5
est discontinu mais ses extrémités internes sont peu éloignées l’une de l’autre ; les endosternites posté¬
rieurs laissent entre leurs terminaisons internes un plus large espace. Une plaque médiane très saillante
s’élève au niveau des somites représentés par les sternites 4 à 7, lesquels sont parcourus longitudinale¬
ment, sur la surface sternale, par une ligne médiane accusée. On notera l’apophyse endophragmale
3/4 qui rejoint le repli voûté formé par l’endosternite 4/5.
Le sternum thoracique n’a pas été étudié dans le vaste genre Vca Leach s.L, qui a été divisé
en de nombreux sous-genres, surtout d’après les caractères du front et des pléopodes sexuels. A notre
avis, l’examen systématique du plastron chez les Uca (forme générale, caractéristiques de l’écusson
sternal, tracé des sutures transversales, ligne médiane, disposition de l’abdomen et notamment du
telson) apporterait des indications précieuses. Les figures que nous donnons ici de trois espèces d’Uca,
à propos de l’appareil d’accrochage du pléon (absent ou d’un type spécial : voir le chapitre consacré
à ce sujet, n° 11, n® 12), montrent des différences quant à la crête arquée qui termine en avant la cavité
sterno-abdominale ; ce caractère n’est probablement pas négligeable (pl. 18, fig. 1 : U. langeri ; pl. 18,
fig. 3 : U. thayeri thayeri ; pl. 18, fig. 2 : U. maracoani maracoani).
Chez les Macrophthalminae, tout au moins dans le genre Macrophthalmus Desmarest (pl. 18,
fig. 4-6), il y a un large espace entre les terminaisons internes de la suture 4/5, un plus étroit entre
celles de la suture 5/6 et celles de la suture 6/7, plus large, à nouveau, entre les extrémités internes
de la suture 7/8. La ligne médiane ne s’avance pas au-delà du sternite 7.
Chez les Scopimerinae, plus précisément chez Scopimera de Haan et Dotilla Stimpson, toutes
les sutures s’interrompent sur le bord de la cavité sterno-abdominale.
A noter que, chez certaines espèce de Dotilla, des membranes tympaniques sont localisées sur
les sternites thoraciques, de part et d’autre de l’abdomen : D. wichmanni de Man (pl. 19, fig. 4).
Grapsidae
Examinons maintenant la disposition des sutures sternales, toutes incomplètes, chez les quatre
sous-familles de Grapsidae [sensu Balss, 1957, p. 1665).
Chez les Grapsinae, notamment chez Grapsus Lamarck (pl. 20, fig. 1, 2) et chez Pachygrapsus
Randall, les sutures 4/5 et 5/6 laissent entre leurs terminaisons respectives un écart notable ; les ter¬
minaisons internes de la suture 6/7 ont entre elles un espace plus restreint et remontent vers l’avant ;
les parties droite et gauche de la suture 7/8 sont courtes et s’interrompent sur les flancs de la cavité
sterno-abdominale. La ligne médiane est présente au niveau des sternites 7 et 8. L’examen du système
endophragmal chez Grapsus tenuicrustatus (Herbst) (pl. 20, fig. 3) montre une disposition des lames
endosternales conforme au tracé des sutures sur le plastron, à savoir : les parties droite et gauche des
lames 4/5 et 5/6 s’appuyant de part et d’autre de l’épaississement formé par le fond de la cavité sterno-
Source : MNHN, Paris
106
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
abdominale ; les parties droite et gauche de l’endostemite 6/7 plus rapprochées avec, juste en arrière,
une haute plaque médiane. Les épimères présentent une surface très vaste ; les endopleurites sont bien
développés. La selle turcique est étroite mais se raccorde largement à la lame de jonction.
Chez les Sesarminae, tout au moins dans le genre Sesarma Say, les sutures 4/5, 5/6, 6/7 s’inter¬
rompent de part et d’autre du fond de la cavité sterno-abdominale et laissent entre leurs terminaisons
internes un espace sensiblement équivalent ; un sillon léger semble toutefois réunir les terminaisons
des sutures 5/6 et 6/7. Entre les extrémités internes de la suture 7/8, l’espace est un peu plus grand.
La ligne médiane forme un sillon continu sur les sternites 8 et 7, puis s’interrompt au niveau de la
suture 6/7, pour réapparaître plus haut sur le sternite 6 et sur une partie du sternite 5. Le squelette
endophragmal, que nous avons examiné chez Sesarma huzardi (Desmarest) (pl. 20, fig. 7), montre
les lames endosternales s’appuyant de part et d’autre du fond de la cavité sternale. Une particularité
réside dans la plaque médiane qui est discontinue, en deux parties : une lame haute au niveau des somites
thoraciques 8 et 7 (plaque médiane postérieure) et une deuxième lame, complètement indépendante
et plus basse, au niveau du somite 6 et de la partie postérieure du somite 5 (plaque médiane antérieure).
La selle turcique est assez large, avec des ailes étendues transversalement.
Chez les Sesarminae, comme chez les Crabes des groupes voisins, un caractère du plastron pour¬
rait être utilisé : c’est la crête arquée qui termine la cavité abdominale. Gordon (1937, fig. 2b, d) a
bien montré que cette crête pouvait atteindre ou non la suture 4/5.
Chez les Plagusünae {cf. pl. 23, fig. 2), la disposition est sensiblement la même que chez les
Sesarminae, mais les terminaisons internes des trois premières sutures sont un peu plus rapprochées
et confluentes. Dans cette sous-famille, la ligne médiane se situe au niveau des sternites 8 et 7, comme
chez les Grapsinae.
Chez les Varuninae, les sutures 4/5 à 7/8 s’interrompent toutes sur les flancs de la cavité sterno-
abdominale, la suture 7/8 un peu plus en retrait que les précédentes. Les extrémités internes de la suture
5/6 se prolongent par un sillon incurvé vers le haut ; celles de la suture 6/7 se continuent par un sillon
léger qui rejoint obliquement l’axe médian. La ligne médiane, présente sur les sternites 8, 7 et 6, est
interrompue au niveau de la suture 6/7. Nous avons observé cette disposition dans les genres Varuna
H. Milne Edwards (pl. 20, fig. 4, 5) et Eriocheir de Haan.
Le squelette endophragmal de Varuna litterata (Fabricius) (pl. 20, fig. 6) montre la forte saillie
correspondant à la cavité sterno-abdominale, très développée et dont le fond forme une plate-forme
dans la région antérieure. L’endosternite 4/5 est discontinu, ses deux lames s’appuyant de part et d’autre
de la plate-forme en question ; chacune des deux lames de l’endosternite 5/6 s’incurve vers le haut,
en confluant par une crête cornée vers la lame endosternale précédente du même côté ; l’endosternite
6/7 est composé de deux lames s’arrêtant assez loin de la plaque médiane mais qui se prolongent par
une crête jusque sur les flancs de cette dernière. Les lames endosternales symétriques 7/8 s’interrompent
assez loin de la plaque médiane. La plaque médiane est formée, comme chez les Sesarminae, d’une
lame postérieure élevée et d’une lame antérieure un peu plus basse ; mais, chez Varuna, les deux parties
en question sont jointives au niveau de la suture 6/7, alors que, chez Sesarnui, à cet emplacement une
discontinuité complète se traduit par deux lames distinctes, se suivant dans le plan médian longitu¬
dinal {cf. supra).
Gecarcinidae
Les Gecarcinidae possèdent un plastron sternal relativement élargi en arrière des chélipèdes.
Toutes les sutures sont incomplètes. Pénétrant dans la cavité abdominale, les extrémités suturales
ne sont pas confluentes et laissent au milieu une zone indivise modérément large.
Voici la disposition chez Gecarcinus planalus Stimpson (pl. 19, fig. 11). La suture 4/5 se termine
de chaque côté par une profonde dépression ; la suture 5/6 s’interrompt è peu près à la même distance
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
107
mais se continue, au milieu, par un sillon très léger ; la suture 6/7 s’interrompt comme la précédente
mais se continue par un sillon assez net, qui remonte dans le fond de la cavité abdominale ; la suture
7/8 est plutôt courte. L’examen du squelette endophragmal (pl. 19, fig. 12) nous montre que les lames
endosternales invaginées à partir de ces sutures sont très épaisses et disposées comme suit : endosternite
4/5 incomplet, ses deux lames s’appuyant sur la saillie formée par la cavité abdominale ; endosternite
5/6 constitué par deux lames interrompues, se continuant médialement par une petite crête cornée ;
endosternite 6/7 également interrompu et se continuant par une crête cornée, convergeant vers celle
qui lui est symétrique ; endosternite 7/8 plus court, placé très postérieurement. Une plaque médiane
élevée s’étend sur toute la hauteur du somite 7.
Chez les Gecarcinidae, le sternite 8 n'est pas exposé, l'abdomen le recouvrant en entier. L'orifice mâle
est sternal, sur le sternite 8, et se trouve plus ou moins loin de la coxa de p5 {cf. fig. 54A-D).
Le sternite 5 porte, ou non, une protubérance selon les genres de Gecarcinidae envisagés mais il ne semble
pas que, lorsqu’un crochet est présent, le dispositif d’accrochage soit fonctionnel {cf. le chapitre sur cette ques¬
tion).
PlNNOTEBlDAE
Les Pinnoteridae ont un plastron moyennement {Pinnoteres Latreille, Ostracoteres H. Milne
Edwards : fig. 24D) ou extrêmement {Pinnixa White : pl. 19, fig. 7, 8) élargi. Le bord antérieur est
comme tronqué et offre souvent en son milieu une concavité sur laquelle reposent les palpes des mxp3 ;
en réalité, le sternum thoracique se termine par une avancée plus ou moins pointue, peu apparente
quand elle est en contrebas mais, par exemple, très visible chez Tritodynamea Balss et Pinnixa White
(pl. 19, fig. 9). Toutes les sutures sont incomplètes : les extrémités internes des sutures 4/5 et 5/6 pénè¬
trent dans la cavité sterno-abdominale et confluent, parfois jusqu’à se rejoindre {Pinnixa) ; les sutures
6/7 et 7/8 s’arrêtent juste sur le bord de cette dernière ; parfois, la suture 7/8 se prolonge un peu sur
les flancs de la cavité sternale. L’examen du squelette endophragmal montre très nettement, chez
Pinnixa, la confluence des endostemites 4/5 et 5/6, de part et d’autre dans la cavité thoracique, et
l’interruption plus latérale des endostemites 6/7 et surtout 7/8 (voir le chapitre sur le système endo¬
phragmal).
Le sternite 8 est visible très largement {Pinnixa) ou plus modérément {Ostracoteres : fig. 24D),
l’orifice mâle étant toujours sternal, à la limite de la suture 7/8 ou au-dessous de celle-ci.
Chez la femelle de Pinnixa (pl. 24, fig. 7, 8), à plastron très élargi, les vulves dépendent, à l’évi¬
dence, du sternite 6, bien qu’elles soient situées dans la zone indivise.
Nous avons observé chez Pinnoteres pisum une particularité, à savoir une suture 3/4 développée
et qui rejoint le sommet de la cavité abdominale.
Dans le genre Tritodynamea Balss (pl. 23, fig. 7, 8), le plastron est relativement étroit en avant
mais extrêmement élargi en arrière. Les extrémités internes des sutures 4/5 et celles de la suture 5/6
ne convergent pas l’une vers l’autre.
Les groupes caractérisés par quatre sutures sternales incomplètes sont représentés sur le
tableau 3.
4. C^S COMPLEXES, AVEC LES QUATRE SUTURES TRANSVERSALES INCOMPLÈTES
Mictyridae
Les Mictyridae sont représentés par le seul genre Mictyris Latreille.
Ce sont des Crabes grégaires, extrêmement modifiés sur le plan morphologique (corps globuleux ; cavité
buccale énorme ; maxillipèdes très développés, fortement convexes ; soies en cuillère pour la filtration du sable ;
Source : MNHN, Paris
c.a. ex
Fig. 29. — Sternum thoracique des Mictyridae. (Pilosité non représentée). Alictÿris longicarpiu Latreille, (J 26 X 22 mm,
Australie, New South Wales, Port Jackson, Sydney-P4949 (MP). A, plastron sternal en entier (x 6,3), avec l'in¬
dication, en haut à gauche (partiellement en pointillé), du mxp3 qui repose sur la portion sternale antérieure ; B, partie
tout à fait antérieure du sternum thoracique dans une vue frontale (x 6,3) ; C, détail du pénis et, au-dessous, de
l’épaulement du stemite 8 qui maintient l’abdomen (x 21).
On notera en particulier la largeur de l’abdomen (mâle), l’absence de dispositif d’accrochage, la crête sur le stemite 4
qui marque une forte dénivellation entre l'avant et l'arrière du plastron, ainsi que la pointe sternale antérieure qui
s’abaisse et se projette vers l'arrière.
Pour lu abréviaiiont, voir p. 297-298.
Source ; MNHN, Paris
L.E STEHNUM THORACIQUE
109
orilice branchial afiérenl formé par une échancrure creusée dans la paroi ptérygostomienne et recouverte par
une valvule formée par la base dilatée de l'épipodite de mxp3 ; orifice branchial accessoire impair le long du
bord postérieur de la carapace, frangé de soies raides apposées contre des soies similaires qui garnissent le bord
antérieur du premier segment de l’abdomen ; etc.). Leur éthologie est particulière à maints égards : creusement
de terriers en spirale {« cork-screw fashion « décrite par McNeill, 1926), nombreuses phases de comportement pré¬
cédant la prise de nourriture (tri du sable, ingestion comparée à une « rumination » et rejet des résidus sous
forme de multiples boulettes déposées sur le sol), agrégation de très nombreux individus et activités sociales,
notamment de longs déplacements sur la plage en grandes armées (d’où le nom de n Crabes soldats b), marche
en avant et non latérale, postures d’intimidation et autres parades (Cameron, 1966). Les Mictyridae seraient
un exemple du phénomène de rassemblement des individus, phase de comportement à laquelle Wynne-Edwabds
(1962, p. 16) donne le nom d’epideicUc display.
Le plastron sternal (fig. 29A, B) est très élargi et présente une forte dénivellation antérieure,
en avant des chélipèdes. Le sternum thoracique se trouve partagé en deux régions bien distinctes,
délimitées par une crête transversale munie de longues soies : une partie postérieure peu modifiée,
une partie antérieure très différente de celle rencontrée chez les autres Brachyoures. L’avant du plas¬
tron forme une avancée pointue qui se rabat complètement vers l’arrière, au-dessus du sternite 4 ;
de part et d’autre, il y a une zone excavée dans laquelle se loge la partie proximale de l’ischion foliacé
du mxp3.
Les sutures 4/5 à 7/8 sont interrompues mais convergent toutes dans la cavité sterno-abdomi-
nale, relativement peu profonde. Un sillon longitudinal accusé parcourt médialement le sternite 4.
Le sternum se continue au-dessus de la coxa des pl par un prolongement auquel fait suite le complexe
morphologique formé par l’orifice inspirateur avec sa valvulve épipodiale.
Le squelette endophragmal(pl. 19, fig. 6) est compliqué et tout à fait particulier. En ce qui concerne
les endosternites 4/5 à 7/8, on observe leur interruption médiane et leur disposition radiale, conformes à
celles des sutures correspondantes. La dénivellation antérieure se traduit intérieurement par une proémi¬
nence marquée ; la pointe antérieure du plastron, rabattue sur le somite thoracique 4, est également bien
visible. La plaque médiane est représentée par un phragme, peu saillant, placé antérieurement puisqu’il
se situe au niveau du somite 4. Le raccord des endosternites avec les endopleurites se réalise de façon
spéciale, une sorte de muraille latérale et postérieure étant constituée dans la cavité thoracique. Il
n’y a pas de selle turcique ou, tout au moins, ce que l’on peut homologuer à la selle turcique des autres
Brachyoures, offre une conformation très particulière.
Ce plastron sternal, que nous n’avons rencontré chez aucun autre Brachyoure, porte un orifice
mâle sternal, s’ouvrant sur le sternite 8, à peu de distance de la suture 7/8, et qui se trouve surmonté
d’une sorte d’éperon calcifié, s’appuyant sur le sternite 7. Le pénis est foliacé et sétifère (fig. 29C).
L’abdomen mâle recouvre une large partie du sternum thoracique : extrêmement vaste, il s’étale à
partir du deuxième segment, ce qui lui donne l’apparence d’un abdomen femelle. Du reste, on notera
combien, quant à ce caractère, le dimorphisme sexuel est peu accusé.
Le genre Dotilla Stimpson, Ocypodidae Scopimerinae {sensu Balss, 1957, p. 1664), offre plusieurs simi¬
litudes morphologiques avec le genre Miclyris (notamment le bombement ventral au niveau des pattes-mâchoi¬
res), liées à des habitudes analogues (surtout alimentaires et fouisseuses). Ce Brachyoure possède un sternum
thoracique moins modifié (cf. pl. 19, fig. 4). Toutefois, on retrouve dans ce genre la même particularité que chez
Mictyris : la base des maxillipèdes empiète sur l’avant du sternum et repose, de part et d’autre de l’extrémité
médiane (non rabattue vers l’arrière chez Dotilla), dans une étroite ramure. Certains auteurs comme Tesch
(1918) ont, dans leur classification, rapproché les genres Dotilla et Mictyris. La ressemblance est encore plus
frappante lorsqu’on a l’occasion d’examiner une Dotilla dont la silhouette évoque tout à fait un Mictyris, à
savoir D. mictyroides (H. Milne Edwards), appelée aussi « Soldier crab » (Tweedie, 1952). Les Dotilla ont des
mœurs grégaires, comme les Mictyris, vivent pareillement sur les plages sableuses, creusent des terriers, se
rassemblent en grand nombre et se nourrissent des particules organiques contenues dans le sable qui est ensuite
rejeté sous forme de boulettes. N’ayant pas étudié de près cette question, nous nous limitons ici à constater
ces similitudes, qui nous paraissent dues à une évolution convergente.
Source ; MNHN, Paris
110
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Hymenosomatidae
Chez les Hymenosomatidae, Crabes aplatis et en forme de pièce de monnaie, aux caractères
systématiques ambigus, le plastron sternal est très étroit en avant de pl, au contraire extrêmement
élargi et de forme ovalaire en arrière. Le sternite 8 est visible et exposé en grande partie. Les sutures
sont toutes incomplètes et réduites à leur portion latérale, une vaste région médiane demeurant indi-
Nous figurons la disposition du sternum thoracique chez Halicarcinus planatus (Fabricius) (fig.
30A) et chez Elamena pilosa A. Milne Edwards (pl. 20, fig. 8), où l’on voit très distinctement les sutures
interrompues très loin de la cavité abdominale : la suture 4/5 est incurvée et les sutures 6/7 et 7/8
remontent beaucoup vers l’avant. L’examen du système endophragmal dans les deux genres {Hali-
carciniis : pl. 20, fig. 11 ; Elamena : pl. 20, fig. 9, 10) confirme cette structure particulière : tous les
endosternites sont confinés dans la partie latérale. La partie centrale est indivise, sans plaque médiane,
avec seulement la forte saillie que forme à l’intérieur la profonde cavité sterno-abdominale.
Chez Elamena pilosa, l’ensemble formé par l’endosternite 4/5 raccordé avec l’endopleurite cor¬
respondant, qui s’étend en un repli foliacé, présente le même aspect que l’endophragme précédent
(3/4), exceptionnellement développé et également foliacé.
Ce que Boschi et al. (1969, fig. 7,8) ont appelé mégalope chez des Halicarcinus plarujtus d’Argen¬
tine mais qui serait plutôt un jeune stade Crabe (fig. 30B), offre un plastron parcouru par des sutures
uniquement latérales et à peu près conformé comme chez l'adulte.
Le crochet de l’appareil d’accrochage de l’abdomen se trouve très éloigné de toute suture, ce qui n’est
pas habituel : il est situé juste sur le bord de la cavité abdominale, là où il viendra se coapter avec la fossette
creusée à la face inférieure de l’abdomen. Chez les Hymenosomatidae, topographiquement, le crochet paraît
à première vue appartenir au sternite 6 (au lieu de l’habituel sternite 5) mais, étant donné la situation du cro¬
chet dans une zone largement indivise, il n'est pas évident qu’il dépende d’un sternite plus que d’un autre.
En outre, le tracé oblique des sutures rend plus difficile la localisation du crochet, c’est-à-dire son appartenance
à tel ou tel sternite. Une autre complication vient du fait que l'abdomen se compose de six segments (au lieu
de sept), sans indication d’une fusion de deux segments à un endroit quelconque. Le premier segment, très
développé chez Halicarcinus planaius, représente-t-il les segments 1 et 2 réunis ? Cela semble improbable,
surtout si l’on regarde d’autres Hymenosomatidae où le premier segment est plus réduit. Fait curieux, la fos¬
sette correspondant au crochet de l’appareil d’accrochage de l’abdomen se trouve à la face inférieure du dernier
segment, donc, apparemment, du sixième. Est-ce à dire que le dernier segment abdominal comprend les seg¬
ments 6 et 7 fusionnés, puisque la fossette, qui vient coiffer le crochet, appartient typiquement, chez tous les
Braehyoures, à l’avant-dernier segment abdominal ?
Chez Elamena pilosa A. Milne Edwards (pl. 20, fig. 8), le plastron, peut-être encore plus élargi
et avec des sutures obliques, porte une cavité sterno-abdominale plus courte que chez Halicarcinus.
Le crochet, placé comme chez Halicarcinus sur le rebord de la cavité, est situé encore plus bas (puisque
1 abdomen est aussi plus court) : on ne peut le rattacher à un sternite plus qu’à un autre : il est situé
si postérieurement qu’on pourrait, la suture 7/8 étant très oblique, le rattacher au sternite 8. Chez cette
espèce également, l’abdomen ne laisse apparaître que six segments au total, sans trace d’une suture
marquant la fusion de deux somites. Ce dernier segment abdominal offre une forme singulière : à la
base, il porte deux expansions latérales bien visibles dorsalement, correspondant aux fossettes d’accro¬
chage de 1 abdomen (pl. 23, fig. 6) et, fait singulier, mobiles : elles viennent s’appliquer sur les crochets
par leur face interne creuse et limitée par un bourrelet. Cette partie basale du dernier segment abdo¬
minal représente-t-elle le 6® segment ? La forme particulière du dernier segment et la localisation des
fossettes dans sa partie proximale rendent plausible cette hypothèse. L’emplacement d’une telle fusion
est inhabituelle car, chez les Crabes, ce sont les segments proximaux de l’abdomen qui se soudent
(très souvent 3-4-5) et non les segments distaux (6 telson).
Dans le sexe femelle aussi, l’abdomen ne se compose que de six segments, le dernier étant le plus
développé.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
111
Une autre singularité des Hymenosomatidae, qui est du même ordre que la précédente, est la position
aberrante des vulves. Chez la femelle, surtout chez la femelle ovigère au plastron extrêmement décalcifié,
transparent, (pl. 24, fig. 10), recouvert par un vaste abdomen, les sutures sont encore plus confinées sur les
bords que chez les mâles et la zone indivise du sternum est encore plus étendue. Les vulves sont situées très
en avant, presque au niveau des pl chez Halicarcinus planatus, plutôt au niveau des p2 chez Elamena pilosa,
dans la large zone non métamérisée. On se pose la même question qu’à propos des Palicidae : malgré leur posi¬
tion très antérieure, les vulves dépendent-elles du somite 6 comme c’est le cas chez les autres Brachyoures ?
Il est probable que, comme pour Palicus, le tracé des nerfs jusqu'à la masse ganglionnaire thoracique révélera
que les vulves dépendent du somite normal, c’est-à-dire du somite 6, mais qu’elles ont été refoulées en avant
par suite de l’aplatissement et de l’élargissement du corps, par suite aussi de la fusion de tous les somites tho¬
raciques et d’un ensemble de facteurs qui ont entraîné de nombreuses modifications. La position oblique des
sutures et la localisation latérale des endosternites correspondants sont révélatrices d'un processus particulier
qui, en quelque sorte, a « déformé » le plastron.
L’orifice mâle est lui-même situé de façon singulière (fig. 30A), à savoir très loin de la suture 7/8, le
sternite 8 offrant une large partie découverte, exposée, qui est fusionnée avec le sternite 7. On notera que, chez
les Hymenosomatidae (moins toutefois que chez les Palicidae), les p5 sont rapprochées l’une de l’autre et ont
une position dorsale, ceci entrant en jeu dans la localisation de l’orifice mâle et du pénis.
Enfin, signalons que, chez certains Hymenosomatidae, la cavité sterno-abdominale mâle n’est
pas complètement remplie par l’abdomen, celui-ci, plus court, laissant en avant du telson un espace
non recouvert. Les pléopodes, qui sont courts, parfois incurvés et logés tout au fond d’une cavité forte¬
ment excavée, sont cependant parfaitement protégés.
Palicidae (= Cymopoliidae) ^
Les Palicidae sont des Crabes dotés de caractères particuliers, à carapace peu épaisse et dernière
paire de péréiopodes réduite, ramenée sur le dos. Leur position systématique, beaucoup discutée,
demeure douteuse. Ils possèdent un plastron sternal extrêmement élargi en arrière des chélipèdes
(fig. 30G) ; en avant, l’écusson sternal est étroit. Grâce aux cavités arthrodiales, que l’on peut découvrir
sur les côtés, on reconnaît aisément la portion correspondant au sternite 3 dont dépend mxp3, limité
en avant par une suture traversant de part en part l’écusson ; les cavités arthrodiales de mxp2 et de
mxpl permettent de localiser le sternite 2 et le sternite 1. Chez Palicus, on distingue très nettement,
au-dessous de la pointe antérieure du plastron, les deux bras sclérifiés qui constituent chacun la branche
supérieure de la cavité arthrodiale de mxpl : c’est là que se situe le début du sternum thoracique.
On a bien, dans ce cas comme dans d’autres, l’indication que mxp2 et mxpl ne contribuent pas à for¬
mer le plastron sternal. Toutes les sutures, de 4/5 à 7/8, sont interrompues, très loin du plan sagittal
médian, les trois dernières ne pénétrant pas dans la large cavité sterno-abdominale : elles ne parcourent
donc le plastron que dans sa partie exposée, c’est-à-dire non recouverte par l’abdomen. Seule, la suture
4/5 pénètre faiblement dans la cavité abdominale : à cet endroit, juste en arrière de la suture, la paroi
sternale porte le crochet de l’appareil d’accrochage de l’abdomen, qui est donc placé très en avant à
la surface du sternite 5.
Chez les Palicidae, les deux p5, dorsales, sont plus rapprochées l’une de l’autre que ne le sont les pattes
précédentes, toutefois moins que chez le Retroplumidae (fig. 30D, F). Chez les Palicidae, une assez large por¬
tion sternale sépare l’abdomen (mâle ou femelle) de la coxa de p5. Le pénis, long et incurvé, sort d’une gaine
formée par l’accoleraent de deux zones tubulaires et entourée partiellement par l’épisternite 7. On peut donc
dire que l’orifice mâle est sternal : c’est pour cette raison que les Palicidae ont été retranchés des Dorippidae
1. Certains carcinoiogistes, et notamment Balss (1957, p. 1667), utilisent encore l'appellation Cymopoliidae.
Mais le genre Palicus Philippi, 1818, étant le genre type [et non Cymopolia P. Roux, 1830, homonyme plue récent de
Cymopolia Lamouroux, 1816, donc non valide), la famille doit porterie nom de Palicidae. L’auteur de la famille est Bouvier,
1897, bien que Ratrbun, 1898, soit indiqué dans Bull. zool. No/nejtcl., vol. 21, pt 5, 1964 (p. 338, 341, 342, 344) : l’appella¬
tion Palicinés a été employée par Bouvier (1897, p. 11) mais celle de Palieae figure p. 3 et p. 5 du même ouvrage, dans la
clef établie par cet auteur.
Source ; MNHN, Paris
Fig. 30. — Sternum thoracique chez les Hymenosomatidae, Retroplumidac et Palicidae.
Fio. 30 A-B. — Plastron sternal d'Halicarcinus plajuxtiu (Fabricius). A, 11,5 X 21 mm, île Campbell, M. Filhol (MP)
(X 4) ; B, jeune stade Crabe (et non mégalope), d'après Boschi et al., 1969, fig. 7.
On remarquera que toutes les sutures sont interrompues et confinées sur les bords, d'où la vaste zone médiane
indivise. A la paire de crochets abdominaux correspond une paire de fossettes placées dans les angles latéro-anté-
rieurs du dernier segment abdominal.
Fio. 30 C*E. — Relropluma sp., §12 X 10 mm, Tuléar, 250-300 m (MP). C, plastron en entier (x 4,4) ; D, détail de l'arti¬
culation sternale de la coxa de p5, en vue dorsale de l'animal. Le bord postérieur de la carapace recouvre une partie
du sternite 7 et du sternite 8, en raison de la réduction de p5 et de sa position dorsale. En pointillé épais, le bord
postérieur de la carapace ; en pointillé fin, les segments abdominaux ; E, détail de la vulve et du crochet vestigial
de l'appareil d'accrochage de l'abdomen chez la femelle ( x 8,8).
Fio. 30 F. — Relropluma nolopus (Alcock), (J, côte de Coromandel, 100-250 ra. D’après lUuetr. « Inveet. », pl. 15, fig. 2b.
On notera les p5 atrophiées, plumeuses et rapprochées du plan sagittal médian.
Fio. 30 G. — Palicua caroni (Roux), ^ 9 X 11 mm, Canaries, Exp. le « Talisman », Edw. et Bouvier det. (MP) (x 4.8).
On notera les sutures incurvées ver# le haut, pratiquement toutes interrompues 4 la lisière de la cavité sterno-
abdominale, l'atrophie de p5 et la gaine pénienne particulière aux Palicidés.
Pour les abriviationa, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
113
pour être rattachés aux Catométopes. Même chez la femelle, à abdomen largement ovale, le sternite 8 est visible
latéralement et s’intercale entre l’abdomen et les coxae des p5.
La disposition décrite ici est celle de Palicus caroni (Roux). Si on observe le système endo-
phragraal de cette espèce (pl. 19, fig. 5), on voit les lames endosternales localisées tout à fait latéra¬
lement (surtout les trois postérieures) et, au milieu, un vaste espace dénué de formations squelettiques,
à l’exception d’une plaque médiane extrêmement saillante, qui correspond à la ligne médiane longitu¬
dinale apparente extérieurement.
Une particularité des Palicidae est la position des vulves qui sont refoulées très en avant, à la
limite des sternites 4 et 5, dans la partie non métamérisée du plastron et au niveau où s’interrompt
la suture 4/5 (pl. 24, fig. 9). La vulve se trouvant sur la partie indivise du sternum, il n’est pas évi¬
dent qu’elle appartienne au somite thoracique 5 (comme l’ont cru Borradaile, 1907, et Rathbun,
1918). Le crochet de l’appareil d’accrochage de l’abdomen, lui, appartient bien au sternite 5 car il est
situé dans la partie métamérisée du plastron, juste sous la suture 4/5.
Chez la femelle jeune, le crochet forme une saillie pointue, pratiquement au même niveau que la vulve
mais en position plus externe. La disposition est la même chez la femelle ovigère, où les vulves sont seulement
plus grosses et très arrondies et où le crochet fait parfois place à un bourrelet corné, non fonctionnel. Cette
proximité de la vulve et du crochet rappelle ce qui existe chez les Dorippe femelles (pl. 25, fig. 9) où vulve et
crochet sont très proches, la vulve étant même en position plus antérieure. Pourtant, chez les Dorippidae,
compte tenu d’une sinuosité très forte de la suture 5/6, le crochet appartient bien au sternite 5 et la vulve au
sternite 6.
L’examen du système endophragmal chez un Palicus femelle montre que le vagin débouche
dans la partie centrale dénuée de lames endosternales transversales : l’endosternite 4/5 est confiné
dans la partie latérale du corps et, d’après la topographie, on ne peut savoir à quel somite appartient
la vulve puisqu’elle se situe dans une zone largement indivise. Hartnoll (1968a, p. 296, fig. 14) a
démontré que la vulve dépendait bien du sternite qui doit normalement la porter, comme chez les
autres Crabes, à savoir du sternite 6. La dissection du système nerveux montre ordinairement que,
de chaque appendice, part un nerf qui aboutit au ganglion nerveux thoracique central ; chez Carcinus
notamment, le nerf partant de p3, c’est-à-dire celui du somite 6, passe en avant de la vulve pour rejoin¬
dre le ganglion. Or, chez Palicus, de la même façon, le nerf du somite 6 passe en avant de la vulve,
ce qui montre bien que celle-ci appartient non pas au somite 5, mais au somite 6 (fig. 31).
m.g., masse ganglionnaire thora¬
cique ; n4-nS, nerfs des somites thoraci¬
ques 4 à S, innervant les piréiopodes
î à S ; V, vulve ; 415-617, sutures
sternales thoraciques dfS d SfT.
Fig. 31. — Sternum thoracique chez une femelle de Palicus obesa [A. Milne Edwards). Les sutures sternales sont confinées
dans les parties latérales du plastron et laissent entre leurs extrémités internes une large zone indivise. On voit
que les nerfs des sternites 3 et 6 (reliant la masse ganglionnaire nerveuse thoracique aux péréiopodes 2 et 3) passent
au-dessus de la vulve. Cela démontre que, malgré sa position très antérieure, la vulve appartient au somite 6, comme
chez les autres Brachyoures. (D’après Hartnoli., 1968a, fig. 14).
Source : MNHN, Paris
114
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Rbtroplumidae
Les Retroplumidae sont des Crabes aplatis et au tégument aminci, qui vivent en eaux assez
profondes ; certaines formes sont presque abyssales. Nous n’avons malheureusement pu examiner
qu’une femelle du genre Retropluma GUI (Relropluma sp. de Tuléar), sans doute impubère, l’abdomen
étant encore de forme triangulaire. La dernière paire de péréiopodes est rudimentaire, plumeuse et
ramenée sur le dos ; en outre, les deux p5, au lieu d’être écartées comme les pattes précédentes, sont
rapprochées : l’abdomen remplit tout l’espace entre elles. Le plastron (fig. 30C), étroit et en forme d’écus¬
son dans sa partie antérieure, s’élargit fortement en arrière des chélipèdes ; les sternites 5, 6 et 7 sont
donc très développés en largeur. En revanche, le sternite 8, qui porte la patte atrophiée, est réduit
et se trouve caché par l’abdomen. La partie du sternite 8 qui pourrait être visible au niveau de la coxa
de p5, dans une vue dorsale de l’animal, est recouverte par la carapace, tout comme une partie du
sternite 7 et du premier segment abdominal (fig. 30D).
Nous verrons ci-après, chez les Hexapodidae (fig. 30} où p5 a complètement disparu, un recouvrement
analogue de la région thoracique postérieure par la carapace mais, chez ces Crabes, il y a un dispositif d’engrè-
nement de ta carapace avec le plastron, ce qui n’existe pas chez les Retroplumidae.
Dans le genre Retropluma, l’articulation de p5 sur le sternite 8 se réalise sous l'abdomen, tout au moins
chez la femelle : on distingue bien le condyle articulaire de la coxa de p5 sur un sternite 8 très réduit (fig. 30D).
D’après les auteurs qui ont examiné des spécimens mâles l’orifice mâle serait coxal, au sommet d’un
tubercule proéminent situé à l’angle antéro-inteme de la coxa de p5, « the tubercle being embedded in a notch
in the posterior border of the sternum » {cf. Alcock, 1899, p. 79-81, à propos de Ptenoplax notopus Alcock
et Anderson = Retropluma notopue) (cf. fig. 30F). Balss (1957, p. 1662) indique pour les Retroplumidae : * Die
Geschlechtsôfinungen des liegen in den Coxen der P/5, aber die Gange ziehen in eine Sternalgrube nachvorn ».
Chez Retropluma, toutes les sutures sont incomplètes : les sutures 4/5 et 5/6 s’interrompent
sur le bord de la cavité sternale ; la suture 6/7 pénètre dans cette dernière et se prolonge encore un peu
par un léger sillon ; la suture 7/8 est très réduite.
La cavité sterno-abdominale se continue en avant, chez la femelle, par une étroite rainure où
se logent les pléopodes qui dépassent de l’abdomen, un peu comme chez les femelles d’Hexapodidae
[cf. fig. 33). Les descriptions et les figures des auteurs, qui ont eu sous les yeux des mâles de Retro¬
plumidae, n’indiquent aucune tranchée pour l’insertion des pléopodes mâles à la façon des Hexa¬
podidae [cf. Retropluma notopus : fig. 30F).
Hexapodidae
Les Hexapodinae (sensu Balss, 1957, p. 1658) sont des Crabes non pas décapodes mais octo-
podes puisqu’ils ne possèdent que quatre paires de péréiopodes, par suite de l’absence de la cinquième
paire. Ce sont aussi des hexapodes, si l’on considère la présence de seulement six pattes ambulatoires.
Nous élevons au rang de famille (soit Hexapodidae) ce groupe rattaché tantôt aux Pinnoteridae, tantôt
aux Goneplacidae.
Chez un genre, Amorpkopus Bell (nom préoccupé et remplacé par Paeduma Rathbun), la der¬
nière patte n’a pas complètement disparu : il en demeurerait un rudiment sous forme d’un petit tuber¬
cule, placé dans une encoche à la base de la coxa de p4. Malheureusement, l’unique exemplaire du
genre n’a pas été retrouvé dans les collections du British Muséum.
Les Hexapodidae sont des Crabes généralement commensaux, qui vivent dans des tubes d’Annélides
ou des cavités d Hydrozoaires. Le corps est allongé transversalement. Chez toutes les espèces que nous avons
examinées, p4 est inséré dorsalement et le sternite qui le porte (sternite 7) est partiellement en position dorsale :
1. Entre-temps, nous avons pu examiner un spécimen mâle de Retroplumidae. Le pénis débouche du condyle,
en forme de tubercule, de la coxa de p5, condyle qui s'intercale entre le sternite 7 et le sternite 8. Ce dernier est complè¬
tement caché par l’abdomen, tandis qu’une étroite bande est recouverte par la carapace (ef. fig. 54 F, G).
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
115
tout cela contribue à raccourcir longitudinalement le corps et à lui donner une forme tubulaire transversale¬
ment. Le disparition de p5 apparaît comme une simplification pour un Crabe devant se mouvoir dans un espace
restreint. Il est manifeste que ces Brachyoures sont profondément modifiés par leur mode de vie.
Fig. 32. — Hexapua aexpaa (Fabricius) s.l., S 5,5 X 8,4 mm, Kei Islands, Tua), 22 m, Siboga Exp., st. 258 (ZMA) : rapports
du sternum thoracique et de la carapace ( X 15). À gauche, on a soulevé le bord postérieur de la carapace (en poin¬
tillé) pour montrer le stemite 8 qui a glissé sous le céphalothorax et n'est pas visible normalement, ainsi qu’on le
voit à droite [bord postérieur de la carapace en traits pleins). En grisé, à gauche, la cavité stemo-abdominale ; à
droite, l'abdomen représenté par moitié.
al, a2, a6, premier, deuxième, sixième segment abdominal y b.cp., bord postérieur de la carapace ; c.e., canal
éjacuiateur ; c.s., cavité sterno-abdominale ; cxd, cx4, coxa de p3 et de pâ ; d.eg., dispositi/ d'engrénemenl carapace-
plastron ; p, pénis ; 4-8, sternites thoraciques 4 à 8 ; djS-TjS, sutures thoraciques 4jS à 7/8.
Le sternum thoracique des Hexapodidae présente certaines particularités fort intéressantes.
Tout d’abord, le somite thoracique 8 qui, normalement, porte p5 n’a pas disparu, comme l’ont
cru de nombreux carcinologistes. Gobdon (1971) a bien remarqué que le sternite 8 a glissé sous la
carapace et que cette dernière le recouvre. Pour faire apparaître le sternite 8, il suffit de soulever la
carapace, dont le bord postérieur montre vers l’angle interne une concavité dans laquelle vient s’encas¬
trer une saillie du sternite 7, plus précisément de l’épisternite 7 : la carapace et le plastron ont un dis¬
positif d’engrènement (fig. 32). Au sternite 7 fait suite une bande assez étroite, faiblement calcifiée,
se terminant du côté externe près de la saillie d’emboîtement du plastron. Cette dernière pièce tho¬
racique est divisée en deux par un sillon longitudinal (Gordon, ibid., signale que cette bipartition
n’est pas constante). Dans une première hypothèse, homologuons l’ensemble de la pièce thoracique
postérieure au sternite 8. D’après nos observations, ce sternite 8 n’est pas entièrement caché par la
carapace, sa portion tout è fait interne se trouvant exposée, tout comme les sternites précédents :
elle se présente sous forme d’une pièce très étroite, triangulaire, calcifiée, de part et d’autre de l’abdo¬
men, chez le mâle (fig. 32, 33F) et chez la femelle (fig. 33E). Cette partie du sternite 8 remonte un peu
le long du sternite 7, sur les bords de la cavité abdominale. C’est à cet endroit que, chez le mâle, sort
le pénis ; on voit bien, en continuité avec ce dernier et en contrebas, le canal éjacuiateur.
On peut émettre une autre hypothèse. La bande sternale qui a glissé sous la carapace et qui est
située postérieurement au sternite 7 pourrait, tout au moins quand elle est bipartite, ne pas corres¬
pondre en entier au somite 8 : la partie externe appartiendrait au somite 7 ou, peut-être, serait d’ori¬
gine appendiculaire. L’interprétation est difficile et d’autres observations seront nécessaires. Un fait
semble certain : la portion interne de cette formation sternale représente le sternite 8.
Laneester (1904, p. 538, 539) a bien expliqué cette tendance à l’atrophie et à l’avortement de certains
somites. Ce phénomène se produit généralement en avant ou en arrière d’un tagme. Le cas des Hexapodidae
entre dans la douzième règle de Laneester : a le somite antérieur ou postérieur d’un tagme peut s’atrophier,
diminuer de taille ou avorter partiellement, par suppression de certains de ses méromes : finalement, un tel
Source ; A1MHW, Paris
11 rainures sternales chez les Hexapodidae mâles et femelles.
Fig. 33 A-B. — Hexapus sexpes (Fabricius) (J 5,5 X 8,4 mm, Kei Isl., Tuai, 22 m, Siboga Exp., st. 258, Tesch det.
(ZMA). A, partie antérieure du sternum thoracique, abdomen en place avec sa pilosité (x 10) ; B, id., abdomen
enlevé : on aperçoit la cavité sterno-abdominale et les deux pli in titu, logés dans deux tranchées latérales [ x 10).
Fig. 33 C*E. ~ Hexapus sexpes (Fabricius) a.I., Ç 4,6 X 7 mm, Paternoster Islands, Sailus Ketjil, Siboga Exp., st. 37
(ZMA). C, partie antérieure du plastron sternal, abdomen en place avec sa pilosité : l'extrémité sétifère des pléopodes
déborde de la cavité sterno-abdominale (x 11) ; D, id., abdomen enlevé ; l'extrémité des pléopodes est regroupée
dans une rainure au sommet de la cavité sterno-abdominale (x 11) ; E, plastron sternal en entier (X 8) : on voit
une portion du sternite 8 de part et d'autre du premier segment abdominal, ainsi que la rainure qui prolonge la
cavité sterno-abdominale de la femelle [pléopodes non représentés).
Fio. 33 F. — Lambdophallus aniraetas Rathbun, 4,7 X 7,3 mm, Siam. (D’après Rathbun, 1910, fig. 36a). Dana les vastes
tranchées latérales se logent les pléopodes mâles.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
LE STERNUM THORACIQUE
117
somite peut disparaître et ne laisser, dans la structure adulte, aucune trace apparente de sa présence dans
les formes ancestrales ». Lankester nomme ce processus : « excalation of a somite b. Chez les Hexapodidae,
le somite 8 s'est réduit et l’un de ses méromes, p5, a disparu.
Le développement larvaire et post-larvaire des Hexapodidae n’est pas connu. 11 serait intéres¬
sant de savoir si, dans les premiers stades de la vie et chez la mégalope, la dernière paire de pattes est
présente et, dans cette éventualité, à quel stade le jeune Crabe perd ses deux p5.
L'orifice mâle ne peut pas être coxal puisque p5 et, aussi, sa coxa (tout au moins dans sa mor¬
phologie habituelle) ont disparu. Du reste, la disposition du sternite 8 est telle que l’orifice mâle doit
être sternal.
On peut comparer la disposition du sternite 8 des Hexapodidae à celle qui existe chez les Retroplumi-
dae (hg. 30C-E, 30F), chez lesquels p5 ne manque pas mais est atrophiée : il n’est pas étonnant de retrouver
dans ces deux types de Crabes une réduction du dernier somite thoracique. Chez les uns et les autres, la cara¬
pace recouvre le sternite 8 dans sa plus grande partie ; on peut considérer ce processus comme une convergence
résultant de la réduction ou de ta disparition de la dernière paire de péréiopodes.
Le plastron sternal des Hexapodidae est extrêmement élargi en arrière des chélipèdes, comme
l’est, du reste, l’ensemble du corps, qui est très étalé transversalement. Toutes les sutures sont inter¬
rompues médialement ; les extrémités internes des sutures 4/5 et 5/6 se prolongent jusque sur les flancs
de la profonde cavité sterno-abdominale ; la suture 6/7 s’interrompt juste sur le bord de cette der¬
nière.
Le sternum thoracique des Hexapodidae présente d’autres singularités. Dans certains cas, il
est creusé de tranchées latérales ou obliques qui prolongent la cavité sternale et dans lesquelles s’insè¬
rent les très longs premiers pléopodes sexuels mâles (fîg. 37F). Ces tranchées (fig. 33A, B, F) sont par¬
fois peu visibles car elles sont recouvertes par l’abondante pilosité qui protège les appendices copula-
teurs.
Tesch (1918, p. 238) a remarqué ces tranchées mais ne tes a pas figurées. D’après sa diagnose, elles peu¬
vent être mal définies et courtes : genre Hexapus de Haan ; ou bien elles sont transverses, profondes, bien déli¬
mitées et accueillent l’extrémité coudée du pli : genre Lambdopkallus Alcock, avec l’espèce L. anfraclus Rathbun
(voir la note infrapaginale ci-dessous).
Sankarankutty (1975, fig. IB) vient de décrire une nouvelle espèce à’Hexapus, H. estuarinus, où deux
tranchées transversales sont présentes chez le mâle, qui peut y loger l’apex incurvé du pli, absentes chez la
femelle dont les extrémités des pléopodes se groupent dans une simple rainure terminale de la cavité sternale.
Campbell et Stephenson (1970, p. 286, fig. 49H) font allusion, chez une espèce qu’ils établissent, H.
granuliferus, à un sillon en forme de T sur le plastron sternal.
C’est ce que nous avons observé chez une espèce d'Hexapus s.l. ^ du golfe Persique ; la femelle de la même
espèce offre un plastron dépourvu de tranchées obliques ou latérales, mais la cavité sterno-abdominale se con¬
tinue par un prolongement antérieur qui accueille l’extrémité groupée des pléopodes, dont les longues soies
apparaissent à découvert en avant du telson (fig. 33C-E).
Chez d’autres Hexapodidae à cavité sterno-abdominale allongée, la partie antérieure du plastron est
excavée et reçoit les palpes sétifères des pattes-mâchoires qui sont extrêmement développés. Cette disposition
se rencontre chez Hexapus {Thaumastoplax) anomedipes (Miers) {cf. Monod, 1956, p. 363, fig. 471-477), dont
la première paire d’appendices sexuels est filiforme ; il ne semble pas qu’il y ait ici, chez le mâle, de tranchées
sternales transverses ou obliques, mais il faudra néanmoins vérifier si l’apex du pli ne déborde pas de la cavité
sternale.
La position systématique du groupe naturel désigné d’après Hexapus comme genre type
a été beaucoup controversée. Pratiquement, tous les carcinologistes le subordonnent à une famille.
Par exemple, Obtmann (1894a, p. 690-691) inclut les Hexapodinae dans les Pinnoteridae, tandis
1. Le genre Hexapus de Haan a été divisé en plusieurs sous-genres par Monod (1956, p. 361-374), qui a bien fait
ressortir les confusions faites par les carcinologistes entre les diverses formes. Ce classement était d'autant plus compliqué
que les Hexapodidae ne sont connus que par un petit nombre d'exemplaires. Nous adoptons tout à fait les vues de Monod,
mais nous n'entrerons pas ici dans le détail des attributions sous-génériques. Il est certain que les caractères du plastron
sternal pourront être utilisés dans ce groupe difficile.
Source ; MNHN, Paris
118
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
qu’ALcocK (1900, p. 293, 329-331), Tesch (1918, p. 150, 237-243), Monod (1956, p. 361) et Balss
(1957, p. 1658) en font une sous-famille dépendant des Goneplacidae. Il ne fait, certes, aucun doute
que ces Crabes hexapodes ont, entre l’abdomen et la coxa de p4, un large sternite et que l’orifice mâle
est sternal. Nous ne pouvons rattacher ces Brachyoures à aucun des groupes de Goneplacidae s.l. que
nous avons étudiés de façon préliminaire (Guinot, 1969o). C’est pourquoi nous les avons extraits
des Goneplacidae et les avons élevés au rang de famille. Les Hexapodidae Miers offrent des carac¬
tères de convergence avec certains autres Brachyoures et seule une étude très complète permettra
de déceler leurs véritables liens phylétiques.
Le tableau 3 récapitule les genres et les groupes caractérisés par quatre sutures transversales
incomplètes.
Tableau 3. Récapitulation des genres ou groupes
avec les quatre sutures transversales incomplètes
Oxystomata
à savoir
( Dorippidae (Tymolinae exclus)
1 Orithyinae
1 Leucosiidae
Tous (sauf Matutinae et
Calappinae)
Brachygnatha
Oxyrhyncha *
Majidae
Tous
-
Parthenopidae {pro parte]
Lambrus, Cryptopodia, Hele-
Tocrypta
Brachygnatha
Brachyrhyncha
Atelecyclidae Acanthocyclinae
* Bellia, Helerozius
—
—
Portunidae ®
Tous (sauf Carcininae, à
contrôler)
—
—
Ocypodidae
Tous
—
—
Grapsidae
Tous
—
—
Gecarcinidae
Tous
—
—
Pinnoteridae
Tous
—
—
Mictyridae
Mictyris
—
—
Hymenosomatidae
Tous
—
—
Palicidae
Tous
—
—
Retroplumidae
Tous
—
—
Hexapodidae
Tous
V. RÉSUMÉ DES DONNÉES NOUVELLES
La réunion des sternites thoraciques en un plastron n’est pas une innovation des Brachyoures,
car une telle structure se trouve déjà chez certains Anomoures. Il n’en est pas moins vrai que l’existence
d’un plastron est une caractéristique essentielle qui se rencontre chez tous les Brachyoures. Le ster¬
num thoracique est très différemment conformé chez les péditrèmes et chez les sternitrèmes : il sera
instructif de connaître à fond la formation du plastron chez les Dromiacea, les Homoloidea et autres
péditrèmes car il y est dans un état qui, à la fois, témoigne de l'ancienneté de ces groupes et se mani¬
feste par des transformations spéciales.
1. Hymenodomatidae et Eumedoninaa exclus.
2. Ce que noua appelons Bellioidea, famille des Belliidae ; cf. Güinot, 1976.
3. Chez certains Portunidae [Ctdlinectes, Scylla, etc.), les lignes de sutures thoraciques sont prolongées, après leur
interruption, par des sillons auxquels, intérieurement, correspondent non des phragmes (lames endostemales) mais de
simples crêtes.
Source ; MNHN, Paris
L£ STERNUM THORACIQUE
119
Chez les sternitrèmes nous avons pu mettre en lumière plusieurs tendances évolutives, plus ou
moins associées :
1) perte des sutures thoraciques antérieures ; en même temps, réduction de l'écusson qui, plésiomorphe,
s’avance entre les mxp3 et, apomorphe, devient rudimentaire ; 2) perte progressive, d’avant en arrière et sur
une largeur de plus en plus grande, des sutures thoraciques postérieures, jusqu’à leur disparition dans la zone
médiane ; 3) élargissement et raccourcissement de l’ensemble du plastron (condensation segmentaire) ; 4) agran*
dissement en largeur du sternite thoracique 8 ; 5) perte de la délimitation des épisternites ; chez les formes
les plus primitives de chaque lignée, une suture sépare encore les épisternites des sternites contigus ; cette suture
disparaît au niveau de certains somites et, enfin, de tous. La vraie nature des épisternites n'est pas encore
éclaircie : sont-ils des formations de même origine que les sternites ? Pourrait-il s'agir de dépendances appen¬
diculaires, ayant notamment un rapport avec la précoxa, comme le suggèrent certains auteurs {cf. Hansen,
1921 ; 1925) ?
Grâce à l’établissement de ces tendances évolutives, la forme du sternum thoracique peut être
utilisée dans la taxonomie des Brachyoures comme indice du niveau évolutif.
Sur certains points, les recherches doivent être approfondies. Voici quelques problèmes :
o) présence d'un épisternite 8 chez les formes à sternite 8 développé ; b) processus de la coalescence
des somites situés en avant des somites locomoteurs ; c) cas des formes où le sternum se prolonge autour des
appendices ; d) nombre et topographie précise des foyers à partir desquels s'édifie le sternum thoracique lors
du développement embryonnaire ; e) évolution morphologique du plastron sternal pendant le développement
larvaire.
Portant les marques de la métamérisation primitive, le sternum thoracique est certainement
l'un des caractères morphologiques externes les plus valables pour le aystématicien. Certes, il est modelé
par la traction qui s’exerce à partir de ses insertions musculaires, mais celles-ci concernent presque
exclusivement les appendices ; la plupart des autres parties dures présentent plusieurs surfaces sur
lesquelles s'insèrent des muscles ayant des fonctions très variées.
Le plastron sternal constitue une structure privilégiée du point de vue de la biométrie, car on y détermine
aisément des points de repère et, ainsi, on mesure avec précision certaines grandeurs et on calcule des paramètres.
Sa croissance est isométrique par rapport à celle de l’organisme tout entier ; les coefficients de variabilité sont
à peu près les mêmes pour le plastron et pour l’ensemble du corps. Le paraUélisme est conservé au cours de
toute l'histoire individuelle, malgré les mues successives (sauf chez les femelles postpubérales).
A la suite de ces considérations, une tradition sera peut-être renversée : le regard du carcino-
logiste ne devrait pas se poser seulement sur la carapace et juger en tout premier lieu d’après la silhouette
générale vue dorsalement, mais se porter, avec au moins autant de curiosité, vers la face ventrale du
Crabe qui, outre le plastron sternal, offre les riches particularités de la cavité sterno-abdominale, de
l'appareil d'accrochage et de l'appareil génital mâle ou femelle.
Source : MNHN, Paris
120
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Chapitre IV
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE
ET APPAREIL D’ACCROCHAGE DE L’ABDOMEN
L’un des caractères essentiels des Brachyoures, auquel, du reste, ces Crustacés doivent leur
nom court ; oupà, queue), c’est l’abdomen très peu développé, rabattu sous le thorax, cons¬
titué de segments souvent peu mobiles les uns par rapport aux autres, parfois soudés entre eux et
ne portant pas de pattes locomotrices. Généralement de même forme et de même capacité que le pléon,
une cavité prend naissance, par excavation de la paroi du plastron sternal : elle reçoit les sept seg¬
ments abdominaux qui font suite aux huit segments thoraciques. Une fois engainé dans la cavité sterno-
abdominale, l’abdomen ne fait pas saillie et s’intégre à l'ensemble du corps, dont le contour générai
est alors celui du céphalothorax.
La tendance de l'abdomen à s'appliquer contre la paroi sternale ne se manifeste pas que chez
les Crabes. Chez certains autres Décapodes (Âstacidae, Galatheidae), un reploiement de l’extrémité
du pléoD est ébauché, mais l’abdomen ou la nageoire caudale sert encore à la nage. Cher certains Pagu-
roidea (par exemple : Lomidae, Lithodidae : cf. fig. IB, IC ; pl. 1, fig. 2) et chez les Porcellanidae {cf.
fig. lE), l’abdomen se recourbe dans sa plus grande partie pour venir en contact avec la face ventrale :
il n’y a pas, pour autant, formation d’une cavité destinée à l’accueillir. La cavité sterno-abdominale
est donc une innovation des Brachyoures. Il faut toutefois noter que les formes considérées comme étant
à la racine des Brachyoures ne rabattent que les segments postérieurs de l’abdomen, les autres étant
dans le prolongement du céphalothorax (Raninidae pro parte, Tymolidae, Homolodromiidae), et qu’il
n’y a pas de véritable cavité sterno-abdominale chez les Crabes péditrèmes ; le sternum thoracique
est, du reste, différemment conformé par comparaison avec celui des Brachyoures sternitrèmes {cf.
infra : Brachyoures péditrèmes).
On conçoit aisément que, ne servant plus à la locomotion comme chez les Macroures et qu’étant
devenu rudimentaire, l’abdomen des Brachyoures ait acquis d’autres fonctions, ce qui entraîne des
modifications anatomiques des régions avoisinantes. S’il pendait librement à l’extrémité postérieure
du corps ou s’il débordait, il pourrait gêner la locomotion ou la natation. L’effacement de l’abdomen,
son insertion dans la forme générale du corps, s’accompagne d’un processus lié au précédent : sa coap¬
tation avec la région sternale correspondante. Cette coaptation est une autre originalité des Brachyoures.
Chez les formes évoluées, où la coaptation atteint son état le plus parfait, le pléon est non seulement
rabattu contre le thorax mais, en outre, il s’engage parfaitement dans l’espace qui lui est réservé :
ses bords épousent étroitement la lisière de la cavité sterno-abdominale et, parfois, s’engrènent avec
celle-ci de façon plus complexe, par suite d’un véritable moulage des parties complémentaires.
L’innovation la plus singulière des Brachyoures est l’apparition d’un mécanisme très particulier
qui permet à l’abdomen d’être maintenu contre le sternum thoracique. Cette coaptation spéciale, qui
assure la fixation et l’immohilisation de l’abdomen, est dénommée appareil bouton-pression ou appareil
d'accrochage ; elle représente un perfectionnement supplémentaire à la formation de la cavité sterno-
abdominale.
I. DÉFINITIONS ET HISTORIQUE.
VALEUR TAXONOMIQUE DE L’APPAREIL D’ACCROCHAGE
Typiquement, l’élément sternal consiste en une paire de crochets saillant à la surface du ster-
nite 5 (portant la deuxième paire de péréiopodes thoraciques) et situés au-dedans de la cavité sterno-
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STlîRNO-ABDOMINALK ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
121
abdominale. Selon les cas, le crochet proémine en avant, au milieu ou en arrière sur le sternite, par¬
fois tout près de la suture 4/5, d’autres fois à la limite de la suture 5/6. Lorsque l’abdomen se rabat,
la paire de crochets symétriques est reçue dans une paire de fossettes creusées à la face interne de l’abdo¬
men, généralement dans les angles latéraux-postérieurs du sixième segment. Dans sa forme la plus fré¬
quente, la fossette est une simple excavation de la paroi abdominale, partiellement limitée par un
bourrelet cuticulaire, en fer à cheval ; il ne s’y attache aucune formation musculaire. Extérieurement,
chaque fossette forme une petite bosselure. Ainsi se réalise une sorte de boutonnage, qui se traduit
par un déclic nettement perceptible. Seul, le dernier n segment » abdominal (telson) ^ reste libre : il
agit comme un clapet permettant de dégager l’anus qui débouche à son extrémité. L’extension de
l’abdomen ne semble pas nécessaire pour la défécation.
Par le jeu de muscles fléchisseurs et extenseurs, le Crabe tient son abdomen rabattu dans la rai¬
nure sternale ou l'en éloigne. En position de repos, l’abdomen mâle est tenu dans la flexion par simple
contraction tonique des muscles adducteurs. D’après les données habituelles des naturalistes, il semble
que l’abdomen soit pratiquement toujours accroché ; nous souhaiterions des observations très pré¬
cises à ce sujet, sur des Crabes dans leur milieu naturel ou en captivité. Si on décroche artificiellement
l’abdomen d’un Carcinus inaenas, la fermeture se rétablit après un temps variant de quelques secondes
à deux heures ; un Crabe dont on a raboté les saillies sternales garde son abdomen en position de reploie¬
ment (Kollmann, 1937, p. 80). Ce n’est que dans la position d’accouplement que l’abdomen se décro¬
cherait et se déploierait après disjonction des parties coaptées.
Parfois, l’ajustement de l’ahdomen au sternum est si solide qu’il n’est pas possible de décrocher
artificiellement le pléon sans le briser, les crochets restant inséparables des fossettes. C’est notamment
le cas des Crabes nageurs du genre Callinecies Rathbun. Nous verrons plus loin que, chez certains
Leucosiidae, l’abdomen s’incruste si intimement dans le bord de la cavité sternale qu’on ne peut sou¬
lever l’abdomen sans l’endommager : il semblerait qu’il y ait, partiellement, adhérence. La coaptation
aurait tendance à devenir permanente et peut-être à se transformer en soudure, ce qui pourrait cons¬
tituer, dans ce cas précis, une gêne.
Ce remarquable dispositif a été découvert par G. L. Duvernoy qui, en 1850 et 1853, en a donné une
bonne description, en a indiqué le mécanisme et a observé sa présence constante chez un certain nombre de
Crabes, à l’exception du genre Gelasimus (= üca).
Dans une première note (1928a), Ch. Pérez attire à nouveau l’attention sur le système d’accrochage
de l’abdomen, pratiquement méconnu par les carcinologistes. Puis, immédiatement (19286, 19296), il se livre
à une brève analyse de l’évolution de ce dispositif dans la série des Décapodes Brachyoures. Chez le genre Dro-
mia, à abdomen élargi, le sixième segment de l’abdomen porte des rudiments d’uropodes (homologués aux pléo-
podes atrophiés de l’avant-dernier segment abdominal) : symétriquement, chacun de ceux-ci vient se placer
en avant d’une saillie de rétention située sur la coxa de la première paire de pattes ambulatoires. Pérez émet
l'hypothèse que la fossette sous-abdominale des autres Crabes correspond â l’uropode vestigial des Dromiacés,
qui se serait incorporé au sixième segment abdominal ; parallèlement, le crochet aurait émigré de la coxa de p2
sur le sternite correspondant (sternite 5).
Dans son étude sur les coaptations et formes correspondantes chez les Décapodes, Kollmann (1937)
insiste sur le fait que le dispositif en question est non pas < un bouton-pression, dont les deux moitiés sont main¬
tenues unies par élasticité, mais un simple appareil d’accrochage, composé d’une * boucle ’ et d’un crochet >
(p. 59). Il suffit d’exercer une poussée en avant, à la base de l’abdomen, pour décrocher celui-ci. L’accrochage
ne serait stable qu’à la faveur d’une tension longitudinale dirigée vers l’arrière, résultant du tonus des muscles
adducteurs de l’abdomen. Kollmann en conclut que l’accrochage est un phénomène actif.
Pérez (19296, p. 1145) et Kollmann {loc. cil.) sont dans l’erreur quand ils déclarent que Carcinus n’est
pas capable de décrocher son abdomen ; ce serait seulement à la faveur de la mue précédant l’accouplement
que seraient dégagés les pléopodes. Cela ne peut être vrai, car beaucoup de Crabes, surtout les mâles, ne muent
1. Rappelons que, si on dénombre sept segmenta abdominaux, on considère généralement que le dernier, ou telson,
toujours dépourvu d’appendices, n'a pas valeur de métaroère ; tout comme l'acron, il serait diCérent du point de vue
embryologique {cf. Calman, 1909, p. 6, 7 ; Balss, 1940, p. 28, 91). Mais, depuis quelque temps, la vraie nature du telson
chez les Arthropodes, et plus particulièrement chez les Crustacés, est à nouveau remise en question. C’est ainsi que l'on
parle de pléolelson chez les Bathynellacea. Nous renvoyons aux travaux de Sharov (1966, p. 213-217, fig. 82), qui étudie
l'évolution du telson chez les Arthropodes [y compris les Insectes), de Bowuan (1971) et de Schhinkb (1976).
Source : MNHN, Paris
122
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
pas avant la copulation. Le décrochement est donc une phase active, qui doit être effectuée au plus tard à
l’instant où le mâle va déposer le sperme dans les vulves. Il serait intéressant de connaître le moment exact du
décrochage de l’abdomen lorsqu'il y a parade sexuelle et préliminaires avant la copulation. Quant au bouton*
pression des Crabes, les considérations de Kollmann concernant une coaptation susceptible de devenir gênante
paraissent discutables. Il faut néanmoins retenir le cas des Oxystomes où la coaptation semble avoir tendance
à se transformer en adhérence {cf. infra).
D’après Duvernoy et Pérez, les femelles adultes ne possèdent pas de crochets sternaux ou, du moins,
quand ils existent, ils sont trop rudimentaires pour être fonctionnels. Les pléopodes, volumineux, empêchent
l’application contre le plastron de l'abdomen, lequel reste en adduction : l’abdomen femelle est « simplement
ramené contre le thorax par tonicité musculaire et peut être écarté sans efforts » (Pérez, 1928a, p. 462). Les
jeunes femelles sont munies d'un appareil semblable à celui des mâles, lequel disparaîtrait à la mue de puberté
(Pérez, 1933o).
La féminisation de l’abdomen mâle, après infestation par une Sacculine, entraîne, entre autres modi¬
fications, la réduction, puis la disparition, du dispositif d’accrochage. Pérez (19336) a observé, chez Pachy*
grapsus marmoratua (Fabricîus), la conservation des crochets et des fossettes, susceptibles de se « boutonner s,
tant que l’abdomen garde le type mâle ; au fur et à mesure que l’abdomen se féminise davantage, les crochets
se réduisent, les fossettes s’ouvrent plus largement et la coaptation n’est plus possible par suite de l’élargisse¬
ment anormal du pléon, qui empêche toute coïncidence ; à un degré plus marqué de féminisation, il y a dispa¬
rition totale des deux éléments de l’appareil d’accrochage.
Les systèmes bouton-pression sont relativement rares dans la Nature : on connaît celui qui
ferme le manteau de certains Mollusques Céphalopodes (Seiche, Calmar) et celui qui attache les héraé-
lytres au thorax chez des Hémiptères (Nèpes, Cotises, etc.) (Cuénot, 1925, p. 271).
Discutant du problème des coaptations et cherchant une explication à la genèse des adaptations et,
plus particulièrement, des organes coaptés, Cuénot (1941, p. 209-215) évoque le bouton-pression des Crabes.
11 y voit une preuve de la finalité du monde vivant.
Macquart (1936, p. 45) indique brièvement que, à son avis, le dispositif bouton-pression, absent chez
certains Crabes évolués (Üca et certains Oxystomes), est probablement < remplacé physiologiquement par un
autre dispositif «.
On n'en sait guère plus au sujet du dispositif d’accrochage de l’abdomen brachyourien. Les
taxonomistes ne font jamais allusion à ce caractère chez les différents types de Crabes ; seuls font
exception quelques auteurs qui ont étudié les Crabes à orifices femelles coxaux et dotés de sperma-
thèques indépendantes (Crabes péditfèmes). Dans la littérature carcinologique, les diverses modalités
que présente cette double différenciation chez les nombreux groupes de Crabes sont passées sous silence
ou inconnues.
Nos recherches nous ont amenée à l’idée que le dispositif d’accrochage constituait un excellent
critère taxonomique et qu’il pouvait être utilisé à plusieurs niveaux hiérarchiques. Son apparition
est liée à la formation de la cavité sterno-abdominale, ce que nous montrerons à l’aide d’exemples.
C’est pourquoi nous étudions conjointement la cavité sternale et l’appareil d’accrochage.
On peut s’étonner de la variété des types d’accrochage ou de rétention de l’abdomen qui existe
chez les Brachyoures. Certes, le système bouton-pression est le plus répandu, mais nous avons observé
de très nombreuses autres possibilités de maintien du pléon. De plus, chez une même espèce l’abdomen
peut être fixé à l’aide de plusieurs dispositifs (cas des Dromiacea, des Homoloidea, des Pinnoteri-
dae).
Il existe aussi divers cas où il n’y a pas de dispositif d’accrochage :
1) Chez certains Brachyoures péditrèmes, l’abdomen est en grande partie dans le prolongement du
céphalothorax ; il ne reploie contre la paroi sternale et contre la face interne des coxae que ses segments les plus
antérieurs : Raninoidea (sauf Lyreidus où l’abdomen est nettement reployé et se trouve fixé par une paire
de saillies) ; Tymolidae, où il semble n’exister qu’une étroite correspondance entre les bords de la cavité abdo¬
minale et les segments antérieurs de l’abdomen.
2) Chez certains Brachyoures sternitrèmes, il n’y a pas de véritable cavité sterno-abdominale : l’abdomen
court est éloigné du sternite 5 (qui porte habituellement la paire de différenciations sternales) et nous n’avons
Source : A1WHW, Pons
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
123
observé aucun dispositif d’accrochage de l’abdomen : Corysles, Pseudocorysles. Par ailleurs, une cavité sterno*
abdominale peut creuser le sternum sans que soit présent un système maintenant le pléon : Orithyia.
3) Chez divers Brachyoures sternitrèmes à cavité sterno-abdominale bien excavée, le dispositif d’accro¬
chage disparaît chez le mâle au-delà d’une certaine taille : Eriockeir, certaines Sesarma s.l., etc.
4) Quelques Brachyoures sternitrèmes à cavité sterno-abdominale excavée sont dépourvus d’appareil
de maintien de l’abdomen, quelle que soit la taille : Ocypode, Uca {pro parle), Macropkthalmus {pro parte), Dotilla
(pro parte), Cyrlograpsus, de nombreuses Sesarma s.l., Mictyris, etc. Certains de ces Crabes {Uca par exemple)
sont considérés comme parmi les plus évolués : on peut penser que l’appareil d’accrochage a disparu au cours
de l’évolution, l’abdomen restant néanmoins reployé et appliqué contre le sternum. Ces formes sont pour la
plupart semi-terrestres ou terrestres. C’est généralement chez les familles où l’appareil est facultatif selon les
genres et les espèces ou bien absent chez le mâle au-delà d’une certaine taille, que l’on trouve les cas d’appareil
d’accrochage absent, disparu.
Les cas intéressants sont ceux où le système d’accrochage existe dans ses deux parties, ster¬
nale et abdominale, mais n’est pas fonctionnel par suite, notamment, d’une non-correspondance des
éléments : Naulilocorystes, Pellarion, Bellia. Chez ces Crabes, l’abdomen est court et n’atteint pas
le sternite 5. Il peut aussi se produire que les fossettes sous-abdominales, qui viennent pourtant en
coïncidence avec les crochets sternaux, soient trop rudimentaires pour permettre un véritable accro¬
chage : Tkia residua et, même à certains égards, plusieurs genres de Gecarcinidae {Gecarcinus, Epi-
grapsus).
Nous examinerons tout d’abord la disposition chez les Crabes à orifices mâles coxaux, dits
péditrèmes, considérés généralement comme des Brachyoures anormaux (pro parle, les Brachygastres
anormaux de Duvebnoy ou Brachyures Notopodes de Latreille ou Anomoures de la famille des Apté-
rures de H. Milne Edwards), souvent exclus des Brachyoures sensu stricto ou bien alors placés parmi
les Brachyoures les plus primitifs. Chez certains, il n’existe pas de dispositif de maintien de l’abdomen,
celui-ci n’étant que partiellement reployé. Chez d’autres, à pléon complètement rabattu, la rétention
de l’abdomen est, au contraire, assurée par des dispositifs complexes, parfois multiples. Un tableau
(tabl. 4) récapitule les divers cas rencontrés chez les formes péditrèmes.
Nous examinerons ensuite les « Crabes vrais » ou Crabes sternitrèmes : les divers modes de fixa¬
tion de l’abdomen au plastron sont beaucoup plus variés que ne l’ont vu les carcinologistes : nous avons
dénombré douze cas, y compris celui d’un appareil facultatif ou absent, que l’on peut considérer comme
ayant disparu au cours de l’évolution. Le tableau 5 récapitule tous les types rencontrés chez les ster¬
nitrèmes.
Dans la fin de ce chapitre, nous étudierons l’appareil d’accrochage de l’abdomen au cours de
la croissance de l’individu, la disposition chez la femelle impubère, puis pubère (disparition de l’appareil
d’accrochage à la mue de puberté ; formation dans certains groupes d’une cavité incubatrice). Qu’il
s’agisse de femelles mais aussi de mâles, il est utile de savoir si l’on a affaire à un animal prépubéral
ou postpubéral ; l’accrochage est sans doute plus fort chez le Crustacé prépubéral, à ce stade l’abdomen
adhérant souvent à la paroi sternale. Un phénomène, pratiquement jamais signalé, est le décrochage
de l’abdomen chez les mâles de grande taille, appartenant à divers groupes, le dispositif devenant
vestigial après une mue (ou, peut-être, après plusieurs mues successives) : il se produit donc, mais
plus tardivement, exactement ce qui se passe chez les femelles à la mue de puberté.
La dernière partie de ce chapitre sera consacrée aux rainures et « tranchées » qui, chez certains
Crabes, creusent le plastron et abritent les pléopodes sexuels en dehors de la cavité sterno-abdomi¬
nale « normale ».
IL BRACHYOURES S.L.
k ORIFICES FEMELLES COXAUX (BRACHYOURES PÉDITRÈMES)
Dromiacea
Les Dromiidae présentent plusieurs types de dispositifs de rétention de l’abdomen, bien plus
variés que ne l’indique la littérature carcinologique. Les Dynomenidae, à propos desquels nous n’avons
Source ; MNHN, Paris
124
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
nulle part trouvé mention d’un appareil de rétention, possèdent un système tout à fait particulier,
semble-t-il, non fonctionnel chez l'adulte.
Dromiidae (modalités variées des dispositifs de rétention de l’abdomen)
Le genre Dromia Weber, qu’il conviendrait de réviser complètement car il est hétérogène, contient
plus d’une dizaine d’espèces n’ayant pas toutes le même système d’accrochage de l’abdomen.
Dromia personata (Linné) possède, entre ses péréiopodes peu écartés, un sternum thoracique assez étroit.
Les sternites sont soudés, sans traces apparentes de suture, tout au moins chez le mâle ; les épisternites forment
des pointes latérales entre pi — p2 et p2 — p3. L’abdomen mâle, dont tous les segments s’articulent librement
et dont les deux premiers occupent une position dorsale, est bien développé : en adduction, il recouvre non seu¬
lement le sternum thoracique dans toute sa largeur mais aussi la base des coxae des péréiopodes ; en longueur,
il ne laisse à découvert que la partie antérieure du plastron, en forme de lame mince. 11 n’y a pas de véritable
cavité abdominale, seulement une coaptation des bords de l’abdomen avec la face interne des coxae ; le telson
repose dans une zone excavée. Les plaquettes triangulaires, qui représentent les rudiments des uropodes (pléo-
podes vestigiaux), placés latéralement entre le sixième segment abdominal et le telson, vont se placer en avant
de deux éminences symétriques, dentelées, situées sur les coxae de p2. Cette paire de saillies agit comme une
butée, et l’ensemble constitue un appareil de rétention qui maintient solidement l’abdomen.
Nous connaissons mal la disposition chez la femelle impubère, mais il semble que, très tôt, la saillie
de rétention disparaisse complètement.
Chez une autre espèce de Dromia, D. dekaani Rathbun, le système de rétention de l’abdomen est plus
complexe (pl. 21, fig. 1-3). L’abdomen, très allongé, s’étend jusqu’à la pointe antérieure du plastron et se coapte
étroitement avec la face interne des coxae des péréiopodes. Il existe deux paires de saillies coxales de rétention ;
une saillie sur la coxa du chélipède, à laquelle correspond une concavité du telson ; une autre paire de saillies
sur la coxa de p2, sur laquelle se moule une paire de fossettes creusant profondément la tranche de l’abdomen,
juste sous l’uropode, au niveau du sixième segment. En plus, sur le sternum, dans la partie épisternale qui
s’engage entre p2 et p3, se trouve une large saillie tuberculée, contribuant certainement à fixer plus fermement
l’abdomen. Chez cette espèce, les uropodes jouent, semble-t-il, un rôle bien moindre que chez D. personata.
Dans le genre SUrnodromia Forest (1974, p. 100, 102, pl. 8, fig. 2, 4), l’abdomen mâle s’encastre profon¬
dément entre les coxae de pl à p4. L’appareil de rétention est différent. Les saillies dentelées situées à la face
interne des coxae (très renflées) de p2 empêchent l’abdomen de se soulever, une fois que l’étroit telson est engagé
en avant de celles-ci. Le bord du sixième segment abdominal est échancré au niveau des saillies coxales ; par
ailleurs, les uropodes ainsi que les angles latéro-postérieurs du telson sont redressés vers le haut : l’ensemble
de ces coaptations constitue un système de rétention très efficace.
Dans le genre Dromidiopsis Borradaile, plus précisément chez D. excavata (Stimpson), s’ébauche une
cavité sterno-abdominale : le plastron sternal possède un fond plat et, de part et d’autre, la face interne des
coxae des péréiopodes forme une muraille presque perpendiculaire. L’abdomen mâle, qui est long et couvre
le plastron jusqu’à son extrémité antérieure, s’encastre dans cette gouttière encaissée. Les uropodes, extrêmement
réduits, ne participent pas au maintien de l’abdomen : la base du sixième segment abdominal coulisse sous deux
petites saillies situées à la face interne des coxae de p2. Ici, c’est par une sorte de dispositif à glissières qu’est
maintenu l’abdomen.
Chez Cryptodromia tumida (Stimpson), où l’abdomen mâle est relativement court, le système de réten¬
tion est du même type que chez Dromia personata ; une grosse saillie arrondie à la face interne de la coxa de p2
sert de butée à l’uropode très développé, de forme presque quadratique, qui se projette juste en avant.
Chez Hemispkaerodromia abellana Barnard (pl. 21, fig. 7), la saillie de la coxa de p2, à laquelle corres¬
pond une concavité du sixième segment abdominal, est encadrée en avant par l’uropode et en arrière par le
cinquième segment, qui est extrêmement dilaté.
Chez Dromidia antillensU Stimpson (pl. 21, fig. 6), à abdomen couvrant toute la longueur du plastron
sternal, les uropodes grêles et situés très antérieurement, au niveau des chélipèdes, n’interviennent pas dans
la rétention de l’abdomen. Les saillies pointues, à la face interne des coxae de p2, servent d’organe de rétention,
car elles se placent juste au niveau où l’abdomen se rétrécit fortement entre le cinquième et le sixième segment
abdominal. Une disposition similaire, mais apparemment moins efficace, existe chez Dromidia kirsutisaima
(Lamarck).
Chez Dromidia unidentata (Rüppell), c’est l’uropode, allongé, qui s’engage en avant d’une crête oblique,
très saillante, située à la face interne de la coxa de p2 et agissant comme une butée. L’accrochage est extrê¬
mement ferme. La crête coxale persiste, mais réduite, chez la femelle ayant atteint une assez grande taille.
Source ; MNHN, Paris
CAVITÉ STERNOABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
125
En bref, les Dromiidae — dont nous n’avons examiné que quelques représentants — offrent
plusieurs modalités de maintien de l’abdomen, beaucoup plus variées et complexes que ne l’ont cru
PÉREZ (19296), Hartnoli. {1975a) et d’autres carcinologistes. Les uropodes jouent parfois un rôle
important mais, dans certains cas, ils ne contribuent pas à l’accrochage, notamment quand ils se placent
très en avant de la coxa de p2. L’élément principal de rétention se situe toujours sur la coxa de p2,
mais une autre saillie peut se trouver sur la coxa de pl ; il peut y avoir, en outre, une saillie sternale.
Ainsi, chez une même espèce, le maintien de l’abdomen est assuré grâce à la modification de deux,
parfois trois, régions morphologiques différentes de la face ventrale du Crabe, appartenant à la coxa
de pl, à celle de p2, ou au sternum thoracique. Il faudrait réviser l’attribution générique de toutes les
espèces (de Dromia, Cryplodromia, etc,), car il est surprenant qu’un appareil de rétention différent
existe à l’intérieur d’un même genre (par exemple, Dromia personata — D. dekaani ; Dromidia
anlilteTisis — D. unidentata).
La variété des dispositifs mis en œuvre par les Dromiidae pour maintenir l’abdomen contre
la paroi sternale nous montre un aspect des voies diverses où se sont engagés les représentants de cette
famille. Une autre tendance est manifeste : l’intervention dans un même genre, voire chez une même
espèce, de plusieurs différenciations complémentaires. Groupe très ancien, connu depuis l’Éocène,
détenteur de caractères plésiomorphes, les Dromiidae sont aussi des Crabes très diversifiés.
En règle générale, chez les Dromiidae, l’appareil de rétention de l’abdomen est coxal, tout comme
l’est l’orifice génital femelle.
Dynomenidae (appareil spécial de rétention mais non fonctionnel, tout au moins au-delà
d’une certaine taille)
Il existe chez les Dynomenidae, tout au moins dans le genre Dynomene Latreille in Desma*
REST une particularité qui ne semble pas avoir été remarquée par les carcinologistes. Contrairement
à ce qui se passe chez les autres Dromiacés, l’élément de rétention (ou différenciation similaire) ne
se trouve plus sur le deuxième péréiopode, plus précisément sur sa coxa, mais est situé sur le plastron
sternal. On observe, sur la languette épisternale qui s’engage entre p2 et p3, une éminence au niveau
de laquelle se place le vaste uropode.
Nous avons examiné un assez grand nombre de spécimens de Dynomene hispida (H. Milne
Ed-wards) Chez les jeunes mâles jusqu'à 9 mm de large environ, il y a une saillie épisternale aiguë,
pointant du côté interne et, de ce fait, touchant presque l’uropode (pl. 21, fig. 8). Nous n’avons pas vu
vraiment de cas où les uropodes passent sous les deux saillies, qui constitueraient alors un organe
de rétention de l’abdomen. Chez les mâles plus grands (pl. 21, fig. 9), l’abdomen est relativement plus
étroit et les uropodes se placent plus en retrait des saillies épisternales, qui sont devenues deux menus
granules. L’abdomen glisse à faible distance des deux petits boutons, tout à fait inefficaces. Il faudra
vérifier si chez les très petits mâles, chez les juvéniles, l’accrochage est effectif.
Nous avons observé ce même type de disposition chez Dynomene filkoli Bouvier et D. praedalor
A. Milne Edwards, mais nous ignorons si, comme chez D. hispiAa, il existe une variation entre mâles
jeunes et mâles adultes.
Si l’on essaie d’homologuer la disposition dynoménienne à celle des Brachyoures vrais (ster-
nitrèmes) dotés d’un bouton-pression typique, on constate la même localisation du crochet : chez
1. Desharest (1825, p. 133, note infrapaginale) écrit « Dynomene » pour un genre créé par Latreille ; mais,
au bas du V’ Tableau c Quatrième Méthode de M. Latreille s [note infrapaginale 1), Desmarest précise : i Enfin il [Latreille]
a créé tout récemment, dans la Collection du Muséum, plusieurs genres sous les noms de Macrophthalmue, Dynomene
[...] t. L'appellation générique Dynomene doit donc être suivie de : Latreille tn Desmarest, 1825.
2. Le nom latinisé hispida apparaît pour la première fois chez H. Milne Edwards, 1837 (p. 180], les auteurs
précédents ayant employé le nom vernaculaire « bispide ». Si l'on applique la règle de rejet des noms vernaculaires, il faut
attribuer l’espèce à H. Milne Edwards et noD à Desmarest ou à Latreille. D'après J. Forest, qui noua a donné son
avis sur cette question, une requête devrait être soumise à ta Commission internationale de Nomenclature Zoologique
afin que l’espèce Dynomene hispida reste attribuée à Desmarest, en suivant ainsi la plupart des carcinologistes.
Source : MNHN, Paris
126
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Dynomene, le crochet, qui se trouve sur un plastron à peine segmenté, dépend du sternite de p2, c’est-à-
dire du sternite 5. Bien que chez les Dynomene actuelles, l’appareil ait perdu de son eflicacité {ce qui
reste à prouver car il conviendrait d’examiner des individus juvéniles et de contrôler toutes les espèces),
la tendance au dispositif bouton-pression est manifeste. Il sera intéressant de regarder avec soin le
plastron sternal des nombreux Dynomenidae fossiles (depuis le Jurassique) et de vérifier si une saillie
se trouve sur le sternite 5, entre l’uropode et la coxa de p2.
Chez les Dynomenidae, les péréiopodes sont plus écartés que chez les Dromiidae, le plastron
sternal s’élargit, forme un écusson implanté entre les mxp3, acquiert un peu la morphologie qui carac¬
térise les Brachyoures sternitrèmes. Il y a une ébauche de cavité sterno-abdominale. Sur le large abdo¬
men mâle, seul le premier segment est dans le prolongement de la carapace ; le deuxième segment est
flanqué d’une paire de pattes réduites en position dorsale : l’abdomen demeure libre et ne se fixe pas
(au moins à partir d’une certaine étape de la croissance) à la paroi sternale. Il n’existe aucune coapta¬
tion particulière. Chez la femelle s’ébauche une assez vaste cavité incubatrice.
Les Dynomenidae présentent un faciès plus brachyourien que les Dromiidae. On en connaît
des représentants depuis le Jurassique {cf. Glaessner, 1969, p. R445). Balss (1957, p. 1605) écrit :
« xanthidenâhnlich », et les paléontologistes Wright et Collins (1972, p. 48, 92-93) supposent que les
Xanthidae dérivent d’une partie du stock dynoménien. Sans entrer dans ces considérations, nous note¬
rons que le genre Dynomene possède encore des uropodes très développés, que la dernière paire de péréio¬
podes est réduite, en position dorsale, et, point fondamental, que le système apodémien inlersegmen-
taire est de type dromiacéen.
Homoloidea
Les Homolidae, rangés dans la classification de Balss (1957, p. 1603, 1606) parmi les Dromia-
cea, en sont ici exclus et élevés au même rang, c’est-à-dire au rang de « tribu » sensu Balss ou, plus
exactement, de super-famille.
Homolidae (rétention de l’abdomen assurée par plusieurs dispositifs chez une même espèce)
Chez les Homolidae, le sternum thoracique forme un assez large plastron, chez le mâle comme
chez la femelle ; il est divisé en deux parties par la suture transversale 6/7. Les sternites antérieurs
sont presque entièrement fusionnés ; des traces de la métamérie primitive sont seulement visibles
latéralement. Chez la femelle, la région qui se trouve au voisinage de la suture 7/8 est modifiée pour
former la partie externe de la spermathèque {cf. Gordon, 1950, p. 232).
Dans les genres Homola Leach (= Thelxiope Rafinesque) et Paromola Wood-Mason, que nous
avons examinés, il existe chez le mâle un assez large abdomen, de forme lancéolée et composé de sept
segments, qui se rabat contre la paroi sternale, en empiétant sensiblement sur les coxae des péréiopodes :
seuls, le premier segment et la partie proximale du deuxième se trouvent dans le prolongement de la
carapace ; le telson s’encastre dans une excavation de l’avant du plastron et pénètre entre les mxp3.
Les bords de l’abdomen décrivent des sinuosités et on observe un début de coaptation entre le pléon
et le plastron. Il n’y a pas une véritable cavité abdominale de type brachyourien, mais le reploiement
de l’abdomen, sans être complet, est très avancé.
En outre, un triple dispositif d’accrochage du pléon est présent (pl. 22, fig. 1, 2). Sur le sternite
thoracique touchant la coxa du chélipède pointe une saillie denticulée, qui vient s’appliquer sur une
fossette creusée dans l’angle latéro-postérieur du sixième segment abdominal et limitée par un fort
bourrelet externe. L’accrochage est rendu plus solide par le fait que le sixième segment abdominal
offre, postérieurement à la fossette, une concavité qui vient se placer sous une éminence tuberculée
et spiniforme de la coxa de pl : une fois engagé, l’abdomen ne peut plus se soulever. A cette paire de
saillies coxales des chélipèdes s’en ajoute une autre, que nous n’avons rencontrée que chez les Homo¬
loidea : la coxa, proéminente, de chaque mxp3 porte, à sa face interne, une spinule qui surplombe la
partie terminale effilée du telson et qui a bloque » l’abdomen contre la face sternale.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
127
Chez Homola et Paromola, les uropodes, absents, n’entrent donc pas en jeu. Le triple appareil
de rétention consiste : en une paire de saillies coxales sur pl ; en une paire de spinules coxales sur mxp3 ;
et en une paire de saillies sternales, situées au-dessus de l’insertion des chélipèdes et qui fonctionnent
comme un bouton-pression avec la paire de fossettes sous-abdominales. C’est ce deuxième type de
disposition, mais au niveau de p2, qui se rencontre chez la plupart des Brachyoures « vrais » : crochet
sur le sternite 5, fossette à la face interne du sixième segment de l’abdomen.
Dans le genre Paromola, la saillie sternale et la fossette sous-abdominale sont présentes et elB-
caces chez les jeunes femelles ; ces différenciations semblent persister chez de grands spécimens femelles
ayant atteint la mue de puberté, mais le dispositif ne paraît plus être fonctionnel (à vérifier).
Dans son étude des structures concernant la copulation dans le genre Homola Leach, Hartnoll (1975a,
p. 660, fig. 2 A-B) ne mentionne que la paire de saillies sternales correspondant à la paire de fossettes sous-
abdominales. Les dilTérenciaticns coxales de mxp3 et de pl sont pourtant des facteurs supplémentaires de
rétention du pléon non négligeables.
Dans le genre Homologenus, plus particulièrement chez H. roslratus (A. Milne Edwards), le plas¬
tron et l’abdomen sont conformés à peu près comme précédemment (pl. 22, fig. 3). La rétention du pléon
est également assurée par un dispositif triple. Une mince proéminence sternale, placée très latérale¬
ment, correspond à une fossette creusée dans l’angle latéro-postérieur du sixième segment abdominal.
Sur pl, deux fortes saillies coxales s’avancent latéralement vers la ligne médiane, comme à la rencontre
l’une de l’autre, et surplombent le telson, intercalé entre les mxp3, empêchant l’abdomen de se sou¬
lever ; à la base de la coxa, du côté interne, une spinule « coince » de plus près l’avant-dernier segment.
La saillie coxale de mxp3 est peu proéminente mais porte une spinule : à ce niveau, le telson est très
rétréci et se trouve bloqué entre les deux mxp3.
Les saillies coxales persistent chez la femelle ovigère mais sont inefllcaces pour maintenir l'abdomen
gonflé d’œufs ; une cavité incubatrice se développe.
Chez Latreiîlia Roux, plus précisément chez L. elegans Roux et chez L. valida de Haan, le ster¬
num thoracique est élargi. L’abdomen mâle, qui ne recouvre pas la base des coxae, laisse à découvert
les bords latéraux du plastron (pl. 22, fig. 4). Les deux premiers segments abdominaux sont dans le
prolongement de la carapace ; les cinq autres segments du pléon s’appliquent contre la surface sternale
et le telson s’implante entre les bases des mxp3. Le dispositif d’accrochage (pl. 22, fig. 5) consiste en
une paire de saillies sternales, petites mais pointues, au niveau de la coxa de pi et en une paire de fos¬
settes correspondantes dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal. La fixation
semble très solide. Par ailleurs, le telson est maintenu entre les coxae des deux mxp3 ; c’est surtout
chez la femelle, où le telson est très allongé et pénètre profondément entre les maxillipèdes externes,
que la rétention est efficace par l’extrémité de l’abdomen. Chez Latreiîlia, par suite de l’élargissement
du sternum thoracique, les coxae se trouvent normalement plus éloignées de l’abdomen que dans les
genres précédents ; néanmoins, on peut supposer que les coxae des chélipèdes, appendices des plus
mobiles, peuvent, en se rapprochant l’une de l’autre, empêcher l’abdomen de se soulever : il est diffi¬
cile de savoir s’il y a là un facteur supplémentaire de maintien du pléon. De toute façon, dans ce genre,
le mécanisme principal est le système bouton-pression qui ressemble, bien sûr d’assez loin, à celui des
Brachyoures vrais {cf. infra, n® 5).
Raninoidea ou Gymnopleura (appareil de rétention absent, sauf dans le genre Lyreidus de Haan)
Nous n’avons pas examiné tous les genres de Raninidae, mais il semble bien que le genre Lyreidus
de Haan soit le seul à posséder un dispositif d’accrochage, ainsi que l’a fait remarquer Habtnoh. (1975o,
p. 661, 672). Mais ce que cet auteur n’a pas souligné, c’est que Lyreidus est le seul genre qui puisse
rabattre son abdomen contre le sternum et, en conséquence, l’y fixer.
La plupart des Raninidae tiennent leur abdomen étendu dans le prolongement de la carapace et ne
reploient que les segments distaux. L’abdomen est relativement peu développé, disproportionné par rapport
au céphalothorax.
Source ; A1WHW, Paris
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Chez Raninoides H. Milne Edwards, plus précisément chez B. îaevU (Latreille) et R. bouvieri Capart
(cf. Monod, 1956, p. 55, fig. 32), les deux premiers segments abdominaux, élargis, ainsi que les deux suivants,
un peu plus étroits, sont complètement dorsaux ; le cinquième segment est en partie visible dorsalement :
le sixième et le telson, extrêmement réduit, sont à demi reployés. Les pléopodes sexuels 1 et 2 apparaissent
complètement à découvert. Chez la Ranilia atlantica (Studer) que nous avons examinée, les deux premiers seg¬
ments abdominaux sont calcifiés ; des suivants, très mous, ne sont reployés que les deux derniers. Chez Noto-
sceles vîaderi Ward, l’abdomen mâle se rétrécit progressivement de façon tout à fait régulière et forme une lame
triangulaire, dont seule l’extrémité n’est pas dans le prolongement du céphalothorax. Chez Ranina ranina
(Linné), l’abdomen se rabat davantage et un plus grand nombre de segments prennent une position ventrale.
Dans le genre Cyrtorhina Monod, la courbure de l’abdomen est analogue à celle de Ranina. Chez Cosmonotus
Adams et White, l’abdomen mâle, étroit mais relativement allongé, se reploie entre le troisième et le quatrième
segment.
Donc, chez tous ces Raninidae, le telson se place à peu près au niveau des p4 : à cet endroit le
plastron est réduit à une portion linéaire. En efîet, le sternum thoracique des Raninidae est extrêmement
réduit dans sa partie postérieure : il se compose généralement de deux régions principales, qui sont à
deux niveaux différents. La partie antérieure, constituée de sternites fusionnés, a la forme d’un plastron,
plus ou moins élargi selon les genres, avec un écusson antérieur implanté entre les mxp3 et des expan¬
sions se prolongeant entre les péréiopodes. La région postérieure ne se trouve pas dans le même plan,
s’abaisse brusquement et se réduit à une bande étroite et d’extension verticale, parfois carénée. Nous
renvoyons à l’excellente révision de Boukne (1922) et aux notes de Gohdon (1963 ; 1966), où cette
disposition très particulière est bien décrite.
Le plastron sternal du genre Cyrtorhina, différemment conformé, est tripartite : la partie anté¬
rieure est amincie, la partie moyenne élargie, la partie postérieure est linéaire.
Chez les Raninidae, les deux dernières paires de péréiopodes sont dorsales et encadrent les deux
premiers segments de l’abdomen. Chez les genres à abdomen à peine reployé, c’est dans cette portion
linéaire du sternum, entre les pattes très rapprochées, que se logent les pléopodes. Évidemment, il
n’y a pas de cavité sterno-abdominale. Le dimorphisme sexuel est peu développé ; l’abdomen femelle
est à peine plus élargi que chez le mâle et ne se rabat pas davantage.
La morphologie spéciale du sternum thoracique des Raninidae a été mise en rapport avec leur mode
de vie fouisseur. Ces Crustacés très anciens (des fossiles très nombreux sont connus depuis le Crétacé), que
Glaessner (1969, p. R440) considère comme à leur déclin, offrent un mélange de caractères plésiomorphes
et de traits qui sont le fait d’animaux extrêmement spécialisés et modifiés. L’extension ventrale des épimères
est regardée comme un phénomène adaptatif. Bourne (1922) a bien montré que, chez certains Raninidae,
l’accroissement en longueur des sternites postérieurs s’accompagne d’une réduction des dernières paires de
péréiopodes, d’un rétrécissement progressif de l’abdomen, d’une diminution dans la taille et dans la fonction
des orifices branchiaux postérieurs ; corrélativement, les modifications intéressant p2 et p3 indiquent une uti¬
lisation pour la nage. Le système apodémien intersegmentaire, également très modifié, est celui d’animaux
éminemment fouisseurs, mais aussi plus ou moins bons nageurs. Gordon (1966, p. 250, fig. 2B, 3B) confirme
cette opinion : les habitudes fouisseuses, locomotrices, respiratoires, des Raninidae en font un groupe ne res¬
semblant à aucun autre, ni aux Crabes fouisseurs du type Corysles (Crabe sternitrème) ni aux fouisseurs de
type anomourien comme les Hippoidea.
Dans le genre Lyreidus, forme fouisseuse par excellence (Bourne, 1922, p. 70), le sternum tho¬
racique est presque tout entier dans le même plan, à part la région tout à fait postérieure. Assez large
en avant où il a la forme typique, en écusson, il se rétrécit en arrière de p2 mais garde une certaine lar¬
geur jusqu’au niveau de p5. L’abdomen mâle est étroit, plutôt allongé. Les deux premiers segments
sont complètement étendus dans le prolongement du corps, le troisième également d’après Bourne
(1922, p. 69). Les segments suivants se reploient complètement dans l’anfractuosité sternale, entre
les péréiopodes 2-4. Selon Bourne (ibid.), le quatrième segment de l’abdomen « constitutes as it were
the knuckle of a sharp ventral flexure ». Le sixième segment est long, étroit et ses angles latéro-posté-
rieurs s’avancent sous forme de deux processus saillants, bombés, profondément creusés sur la face
ventrale. Ces deux processus représentent en fait deux fossettes, qui, lorsque l’abdomen est reployé
sur toute son étendue, se fixent sur deux parties sternales denticulées situées en arrière de p2, dirigées
Source ; A1MHN, Pons
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL, D’ACCROCHAGE
129
postérieurement. Le telson se loge entre ces deux avancées. Nous n’avons pas examiné de Lyreidus
mâle en bon état ' et nous décrivons cet appareil en nous basant sur deux femelles, toutes deux pubères.
Chez une femelle ovigère de 38 X 23 mm de Lyreidus tridentatus de Haan (pl. 22, fig. 6, 7), pointes
sternales et fossettes abdominales sont parfaitement conformées : les pléopodes épais et la ponte abon¬
dante empêchent l’accrochage, mais il est certain que chez le mâle l’abdomen est solidement fixé.
Le genre Lyreidus nous montrerait donc une disposition analogue à celle des Brachyoures vrais.
Pour l’élément sternal, Hartnoll (1975a, p. 661) indique d’abord « sixth thoracic sternite » mais,
ensuite (p. 672), se contredit en écrivant « fifth sternite ». Il est en effet difficile de savoir à quel sternite
appartiennent les pointes sternales. Nous pensons, quant à nous, qu’elles dépendent du sternite 5,
plus précisément de l’épisternite 5. Les fossettes sont situées dans les angles postéro-latéraux du sixième
segment comme c’est si souvent le cas chez les Crabes.
Authes Bhachyoures péditrèmes
Homolodromiidae (maintien de l’abdomen hypothétique)
Ce petit groupe, composé seulement de deux genres, Homolodromia A. Milne Edwards et Dicra-
nodromia A. Milne Edwards, présente de nombreux caractères ancestraux. Glaessner (1969, p. R440,
R486, fig. 293) pense que Homolodromia ressemble aux Crabes les plus anciennement connus et c’est
pourquoi il rattache les Homolodromiinae à une famille fossile apparue au Jurassique, les f Proso-
pidae.
Nous n’avons pu examiner aucun mâle à abdomen complet. Le seul spécimen mâle que nous
ayons vu appartient à Dicranodromia mahyeuxi A. Milne Edwards : seuls, les segments antérieurs de
l’abdomen sont présents. De forme particulière, ils se coaptent avec la face interne des coxae corres¬
pondantes ; nous ne savons pas si, plus haut, se trouve un dispositif de rétention quelconque. Chez les
Homolodromiidae, les uropodes sont extrêmement réduits et intercalés ventralement entre le sixième
segment abdominal et le telson : ils sont complètement recouverts et non décelables dans une vue dor¬
sale de l’abdomen. Il est donc peu probable que les uropodes jouent un rôle dans la rétention de l’abdo¬
men, au cas où existerait un tel dispositif. Une caractéristique (à vérifier) de la famille semble être
le vaste telson, large et allongé.
Tymolidae (appareil de rétention absent, semble-t-il)
La morphologie des petites espèces, généralement d’eau profonde, que renferment les genres
de cette famille, encore fréquemment rattachée aux Dorippidae {cf. Balss, 1957, p. 1609 ; Glaessner,
1969, p. R492), demeure assez mal connue.
Gordon (1963) a fait progresser la systématique de ce groupe en attirant l’attention sur l’existence
de spermathèques et de sillons sternaux chez les femelles. Les Tymolidae doivent être soustraits des Brachyoures
vrais et entrent parmi les Crabes péditrèmes. Obtmann (1892) avait déjà séparé les Dorippinea en deux familles :
les Cyclodorippidae, avec Cyclodorippe A. Milne Edwards (= Tymolus Stimpson), et les Dorippidae, avec,
entre autres genres, Dorippe Weber et Elkusa Roux.
C’est Bouvier (1897) qui confirmera la franche division des Dorippidae en « deux sous-familles fort
naturelles qui sont essentiellement caractérisées par la position de l’orifice sexuel femelle [...] » (p. 2). Ainsi
sont distingués les Dorippidae slernitrèmes, ou Dorippidae, ayant pour type le genre Dorippe, dont les orifices
sexuels femelles sont situés sur le sternum, et les Dorippidae péditrèmes, ou Cyclodorippinae, à orifices sexuels
femelles coxaux et incluant les genres Cyclodorippe (= Tymolus), Cymopolus A. Milne Edwards, Cymonomus
A. Milne Edwards et Corycodus A. Milne Edwards.
Ces derniers genres constituent la sous-famille des Tymolinae reconnue par Alcock (1896, p. 135, 136,
273, 274).
1. Depuis ces observations, nous avons pu examiner de très beaux spécimens mâles de Lyreidus, provenant des
Philippines (Exp. MUSORSTOM 1976). Nous avons constaté l'existence d'un véritable appareil d'accrochage et, aussi,
la présence de deux spermathèques, visibles par deux orifices de part et d'autre de la suture longitudinale médiane.
9
SoiX'ce : MNHN, Paris
130
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Nous conservons la terminologie de Bouvier et nous l’étendons à toutes les formes, pour indiquer la
localisation de l’orifice sexuel femelle. Nous franchissons un pas supplémentaire en séparant complètement
des Dorippidae typiques {Dorippe, Elhusa) les petits genres à orifices coxaux, c’est-à-dire péditrèmes, et
adoptons les vues de Gordon. Glaessner (1969, p. R440} a certainement raison lorsqu’il considère comme
une « classification horizontale » la séparation, fondée sur un caractère manifestement primitif, des Crabes
en péditrèmes et sternitrèmes. Mais l’élimination des Tymolinae, leur classement loin des Dorippidae, est étayée
par d’autres caractères (spermatlièques indépendantes, sillons sternaux, etc.) ; pour nous, ces Crustacés n’ont
rien à voir ni avec les Dorippidae, ni avec les Oxystomata {sensu Balss). Il serait temps que les carcinologistes
envisagent la « primitive peditreroe condition » et 1’ « advanced sternitreme condition », selon la formulation
de Glaessner (1969, ihid.).
Tableau 4. L'appareil de rétention de l'abdomen chez les Brachyoures péditrèmes
Dromiacea : abdomen retenu par divers systèmes de rétention (simple, double, voire triple, chez une même
espèce) faisant intervenir ou non les uropodes.
Dromiidae : modalités variées des dispositifs de rétention.
Dromia personala : deux paires de saillies coxales de rétention (saillie coxale de pi, à laquelle correspond une
concavité du telson ; saillie coxale de p2, sur laquelle se moule une paire de fossettes creusant la tranche
de l’abdomen), plus une paire de saillies épisternales correspondant à une zone en creux sous l’abdo-
Slernodromia : une paire de saillies coxales (p2) empêchant l’abdomen de se soulever.
Bromidiopsis : abdomen retenu par une sorte de dispositif à glissières (notamment, une paire de saillies coxales
dépendant de p2).
Cryptodromia : comme chez Dromia personata.
Hemisphaerodromia : une paire de saillies coxales (p2) auxquelles correspondent les bords concaves du telson
et encadrées, en avant, par les uropodes, et, en arrière, par le cinquième segment abdominal très dilaté.
Dromidia antiliensis, D. hirsulissima : une paire de saillies sternales (p2) auxquelles correspond un rétrécisse¬
ment de l’abdomen.
Dromidia unidenlala : une paire de saillies coxales (p2) servant de butée aux uropodes qui viennent se placer
en avant.
Dynoubnidab : appareil spécial de rétention mais non fonctionnel, tout au moins au-delà d’une certaine
taille.
Homoloidea
Houolidae : rétention de l’abdomen assurée par plusieurs dispositifs chez une même espèce.
Homola, Paromola : triple appareil de rétention (saillie coxale de pl, saillie coxale de mxp3, plus une saillie
épisternale faisant partie d’un dispositif bouton-pression).
Laireillia : une paire de saillies sternales sur pl et telson implanté entre les mxp3.
Raninoidba ou Gymnoplbuba : appareil de rétention absent, sauf dans le genre Lyreidus où deux pointes
sternales s’engagent dans deux fossettes du sixième segment abdominal.
Autres péditrèmes
Hoholodromiidae : maintien de l’abdomen hypothétique.
Tyuolidab : appareil de rétention, semble-t-il, absent.
Le sternum thoracique des Tymolidae ressemble, partiellement, à celui d’un Brachyoure vrai :
il est assez élargi (tout au moins en avant de p3) ; en arrière, tout l’espace entre les coxae est rempli
par 1 abdomen mâle. La surface du plastron est plane, sauf dans la partie postérieure qui s’infléchit
Source ; MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
131
brusquement ; un écusson antérieur s’implante entre les mxp3. La métamérie est conservée en grande
partie, c’est-à-dire sur les côtés, et le sternum est plus brachyourien que dans les groupes précédents.
Les deux derniers péréiopodes sont complètement dorsaux, tout comme les segments abdominaux
les plus antérieurs.
C’est seulement la partie postérieure de l’abdomen qui est reployée. Chez le mâle, il existe une
très courte cavité sterno-abdominale, tout à fait postérieure, correspondant à la courbure thoracique,
et qui contraste avec le reste du plastron par sa surface lisse ; elle est remplie par les pléopodes sexuels,
courts et trapus.
Nous n’avons observé aucun appareil spécial de rétention chez Cymonomus granulatus (Norman) :
les bords de l’abdomen sont seulement en parfaite correspondance avec la lisière de la cavité sternale.
Chez Cymopolus asper A. Milne Edwards, la disposition sternum — abdomen est sensiblement la même :
la cavité sternale et, parallèlement, l’abdomen mâle sont plus allongés et nous ne remarquons aucun
dispositif de rétention, seulement une concordance entre les bords de la cavité et ceux de l’abdomen ;
ce dernier s’encastre assez profondément dans la cavité ; la surface lisse de cette dernière se distingue
très nettement des ornements épineux du plastron et de l’abdomen. L’abdomen est simplement rabattu
mais, semble-t-il, non fermement fixé.
III. BRACHYOURES À ORIFICES FEMELLES STERNAUX
(BRACHYOURES STERNITRÈMES OU CRABES « VRAIS »)
Les Crabes sternitrèmes, chez lesquels les oviductes débouchent dans les vulves sternales, mon¬
trent divers types de coaptations résultant du reploiement de l’abdomen contre le sternum thoracique.
Certains Crabes, que l’on peut considérer comme primitifs, sont à la fois dépourvus de cavité sterno-
abdominale et d'appareil d’accrochage. Quelques formes également primitives acquièrent une cavité
abdominale, plus ou moins excavée ou délimitée, et possèdent un dispositif d’accrochage, toutefois
non fonctionnel par suite de la non-coïncidence des deux éléments correspondants. Chez la majorité
des Crabes, qu’ils soient marins ou terrestres, marcheurs ou fouisseurs, etc., le système d’accrochage
est un bouton-pression, à savoir : crochet sur le cinquième sternite et fossette à la face inférieure du
sixième segment abdominal. C’est cette disposition, la plus répandue chez les Brachyoures, que nous
qualifierons de typique. Mais il existe d’autres possibilités de fixation de l’abdomen ou de maintien
de celui-ci contre la paroi sternale. S’il n’y a pas multiplicité des solutions fondamentales, le nombre
des dispositifs est assez grand. Par ailleurs, des Crabes considérés comme évolués ne possèdent pas
d’appareil d’accrochage spécial : l’abdomen est seulement coapté, plus ou moins étroitement, avec
l’excavation sternale destinée à le contenir.
Nous allons étudier ces diverses modalités d’abord dans l’ordre de leur téléonomie croissante.
Cet ordre correspond sans doute partiellement à l’ordre d’évolution progressive, mais il ne faut pas
le considérer nécessairement comme celui des diverses étapes de la phylogenèse de l’appareil en question.
II peut y avoir eu réduction, élimination, du dispositif pair. Certaines formes évoluées, que nous étudions
à la fin de cette partie, n’ont pas de dispositif d’accrochage visible extérieurement ; néanmoins, l’abdo¬
men est maintenu reployé, en contact étroit avec le sternum.
La mise en place de structures morphologiques autres que le système-bouton-pression est l’indi¬
cation de plusieurs voies évolutives, de tentatives diverses, pour assurer le maintien de l’abdomen.
En premier lieu, en assistant à la formation de la cavité sterno-abdominale, nous suivrons le
perfectionnement des structures caractérisées par l’apparition d’un bouton-pression. Ensuite, nous
décrirons les autres modalités d’ajustement et de fixation de l’abdomen.
A la fin de l’analyse des diverses a solutions » rencontrées chez les Brachyoures sternitrèmes,
un tableau récapitulatif (tabl. 5) est dressé.
Source : MNHN, Paris
132
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
1. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ABSENTE ET PAS DE DISPOSITIF D'ACCROCHAGE
Chez des Crabes qui ont conservé plusieurs caractères plésiomorphes, la paroi sternale n’est
creusée d’aucune cavité spéciale et le plastron apparaît à peu près horizontal. Dans ce cas, l’abdomen
est le plus souvent très court, avec les segments proximaux en position dorsale. L’extrémité du telson
ne remonte pas suffisamment en avant sur le plastron pour recouvrir les sutures antérieures. Une des
conséquences les plus directes de la brièveté de l’abdomen est l’absence d’appareil d'accrochage.
Le fait que le système bouton-pression fasse défaut s’explique aisément : en effet, l’avant-der¬
nier segment abdominal, normalement porteur des fossettes, n’atteint pas le sternite 5 sur lequel,
habituellement, les crochets font saillie.
En définitive, l’absence de cavité sterno-abdominale s’accompagne d’un abdomen court qui
ne se fixe pas à la paroi sternale. Néanmoins, la formation d’une cavité sterno-abdominale véritable
n’est pas nécessaire pour qu’apparaisse un système d’accrochage, ainsi que nous le montrera le cas
n® 3 {Naulilocorystes ; cf. infra).
Genre CorysUs Latreille (pl. 9, fig. 1)
L’étroit plastron sternal offre une surface presque plane. Il n’y a pas de véritable cavité sterno-
abdominale, seulement une faible excavation, garnie de soies, qui reçoit les deux gros pléopodes mâles.
L’abdomen forme une lame large et courte, assez peu différente chez le mâle et la femelle, et empiète
sur les coxae de p4 et p5. Les deux premiers segments abdominaux sont tout à fait dorsaux et le telson
dépasse tout juste le sternite 6. L’appareil d’accrochage est absent chez les mâles de toute taille, chez
la femelle impubère et, évidemment, chez la femelle pubère. Lorsque le pléon est rabattu, le sternite 5
est topographiquement très éloigné de l’avant-dernier segment abdominal.
Les premiers pléopodes sexuels mâles, qui sont trapus et torsadés, ont à peu près ta longueur de l’abdo¬
men : leur extrémité est à peine protégée, car une portion apicale sétifère apparaît à découvert de part et d’autre
du sixième segment abdominal. Le pléon n'adhérant pas à la paroi sternale, les appendices sexuels sont mal
abrités ; la calcification de leur tégument et la cuticule cornée qui entoure l’apex sont certainement des élé¬
ments de protection. Une protection parait d’autant plus nécessaire que les Corystes s’enfouissent dans le sable.
Chez la femelle (pl. 25, fig. 4, 5), il n’y a pas, non plus, de cavité sterno-abdominale et l’abdomen, qui
reste court, ne recouvre pas les vulves.
Genre Pseudocorystes H. Milne Edwards (fig. 20B)
Comme chez Corysles (pl. 9, fig. 1), il n’y a pas de cavité sterno-abdominale délimitée : le ster¬
num thoracique (fig. 20B), relativement étroit et doté d’un écusson antérieur très prononcé, offre deux
pans déclives, parcourus longitudinalement par une ligne médiane profonde, interrompue par endroits.
L’abdomen mâle est court, les deux premiers segments étant en position dorsale et son extrémité dis¬
tale atteignant tout juste le sternite 6. Les sutures 4/5 et 5/6 passent très en avant du telson. Le dimor¬
phisme est faible entre abdomen mâle et abdomen femelle. En raison de cette brièveté du pléon, les
vulves sont laissées à découvert (pl. 25, fig. 6).
Chez Pseudocorystes, il n’y a pas d’appareil d’accrochage de l’abdomen : ni crochets sternaux,
ni fossettes sous-abdominales. L’avant-dernier segment de l’abdomen mâle se trouve très éloigné du
sternite 5, sternite habituellement porteur des crochets. L’abdomen demeure donc libre. Les pléopodes
sexuels, moins trapus et moins calcifiés que chez Corystes, se situent dans une zone abondamment
garnie de soies et sont recouverts par l’abdomen sur toute leur étendue.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
133
2. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE MAIS PAS D'APPAREIL D'ACCRO¬
CHAGE; AUCUNE COAPTATION SPÉCIALE STERNUM-ABDOMEN
Genre Oritkyia Fabricius (pl. 14, fig. 7)
Dans ce genre, composant à lui seul la sous-famille des Oriithyinae attribuée aux Oxystomata
(cf. Balss, 1957, p. 1611), le plastron est largement ovalaire et les sutures sternales sont toutes incom¬
plètes. Chez aucun des deux grands spécimens mâles examinés, nous n’observons de crochets sur le
sternite thoracique 5. La cavité sterno-abdominale est notablement excavée mais, comme l’abdomen
manque sur notre matériel, nous ignorons comment celui-ci repose sur le sternum. Nous supposons
que l’abdomen mâle est court et n’atteint pas le sternite 5 : en effet, une femelle pubère de 64 X 60 mm
(pl. 14, fig. 9), malheureusement à l’état sec, nous montre un abdomen large, très peu étendu, avec
un telson qui semble ne même pas parvenir à la suture 6/7. Si notre hypothèse est exacte, c’est la briè¬
veté de l’abdomen qui entraîne l’absence d’appareil d’accrochage, tout comme chez les Crabes de la
categorie précédente, Corysles et Pseudocorysles.
Dans le genre Oritkyia, cette même brièveté de l’abdomen, dont les deux premiers segments
sont en position dorsale, fait que, chez la femelle, les vulves restent à découvert.
3. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PEU PRONONCÉE; APPAREIL D’ACCROCHAGE
PRÉSENT, DU TYPE BOUTON-PRESSION, MAIS NON FONCTIONNEL
Genre Nautilocorystes H. Milne Edwards (fig. 20C]
Il n’y a pas, non plus, de véritable cavité abdominale : le plastron est déprimé en son milieu,
profondément sillonné par une ligne longitudinale accusée qui correspond intérieurement à une plaque
médiane très développée sur les sternites 6 à 8 (pl. 11, fig. 3). L’abdomen est très court : l’extrémité
du telson passe en retrait de la suture 5/6. Les deux crochets sternaux, extrêmement aigus, pourtant
situés dans la partie la plus postérieure du sternite 5, en fait presque sur la suture 5/6 et dirigés vers
l’arrière, ne peuvent pas se coapter avec les angles latéro-postérieurs de l’avant-dernier segment abdo¬
minal, car ces derniers sont trop éloignés. C’est du moins ce que nous avons constaté chez les deux
grands exemplaires mâles que nous avons examinés (30 et 39,5 mm de long), ainsi que chez un juvénile
de 12 mm de long. Un seul individu, malheureusement à l’état sec, nous montre les pléopodes in situ :
les premiers appendices sexuels, très allongés, nous paraissent dépasser de l’abdomen (pl. 23, fig. 5).
Cette non-protection de l’apex des pléopodes est-elle un accident, un cas normal, ou est-ce la règle dans
le genre ? Étant donné le décalage entre les crochets sternaux et les fossettes abdominales, une dis¬
proportion pléopodes-abdomen mâle ne serait pas invraisemblable. Une confirmation est toutefois
nécessaire.
4. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE; APPAREIL D'ACCROCHAGE DU TYPE
BOUTON-PRESSION PRÉSENT MAIS NON FONCTIONNEL
o) Non-coîncidence des deux éléments sternal et abdominal
Chez certains Crabes mâles adultes qui possèdent une véritable cavité sterno-abdominale mais
un abdomen encore court, on observe un décalage entre la position du crochet sternal et celle de la fos-
Source : MNHN, Paris
134
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
sette abdominale. L’appareil ne peut pas fonctionner s’il n’y a pas eu une évolution morphologique
coordonnée qui puisse assurer la correspondance des deux parties distinctes impliquées dans la coapta*
tion.
Genre Bellia H. Milne Edwards (fig. 39A-C)
Chez ce Crabe fouisseur, qui appartient à une superfamille spéciale, les Bellioidea {cf. Guinot,
1976), à plastron sternal assez large, l’abdomen mâle consiste en une lame triangulaire, très élargie
à la base, et assez courte puisqu’elle atteint tout juste la suture 5/6. Les segments 3-4-5 sont fusionnés,
avec des sutures néanmoins apparentes. La cavité sterno-abdominale est peu profonde et n’est pas
délimitée en avant : elle se prolonge, sous forme d’une dépression, au-delà des chélipèdes. Du fait de
la brièveté de l’abdomen, les sutures 4/5 passent bien en avant du telson. Un appareil d’accrochage
est présent, mais les crochets situés à la base du sternite 5 ne peuvent venir coifferles fossettes du sixième
segment abdominal, situé très en retrait. Ce sont pourtant des fossettes délimitées par un fort bourre¬
let qui creusent les angles latéro-postérieurs, saillants vers l’avant, du segment en question. Il n’y a
pas coïncidence puisque — exprimons-le ainsi — l’abdomen est trop court. Nous avions d’abord pensé
à un cas anormal (notre spécimen de Bellia picta H. Milne Edwards mesure 50,5 X 45,5 mm), mais
une figure de Rathbun (1930, pl. 79, fig. 3) montre la même singularité, à savoir un abdomen court,
dont les angles latéro-postérieurs du sixième segment sont décalés par rapport aux crochets parfaite¬
ment visibles sur les côtés. Il faudra vérifier la disposition chez des mâles de plus petite taille.
Chez Bellia, les pléopodes sexuels ne bénéficient pas d'une protection aussi parfaite que dans
le cas d’un abdomen « boutonné » au plastron. Or, il se trouve que les appendices copuiateurs ne donnent
aucune apparence de fragilité : ils sont extrêmement courts, trapus, épais, et se terminent par un apex
corné, sans ornementation particulière (à l’exception d’une pilosité peu typique).
En revanche, chez les jeunes Bellia picta femelles que nous avons examinées (22 X 25 mm et 29 X
25,4 mm), il y a une correspondance parfaite des deux éléments (fig. 39A, B), ce qui peut s’expliquer par le fait
que l’abdomen est relativement plus allongé que chez le mâle. Au contraire, chez les femelles ayant accompli
leur mue de puberté, la cavité sterno-abdominale s’est considérablement élargie, tout comme l’abdomen. Mais
la différence du taux de croissance entre les parties sternale et abdominale fait que l’écartement entre les cro¬
chets n’est plus égal à celui qui sépare l'emplacement des fossettes : la coïncidence (transversale surtout) ne
peut donc plus se réaliser. Ainsi, chez une Bellia picta ovigère de 39,5 X 36 mm, à vulves très élargies, l’élé¬
ment sternal demeure mais s'est transformé en un petit bourrelet doublant intérieurement la ligne de suture
5/6 (fig. 39C).
On remarquera que, dans ce même genre Bellia, les vulves sont externes par rapport à l’abdo¬
men (fig. 39A, 39B), en permanence ou tout au moins tant que l’abdomen n’a pas acquis sa plus grande
largeur (à vérifier sur un matériel de toutes tailles).
Chez les autres genres de Bellioidea, Corystoides Lucas, Acanlhocyclus Lucas et Helerozius A. Milne
Edwards (cf. Guinot, 1976) le dispositif d’accrochage est « normal *, c’est-à-dire : crochets situés sur
le sternite 5, à peu de distance de la suture 5/6, et localisés dans la cavité qui reçoit l’abdomen ; fos¬
settes dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal. Chez ces trois genres, la dis¬
position femelle (fig. 39D-F) est typique : tant que la cavité sterno-abdominale est bien individualisée,
avec un bord net la délimitant, l’appareil d’accrochage existe et est fonctionnel. Lorsque la cavité abdo¬
minale s’élargit, jusqu’à devenir représentée par la totalité du plastron, et que se développent les pléo¬
podes ovifères, il y a disparition des crochets ainsi que des fossettes correspondantes.
Parmi les Bellioidea, seul le genre Bellia montre une disposition en quelque sorte aberrante.
L abdomen mâle ne remplit pas la cavité sterno-abdominale. On peut imaginer un raccourcissement
disproportionné de l’abdomen, ce qui expliquerait au moins l’une des deux anomalies rencontrées chez
ce Crabe : la non-coaptation des éléments de l’appareil d’accrochage, pourtant parfaitement développés.
Bellia est certainement un genre archaïque, très spécialisé par suite d’habitudes fouisseuses (notam¬
ment antennules formant par leur rapprochement un tube inhalant). La disposition de son abdomen,
l’absence de coordination entre crochets et fossettes, ainsi que les vulves « extérieures » à l’abdomen,
voilà quelques caractéristiques exceptionnelles de ce Brachyoure.
Source ; MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALH ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
135
Genre Peltarion Jacquinot (fig. 20D)
Chez ce genre, curieux à maints égards, une cavité sterno-abdominale est apparue mais elle ne
contient pas en entier l’abdomen, mâle aussi bien que femelle, lequel demeure court. En effet, le telson
empiète tout juste sur le sternite 5, tandis que l’extrémité antérieure de la cavité repose sur le sternite
4 : il n’y a donc pas parfaite correspondance, du moins en avant, entre l’abdomen et la cavité destinée
à Je recevoir. Un dispositif d’accrochage est présent mais il ne peut fonctionner : il s’en faut pourtant
de peu pour que les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal, exceptionnellement proé¬
minents et dirigés vers l’avant, viennent coiffer les crochets sternaux, placés très bas, pratiquement
sur la suture 5/6. La forme de l’avant-dernier segment abdominal, avec ses deux expansions latérales,
montre une évidente tendance à l’accrochage. Pour s’exprimer en termes finalistes, tout se passe comme
si chacune des deux parties s’avançait au maximum pour atteindre l’autre. Cette disposition se ren¬
contre chez les nombreux exemplaires, de tailles variées, que nous avons examinés.
Quant au caractère envisagé ici, le genre Peltarion se trouve à un stade plus avancé que les pré¬
cédents, notamment que Nautilocorystes (fig. 20C) : chez Peltarion, une cavité sterno-abdominale s’est
réalisée et le décalage crochets sternaux-fossettes abdominales est faible. La disposition des sutures
antérieures, nettement discontinues, indique un état moins primitif que chez Nautilocorystes. Néan¬
moins, les deux premiers segments abdominaux de Peltarion se trouvent en position tout à fait dorsale ;
la coaptation cavité sterno-abdominale et abdomen n’est pas parfaite.
b) Fossettes abdominales rudimentaires, voire absentes
Genre Thia^ Leach [pro parte)
Le plastron est si étroit qu’il se trouve recouvert en entier (sauf les épisternites) par l’abdomen.
Il y a une véritable cavité sterno-abdominale, de forme triangulaire, qui atteint presque la suture
4/5. L’abdomen se trouve coincé entre les coxae des pattes ambulatoires et paraît bien coapté avec la
cavité.
Chez Thia residua (Herbst) (fig. 20A), l’appareil d’accrochage est représenté par deux crochets
puissants, à la limite de la suture 5/6 ; mais les fossettes correspondantes sur la mince lame abdominale
ne rencontrent pas une épaisseur suffisante pour être vraiment efficaces. En fait, les fossettes nous
paraissent à leur état le plus rudimentaire. Nous ne pensons pas que, chez cette espèce, le dispositif soit
fonctionnel. Du reste, aucun des nombreux individus que nous avons examinés n’avait son abdomen
« boutonné » au plastron. L’abdomen est toutefois tenu en place, car la pointe du telson s’encastre
parfaitement dans une partie excavée du sternite 5 ; chez certains spécimens, à ce niveau se creuse
même une sorte de rainure, limitée par des crêtes sur lesquelles reposent les bords du dernier segment
abdominal.
En revanche, chez une autre espèce, Thia polila Leach, dont l’abdomen est plus épais, des fossettes
sont creusées à la face intérieure de l’avant-demier segment abdominal et l’accrochage peut s’effectuer (voir
nO 5).
La nature primitive du genre Thia est notamment attestée par le plastron sternal extrêmement
étroit et allongé, pourvu d’épisternites délimités, ainsi que par les sutures thoraciques continues. Néan¬
moins, une cavité sterno-abdominale creuse la paroi sternale, se coapte avec le pléon, et un appareil
d’accrochage, du type bouton-pression, est présent, au moins partiellement. Ce genre constitue un cas
intéressant, puisqu’il comporte une espèce (au moins) où les fossettes sont trop rudimentaires pour
être utiles, et une espèce (au moins) où l’appareil est formé dans sa double différenciation et parfai¬
tement fonctionnel.
1. Voir la note infrapaginale p. 83.
Source : MNHN, Paris
136
H0RPH0L061B. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Gbcarcimdae {pro parte)
Certains Gecarcinidae {Gecarcinus, Epigrapsus, Gecarcoidea), qui sont pourvus de crochets
sternaux mais ne possèdent pas de fossettes sous-abdominales bien formées, pourraient entrer dans
cette catégorie n® 4 puisque l’appareil n’est pas fonctionnel {cf. pl. 19, ûg. 11 ; pl. 23, fig. 10). Toutefois,
comme chez les autres Gecarcinidae [Cardisoma, Ucides) il n’y a pas de différenciations sternales,
nous préférons ranger les « Crabes terrestres » dans la catégorie n^ 11 où sont classés les Brachyoures
à dispositif facultatif ou disparu.
5. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE; APPAREIL D'ACCROCHAGE, DU TYPE
BOUTON-PRESSION, FONCTIONNEL
Chez tous les Crabes, à l’exception de ceux mentionnés ci-dessus et de quelques cas étudiés plus
loin, la cavité sterno-abdominale est bien excavée, avec ses bords plus ou moins étroitement coaptés
avec le pléon. L’appareil d’accrochage est du type bouton-pression et fonctionne parfaitement ; il se
compose typiquement d’un crochet saillant sur le sternite thoracique 5 et d’une fossette à la face interne
du sixième segment abdominal.
Nous passerons en revue les grands groupes de Crabes en citant seulement quelques exemples.
Nous commencerons par les Crabes primitifs, à sutures sternales complètes, et passerons ensuite aux
Crabes à sutures discontinues.
L’étude de l’appareil d’accrochage, jointe à celle d’autres caractères, permet des rapproche¬
ments nouveaux.
Genre Thia Lbach [pro parte : Thia polita Lbach, ef. supra, n*’ 4]
Genre Atelecyclus Lbach (pl. 9, fig. 4, 5]
Sur l’étroit plastron, la cavité sterno-abdominale, modérément excavée, est coaptée par ses
bords avec l’abdomen et se prolonge en avant par une rainure dans laquelle s’engage la pointe du tel-
son. L’appareil d’accrochage est fonctionnel : crochets relativement développés, fossettes sous-abdo-
minales bien creusées.
Chez les femelles pubères, reconnaissables à, leurs vulves largement ouvertes, il subsiste un vestige de
l'appareil d’accrochage, à savoir deux faibles crochets arrondis k la base du sternite 5 et peu éloignés des ori¬
fices génitaux qui s’ouvrent au sommet du sternite 6.
Genres Kraussia Dana (fig. 22A) et Paraxarvthus Lucas (fig. 22B)
Nous décelons entre ces deux genres de nombreuses affinités, non reconnues par les carcinolo-
gistes antérieurs. Parmi les traits communs : la cavité sterno-abdominale profonde, atteignant tout
juste la suture 4/5 (continue) et que remplit complètement l’étroit abdomen ; l’appareil d’accrochage
fonctionnel, composé d’un crochet placé très latéralement et très bas, tout près de la suture 5/6, ainsi
que d’une fossette sous-abdominale bien formée. Par ailleurs, l’abdomen se coapte parfaitement avec
les bords de la cavité sterno-abdominale.
Genres Erimacrus Benedict et Telmessus White
Chez ces deux genres apparentés, la cavité sterno-abdominale est modérément excavée, fermée
en avant et normalement coaptée avec l’abdomen. La pointe du telson dépasse tout juste la suture
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
137
4/5. L’appareil d’accrochage est parfaitement fonctionnel, avec un crochet situé très bas sur le sternite
5, presque sur la suture 5/6.
Chez la femelle (pl. 25, fig. l'3], l’abdomen est plus élargi que chez le mâle, mais il reste étroit dans
les derniers segments qui laissent à découvert une grande partie du sternite 6. De ce fait, les vulves qui s’ouvrent
sur le sternite 6 ont la particularité d'être externes à la cavité sterno-abdominale. Les femelles pubères conser¬
vent un crochet vestigial, sous forme d’une faible excroissance ; la partie correspondante de l’abdomen, où
se trouve normalement la fossette, se place presque en face, ou pas très loin, mais il n’y a pas d’accrochage.
Genre Trackycarcinus Faxon
La cavité sterno-abdominale est assez élargie. Les crochets sternaux, à peu près à mi-hauteur
sur le sternite 5, sont situés très latéralement, juste à la lisière de la cavité, mais viennent en parfaite
coïncidence avec les fossettes placées dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal,
lui-même élargi. Le boutonnage est tout à fait efficace.
Cancridab
Les représentants de cette famille possèdent un appareil d’accrochage du type bouton-pres¬
sion. Celui-ci fonctionne efficacement dans le genre Cancer Linné (pl. 9, fig. 7), chez lequel la métamérie
primitive est conservée sur le plastron (sutures 4/5 à 7/8 continues).
PoRTUNIDAE
Chez les Portunidae, les sutures thoraciques 4/5, 5/6 et 6/7 sont interrompues médialement,
par exemple chez Carcinus Leach (pl. 13, fig. 1, 2), Portunus Weber, Ovalipes Rathbun, Scylla de Haan
(pl. 13, fig. 4, 5), Podophthalmus Lamarck (pl. 13, fig. 7), etc. Le système d’accrochage est un système
bouton-pression typique.
Nous étudierons plus en détail le cas du genre CallinecUs Stimpson (pl. 13, fig. 8], caractérisé par une
cavité sterno-abdominale très large à la base mais extrêmement étroite à partir du sternite 7 et se terminant,
sur le sternite 4. L’abdomen, avec son telson pointu, présente la même conformation que la cavité mais il ne rem¬
plit pas toujours complètement l’extrémité de celle-ci, au point que, chez certaines espèces à pléopodes sexuels
allongés, l’apex de ces appendices n’est pas recouvert par l’abdomen et que leur dépassement devient visible.
Les crochets, saillant non loin de la suture 5/6 et resserrés dans l’étroite rainure sterno-abdominale, s’accrochent
aux deux fossettes creusées ventralement dans les angles latéro-postérieurs de l’avant-dernier segment abdo¬
minal, extrêmement allongé. La coaptation cavité-abdomen est parfaite. L’appareil d’accrochage offre sen*
siblement la même disposition chez toutes les espèces du genre CallinecUs {cf. Williams, 1974a, fig. 18, 19).
Chez les femelles, l’appareil d’accrochage persiste à peu près tel quel, tant que l’abdomen demeure trian¬
gulaire, donc peu modifié : ainsi, chez une femelle de CallinecUs sapidus Rathbun de 107 mm de large, le dis¬
positif est encore fonctionnel (pl. 24, fig. 1, 2). Lorsque l’abdomen s’élargit, au point d’occuper la plus grande
largeur du plastron et lorsque n’existe plus de coaptation avec la cavité sternale, crochets et fossettes dispa¬
raissent. Il est cependant certainement des cas de femelles pubères où persiste un vestige du crochet sur le
sternite 5, comme nous l’avons vu chez de nombreux Crabes.
Dans le genre CallinecUs Stimpson, la mue de puberté serait la dernière et, chez les animaux impubères,
l’abdomen adhère à la paroi sternale comme cela existe chez les Leucosiidae.
Majidae
L’appareil d’accrochage, du type bouton-pression, est bien fonctionnel. Les crochets sont par¬
fois très distants l’un de l’autre dans la vaste cavité sterno-abdominale, mais l’écart est tout aussi
Source : MNHN, Paris
138 MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
grand entre les deux fossettes, situées à la face inférieure d’un large sixième segment abdominal. La
coaptation se réalise donc parfaitement ; cf. Maja Lamarck (pl. 16, fig. 1, 2), Pisa Leach (pl. 16, fig. 4),
Eurynolambrus H. Milne Edwards et Lucas (pl. 16, fig. 8).
Dans le genre Leurocyclus Rathbun (= Salacia H. Milne Edwards et Lucas) (pl. 16, fig. 5),
à cavité sterno-abdominale extrêmement élargie, les crochets se trouvent juste à la limite de celle-ci
et de la partie plane du plastron : l’accrochage s’effectue sans difficulté grâce à des fossettes sous-abdo¬
minales très écartées.
Dans le genre Oregonia Dana, à vaste cavité sterno-abdominale et à pléopodes divergents dans
leur partie distale, les crochets sont aussi fort écartés, à mi-hauteur sur le sternite 5, et viennent
coiffer les deux fossettes situées assez loin l’une de l’autre, dans les angles latéro-postérieurs du sixième
segment abdominal, qui est très étalé transversalement.
Chez les Majidae, la place du crochet à la surface du sternite 5 varie selon les genres. Par exemple,
dans le genre Chlorinoides Haswell, notamment Chlori?ioides barunai Serène (pl. 16, fig. 7), le crochet,
très aigu, se trouve presque sur la suture 4/5, à l’endroit où elle s’incurve vers le bas pour confluer
vers la suture 5/6 ; sur lui vient se plaquer une fossette profonde (pl. 23, fig. 11), placée à mi-hauteur
du sixième segment de l’abdomen et bien visible extérieurement. Le système d’accrochage semble
persister chez la femelle après la mue de puberté : ainsi, chez Chlorinoides longispinus de Haan (pl. 17,
fig. 5), une femelle de 30,5 X 24 mm, sans doute pubère, possède un crochet placé très latéralement
sur le plastron ; une fossette vestigiale est présente à la face inférieure du sixième segment abdominal.
Chez beaucoup de Majidae, la cavité sterno-abdominale est surmontée dans sa partie antérieure d’un
bourrelet, parfois extrêmement saillant, caréné dans certains cas, ce qui a pour effet d’assurer une clôture
plus complète vers l’avant : Eurynolambrus (pl. 16, fig. 8), Maja (pl. 16, fig. 1, 2), Pisa (pl. 16, fig. 4), Chlo¬
rinoides (pl. 16, fig. 7 ; pl. 17, fig. 5).
Dans certains genres, la cavité sternale est également délimitée sur les côtés : par exemple chez Chlo¬
rinoides barunai (pl. 16, fig. 7), la lisière de la cavité est longée par plusieurs petites crêtes, ce qui aménage un
logement encore mieux délimité à l'abdomen.
Parthenopidae
Chez les Parthenopidae, la correspondance cavité-abdomen est souvent très étroite : par exemple,
chez Daldorfia bowieri (A. Milne Edwards) (pl. 17, fig. 1, 2), où non seulement le dispositif d’accro¬
chage est fonctionnel mais où, en outre, à la lisière de la cavité sterno-abdominale, lisse, et du plastron,
corrodé, se trouvent des sinuosités épousant des sinuosités correspondantes sur le bord de l’abdomen.
Le système bouton-pression fonctionne parfaitement chez tous les genres que nous avons examinés,
notamment chez Lambrus Leach (pl. 17, fig. 4) et Tkyrolambrus Rathbun (pl. 17, fig. 3).
Dans le genre Dairoides Stebbing, il existe également un système bouton-pression, aussi bien
chez D. margarilalus Stebbing que chez D. kusei (Sakai). Nous avons observé, chez un individu mâle
de cette dernière espèce (55 X 71 mm), des crochets externes par rapport à l’abdomen, donc aux fossettes
(fig. 27A, A' ; pl. 17, fig. 9) : le plastron s’est proportionnellement plus élargi que l’abdomen, ce qui
explique la différence d’écartement, le décalage, entre crochets et fossettes. En revanche, chez un
plus petit Dairoides kusei, de 59 mm de large seulement, il y a coïncidence parfaite entre les deux élé¬
ments d’accrochage, la croissance de l’abdomen ayant été proportionnelle à celle du plastron.
Le genre Daira de Haan offre, chez ses deux espèces, un bouton-pression typique (fig. 21C).
Pabthenoxystomata
Les genres que nous avons attribués (cf. Güinot, 1966-1967 ; 1978t) à ce groupement (dont
1 appellation est provisoire) accrochent leur abdomen à la paroi sternale par un dispositif bouton-
pression.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
139
OxYSTOMATA (sensu Balss, 1957}
Chez les Galappidae, la cavité sterno-abdominale, profonde, est plus longue que l’abdomen mais
est bien coaptée par ses bords avec le pléon.
Dans les genres Calappa Weber (pl. 14, fîg. 1, 2), Mursia Desmarest, etc., les crochets placés
très haut (près de la suture 4/5) et très latéralement sur le sternite 5, s’accrochent efficacement aux
fossettes correspondantes. Même chez une femelle sans doute pubère de Calappa granulala (Linné)
de 54 X 70 mm, à large abdomen et longs pléopodes sétifères, les crochets persistent, presque en cor¬
respondance avec les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal, tandis que les vulves
s’ouvrent largement juste sous la suture 5/6 (pl. 24, fig. 3).
L’accrochage se fait par le dispositif typique dans le genre Matuta Weber (pl. 14, fig. 4, 5),
chez lequel l’abdomen remplit complètement la cavité sterno-abdominale.
Rappelons que, dans le genre Orühyia Fabricius (pl. 14, fig. 7, 8), il n’y a pas d’appareil bouton-pres¬
sion, absence certainement liée à l’extrême brièveté (supposée) de l’abdomen (voir n® 2).
Chez les Dorippidae char, entend, {cf. Gokdon, 1963), caractérisés par les deux dernières paires
de pattes ambulatoires en position dorsale, la cavité sterno-abdominale est bien creusée. Dans le genre
Dorippe Weber (fig. 28), l’abdomen mâle s’insère dans un espace triangulaire avec les bords duquel
il se coapte étroitement ; le telson, cependant, ne remplit pas totalement en avant la cavité sternale.
La suture 4/5, interrompue médialement, est visible en entier.
L’appareil d’accrochage, fonctionnel, se compose d’une paire de crochets, situés sur le bord
de la cavité, dans la concavité prononcée que forme à cet endroit la suture 5/6, et d’une paire de fos¬
settes placées dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal. Le crochet se développe
donc normalement, c’est-à-dire sur le sternite 5, mais se trouve refoulé assez loin puisqu’il se loge dans
le bas de la sinuosité de la suture 5/6. Kollmann (1937, p. 64, fig. 68) fait erreur quand il indique chez
Dorippe un crochet « situé au niveau de la troisième paire d’appendices » et lorsqu’il le fait dépendre,
sur sa figure, du sternite 6.
Chez les Dorippe femelles pubères (pl. 25, fig. 8, 9), une large cavité sternale est présente, mais seule¬
ment dans la partie arrière du plastron. Le large abdomen repose sur une zone lisse et glabre, formée par les
sternites 8, 7 et par la moitié postérieure du sternite 6, ce dernier étant divisé par une crête disposée oblique¬
ment. En avant, sur le sternite 5, une étroite zone est délimitée par deux saiUies entre lesquelles s’engage le
telson. Ce dernier empiète légèrement sur le sternite 4 : le sixième segment abdominal vient donc buter sur
les deux saillies, qui forment une sorte de cran d’arrêt. L’abdomen est donc bien coapté avec cette cavité, où
l’ensemble de la ponte est bien protégé. Le crochet de l’appareil d’accrochage persiste dans la même sinuosité
que celle existant chez le mâle et se trouve placé presque à la même hauteur que la vulve. Un vestige de fossette
semble présent à la face interne du sixième segment abdominal, mais le dispositif n’est certainement plus fonc¬
tionnel chez les femelles pubères.
Dans le genre Ethusa Roux, le telson repose dans la partie antérieure de la cavité sternale, trop
grande pour le contenir. Le crochet de l’appareil d’accrochage est situé à mi-hauteur sur le sternite 5
(il n’y a pas de sinuosité sur la suture 5/6).
Parmi les Oxystomata {sensu Balss, 1957), les nombreux représentants de la famille des Leu-
cosiidae offrent des dispositions différentes. Il y a toujours une étroite coaptation entre cavité sterno-
abdominale et pléon. Mais, alors que certains genres ne possèdent aucun appareil spécial de fixation
de l’abdomen (voir n® 6), d’autres sont caractérisés par la présence d’un système particulier qui n’est
pas du type bouton-pression et consisterait plutôt en un dispositif de rétention (voir n® 7). On a là un
exemple de plus de l’hétérogénéité du groupe des Oxystomata, qu’il convient de démembrer.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINA1.E ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
141
Xanthidae {sensu Balss, 1957)
La cavité sterno-abdominale est plus ou moins excavée. L’appareil d’accrochage de l’abdomen
est du type bouton-pression : la position des crochets sternaux varie selon les genres à la surface du
sternite 5 ; les fossettes sont le plus souvent creusées dans les angles latéro-postérieurs du sixième
segment abdominal. Cette disposition typique se retrouve, de façon constante, dans les quatre sous-
familles reconnues par Balss en 1957 : Xanthinae, Menippinae, Pilumninae, Trapeziinae.
Nous avons observé l’appareil bouton-pression chez les genres à sternum thoracique étroit et à sutures
complètes : Pilumnoides Lucas (fîg. 2iA), Paraxanlhua Lucas (fig. 22B) ; chez d’autres à plastron encore peu
élargi, où seule la suture 4/5 est interrompue : certains Actumnus Dana (fig. 21D) ; chez des genres à plastron
plus élargi, dont les sutures 4/5 et 5/6 sont incomplètes : Menippe de Haan (pl. 12, fig. 1), Epixanlhus Heller
(pl. 12, fig. 4), Eriphia LatreiUe (pl. 12, fig. 5), Pilumnits Leach (fig. 24A), Cycloxanthops Rathbun (fig. 22C),
Xantho Leach (fig. 22D), EuxarUhus Dana (fig. 23A), Carpoportis Stimpson (fig. 23C), Guinotellus Serène
(fig. 23D), Glyptoxanthus A. Milne Edwards (fig. 23B, 42), Pseudoliomera Odhner (fig. 24B).
Dans certains genres, par exemple Halimede de Haan (fig. 24C), la cavité sterno-abdominale mâle,
extrêmement étroite et allongée, est intimement coaptée avec les bords fortement sinueux de l’abdomen. Ce
dernier, également allongé et rétréci à son extrémité, s’insère parfaitement dans la rainure sternale. Les cro¬
chets sont placés à l’avant du sternite 5 et sont parfaitement fonctionnels.
Chez les Trapeziinae, les deux crochets sternaux sont situés tout près de la suture 5/6 ; relativement
écartés chez Trapezia LatreiUe (pl. 12, fig. 7), ils se trouvent extrêmement éloignés l’un de l’autre dans le genre
Quadrella Dana où ils peuvent néanmoins s’accrocher aux fossettes, situées sur un abdomen très élargi, dans
les angles latéro-postérieurs du sixième segment.
Les Polydectinae, c’est-à-dire le genre Polydeclus H. Milne Edwards et toutes les espèces du genre Lybia
H. Milne Edwards (fig. 19A-C), possèdent un système bouton-pression typique {cf. Gumor, 1976).
Les Trichîinae, sous-famille que nous venons de distinguer (Guinot, itid.), à savoir les genres Trichia
de Haan (fig. 34A-D), Banareia A. Milne Edwards (fig. 26A-D) et Calvactaea Ward (fig. 34E), offrent la dis¬
position typique. Mais nous avons constaté avec étonnement que Tapex des pléopodes sexuels de la première
paire dépasse généralement de la cavité sterno-abdominale et se loge dans une rainure sternale, garnie de soies
(fig. 26, 34 et, surtout, 35A-E). L’appareil d’accrochage sert toujours à fixer l’abdomen, mais l’extrémité parti¬
culièrement fragile des pléopodes 1 ne se trouve plus protégée (cf. infra).
Chez les Actaeinae, sous-famille que nous avons rétablie (Guinot, 1976), la disposition est typique,
aussi bien chez Aclaca de Haan, Paractaea Guinot, Aclaeodes Dana, Gaillardiellus Guinot, Foreilia Guinot,
Novactaea Guinot et Serenius Guinot.
Nous avons constitué une nouvelle sous-famille, les Platyxanthinae Guinot, 1977 (Guinot, 1977o ;
19776). Les trois genres qui la composent, Plalyxanthus A. Milne Edwards (fig. 25A, 25B), Pelaeus Eydoux
et Souleyet (fig. 25D) et HomaUupis A. Milne Edwards (fig. 25C), ont leur abdomen maintenu contre le ster¬
num par un système bouton-pression typique.
Les Panopeinae (cf. Guinot, 1967a) ont la même conformation.
Enfin, le genre CarpUius Leach, avec ses trois espèces (fig. 21B ; pl. 10, fig. 1, 2, 5), dont le
plastron sternal est parcouru de sutures continues, possède un système du type bouton-pression. Il
est possible que les espèces fossiles appartenant à cette sous-famille, du genre f Palaeocarpilius A. Milne
Edwards (pl. 10, fig. 8, 9) ou f Ocalina Rathbun (pl. 10, fig. 7), aient disposé de ce même appareil.
Fio. 34. — Plastron sternal mâle dans le genre Trichia de Haan (A-D) et le genre Calvactaea Ward (E). L'apex des pli (J
est logé dans une rainure et dépasse de l’abdomen. Tous les spécimens ont été dénudés. L’ornementation de l’abdo¬
men n'a pas été figurée.
A, Trichia horiii (Miyaké), (J 56,4 X 76 mro (état sec), Japon, île Yoron, Saeai det. et leg. (MP) (x 1,2).
B, Trichia aakaii (Balss), <J 29 X 32 mm, Nhatrang Bay, Serène det. (MP) (x 2,8).
C, Trichia dromiae/ormis de Haan, 43 X 48,7 mm [état sec), Japon, Kü Minabe, Saeai det. et leg. (MP) (x 1,8) : les
nodules sont émoussés.
D, Trichia imajimai (Takeda et Miyaké), S 24,3 X 27,3 mm, Japon, Sagami Bay, Saeai det. (coll. T. Saeai) (x 3,8).
E, Calvactaea tumida Ward, paratype, (J 11 X 13,6 mm, New South Wales, Port Jackson {AM-P10632) (x 6,5).
Pour le* abréviation*, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
142
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE CT TAXONOMIE DES BRACHYOURES
OcYPODiDAE {pro parle)
La plupart des Ocypodidae sont dépourvus d’appareil d’accrochage : ainsi, le genre Ocypode
Weber et la plupart des Uca Leach (à l’exception de quelques espèces, voir n° 12) ne boutonnent pas
leur abdomen. Mais, dans le genre MacropJuhcdmus Desmarest, un bouton-pression existe chez certaines
espèces, est absent chez d'autres. De même, dans le genre Dotilla Stimpson, un bouton-pression est
présent chez certaines espèces, mais ne semble pas fonctionnel chez d'autres. Chez les Camptandrii-
nae, sous-famille qu’il faut compter parmi les Ocypodidae (cf. Serènb, 1974), un bouton-pression accro¬
che l’abdomen dans les genres Paracleislostoma de Man (pl. 26, fig. 4, 5), Tylodiplax de Man et, sans
doute, chez d'autres représentants (voir n® 11).
Grapsioae (sensu Balss, 1957, p. 1665) (pro parte)
Dans la sous-famille des Grapsinae, il existe un système bouton-pression tout à fait typique
et fonctionnel. Un bon exemple est fourni par Grapsus lenuicrustatus (Herbst) (pl. 20, fig. 1, 2) : deux
crochets pointus près de la suture 5/6 ; deux profondes fossettes, limitées par un fort bourrelet antérieur,
à la face inférieure du sixième segment abdominal dans les angles latéro-postérieurs. L’appareil demeu¬
rerait efficace durant toute la vie du Crabe mâle (Hartnoll, 1965, p. 138).
Un dispositif à peu près pareillement conformé et tout aussi efficace existe chez Pachygrapsus
Randall (cf. les articles de Ferez, 1933a, 19335, et de Vernet-Cornubert, 1958, sur P. marmora’
lus), chez Goniopsis de Haan (dans ce genre, le crochet est plus éloigné de la suture 5/6), chez Geo-
grapsus Stimpson (crochet, dont l’extrémité est cornée, presque sur la suture 5/6), chez Planes Leach
(crochet à peu de distance de la suture 5/6, comme chez Grapsus) et chez Metopograpsus H. Milne
Edwards (un crochet plus gros que dans les genres précédents, à peu de distance de la suture 5/6 ; corré¬
lativement, une fossette plus développée).
Hakt.noll (1965, p. 135, 136) signale que chez Pachygrapsus transversus (Gibbes) et P. gracilis
(de Saussure), l'appareil d’accrochage est fonctionnel quelle que soit la taille du mâle considéré. Ferez
(1933a; 19335) et Vernet-Cornubert (1958) ont bien étudié les caractères sexuels de Pachygrapsus
marmoratus (Fabricius) : les crochets thoraciques apparaissent dès les premiers stades de la vie post¬
larvaire du mâle ; chez la femelle, l’appareil d’accrochage régresse au fur et à mesure que l’abdomen
prend une forme ogivale.
Les Varuninae, sous-famille composée de très nombreux genres (nous n’avons pas pu vérifier
chez tous la conformation exacte de l’appareil d’accrochage), possèdent généralement un système
bouton-pression. Ainsi, chez Varuna litterata (Fabricius) (pl. 20, fig. 5) : une paire de crochets à peu
près à mi-hauteur sur le sternite 5 ; une paire de fossettes, limitées par un épais bourrelet antérieur,
à la face inférieure du sixième segment abdominal.
Un appareil analogue existe dans les genres Brachynotus de Haan (petit crochet, plus près de
la suture 4/5 ; bourrelet épais, plus marqué que la fossette elle-même) ; Pyxi<i>gnathus A. Milne Edwards
(crochet au voisinage de la suture 4/5) ; Telragrapsus Rathbun (crochets menus, très écartés ; fossettes
peu marquées) ; Ptychognathus Stimpson (crochets et fossettes peu développés).
Chez Cyrtograpsus Dana, dont les gros pléopodes 1 couvrent le sternite 5, l’appareil bouton-
pression a disparu (à vérifier chez de petits spécimens).
Dans le genre Eriockeir de Haan, bien connu par son invasion du réseau flu>'ial européen sous
la forme d’£. stnenaû (H. Milne Edwards), espèce de grande taille, les crochets sont relativement très
petits par rapport aux dimensions de l’animal (pl. 23, fig. 1). Ce sont deux granules symétriques, per¬
dus dans une touffe de soies et situés pas très loin de la suture 4/5 ; ils sont visibles juste au-dessus des
énormes pléopodes sexuels, qui occupent en épaisseur une large place et ne paraissent pas gêner l’appli¬
cation stricte de l’abdomen contre la paroi sternale. Les fossettes ne semblent pas avoir une forme
complémentaire. Le dispositif n’est pas \Taiment efficace, tout au moins chez les exemplaires de grande
taUle.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STËRNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
143
Dans ses travaux sur la biologie d’Eriockeir sinensis en France, Hoëstlandt (1940 ; 1948) a étudié l’évo¬
lution post-larvaire de l’accrochage de l’abdomen chez le mâle et la femelle. Nos conclusions sont les mêmes.
Chez le mâle, l’appareil est « normalement » développé (l’abdomen se détache avec un déclic) jusqu’à une taille
ne dépassant pas 20 mm de large ; au-delà de cette taille, bien que les éléments soient encore présents, l’accro¬
chage ne se fait plus. Chez la femelle mesurant plus de 12 mm de large, le système d’accrochage n’est plus elTi-
cace : c’est donc à une taille bien inférieure à celle où se produit la mue de puberté que se décroche l’abdomen.
Chez les Sesarminae, l’appareil bouton-pression n’est pas présent dans tous les genres. Il y a
toujours une profonde cavité sterno-abdominale : le telson se trouve bloqué à l’extrémité de celle-ci,
tronquée et délimitée par une forte crête.
Dans le genre Sesarma Say s.l., l’appareil bouton-pression n’est pas constant. Il n’est pas pos¬
sible de passer en revue les innombrables espèces de Sesarma s.l. (plus d’une centaine). Nous donne¬
rons seulement quelques exemples.
Crochet et fossette sont présents chez le mâle de certaines espèces et l’ensemble fonctionne
jusqu’à une certaine taille. Au-delà de certaines dimensions du corps, le crochet et la fossette devien¬
nent vestigiaux et l’accrochage est impossible. En outre, il semble que l’existence du crochet soit liée
à la taille du premier pléopode mâle. Si le pllcJ est court, c’est-à-dire ne recouvre pas la partie antérieure
du sternite 5, le crochet peut se développer. Il faudrait évidemment vérifier si, chez toutes les Sesarma
à pli courts, il existe un crochet sur le sternite 5, ce qui tendrait à prouver que ces deux caractères
sont corrélés. La réduction ou l’élimination des deux éléments, sternal et abdominal, à une certaine
étape de la croissance devrait être également étudiée.
Sesarma huzardi (Desmarest) montre un petit crochet pointu et une fossette correspondante. Le tout
est bien conformé et fonctionne parfaitement jusqu’à une certaine taille, c’est-à-dire jusqu’à 10 X 12 mm envi¬
ron ; au-delà, l’accrochage ne se fait plus. Chez 5. huzardi, les pléopodes sexuels sont assez courts et n’occupent
pas toute la longueur du sternite 5.
Chez Sesarma ricordi H. Milne Edwards, dont nous n’avons examiné que des spécimens mâles de grande
taille, un très petit crochet se trouve sur le sternite 5, couvert par les pli seulement dans sa partie postérieure :
l’accrochage n’est pourtant pas efficace. Hartnoll (1965, p. 133), qui a examiné un important matériel de
cette espèce, indique que, chez les individus de taille inférieure à 7 mm, le mécanisme d’accrochage fonctionne
normalement ; chez les mâles de taille plus élevée, les crochets ne se sont pas accrus comme le reste du corps
et ils deviennent vestigiaux.
De même, Sesarma mederi H. Milne Edwards, dont les pli sont relativement courts comme chez S.
huzardi, possède près de la suture 4/5 un minuscule crochet, invisible sous l’épaisse pilosité ; il y a bien un bour¬
relet dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment de l’abdomen, mais nous ne parvenons pas à accoler
le pléon au sternum. Le seul spécimen (mâle) que nous ayons examiné mesure 44 mm de large ; il est probable
que, à une taille inférieure, le dispositif était fonctionnel.
Chez S. taeniolata White, l’apex des très larges pli ne parvient qu’à mi-hauteur du sternite 5 : un cro¬
chet, petit mais aigu, fait saillie dans une touffe de soies, et une fossette menue est bien délimitée par un
bourrelet dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal. L’appareil fonctionne sans doute
chez les mâles de petite taille mais devient inefficace chez les grands individus.
En revanche, chez S. guttatum A. Milne Edwards, S. reticulatum Say, S. meinerti de Man, 5. hematocheir
de Haan, S. curacaoense de Man, S. maculatum de Man, S. plicatum Latreille, S. dehaani A. Milne Edwards,
S. smitki H. Milne Edwards, où les pléopodes sont longs et remontent sur toute la hauteur du sternite 5, il n’y
a pas de place pour un crochet : c'est ainsi que l’on pourrait expliquer, dans ces cas précis, l’absence de dispo¬
sitif d’accrochage.
Le groupe de Sesormo dépourvues de système d’accrochage entre, en fait, dans notre catégorie
n** 11 où sont rassemblés les Crabes chez lesquels le dispositif est vestigial ou a disparu.
Appartiennent également à cette catégorie n® 11 quelques autres genres de Sesarminae : Cydo-
grapsus, Metaplax, Helice et Aratus, mais il faudrait contrôler toutes les espèces.
Dans le genre Cyclograpsus H. Milne Edwards, le crochet est absent, aussi bien chez C. punc-
tatus H. Milne Edwards, doté de longs pléopodes 1 couvrant le sternite 5, que chez C. integer H. Milne
Edwards, à pléopodes 1 très courts, laissant inoccupé tout le sternite 5.
Dans le genre Metaplax H. Milne Edwards, il n’y a pas de crochets sur le sternite 5 : les pléo¬
podes 1 des trois espèces que nous avons examinées couvrent la totalité ou les trois-quarts du sternite 5.
Source ; MNHN, Paris
]44
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Le genre Helice de Haan, tout au moins chez les espèces que nous avons examinées, ne possède
pas de crochets sur le sternite 5 : les pléopodes 1 sont plutôt longs et leur apex occupe en grande partie
le sternite 5 ; par ailleurs, comme l’abdomen est allongé, le sixième segment abdominal est placé très
antérieurement sur le plastron. Les dispositions sont telles que l’absence de l’appareil d'accrochage
ne surprend guère.
Dans le genre Aratus H. Milne Edwards, représenté par l’unique espèce, A. pisoni H. Milne
Edwards, qui vit parmi les arbres de la mangrove dont elle mange les feuilles, l’appareil d’accrochage
de l’abdomen a complètement disparu. Hartnoll (1965, p. 145) suppose que la forme de l’abdomen,
très élargi, en quelque sorte féminisé chez le mâle, pourrait entrer en compte dans la disparition du
système de fixation du pléon.
Il sera intéressant de revenir sur le cas des Sesarminae pour voir dans quelle mesure la taille des pléo¬
podes sexuels 1 influe sur la présence du dispositif d’accrochage (notamment dans le genre Sesarma) et, éga¬
lement, de déterminer si la place atteinte par le sixième segment abdominal sur le plastron sternal joue un rôle.
La croissance des éléments de l’appareil d’accrochage au cours des mues est aussi un facteur important, comme
nous l’avons vu chez les mâles du genre Sesarma s.l. Une analyse de la coaptation abdomen-sternum chez tous
les genres de Sesarminae et chez toutes les espèces est nécessaire.
Dans la sous-famille des Plagusiinae, c’est un système bouton-pression très puissant qui fixe
l’abdomen au sternum thoracique. Nous n’avons pas vérifié sa présence chez toutes les espèces mais
il est probable que l’appareil d’accrochage est constant dans les deux genres qui composent ce groupe :
Plagusia Latreille et Percnon Gistel. Prenons comme exemple Plagusia gUtbra Dana où les énormes
pléopodes 1 mâles n’empêchent pas l’application de l’abdomen contre le plastron (pl. 18, fig. 9) : une
grosse saillie en partie cornée est située au-dessus de la suture 5/6 ; une fossette profonde, limitée par
un bourrelet épais, est creusée dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal. Chez
la femelle ovigère de la même espèce (pl. 18, fig. 10, 11), dont l’abdomen largement ovalaire protège
l’ensemble de la ponte, la saillie persiste et se trouve juste au-dessus de la grosse vulve, d’apparence
tripartite. Chez P. immaculata Lamarck, c’est presque toute la saillie qui est cornée. Chez P. squamosa
(Herbst), la protubérance du sternite 5 offre une partie supérieure cornée très développée.
Dans le genre Percnon, comme dans le genre Plagusia, le crochet a tendance à devenir corné.
Chez P. planissimum (Herbst), le crochet consiste en une grosse protubérance, surmontée d’un tuber¬
cule corné. Chez P. guinotae Crosnier, le crochet s’étend obliquement sur le sternite 5 et porte à son
sommet un tubercule jaunâtre. Il semble que la disposition soit similaire chez P. abbreviatum (Dana).
Chez P. affine (H. Milne Edwards) (pl. 23, fig. 2 : (J de 26 X 35 mm), toute la partie postérieure du
sternite 5 située sur les flancs de la cavité sterno-abdominale est saillante ; dessus, se trouve comme
surajoutée une lunule cornée jaunâtre, parfaitement délimitée ; à la face inférieure de l’abdomen, l’angle
latéro-postérieur du sixième segment montre une zone blanchâtre légèrement calcifiée, creusée en
son milieu d’une dépression (pl. 23, fig. 3).
PoTAMiDAE {sensu Balss)
Nous noterons, seulement à titre indicatif, que les Potamidae (Crabes ayant complètement
quitté le domaine marin pour devenir terrestres et d’eau douce, caractérisés notamment par un déve¬
loppement direct) ont une cavité sterno-abdominale excavée et un système bouton-pression tout à
fait typique et fonctionnel : crochet sur le sternite 5, fossette à la face inférieure du sixième segment
abdominal (pl. 23, fig. 4). Une étude du plastron sternal et de l’appareil d’accrochage de l’abdomen
reste à faire chez les nombreux genres et espèces qui composent ce vaste ensemble.
Palicidae (= Cyhopoludab)
Chez Palicus Philippi (fig. 31), la cavité sterno-abdominale est très large, profonde, et s’allonge
chez le mâle jusqu’à la pointe du telson. L’appareil bouton-pression consiste en une paire de saillies.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
145
pointues ou arrondies, placées juste sous la suture 4/5 et à sa terminaison interne ; très écartées l’une
de l’autre, elles sont coiffées par deux fossettes situées dans la partie basale du sixième segment abdo*
minai, qui est très élargie.
En décrivant le plastron des Palicidae, nous avons indiqué chez les femelles matures (pl. 24, fig. 9) des
cas de persistance du crochet sous forme d’un bourrelet, qui se trouve alors à peu de distance des vulves ouver¬
tes dans la partie antérieure du plastron. Les Palicidae développent chez les femelles pubères une cavité incu*
batrice qui couvre la plus grande partie du plastron, sauf le pourtour et la partie située en avant des chélipèdes.
Les exopodites lamelleux des trois dernières paires de pléopodes se disposent sur les bords de la cavité et assu¬
rent une protection à la ponte.
Hexapodidae (Hexapodinae sensu Balss, 1957, p. 1658)
Les Crabes de cette famille, chez lesquels la dernière paire de pattes ambulatoires a disparu
{fig. 32), possèdent un appareil bouton-pression typique : crochet sur le sternite 5 et fossette à la face
interne du sixième segment abdominal. L’abdomen tient fermement accroché au plastron sternal.
Une singularité des Hexapodidae mâles est la présence de longs pléopodes qui sortent de la cavité
sterno-abdominale médiane et reposent dans des prolongements, obliques, de celle-ci. Une abondante
pilosité recouvre ces tranchées sternales ainsi que l’extrémité des pléopodes laissée à nu (fig. 33A,
33B, 33F). Chez une femelle d'Hexapus sexpes (Fabrieius) s.l. de 18 mm de large (pl. 24, fig. 6), les
crochets sont bien visibles au-dessus des vulves et encore fonctionnels.
Gecabcinidae (pro parte)
Des protubérances sternales existent dans les genres Gecarcinus Leach (pl. 19, fig. 11), Epi-
grapsus Heller, Gecarcoidea H. Milne Edwards, mais aucune fossette correspondante n’est vraiment
formée (pl. 23, fig. 10). L’appareil ne semble donc pas fonctionnel. Les autres Gecarcinidae, Cardî-
soma Latreille et Ucides Rathbun, ne possèdent pas de saillies sternales. En fait, comme ces derniers,
les premiers genres mentionnés entrent dans une autre catégorie (n® 11) ; mais on pourrait aussi ranger
les Gecarcinidae dotés de crochets mais dépourvus de fossettes dans la catégorie n® 4, aux côtés de
Tkia residua (Herbst).
6. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PROFONDÉMENT EXCAVÉE; PAS D'APPAREIL
D'ACCROCHAGE SPÉCIAL MAIS COAPTATION, VOIRE « ADHÉRENCE DE
L'ABDOMEN AVEC LES BORDS DE LA CAVITÉ
Leucosiidae {pro parle)
Chez les Leucosiidae Ebaliinae (sensu Balss, 1957), la cavité sterno-abdominale, profondé¬
ment excavée et de forme triangulaire, s’allonge presque jusqu’à la pointe antérieure du plastron.
L’abdomen, lui-même très étendu, la remplit complètement. C’est le cas du genre Ebalia Leach où,
en l’absence d’appareil d’accrochage, il y a simple adhérence de l’abdomen avec la paroi de la cavité.
Chez la femelle, la pointe du plastron et celle du telson s’engagent sous les endopodites des mxp3 :
l’abdomen se trouve comme verrouillé. Par ailleurs, le pourtour de l’abdomen semble adhérer, au moins
partiellement, au rebord sternal : nous avons constaté ce phénomène chez Ebalia tuberosa Pennant.
Dans le genre Lithadia Bell (pl. 15, fig. 5, 6), la cavité sternale, qui s’avance jusqu’au niveau
des pattes-mâchoires, est encore plus profonde : l’abdomen mâle s’enfonce dans une véritable rainure.
Les pléopodes sont bien protégés malgré l’absence de dispositif de fixation, car leur extrémité distale
est logée dans une gouttière située tout au fond de la cavité sterno-abdominale.
Chez les Cryptocneminae, le rebord sinueux de l’abdomen mâle correspond à des sinuosités
complémentaires du bord de la cavité sternale : il existe, au niveau de chaque segment abdominal, une
rigoureuse coaptation qui, malgré l’absence d’appareil spécial d’accrochage, maintient le pléon en place.
Source ; MNHN, Paris
146
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
En ce qui concerne la disposition chez la femelle, il est facile de faire la distinction entre la femelle
prépubérale, qui a un abdomen plat, et la femelle postpubérale dont l’abdomen est profondément
modifié. Chez certains genres, l’abdomen de la femelle postpubérale est en forme de calotte bombée,
largement discoïde, s’avançant parfois très près de la base des mxp3, le telson pénétrant parfois sous
les deux ventaux que forment les endopodites des maxillipèdes externes. La totalité du plastron est
recouverte, à l’exception d’une étroite bande sur son pourtour, constituée par les épisternites thora¬
ciques relevés verticalement. Une sorte de muraille épisternale circulaire sertit les bords latéraux de
l’abdomen femelle. Le telson s’insère dans une encoche creusée médialement dans le bord antérieur
du sternum thoracique. Par exemple, chez Nucia luherculosa A. Milne Edwards (pl. 25, fig. 12, 13),
l’abdomen femelle, dont les segments 3-6 sont soudés, acquiert la forme d’un couvercle muni d’un rebord
qui pénètre, comme dans une boîte, à l’intérieur de la cavité sternale, extrêmement profonde, de forme
arrondie et limitée par un bord saillant, abondamment sétifère.
Ainsi, chez la femelle, se réalise une rigoureuse coaptation entre le contour extérieur de l’abdo¬
men et le bord du plastron sternal, coaptation qui aboutit à la création d’une véritable cavité incu-
batrice pouvant, semble-t-il, contenir toute la ponte.
Donc, l’abdomen forme un couvercle mobile mais bien emboîtant {Nucia), ou bien paraît adhé¬
rer par ses bords à la paroi sternale. Ce dernier processus, à savoir la tendance à la soudure des par¬
ties correspondantes, apparaît comme un perfectionnement ultime de la coaptation. Pourquoi pas
une gêne, puisque la conséquence est une fermeture totale de la ponte, sans eau ni oxygène ? Mais
Drach (1955) a découvert l’existence d’un canal branchio-sternal particulier qui assure l’oxygénation
et le renouvellement de l’eau à l’intérieur de la cavité incubatrice close. Cette disposition n’existe
pas chez les Leucosiidae les plus primitifs, qui ne développent pas une large cavité incubatrice.
Drach (ibid.) a montré que, chez les Leucosiidae, les femelles passaient en une seule mue de la forme
à abdomen plat è la forme à abdomen bombé, accompagné d’une muraille épisternale. Cette mue, dite de puberté,
serait la dernière dans la croissance des Leucosiidae.
Les genres Iphiculus Adams et White et Paripkiculus Alcock (pl. 15, fig. 8-10), Philyrinae (sensu
Balss, 1957, p. 1614) qui ne semblent pas posséder d’appareil d’accrochage quelconque, auraient
mieux leur place dans cette rubrique, avec les Ebaliinae et les Cryptocneminae, que dans la suivante
avec les autres Philyrinae et les Leucosiinae.
7. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PROFONDÉMENT EXCAVÉE ET ÉTROITEMENT
COAPTÉE AVEC LES BORDS DE L'ABDOMEN (ADHÉRENCE); APPAREIL DE
RÉTENTION D'UN TYPE SPÉCIAL
Leucosiidae {pro parte)
Chez la plupart des Leucosiidae Philyrinae (sensu Balss, 1957), la coaptation rigoureuse entre
les bords de la cavité sterno-abdominale et ceux de l’abdomen s’accompagne d’un appareil de réten¬
tion. L’abdomen mâle, très étroit, triangulaire et allongé, s’incruste dans une cavité de même forme,
se terminant parfois à la pointe du plastron. Les pléopodes, serrés l’un contre l’autre au fond de la
gouttière sternale, logent leur apex dans une rainure.
En plus de l’adhérence abdomen-sternum, souvent si forte qu’il est difficile de soulever l’abdo¬
men sans le briser, on observe un appareil de rétention spécial au niveau du sternite 5 : près de la suture
4/5, juste sur le rebord de la cavité, se trouve une paire de saillies, assez mal délimitées, que vient
coiffer une paire de fossettes à la base du sixième segment abdominal. Il ne s’agit plus ici d’un véri¬
table fermoir à pression.
Chez Ilia nudeus (Linné) (pl. 15, fig. 7), la saillie est peu proéminente mais la fossette, située
dans 1 angle latéro-postérieur du sixième segment abdominal, est bien nette, arrondie et limitée par
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
147
un bourrelet ; elle n’est visible extérieurement que par une convexité du bord abdominal à ce niveau.
Chez Philyra elegans Gravier, la fossette est creusée dans l’épaisseur même de la tranche de
l’abdomen, à la limite des segments 6 et 5 ; cet emplacement est marqué par une encoche accusée.
Chez cette dernière espèce, la cavité sternale n’est pas remplie en avant de l’abdomen, qui est plus
court, mais toute sa partie antérieure (située sur le sternite 4) se soulève en un rebord serti de granules,
surplombant les deux derniers segments abdominaux.
Chez les femelles impubères, il n’y a pas d’appareil de rétention mais l’adhérence entre l’abdo¬
men et la cavité est si intime que l’on détériore l'abdomen en essayant de le détacher.
Chez les femelles pubères, l’abdomen, devenu énorme et discoïde, s’encastre dans une cavité
incubatrice extrêmement profonde, tout comme chez les Ebaliinae décrits précédemment.
Examinons maintenant le cas de deux autres genres attribués aux Philyrinae (cf. Balss, 1957,
p. 1614, 1615).
Chez Iphiculus Alcock, il ne semble pas qu’il existe chez le mâle un appareil de rétention ; en
revanche, le rebord de la cavité sternale offre des sinuosités sur lesquelles viennent se mouler des sinuo¬
sités complémentaires du bord de l’abdomen.
Chez Pariphiculus Adams et White, plus précisément chez P. mariannae (Herklots), dont nous
n’avons vu qu’une grande femelle de 34 X 31 mm, sans doute pubère (pl. 15, fîg. 8-10), les segments
abdominaux sont tous libres et la cavité incubatrice, bien qu’assez développée, n’a pas les caractéris¬
tiques leucosiennes (pas de forme orbiculaire), ainsi que Drach (1955) l’a déjà mentionné. Cette dis¬
position plus primitive ne nous étonne pas, car Iphiculus et Pariphiculus montrent un ensemble de
caractères archaïques. Ces deux genres sont à la racine des Leucosiidae ; leur place systématique devra
être révisée avec soin. En ce qui concerne l’appareil d’accrochage (si son absence est confirmée sur
d’autres spécimens), ils appartiennent en fait à la catégorie précédente (n® 6), avec les Ebaliinae et les
Cryptocneminae.
Chez les Leucosiinae, plus précisément dans le genre Leucosia Weber, la cavité sterno-abdomi-
nale (pl. 15, fig. 1, 2) est très profonde, assez élargie et atteint presque l’avant du sternum thoracique.
L’abdomen mâle, dont plusieurs segments sont soudés, s’insère exactement dans la cavité qui lui est
réservée. En outre, un appareil de rétention assure le ferme accrochage du pléon à la paroi sternale :
sur le sternite 5, juste à l’endroit où la suture 4/5 pénètre dans la cavité abdominale, une sorte d’éperon
fait saillie de façon plus ou moins aiguë selon les espèces. La partie correspondante sur le pléon consiste
en une sorte de fossette creusée sur la tranche du bord abdominal, à la base du sixième segment, com¬
plétée par une encoche marquée à la limite des sixième et cinquième segments, et bien visible dorsalement
(pl. 15, fig. 3).
Les Leucosiidae montrent, par la diversité de leur disposition concernant la cavité sterno-abdominale
et le mécanisme d’accrochage de l’abdomen, un aspect supplémentaire de leur plasticité évolutive.
Dans le système endophragmal de Leucosia longifrons de Haan (pl. 15, fig. 4), espèce où la sail¬
lie de rétention est très développée, l’endosternite 4/5 (auquel se relie l’endosternite 5/6) se soulève
en une sorte d’éperon pointu, dont l’emplacement semble correspondre à celui de l’éperon sternal
d’accrochage. Nous nous demandons si l’existence de cette expansion endophragmale n’est pas liée
à la formation de l’éperon externe servant à fixer l’abdomen.
Les pléopodes 1, épais et torsadés (pl. 15, fig. 3), se placent contre la paroi latérale de la cavité
sterno-abdominale et offrent une concavité à l’endroit de la protubérance : il y a donc une coapta¬
tion entre les appendices sexuels et l’appareil d’accrochage.
Chez les Leucosiinae femelles, comme chez les Ebaliinae, la cavité incubatrice atteint le maxi¬
mum de perfectionnement : muraille épisternale, forme discoïde de l’abdomen, protection totale de
la ponte (pl. 25, fig. 10, 11 : Leucosia longifrons de Haan).
Source : MNHN, Paris
148
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
8. CAVITÉ STERNQ-ABDOMINALE EXCAVÉE; APPAREIL DE RÉTENTION D'UN TYPE
SPÉCIAL (SAILLIE + ENCOCHE SUR LE ETERNITE 5; ANGLES LATÊRO-POS-
TÊRIEURS DU SIXIÈME SEGMENT ABDOMINAL DE FORME PARTICULIÈRE)
Retroplumidae
Nous créons une catégorie particulière pour la famille des Retroplumidae car ces Crabes pos¬
sèdent, à notre avis, un appareil de rétention spécial. Mais cela devra être confirmé par l’examen de
nombreux spécimens et de plusieurs espèces, car nous n’avons observé qu’un seul individu et, qui
plus est, une femelle de cette famille, Retropluma sp. Par bonheur, il doit s’agir d’une femelle impu¬
bère, c’est-à-dire à abdomen encore du type mâle, triangulaire, et qui possède, semble-t-il, un appareil
d’accrochage pas ou peu modifié.
Sur le plastron, très élargi (fig. 30C, 30F), est creusée une profonde cavité sterne-abdominale que ne
remplit pas complètement l’abdomen, une étroite rainure antérieure prolongeant la cavité presque jusqu’à
la pointe de l’écusson sternal. Cette rainure, où s'engage l’extrémité des longs pléopodes sétifères de la femelle,
n’a pas été signalée chez le mâle ^ des Retroplumidae. L’abdomen offre une base large, qui occupe tout l’espace
entre les coxae des p5, qui sont atrophiées et rapprochées de l’axe sagittal médian, en position dorsale (fig. 30D).
Sur le sternite 5, au bord de la cavité sterno-abdominale, se trouve une saillie surmontée d’une
encoche, dans laquelle se termine la suture 4/5 (fig. SOC, 30E). Le sixième segment abdominal, de forme
très particulière et parcouru par une crête transversale, porte sur sa tranche une sorte de fossette,
un peu en retrait de l’angle latéro-postérieur, et, au-dessus, un processus triangulaire qui vient se loger
dans l’encoche sternale. La coaptation, en quelque sorte double (saillie encoche sur le sternum,
fossette -f- processus triangulaire sur le bord de l’abdomen), est parfaite.
Chez le mâle, la disposition parait être la même si l’on regarde la figure de Retropluma notopus (Alcock)
(Illuslr. « Itweet. », pl. 15, fig. 2b) reproduite ici (fig. 30F), celle de R. plumosa Tesch {1918o, pl. 2, fig. la) et
celle de R. planiforma Kensley (1969, fig. 3b). Le système d’accrochage des Retroplumidae n’a été décrit par
aucun carcinologiste. Tesch (loc. cit., p. 32) écrit seulement à propos de Retropluma plumosa : « the 6th seg¬
ment, as in R. rwtopus and R. dentata, bears a crescentic ridge near the anterior margin, which ridge projects
at either side into a sharp prominence ».
9. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PROFONDÉMENT EXCAVÉE; DOUBLE APPAREIL
D'ACCROCHAGE (UNE PAIRE DE GROSSES PROTUBÉRANGES SUR LE ETER¬
NITE 5 ET UNE PAIRE DE SAILLIES PLUS PETITES SUR LE STERNITE 4)
PiNNOTERiDAE (pro parte)
Le genre Pinnoteres Latreille, plus précisément P. pisum (Linné), et le genre Ostracoleres H. Milne
Edwards, plus précisément O. Iridacnae (Rüppell), possèdent chez le mâle une profonde cavité sterno-
abdominale, qui porte sur deux somites successifs deux paires de protubérances. La première dépend
du sternite 5 (comme chez les Brachyoures à bouton-pression typique) et proémine fortement, juste
au-dessous de la suture 4/5 ; à cette protubérance correspond, sur le bord de l’abdomen, à la limite
1. Les premiers pléopodes sexuels mâles des Retroplumidae sont courts et demeurent complètement recouverts
par l'abdomen. Un mâle de Retropluma, que nous avons sou» les yeux après la rédaction de ce travail, nous montre qu’il
existe, en avant sur le plastron sternal, une rainure analogue à celle de la femelle. Il existe une coaptation très étroite
entre la cavité sterno-abdominale et l’abdomen ; l'appareil de rétention se présente sensiblement comme chez la femelle
impubère décrite et figurée ici.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
149
du sixième et du cinquième segment, un épaississement, suivi d’une encoche. L’autre protubérance
dépend du sternite 6 et sort plus faiblement ; elle est située tout près de la suture 5/6 chez Ostraco-
leres tridacnae (fig. 24D), à mi-hauteur sur le sternite 6 chez Pinnoteres pisum. D’après nos observa¬
tions, la formation correspondant à cette petite saillie marque peu le bord de l’abdomen, à la limite
du cinquième et du quatrième segment abdominal ou au milieu du quatrième segment.
Dans le genre Trilodynamea Balss (pl. 23, fig. 7), il existe pareillement deux paires symétriques
de saillies, l’une près de la suture 4/5, l’autre près de la suture 5/6. Chez une femelle de 8 X 12,5 mm
(pl. 23, fig. 8), la saillie du sternite 5 demeure, tandis que disparait celle du sternite 6, sternite qui porte
les deux vulves, assez écartées.
Les Pinnoteridae précédents nous offrent le seul exemple, parmi les Brachyôures, d’un appareil
d’accrochage double : en plus de la différenciation habituelle qui se développe sur le sternite 5 et se
coapte avec le sixième segment de l’abdomen, se met en place sur le sternite 4 un deuxième dispositif,
toutefois plus rudimentaire, moins efficace. Stauber (1945, p. 274, pl. 3, fig. 15, 16), qui a bien étu¬
dié Pinnoteres ostreum Say, a signalé cet appareil spécial. En revanche, Atkins (1926, p. 476) n’a observé
chez P. pisum que les protubérances habituelles, situées sur le sternite 5, et n’a pas remarqué la paire
du sternite 4, en fait peu visible.
On ne peut toutefois considérer l’appareil d’accrochage double comme une caractéristique
pinnotérienne. En effet, le genre Pinnixa White, dont nous avons examiné P. Iransversalis (H. Milne
Edwards) (pl. 19, fig. 7, 8), ne possède qu’une seule paire de saillies, sur le sternite 5 près de la suture
4/5, correspondant à une seule paire de fossettes dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment
abdominal. En revanche, chez cette espèce, la partie proximale de la cavité sterno-abdominale forme
de part et d’autre deux rebords saillants entre lesquels vient s’engager le large abdomen, qui se trouve
alors bien maintenu.
10. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE EXCAVÉE; APPAREIL D'ACCROCHAGE BOU¬
TON-PRESSION MAIS ATYPIQUE EN RAISON DE LA POSITION DES FOSSETTES
SOUS-ABDOMINALES
Hv.menosomatidae
Les Hymenosomatidae possèdent une cavité sterno-abdominale souvent profondément excavée,
que ne remplit pas toujours complètement en avant le telson, par exemple chez Halicarcinus planaliut
(Fabricius) (fig. 30A, 30B).
L’appareil d’accrochage de l’abdomen est du type bouton-pression. Les crochets sternaux se
trouvent sur les flancs de la cavité sterno-abdominale, c’est-à-dire dans la partie indivise du plastron,
puisque ce dernier ne porte les traces de segmentation primitive que sur les côtés. Il est donc difficile
de déterminer si c’est, comme d’habitude, au sternite 5 qu’appartiennent les crochets. Le fait, en plus,
que les sutures latérales soient fortement convergentes vers le haut fausse l’appréciation.
Quant aux fossettes, à la face inférieure de l’abdomen, elles sont situées dans les angles latéro-
antérieurs du telson. C’est, à notre connaissance, le seul cas de fossettes ainsi localisées : d’ordinaire,
elles ne sont jamais placées sur le dernier segment abdominal et se trouvent à des niveaux variables
de l’avant-dernier segment. II faut souligner ici que l’abdomen des Hymenosomatidae, aussi bien
mâle que femelle, ne comporte qu’un nombre réduit de segments et qu’il est souvent difficile de dis¬
cerner la trace de la soudure des somites. Par exemple, dans les genres Halicarcinus White et Elamena-
H. Milne Edwards, dont nous avons observé plusieurs espèces, l’abdomen est formé de six segments :
nous supposons que le sixième segment abdominal et le telson ont fusionné. C’est un processus rare,
mais cela expliquerait la position atypique des fossettes, qui, de ce fait, appartiendraient bien au sixième
segment de l’abdomen.
La disposition des fossettes est très remarquable chez Elamena pilosa A. Milne Edwards {cf.
pl. 20, fig. 8 ; pl. 23, fig. 6) : ce sont deux saillies latérales, très visibles extérieurement, à la base du
Source : MNHN, Paris
150
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ÊT TAXONOMIE DES BRACHYOUHES
dernier « segment », et en partie mobiles ; la forme de ce dernier segment et la position des fossettes
rendent plausible l’hypothèse des segments 6+7 fusionnés.
Le développement larvaire, étudié par Boscri et al. (1969) chez Halicarcinus planatus en Argentine,
montre une réduction de l’abdomen chez les zoés {loc. cil., fig. 1} et chez le stade appelé mégalope par ces auteurs,
mais qui correspond plutôt à un jeune stade Crabe (reproduit ici fig. 30B) : l'abdomen semble n’avoir que 6
segments.
Dans la diagnose du genre Rhynchoplax Stimpson char, emend., Sakai {1938a, p. 197) signale un abdo¬
men composé de six segments, par suite de la fusion du sixième segment et du telson. En revanche, chez Neo-
rhynchoplax Sakai, le même auteur (ibid., p. 200) observe la fusion des segments abdominaux 3-4-5. Nous
n’avons pas examiné ces genres : il serait intéressant de savoir où sont situées les fossettes sous-abdominales.
Chez tous les genres d’Hymenosomatidae, l’étude des stades larvaires se révélera certainement très utile
pour obtenir des indices sur les affinités de la famille et, de façon plus particulière, pour assister à l’apparition
des divers caractères, notamment ceux de l’abdomen.
Il semble que l’appareil d’accrochage ne soit pas présent chez tous les Hymenosomatidae : par
exemple nous ne l’avons constaté chez aucun de nos Hymenosoma orbiculare Desmarest.
Les femelles pubères d’Hymenosomatidae possèdent une cavité incubatrice qui couvre une moyenne
[Elamenopsis A. Milne Edwards) ou une très grande partie (Halicarcinus, Elamena, etc.) du plastron sternal.
N’ayant pas vu suffisamment de matériel, nous ignorons comment se présente le dispositif en question chez
les femelles impubères.
11. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE; APPAREIL D’ACCROCHAGE PRÉ-
SENT, VESTIGIAL OU DISPARU
OcYPODiDAE (sensu Balss) (pro paru)
La plupart des représentants de cette famille se tiennent sur les grèves sableuses ou vaseuses,
principalement dans les régions tropicales, creusent des terriers, et certains (genre Uca Leach) ont des
mœurs grégaires, avec des phases de comportement, notamment des parades sexuelles, très élaborées,
qui dénotent un haut niveau d’évolution.
Chez plusieurs genres d’Ocypodidae, l’appareil d’accrochage manque.
Dans la sous-famille des Ocypodinae, qui contient principalement le genre Uca Leach et le
genre Ocypode Weber, nous n’avons observé de dispositif spécial chez aucune des espèces d’Ocypode
que nous avons examinées. La cavité sterno-abdominale est large et très profonde. Dans le genre Ocy¬
pode, la pointe du telson repose sur une partie moins excavée et aux bords surélevés, parfois sous forme
d’une crête granuleuse qui constitue une sorte de butée (cf. Ocypode cursor : pl. 18, fig. 7).
Dans le genre Uca, la pointe du telson aboutit dans une zone très profonde, tronquée en avant
et souvent soulignée par une crête : l’abdomen est bien maintenu en place. Aucune trace d’appareil
de fixation n’est visible sur le sternite 5 et il n’y a pas, non plus, de fossette à la face inférieure du
sixième segment abdominal. Nous avons regardé un grand nombre d’espèces (cf. Uca maracoani mara-
coani) ; l’absence d’appareil d'accrochage nous a semblé être la règle, tout au moins à première vue.
Un genre, pourtant, est peut-être l’exemple d’un cas où le crochet est vestigial. En effet, chez Uca
tangeri (Eydoux) (pl. 18, fig. 1), le bord de la cavité sterno-abdominale est longé par quelques granules
arrondis ; l’un d’entre eux, situé sur le sternite 5 près de la suture 4/5, est un peu plus gros et pourrait
être un crochet vestigial, auquel ne correspond, par ailleurs, aucune fossette.
Nous avions d’abord pensé que, chez les Ocypodinae, le dispositif de fixation de l’abdomen avait dis¬
paru et était remplacé par un autre système, musculaire ou autre. Or, nous avons trouvé chez certains Uca
un mécanisme différent de tout ce que nous avons vu jusqu’à présent et qui semble bien correspondre à un
dispositif de maintien de l’abdomen contre le sternum thoracique. Nous l’avons principalement observé chez
les Uca du sous-genre Minuca créé par Bott en 1954 (voir n® 12).
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STBRNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
151
Dans la sous-famille des Macrophthalminae, certains membres possèdent un appareil d’accro¬
chage du type bouton-pression ; chez d’autres, il est vestigial ; ailleurs, enfin, il est absent.
Dans le genre Macrophtkalmus Desmarest, M. lalreillei Desmarest (pl. 18, fig. 4, 5) offre non
seulement un système bouton-pression fonctionnel (crochet sur le sternite 5 près de la suture 4/5,
fossette dans la moitié antérieure du sixième segment abdominal), mais aussi un bord flexueux qui
épouse des proéminences complémentaires à la lisière de la cavité abdominale, notamment sur les
stérilités 6 et 7. Chez M. milloli Crosnier et chez M. consobrinus Nobili, le bouton-pression est simi¬
laire (les fossettes sont visibles extérieurement à une convexité à la base de l’avant-dernier segment
abdominal) et parait efficace, mais la coaptation abdomen-cavité sternale n’est pas si marquée. Chez
M. kernpi Serène, les fossettes sont particulièrement apparentes et, à leur niveau, le segment abdomi¬
nal s’élargit beaucoup.
D’autres espèces de Macrophtkalmus nous montrent des exemples de crochets très peu mar¬
qués, donc d’un dispositif sans doute peu efficace, et même de crochets complètement disparus. Ainsi,
chez M. parvimanus A. Milne Edwards, le crochet est minuscule, la fossette peu creusée. Chez M.
japonicus de Haan, le dispositif est absent, aussi bien dans sa partie sternale que dans sa partie abdo¬
minale. 11 faudrait vérifier si chez ces Macrophthalminae l’appareil est absent à toutes les tailles du
mâle ou, plutôt, s’il ne disparaît pas lorsque certaines dimensions sont acquises.
Dans le genre Euplax H. Milne Edwards, notamment E. tridcritata A. Milne Edwards, il semble
qu’il n’existe aucun appareil d’accrochage.
La troisième sous-famille qui compose les Ocypodidae (sensu Balss), à savoir les Scopimeri-
nae, est particulière pour la question qui nous intéresse, en raison de la position du sixième segment
abdominal par rapport au sternite 5. En effet, l’abdomen mâle est très allongé et son avant-dernier
segment n’est pas toujours en face du sternite 5, habituellement porteur des fossettes.
Dans le genre Dotilla Stimpson, deux cas peuvent se présenter : lorsque la base du sixième seg¬
ment de l’abdomen passe en avant de la suture 4/5 et que ce segment abdominal ne peut donc s’appli¬
quer contre le sternite 5, il n’y a pas de crochet (par exemple, Dotilla sulcata Hilgendorf). Quand le
sixième segment se place un peu plus bas, donc en correspondance avec le sternite 5, un petit crochet
est présent à la limite de la suture 4/5 ; toutefois, aucune fossette n’est bien visible à la base du sixième
segment : par exemple, D. fenestrata Hilgendorf, D. wichmanni de Man (pl. 19, fig. 4).
Chez Scopimera de Haan (cf. pl. 26, fig. 6), notamment S. pilula Kemp, il existe un minuscule
crochet sur le sternite 5, près de la suture 4/5, mais aucune fossette ne semble être creusée sur le mince
tégument abdominal.
Chez les Scopimerinae, l'abdomen mâle pénètre dans une profonde cavité sternale et les bords
de ces régions anatomiques sont bien coaptés.
Chez les Camptandriinae, quatrième sous-famille d’Ocypodidae reconnue définitivement par
Sekène (1974), un bouton-pression est présent chez toutes les espèces que nous avons examinées dans
les genres Paracleistostoma de Man (cf. pl. 26, fig. 4, 5) et Tylodiplax de Man.
Grapsidae (pro parle)
Tous les Grapsinae (Grapsus tenuicrustatus ; pl. 20, fig. 1, 2) et tous les Plagusiinae (Plagusia
glabra : pl. 18, fig. 9, 10 ; Perenon affine : pl. 23, fig. 2, 3) possèdent, à notre connaissance, un dispo¬
sitif fonctionnel chez les mâles durant toute leur vie et chez les femelles tant qu’elles sont immatures.
La perte de l’appareil d’accrochage est un bon indice chez les femelles que la mue de puberté est atteinte,
parfois peu marquée chez ces Crabes.
La plupart des Varuninae sont équipés d’un système bouton-pression (voir n° 5), mais le genre
Cyrtograpsus Dana, par exemple, en semble dépourvu : l’apex des pléopodes 1 couvre le sternite 5
et il n’y a pas de place pour un crochet.
En revanche, les mâles de certaines Varuninae, dont le genre Eriocheir de Haan (cf. supra,
n® 5, et pl. 23, fig. 1), et de nombreux Sesarminae disposent jusqu’à une certaine taille d’un système
bouton-pression permettant l’accrochage, qui devient par la suite vestigial et inefficace (genre Sesarma
Source ; MNHN, Paris
152
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE Et TAXONOMIE DES BRACHYOURES
S. !., pro parte). Certains Sesarminae en sont complètement dépourvus durant toute leur vie (genres
Cyclograpsus, Melaplax, Aratus, Helice : liste non exhaustive). Chez les Sesarma, où l’appareil devient
non efficace à une certaine taille, il se produit chez les mâles le même phénomène que chez les femelles
qui, systématiquement, n’ont plus un appareil d’accrochage efficace après la mue de puberté, seulement
parfois des éléments vestigiaux.
Gecarcinidae (appareil facultatif selon les genres)
Les Gecarcinidae, Crabes terrestres, possèdent un large plastron, creusé d’une profonde cavité
sternale, délimitée en avant par un bord crisliforme. L’abdomen mâle s’insère parfaitement dans cette
cavité et le telson bute contre la crête terminale.
Il n’existe un appareil spécial de fixation que dans les genres Gecarcinue Leach, Epigrapsus
HeUer et Gecarcoidea H. Milne Edwards (nous n’avons pas examiné le genruDiscoplax A. Milne Edwards).
Chez ces Crabes nous avons observé une paire de protubérances plus ou moins saillantes, parfois obli¬
ques, disposées sur le sternite 5 et recouvertes de soies.
La partie qui, sur le sixième segment abdominal, correspondrait à ces saillies devrait se situer
dans la moitié postérieure et ne pas occuper, comme d’ordinaire, le bord de l’abdomen, dont la lar¬
geur, à ce niveau, dépasse l’écart qui sépare les crochets. En fait, nous n’avons pas vu les fossettes habi¬
tuelles, ni pu procéder nous-même à l’accrochage. Le dispositif ne paraît guère fonctionnel (c’est pour¬
quoi les Gecarcinidae pourraient entrer dans la catégorie n® 4, aux côtés de Thia residua). Tous les
Gecarcinus examinés sont dans ce cas : G. ruricola (Linné), G. weileri (Sendler). Chez G. planatus Stimp-
son (pl. 19, fig. 11), la paire de saillies sternales, obliques, est particulièrement saillante et, pourtant,
rien ne semble lui correspondre à la face inférieure du sixième segment de l’abdomen (pl. 23, fig. 10).
Il serait souhaitable de vérifier ces informations sur des individus de toutes tailles.
Le genre Epigrapsus Heller, représenté par des espèces de petite taille, offre des saillies sternales
assez développées. Extérieurement, sur le bord de l’abdomen, moins élargi à ce niveau que chez Gecar-
cinus, on décèle une légère convexité ; néanmoins, il ne semble pas qu’il y ait de fossettes typiques à
la face inférieure du sixième segment.
Le genre Gecarcoidea H. Milne Edwards, comme les Gecarcinidae précédents, offre une crête
incurvée qui termine en avant la profonde cavité sternale. Une grosse protubérance, surmontée d’un
tubercule (ce dernier point à vérifier), sort de part et d’autre sur le sternite 5, dans la cavité. Nous
nous demandons si un modelage queleonque se réalise avec la face inférieure de l’abdomen, car aucune
fossette, délimitée par un bourrelet, n’est visible. Somme toute, il n’est pas étonnant de ne trouver
absolument aucun appareil de fixation chez d’autres Gecarcinidae.
Le genre Cardisoma Latreille, aussi bien C. carnifex (Herbst), C. hirlipes Dana, C. guanhumi
Latreille que C. rotundum (Quoy et Gaimard), ne possède qu’une touffe de soies (analogues à celles qui
longent la lisière de la cavité sternale) à l’emplacement des protubérances présentes chez Gecarcinus.
Chez Cardisoma, la cavité sternale est disposée comme dans le genre Gecarcinus, avec une crête ter¬
minale, en avant du telson.
Le genre Ucides Rathbun (= Œdipleura^ Ortmann), représenté par de très grosses espèces,
ne possède aucun appareil d’accrochage spécial. Mais l’abdomen s’emboîte parfaitement dans la cavité
sternale ; notamment, la partie postérieure du sixième segment et le telson, très réduit, s’insèrent et
s’encastrent dans un rétrécissement marqué de l’extrémité de la cavité, délimitée latéralement par un
bord épais et poilu, le tout « verrouillant » presque l’abdomen.
Mictyridae (appareil d’accrochage absent)
Chez ces Crabes très spécialisés, profondément modifiés par leur mode de vie et dont nous avons
longuement décrit le sternum thoracique (fig. 29), il n’y a pas de cavité sternale bien délimitée : seu-
1. Ne serait pas un Gecarcinidae maie un Ocypodidae : ef. chapitre VI.
Source ; MhlHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
153
lement une déclivité qui, du pourtour, gagne le centre, mais sans rebord net, tout au moins latéralement ;
antérieurement, une crête sétifère marque l’emplacement de la partie distale de l’abdomen ; au milieu,
une dépression un peu plus accusée. L’abdomen repose sur la partie presque plane du plastron, toute
la région antérieure de celui-ci étant en contrebas. Le premier segment abdominal est comme « enchâssé »
entre les deux sternites 8 bien développés, qui offrent une assez vaste portion exposée entre les coxae
des p5. Les bords du deuxième segment sont coaptés avec les bords correspondants du sternum, qui
forment une sorte d’épaulement (fig. 29C). Les segments suivants, tous libres, vont en s’élargissant
et forment une lame large et foliacée qui ne se coapte pas avec le plastron. Le telson, réduit, vient
buter contre la crête qui partage transversalement le sternite 4.
11 n’y a aucun système d’accrochage. L’abdomen est très mobile, quoique toujours en position
de repli contre le sternum ; des soies abondantes tout autour de l’abdomen constituent une semi-pro¬
tection.
La disposition est similaire chez la femelle, le dimorphisme sexuel étant — rappelons-le — peu
marqué dans ce genre. En effet, tel qu’il se présente chez le mâle, l’abdomen paraît assez large pour
recouvrir la ponte.
Les habitudes alimentaires des Mictyridae, qui pendant de longs moments filtrent de grandes quantités
de sable pour en extraire des particules organiques, font que l’intestin est toujours gonflé de sable, à la face
inférieure de l’abdomen. Une application étroite de l’abdomen contre la surface sternale ne serait-elle pas
gênante ? Par ailleurs, la défécation (bien qu’elle ne nécessite sans doute pas le décrochage de l’abdomen dans
le cas où il est fermement fixé par un système quelconque) est certainement abondante et fréquente chez les
Mictyridae ; l’abdomen complètement libre contribue sans doute à la faciliter.
12. CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE PRÉSENTE; SUR LE STERNITE 4, UNE PAIRE
DE CRÊTES DE RÉTENTION FORMANT UN CRAN D'ARRÊT QUI BLOQUE LE
TELSON DANS SA PARTIE BASALE
OcYPODiNAE (pro parle) : sous-genre Minuca du genre Uca Leach, ainsi que quelques autres
ESPÈCES o'Uca
.\lors qu’un grand nombre à'Uca ne possèdent aucun appareil d’accrochage (voir n® il), cer¬
taines espèces ont développé un système de rétention de l’abdomen, unique chez les Brachyoures par
sa forme et sa topographie.
La crête, en arc de cercle, qui, souvent, marque la partie antérieure de la cavité sterno-abdomi-
nale, s’interrompt, de part et d’autre, sur le bord de cette dernière : entre autres, chez Uca iangeri
(Eydoux) (pl. 18, fig. 1) et Uca vocans vocans (Linné). Mais, dans certains cas, la crête pénètre dans la
cavité sternale : il y a alors, à la surface du sternite 4, sur les flancs de la dépression sternale, deux
petites crêtes symétriques, transversales, parfois même incurvées vers le haut à leur extrémité interne.
Lorsque le telson se rabat en s’enfonçant profondément, sa partie basale est maintenue par le cran
d’arrêt que constituent les deux crêtes.
Nous avons observé cette disposition particulière chez plusieurs espèces, qui, pour la plupart,
appartiennent au sous-genre Minuca Bott, 1954. La subdivision du grand genre Uca en de très nom¬
breux sous-genres par Bott (1954 ; 1973) se base principalement sur la forme du front et la morpholo¬
gie des pléopodes sexuels. Aucune allusion n’est faite à propos de la forme de la crête distale de la cavité
sternale ni d’un quelconque dispositif de rétention du telson^.
Le dispositif de cran d’arrêt existe chez tous les Uca {Minuca) reconnus par Bott que nous
avons pu examiner : à savoir Uca (Minuca) mordax (Smith), typique du sous-genre, U. (M.) thayeri
thayeri Rathbun, U. (M.) festae Nobili, U. (M.) slenodactylus (H. Milne Edwards et Lucas), U. (M.)
1. Dana son ouvrage monumental sur le genre Uca, Crâne (1975, p. 154) n’a pas utiliaé cette caractéristique du
sous-genre Minuca ; du reste, cet auteur ne décrit pas le plastron sternal, même lors de la création de nouvelles catégories
taxonomiques.
Source : MNHN, Paris
134
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
leplodactylus Rathbun. Si les Minuca se révèlent posséder tous cette particularité morphologique et
éthologique, la division établie par Bott se trouvera renforcée.
Nous avons trouvé ce même dispositif chez U. Iriangularis (A. Milne Edwards), Uca annulipes
(H. Milne Edwards), Uca lactea (de Haan), formes dont l’attribution sous-générique * n’est pas encore
déterminée avec certitude. Une étude détaillée de ce caractère chez tous les Uca s’avère indispensable
sur la base des ouvrages de Bott et de Crâne (loc. cil.). Il est certain que l’examen comparatif du ster¬
num thoracique montrera des différences, ainsi qu’en témoignent dès à présent nos figures à'Uco tan-
geri (pl. 18, fig. 1), d’U. niaracoani maracoani (pl. 18, fig. 2) et d’U. thayeri lhayeri (pl. 18, fig. 3).
Dans tous les cas d’appareil d’accrochage cités précédemment (n° 1 à 10), le crochet, la protu¬
bérance, ou autre différenciation servant à fixer l’abdomen, était situé sur le sternite 5 (à noter seu¬
lement une saillie supplémentaire sur le sternite 4 chez les Pinnoteridae). Par ailleurs, cet organe ster¬
nal ne semblait provenir d’aucun organe préexistant. Ici, dans le cas des Uca [Minuca) et afî,, les petites
crêtes transversales, qui forment un cran d’arrêt, sont le prolongement de la crête qui entoure le sommet
de la cavité sterno-abdominale. En ce qui concerne l’autre élément de la coaptation, ce n’est plus une
fossette ou une encoche au niveau du sixième segment abdominal : il y a blocage de la partie basale
du telson, après qu’il se soit inséré profondément dans la cavité sternale.
Tableau 5. La cavité sterno-abdominale chez les Brachyoures sternitrèmes
et les diverses modalités d’accrochage de l’abdomen
1. Cavité sterno-abdominale absente et pas de dispositif d’accrochage
Corystidae (#en«u Balss, 1957) Corystes
Pseudocorystes
2. Cavité sterno-abdominale présente mais pas d'appareil d’accrochage ; aucune coaptation spé¬
ciale STERNUM-ABDOMEN
Calappidae [pro parte) Orithyinae Orithyia
3. Cavité sterno-abdominale peu prononcée ; appareil d’accrochage présent, du type bouton-pres¬
sion, MAIS NON fonctionnel
Corystidae [sensu Balss, 1957) Nautilocorysles
4. Cavité sterno-abdominale présente ; appareil d’accrochage, du type bouton-pression, présent
HAIS NON fonctionnel
a) Non-coïncidence des deux éléments sternal et abdominal
Belliidae [pro parte) Bellia
Àtelecyclidae [sensu Balss, 1957) Âtelecyclinae Peltarion
è) Fossettes abdominales rudimentaires, voire absentes
Àtelecyclidae (sensu Balss, 1957) Thiinae Thia [pro parte)
5. Cavité sterno-abdominale présente ; appareil d’accrochage, du type bouton-pression, fonction¬
nel
Àtelecyclidae (sensu Balss, 1957) Thiinae [sensu Balss) Thia [pro parte)
— ^ Kraussia
Belliidae (pro parte)
Cancridae
Portunidae
Majidae
Âtelecyclinae Atelecyclus
Erimacrus, Telmessus
T rachycarcinus
Corystoides, Acanthocyclus,
Heterozius
Cancer, Perimela
Tous
Tous
1. Ces dernières espèces appartiennent au sous-genre Celuca, créé par Crans (1975, p. 211) : il conviendra de véri¬
fier ai toutes les espèces de cette catégorie possèdent un diapositit de rétention analogue à celui du sous-genre Minuca.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALË ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
155
Parthenopidae
Dorippidae
Tous
Dorippe, Elhusa
Calappidae (pro
parte)
Calappinae
Tous
_
Matutinae
Malula
Parthenoxystomata {cf. Guinot, 1966-1967)
Osachila, Hepatue, Hepa-
tella, Actaeomorpka, Ae-
thra
Xanthidae
Xanthinae
Tous
_
Àctaeinae
Tous
_
Trichiinae
Tous {cf. Guinot, 1976)
_
Carpiliinae
Carpilius
—
Polydectinae
Polydectue, Lybia
—
Platyxanthinae
Platyxantkus, Pelaeus, llo-
—
Menippinae
Tous
_
Pilumninae
Tous
_
Trapeziinae
Tous
Potamidae
Panopeinae
Tous
Tous (à vérifier)
Ocypodidae (pr
0 parte)
Macrophthalminae
Macrophlhalmue (pro parte)
_
Scopimerinae
Doliüa {pro parte)
_
Camptandriinae
Paracleistostoma, Tylodiplax
Grapsidae
Grapsinae
Grapsus, Pachygrapsus,
Geograpsue, Metograpeue,
Goniopsis
Varuninae (pro parte)
Varuna, Brackynolus, Te-
tragrapsus, Eriocheir (jus¬
qu’à une certaine taille)
—
Sesarminae (pro parte)
Sesarma {pro parle et jus¬
qu’à une certaine taille)
Palicidae
Hexapodidae
Plagusiinae
Plagusia, Percnon
Palicus
Hexapue s.l.
6. Cavité sterno-abdominale profondément excvvée ; pas d’appareil d’accrochage spécial mais
COAPTATION, VOIRE « ADHERENCE », DE l’aBDOMEN AVEC LES BORDS DE LA CAVITÉ
Leucosiidae {pro parte) Ebaliinae Ebalia, Lithadia
Nucia
— Cryptocneminae Cryptocnemu*
_ Philyrinae {pro parte) Iphiculus, Pariphicidus
7. Cavité sterno-abdominale profondément excavée et étroitement coaptée avec les bords de l’abdo¬
men (adhérence) ; appareil de rétention d’un type spécial
Leucosiidae {pro parie) Philyrinae (pro parte) Philyra, Ilia
— Leucosiinae Leucosia
8. Cavité sterno-abdominale excavée ; appareil de rétention d’un type spécial (saillie -f encoche
sur le sternite 5 ; angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal de forme par¬
ticulière)
Retroplumidae Retropluma
9. Cavité sterno-abdominale profondément excavée ; double appareil d’accrochage (une paire
DE grosses protubérances sur le sternite 5 et une paire de saillies plus petites sur le ETER¬
NITE 4)
Pinnoteridae (pro parte) Pinnoieres, Oelracoteres,
Tritodynamea ; chez Pin-
nixa, un dispositif simple,
sur le sternite 5 seulement
Source : MNHN, Paris
156
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
10. Cavité STEBNO-ABDOMiNALE excavée; appareil d’accrochage bouton-pression atypique en rai¬
son DE la position des FOSSETTES SOUS-ABDOMINALES
Hymenosomatidae Hymenosoma (? pro parte),
Haîicarciniu Elamena
11. Cavité stebno-abdominale présente ; appareil d’accrochage présent,
Ocypodidae {pro parle) Ocypodinae {pro parte)
— Macrophthalminae {pro
parle)
VESTIGIAL OU DISPARU
Ocypode
Uca {pro parte)
Macropktkalmue {pro parle),
Euplas
Grapsidae {pro parte)
Gecarcinidae
Mictyridae
Scopimerinae {pro parte)
Varuninae (pro parle)
Sesarminae
Dotilla {pro parte)
Cyrtograpsue
Sesarma {pro parte)
Cyclograpsus, Metaplax,
Aratus, Helice
Cardisoma, Ucidee (chez Ge-
carcinus, Epigrapsus et
Gecarcoidea^, appareil,
semble-t-il, non fonction-
nel)
Mictyris
12. Cavité sterno-abdominale présente ; sur le slernite 4 une paire de crêtes de rétention formant
UN CRAN d’arrêt QUI BLOQUE LE TELSON DANS SA PARTIE DISTALE
Ocypodidae {pro parle) Ocypodinae {pro parte) Uca {pro parte)
IV. L’APPAREIL D’ACCROCHAGE DE L’ABDOMEN AU COURS DE LA CROISSANCE
On ne sait pas à quel stade de la vie du Crabe apparaît l’appareil de fixation de l’abdomen.
Les carcinologistes qui étudient le développement ne semblent pas prêter attention à ce caractère ;
notre ignorance est totale quant à l’appareil d'accrochage chez la mégalope et chez les jeunes stades
Crabes. Pourtant, la connaissance de la morphogenèse des crochets et des fossettes nous paraît impor¬
tante. L’étude de l’origine des fossettes abdominales serait des plus intéressantes : à partir de quelle
formation embryonnaire prennent-elles naissance ? Les crochets ne sont issus d’aucun organe préexis¬
tant : ils apparaissent simplement sur la paroi du sternite 5, tout au moins chez les Crabes sternitrèmes.
I! n’en est pas de même pour les fossettes sous-abdominales. Selon l’hypothèse de Pérez {1928è) qui
se base sur l’examen de Dromia, celles-ci se développeraient à partir des uropodes vestigiaux. Or, Pérez,
a dû voir seulement la Dromie commune des côtes françaises, Dromia personata (Linné) = Dromia
oulgaris H. Milne Edwards {cf. Forest, 1974, p. 76), où les uropodes, étalés transversalement, sont
impliqués dans le maintien de l’abdomen, en venant buter sur les saillies coxales des deuxièmes péréio-
podes. Nous avons montré que, à l’intérieur même des Dromiidae, les uropodes ne jouaient parfois
aucun rôle dans l’accrochage de l’abdomen. La supposition que les fossettes des Brachyoures sterni¬
trèmes dérivent des uropodes et qu’une migration les a entraînées sur le sixième segment abdominal
est à revoir soigneusement.
Pour que coïncident les parties sternale et abdominale du dispositif, la croissance du sternum
thoracique et celle de l’abdomen doivent être proportionnelles. C’est ce qui se passe généralement
chez le mâle durant toute sa vie et chez la femelle jusqu’à une certaine étape de sa croissance. Le phéno¬
mène se présente avec un synchronisme parfait.
La croissance discontinue des Brachyoures, au travers des mues, fait paraître plus remarquable
la coïncidence des deux parties distinctes, qui se développent séparément et vont entrer en contact.
1. Serait un Ocypodidae, ef. p. 214.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
157
Il faudrait étudier des populations entières pour connaître le pourcentage de cas « anormaux n,
d’accidents. Au cours de nos études systématiques nous avons rencontré peu d’exemples de Crabes
où le dispositif présente un défaut dans l’une ou l’autre de ses parties. Nous citerons le cas d’un Ate-
lecyclus rotundatus (Olivi), mâle de 34 X 35,5 mm, par ailleurs bien conformé : les deux crochets sont
situés trop latéralement sur le sternite 5 et également un peu trop en avant pour que les fossettes, nor¬
malement creusées dans les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal, puissent venir
les coiffer (pl. 23, fig. 9). Une croissance allométrique est à l’origine de ce décalage. Un spécimen à
dispositif fonctionnel est figuré pl. 9, fig. 4, 5.
11 existe aussi des cas de crochets développés d’un seul côté. Cela peut être un accident. Mais
on peut raisonnablement penser que l’absence de l’un de ces crochets se manifeste plus fréquemment
dans les groupes de Crabes où le dispositif n’existe pas chez tous les représentants (genres et espèces)
et montre une tendance à disparaître au cours de la croissance. Par exemple, chez Eriockeir sinensis
(H. Milne Edwards), où le crochet est minuscule et la fossette oblitérée, le crochet peut manquer d’un
côté (pl. 23, fig. 1).
Nous avons vu que dans le genre Bellia H. Milne Edwards, chez les grands spécimens mâles,
il n’y avait pas d’accrochage par suite de la brièveté de l’abdomen : il faudrait vérifier s’il en est de
même à une taille inférieure. La non-correspondance, tout au moins chez Bellia picla H. Milne Edwards,
est peut-être fonction de la taille de l’animal considéré.
II est possible qu’à une taille devenue très grande il y ait des modifications anarchiques, par
suite d’un défaut dans la croissance relative sternum-abdomen. C’est le cas d’un Dairoides kiisei de
très grande taille (55 X 71 mm) où les crochets sont externes par rapport aux fossettes, l’abdomen
étant trop étroit (cf. fig. 27A) ; chez un spécimen plus petit, de 59 mm de large, appartenant au même
échantillon, crochets et fossettes sont face à face. Il n’est pas étonnant que chez des individus âgés,
ayant accompli un grand nombre de mues, la coaptation perde, accidentellement, de sa perfection.
Typiquement, l’appareil de maintien de l’abdomen existe chez les mâles durant toute leur vie
et chez les femelles seulement jusqu’à la mue de puberté. Mais nous avons rencontré le cas du genre
Sesorma Say s.l. où l’appareil est facultatif. Chez certaines Sesarma, l’appareil est absent quelle que
soit la taille du mâle envisagé. Il semblerait que ces espèces soient nanties de pléopodes sexuels 1 longs
qui couvrent tout le sternite 5, donc la portion sternale où normalement se développe le crochet.
En revanche, chez d’autres Sesarma, le crochet et la fossette ne sont présents que chez les mâles
de petite taille ; ils deviennent vestigiaux après une certaine mue. Ces espèces semblent caractérisées
par un pli court qui laisse à nu une partie du sternite 5. Chez ces mâles à dispositif devenant inefficace
au-delà d’une taille donnée, il se passe en définitive le même phénomène que chez les femelles.
Eriockeir sinensis (H. Milne Edwards) possède un appareil d’accrochage de l’abdomen fonc¬
tionnel jusqu’à une certaine taille seulement : chez le mâle ne dépassant pas 20 mm de large et chez
la femelle ne mesurant pas plus de 12 mm de large (Hoestlandt, 1940 ; 1948). Le mâle décroche donc
son abdomen à une certaine époque, assez précoce, de sa vie ; la femelle le décroche bien avant la mue
de puberté.
Il faudrait fixer à quelle mue, pour chaque espèce, se réduit le système d’accrochage chez le mâle.
Mentionnons un autre exemple : celui des Gecarcinidae où toutes les espèces connues d’un genre
ont un dispositif sternal d’accrochage et où toutes les espèces de tel autre genre en sont dépourvues.
Il faut toutefois noter que, même chez les espèces dotées de protubérances sternales, le dispositif n’est
guère ou pas du tout fonctionnel car — au moins sur le matériel que nous avons vu — les fossettes
correspondantes sont rudimentaires ou absentes. Il serait souhaitable de vérifier ces observations
sur des spécimens mâles de petite taille.
V. L’APPAREIL D’ACCROCHAGE CHEZ LA FEMELLE
Contrairement à ce qu’ont écrit certains carcinologistes, l’appareil d’accrochage de l’abdomen
qui existe chez la jeune femelle ne disparaît pas brutalement après une certaine mue mais, au con-
Source : MNHN, Paris
158
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BR.ACHYOURES
traire, persiste après la mue de puberté et même lorsqu’il y a pleine maturité sexuelle. Nous avons
vu de nombreux cas de femelles ovigères portant encore un crochet sternal, plus ou moins atrophié
ou modifié.
Les deux éléments, sternal et abdominal, sont pareillement conformés et croissent de la même
façon chez la femelle comme chez le mâle, jusqu’à une certaine étape de la vie. La femelle tient son
abdomen a boutonné » pendant une partie de son développement post-larvaire, pendant sa vie pré-
pubérale. Tant que l’abdomen femelle croît avec le même taux que l'abdomen mâle et a, de ce fait,
la même morphologie, il n’y a aucune différence entre mâle et femelle dans l’état de développement
et dans la position des deux parties du dispositif d’accrochage.
Lorsque la croissance relative de l’abdomen de la femelle s’amplifie (par allométrie), avec un
taux de croissance en largeur supérieur à celui du sternum thoracique, la coïncidence entre crochet
sternal et fossette abdominale devient impossible. L’accrochage ne peut plus se réaliser. Pendant
un certain temps toutefois, la distance entre les crochets demeure proportionnelle à l’écart entre les
fossettes (croissance isométrique : cf. Callinectes sapidus Rathbun : pl. 24, fig. 1, 2). Kollmann (1937)
a bien étudié chez Carcinus maenas les étapes du processus. Une coïncidence transversale persiste assez
longtemps : les fossettes qui, normalement, auraient dû être entraînées par l’élargissement de l’abdomen
et donc dû dépasser latéralement les crochets, abandonnent le bord de l’abdomen et reculent vers
la ligne médiane : cf. Chlorinoides longispinus (de Haan) (pl. 17, fig. 5} ; Trilodynamea horvathi Nobili
(pl. 13, fig. 8). L’accrochage est encore possible. Dans le sens longitudinal, les fossettes sont ramenées
vers l’avant par l’allongement de l’abdomen, et il arrive un stade où elles dépassent les crochets.
L’abdomen élargi peut être « boutonné » aussi longtemps que les femelles se trouvent entre deux
tailles à peu près fixes, qui sont susceptibles d’être déterminées pour chaque espèce ; à une taille un
peu plus élevée, l’accrochage n’est plus qu’exceptionnel ; au-delà d’une taille donnée (taille extrême
d’accrochage), l’accrochage devient impossible pour Tune des raisons suivantes : a) l’écart entre les
deux éléments ne permet plus la coïncidence ; b) les pléopodes se sont beaucoup développés et empê¬
chent l’application du pléon ; c) il y a défaut de développement des crochets ou des fossettes ; d) plu¬
sieurs de ces causes peuvent intervenir simultanément. A l’intérieur d’une même espèce, la taille à
laquelle l’abdomen femelle ne s’accroche plus est variable ; les différences individuelles sont importantes.
Ce phénomène est normal puisqu’il existe des différences dans les proportions des adultes. Mais les
tailles extrêmes permettant encore l’accrochage et la taille à laquelle ce dernier devient impossible
peuvent être calculées statistiquement et sont spécifiques.
C’est Pérez (1928a ; 19286 ; 1929o ; 19296 ; 1929c) qui a défini la mue de puberté chez la femelle
par le décrochage de l’abdomen : l’abdomen se décolle du plastron sternal ; peu après, les pléopodes
perdent leur aplatissement et acquièrent une pilosité développée. La mue de puberté n’est pas aisée
à déterminer chez les mâles. Il est probable que, chez les espèces où, dans le sexe femelle, la mue de
puberté est la dernière, il en va de même pour le sexe mâle.
Démeusy et Vernet-Cornübert (1955) définissent, chez CarctniM maenas (Linné), la mue de puberté
comme étant celle où se produit le premier accouplement et notent que, seul, le décrochage de l’abdomen coïn¬
cide de façon péremptoire avec la première copulation : le décrochage de l’adbomen est l’indice capital pour
situer la mue de puberté.
Habtnoll (1965, p. 144) pense que la disparition de l’appareil d’accrochage chez la femelle fournit un
excellent indice que la mue de puberté est atteinte : cela est d’autant plus valable pour les Crabes Grapsoïdes
étudiés par cet auteur, chez lesquels cette mue ne s’accompagne pas toujours de changements importants dans
la morphologie et n’est pas spécialement marquée.
Les recherches de Pérez (1933a ; 19336) et de Vebnet-Cornubebt (1958) chez Pachygrapsus marmo-
ratus (Fabricius) nous apprennent que les petites femelles juvéniles présentent un appareil d’accrochage ana¬
logue à celui des mâles ; puis, cet appareil régresse progressivement au cours des différentes mues que vont
effectuer les femelles ; les boutons thoraciques persistent, atrophiés, non fonctionnels ; brusquement, à une mue
qui les fait passer à la forme adulte, ovigère, l’appareil disparaît complètement.
Chez Eriockeir sineneis (H, Milne Edwards), les caractères sexuels de la femelle se différencient bien
avant la mue de puberté et il y a dissociation des caractères de la puberté ; ainsi, le décrochage de l’abdomen
se produit à une très petite taille, à environ 12 mm de large (Hoestlandt, 1940 ; 1948).
Source ; MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
159
L’appareil d’accrochage, devenu inutile, ne disparaît pourtant pas toujours complètement.
Nous avons observé chez beaucoup de Crabes, appartenant à des groupes très divers, des crochets
persistant chez des femelles matures de grande taille et même chez des femelles portant une ponte.
II est intéressant d’observer l’évolution du crochet, toujours situé sur le sternite 5, et sa position par
rapport à la vulve qui s’ouvre sur le sternite 6. Crochet et vulve sont parfois très proches. C’est le cas par exemple
dans le genre Dorippe Weber où, chez la femelle, la vulve et le crochet se trouvent presque côte à côte {cf. pl. 25,
fig. 8, 9). Dans le genre Cedappa Weber, une femelle certainement pubère, de 54 X 70 mm (pl. 24, fig. 3), montre
des crochets encore bien développés et des fossettes correspondantes encore visibles : les éléments sternaux
et abdominaux se placent presque en face mais l’accrochage ne peut avoir lieu par suite de leur caractère vesti¬
gial ; de plus, les pléopodes épais empêchent l’accolement de l’abdomen contre la paroi sternale.
Une femelle ovigère de Glyptoxanthus angolensis (Brito Capello), de 23,4 X 34 mm (pl. 24, fig. 4,
5), possède une paire de crochets encore bien arrondis et saillants, cachés par l’abondante masse d’œufs.
Chez une femelle d’Hexapus sexpes (Fabricius) s.L, à abdomen élargi et pléopodes lamelleux,
des crochets déformés persistent sur le sternite 5 au-dessus de larges vulves ; des fossettes sont à l’état
vestigial sur le sixième segment : l’accrochage ne peut s’effectuer (pl. 24, lîg. 6).
Dans la plupart des cas, le crochet ne se conserve pas tel quel et devient vestigial. Ainsi, chez Alelecy-
dus Leach, deux faibles crochets persistent à la base du sternite 5, non loin des vulves qui s’ouvrent au sommet
du sternite 6.
Dans d’autres cas, le crochet se transforme en une saillie de forme aberrante. Ainsi, chez Plagusia glabra
Dana, dont le mâle porte une paire de crochets gros et cornés (pl. 18, fig. 9), la femelle ovigère (pl. 18, fig. 10,
11) montre une suture 5/6 proéminente, avec une énorme expansion qui touche presque la vulve ; il n’y a pas
de fossette à la face inférieure du large abdomen.
Chez d’autres espèces, le crochet sternal se transforme en bourrelet chez les femelles pubères. C’est par
exemple le cas de Bellia picfa H. Milne Edwards, où une femelle ovigère offre un bourrelet corné sur la suture
5/6, juste au-dessus de la grosse vulve (fig. 39C).
Ces quelques exemples de crochets persistant, de façon plus ou moins modifiée, chez des femelles
ayant atteint une pleine maturité sexuelle, doivent être cependant assez peu répandus. En règle générale,
les deux éléments de coaptation tendent à disparaître complètement : par exemple, Dacryopilumnus
eremita Nobili (pl. 25, fig. 7) où les crochets ont complètement disparu au-dessus des énormes vulves.
VI. LA CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE CHEZ LES FEMELLES.
FORMATION D’UNE CAVITÉ INCUBATRICE
On sait que chez les Brachyoures, à partir d’une certaine taille, l’abdomen des femelles acquiert
une grande largeur qui contraste avec l’étroitesse de l’abdomen mâle. Le sternum thoracique subit
également des modifications au cours de la croissance de la femelle et il constitue, lui aussi, un caractère
sexuel important. De façon générale, chez le mâle c’est seulement dans la région médiane que le plas¬
tron sternal est creusé d’une gouttière longitudinale, relativement étroite, où se logent les deux paires
de pléopodes sexuels. Sur cette gouttière se rabat l’abdomen, sensiblement de même forme et même
taille que cette dernière, donc le plus souvent peu large et qui est, dans la plupart des cas, maintenu
fixé à la paroi sternale par un système d’accrochage.
Chez la femelle immature de petite taille, l’aspect est grosso modo celui du mâle. A une certaine
étape de la croissance, l’abdomen de la femelle commence à s’accroître, beaucoup plus que dans le
sexe mâle. L’abdomen femelle s’accroît proportionnellement beaucoup plus vite que les dimensions
du corps.
La croissance allométrique, en particulier celle des organes sexuels, a été largement étudiée chez les
Brachyoures, principalement par Pébez (1929a ; 1929f> ; 1933a ; 1936) ; Teissier (1928 ; 1933a ; 19336 ; 1934a ;
19346 ; 1935a ; 19356 ; 1936a ; 19366 ; 1936c ; 1937a ; 19376 ; 1938 ; 1948 ; 1955) ; Huxley (1932 ; 1936 ; 1950) ;
Drach (1933 ; 1934; 1936 ; 1939) ; Huxley et Teissier (1936) ; Guillaume, Thibaud et Teissier (1963).
Source : MNHN, Paris
160
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE
TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Les changements dans l’allure de croissance correspondent à certaines étapes, à certaines mues
critiques : mue de prépuberté et mue de puberté.
La mue de puberté (nommée mue imaginale) marque généralement le passage à la maturité
sexuelle et donne au Crabe les caractères morphologiques définitifs de son sexe.
La maturité sexuelle est atteinte quand le Crabe entre dans l’étape d’intermue au cours de
laquelle il devient apte à copuler, c’est-à-dire quand ses gonades sont mûres. Chez le mâle, le critère
de la maturité se reconnaît facilement à la présence de spermatozoïdes dans les canaux déférents.
Mais il n’y a pas toujours coïncidence entre la maturité des gonades et la mue de puberté, même chez
les Oxyrhyncha où cette dernière s’accompagne de changements morphologiques très importants,
affectant notamment les chélipèdes (Hartnoll, 1963).
Chez la femelle, tout se passe bien différemment car la copulation peut avoir lieu alors que les
ovaires sont immatures et l’ovulation se produire longtemps après l’accouplement. Divers auteurs
ont montré que, chez Carcinus maenas (Linné), plusieurs mois pouvaient s’écouler entre la mue de
puberté et la première ponte. Il n’y aurait pas de liaison entre la mue de puberté et l’activité génitale,
l’apparition des caractères sexuels ne dépendrait pas des gonades.
De même, chez Eriocheir sinensis (H. Mitne Edwards), Hoestlandt (1948) n’a pas trouvé
de corrélation manifeste entre la mue de puberté et l’activité génitale.
La mue de puberté des femelles est généralement très marquée, car elle entraîne des modifications de
l’abdomen, du sternum thoracique, des pléopodes. Mais, parfois, elle est moins manifeste, par exemple chez
certains Grapsidae, comme Araltu pisoni (H. Milne Edwards) où les seules structures qui montrent un change¬
ment accusé sont les pléopodes (Hartnoll, 1965). La mue de puberté peut être considérée comme le départ
de la maturité sexuelle chez la femelle. Avant cette mue, la copulation peut être empêchée par des facteurs
physiques : par exemple chez les Majidae, les vulves ne s’ouvrent largement qu’à la mue de puberté. Chez les
Grapsidae, c’est par une autre voie (présence d’un opercule vulvaire) qu’est inhibé l’accouplement à certaines
périodes. Il y a donc, en général, corrélation entre mue de puberté et maturité sexuelle. Les Pinnoteridae font
exception, les femelles copulant de façon très précoce et accomplissant ensuite plusieurs mues, dont la mue
de puberté (Chbistensen et McDermott, 1958). De nombreuses études sont encore nécessaires pour saisir
l’évolution et les séquences des stades immatures, de la mue de prépuberté, de la mue de puberté, de la matu¬
rité sexuelle, de la copulation. Les Brachyoures que nous venons d’évoquer apparaissent encore plus complexes
qu’on ne le pensait.
A la mue de puberté, les différences entre mâle et femelle prennent toute leur accentuation :
l’abdomen femelle s’est considérablement élargi, parfois aussi s’est allongé, de sorte qu’il masque une
grande étendue du plastron, les quatre paires de pléopodes ovifères sont pleinement développées et
ornementées {cf. Drach, 1933). La cavité sterno-abdominale s’est aussi transformée. L’ensemble de
la paroi thoracique s’excave plus ou moins profondément, ce qui entraîne la disparition de l’étroite
cavité primitive. La surface sternale perd l’ornementation qui pouvait exister précédemment et devient
lisse. Dans les cas où l’abdomen acquiert un maximum de développement, c’est pratiquement la totalité
du sternum thoracique qui devient cavité sterno-abdominale : commençant sur le pourtour du plas¬
tron, près de la base des pattes, à savoir de ses bords latéraux vers le centre se produit une déclivité
régulière. Ainsi peut se former une cavité incubatrice : l’abdomen en forme de large cuillère, convexe
du côté dorsal, concave du côté ventral, se rabat sur le thorax, lui-même concave, et recouvre presque
tous les sternites et, parfois, aussi la région antéro-ventrale du corps. Dans la vaste cavité ainsi cons¬
tituée, la ponte accrochée aux pléopodes trouve un abri. Pérez (1929a) a bien observé, chez Macro-
podia rostrata (Linné), que les œufs sont portés exclusivement par les endopodites des pléopodes et
que les exopodites, en lames arquées de même courbure que l’abdomen, a garnis sur leurs deux bords
d une riche frange de soies plumeuses, forment simplement une sorte de cage à claire-voie contribuant
à protéger la ponte ».
Une cavité incubatrice se trouve chez de nombreux Crabes. Dans la plupart des cas, l’abdomen
demeure libre, ainsi que plusieurs auteurs l’ont montré, notamment chez les Majidae. Plusieurs autres
familles de Brachyoures, qui ont atteint un certain niveau évolutif, possèdent une cavité incubatrice
similaire à celle des Majidae.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
161
Nous avons vu précédemment que nombre de Leucosiidae étaient dotés d’une cavité incubatrice encore
plus perfectionnée. La cavité sterno-abdominale s’est très profondément creusée ; l’abdomen, dont les seg¬
ments 3 à 6 se sont soudés, forme une calotte sphérique et bombée. Cette dernière vient au contact du pour¬
tour sternal, qui se soulève parfois en une sorte de muraille (muraille épisternale), et les deux parties se joignent
si intimement qu’il se produit un début de soudure ; l’adhérence est telle que l’observateur ne peut détacher
l’abdomen sans le briser. Dans d’autres genres, l’abdomen forme un couvercle muni d’un rebord qui entre
comme dans une boîte à l’intérieur de la cavité, dont le bord cilié constitue une protection. Découvert par
Dbach (1955), le canal spécial qui met la cavité en communication avec la chambre branchiale permet d’expli¬
quer, sur le plan physiologique, la possibilité de la fermeture complète de la cavité incubatrice.
Le dimorphisme sexuel de l’abdomen est peu important chez les espèces primitives de Crabes.
Nous avons souligné combien il était réduit chez les genres à cavité sterno-abdominale absente ou rudi¬
mentaire. Dans ce cas, la croissance allométrique de l’abdomen femelle est, par rapport au reste du
corps, faiblement majorante.
En ce qui concerne les formes plus évoluées, chez la femelle, l’abdomen montre, par rapport
au reste du corps, une croissance allométrique fortement majorante pendant la phase de prépuberté,
un accroissement important à la mue de puberté, et une allométrie seulement faiblement majorante
après la puberté (quand la mue de puberté n’est pas la dernière) : l’abdomen devient beaucoup plus
grand que chez le mâle. La différence dans le taux de croissance entre abdomen mâle et abdomen femelle
prend alors toute sa signification. On peut mettre en liaison le fort accroissement de l’abdomen femelle
avec la fonction qu’il assure : la protection de la ponte. La croissance de l’abdomen femelle est con¬
juguée avec celle du sternum. Il est facile d’imaginer qu’une croissance disproportionnée pourrait
affecter l’efficacité du processus. Cependant, nous l’avons mentionné, l’abdomen grandit considéra¬
blement chez certains Pinnoteridae (par exemple chez Pinnixa White : pl. 24, fig. 7, 8), jusqu’à recou¬
vrir toute la face ventrale, y compris les yeux (par exemple, dans le genre Fabia Dana).
Plusieurs travaux ont été consacrés à la croissance relative de Pinnoteres pisum (Williams
et Needham, 1938) et, plus précisément, à la transformation de l’abdomen chez la femelle (Needham,
1950). On connaît maintenant les centres de croissance pendant les périodes de croissance accélérée :
ce centre se situe d’abord dans le sixième segment, puis dans le telson, c’est-à-dire distalement. A un
certain moment se produit une limitation de la croissance car un accroissement du telson pourrait
gêner le mouvement des pattes-mâchoires. Ainsi, chez certains Pinnoteridae {Pinnoteres pisum), la
croissance de l’abdomen se réduit, tandis que chez d’autres elle continue et il n’y a pas de régression
{Fabia).
Chez Carcinus maenas, Day (1935 ; 1936) a montré que le centre de croissance se trouvait dans
le troisième segment abdominal chez les Crabes non sexués ; à la maturité, dans le sixième segment.
Au cours de la croissance de l’abdomen, les différences sexuelles apparaîtraient d’abord dans le sixième
segment et ne se manifesteraient pas dans les segments proximaux avant la maturité sexuelle. La
croissance du centre distal augmente beaucoup à partir du moment où les différences touchant les
appendices sexuels commencent à se faire jour ; à la maturité sexuelle, la croissance du segment six est
supérieure à celle de l’ensemble de l’abdomen : on peut mettre en corrélation le gradient de croissance
de ce segment abdominal et les phases du développement sexuel.
Le dimorphisme sexuel de l’abdomen traduit la différence de fonction des pléopodes sexuels
chez le mâle et la femelle. Les pléopodes mâles ne grandissent que dans certaines limites ; corrélati¬
vement, la cavité sterno-abdominale qui les loge, ainsi que l’abdomen mâle qui les recouvre, montrent
un taux de croissance beaucoup moins élevé que chez la femelle. Le parallélisme de croissance qui
existe entre mâle et femelle disparaît, tout au moins pour des caractères particuliers, à une certaine
étape de la vie de l’individu. La croissance allométrique de l’abdomen femelle, jusqu'à la formation
d’une cavité incubatrice, est l’expression d'une adaptation. On peut la comparer à la croissance des
chélipèdes chez le mâle, qui, sur le plan adaptatif, est du même ordre. Le dimorphisme sexuel des pinces
entre mâles et femelles est une réponse adaptative à l’usage très important qu’en fait le mâle : notam¬
ment, combat, rites gestuels, maintien de la femelle pendant la copulation. A considérer la croissance
privilégiée d’un organe, l’énorme pince des Uca mâles (hétérochélie extrêmement accusée), qui sert
aux contacts intraspécifiques et interspécifiques, est comparable à la vaste cavité incubatrice dont
lt
Source ; MNHN , Paris
162
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACaiYOURES
sont nantis certains Crabes femelles (et, parmi eux, justement les Uca, chez lesquels, toutefois, la tota¬
lité de la ponte est loin d’être abritée).
Le mode de croissance de certains organes pourra donc être utilisé au même titre qu’un carac¬
tère morphologique et la relation d’allométrie au cours des étapes de la croissance fournira un indice
du stade évolutif.
On sait que la notion d’allométrie est très utile pour la comparaison des formes locales, des races. Les
diflérences dans la croissance des formes locales, à l’intérieur d’une même espèce (dimorphisme de taille), sont
le plus souvent l’expression de différences génétiques mais peuvent parfois être dues aux conditions d’envi¬
ronnement qui existent dans divers points de l’aire de distribution. Il arrive donc que les adultes d’une même
taille aient des proportions très différentes ; l’existence d’un polymorphisme naturel nécessite une analyse
quantitative, biométrique, très fine (Bocquet, 1953). Drach (1934) a bien montré chez Carcinus maernu que,
lorsque les femelles approchent de leur maturité génitale, deux tailles d’abdomen sont possibles, selon que la
mue de puberté a eu lieu ou non. Pour un groupe de femelles de mêmes dimensions céphalothoraciques, < la
construction d’une courbe de fréquence relative à la largeur des somites abdominaux montre deux sommets
bien caractérisés » (loc. cit., p. 1939). L’existence de cette bimodalité caractérise ce que Teissier et Drach
ont appelé < discontinuité » de croissance. L'étude des relations d’allométrie permet de définir avec plus de
précision les caractères distinctifs entre des formes étroitement apparentées.
Par exemple, aucun Corystoidea ne possède de cavité incubatrice ; bien au contraire, le dimorphisme
sexuel est souvent peu marqué.
Chez les Oxystomata, les familles les plus primitives, telles que les Calappidae, ont un abdomen peu
élargi chez la femelle pubère. Les Dorippidae offrent une semi-cavité incubatrice {cf. pl. 25, fig. 8, 9). En revan¬
che, dans la famille des Leucosiidae, évoluée à maints égards, est présente une cavité incubatrice, peu déve¬
loppée encore dans certains genres primitifs (Pariphicultis : pl. 15, fig. 8, 9) et parvenue à un maximum de déve¬
loppement dans d’autres genres {Leucosia : pl. 25, fig. 10, 11).
De nombreux genres de Majidae ont une cavité incubatrice, par exemple ; Maja, Macropodia, PleUta-
caruha.
Les Parthenopidae n’ont généralement pas un abdomen développé de façon très importante chez les
femelles, et la ponte déborde largement. Chez une Cryptopodia fornicaUi (Fabricius) de 38 X 60,5 mm (pl. 1,
fig. 4), le bouton-pression est encore présent dans ses deux parties mais non efficace ; en plus, deux encoches
intersegmentaires entre les segments abdominaux 6-5 et 5-4 correspondent à deux nodosités sternales, qui enca¬
drent nettement le pléon.
Chez les Parthenoxystomata, l’abdomen femelle remonte assez en avant et il est bien encastré, la sur¬
face lisse de la cavité sterno-abdominale contrastant avec les bords plus ou moins corrodés du sternum. Chez
Aethra scruposa (Linné), Osachila imperialis Sakai et O. japonica Sakai, le bord du sixième segment abdominal
de la femelle offre à mi-hauteur une concavité accentuée à laquelle correspond une saillie sternale. Chez Hepa-
lus, des proéminences sternales viennent en correspondance avec des encoches intersegmentaires entre les
segments abdominaux 6-5 et 5-4. Les femelles des Parthenoxystomata montrent donc des formes correspon-
dantes'mais, au-delà d'une certaine taille lorsque les pléopodes s’épaississent, il ne peut plus y avoir coaptation ;
chez les femelles ovigères, la ponte déborde de part et d’autre.
Chez les Portunidae, l’abdomen des femelles s'accroît parfois beaucoup sous forme d’une lame large,
peu concave, et la ponte n’est que moyennement protégée.
Aucun genre de Xanthidaene possède une cavité incubatrice comparable à celle des Majidae ou des Leuco¬
siidae. L’abdomen femelle demeure assez étroit chez les formes primitives (Carpüius, Actumnus), s’élargit
chez d’autres, plus avancées. Ainsi, nous avons remarqué chez un certain nombre de Xanthidae la tendance
à la formation d’une cavité, petite mais bien close. Dans le genre Glyptoxanlhus A. Milne Edwards, une assez
vaste partie du plastron sternal s’excave, perd son ornementation, se délimite par un bord net : une véritable
cavité est formée et, dessus, vient s’encastrer l’abdomen élargi. Chez la femelle pubère, les pléopodes lamelleux
et sétifères sont complètement enfermés. Le stade de véritable cavité incubatrice, avec toute la ponte protégée,
n’est pas atteint (pl. 24, fig. 4, 5) mais la tendance se manifeste très nettement.
De nombreuses familles de Crabes développent chez la femelle mature un très large abdomen : ce sont
notamment les Pinnoteridae (parfois à un stade extrêmement prononcé), les Ocypodidae, les Grapsidae, les
Gecarcinidae, les Palicidae.
Les Hymenosomatidae femelles (pl. 24, fig. 10) possèdent une cavité incubatrice parfaitement formée :
la surface sternale se décalcifie, jusqu’à n’être qu'une membrane, et se creuse profondément ; l’abdomen s’élar¬
git au maximum. La ponte est complètement protégée.
Source ; A1MHM, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINAUE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
163
La présence d’une cavité incubatrice est un caractère apomorphe dont on ne peut sous-estimer
l’intérêt pour la taxonomie brachyourienne. En suivant la classification de Balss (1957), on constate
immédiatement que la cavité incubatrice caractérise les groupes de Crabes évolués.
VII. TENDANCE DE LA PREMIÈRE PAIRE DE PLÉOPODES SEXUELS
À SORTIR DE LA CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ;
RAINURES ET . TRANCHÉES . STERNALES
Chez les Brachyoures, la cavité creusée dans le sternum thoracique et qui reçoit l’abdomen,
abrite les pléopodes. Font exception à cette règle certaines formes que l’on incline actuellement à
séparer des vrais Crabes, c’est-à-dire les Raninoidea (Gymnopleura). En effet, presque tous les Rani-
nidae ont un abdomen dans le prolongement du corps dont, seuls, sont reployés les segments tout
à fait postérieurs. Les deux premiers tergites abdominaux, souvent élargis et bien calcifiés, ainsi que
plusieurs des suivants sont visibles dans une position dorsale de l’animal : il n’y a pas de véritable
cavité sterno-abdominale ; les longs pléopodes sexuels de la première paire et même ceux de la deuxième
paire sont en grande partie à découvert. Évidemment, chez ces Raninidae un appareil d’accrochage
de l’abdomen ne peut exister puisqu’il n’y a pas application du pléon contre la paroi sternale. C’est,
parmi les genres que nous connaissons, le cas de Ranina Lamarck, Raninoidea H. Milne Edwards,
Ranilia H. Milne Edwards, Cyrlorhina Monod, Nolosceles Bourne. Un reploiement un peu plus avancé
s’ébauche chez Cosmonotus Adams et White. 11 faudrait voir la disposition chez Notopoides Henderson
et Symetkis Weber.
Un genre de Raninidae, au moins, Lyreidus de Haan, se distingue : en effet, ne sont dorsaux
que les deux premiers segments abdominaux, tout le reste de l’abdomen se rabattant contre le mince
sternum. Un appareil d’accrochage (pl. 22, fig. 6, 7) est présent et les pléopodes sont complètement
protégés sur toute leur longueur.
Chez les Brachyoures vrais, sauf aux stades les plus primitifs, se forme une véritable cavité
abdominale, dans laquelle se logent les pléopodes sexuels. Or, chez certains Crabes évolués, spéciali¬
sés, une tendance se manifeste dans le sexe mâle : la sortie des pli hors de la cavité et, dans certains
cas, l’apparition de tranchées sternales particulières pour les contenir, qui représentent comme un
complément à la cavité sterno-abdominale longitudinale médiane. C’est ce que nous nous proposons
d’étudier maintenant.
Dans les premiers niveaux évolutifs des Brachyoures vrais, la paroi sternale thoracique est peu
excavée et aucun bord ne se délimite à sa surface : il n’y a pas une véritable différenciation destinée
à accueillir l’abdomen. Une simple déclivité, pas de pourtour marqué : c’est le cas par exemple des
genres Corystes (pl. 9, fig. 1), Pseudocorystes (fig. 20B). Quand la cavité commence à se former, comme
chez Nautilocorystes (fig. 20C), Peltarion (fig. 20D), Bellia, celle-ci n’est pas totalement close : la cavité
qui reçoit les segments abdominaux n’occupe que la partie postérieure du plastron, et son extrémité
antérieure ne se trouve pas recouverte par l’abdomen car ce dernier se présente comme une lame très
courte. Le système bouton-pression étant absent ou non fonctionnel, l’abdomen reste replié contre
le thorax sans qu’il y ait fixation. Les premiers pléopodes sexuels mâles des Crabes ainsi conformés
sont généralement courts, épais, parfois à apex sclérifié, garnis d’une faible ornementation, en résumé
peu vulnérables. A notre connaissance, peu de genres de Crabes offrent une telle disposition.
Chez la plupart des Crabes, la cavité sterno-abdominale est bien développée, souvent profonde,
délimitée par un rebord accusé et close de toutes parts. La surface lisse de la partie excavée contraste
avec la surface ornementée (granuleuse, corrodée, spinuleuse, etc.) de la partie plus ou moins plane du
plastron. Un appareil d’accrochage maintient l’abdomen du mâle et de la femelle impubère contre
le plastron et les pléopodes sont complètement enfermés à l’intérieur de la cavité.
En règle générale, on observe une correspondance rigoureuse entre la cavité sternale et l’abdo¬
men. La cavité a les dimensions, la forme, la capacité, de l’abdomen ; sa croissance au cours des mues
suit celle de l’abdomen (pour la formation de la cavité incubatrice, voir p. 159-163).
Source : MNHtJ, Paris
164
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Souvent, la cavité se coapte, par sa tranche, avec les bords de l’abdomen : l’emboîtement des bords
sinueux de l’abdom^n avec des ornements correspondants sur la lisière de la cavité est plus ou moins prononcé.
L’ensemble donne l’impression d’un modelage réciproque. Le bord de la cavité n’est marqué, souvent, que
par l’interruption de l’ornementation qui orne le reste du plastron ; mais, parfois, il est délimité par une ligne
granuleuse, par une rangée de crêtes {Chlorinoides barunai : pl. 16, fig. 7), par une frange sétifère, etc. Le sommet
de la cavité sternale est souvent entouré par une crête arquée : c’est le cas de nombreux Majidae (cf. pl. 16),
de Grapsidae {cf. pl. ?0) et d’Ocypodidae {cf. pl. 18). Un certain nombre de dispositifs concourent ainsi à cir¬
conscrire la cavité sternale.
Chez certaines espèces sont remarquables la correspondance entre cavité et abdomen, ainsi que l’arran¬
gement des pléopodes dans l’espace qui leur est réservé. Par exemple, chez Callinectes (pl. 13, fig. 8), sur
un large plastron, les derniers segments extrêmement étroits de l’abdomen s’insèrent dans une mince rainure ;
les pléopodes sexuels sont serrés l’un contre l’autre, s’incurvent ou restent rectilignes sur toute leur étendue
et tiennent place dans l’étroite gouttière. En revanche, chez certains Majidae, les segments terminaux de l’abdo¬
men sont considérablement élargis et trouvent un logement de taille similaire, agrandi avec la même ampli¬
tude ; parallèlement, les pli s’incurvent vers l’extérieur et divergent fortement à leur extrémité, tout en demeu¬
rant à l’intérieur de la cavité. Il existe une telle concordance, un tel ajustement, que l’ensemble plastron -|-
abdomen forme une Surface régulière continuant la courbure du corps. Nous avons vu quel degré de coapta¬
tion pouvaient atteindre les Leucosiidae, aussi bien chez le mâle que chez la femelle pubère.
La disposition rencontrée chez la majorité des Brachyoures laisse à penser que les pléopodes
sexuels trouvent un abri dans la cavité sterno-abdominale bien close.
Il existe quelques cas où les pléopodes mâles 1 sont logés dans une cavité sterno-abdominale
profonde, recouverte par un abdomen « boutonné b par un système bouton-pression et où, pourtant,
ces appendices offrent une partie découverte. Ainsi, Paracleistostoma crisUUum de Man (pl. 26, fig. 4,
5) possède un cinquième segment abdominal fortement concave sur ses bords : on aperçoit donc une
bonne portion des appendices sexuels. Chez Scopimera proxima Kemp (pl. 26, fig. 6), il y a un tel rétré¬
cissement au niveau du quatrième segment abdominal qu’une large partie des pléopodes 1 est visible
de part et d’autre.
Il arrive, en outre, que la cavité, pourtant bien conformée, ne soit pas interrompue par un bord
antérieur, ne se trouve pas fermée en avant et se prolonge au-delà du telson par une dépression. C’est
le cas par exemple chez certains Xanthidae {sensu Balss), où la cavité se poursuit en avant du telson
par une zone excavée, de contour plutôt triangulaire, très nette : genres Glypioxanthus (fig. 23B),
Euxanthus (fig. 23A), etc. Une disposition un peu similaire caractérise les Parthenoxystomata {cf.
Guinot, 1966-1967 ; 1976). Il y a, en avant du telson, une gouttière axiale lisse, creusée à la surface
du sternite 4 : assez courte et losangique chez Aethra sculala Smith, profonde, lancéolée et sillonnée
longitudinalement chez Osachila slimpsoni Studer, peu excavée mais allongée chez Osackila tuberosa
Stimpson, se prolongeant presque jusqu’à la pointe sternale chez Hepatus. La cavité ne se termine
pas là où se rabat le telson. Deux types d’explication pourraient être donnés : a) l’abdomen s’est rac¬
courci par rapport à un réceptacle initial ; b) cette disposition exprimerait, au contraire, une « préfi¬
guration n de l’allongement de l’abdomen.
Chez de nombreux Leucosiidae, la cavité sterno-abdominale n’est pas délimitée par un rebord
et se prolonge, jusqu’à la pointe antérieure du plastron et jusqu’entre les mxp3 chez les femelles. Chez
Fio. 35 A-E. —■ Trichünae ; cavité abdominale (abdomen enlevé) chez le mâle, sutures sternales et premier pléopode
sexuel in situ, dont l'apex, logé dans une rainure, déborde du telson. (La pilosité n’a pas été représentée).
A, Trichia sakaii (Balss), 29 x 32 mm, Nhatrang Bay, Serène det. (MP) ( x 4,5). (Soies terminales du pli non figurées).
B, Trichia horiii (Miyâke), ,J 31 X 41,5 mm. Western Australie, Hamburg S.W. Australia Exp., Balss det. Zalasiiu
dromiaeformis de Haan (ZMH) (x 2,8).
C, Banareia auatrali* (Ward), paratype, d 25 X 35 mm, Queensland, Lindeman Island (BM 1940.2.23.2) (x 3,2).
D, Tridiia imajimai (Takeda et Miyaké), d 24,3 X 27,3 mm, Japon, Sagami Bay, Sakai det. (col!. T. Sakai) (x 3,6) :
le pli est cassé à son extrémité.
E, Calvactoea turnido (Ward), paratype, d It X 13,6 mm, New South Wales, PortJackson (AM-P10632) (x 8).
Pour let abriviatiorui voir p. 297-298.
Source ; MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALIî ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
le mâle, comme l’abdomen s'insère entre les flancs surélevés du plastron, la cavité demeure bien fer¬
mée ; il arrive même que les pléopodes 1 soient logés dans une rainure supplémentaire creusée, de
part et d’autre, au fond de la cavité sternale (par exemple, Lilhadia cariosa : pl. 15, fig. 6).
Dans le genre Daira (flg. 21C}, on observe sur la paroi sternale, au-dessus du telson, comme
une empreinte ogivale, dans la continuité de l’abdomen : c’est comme si la cavité se prolongeait, sans
s’excaver, au-delà de l’abdomen.
Chez Dairoides (fig. 27A, A'), la cavité s’élargit en avant et un large espace lisse, seulement
sillonné transversalement, se trouve entre le telson et la zone ornementée, en forme de triangle, qui
remonte entre les chélipèdes.
Dans ces quelques cas concernant des familles différentes, la cavité sterno-abdominale n’est
donc pas délimitée par un bord antérieur ; cependant, les pléopodes sexuels ne semblent pas souffrir
d’une protection moindre.
Toutefois, il existe dans des groupes variés une tendance très surprenante des pléopodes de la
première paire : la tendance à déborder de la cavité sterno-abdominale, à en sortir, à quitter ce qui
semblait être leur abri indispensable.
La « sortie » hors de la cavité sterno-abdominale de l’apex des pli s’observe chez les Trichiinae,
Crabes xanthoïdes pour la plupart commensaux des Alcyonaires [cf. Guinot, 1976). La cavité est
normalement développée, bien délimitée sur les côtés ; un bouton-pression très efficace fixe le sixième
segment abdominal au sternite 5. Mais, de part et d’autre du telson, chaque pléopode laisse émerger
sa région apicale : parfois seulement les soies terminales [Banareiaserenei : fig. 26B ; B.australis : fig. 26D,
35C ; Trichia imajimai, fig. 34D, 35D), parfois une bonne partie de l’apex {Trichia sakaii : fig. 34B,
35A) ; ailleurs, ne dépasse que l’extrémité tout à fait distale [Trichia koriii : fig. 34A, 35B ; Calvactaea
lumida : fig. 34E, 35E ; Banareia palmeri : fig. 26E}.
Une rainure, parfois très prononcée, creusée obliquement dans la paroi sternale, reçoit l’apex
plus ou moins effilé de l’appendice sexuel (fig. 34A-E, 35A-E) ; c’est là une première protection. Par
ailleurs, tous ces Crabes portent une épaisse toison de soies plumeuses qui recouvre tout le corps et, en
particulier, la partie laissée à nu des pléopodes. Fait amusant, les carcinologistes n’ont pas remarqué
cette particularité des Trichia (= Zalasius) et des Banareia car, en débarrassant les spécimens de leur
pilosité pour les observer, ils ont coupé l’extrémité laissée à nu des pléopodes ; ayant ainsi tronqué
le pli, ces mêmes auteurs en ont donné des figures inexactes, avec apex tronqué, glabre, ne correspon¬
dant nullement à la réalité (par exemple, Takeda et Miyaké, 19686, fig. 2, pour Calvactaea tumida \
19696, fig. 2, a, fa, pour Trichia imajimai).
Cette tendance du premier pléopode à sortir de la cavité abdominale apparaît comme une ano¬
malie : c’est en effet la partie amincie, ornementée, donc particulièrement vulnérable, l’apex du pléo¬
pode copulateur devant pénétrer dans la vulve de la femelle ou tout au moins déposer le sperme à son
entrée, qui va se trouver moins bien protégée. D’ordinaire, quand le pléopode 1 est très long, pour
ainsi dire trop développé proportionnellement à la taille de la cavité, il s’infléchit, se replie même com¬
plètement (cas des Camptandriinae où le pli peut être recourbé à angle droit : cf. pl. 26, fig. 4, 5) ;
le pl2, parfois extrêmement allongé (Menippinae sensu Balss), forme des boucles mais demeure dans
la gouttière sternale.
Le système d’accrochage de l’abdomen, dont on peut raisonnablement penser qu’il sert, pour
une part, à protéger les pléopodes, devient, en quelque sorte, inutile.
Dans l’éventualité d’une cavité sternale encore indifférenciée, d’un abdomen « trop court », il
arrive que les pléopodes n’aient pas leur place et restent à découvert ; c’est le cas (probable) de Nau-
lilocorysles (fig. 20C) où, du reste, l’appareil d’accrochage n’est pas fonctionnel.
Mais la tendance qu’ont les pléopodes à sortir de leur logement existe aussi chez des Crabes
évolués.
Nous citerons en passant l’exemple d’une Sesarma s.l., Sesarma sedilense Tweedie, que Serène
et Son (1970, p. 399) viennent de rattacher à un nouveau genre, Bresidium : l’apex du pli, doté d’un
processus courbe, de nature sclérifiée, se glisse à l’extérieur par une concavité du telson et devient visible
dans sa position naturelle.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D'ACCROCHAGE
167
Les Brachyoures chez lesquels les pléopodes 1 manifestent le plus la tendance à sortir de la cavité
sterno-abdominale a normale » sont les Hexapodinae {sensu Balss), que nous avons élevés au rang
de famille dans le chapitre traitant du sternum thoracique. Ces Crabes, dépourvus de p5 (fig. 32) et à
l’éthologie spéciale (commensalisme], ont une cavité sterno-abdominale profondément excavée et
bien délimitée sur les côtés, un système bouton-pression tout à fait fonctionnel. Or, nous l’avons observé
chez un Hexapus sexpes (Fabricius) s.l., chez le mâle la cavité se prolonge dans ses angles antérieurs
par deux tranchées obliques, à l’intérieur desquelles se loge l’extrémité des pléopodes 1. Lorsque l’abdo¬
men est fixé au plastron, les soies abondantes qui garnissent le telson et les régions avoisinantes cou¬
vrent les tranchées sternales et les pléopodes {fig. 33A) ; mais, lorsque l’on soulève l’abdomen et brosse
la pilosité, les pléopodes apparaissent à découvert dans les deux rigoles (fig. 33B).
Chez la femelle, l’abdomen élargi laisse dépasser, en avant du telson, la pilosité de l’extrémité des pléo¬
podes sexuels resserrés (11g. 33C) : quand on soulève l’abdomen et supprime la pilosité environnante, on voit
une gouttière qui prolonge en avant la cavité sterno-abdominale (fig. 33D, E ; pl. 4, fig. 6) ; il n’y a pas de
tranchées latérales.
Il ressort nettement de tout cela qu’il existe une accommodation aux dimensions des pléopodes
sexuels mâles et à leur tendance à diverger, à sortir de la cavité médiane. II y a mise en place d’un
abri, mais il n’est pas recouvert par l’abdomen ; à défaut, la dense pilosité peut servir de protection.
Cette disposition existe chez la plupart des Hexapodidae, à un degré plus ou moins élevé. Gordon
(1971, fig. 3) ne figure que de courts « sillons » sternaux chez Hexapus slebbingi, tandis que Rathbün
(1910, fig. 36a) montre chez Lambdophailus anfractus de vastes tranchées latérales dans lesquelles repose
la partie distale des pléopodes 1 (fig. 33F).
Une révision des Hexapodidae, qui sont mal connus, permettrait de mieux saisir les aspecst
de ce processus évolutif.
Chez les Retroplumidae, nous avons observé, sur une femelle de Retropluma sp. (fig. 30C-E), une rai¬
nure creusée dans le plastron sternal en avant du telson et dans laquelle s’engage l’extrémité des pléopodes.
Mais il ne semble pas qu’une telle disposition existe chez les mâles de Retropluma nolopus (Àlcock) {lÜustr.
* Invest. », pl. 15, fig. 2b) (cf. fig. 30F), de R. plunwsa Tesch (19l8fl, pl. 2, fig. la), ni chez celui de R. plani-
forma Kensley (1969, fig. 3b).
On aboutit à la constatation suivante : lorsque les pléopodes sexuels 1 ont tendance à sortir
de la cavité sterno-abdominale, la paroi sternale se creuse pour recevoir la partie découverte de l’appen¬
dice copulateur : ce sont les rainures spéciales que nous avons découvertes chez les Trichiinae, les tran¬
chées obliques ou transverses des Hexapodidae. Donc, d’autres parties du sternum thoracique peuvent
jouer le même rôle que la cavité abdominale pour abriter les pléopodes sexuels. Par ailleurs, une abon¬
dante pilosité se développe et recouvre les extrémités exposées des organes copulateurs.
Un autre Brachyoure, à plastron très élargi et à orifice mâle sternal, donc à un stade évolutif
avancé, le genre Xenophthalmodes Richters, possède une profonde gouttière qui prolonge, en avant
du telson, la cavité sterno-abdominale. Ce genre est généralement rattaché aux Rhizopinae [cf. Balss,
1957, p. 1658) ; nous avons récemment montré (Guinot, 1969a, notamment p. 698-699), que cette sous-
famille était hétérogène et artificielle : ses représentants doivent être distribués dans des groupes diffé¬
rents.
Dans la description de l’espèce type du genre Xenophthalmodes, X. moebii Richters (1880, p. 155,
pl. 16, fig. 29, pl. 17, fig. 1-5), un mâle originaire de l’île Maurice (Black River), il n’est nulle part fait
allusion à une caractéristique du sternum et des pléopodes, pourtant fort apparente. La description,
en fait incomplète, de moebii a trompé tous les auteurs sur les caractères diagnostiques du genre Xenoph¬
thalmodes (dans sa diagnose de X. moebii, Tesch, 19186, p. 215, écrit : « First abdominal appendages
of (J concealed beneath abdomen ») : elle a entraîné de multiples confusions lors de l’identification
d’autres spécimens à meobii et lors de l’établissement d’autres espèces dans le genre.
Le spécimen type mâle de Xenophthalmodes moebii (pl. 26, fig. 1-3), qui nous a été aimablement prêté
par le Musée zoologique de Kiel, montre une cavité sterno-abdominale se prolongeant sur une grande partie
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fio. 36. — Xenophlkalmodes moebii Richtera (ou afï. moebii], (J 5 X 8 mm, Madagascar, à 20 km de l'embouchure du
fleuve Fiheranana, près d'une prise d’eau douce, M. Maucé coII., Th. Monod leg. (MP) ; partie antérieure du plas¬
tron sternal pour montrer les pléopodes sexuels 1 rectilignes, sortis de la cavité sterno-abdominale < normale »
et logés dans une rainure où ils sont à nu (x 12).
Pour let abréviations, voir p. 297-298.
du sternite 4. Le telson parvient au niveau des chélipèdes et, en avant, les deux pll sont à découvert sur une
grande étendue de leur extrémité distale (cf. fig. 36, 37D-E ; pl. 26, fig. 2). Aucune pilosité (à moins qu’elle n’ait
été brossée) n’entoure, ne protège les pléopodes, qui sont à nu : ceux-ci sont munis de soies courtes sur leurs
bords. Chez ce spécimen, le système d’accrochage de l’abdomen existe mais la coïncidence ne peut se réaliser
en raison d’une anomalie, à notre avis, probablement accidentelle : les crochets sternaux sont un peu trop en
avant et un peu trop écartés pour que les fossettes abdominales viennent les coiffer.
La référence à Xenophlkalmodes moebii d’AncocK (1900, p. 325) est douteuse ; celle de de Man (1890,
p. 68, pl. 3, fig. 5) concerne une autre espèce ; etc. Une révision s’avère indispensable, d’autant plus que de
nombreux Crabes possèdent une carapace élargie, des orbites rudimentaires, des yeux à cornée réduite, et
appartiennent à des genres bien distincts. Certains, au moins, de ces genres sont sans doute des Catométopes
à pléopodes 1 pilumniens [cf. Guinot, 1969o).
Tesch (19186, p. 216, pl. 14, fig. l) a décrit un nouveau Xenophlkalmodes, bien nommé X. dolichopkal-
lus, découvert à Java, Florès et aux Célèbes, qu’il distingue par * First abdominal appendages of adult (J pro-
jecting a long way beyond terminal segment of abdomen ». Nous avons examiné tous les spécimens types de
cette espèce, déposés au Musée d’Amsterdam : en effet, ils offrent tous la même singularité que moebii. Le carac¬
tère différentiel invoqué par Tesch n’a plus sa raison d’être. Chez tous les exemplaires de dolichophallus, le
système d’accrochage est bien conformé et fonctionnel. Les pléopodes mâles (fig. 37A-C), qui portent de nom¬
breuses soies sur leurs deux bords et sont terminés par un apex effilé, légèrement sclérifié, ne sont pas protégés
par une pilosité quelconque. Chez la femelle de X. dolichophallus, il y a seulement une dépression sternale en
avant du telson, peu délimitée et peu profonde, où est visible l’extrémité des pléopodes. Une étude systématique
portant sur un important matériel permettra de décider si dolichophallus est vraiment différent de moebii :
les mains des chélipèdes nous paraissent différentes.
A notre avis, la diagnose générique de Xenopkthalmodes doit comporter le caractère : pléopodes 1
dépassant de la cavité sterno-abdominale normale et visibles sur toute leur partie distale.
Source : MNHN, Paris
CAVITÉ STERNO-ABDOMINALE ET APPAREIL D’ACCROCHAGE
169
Fig. 37. — Pléopodea sexuels mâles.
Fig. A-C. — Xenophthalmodes doUchophallus Tesch, syntype, 7 X 8,4 mm, east coast of Java, Djangkar, 9 m, Siboga
Exp., 8t. 4 (ZMA). A. pli (X 34) ; B, C, id., apex (x 92).
Fio. D-E. — Xenopkthalmodfs /noebii Richters (ou aÔ. Ttioebii), ^6x8 mm, Madagascar, à 20 km de l'embouchure du
fleuve Fiheranana, près d’une prise d'eau douce, M, Maugé coll. (MP) : pli, apex (x 92).
Fio. F- — Hexapus sexpes (Fabricius) s.i., J 5,5 x 8,4 mm, Kei Islande, Tuai, Siboga Exp., "Tssch det., st. 258, 22 m
(ZMA) : pli, apex (x 130).
Source : MNHN, Paris
170
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
De ce fait, le X. brachyphalliu Barnard, 1955 {p. 34, fig. 15a-d), d'Inhambane, qui ne possède pas cette
particularité, doit être rattaché à un autre genre (entre autres caractères qui le séparent de moebii, citons le
premier segment abdominal nettement plus élargi). Dans sa diagnose d’un Xenopkthalmodes japonais, X. morsei,
Rathbun (1932, p. 35) écrit : « appendages of first segment almost straight, reaching nearly to inner margin
of maxilliped n : on ne sait pas si les pli se trouvent à découvert, et Sakai (1939, p. 572, pl. 64, fig. 6) ne donne
pas de précisions supplémentaires. S’agit-il ou non d’un Xenopkthalmodes ? Seule une figure du plastron ster¬
nal nous l’apprendra.
Plusieurs Xenopkthalmodes, recueillis par M. Maugé à Madagascar à 20 km de l’embouchure du fleuve
Fiheranana et, fait encore plus curieux, au niveau d’une prise d’eau douce, et qui nous ont été confiés par le
Prof. Th. Monod, sont très proches de X. moebii. Les divers caractères, notamment ceux du plastron sternal
(fig. 36) et des pléopodes 1 (fig. 37D), sont ceux de l’espèce de Richters. Le biotope dulçaquicole de ces spéci¬
mens ne nous étonne guère puisque le type de X. moebii a été recueilli dans une rivière, Black River, tout au
moins dans un estuaire.
Les Crabes du genre Xenopkthalmodes manifestent la tendance indiquée plus haut ; les pléo¬
podes allongés sortent de la cavité sterno-abdominale qui se continue au-delà du telson par une gout¬
tière. Cette gouttière, dans l’axe de la cavité normale, contient les appendices qui demeurent recti¬
lignes (seule la base est incurvée) et ne sont pas protégés par une pilosité plus dense que d’ordinaire.
Il serait intéressant de voir la disposition chez des juvéniles, dont les pléopodes sexuels sont néces¬
sairement plus courts.
VIII, RÉSUMÉ DES DONNÉES NOUVELLES
Reploiement de l’abdomen contre la paroi sternale, creusement d’une cavité, avec laquelle le
pléon est étroitement ajusté, développement d’un dispositif d’accrochage : autant de novations évo¬
lutives qui se mettent en place chez les Brachyoures. Le reploiement de l’abdomen, déjà ébauché chez
d’autres Décapodes, apparaît lié au raccourcissement de cette partie du corps ; l'abdomen ne sert
plus à la nage et il ne doit pas gêner la locomotion.
Nous avons décrit une dizaine de systèmes d’accrochages chez les Crabes à orifices femelles
sternaux. Le plus répandu est le type bouton-pression.
Comme nous l’avons expliqué en détail, le dispositif d’accrochage se réduit ou disparaît chez
la femelle postpubérale. Nous avons montré que, chez le mâle, un tel processus se produisait chez
certaines formes amphibies ou terrestres (et peut-être aussi chez les Dynoraenidae) : l’appareil de réten¬
tion disparaît après une mue particulière du mâle.
Un certain nombre de Crabes amphibies ou terrestres ne possèdent, du reste, aucun dispositif
visible d’accrochage. Notre étude permet de conclure que dans une même famille, dans une même sous-
familles, voire dans un même genre {Sesarma s.l., Cyclograpsus), le dispositif est facultatif selon les
espèces. Il faudrait en chercher l’explication.
Alors qu’il existe chez tous les Crabes marins (sauf chez ceux à cavité sterno-abdominale absente),
le dispositif tend à disparaître chez les Crabes qui ont envahi le domaine terrestre : soit il n’existe pas
du tout chez le mâle ; soit il devient vestigial après une mue, tout comme cela se passe chez la femelle
après la mue de puberté. Les Ocypode, les üca (sauf quelques exceptions), les Mictyridae, donc des
Crabes très évolués, ne possèdent pas de dispositif d’accrochage mécanique. Et pourtant, leur abdo¬
men reste plaqué contre la face sternale et épouse les bords de la cavité, aussi bien que s’il y avait
accrochage. Sans doute, des facteurs qui ne semblent pas dépendre uniquement de la morphologie
des parties dures sont ici en jeu : on pourrait invoquer la pression intracavitaire négative (par rapport
à la pression atmosphérique), la tension de surface, une activité musculaire, etc.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
171
Chapitre V
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
I. DÉFINITION DE DEUX CATÉGORIES DE BHACHYOURES ;
PÉDITRÈMES ET STERNITRÈMES
La position des orifices génitaux femelles permet de diviser les Brachyoures sensu lato en deux
catégories. Chez les péditrèmes, les oviductes s’ouvrent sur la coxa du sixième appendice thoracique
(troisième péréiopode) ; la paire de spermathèques (ou la spermathèque impaire) en est complète¬
ment séparée. De ce fait, l’ouverture de la spermathèque et, encore moins, l’orifice de l’oviducte ne
peuvent être désignés comme vulves. Chez les sternilrèmes, les conduits femelles débouchent sur le
sternite correspondant, c’est-à-dire sur le sternite 6 (dont dépend p3), où ils constituent les vulves ;
la spermathèque est un diverticule latéral de l’oviducte {cf. fîg. 38). On ne connaît que ces deux types
Fig. 38. — Section transversale diagrammatique, au niveau du troisième péréiopode, de la région thoracique montrant,
sur le même schéma, les deux types de disposition des organes génitaux femelles rencontrés chez les Brachyoures.
D'après Hartnoll, 1968a, fig. 1.
A gauche est représenté un Brachyoure avec orifices coxaux (péditrème). A droite est représenté un Brachyoure avec
orifices sternaux ou vulves (stemitrème).
ex, coxa ; od, oviducle ; o.od., orifice génital de la jerneUe ; o.sp., orifice de la spermathèque ; ov, ovaire ; p3,
troisième péréiopode ; sp, spermathèque ; et, sternum ; v, vulve ; vg, vagin.
de structure chez les Brachyoures, s.l., sans état intermédiaire comme le seraient, par exemple, des
vulves sternales accompagnées de spermathèques indépendantes. Un hiatus net sépare donc les Crabes
en deux groupes, que l’on peut ainsi définir grâce aux structures génitales femelles.
C’est Bouvier qui, en 1897, a le premier utilisé ces deux appellations pour distinguer parmi les Dorip-
pidae deux groupes naturels. Chez les Dorippidae péditrèmes (Cyclodorippinae), « les orifices sexuels femelles
occupent encore, comme chez les Dromiidae, la base des pattes de la troisième paire ». Chez les Dorippidae
sternitrèmes (Dorippinae), « les orifices femelles sont situés sur la face sternale comme dans les vrais Crabes »
(Bouvier, foc. cit., p. 55).
Source ; MNHN, Paris
172
MORPHOI.OGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Gordon (1963 ; 1966), qui soustrait des Dorippidae les Cyclodorippinae, en rétablissant pour ces der¬
niers le nom de Tymolinae, créé par Alcock, mais en les élevant au rang de famille, les Tymolidae, étend la
dénomination de péditrèmes et sternitrèmes à l’ensemble des Brachyoures. Ainsi, tous les Crabes peuvent être
divisés selon la position de leurs orifices femelles.
Dans la classe des Crustacés, la localisation sternale des orifices génitaux femelles ne se ren¬
contre que chez les Brachyoures sternitrèmes. Chez les autres Décapodes (Natantia et Reptantia Macrura
et Anomura), les orifices femelles sont coxaux, comme chez les Brachyoures péditrèmes. Cette consta¬
tation permet d’admettre que la localisation coxale des ouvertures génitales femelles est plésiomorphe
par rapport à la localisation sternale.
A cette différence morphologique correspond une divergence dans le mode de copulation et de fertili¬
sation. Chez les Brachyoures à orifices $ coxaux, les spermatozoïdes sont inclus dans une substance gélatineuse
et forment une masse spermatique, entourée de produits de sécrétion, qui est introduite à l’intérieur de la sper-
mathèque ou déposée autour de son orifice. Les pléopodes 1 et 2 ont une morphologie adaptée au transfert
et au dépôt du sperme. Après la copulation, les produits séminaux sont conservés dans les spermathèques
jusqu'à ce qu’interviennent la ponte et la fertilisation. La fertilisation serait externe.
Aux Brachyoures péditrèmes appartiennent les Dromiacea {sensu Balss), les Raninidae, ainsi que les
Tymolidae définitivement exclus des Dorippidae et donc des Oxystomata par Gordon (1963 ; 1966).
Chez les Brachyoures sternitrèmes, des spermatophores, subdivisés en nombreuses petites capsules,
sont produits en quantité et sont introduits dans les vulves sternales à l’aide des pléopodes sexuels, spéciale¬
ment conformés pour cette intromission. La fertilisation est vraiment interne.
Ce type de Crabes comporte les Oxystomata (dont ont été exclus les Tymolinae et les Raninidae ou
Gymnopleura), les Brachyrhyncha et Oxyrhyncha de la classification de Balss (1957). Le système proposé
par Monod (1956) tient mieux compte de la différence de localisation des orifices femelles, puisque les Gymno¬
pleura sont placés au même rang que les Dromiacea et que, parmi les Dorippidae, la distinction est bien faite
entre les formes à orifices femelles coxaux (c’est-à-dire les Tymolidae) et celles à orifices sternaux (les autres
Dorippidae).
Pour notre part, nous attachons à ce caractère une importance de premier ordre et envisageons de
séparer, dès le départ, les Brachyoures en péditrèmes et sternitrèmes. Certes, le fait que les divers pédi¬
trèmes aient une dispositon femelle commune ne signifie pas pour autant qu’ils soient étroitement
apparentés. Du reste, les structures ne sont pas uniformes chez tous les Brachyoures s.l. à orifices
femelles coxaux.
C’est tout un ensemble de différences qui distingue les péditrèmes des sternitrèmes. A une mor¬
phologie des organes femelles correspond une structure concordante des organes mâles ; testicules,
conduit déférent, canal éjaculateur, pénis, ainsi que pléopodes 1 et 2. Les spermatophores et les pro¬
duits de sécrétion sont différents chez péditrèmes et sternitrèmes. La copulation ne peut être la même,
compte tenu des dispositions différentes : chez les premiers, le pll(J pénètre dans l’orifice de la sperma-
thèque (ou ne s’y engage que faiblement) et non dans l’orifice, génital lui-même; chez les seconds,
le pllcj insémine directement le conduit femelle par l’ouverture vulvaire. L’accouplement ainsi que le
comportement qui l’accompagne, encore assez mal connus, ont certainement des caractéristiques
propres à chacun des deux groupes.
Péditrèmes et sternitrèmes se trouvent manifestement à des niveaux évolutifs différents. Les
premiers possèdent des structures proches de celles de certains Macroures, par exemple des Astacoures,
et dénotent une condition primitive, encore qu’ils aient, par rapport à ces derniers, franchi un pas
décisif. Les sternitrèmes représentent les Brachyoures évolués. Nous nous expliquons davantage
à ce sujet dans notre proposition de classification {cf. Guinot, 1978 c).
Nous rappellerons très brièvement la disposition rencontrée chez les Crabes péditrèmes, qui
a donné lieu à plusieurs études détaillées (Boubne, 1922 ; Gordon, 1949 ; 1950 ; 1963 ; 1966 ; Hart-
NOLL, 1975a).
C’est plus longuement que nous traiterons des Crabes sternitrèmes, dont on connaît très peu
la forme et la position des vulves. Les aspects des vulves sont très variés. Nous nous bornerons à la
morphologie externe et ne pourrons, dans le cadre de ce travail, que citer quelques exemples.
Source ; MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEUELLES
173
II. BRACHYOURES S. L. A ORIFICES FEMELLES COXAUX
(BRACHYOURES PÊDITRÈMES)
Les Dromiacea (sensu Balss), les Raninidae et les Tymolidae sont appelés péditrèmes en raison
de leurs orifices femelles débouchant sur la coxa de p3 ; une spermathèque, invagination interseg¬
mentaire sans aucun rapport avec l’orifice coxal, reçoit les produits spermatiques et les sécrétions.
On ne possède guère de données sur la copulation, encore moins sur la fertilisation.
Chez les Astacoures du genre Nephrops Leach par exemple (fig. 59A-B) l'endopodite de chaque
pléopode 1 forme un demi-canal ; par le rapprochement et l’apposition de chaque pièce paire avec sa
congénère, un canal complet se constitue, une structure unique se forme, au travers de laquelle l’appen-
dix mascuHna des pl2 conduit le sperme à la spermathèque impaire.
Chez les Brachyoures péditrèmes, les pléopodes 1 et 2 de chaque côté fonctionnent séparément
et le dépôt du sperme a lieu dans les deux spermathèques.
Chez les Raninidae, où la spermathèque est apparemment impaire (sauf chez Lyreidus), les pléopodes
sexuels 1 ont une conformation telle qu’ils n’opèrent pas, semble-t-il à première vue, indépendamment :
on constate que les appendices de la première paire s'accolent étroitement sur presque toute leur longueur mais
que, en fait, les extrémités divergent plus ou moins ; chaque pl2 pénètre à l’intérieur du pli correspondant
(cf. fig. 62A-G).
Les pléopodes des péditrèmes sont différents des appendices sexuels des sternitrèmes ; leur
écartement respectif ainsi que leur position et leur action au moment de la copulation sont liés à
l’emplacement des sillons sternaux ainsi qu’à celui de l’orifice de chaque spermathèque, et non à celui
des orifices coxaux (voir le chapitre sur les pléopodes sexuels).
Dromiacea
Dromiidae
Le plastron {cf. pl. 21) est relativement élargi {cf. Gordon, 1950). La paire de spermathèques
s’ouvre à chaque extrémité antérieure de la suture sternale 7/8. Les deux ouvertures sont plus ou moins
éloignées selon les genres {cf. aussi Forest, 1974, fig. 6, pl. 5, 6). Les sillons sternaux sont plus ou moins
longs, plus ou moins latéraux, plus ou moins incurvés, convergeant parfois assez fortement dans la zone
médiane, comme par exemple chez Sternodromia spinirostris (Miers) (pl. 21, fig. 4), où ils se terminent
juste au-dessous d’un gros tubercule impair. La chambre de la spermathèque se forme par une sépa¬
ration des deux feuillets, normalement accolés, qui constituent l’endosternite 7/8.
Au moment de la copulation, la spermathèque se remplit de produits séminaux ; souvent, en
plus, des plaques de sécrétions sont déposées près des sillons sternaux.
Dynomenidae
Le genre Dynomene Latreille in Desmarest possède un plastron élargi (pl. 21, fig. 8, 9) : il y a
deux sillons sternaux subparallèles, très latéraux et courts puisqu’ils se terminent au niveau des ori¬
fices coxaux de p3, c’est-à-dire sur le sternite 6. Il faudra comparer soigneusement la disposition des
sillons des Dynomene à celle des Dromiidae, car elle ne semble pas la même. Les orifices génitaux et
les orifices des spermathèques ne sont pas très éloignés.
Source : MNHN, Paris
174
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Homoloidea
Les sillons sternaux femelles sont deux invaginations de la paroi sternale au niveau de la suture
7/8. Gordon (1950, p. 232) a étudié la disposition de ces sillons et des spermathèques chez plusieurs
genres et espèces. Par exemple, chez Homola barbala (Herbst), les ouvertures des spermathèques sont
larges et allongées, en forme de croissant. Les conduits génitaux femelles s’ouvrent par de petits orifices
sur la coxa des p3. Le plastron sternal, relativement large, est plus ou moins recouvert par l’abdomen
mâle {cf. pl. 22, fig. 1-5).
Raninoidea ou Gymnopleura
Nous renvoyons aux excellents travaux de Bourne (1922) et de Gordon (1963 ; 1966), où sont
bien décrites les dispositions femelles des Raninidae. Il n’existe apparemment qu’une seule spermathèque,
qui s’ouvre sur le somite thoracique 7 ; dans le genre Lyreidus, on distingue deux orifices, correspon¬
dant sans doute à l’existence de deux spermathèques. Les orifices femelles sont situés sur la coxa des
p3 [cf. pl. 22, fig. 6-7).
Autres Brachyoures péditrèmes
Homolodhomiidae
Le plastron est rétréci en avant, plus étendu vers l’arrière. Les orifices coxaux s’ouvrent large¬
ment. Les sillons sternaux, qui correspondent aux sutures 7/8, ont une longueur et un trajet diffé¬
rents selon les espèces : obliques, convergeant dans la zone médiane et courts, avec leur terminaison
(par un petit orifice) au-dessus du niveau de p3, chez Dicranodromia doderleini Ortmann ; longeant
le bord externe du plastron et plus longs, puisque l’orifice de la spermathèque se trouve à peu près
au niveau de p3, chez D. mahyeuxi A. Milne Edwards ; voisins, aussi, du rebord sternal mais un peu
plus longs, l’orifice de la spermathèque étant presque au niveau de l’articulation de p3, chez D. ovala
A. Milne Edwards.
Les uropodes sont à leur état le plus rudimentaire, seulement visibles dans la position ventrale
de l’abdomen.
Tymolidae
Les deux sillons sternaux sont formés par une invagination des sutures 7/8. Nous renvoyons
à Gordon (1963, fig. lOA-B) qui a bien figuré les sillons sternaux et les spermathèques chez Tymolus
japonicus Stimpson et Cymonomus granuUUus Norman. Les orifices femelles sont bien arrondis sur
les coxae de p3. Les différenciations femelles se trouvent dans la partie tout à fait postérieure du ster¬
num thoracique, qui s’infléchit plus ou moins abruptement et s’abaisse plus ou moins profondément
selon les formes considérées.
III. BRACHYOURES À ORIFICES FEMELLES STERNAUX
(BRACHYOURES STERNITRÈMES OU CRABES « VRAIS »)
Chez tous les sternitrèmes, la vulve sternale donne suite à un conduit, portion modifiée de l’ovi-
ducte, qui mène à la spermathèque : il convient de donner à ce canal le nom de vagin puisqu’il joue
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
175
ce rôle dans la copulation. L’oviducte proprement dit fait communiquer la spermathèque avec l’ovaire
(fig. 38).
Nous renvoyons à Hahtnoll {1968o) qui a décrit en détail les deux types principaux rencontrés
dans les structures génitales femelles des sternitrèmes : le type « simple » et le type « concave ». Tous
deux, mais surtout le deuxième, peuvent s’adjoindre un opercule mobile ou immobile.
1. VAGIN ET OPERCULE
Dans le type « simple » représenté schématiquement par Carcinus maenas, le vagin se présente comme
un tube droit, s’étendant dorsalement à partir de la vulve et s’élargissant progressivement pour former la sper¬
mathèque. L’oviducte est constitué par une couche continue de cellules, qui se fendrait temporairement pour
former un tube au moment de l’ovulation. Chez Corcinus, les vulves se présentent comme des fentes transver¬
sales sur le sternite thoracique 6, arrondies du côté externe, pointues du côté interne. Le bord de la vulve est
formé par le tégument rigide du sternum et la lumière du canal est normalement occupée par du tégument
flexible ; la paroi se compose de la cuticule et d’un épithélium. Près de la vulve, les muscles sont parallèles au
vagin ; les latéraux sont attachés au sternum à une certaine distance de l'orifice.
Dans le type « concave n décrit par Hartnoll (ioc. cit.) en détail chez le genre Hyas Leach, un côté de
la paroi vaginale, à la cuticule souple et flexible, s’invagine dans l’autre. Ainsi, normalement, la lumière du
vagin est close. Les muscles sont insérés sur la face invaginée du vagin ; ils ont une direction ventro-latérale,
jusqu’à leur insertion sur le sternum. Par leur contraction, ils écartent la paroi invaginée et permettent
l’ouverture de la lumière du vagin. La vulve, arrondie, est couverte par une projection du sternum en forme de
capuchon. L'ouverture est normalement fermée par une membrane flexible, continue avec la paroi interne
du vagin et qui peut être facilement déplacée par la contraction des muscles vaginaux.
Une complication, qui se rencontre surtout dans le type concave, est l’adjonction d’un opercule
calcifié qui ferme la vulve {cf. Hartnoll, 1964 ; 1965 ; 1968o). Le genre Corystes Leach présente la
particularité d’avoir les conduits génitaux du type « simple » et, en même temps, un opercule très épais
(pl. 25, fig. 4-5).
L’opercule est soit mobile, soit immobile. Dans le cas où il est libre et mobile, il n’y a aucun
obstacle ni à la copulation ni à l’ovulation. Une telle disposition a été bien décrite chez Cyclograpsus
inleger (H. Mtine Edwards) : la cuticule épaisse de l’opercule et du bord sternal de la vulve contraste
avec la fine cuticule (épicuticule) de la charnière ; les parois interne et externe du vagin sont minces
et flexibles. Grâce à la contraction des muscles qui s’attachent au bord interne du vagin et à l’opercule,
le vagin se dilate et l’opercule s’ouvre.
Dans les cas où l’opercule est immobile, la copulation et l’ovulation n’onl lieu qu’à des périodes
définies, pendant lesquelles intervient une mobilité temporaire. Pachygrapsus marmoratus (Fabricius)
possède un opercule fixé par la base rigide de la paroi externe du vagin. L’opercule ne peut norma¬
lement se mouvoir qu’après la mue, au moment où le nouveau tégument n’a pas encore durci. Mais
une autre possibilité existe : ainsi, par exemple chez Dorippe lanata (Linné) {cf. pl. 25, fig. 8-9) et chez
Corystes cassivelaunus (Pennant) {cf. pl. 25, fig. 4-5), on observe au cours du cycle d’intermue une
décalcification locale durant un temps déterminé, qui a pour effet de rendre l’opercule flexible pour
la copulation et l’ovulation. On s’explique ainsi pourquoi on a observé des ovulations pendant l’inter-
mue et des copulations avec des femelles a dures » (Vernet-Cornubert, 1958).
Hartnoll (1968a) s’est demandé si les structures génitales femelles — et, dans l’affirmative,
lesquelles — avaient une signification pour l’établissement des liens phylogénétiques.
La présence ou l’absence d’un opercule ne semble pas revêtir, à ce point de vue, une impor¬
tance particulière. L’acquisition d’un opercule est une tendance qui se manifeste dans des groupes
éloignés : à partir du type « simple » dans le genre Corystes Latreille ; à partir du type « concave », d’une
part, dans le genre Dorippe Weber et, d’autre part, chez les Catométopes. Elle peut ne pas émerger
dans deux genres pourtant très proches : par exemple, Percnon gibbesi (H. Milne Edwards) est du type
« concave » sans opercule, Plagusia depressa (Fabricius) est du type « concave » avec opercule mobile.
Un opercule étant présent, on ne peut attribuer à sa mobilité ou à son immobilité qu’une faible
valeur taxonomique. La différence entre les deux états paraît plutôt mineure : l’opercule mobile l’est
Source : MNHN, Paris
176
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACaiYOURES
pendant toute Tintermue ; l’opercule immobile devient flexible pendant une certaine période de celle-ci.
Du reste, on trouve à l’intérieur du même genre, à savoir Pachygrapsus Randall, les deux dispositions :
P. iransversus (Gibbes) avec opercule mobile, P. marmoratus (Fabricius) et P. gracilis (de Saussure)
avec opercule fixe.
La différence fondamentale qui, elle, doit être prise en considération, c’est la forme du vagin
« simple » ou a concave ». D’après les données connues actuellement, les deux types ne semblent pas
être présents chez les membres d’une même famille.
Mous ne reproduisons pas ici le tableau dressé par Habtnoll (foc. cit., tabl. 1) car nous ne sui¬
vons pas exactement la même classification. Nous ne ferons qu’une énumération soit de la famille,
soit seulement du genre, étudié par cet auteur. Il est bien évident que ces données sont à compléter
et préciser.
1) Type « simple »
Corystes — Aulecycîus — Thia — Cancer — Perimela — Calappa — Portunidae — Potamonaules.
2) Type « concave »
Dorippidae — Leucosiidae — Majidae — Parthenopidae — Xanthidae {Pilummis kirtellas, Xantho floridua) —
Ocypodidae — Pinnoteridae — Grapsidae — Gecarcinidae — Paticidae — Hymenosomatidae.
Toujours d’après Hartnoli. {ibid.), tous les Catométopes sensu lato auraient un vagin du type
« concave ». Goneplax rhomboïdes (Linné) a un vagin de type intermédiaire, ce qui est en faveur de la
théorie selon laquelle les Goneplacidae représentent un groupe de transition entre Cyclométopes et
Catométopes.
A la lumière de nos propres recherches, les constatations d’HABTNOLL {ibid.) conduisent aux
réflexions suivantes. Les Crabes qui sont généralement placés à la base des Brachyoures vrais, c’est-à-
dire les Corystoidea de la conception de Bouvier (1942) ou les Corystidae de la classification de Balss
(1957) ont un vagin de type a simple ». C’est parmi eux que nous avons observé un sternum thoracique
étroit, à sutures intersegmentaires complètes, une cavité sterno-abdominale peu développée. Les Can-
cridae sont dans le même cas. Si l’on considère les Oxystomata (sensu Balss), on voit que les formes
à plastron étroit et sutures antérieures faiblement interrompues (Calappinae) possèdent un vagin
du type a simple », tandis que les Dorippidae et les Leucosiidae, au plastron élargi et aux sutures toutes
incomplètes, ont un vagin de type a concave ». Les Xanthidae, les Majidae et toutes les familles de Cato¬
métopes possèdent un vagin de type a concave ». On peut s’étonner de rencontrer un vagin de type
a simple » chez les Portunidae, alors qu’il est a concave » chez les Xanthidae. Le vagin serait de type
« simple » chez les Potamidae, mais une révision détaillée reste à faire car certains représentants de cet
immense groupe sont peut-être différemment conformés. On peut conclure, sans trop généraliser,
que le type de vagin dit « simple » représenterait une structure plésiomorphe par rapport au type « con¬
cave » qui serait la tendance aporaorphe.
2. VULVES NON RECOUVERTES PAR L’ABDOMEN
Nous avons observé des cas fort curieux où les vulves ne sont pas incluses dans la cavité sterno-
abdominale : soit parce que l’abdomen de la femelle est trop court pour recouvrir les orifices, soit parce
qu’elles sont situées latéralement sur le sternite 6 de part et d’autre de l’abdomen.
a) Abdomen de la femelle pubère n’atteignant pas le sternite 6
Genre Corystes Latbeille
Dans ce genre, il n’y a pas de véritable cavité sterno-abdominale (pl. 9, fîg. 1). Chez la femelle
pubère, l’abdomen demeure court et en position dorsale dans sa partie antérieure, tout comme l’est
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
177
l’abdotnen mâle. Les vulves, recouvertes normalement par un opercule (pl. 25, fig. 4, 5) et qui s’ouvrent
au milieu du sternite 6, pourtant situé assez postérieurement, ne sont pas protégées par l’abdomen ;
seule, l’extrémité des longs pléopodes sétifères qui s’échappe de celui-ci atteint les orifices femelles.
Genre Pseudocorystes H. Milne Edwards
La disposition {cf. fig. 20B) se présente comme chez Corystes. L’abdomen femelle, relativement
peu élargi mais muni de pléopodes longs et plumeux, est trop court pour recouvrir les vulves, placées
assez en avant sur le sternite 6 (pl. 25, fig. 6). Il n’y a pas d’opercule comme chez Corystes, seulement
une membrane déprimée.
? Genre Nautilocorystes H. Milne Edwards
Nous n’avons pas pu examiner d’exemplaire femelle de ce genre. Comme chez Corystes et Psew-
docorystes, il n’y a pas de véritable cavité sterno-abdominale. L’abdomen, chez le mâle, est un peu plus
long que chez les genres précédents : le telson se place sur la partie antérieure du sternite 6. L’avant-
dernier segment abdominal demeure néanmoins éloigné du sternite 5 et, bien qu’il y ait présence de cro¬
chets sternaux (en position tout à fait postérieure), le dispositif d’accrochage ne peut être fonctionnel
(fig. 20C ; pl. 23, fig. 5). Partant de cela, on peut supposer que l’abdomen de la femelle demeure court,
peu différent de l’abdomen mâle. Selon leur localisation sur le sternite 6, les vulves seront recouvertes
ou non par l’abdomen ; si elles sont placées latéralement, elles risquent d’être laissées à découvert
comme nous le verrons plus loin chez certains genres {Erimacrus Benedict, Telmessus White, Bellia
H. Milne Edwards).
Genre Orithyia Fabricius (pl. 14, fig. 7-9)
Dans ce genre, à cavité sterno-abdominale notablement excavée et très allongée, notamment
chez la femelle, l’abdomen demeure court. Une femelle pubère (à l’état sec) de 64 X 60 mm d’O. sinica
(Linné) montre un telson n’atteignant pas, semble-t-il, la suture 6/7 : en conséquence, les larges vulves,
assez latérales, restent à découvert sur le sternite 6.
b) Position très latérale des vulves
Dans quelques cas, exceptionnels, l’abdomen de la femelle pubère est d’une longueur suffisante
pour atteindre le sternite 6, mais les vulves sont situées latéralement sur le sternite 6 en dehors de
la cavité sterno-abdominale.
Trois genres de Brachyoures présentent une disposition particulière des orifices génitaux femelles :
ce sont les genres Erimacrus Benedict et Telmessus White, Atelecyclinae {sensu Balss, 1957, p. 1635), ainsi
que le genre Bellia H. Milne Edwards, Belliidae {sensu Guinot, 1976). Les vulves s’ouvrent très latéralement
sur le sternite 6, en dehors de la cavité sterno-abdominale : l’abdomen n’est — pour ainsi dire — pas assez large
(même chez les femelles pubères) pour les recouvrir (à l’inverse de cas précédents où l’abdomen est «trop court n).
Les vulves sont donc complètement exposées.
Chez Erimacrus et chez Telmessus, la localisation latérale des vulves est très accentuée {cf. pl. 25, fig. 1-
3). Ces deux genres, qui ont en commun de nombreux caractères fondamentaux, offrent la même singularité
quant aux orifices femelles. Une petite division devra être spécialement créée pour eux dans la classification.
Dans le genre Bellia, la tendance est moins poussée (fig. 39A-C) et il faudrait, à notre avis, consulter
un matériel plus important que nous ne l’avons pu. Néanmoins, là aussi les vulves se présentent comme laté¬
rales par rapport à l’abdomen, surtout chez les spécimens de taille petite et moyenne. Il est intéressant de noter
12
Source : MNHN, Paris
178
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
que les vulves sont situées dans la cavité sterno-abdominale chez les trois autres genres de Belliidae (fig. 39D-
F). _
Parmi les Brachyoures que nous avons examinés, Erimacrus, Telmessus et Beüia sont les seuls à pré¬
senter une telle conformation (à l’état adulte ; cf. infra).
Genres Erimacrus Benedict et Telmessus Write ^
Chez Erimacrus isenbecki (Brandt) (pl. 25, fig. 1, 2), dont nous n’avons vu qu’un spécimen,
une femelle de 37 mm de large, les vulves se présentent comme deux fentes transversales dans la partie
antérieure du sternite 6, de part et d’autre de l’abdomen. Un bourrelet peu saillant longe le bord pos-
téro-interne. La vulve est recouverte par une membrane épaisse qui ne laisse qu’un étroit orifice anté¬
rieur. Le pléopode 1 mâle correspondant à cette disposition femelle a été figuré par Kim {1973, fig. 117C,
D) : l’extrémité porte un lobe effilé, sclérifié. Chez Erimacrus, les vulves sont donc totalement exposées,
seulement en partie masquées par la pilosité qui garnit le sixième segment abdominal, dont les bords
sont à peine concaves, et par les soies que portent les pléopodes.
Chez Telmessus ckeiragonus (Tilesius) (pl. 25, fig. 3), la disposition est la même avec, en plus,
deux particularités.
a) La région vulvaire est compliquée, la cuticule avoisinante se soulevant en replis saillants ;
de fait, la zone vulvaire couvre presque toute la longueur du sternite 6. On distingue un épais bourre¬
let postéro-interne, de forme incurvée et séparé par un creux accentué d’une saillie antéro-externe.
La vulve elle-même est fermée, semble-t-il complètement, par une membrane relativement flexible.
L’ouverture séminale du pli mâle (fig. 65E, El) n’est pas terminale mais au contraire latérale : l’apex,
fortement sclérifié, s’appuie peut-être dans la concavité antérieure de la région vulvaire et le sperme
serait déposé à l’entrée de la vulve.
i) Le bord du sixième segment abdominal s’échancre fortement et forme une concavité de
sorte qu’il laisse apparaître dans toute son étendue la vaste région vulvaire. Nous avons observé la
même disposition chez trois exemplaires, de 41 à 52 mm de largeur de carapace. Les vulves sont seu¬
lement protégées par l’épaisse pilosité qui borde l’abdomen. L’échancrure de l’abdomen femelle est
très significative du processus engagé chez ces formes : les vulves sont à nu, très près de la coxa de p3,
et l’abdomen semble — pour ainsi dire — conformé de façon à ne pas les recouvrir.
Benedict (1892, p. 225-226, pl. 26, fig. 3} a signalé l’incision du bord latéral du sixième segment abdo¬
minal qui caractérise Telmessus ckeiragonus et qui laisse exposé, de chaque côté, l’orifice génital femelle ; chez
T. acuiidens Stimpson, où le bord abdominal n’est pas échancré, les vulves sont également à découvert. A
1. Nous remercions le D' M. Türeay qui a bien voulu nous faire part de ses remarques à propos des vulves des
genres Telmessus et Erimacrus.
Fig. 39 A-F. — Orifices génitaux femelles chez les Belliidae. A l'intérieur de cette famille, seul le genre Bellia H. Milne
Edwards possède des vulves externes à la cavité sterno-abdominale, non recouvertes par l’abdomen (fig. A-C).
A, B, Bellia picta H. Milne Edwards, $ 29 X 25,4 mm, [Tahiti) (MP-B2 : 2) : A, vue d'ensemble montrant la situation
latérale des vulves, de part et d’autre de l’abdomen (x 3} ; B, id., détail de la vulve et du crochet du dispositif
d’accrochage de l'abdomen, encore présent chez une femelle de cette taille ( X 4) ; G, Beüia picta H. Milne Edwards,
$ ovigère 39,5 X 36 mm, [Rio de Janeiro] (MP-B2098S) : vulve très élargie et crochet de l’appareil d’accrochage
remplacé par une sorte de bourrelet. (Abdomen non représenté) (x 2,8). D, Corystoides abbrevialus A. Milne
Edwards, syntype, S 13,5 X 12,2 mm, Rio de la Plata (MP-B3) : à cette taille, vulves déjà bien éla^es et dispa¬
rition du crochet de l’appareil d’accrochage de l’abdomen. E, Helerosius rolundifrons A. Milne Edwards, $ 17 X
23 mm, Nouvelle-Zélande [MP-B13) : femelle à abdomen éla^ et larges vulves, avec une proéminence latérale
externe. (Pilosité non représentée). F, Acanlhocyclus albairossis Rathbun, cotype, Ç 18 X 21 mm, Patagonie (MP-
B7) : vulves avec une forte proéminence en arrière de l’orifice.
Pour tes abréviations, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
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Source : MNHN, Paris
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MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
propos de T. cheiragonus, Benbdict {ibid., p. 226) écrit : « The females in the lot collected by Streets hâve
these génital openings stopped up with a ragged looking plug, which more or less completely fills up the ear*
Hke external part of theses organs and even bulges out from them quite prominently Dissection shows
that the plug extends to the point where the duct widens into the séminal réceptacle, where it terminatfes in
a thin membranous funnel ».
UniTA (1936, p. 81-83, fig. 4*6) confronte à nouveau les deux espèces japonaises de Telmessus : chez
des femelles de plus de 37 mm de long et récoltées en mai et en juin, les vulves sont recouvertes par k a big
plug of dirty rag-like substance ». Selon Urita, chez T. aculidens, la région vulvaire est déprimée et ovoïde,
avec l’orifice s’ouvrant à la pointe la plus étroite ; chez T. cheiragonus, « the plastron at the periphery of the
génital pore of the female, and especially its inner portion, is thickened and surrounds the génital pore, forming
a semicircular banklike élévation, and just opposite to this élévation, there is a tubercle. This tubercle together
with the semicircular élévation has an ear-like appearance » (Urita, 1936, p. 83).
Chez ces deux genres, les vulves sont donc plus écartées que chez les Crabes où les vulves, cachées
par l’abdomen, ont nécessairement une position plus proche de l’axe longitudinal médian. Les pléo-
podes doivent certainement se disposer différemment lors de la copulation. Chez Telmessus et chez
Erimacrus, les appendices sexuels sont écartés à la base et leur extrémité est épaissie, sclérifiée. La
copulation serait intéressante à observer.
Il serait également très utile d’étudier le développement ontogénique des vulves et leur position
à différents âges et tailles de ces deux genres de Crabes.
Genre Bellia H. Milne Edwards
Chez Bellia picta H. Milne Edwards, plus précisément chez les spécimens impubères, au Heu
de déboucher sur la portion sternale recouverte par l’abdomen, c’est-à-dire dans la cavité sterno- abdo¬
minale, les conduits génitaux femelles s’ouvrent en dehors de celle-ci, loin de l’axe céphalothoracique,
sur la portion découverte du sixième sternite thoracique (fig. 39A, B). Les vulves ne sont pas proté¬
gées par l’abdomen et apparaissent à nu. Nous avons observé une telle disposition chez deux jeunes
Bellia femelles de 25 X 22 mm et 29 X 25,4 mm : chez la plus grande femelle, les vulves sont situées
sur le plastron assez loin du bord externe de Tabdomen ; chez la plus petite, l’abdomen empiète légè¬
rement sur la vulve. Chez ces femelles, les orifices femelles sont éloignés des crochets sternaux du dis¬
positif bouton-pression, qui, à cette taille, est peut-être encore fonctionnel.
Chez une Bellia ovigère de 39,5 X 36 mm (fig. 39C), où Ton ne peut rabattre Tabdomen car le
spécimen est sec et, en plus, porte des œufs, les vulves se sont considérablement élargies : elles sont
situées latéralement sur le plastron sternal et, malgré l’élargissement de Tabdomen, ne sont pas recou¬
vertes en totalité par celui-ci. Il faudrait étudier la conformation sur du matériel frais.
Ainsi, le genre Bellia se singularise dans les deux sexes. Chez le mâle, Tabdomen est si court
qu’il ne remplit pas la cavité abdominale et que les crochets de l’appareil d’accrochage sont à découvert,
sans possibilité de se coapter aux fossettes abdominales correspondantes. En revanche, chez les trois
autres genres de Belliidae, les orifices génitaux femelles s’ouvrent « normalement » (fig. 39D-F) et le
dispositif bouton-pression est fonctionnel.
3. VULVES RECOUVERTES PAR UABDOMEN
Chez les Crabes autres que ceux mentionnés précédemment, les vulves sont situées dans la
cavité sterno-abdominale et donc recouvertes par Tabdomen. C’est du moins ce que nous avons observé
chez les nombreux Brachyoures, généralement à l’état adulte, que nous avons examinés. Chez les femel¬
les impubères nous n’avons pas vu de cas avec vulves latérales, mais cela provient peut-être du fait
que nous n’avons eu sous les yeux qu’un matériel peu important de juvéniles.
Ryan (1967o, p. 717) écrit en effet à ce sujet : « It was observed, from the first crab stage, that
female Porlunus sanguinolentus could be recognized by the presence of the paired oviduct openings
Source ; A1WHW, Paris
ORIFICES GENITAUX FEMELLES
181
which appear on the sternites of the 6th thoracic segment, latéral to the abdomen, In progressiveiy
larger juvénile lemales, these ‘ move ’ beside and then under the abdomen as the abdomen widens
in larger instars and the sternal dépréssion similarly widens to accomodate it ». Il sera donc utile de
bien déceler l’emplacement des vulves chez les jeunes femelles de Brachyoures. Le R. G. Hart-
NOLL, auquel nous avons demandé son opinion sur cette question, nous a répondu (in iiu., July 1975) :
a Certainly 1 hâve never noticed, in crabs which I hâve studied, that the vulvae are not covered by the
abdomen in immature females. I think that the condition in Portunus sanguinolentus must be un-
usual ».
Nous allons maintenant passer spécialement en revue quelques genres de Brachyoures à ster¬
num thoracique étroit et appareil d’accrochage particulier, avant de dire quelques mots sur les vulves
des Brachyoures dans leur ensemble.
Genre Peltarion Jacqlinot
Ce genre possède certains caractères plésiomorphes {cavité sterno-abdominale non complète¬
ment coaptée avec l’abdomen ; appareil d’accrochage de l’abdomen présent mais non fonctionnel :
fjg. 20D). L’abdomen femelle est juste assez allongé pour recouvrir les vulves situées dans la partie
antérieure et submédiane du sixième sternite. Alors que chez les genres Corystes, Nautilocorystes, Pseu-
docorystes (cf. supra) le dimorphisme entre abdomen mâle et abdomen femelle est faible, ce dernier
est plus développé chez Peltarion : en quelque sorte, l’abdomen demeure trop court chez le mâle pour
que le dispositif d’accrochage puisse être fonctionnel, tandis que chez la femelle l’abdomen s’agrandit
suffisamment pour recouvrir les vulves. L’examen du squelette endophragmal chez un mâle (pi. 11,
fig. 1) et chez une femelle (pl. 11, fig. 2) de P. spinulosum (W'hite) nous révèle ce dimorphisme sexuel
accentué. Chez Peltarion spinulosum, la vulve, de forme arrondie, est recouverte par une membrane
assez line et flexible.
Genre Trachycarcinus Faxon
Chez la femelle pubère, l’abdomen, très élargi, remonte au niveau des pl et recouvre donc les
vulves du sternite 6.
Genres Kraussia Dana [et Paraxanlhus Lucas]
Nous n’avons pas examiné de femelles du genre Paraxanlhus mais il est probable que la dispo¬
sition est la même que chez Kraussia.
On note chez Kraussia un net dimorphisme entre abdomen mâle (fig. 22A) et abdomen femelle ;
les vulves, placées tout au fond de la cavité sterno-abdominale, près de la ligne médiane et dans la
portion tout à fait antérieure du sternite 6, apparaissent comme deux fentes longitudinales ou obli¬
ques, très proches l’une de l’autre. Ces vulves sont donc largement recouvertes par l’abdomen. La
localisation et la forme des vulves diffèrent sensiblement de ce qui existe dans le genre Thia Leach.
Genre Thia Leach
L’abdomen de la femelle pubère, plus élargi que celui du mâle (fig. 20A), recouvre totalement
en largeur le plastron, extrêmement étroit, et notamment les larges vulves situées au milieu du ster¬
nite 6. Ces dernières se présentent comme de vastes orifices, recouverts par une membrane fine, molle,
et laissent ouverte une fente transversale. Il faudra vérifier, sur du matériel récolté tout au long de
l’année, si cet orifice est permanent.
Source : MNHN, Paris
182
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSÇ ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
183
Autres Brachyoures
Nous ne continuerons pas la description des vulves chez les autres Brachyoures. Chez tous,
au moins chez ceux que nous avons examinés, la cavité sterno-abdominale contient les vulves. Celles-
ci sont donc toujours recouvertes par l’abdomen, sauf peut-être aux stades juvéniles ainsi que Ryan
(1967a, p. 717) l’a constaté chez Portunus sanguinolentus {cf. supra). Même dans un genre comme
Callinectes Stimpson (pl. 24, fig. 1, 2), où la cavité sterno-abdominale est extrêmement étroite, les
vulves se trouvent complètement abritées à l’intérieur de celle-ci car elles sont très rapprochées. Autre
exemple : le genre Dorippe Weber (pl. 25, fig. 8, 9), où les vulves, placées assez en avant sur le sternite 6,
sont tout juste recouvertes par le telson qui s’insère entre deux saillies du sternite 5.
Pour résumer, en se référant à la classification de Balss (1957), les Oxystomata (sauf le genre
Orithyia, cf. supra), les Oxyrhyncha et les Brachyrhyncha ont tous les vulves loealisées dans la cavité
sterno-abdominale.
Exemple de la sous-famille des Platyxanthinae Guinot, 1977
Nous avons voulu voir si, dans d’autres familles que les Grapsidae et les Gecarcinidae ainsi
que dans le genre Callinectes, les vulves constituaient un élément diagnostique. La nouvelle sous-
famille que nous avons établie, les Platyxanthinae, est un exemple de l’utilisation des vulves comme
caractère spécifique. Chez aucun des trois genres, un opercule ne semble être présent.
Dans le genre Platyxanlhus A. Milne Edwards, l’espèce type P. orbignyi (H. Milne Edwards
et Lucas) possède des vulves s’ouvrant largement sur le sternite 6 et munies seulement d’une étroite
saillie qui s’avance au-dessus de l’ouverture, vers l’angle antéro-externe. Chez P. patagonicus A. Milne
Edwards (fig. 41C), les vulves sont ovoïdes transversalement, avec un contour irrégulier. P. crenuialus
A. Milne Edwards a des vulves également ovoïdes mais disposées obliquement et avec un épaississe¬
ment vers l’angle antéro-externe.
Le genre Pelaeus Eydoux et Souleyet, représenté par une unique espèce, P. armalus Eydoux
et Souleyet, a des vulves au contour un peu irrégulier (fig. 41D), un peu étirées du côté externe et
munies d’une petite avancée au milieu du bord antérieur.
Dans le genre Homalaspis A. Milne Edwards, monospécifique avec H. plana (H. Milne Edwards),
les vulves sont recouvertes par une épaisse protection triangulaire qui recouvre une grande partie de
l’orifice (fig. 41A, B).
A. POSITION DES VULVES SUR LE STERNUM THORACIQUE
Chez les Brachyoures sternitrèmes, les vulves sont situées sur le sternite 6. Dans les cas où elles
sont voisines du plan sagittal médian, elles se trouvent rapprochées l’une de l’autre ; ailleurs, un écart
plus ou moins grand les sépare. Selon les genres, elles sont placées différemment sur le sternite 6 ; soit
au milieu, soit dans sa partie antérieure, soit dans sa partie postérieure;
Fig. 40. — Sternum thoracique et abdomen chez la femelle. Position des vulves. (Ornementation et pilosité non repré¬
sentées).
A, Carpilius conuexus (Forsskâl), 2 74 X 104 mm, Madagascar, G. Petit coll., Balss det. (MP) ( x 1,8). Les lignes de
suture sont continues comme chez le mile (cf. pl. 10, fig. 2). À cette taille, le crochet sternal du dispositif bouton-
pression est encore en face de la fossette sous-abdominale.
B, Menippe nodifrona Stimpson, $ 51 X 74 mm, Guinée portugaise, chenal entre Rouban et Bubak, Exp. « Sylvana »
1914, St. 100, Bouvier det. Menippe rudis A. Milne Edwards (MP) (x 1,8). Les sutures sont continues alors que,
chez le mâle (cf. pl. 12, fig. 1), les deux premières sont interrompues à très faible distance.
C, Daira perlata (Herbst), ? 27,5 X 40 mm, Tahiti, F. Chabouis coll., Forbst et Guinot det. (MP) (x 2,5). Les sutures
antérieures n’ont pas le même tracé que chez le mâle {cf. fig. 21C).
D, Xaniho incisas incisas (Leach), $ 32 X 54 mm, RoscolT, île Verte, Forest coll. 1973, J. Panouss det. (MP) (x 2,5).
{Cf. le plastron sternal chez le mâle : fig. 22Dj.
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
Source ; MNHN, Paris
184
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fig. 41. — Sternum thoracique et position des vulves de la femelle chez les Platyxanthinae Guinot, 1977. {Pilosité non
représentée). (Voir le plastron sternal mâle, fig. 25 Â-D).
Fie. 41 A-B. — Homalaspis plana (H. Milne Edwards), Chili, Valparaiso, C. E. Porter 1911, Porter det.. Bouvier
verif. (MP). A, Ç ovigère 86,6 x 130 mm. (Abdomen non représenté) (grandeur nature). Les vulves sont très élargies
et les crochets du dispositif d'accrochage de l'abdomen ont disparu ; B, $ immature 30 X 40 mm (x 2,6). (On a
représenté seulement le contour externe de l’abdomen). Les vulves sont petites ; les crochets du dispositif bouton-
pression sont présents et se coaptent avec les fossettes situées à la face interne du sixième segment de l’abdomen.
Fis. 41 C. — Plaiyxanlhua patagonieui A. Milne Edwards, holotype, $ pubère 74 X 102 mm (état sec et en mauvais état),
Patagonie, M. d’ORBiGNY (MP-B2778S) (grandeur nature).
Fio. 41 D. — Pelaeus armatus Eydoux et Souleyet, syntype, Ç ovigère 44 X 62,3 mm (état sec), la t Bonite », « îles Sand¬
wich ». (Localité sans doute inexacte) (MP-B2738S) (x 2). (Seul le contour de l'abdomen a été représenté). A côté
des vulves élai^es, on distingue les crochets vestigiaux sur le sternite 5.
Pour le» abréviati«n«, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
185
La détermination de l’emplacement des vulves est facile chez les Crabes à sutures sternales
complètes : Carpilius Leach (fig. 40A), Daira de Haan (fig. 40C), Menippe de Haan (fig. 40B). Il est
également aisé de situer les vulves sur le sternite 6 chez les Brachyoures avec sutures sternales anté¬
rieures interrompues par une faible ou moyenne distance entre leurs terminaisons internes. C’est cette
disposition qui se rencontre chez la majorité des Crabes : par exemple, Calappa Weber (pl. 24, fig. 3),
Pariphiculus Alcock (pl. 15, fig. 9-10), Glyptoxanlhus angolensis (Brito Capello) (fig. 42 ; pl. 24, fig. 4-
5), Xantho Leach (fig. 40D), Dacryopilumnus eremita Nobili (pl. 25, fig. 7), Hexapus sexpes (Fabricius)
(pl. 24, fig. 6), etc.
Mais, dans les cas de Crabes à plastron très élargi et à sutures intersegmentaires présentes seu¬
lement sur les côtés, les orifices génitaux femelles débouchent dans la zone médiane indivise. Par exemple,
chez Pinnixa transversalis (H. Milne Edwards) (pl. 24, fig. 8), dans la cavité incubatrice les vulves
paraissent antérieures au sternite 6. Deux familles sont tout à fait typiques d’une localisation appa¬
remment « aberrante » des vulves : ce sont les Palicidae et les Hymenosomatidae.
Fiç. 42. — Sternum thoracique chez la femelle de Glyptoxanlhus angolensis (Brito Capello), 20,5 X 29,3 mm, golfe de
Guinée, Annobon, Exp. « Calypso > 1956, st. 53, Fobbst et Guinot det. [MP). (Voir le plastron sternal mâle chez
Glyptoxanlhus erosus, fig. 23B), A gauche, plastron sternal en entier (X 7). (Seul le contour de l’abdomen a été
dessiné) ; à droite, détail des stemites 5 et 6 avec, respectivement, le crochet et la vulve ( X 7,3). (L'abdomen n’a
pas été représenté : on fait bien la distinction entre la surface lisse de la cavité sterno-abdominale et le reste du
plastron, qui est corrodé).
On notera la cavité sterno-abdominale bien délimitée, ébauche d'une véritable cavité incubatrice, et la persistance,
chez une femelle de grande taille, des crochets de l'appareil d’accrochage de l’abdomen sur le sternite 5, en correspondance
avec les angles latéro-postérieurs du sixième segment abdominal.
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
Palicidae (= Cymopoliidae)
Dans cette famille, le sternum thoracique, fortement élargi, n’est sillonné par des sutures que
dans sa partie latérale, chez le mâle (fig. 30G} comme chez la femelle.
Chez la femelle pubère (pl. 24, fig. 9), il y a formation d’une vaste cavité incubatrice qui couvre
la totalité du sternum thoracique à l’exception des bords et de la partie tout à fait antérieure. Les
vulves sont situées très antérieurement, dans une zone sternale qui semble appartenir au sternite 5,
Source ; MNHN, Paris
186
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE- ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
voire au sternite 4. Mais, comme cette zone est indivise, il n’est pas évident que les vulves appartiennent
à ces somites plus qu’au somite 6. Les carcinologistes, aussi bien Borradaile (1907), Rathbun (1918,
p. 15 ; 1930, p. 9) que Balss (1957, p. 1667), localisent les vulves sur le segment de la première paire
de péréiopodes (somite 4) ou sur le segment de la première paire de pattes ambulatoires (somite 5) :
s’il en était vraiment ainsi, les Palicidae se différencieraient de tous les autres Crabes, dont les vulves
appartiennent au somite 6. Or, en disséquant le système nerveux, à savoir en montrant une confor¬
mation similaire chez Carcinus et chez Palicits, Hartnoll (1968o, p. 296, fig. 14) a démontré que la
paire de vulves des Palicidae (= Cymopoliidae) dépendait du somite 6, comme chez l’ensemble des
Brachyoures.
Dans le genre Carcinua Leach, de la masse ganglionnaire nerveuse thoracique part une paire de nerfs
en direction de chaque péréiopode : le nerf qui rejoint p3, c’est-à-dire celui du somite 6, passe en avant de la
vulve. Chez Palicua Philippi (fig. 31), la disposition est la même : pour rejoindre p3, le nerf du somite 6 passe
antérieurement à la vulve, où il côtoie le nerf du somite 5 (rejoignant p2). Le passage du nerf du somite 6 en avant
de la vulve montre bien que l’orifice femelle appartient non pas au somite 5 mais au somite 6.
La disposition est donc « normale » chez les Palicidae, même si les apparences font penser à un
emplacement atypique des ouvertures génitales femelles.
Hyme.nosomatidab
Comme dans la famille précédente, les vulves sont placées très antérieurement, à peu près au
niveau des chélipèdes, et au fond d’une large cavité incubatrice.
Plusieurs carcinologistes ont fait mention de la position aberrante des vulves chez les Hymeno-
somatidae, à savoir sur un sternite antérieur au sternite 6 (Barnard, 1950, p. 67 ; Richer de Forges,
thèse non publiée, 1976). Or, comme dans le cas des Palicidae, il n’est nullement évident que les
orifices femelles appartiennent au somite 4 ou 5. En effet, la plus grande partie du sternum thora¬
cique n’est pas traversée par des sutures : celles-ci sont incurvées et confinées aux régions latérales
du plastron chez le mâle (fig. 30A-B ; pl. 20, fig. 8) comme chez la femelle. Les conduits génitaux femel¬
les débouchent dans la partie indivise de la cavité incubatrice (pl. 24, fig. 10).
Nous n’avons pas disséqué le système nerveux pour vérifier, grâce au trajet des nerfs, si les
vulves appartenaient bien au somite 6. Toutefois, le tracé des sutures, convergeant fortement vers
l’avant, rend plausible l’hypothèse que les vulves, lors de l’élargissement du plastron et de la fusion
médiane des somites thoraciques, ont été simplement refoulées dans la région antérieure sans pour
autant cesser de dépendre du somite 6.
Chez certains Hymenosomatidae, le fond de la cavité incubatrice est réduit à une fine membrane qui
laisse voir en transparence les organes internes {cf. pl. 24, fig. 10 : Elamena pilosa A. Milne Edwards) : la décal¬
cification, qui est générale chez ces Crabes, semble toucher encore plus cette partie du corps.
Dans le genre Elamenopsis A. Milne Edwards, nous avons observé une femelle ovigère à cavité incuba¬
trice réduite.
IV. LE RÔLE DE LA MUE DANS LA COPULATION
Il est bien évident que, pour l’étude morphologique des vulves, la comparaison doit porter sur
des femelles se trouvant à un stade analogue de leur vie prépubérale ou postpubérale et à une phase
similaire par rapport à la copulation et à l’ovulation. En général, les vulves sont peu développées,
étroites et pourvues d’un petit orifice jusqu’à la mue de puberté, puis s’élargissent et prennent leur
structure adulte. De même que les pléopodes mâles n’acquièrent leur véritable morphologie qu’au-delà
d une certaine mue, les vulves n’accèdent à leur structure définitive qu’après une croissance bien déter¬
minée. Des modifications de la vulve et des parties annexes interviennent au moment de la copulation
et de l’ovulation : ces phénomènes sont relativement peu connus.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX FEMELLES
187
Ainsi, chez certains Crabes, ia copulation est empêchée par des facteurs physiques : chez les Majidae,
les vulves ne deviennent assez larges pour permettre l’accouplement qu’après la mue de puberté (Hartnoll,
1963). Chez d’autres, tels les Grapsidae, il n’en est pas de même et ce sont des mécanismes physiologiques qui
font obstacle à la copulation avant que soit atteinte la maturité sexuelle (Hartnoll, 1969).
On sait que les mâles copulent seulement lorsqu’ils ont un test dur, tandis que les femelles s’accou¬
plent, soit avec un test mou, soit avec un test dur. Une idée longtemps admise fut que les femelles
ne pouvaient être fécondées qu’après avoir mué ; la raison principale en est que les espèces les plus
couramment étudiées {Cancer, Carcinus, etc.) appartiennent, par hasard, à la catégorie de Crabes
dont les femelles copulent seulement après la mue, c’est-à-dire lorsqu’elles sont molles. C’est le cas,
donc, des Cancridae et des Portunidae. Chez les Majidae, les deux situations se rencontrent : cela peut
s’expliquer par le fait que, dans cette famille, la mue de puberté correspond à la dernière mue. On peut
supposer que les espèces qui copulent à l’état mou viennent d’accomplir leur mue de puberté ; par
la suite, les femelles ne peuvent plus s’accoupler que nanties d’un test dur puisqu’il n’y a plus de mues.
Chez la plupart des Grapsidae et des Ocypodidae, l’accouplement se fait lorsque la femelle est
dure. Chez nombre d’espèces de ces familles, un opercule clôt le vagin. Si l’opercule est mobile, il n’y
a d’obstacle à la copulation à aucun moment du cycle. Si l’opercule est immobile, la copulation ne peut
avoir lieu que s’il devient flexible. C’est le cas normal après une mue générale de l’animal, mais Hart¬
noll (1965 ; 1969) a montré qu’une décalcification locale, donc une mue partielle, de l’opercule vul¬
vaire se produisait chez certaines espèces. De telles espèces dotées d’un opercule fixe et fécondées pen¬
dant le cycle d’intermue appartiennent à des groupes très divers de Brachyoures ; Corystes cassifelau-
nus (Pennant) {cf. pl. 25, fig. 4-5), Dorippe lanala (Linné), Pachygrapsus marmoratus (Fabricius), Ara-
lus pisoni (H. Milne Edwards), Goniopsis cruentata (Latreille), Sesarma ricordi H. Milne Edwards
{cf. Vernet-Cornubert, 1958 ; Warner, 1967 ; Hartnoll, 1969).
Tübkay (1970 ; 1973 ; 1974) a observé le même phénomène de décalcification locale chez les
Gecarcinidae. Ainsi, la copulation n est pas restreinte à la période qui suit la mue du Crabe et devient
en quelque sorte indépendante de l’étape du cycle d’intermue.
Il est intéressant de noter que des Crabes aussi différents que les Corystidae {sensu Balss), que
les Dorippidae {sensu Balss) et que les Grapsidae, munis d’un opercule fixe, font intervenir un méca¬
nisme analogue favorisant la copulation.
Le genre Corystes Latreille, primitif par de nombreux caractères morphologiques (plastron sternal étroit,
sutures intersegmentaires continues, pas de cavité sterno-abdominale, etc.) (pl. 9, fig. 1) et en même temps
spécialisé à l’extrême (adaptation à la vie fouisseuse), constitue un cas assez particulier. Les conduits génitaux
sont du type « simple », ce que l’on peut considérer comme un caractère plésiomorphe. La vulve est fermée par
un opercule rigide, qui devient flexible pendant une période de 12 à 20 jours, à l’époque de la reproduction.
La copulation se fait entre un mâle dur et une femelle dure (Hartnoll, 1968& ; 1969, p. 167). La parade pré¬
nuptiale est longue, le mâle transportant la femelle pendant plusieurs jours entre ses pinces. L’appariement
a lieu sternum contre sternum, les Crabes étant partiellement enfouis. Le mâle lâche alors rapidement la femelle,
qui commence à pondre ; les opercules se recalcifient ensuite.
Deux types principaux de mode d’accouplement peuvent être distingués chez les Brachyoures.
Dans le premier groupe (Cancridae, Portunidae), caractérisé par des conduits génitaux femelles
du type a simple », la copulation se produit avec une femelle molle. La recherche d’une partenaire
par le mâle commence pendant la prémue de la femelle ; il y a un long processus prénuptial et même
postnuptial, souvent jusqu’au durcissement du test de la femelle. Les Hymenosomatidae copulent
également lorsque la femelle est molle, de même que Menippe mercenaria (Xanthidae Menippinae)
et aussi certains Majidae qui se trouvent sans doute à l’époque de la mue de puberté.
Le deuxième type de comportement copulatoire concerne les Crabes dont les femelles sont
dures au moment de la fécondation. Dans un certain nombre de cas, il y a une parade sexuelle relati¬
vement brève avant l’accouplement et ce sont surtout des stimuli visuels, tactiles et auditifs qui entrent
en jeu (Xanthidae, certains Majidae, Grapsidae, Ocypodidae). Il n’est pas étonnant de trouver ce
mode de reproduction chez des espèces vivant hors de l’eau, semi-terrestres ; l’exemple le plus remar¬
quable est représenté par le genre Uca Leach {cf. Crâne, 1975).
Source : MNHN, Paris
188
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE JEfT TAXONOMIE DES BRACHYOURES
On peut mettre en rapport la morphologie du vagin, a simple » ou « concave u, avec le mode d’accou¬
plement, faisant intervenir une femelle molle ou une femelle dure (Hartnoll, 1969, p. 178, tableau II).
Les généralisations ne doivent pas être trop hâtives, étant donné le caractère incomplet des données,
mais on peut déjà faire l’hypothèse que la copulation avec femelle molle est un mode plus primitif
que la copulation avec femelle dure. Les cas exceptionnels comme celui du genre Corystes sont expli¬
cables {cf. supra).
Les orifices génitaux femelles constituent un système fonctionnel avec les appendices copula-
teurs mâles, et il nous parait plus judicieux de traiter de ces derniers {cf. le chapitre vu) avant d’abor¬
der, comme une sorte de conclusion, la discussion sur les correspondances morphologiques entre les
deux sexes et sur le rôle des organes génitaux dans la phylogenèse.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
Chapitre VI
ORIFICES GÉNITAUX MALES
Dans son Histoire naturelle des Crustacés (1834-1837), H. Milne Edwards séparait un certain
nombre de Brachyoures en Cyclométopes et en Catométopes sur la base de caractères morphologiques
externes et internes. Dès iors se trouvait explicitée une différence fondamentale, à savoir que dans
un groupe, les Cyclométopes, les orifices génitaux du mâle s’ouvrent sur la coxa de la dernière paire
de péréiopodes thoraciques et que, dans un autre, les Catométopes, ils sont « placés presque toujours
sur le plastron sternal lui-même » ou, au moins, se continuent « avec une gouttière transversale creusée
dans le plastron et renfermant les verges » (H. Milne Edwards, 1834, p. 264-265, 363-367 ; 1837,
P- ‘-’i-
Dans nos recherches préliminaires sur les Goneplacidae (Guinot, 1969o), nous avons tenté
de démontrer que la disposition catométope dérive de la cyclométope : l’observation des types variés
d’organisation réalisés chez les Goneplacidae (de la conception classique) permet de comprendre les
différentes phases et les diverses modalités du processus entraînant le déplacement de l’orifice sexuel
en position sternale.
Dans la disposition cyclométope typique, l’orifice sexuel mâle est coxal et la partie basilaire
de l’abdomen occupe tout l’espace compris entre les coxae des p5, de sorte que le sternum est à ce
niveau entièrement recouvert par l’abdomen (exception des Pilumninae sensu Balss) et que le bord
postérieur de la carapace est complètement séparé du plastron sternal.
Dans la disposition catométope, il y a un élargissement de l’ensemble du sternum thoracique,
et une partie de celui-ci, plus précisément le sternite 8, est laissée à découvert. Chez les formes primi¬
tives, cette partie latérale du sternite 8 devenue visible est réduite et ne se situe qu’au niveau du
deuxième segment abdominal, parfois n’apparaissant que comme une minuscule pièce à la limite du
deuxième et du troisième segment ; l’orifice mâle demeure donc coxal. Lorsque la partie latérale du
sternite 8 s’agrandit, elle tend à se fusionner en avant avec le sternite 7 : les deux régions s’unissent
par leurs parties dorsales, par-dessus le pénis, en formant une sorte de gaine où se loge ce dernier. La
rencontre des deux zones latérales des sternites 7 et 8 est plus ou moins complète, la réunion des deux
bords pouvant n’être qu’ébauchée, partielle {cf. fig. 51B, C) ou réalisée sur une longueur réduite (gout¬
tière courte : cf. fig. 51D) ; la gouttière peut être développée, allongée, sans qu’il y ait pour autant
réunion des bords des sternites 7 et 8 {cf. fig. 51A, E). Le pénis ne parait donc déjà plus sortir de la
coxa de p5, où il prend réellement naissance, mais du sternum. Ainsi, à un stade peu avancé, où il
n’est pas encore recouvert par les portions latéro-dorsales du sternum, le pénis se couche dans un sillon
creusé sur la surface sternale et plus ou moins compris ventralement entre les pièces sternales. À un
stade évolué, le prolongement sternal au-dessus du pénis est important, et il y a un isolement complet
de ce dernier {cf. fig. 51F) : à l’orifice mâle coxal s’ajoute un deuxième orifice, déporté vers l’intérieur
et franchement sternal, le plastron étant alors généralement fort élargi. La partie du sternite 8 laissée
à découvert peut alors apparaître non seulement au niveau du deuxième segment abdominal mais
aussi au niveau du premier, et c’est toute la partie basilaire de l’abdomen qui est séparée du sternum.
Il y a, de ce fait, réunion du sternum thoracique avec le bord postérieur de la carapace.
Il est bien évident que la migration de l’orifice sexuel mâle en une position sternale est liée
à l’élargissement de la partie postérieure du sternum, mais un autre facteur entre en jeu, à savoir la
largeur de l’abdomen lui-même dans sa partie basilaire.
Nous verrons, avec certains cas particuliers, que des Crabes considérés comme Xanthidae par exemple
montrent un début d’organisation catométopienne. Il s’agit soit de genres à la limite des Cyclométopes et des
Source : MNHN, Paris
190
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIlî DES BRACHYOURES
Catométopes — et alors la place à leur attribuer peut faire l’objet de discussions —, soit de formes qui ne sont
pas à leur place dans la classification actuelle et doivent être transférées parmi les francs Catométopes.
Nous pensons que l’élément le plus significatif est la tendance à la réunion des sternites 7 et 8
et à la formation d’une gaine pénienne : c’est par ce caractère surtout que se traduit l’organi¬
sation catométopienne.
En même temps que se produisent les modifications du plastron sternal et le déplacement de
l’orifice sexuel mâle, les caractères anciens intéressant la forme de la carapace, la disposition antenno-
orbitaire, la morphologie des pinces, etc., sont remplacés par d’autres. Parfois, les formes intermédiaires
offrent une structure composite, avec assemblage de caractères mixtes, intrication de caractères. On
peut concevoir que les Goneplacidae tels qu’on les regarde actuellement représentent un certain type
d’organisation, un niveau d’évolution, avec une série d’innovations qui leur sont propres et retentis¬
sant sur tout l’organisme. Les diverses formes intermédiaires nous donnent l’image des étapes du mou¬
vement évolutif. Vus sous cet angle, les Goneplacidae n’apparaissent plus comme une lignée unique,
comme un groupe naturel. Les sous-familles actuellement acceptées qui, du reste, n’ont souvent qu’une
unité structurale bien douteuse, réunissent des genres sans liens phylétiques ; elles ont été édifiées sur
un ensemble de caractères se retrouvant indépendamment dans des groupes différents, dans des rameaux
distincts, parallèles ou divergents.
Si l’on considère les Goneplacidae comme un état, un nweau, il importe de reconnaître les rap¬
ports réels de parenté entre les formes, de découvrir les groupes naturels, de dégager les lignées pro¬
venant d’une même souche et se succédant par filiation. Dans une telle classification, phylogénétique,
la compréhension de ce vaste groupement devient à certains égards facilitée, mais tout n’est point
résolu et plusieurs points doivent encore être éclaircis.
Nous ne dirons ici que quelques mots concernant les Goneplacidae {sensu Balss), qui font l’objet
d’une publication spéciale.
Nous nous proposons ici d’étendre à l’ensemble des Brachyoures notre étude de l’orifice génital
mâle. Si l’on suit la classification de Balss {1957), l’orifice mâle est coxal chez tous les Brachyoures
Dromiacea, chez les Oxystomata (y compris les Tymolinae et les Raninidae), ainsi que chez une partie
des Brachygnatha. Parmi ces derniers, tous les Oxyrhyncha et un certain nombre de Brachyrhyn-
cha possèdent un orifice coxal ; chez les autres Brachyrhyncha, l’orifice mâle est indiqué comme ster¬
nal.
Chez les Oxystomata, Balss (1957, p. 1607-1608) n’omet pas de signaler que l’orifice mâle est
sternal chez les Leucosiidae : a Die Vasa deferentia durchbohren das Sternum neben der Coxa der
P/5 B {ibid., p. 1612). Mais il ne fait pas mention des différences importantes qui séparent les divers
représentants de cette famille quant à la localisation de l’ouverture génitale mâle, qui est loin d’être
uniforme.
Schématiquement, le système génital mâle comprend une paire de testicules ; de chaque testicule part
un canal déférent qui s’étend dans la cavité thoracique et aboutit à la coxa du dernier péréiopode. La partie
postérieure du canal déférent, ou canal éjaculateur, traverse la musculature du huitième somite thoracique
et se termine dans une sorte de tube ou de papille, le pénis, qui émerge de l’orifice creusé sur la paroi coxale
ou la paroi sternale.
Le pénis, appelé verge par d’anciens auteurs comme Duvernoy (1850 ; 1853) ou Brocchi (1875), a
une longueur, une rigidité, une forme, extrêmement variables selon les groupes. Nous ne décrirons qu’accessoi-
rement cette formation, notre étude étant consacrée à la position de l’orifice génital mâle, sur la coxa ou sur
le sternum. Le pénis est parcouru par le canal éjaculateur {cf. notamment Ryan, 1967a).
Chez les Brachyoures adultes à orifices femelles sternaux (sternitrèmes), on trouve fréquem¬
ment le pénis inséré dans le pléopode 1 mâle, à l’intérieur duquel il pénètre par un orifice spécial. Une
différence fondamentale sépare, on va le voir, les Brachyoures. Chez les péditrèmes, c’est-à-dire chez
les Crabes à orifices femelles coxaux, l’orifice mâle est toujours coxal : ces formes sont donc des pédi¬
trèmes aussi bien en ce qui concerne l’orifice femelle qu’en ce qui concerne l’orifice mâle. Le pénis a
une conformation spéciale et se place entre le premier pléopode sexuel, de forme plus ou moins tubu-
Source ; MNHN , Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
191
laire, et le deuxième pléopode, généralement assez long. La même ouverture sert à l'insertion du pénis
et à celle du pl2.
Chez les sternitrèmes, l’orifice mâle est soit coxal, soit sternal. On peut donc dire que les ster-
nitrèmes sont, pour une part d’entre eux, péditrèmes en ce qui concerne l’orifice génital mâle ; les
autres sont sternitrèmes à la fois en ce qui concerne l’orifice femelle et en ce qui concerne l’orifice mâle.
Deux ouvertures se situent à la base du premier pléopode mâle, l’une pour l’insertion du pénis, l’autre
pour celle du deuxième pléopode sexuel (voir le chapitre vu sur les pléopodes sexuels).
I. BRACHYOURES S.L. À ORIFICES FEMELLES COXAUX
(BRACHYOURES PÉDITRÈMES)
Chez tous les péditrèmes, les orifices mâles sont coxaux ; on peut dire que les Brachyoures en
question sont péditrèmes aussi bien en ce qui concerne les orifices femelles qu’en ce qui concerne les
orifices mâles. Le pénis est généralement très développé, soit qu’il forme un long tube émergeant de
la coxa, soit que la coxa se modifie pour constituer une sorte de tube pénien. La position particulière
des p5, ramenés sur le dos, et la morphologie des pléopodes sexuels, adaptés au dépôt du sperme dans
des spermathèques, déterminent, au moins en partie, cette disposition. D’après Hartnoll {1975o,
p. 675), les muscles peu développés du vas déferons et du canal éjaculateur sont peut-être à l’origine
du fait que la copulation chez les Dromiaeea et, sans doute aussi, chez les Homoloidea, constitue un
processus d’une assez longue durée. En comparaison, chez les Astacoures, qui possèdent des conduits
génitaux dotés d’une très forte musculature, facilitant l’expulsion du spermatophore, la copulation
est de très courte durée (de quelques secondes à une minute).
Chez tous les péditrèmes, le pénis vient se placer à la base du premier pléopode sexuel mâle :
ce dernier n’étant pas complètement tubulaire, il n’y a pas comme chez les Brachyoures sternitrèmes
un orifice spécial à l’intérieur duquel il pénètre (voir le chapitre sur les pléopodes sexuels mâles).
Dromiacea
Dromiidae
L’orifice mâle est situé sur la coxa de la cinquième paire de péréiopodes, réduite et ramenée sur
le dos. Il en sort un pénis long, épais, rigide ou semi-rigide, à extrémité transparente, parfois amincie.
La forme de la coxa et celle du pénis sont sensiblement les mêmes chez Dromia personata (Linné)
(fig. 60A-D), D. dehaani Rahtbun (fig. 43A ; pl. 21, fig. 2), Dromidia antillensis Stimpson (fig. 43B),
Cryptodromia tumida (Stimpson), etc.
Hartnoll (1975o, p. 665, fig. 4), qui décrit l’appareil génital mâle de Dromia personaXa, indique que
le pénis, « supported by a calcified tubular sclerite », est couvert d’une cuticule épaisse.
Dynomenidae
Chez Dynomene hispida (H. Milne Edwards) (fig. 43C ; 60E-F), la cinquième paire de péréio¬
podes thoraciques est atrophiée, relevée dorsalement et s’introduit entre le bord postéro-latéral de la
carapace et les articles proximaux de p4. Toute la coxa de p5 est modifiée, de forme triangulaire, et
devient tubulaire dans sa moitié distale dont, seule, l’extrémité est transparente. Elle s’applique dans
un espace entre la paroi sternale et la coxa de p4, la pointe pénienne s’appuyant contre le condyle
articulaire de la coxa de p4 sur le sternum.
Dans la famille des Dynomenidae, c’est toute la coxa de p5 qui est transformée ; le pénis se
trouve presque complètement inclus dans une gaine coxale.
Source ; MNHN, Paris
192
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
193
Homoloidëa
Sur la coxa de p5, péréiopode long mais grêle et ramené dorsalement, s’ouvre un large orifice
mâle. La coxa de p5 a sensiblement la même forme que la coxa des péréiopodes précédents ; il lui man¬
que seulement la zone aplatie qui vient glisser sur le plastron sternal.
Chez Homola vigil A. Milne Edwards (fig. 43D), le pénis est plutôt court et trapu, à paroi molle.
Chez Paromola cuvieri (Risso) (fig. 61D-E ; pl. 22, fig. 2), dont nous n’avons examiné qu’un seul mâle
(à l’état sec), le pénis semble également assez court et large. Chez Homologenus rostratus {A. Milne
Edwards) (fig. 43E), la coxa porte un gros orifice d’où sort un pénis un peu plus allongé, cylindrique,
se rétrécissant progressivement jusqu’à son extrémité.
Chez Lalreillia (>alida de Haan (pl. 22, fig. 5), sur la petite coxa de p5, longue mais très mince,
débouche un pénis de forme épaisse, non tubulaire.
al, a2, a3, premier, deuxième,
troisième segment abdominal ; cxS,
coxa de p5 ; p, pénis ; pS, cin¬
quième péréiopode.
Fig. 44. — Ranina ranina (Linné] ^ : position de la coxa et du pénis par rapport aux premiers segments abdominaux
(animal en vue dorsale). On remarque qu'une partie de la coxa et le pénis en entier sont recouverts par l'abdomen.
Raninoidea ou Gymnopleuba
Chez les Raninoidea, les modifications adaptatives, liées principalement aux habitudes fouis¬
seuses, touchent la morphologie des péréiopodes. La disposition des appendices thoraciques est spé¬
ciale ; l’insertion particulière des deux dernières paires de pattes sur un étroit sternum fait que, dans
leur position naturelle, elles sont placées au-dessus des précédentes : elles apparaissent tout à fait
dorsales, de part et d’autre des segments proximaux de l’étroit et court abdomen (fig. 44). La dernière
paire est profondément transformée en pattes fouisseuses, parfois aussi nageuses.
Fig. 43 A-I. — La coxa de p5, le pénis et la position de ce dernier par rapport à la suture sternale 7/8 chez divers Brachy-
oures à orifices génitaux femelles coxaux [Brachyoures péditrèmes).
A, Dromia dehaani Rathbun: Dromiacea Dromiidae ; B, Dromidia anlillensis Stimpson ; Dromiacea Dromiidae ; C, Dyno-
mene kispida (H. Milne Edwards) : Dromiacea Dynomenidae ; D, Homola vigil A. Milne Edwards : Homoloidëa ;
E, Homologenus rostratus (A. Milne Edwards) ; Homoloidëa ; F, Raninoides laevis (Latreille) : Raninoidea ou
Gymnopleura ; G, Dicranodromia mahyeuxi A. Milne Edwards : pédilrèmc Ilomolodromiidae ; H, Cymopolus asper
A. Milne Edwards : péditrème Tymolidae ; I, Cymonomus quadratus A. Milne Edwards : péditrème Tymolidae.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
13
Source ; MNHN, Paris
194
UORFHOLOGIB, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
La coxa de p5, généralement aplatie dorso-ventralement, se métamorphose en un article pénien :
elle porte une expansion allongée, sclérifiée, à laquelle fait suite la portion strictement pénienne, à
paroi semi-rigide. Le passage entre le tube coxal, dur, et le pénis, flexible, est plus ou moins tranché,
parfois très progressif.
Cette conformation de la coxa de p5 est manifestement liée à celle de l’appendice copulateur 1,
puisque l’extrémité du pénis doit se placer à la base de ce dernier. L’abdomen et, par conséquent,
les pléopodes sexuels étant disposés de façon particulière chez les Raninoidea, il n’est pas étonnant
pue la coxa qui porte le pénis soit modifiée. Dans la position naturelle, le processus coxal est en partie
recouvert par le premier segment abdominal, et le pénis se trouve caché par le deuxième segment abdo¬
minal. La portion plus ou moins visible du processus coxal est en rapport avec la largeur de l’abdomen,
elle-même liée à la largeur de la partie postérieure de la carapace. Serène et Umali (1972, p. 24-51,
fig. 1-4) ont récemment donné des indications sur la « coxal plate » des Raninoidea et, notamment,
précisé que celle-ci était comparativement plus développée chez les mâles que chez les femelles.
Chez Ranina ranina (Linné) (fig. 44, 62A-D), la coxa de p5 consiste en une partie exposée, de part et
d’autre des segments antérieurs de l’abdomen, et en une partie recouverte par ces derniers. C’est cette deuxième
partie qui porte une expansion se prolongeant par le pénis proprement dit.
Chez Cyrtorhina granulosa Monod, la disposition est sensiblement la même : la partie exposée de la coxa
est ornementée ; le tube coxal, sclérifié à la base, se transforme progressivement en pénis.
Chez Noloscelei viaderi Ward, la coxa de p5, élargie et très aplatie dorso-ventralement, se termine par
une expansion assez large, d’où sort un épais pénis.
Chez Raninoidea laevis (Latreille) (fig. 43F) et chez R. bouvieri Capart, la p5 est grêle et courte. La coxa
est peu étalée mais se prolonge par une expansion large, très longue, denticulée, sétifère du côté externe. Il
en émerge un pénis également aUongé.
Chez Ranüia aüantica (Studer) (fig. 62E-G), la coxa de p5 offre à peu près la même forme que dans les
genres Ranina et Cyrtorhina, à la différence qu’elle n’est pas du tout recouverte par l’abdomen ; en effet, ce
dernier est si étroit que la coxa, son expansion tubulaire sclérifiée et le pénis sont visibles latéralement, le long
des segments abdominaux proximaux, et ne se trouvent pas protégés. Seule, la partie apicale du pénis est abri¬
tée, car elle s’incurve vers l’intérieur et s’engage sous l’abdomen.
Dans le genre Lyreidus de Haan, au dernier péréiopode thoracique extrêmement grêle, court et en posi¬
tion dorsale, la coxa de p5 est relativement étendue : exposée dans sa fraction distale, recouverte par l’abdomen
dans sa fraction proximale, elle porte un processus étroit, auquel fait suite un pénis flexible, assez large à la
base, plus mince vers l’extrémité et complètement recouvert par l’abdomen.
Autres Brachyoures péoitrèmes
Homolodromiidae
Chez le seul mâle que nous avons pu examiner, de l’espèce Dicranodromia makyeuxi A. Milne
Edwards (fig. 43G, 63A-C), la coxa de p5 se modifie en un tube calcifié qui se termine par un pénis
de même forme et renflé, mais à paroi molle.
Tymolidae
Les deux dernières paires de péréiopodes sont en position tout à fait dorsale. L’orifice mâle
est situé sur la coxa de p5, près du bord touchant le sternum. C’est un pénis extrêmement court, dépas¬
sant à peine de l’orifice, que nous avons observé chez Cymopolus asper A. Milne Edwards (fig. 43H ;
61A-C). Chez Cymonomus granulatus Norman et chez C. quadraius A. Milne Edwards (fig. 431), un
pénis allongé sort d’un tubercule placé dans le prolongement de p5.
Gordon (1963, p. 52-53, fig. IIA, B) mentionne et figure la « large penial projection on the coxa of pereio-
pod 5 » chez Tymolua japonicus Stimpson et chez Cymonomus granulatua Norman.
Source ; MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
195
tl. BRACHYOURES À ORIFICES FEMELLES STERNAUX
(BRACHYOURES STERNITRÈMES OU CRABES . VRAIS »)
Chez les Brachyoures sternitrèmes, les orifices mâles sont soit coxaux, soit sternaux, avec diver¬
ses phases de transition entre ces deux dispositions. On peut considérer comme plésiomorphe la posi¬
tion coxale de l’orifice mâle. La migration latérale de celui-ci, conséquence de l’élargissement du plas¬
tron sternal, est un processus anagénétique : on peut constituer des morphoclines qui montrent, dans
différentes familles, l’évolution vers une position où la distance entre la coxa et la sortie effective du
pénis est de plus en plus grande.
OxYSTOMATA SCOSU BaLSS, 1957 {SAUF TyMOLINAE ET RaNINIDAe)
Chez les Oxystomata, Balss (1957, p. 1608) indique : « Beim (J gehen die Gonoducte entweder
durch die coxa oder daneben durch das letzte Thorakalsternit ».
Chez les Dorippidae (dont nous avons exclu les Tymolinae, ef. supra), et plus précisément
dans le genre Dorippe Weber (fig. 46F), le pénis sort d’un gros tubercule mobile inséré sur la coxa de
p5 au-dessus du condyle articulaire de la coxa sur le sternum ; ce tubercule se prolonge par un long tube
transparent, à parois rigides, d’où émerge la portion tout à fait distale et molle du canal éjaculateur.
Chez Dorippe, dont le plastron est très large (fig. 28A, B), on observe un rapprochement du sternite 7
(c’est-à-dire de l’épisternite 7) et du sternite 8 : le tube pénien se trouve comme enchâssé dans une
sorte de courte rainure, ménagée entre les bords non jointifs mais peu éloignés des parties externes
des sternites 7 et 8. Peut-être est-ce là une tendance particulière de l’orifice mâle à devenir sternal.
Chez les Calappinae, la disposition est tout autre. Dans le genre Calappa Weber (fig. 46D ;
pl. 14, fig. 2), l’ouverture mâle, qui est vaste, se trouve juste à la lisière interne de la coxa, au-dessus
du condyle articulaire de p5 sur le sternum. Le pénis, membraneux, est large, foliacé et contourné ;
une bonne partie du pénis pénètre dans l’orifice basal du pléopode 1, tandis que, semble-t-il, un diver¬
ticule latéral reste en dehors de l’appendice eopulateur et se place entre ce dernier et le pléopode 2.
Chez les Matutinae, à savoir dans le genre Maluta Weber (fig. 46E ; pl. 14, fig. 5), l’orifice mâle,
plus réduit, se situe juste en arrière de l’étroit condyle articulaire de la coxa de p5 sur le sternum.
Dans le genre Oriihyia Fabricius, seul représentant de la sous-famille des Orithyinae, l’orifice
mâle s’ouvre à l’extrémité du condyle articulaire de la coxa de p5 ; le pénis sort donc tout près de la
paroi sternale.
En revanche, chez les Leucosiidae se manifeste la tendance de l’orifice mâle à quitter sa posi¬
tion coxale pour devenir sternal. Sans entrer ici dans les détails, nous montrerons {cf. fig. 45) trois
phases de ce processus, d’abord chez un Philyrinae du genre Ilia Leach, puis chez un Ebaliinae du genre
Lithadia Bell et, enfin, chez un Leucosiinae du genre Leucosia Weber.
Chez Ilia nucléus (Linné) (fig. 45A ; pl. 15, fig. 7), le gros condyle articulaire de la coxa de p5
s’intercale entre une avancée antéro-externe du sternite 8 (accolée à l’épisternite 7 qui s’appuie large¬
ment sur la coxa de p5) et une avancée postéro-externe du sternite 8, encore plus proéminente que
la précédente. Le pénis est trapu, en forme de massue.
Chez Lithadia cariosa Stimpson (fig. 45B ; pl. 15, fig. 6), l’orifice mâle paraît egalement déporté
dans la zone sternale, mais la disposition est un peu différente. Le conduit mâle débouche à l’extrémité
arrondie du gros condyle articulaire de la coxa de p5 sur le sternum, condyle encadré par deux avancées
qui se rejoignent presque : une avancée antéro-externe formée par le sternite 7, extrêmement proémi¬
nente et appliquée sur la coxa ; une avancée postéro-externe constituée par le sternite 8. Le pénis est
long et flexible.
Chez Leucosia unidentata de Haan (fig. 45C ; pl. 15, fig. 1, 2), Leucosia longifrons de Haan et,
semble-t-il, dans tout le genre Leucosia, le processus engagé chez les genres précédemment nommés
Source : MNHN, Paris
196
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fie, 45 A-C, —■ Chez trois genres d'Oxystomata Leucosiidae (sensu Balss, 1957), position de l’orifice génital mâle par
rapport à la coxa de p5 et aux sternites thoraciques 7 et 8. Passage d'un orifice coxai à un orifice sternal.
A, Ilia nucUus (Linné) (Philyrinae) : orifice mâle débouchant à l’extrémité du condyle articulaire de la coxa de p5 sur le
sternum; le condyle est entouré par deux avancées du sternite 8 {av. a. et av. p.j.
B, Lititadia cariosa Stimpson (Ebaliinae) ; orifice mâle débouchant à l’extrémité du condyle articulaire de la coxa de p5 ;
rapprochement du sternite 7 (avancée antérieure] et du sternite 8 [avancée postérieure).
C, Leucosia unidentala de Haan (Leucosiinae) : orifice mâle déporté en position sternale par suite du rapprochement du
sternite 7 (avancée antérieure, nv.a.) et du sternite 8 (avancée postérieure, av.p.]. Le pointillé indique la portion
de coxa, avec son condyle, recouverte par les avancées sternales 7 et 8.
av.a., avancée anlérieure ; av.p., avancée postérieure ; c, condyle articulaire ; cx5, coxa de p5 ; eps7, ipister-
nite 7 ; o.m., orifice génital mâle à l'extrémité du condyle ; o.m.s., orifice génital mâle slernui ; 7, 8, sternites thoraciques
7 et 8 ; 718, suture sternale thoracique 7/8.
aboutit à la localisation complètement sternale de l’orifice mâle. En effet, les deux avancées, antéro*
externe du sternite 7 et postéro-externe du sternite 8, se sont rejointes et fusionnées en recouvrant
une grande partie de la coxa de p5 ainsi que son condyle. L’orifice apparent se trouve isolé de la coxa
et refoulé vers la zone médiane, donc devient sternal. En fait, le vas deferens aboutit toujours dans
la coxa et le pénis sort encore à l’extrémité du condyle, qui porte un orifice (o.m.). C’est dans une gaine,
fermée par suite de la réunion des avancées sternales mentionnées, c’est-à-dire sous une sorte de pont,
que se place le condyle et que se termine le conduit génital mâle : un deuxième orifice, arrondi, est
présent, vraiment sternal (o.m.s.). Le pénis, membraneux, est long et, en même temps, assez trapu.
On constate que la tendance de l’orifice génital mâle à migrer en position sternale se manifeste
dans plusieurs sous-familles de Leucosiidae. Elle est liée à l’élargissement du plastron sternal, notam¬
ment de sa partie postérieure. On remarquera aussi que chez Ilia, le processus se présente différemment :
dans ce genre et, sans doute, chez d’autres Leucosiidae, la gaine pénienne est formée par la réunion
d’avancées dépendant toutes deux du sternite 8 et non, comme chez Lilhadia et Leucosia, d’une avancée
dépendant du sternite 7 et d’une autre dépendant du sternite 8. Il faut noter qu’un véritable orifice
perce la surface sternale. Il sera utile de réviser les divers genres leucosiens quant à ce caractère.
OXYRHYNCHA SCnSU BalSS, 1957 (SAUF HyMENOSOMATIDAE)
Nous n’avons pas pu examiner tous les Oxyrhyncha mais il semble bien que, toujours, l’orifice
mâle soit coxai, aussi bien chez les Majidae que chez les Parthenopidae. Il ne semble pas (mais c’est
à contrôler) que, même chez les formes à plastron très élargi, il existe, comme chez les Oxystomata,
une tendance à la migration de l’orifice mâle vers une position sternale.
Chez Maja squinado (Herbst) (fig. 461 ; pl. 16, fig. 2), l’ouverture mâle se trouve juste sur le bord interne
de la coxa de p5 et au-dessus du condyle articulaire de cet article sur le sternum. La disposition est sensible¬
ment la même chez Pisa tetraodon (Pennant) (pl. 16, fig. 4), où le pénis débouche d’un orifice vaste et arrondi,
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
197
tout près du bord sternal. Chez Chlorinoides barunai Serène (pl. 16, fig. 7), l’orifice mâle est extrêmement laté¬
ral sur la coxa et, à son niveau, le bord coxal interne s’amincit nettement. La conformation est analogue chez
Eurynolambrus auslralis H. Milne Edwards (pl. 16, fig. 8), Majidae à carapace et plastron extrêmement larges.
L’orifice mâle des Parthenopidae est également coxal : par exemple, chez Lamhrus longimanus
(Linné) (fig. 46H).
Dans le genre Dairoides Stebbing (fig. 27A), qui est un Parthenopidae assez particulier [cf. pl. 3,
fig. 2, pl. 17, fig. 9-11), l’orifice mâle s’ouvre sur la coxa de p5, au-dessus du condyle articulaire et tout
contre la paroi sternale. Le pénis est large à la base et épais.
Le genre Daira de Haan, que nous plaçons, avec une certaine réserve, à proximité du genre
Dairoides, possède un orifice mâle placé au-dessus du condyle articulaire de la coxa de p5 et très près
du bord interne (fig. 21C). En avant de l’ouverture, le sternite 7 se prolonge par une étroite avancée
qui vient s’appliquer sur la coxa de p4.
Parthenoxystomata {sensu Guinot, 1966-1967 ; 1978â)
Chez tous les Parthenoxystomata, aussi bien dans le genre Aethra Leach que dans les genres
Osackila Stimpson, Hepatus Latreille et Actaeomorpha Miers, l’orifice mâle est coxal.
Bellioidea (senau Guinot, 1976)
L’orifice mâle est coxal chez les quatre genres de Bellioidea ; Bellia H. Milne Edwards, Corys-
toides Lucas, Acanlhocyclus Lucas et Heterozius A. Milne Edwards. En fait, il débouche entre la coxa
et la paroi sternale, à l’extrémité du condyle articulaire. Chez ces genres, une portion du sternite 8
apparaît à découvert en un ou deux endroits ; l’épisternite 7 se développe et s’avance postérieurement
de façon à recouvrir le condyle de la coxa de p5 et à se rapprocher du sternite 8 (surtout chez Bellia).
Le pénis, élargi et foliacé, est couché dans une concavité du sternite 8. On peut considérer que se mani¬
feste — légèrement, certes — la tendance de l’orifice à migrer en position sternale.
Brachyrhyncha {sensu Balss, 1957, p. 1632)
C’est à l’intérieur de cette catégorie taxonomique, reconnue généralement comme une super¬
famille, que certains carcinologistes distinguent deux groupes, les Cyclométopes et les Catométopes.
H. Milne Edwards (1834, p. 264-265, 363-367 ; 1837, p. 1-7), qui a été le premier à reconnaître cette
division, a exposé les différences séparant ce qu’il considérait comme deux familles : chez les Cyclométopes,
e l’article basilaire des [pattes] postérieures est toujours percé chez le mâle pour livrer passage aux verges »
(1834, p. 367) ; chez les Catométopes (à l’exception des Thelphusiens), on observe des « verges naissant direc¬
tement du plastron sternal, ou bien traversant l’article des pattes postérieures, et se cachant de suite dans un
canal transversal du sternum pour gagner le dessous de l’abdomen a (1837, tableau synoptique, p. 7).
Alcock, qui reprend la bipartition de H. Milne Edwards, indique pour la o tribu a des Cyclometopa :
« The génital ducts of the male open at the bases of the last pairs of legs » (1898, p. 68) ; pour la « tribu » des
Catometopa (ou Grapsoidea) : « The génital ducts of the male usually perforate the sternum opposite the last
pair of legs ; if as happens in the family Gonoplacidae, they perforate the bases of the last pair of legs, they
pass forwards to tkeir destination in a groove in the sternum ».
Dans sa faune des Brachyoures ouest-africains, Th. Monod (1956, p. 36, clef) reconnaît deux « séries »
à l’intérieur des Brachyrhyncha : celle des Cyclometopa, avec l’orifice mâle « presque toujours coxal »; celle
des Catometopa, avec l’orifice mâle « presque toujours sternal ».
A l’orifice mâle coxal est associée une carapace « d’ordinaire hexagonale ou transversalement
ovalaire » ; à l’orifice mâle sternal, une carapace a plus ou moins quadratique ou arrondie » (Monod,
1956, p. 36).
Pour clarifier l’exposé, nous étudierons les Brachyrhyncha, famille par famille.
Source ; MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOUBES
CoRYSTiDAE {sensu Balss, 1957, p. 1634)
L’orifice mâle est coxal dans les genres Corystes Latreille (fig. 46A, cf. pl. 9, fig. 1), Nautiloco-
rystes H. Milne Edwards (fig. 20C) et Pseudocorystes H. Milne Edwards (fig. 20B).
Atelecyclidae {sensu Balss, 1957, p. 1634)
L’orifice mâle est coxal chez tous les genres attribués à cette famille : Atelecyclus Leach (fig. 46B ;
pl. 9, fig. 5), Thia Leach (fig. 20A, 46C), Peltarion Jacquinot (fig. 20D), Telmessus White, Trachycar-
cinus Faxon, etc.
Cancridae et Perihelidae
L’orifice mâle est coxal dans les genres Concer Linné et Perimela Leach. L’ouverture se trouve
tout près du bord interne de la coxa de p5 et juste au*dessus du condyle articulaire de cette dernière
sur le sternum chez les espèces de Cancer que nous avons examinées. Chez Perimela denticuUita (Mon-
tagu), l’orifice génital mâle est moins marginal et s’ouvre un peu plus bas sur la coxa.
PORTUNIDAE
L’orifice mâle débouche toujours sur la coxa de p5. On constate, chez certains genres à plas¬
tron élargi, une ébauche de rapprochement des sternites 7 et 8.
Dans le genre Carcinus Leach (fig. 47F ; pl. 13, fig. 1), la disposition est simple : le sternum
n’est pas élargi vers l’arrière et aucune portion du sternite 8 n’est découverte quand l’abdomen est
rabattu. De l’orifice coxal sort un pénis assez long, qui se couche dans une concavité du sternite 8.
En revanche, dans d’autres genres tels que Scylla de Haan (pl. 13, fig. 4, 5), CaÜinectes Stimpson
(fig. 47G ; pl. 13, fig. 8) ou Podophtkalmus Lamarck (fig. 47H ; pl. 13, fig. 7), un large plastron s’inter¬
cale entre les p5 nageuses et une portion du sternite 8 est laissée à découvert. Cette portion visible du
sternite 8 forme une avancée qui fait saillie au-dessus de la coxa de p5. Presque symétriquement, posté¬
rieurement au condyle articulaire de la coxa de p5 sur le sternum, pointe une autre avancée, dépendant
également du sternite 8. Le condyle de la coxa se trouve donc encadré par ces deux avancées (avancée
antérieure du sternite 8 et avancée postérieure du sternite 8), entre lesquelles se situe une concavité.
C’est dans cette zone déprimée que se loge le long pénis issu de la coxa. A la surface du sternite 8, là
où s’appuie le pénis, on observe un léger sillon, qui prend l’aspect d’une rainure chez Podopkthalmus.
Chez ces Crabes nageurs, l’orifice est toujours coxal mais le pénis est couché dans une dépression
sternale, avec seulement une ébauche de recouvrement de part et d’autre par les parties latéro-dor-
sales du sternite 8. C’est la manifestation de la tendance catométope, qui se montre avec le plus d’accen¬
tuation dans le genre Podophthalmus, Portunidae en effet le plus « carcinisé ».
Fig. 46 A-I. — LocalUation de l’orifice génital mâle sur la coxa de p5 et aa poaition par rapport à la suture sternale thora¬
cique 7/8 chez divers Brachyoures. L’orifice mâle est toujours coxal.
A, Corystes cassivelaunus (Pennantj : Corystidae ; B, AleUcyclus rotundatus lOlivi) : Atelecyclidae Atelecyclinae ; G, Thia
sp. : Atelecyclidae Thiinae ; D, Calappa granulala (Linné) : Calappidae Calappinae ; E, Maluta planipes (Fabri-
cius) : Calappidae Matutinae ; F, Dorippe lanaia (Linné) ; Dorippidae ; G, Kraussia rugulosa (Krauss) : Xanthidae ;
H, Lambrus longimanus (Linné) ; Parthenopidae ; I, Maja squinado (Herbst) : Majidae.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MALES
199
Source : MNHN, Paris
200
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Retroplumidae
Chez les Retroplumidae, la localisation de l’orifice mâle est subordonnée à la conformation
particulière de la dernière paire de péréiopodes. En effet, cette dernière est rudimentaire, en forme
de plume {cf. fig. 30F) et ramenée sur le dos. Les coxae, c’est-à-dire la coxa de chacune des deux p5,
sont fortement rapprochées l’une de l’autre ; le sternite correspondant, à savoir le sternite 8, est réduit
(bien qu’entourant postérieurement la coxa par une expansion postérieure, recouverte par le bord
postérieur de la carapace). Les coxae de la dernière paire étant proches du plan sagittal médian, et
donc des premiers pléopodes sexuels mâles, il n’est pas étonnant de trouver ici un orifice mâle coxal.
Dans le genre Retropluma GUI, dont nous avons figuré le sternum thoracique, notamment
le recouvrement partiel du sternite 8 par la carapace, chez une femelle (fig. SOC, D), l’orifice mâle s’ouvre
à l’extrémité du condyle articulaire de la coxa de p5 sur le sternum. Ce condyle s’appuie d’une part
sur le sternite 7, extrêmement développé en longueur, et d’autre part sur une avancée saillante du
sternite 8 (fig. 54F, G). Le pénis, assez fort et à paroi molle, est logé dans une rainure ; l’ensemble :
coxa avec son condyle plus pénis est très mobile.
Cette disposition rappelle celle du genre Dorippe Weber (fig. 28), où la coxa d’une p5 atrophiée
et dorsale se prolonge par un tubercule qui laisse émerger un pénis calcifié. Mais ce tubercule coxal
de Dorippe se situe en avant du condyle articulaire, tandis que chez Retropluma c’est le condyle lui-
même qui s’intercale entre le sternite 7 et le sternite 8.
Xanthidae (sensu Balss, 1957, p. 1645)
Chez les Xanthidae, l’orifice génital mâle est généralement coxal.
Quant à la localisation de l’ouverture sur la coxa, il y a lieu de considérer deux principaux types de
disposition. Dans le premier type de disposition, l’ouverture est complètement coxaie, c’est-à-dire se trouve
bordée sur tout son pourtour par du tégument coxal et apparaît bien circonscrite. Nous avons rencontré une
telle disposition, avec l’ouverture placée juste au-dessus du condyle articulaire de la coxa sur le sternum, chez
de nombreux Xanthidae que nous avons examinés, à savoir : 1) chez des Xanthinae : genres Xantho Leach
(fig. 22D, 47A), Cycloxantkope Rathbun (fig. 22C), Kraussia Dana (fig. 46G) ; 2) chez des Menippinae : genre
Menippe de Haan (fig. 47B ; pl. 12, fig. 1, 2).
Quelquefois, l’orifice se trouve placé tout près du bord coxal et, seule, une mince paroi (de nature coxaie)
le délimite du côté interne. Ce rapprochement de l’orifice en direction du bord coxal se trouve aussi bien chez
des Actaeinae : Actaea de Haan, Actaeodes Dana, Paractaea Guinot, etc., que chez des Menippinae : Epixantkus
Heller (pl. 12, fig. 4), Ozius Desmarest, etc. C’est aussi le cas du genre Pilumnus Leach (fig. 24A, 47E) mais
il semble que, dans ce genre, l’orifice ne soit pas toujours complètement circonscrit du côté interne, la paroi
s’amincissant parfois beaucoup ou, même, faisant place à une zone membraneuse chez certaines espèces.
Une variante de cette première disposition se rencontre chez certaines formes où l’orifice débouche
pratiquement au sommet du condyle articulaire de la coxa sur le sternum. L’orifice est alors complètement
circonscrit. C’est le cas des genres Globopilumnus Balss (fig. 47C), Pilumnoidee Lucas (fig. 21A), Halimede
Fie. 47 A-H. — Localisation de l'orifice génital m&le sur la coxa de p5 et sa position par rapport à la suture sternale
thoracique 7/8 chez divers Braebyoures. L'orifice mâle est toujours coxal mais en G {Câllinectea) et H (Podoph-
thalmiu), formation d'une rainure pour le pénis et rapprochement des deux portions latéro-extemes du sternite 8
[avancée antérieure et avancée postérieure) de part et d'autre du condyle articulaire de la coxa.
A, Xanlho incisue incisus (Leach) : Xanthidae Xanthinae (sensu Balss, 1957) ; B, Menippe mercenaria (Sey) : Xanthidae
Menippinae ; C, Globopilumnus africanus (A. Milne Edwards] : Xanthidae Menippinae ; D, Carpiliua convexue
(Forsskâl) : Xanthidae Carpiliinae ; E, Pilumnus hirtellus (Linné) : Xanthidae Filumninae ; F, Carcinus mediterra-
neus Czerniavsky : Portunidae Carcininae ; G, Callinectes sapidus Rathbun ; Portunidae Portuninae ; H, Podoph-
thalmus oigil (Fabricius) : Portunidae Podopbtbalminae.
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
Source ; MNHN, Paris
ORIFICES OÉNITAUX MÂLES
201
Source : MNHN, Paris
202
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOÜRES
de Haan (fig. 24C). Dans le genre Trapezia Latreille (pl. 12, fig. 7), rorifîce débouche sur le condyle mais un
peu en retrait de son articulation sur le sternum.
Dans le deuxième type de localisation de l’orilice mâle, ce dernier n’est pas complètement circonscrit
par du tégument coxal et s’ouvre à la limite de la coxa et du sternum : se rapprochant du bord interne, il n’est
délimité que du côté externe tandis que, du côté interne, la paroi coxale rigide est interrompue. Ce type de
disposition se rencontre dans le genre Carpüius Leach (fig. 47D) : l’orifice se trouve à la fois le long du rebord
coxal et de la paroi sternale, juste au-dessus du condyle articulaire. Cette conformation fait qu’une encoche mar¬
que le bord de la coxa au niveau de l'orifice mâle.
Chez la plupart des Xanthidae (sensu Balss, 1957), la partie basilaire de l’abdomen occupe
tout l’espace compris entre les coxae des p5 de sorte que, à ce niveau, tout le sternum est recouvert
par le pléon. C’est le cas, généralement, des Xanthinae, des Menippinae et des Trapeziinae, au sens
de Balss. Il y a toutefois, déjà parmi ces Crabes, des exemples où une portion du sternite 8 est laissée
à découvert. Nous citerons parmi les Xanthinae l’exemple d’espèces des genres Medaeus Dana et Mono-
daeus Guinot. Parmi les Xanthidae de la conception classique, les Pilumninae offrent une disposition
particulière que nous évoquerons brièvement. Enfin, les Panopeinae ou, plus largement, les Crabes
de la lignée panopéenne illustrent le passage d’un type d’organisation à un autre, tout à fait cato-
métope.
Xanthinae des genres Medaeus Dana et Monodaeus Guinot
Dans le genre Medaeus Dana, char, entend, (cf. Guinot, 1967a, p. 363), aussi bien chez M.
ornatus Dana que chez M. elegans A. Milne Edwards, une petite portion du sternite 8 apparaît à décou¬
vert entre l’abdomen (à la limite des segments abdominaux 2 et 3) et le condyle de la coxa de p5.
Dans le genre Monodaeus Guinot (1967a, p. 369), on observe la même particularité : chez Mono¬
daeus couchi (Bell in Couch) (fig. 48A), M. tuberculidens (Rathbun) et M. rectifrons (Crosnier), entre
les p5 apparaît une petite partie du sternite 8, qui n’est donc pas recouverte par le deuxième segment
abdominal ; chez M. rouxi (Capart) (fig. 48B), une plus large portion du sternite 8 est visible.
Fto. 48 A-B. — Rapports de l’abdomen et du sternum au niveau de la coxa de p5 chez deux Xanthinae du genre Mono¬
daeus Guinot : une portion du sternite 8 est visible, plus largement chez Monodaeus rouxi (Capart) (B) que chez
M. couchi (Bell in Coucb) (A).
On peut voir là une tendance vers la disposition catométope, une ébauche de celle-ci évidemment,
puisque l’orifice sexuel mâle, d’où naît un fort pénis, débouche sur la coxa de p5, selon l’organisation
cyclométope courante des autres Xanthidae. A cet égard, les Medaeus et les Monodaeus, surtout Mono¬
daeus rouxi, constitueraient des exemples du mode de passage des Cyclométopes aux Catométopes
Source : MNHIJ, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
203
(selon l’ancienne terminologie). On notera, par ailleurs, que ces genres ont une carapace large, un plas¬
tron sternal élargi et un cadre buccal transverse, avec mxp3 écartés et angle externe du mérus saillant,
autant de caractères rencontrés chez les Catométopes.
Dans les genres Medaeops Guinot (1967a, p. 366) et Edwardsium Guinot {ibid., p. 365), la disposition
est « normale », sans portion de sternite 8 visible.
Pilumninae (sensu BALSS, 1957)
Ainsi que nous l’avons déjà souligné (Guinot, 1969o, p. 697-702), chez des Crabes xanthoYdes
rattachés aux Pilumninae, tels que Pilumnus Leach ou Actumnus Dana, le deuxième segment abdo¬
minal ne s’étend pas sur toute la largeur du sternum, lequel est extrêmement étroit vers l’arrière :
une partie, assez faible mais nette, du sternite 8 demeure toujours visible vers le condyle articulaire
de la coxa de p5 sur le sternum. Par exemple, chez Actumnus setifer de Haan (fig. 49), le sternite 8
apparaît à découvert au-dessous du condyle articulaire de la coxa de p5.
Les Pilumninae sont facilement reconnaissables à leur premier pléopode sexuel effilé, souvent
reployé à son extrémité apicale (fig. 66C, Cl) ainsi qu’à leur deuxième pléopode sexuel très court, de
forme sigmoïde (fig. 66D).
Chez Halimede de Haan et Parapanope de Man {cf. Guinot, 1969a, p. 700 ; 19696, p. 226), genres
attribués aux Xanthinae par Balss (1957, p. 1648, 1649) et qui, à notre avis, doivent être réunis dans
une catégorie taxonomique spéciale, une partie du sternite 8 est également visible entre le deuxième
segment abdominal et la coxa de p5 (fig. 50A : Halimede ochtodes). Une disposition telle que celle ren¬
contrée dans le genre Galene de Haan (fig. 50B) peut en découler, avec, comme conséquence du pro¬
cessus anagénétique, le sternite 8 visible en deux endroits, au-dessou.: et, en outre, au-dessus du con¬
dyle articulaire de la coxa de p5. Le sternum s’est élargi et l’épisternite 7 tend à se rapprocher du ster¬
nite 8 : cependant, l’orifice mâle demeure coxal ; le pénis est couché dans une rainure.
Les Pilumninae à sternite 8 partiellement découvert ne seraient donc pas de stricts Cyclomé¬
topes. Un genre comme Heleropilumnus de Man, placé par Ba.lss (1957, p. 1652) parmi les Xanthi-
dae Pilumninae, donc dans les Cyclométopes, offre des traits catométopes, et ce niveau évolutif devrait
apparaître dans le système de classification adopté.
al, a2, premier et deuxième segment abdominal ; e, condyle d'articulation
de p5 sur le sternum ; cx4, cxS, coxa de pi et de p5 ; eps 7, épislernite 7 ; o.m.,
orifice génilrd mâle ; sl7, sl8, slerniUs 7 et 8 ; 8, portion découverte du sUrniU 8 ;
6/7, 7/8, sutures sternales thoraciques 6/7 et 7/8.
Fig. 49. — Rapports sternum-abdomen chez Actumnus seti/er (de Haan) 10,5 X 14 mm, Madagascar, Balss det.).
L’orifice mâle est coxal mais une portion du sternite 8 est visible juste au-dessous du condyle articulaire de la coxa
de p5 sur le sternum.
De nombreux genres appartenant à ce que nous avons désigné comme la lignée pilumnienne
(Guinot, 1969o, p. 697) sont, en revanche, de francs Catométopes. Dans la classification de Balss
(1957) ils sont rangés parmi les Goneplacidae, principalement dans les Rhizopinae (Balss, 1957, p. 1657).
Source ; MNHN, Paris
204
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fig. 50 A-B. — Rapports abdomen-sternum au niveau de la coxa de p5 : A, Halimede oektodes (Herbst) : une portion
du sternite 8 est visible au-dessous du condyle articulaire de la coxa de p5 sur le sternum ; B, Galerie bispinosa
(Herbst) : le sternite 8 n’est pas recouvert par l’abdomen en deux endroits, au-dessus et au-dessous du condyle
de la coxa de p5.
Pour les abrévialions, voir p. 297-298.
Les Pilumninae parvenus au stade catométope sont notamment les genres : Rhizopa Stimpson, au large
sternite 8 séparant l’abdomen de la coxa et au pl2 à lobe apical terminé en massue ; Mertonia Laurie ;
Ceratoplax Stimpson, au moins pro parte ; Typhlocarcinus Stimpson, au moins pro parte. Le genre
Lophoplax Tesch, rangé à tort par Balss (1957, p. 1656-1657) dans les Prionoplacinae, a atteint le stade
catométope et doit être attribué, dans la lignée pilumnienne, au groupe de formes catométopes.
En conclusion, la lignée pilumnienne comprend des Crabes dont l’orifice génital mâle, coxal,
constitue un caractère plésiomorphe (Pilumninae xanthoïdes) et des Crabes dont la disposition mâle
avec ouverture sternale dénote l’avance anagénétique, avec tous les stades de transition (Pilumninae
gonéplaciens).
Panopeinae Ortmann
Sous le nom de Panopeinae nous désignons le groupe de genres réunissant Panopeus H. Milne
Edwards, Lopkopanopeus Rathbun, Neopanope A. Milne Edwards, ainsi que leurs nombreux alliés.
Nous amendons donc la sous-famille établie par Ortmann (1893, p. 473) qui, outre Panopeus, compre¬
nait à l’origine les genres Daira, Actumnus et Lybia (= Melto), lesquels doivent être exclus de ce grou¬
pement.
Les Panopeinae sont, pour la plupart, américains ; appelés communément « mud crabs », ils
vivent surtout dans les zones vaseuses. Leur caractéristique la plus frappante est la forme singulière
du premier pléopode sexuel mâle {cf. fig. 66A, Al).
Fig. 51 A-F. — Divers stades de l’organisation catométope dans la lignée panopéenne : rapports sternum-abdomen au
mveau de la coxa de p5, formation d'une gaine pèDienne et déplacement do l’orifice génital mâle en une position
sternale, de plus en plus proche du plan sagittal médian.
A, Cyrtoplax sckmiUi (Rathbun), paratype, J 13 X 18 mm, Ecuador, W. L. Schmitt coll. (MP, ex USNM 70829) ( X 8,5).
B, Telraplaxqùadrideniata (Rathbun), ^8,3 x 10,2 mm, Trinidad, Crosby coll., Rathbun det. (MP,exUSNM71010)
(x 10). C, Cyrtoplax spinidenlata (Benedict), ^ 15,8 X 22 mm, Puerto Rico, W. J. Hewatt coll. et leg., st. 346,
Chace det. (MP) (x 9,5). D, Eueraiopsis crassimanus (Dana), cotype d'Eucratoplax guliala A. Milne Edwards,
^8 X 10 mm. Sombrero, coll. Stimbson (MP) (X 17]. E, Malaeoplàx cali/orniensis (Lockingtonj, (J 10 x 14 mm,
Mexico, Gulf of California, Angeles Bay, Garth det. Speocarcinus californiensis et leg. (MP) ( X 7,5). F, Prionoplax
spinicarpus H. Milne Edwards, holotype, 14,8 X 22,2 mm, Chine ? (localité très douteuse) (MP) (x 7,5).
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
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ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
205
o.m.
Source : MNHN, Paris
206
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Chez la plupart des Xanthidae Panopeinae, le deuxième segment abdominal est séparé de la eoxa
de p5 par la partie latéro-externe du sternite thoracique 8, laissée à découvert ; parfois s’ébauche un
rapprochement des parties latérales des sternites 8 et 7. Ainsi, le pénis se trouve logé dans une rainure,
voire dans une véritable échancrure ménagée entre les pièces sternales, incomplètement fusionnées.
Chez l’espèce type du genre Panopeus H. Milne Edwards, P. herbsti H. Milne Edwards, ne se mani¬
feste qu’une légère tendance à la disposition catométope : seulement une petite portion du sternite 8
est visible de part et d’autre de l’abdomen ; le pénis est couché dans une simple rainure. Mais, chez
les Panopeinae, tous les passages existent entre cette conformation et celle où la portion découverte
du sternite 8 s’est agrandie et où se sont réunies dorsalement les parties latéro-externes des sternites
8 et 7. L’orifice mâle se trouve alors déporté dans une position de plus en plus sternale.
Dans la lignée que nous avons dénommée lignée panopéenne (cf. Guinot, 19696, p. 249), on assiste
aux différentes étapes de la progression anagénétique, depuis la forme cyclométope (en fait un peu
dépassée) (Panopeus) jusqu’aux formes franchement catométopes, avec, pour extrême, le genre Pria-
noplax H. Milne Edwards (cf. fig. 51A-F). Chez Prionoplax spinicarpus H. Milne Edwards (fig. 51F),
les parties latéro-externes des sternites 7 et 8 sont complètement réunies dorsalement, et cela sur une
grande étendue ; une gouttière se forme, dans laquelle est abrité le canal éjaculateur ; de l’orifice mâle,
déporté près de l’axe sagittal médian, sort un pénis encore long. Les genres, tous panopéens, représen¬
tés sur la figure 51 ne sont plus des Xanthidae (sensu Balss, 1957) mais des Goneplacidae (sensu Balss,
1957).
L’appellation d’Eucratopsinae Stimpson, 1871 = Prionoplacinae Alcock, 1900, pourrait s'appli¬
quer à ces Crabes de la lignée panopéenne passés au stade catométope, si le rang de sous-famille est
conservé : elle concerne les genres Prionoplax H. Milne Edwards, Cyrloplax Rathbun, Tetraplax Rath-
bun, Eucratopsis Smith, Glyptoplax Smith, Malacoplax Guinot, Cycloplax Guinot et, peut-être aussi,
Panoplax Stimpson.
Goneplacidae (sensu Balss, 1957)
Nous n’étudierons pas les divers représentants de ce groupement, hormis ceux mentionnés
plus haut. Une étude particulière, qui est en cours, leur est consacrée. Pour l’instant, nous renvoyons
à nos notes préliminaires (Guinot, 1969o). Nous n’avions pas figuré la disposition du genre Ommalo-
carcinus White (Guinot, ibid., p. 523). Nous en donnons ici un dessin (fig. 54H) car on voit bien le
processus de recouvrement du pénis par les parties latérales du sternite 7 (épisternite 7) et du sternite
8 : les bords, qui ne sont pas encore jointifs, laissent apparaître la fraction basale du pénis qui s’est
sclérifiée. La portion molle du pénis qui émerge de cette demi-gaine est, au contraire, flexible.
Gbapsidae (sensu Balss, 1957)
Pour les Grapsidae, Balss (1957, p. 1666) énonce que l’orifice mâle est sternal puis indique,
à propos des quatre sous-familles, que l’abdomen remplit tout l’espace entre les coxae des p5 chez
les Grapsinae, les Sesarminae et les Plagusiinae, tandis qu’il le remplit à peine chez les Varuninae.
La figure 52 illustre la position de l’orifice génital mâle chez divers Grapsidae : chez les Grapsi¬
nae, l’orifice est sternal mais placé à proximité de la coxa, à une certaine distance de la suture 7/8
Fie. 52 A-J. — LocalieatioD sternale de l’orifioe génital mâle et sa position par rapport à la coxa de p5 et à la suture
sternale thoracique 7/8 chez divers Grapsidae [sensu Balss, 1957).
A-C, Grapsinae : A, Grapsus tenuicrastatus (Herbst) ; B, Goniopsis eruentala (Latreille) ; C, Planes minutus (Linné).
D, I, J, Sesarminae : D, .Sesarma dehaani H. Milne Edwards ; I, Helice tridens tridens de Haan ; J, Melaplax den-
tipes (Heller). E, Plagusiinae : Plagusia depressa depressa (Fabricius). F-H, Varuninae : F, Erioeheir sinensi
H. Milne Edwards ; G, Gaelice dspressus de Haan ; H, Varuna litterata (Fabricius).
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ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
207
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
(sauf dans le genre Planes où l’orifice en est proche) ; chez les Sesarminae, l’orifice est soit proche de
la coxa, soit très éloigné; chez les Plagusiinae, l’orifice, éloigné de la suture 7/8, est encore proche
de la coxa ; par contre, chez les Varuninae, l’orifice est complètement déporté en position sternale.
On peut donc conclure, d’une part, que tous les Grapsidae ne sont pas au même niveau évolu¬
tif ; d’autre part, que les Varuninae et certains Sesarminae montrent la transformation anagénétique
la plus accentuée, à savoir un orifice mâle complètement sternal.
1. Grapsinae
Chez tous les Grapsinae que nous avons examinés (fig. 52A-C), l’orifice mâle s’ouvre non pas sur
la coxa de p5 mais à proximité de celle-ci, c’est-à-dire sur la surface sternale, juste au-dessus du point
où vient s’articuler le condyle de la coxa de p5 sur le sternite 8. Le pénis se trouve à une certaine distance
de la suture 7/8, c’est-à-dire qu’il est assez nettement postérieur à cette dernière. Face au condyle,
une saillie sur le sternum prolonge en quelque sorte l’articulation de la coxa et forme la base de l’orifice
mâle.
Cette disposition caractérise les genres Grapsus Lamarck (pl. 20, fig. 1-2), Geograpsus Stimpson,
Goniopsis de Haan, Leptograpsus H. Milne Edwards, Melopograpsus H. Milne Edwards, Pachygrapsus
Randall. Chez tous, le pénis occupe une position transversale. Une variante différencie ces divers genres :
l’épisternite 7 s’approche plus ou moins du pénis et même du condyle articulaire de la coxa de p5 sur
le sternum. Chez Grapsus (fig. 52A), l’épisternite 7 est éloigné du pénis, tandis que chez Pachygrapsus,
Melopograpsus, Leplograpsus, il parvient jusqu’au pénis, parfois même jusqu’au condyle, en empié¬
tant largement sur la coxa de p5. Chez Goniopsis (fig. 52B), l’épisternite 7, cordiforme, s’étend très
postérieurement.
Parmi les Grapsinae examinés, une seule exception : le genre Planes Leach (fig. 52C). Le pénis
sort bien sur le sternum mais contre la coxa, et il se trouve tout près de la suture 7/8.
Le pénis des Grapsinae est parfois fortement calcifié dans sa partie basale, notamment chez
Grapsus et Melopograpsus.
2. Varuninae
L’ouverture génitale mâle se trouve refoulée sur le sternum, loin de la coxa de p5 et de la suture
7/8, surtout dans les genres Varuna H. Milne Edwards (fig. 52H ; pl. 20, fig. 4a, 4b, 5) ; Tetragrapsus
Rathbun ; Pseudograpsus H. Milne Edwards (liste non exhaustive). Une large portion du sternite 8
apparaît à découvert, postérieurement au sternite 7. Un sillon transversal, court, part du condyle
articulaire de la coxa et parcourt le sternite 8 sur une faible distance : nous l’avons appelé sillon incom¬
plet du sternite 8. Chez Gaetice Gistel (fig. 52G), chez Brachynotus de Haan et chez Cyrtograpsus Dana,
la disposition est comme précédemment mais le sillon en question rejoint l’orifice mâle et divise en deux
la portion visible du sternite 8 : nous l’avons appelé sillon complet du sternite 8.
Chez ces derniers genres de Crabes, à sternite 8 développé, la partie de ce dernier située pos¬
térieurement à la coxa de p5 et limitée par un sillon peut être homologuée à l’épisternite 8.
Le genre Eriocheir de Haan (fig. 52F) possède sensiblement la même disposition mais l’orifice
mâle ainsi que le pénis, à base très élargie, sont nettement plus rapprochés de la coxa de p5 ; un sil¬
lon traverse la portion visible du sternite 8, antérieurement au condyle de la coxa ; autour de ce dernier,
la surface sternale forme une saillie, ce qui n’existe nullement chez Varuna par exemple, où un large
espace sépare la coxa de l’orifice mâle. Chez Eriocheir, la migration de l’orifice mâle vers la zone médiane
de la surface sternale est moins accentuée que chez les autres Varuninae examinés. Il faudrait évidem¬
ment vérifier la disposition chez tous les genres et, aussi, toutes les espèces de cette sous-famille.
3. Sesarminae
Il existe deux types de disposition chez les Sesarminae.
Chez les Sesarma Say s.l. (fig. 52D), l’orifice mâle est placé comme chez les Grapsinae, à savoir
sur le sternum tout près de la coxa de p5 et postérieurement à la suture 7/8. Le condyle articulaire
Source ; MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
209
de la coxa est entouré par un bourrelet sternal. L’abdomen étant très large dans ses premiers segments,
aucune portion du sternite 8 n’est visible quand l’abdomen est reployé, tout comme chez les Grapsinae.
L’épisternite 7 rejoint le condyle et, aussi parfois très largement (selon les espèces), la portion sternale
qui encadre le condyle, ce qui a pour effet de séparer l’orifice mâle de la coxa. Ce caractère rapproche
le genre Sesarma s.l. des Grapsinae tels que Pachygrapsus, Metopograpsus, GoniopsU (fig. 52B). Une
caractéristique des Sesarma semble être le pénis formant un tube bien constitué, calcifié, dirigé obli¬
quement ou longitudinalement, mobile sur toute sa longueur.
Chez d’autres Sesarminae comme Melaplax H. Milne Edwards (fig. 52J) ou Cyclograpsus H. Milne
Edwards, dont l’abdomen est plus étroit à la base et a des bords à peu près rectilignes, la disposition
ressemble à celle des Varuninae (fig. 52F-H). L’orifice mâle est très éloigné de la coxa, noyé au sein
du sternite 8. Une large portion du sternite 8 est exposée : un sillon peut le traverser complètement
[Metaplax crenulatus, Cyclograpsus punctatus, C. integer), incomplètement [Metaplax dentipes : fig. 52J),
ou pas du tout [Metaplax tredecim).
Dans le genre Helice de Haan (fig. 521), la disposition est comme chez ces derniers genres, c’est-à-
dire celle des Varuninae ; mais, comme le troisième segment abdominal est élargi transversalement,
il cache la partie antérieure du sternite 8 qui pourrait être exposée ; un sillon complet (s.c.5) traverse
le sternite 8 jusqu’à l’orifice mâle.
4. Plagusiinae
Le pénis sort sur le sternite 8 près de la coxa de p5, au-dessus de l’articulation de celle-ci sur le
sternum. Sous le condyle articulaire se situe souvent une saillie sternale (dépendant du sternite 8) :
cette saillie est visible dorsalement entre le deuxième et le troisième segment abdominal, quand l’abdo¬
men est rabattu, surtout chez Percnon Gistel (pl. 23, fig. 2) où elle entoure le condyle. L’ouverture
mâle se trouve loin de la suture 7/8, qui passe très en avant et se continue sur la partie exposée du plas¬
tron. En effet, une large portion du sternite 8 n’est pas recouverte par l’abdomen et prend place pos¬
térieurement au sternite 7. La disposition est sensiblement la même chez Plagusia Latreille (fig. 52E)
et chez Percnon Gistel, avec seulement des différences concernant la forme de l’épisternite 7, qui s’abaisse
ou non jusqu’au condyle de la coxa de p5. A noter pourtant que, chez P. glabra Dana [cf. pl. 18, fig. 9),
le sternite 8 est entièrement caché par l’abdomen. Chez Percnon planissimum (Herbts), quand l’abdo¬
men est rabattu, le sternite 8 est visible en deux endroits : une large portion apparaît postérieurement
au sternite 7, une plus petite est à découvert entre le deuxième et le troisième segment abdominal.
Le pénis possède une base élargie et fortement calcifiée dans le genre Plagusia.
OcYPODiDAE [sensu Balss, 1957, PLUS Camptandbiinae)
Pour les Ocypodidae, Balss (1957, p. 1663) annonce un orifice mâle sternal. En effet, chez tous
les genres que nous avons examinés, l’orifice mâle a migré en position tout à fait sternale et se trouve
éloigné de la coxa de p5. Généralement, l’orifice mâle se trouve accolé à la suture 7/8 ou, tout au moins,
très proche de celle-ci, ce qui différencie les Ocypodidae (fig. 53A-D) des Grapsidae (fig. 52A-J), famille
dans laquelle l’ouverture mâle est éloignée de ladite suture.
1. Ocypodinae
La disposition est constante, aussi bien dans le genre Ocypode Weber que dans le genre Uca
Leach : l’orifice mâle est très nettement sternal (fig. 53A-B). Entre les premiers segments de l’abdomen,
à bords sensiblement rectilignes, et la coxa de p5 s’intercale un sternite 8 largement développé chez
Ocypode (fig. 53B ; pl. 18, fig. 7), un peu moins étalé transversalement chez Uca (fig. 53A). Le pénis
sort sur la suture 7/8, plus exactement juste à l’endroit où elle pénètre dans la cavité sterno-abdorainale ;
la suture 7/8 se prolonge encore sur une faible distance, à l’intérieur de la cavité. Un épisternite 8 est
présent.
210
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOL'RES
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
211
Le pénis forme une expansion dirigée presque verticalement, parallèlement à l’axe longitudinal
médian. Sa base offre un épaississement calcifié dans le genre Uca.
Dans cette sous-famille, l’orifice mâle est donc refoulé très loin de la coxa de p5 {cf. infra).
2. Macrophthalminae
Chez les Macrophthalminae, l’orifice mâle est déporté dans la zone sternale, loin de la coxa
de p5 :
Dans le genre Macropkthalmus Desmarest, deux variantes principales se présentent :
а) La partie exposée du sternite 8 est très élargie et le pénis sort pratiquement sur la suture
7/8 ou, plus précisément, juste au-dessous : Macrophthalmus parvimanus A. Milne Edwards (fig. 53D),
M. graeffi A. Milne Edwards, M. kempi Serène, M. milloti Crosnier, M. pacificits Dana, M. consobrinus
Nobili. Chez M. pari’imanus, où le sternite 8 forme une bande très étalée transversalement et étroite,
la partie basale du pénis n’est pas complètement recouverte par l’abdomen et apparaît visiblement.
б) La partie exposée du sternite 8 est sensiblement aussi large que longue ; l’orifice mâle s’ouvre
postérieurement à la suture 7/8 et parait n’avoir aucun rapport avec celle-ci : Macrophthalmus latreillei
Desmarest (pl. 18, fig. fia, fib), M. japonicus de Haan.
Nous pensons qu’il existe des cas intermédiaires chez les nombreuses espèces de Macrophthalmus :
l’orifice mâle occupe certainement une place variable par rapport à la suture 7/8, tantôt la touchant
comme dans les premiers cas cités ici, tantôt s’en éloignant plus ou moins. Ainsi, chez M. dilatatus
de Haan, à très large sternite 8, l’orifice mâle se trouve à proximité de la suture 7/8 sans, toutefois,
y paraître accolé. Une étude détaillée s’avère indispensable : les caractéristiques relatives à l’orifice
mâle pourront être utilisées pour justifier les séparations nécessaires dans ce genre hétérogène.
Chez certains Macrophthalmus que nous avons examinés, la partie basale du pénis est entourée
par une capsule calcifiée.
Dans le genre Hemiplax Heller (parfois rattaché comme sous-genre à Macrophthalmus), l’ori¬
fice génital mâle est postérieur à la suture 7/8, bien que peu éloigné de celle-ci.
Dans le genre Euplax H. Milne Edwards, que Tesch (1915) et Kehp (1919) rattachent à Macroph¬
thalmus, l’orifice mâle se trouve sur le sternite 8 à une certaine distance de la coxa (sternite 8 en partie
exposé), postérieurement à la suture 7/8 dont il demeure cependant peu éloigné. Chez E. tridentata
A. Milne Edwards, l’abdomen mâle est très large et porte sur les bords de ses segments 3 à fi de longues
soies raides. A notre avis, l’attribution de ce genre aux Macrophthalminae devrait être révisée.
3. Scopimerinae
Dans cette sous-famille, l’orifice mâle est sternal, c’est-à-dire s’ouvre sur le sternite 8, dont une
partie est exposée et se trouve donc loin de la coxa de p5.
Dans les genres Scopimera de Haan [cf. pl. 26, fig. 6) et Ilyoplax Stimpson, l’orifice mâle est une
assez vaste ouverture, située un peu postérieurement à la suture 7/8.
Dans le genre Dolilla Stimpson [cf. pl. 19, fig. 4), l’orifice mâle, sternal, est accolé à la suture
7/8.
Fio. 53 A-G. — Localisation sternale de l'orifice génital mâle et sa position par rapport à la coxa de p5 et à la suture
sternale thoracique 7/8 chez divers Ocypodidae (A-D), chez les Mictyridae (E), les Hymenosomatidae (F) et les
Pinnoteridae (G).
A-B, Ocypodinae : A, Uca lelragonon (Herbst) ; B, Ocypode cursor (Linné) ; C, Camptandriinae : Paracleislostoma crislalum
de Man ; D, Macrophthalminae : Macrophthalmus paroimanus A. Milne Edwards ; E, Mictyridae : Miclyris longi-
carpus Latreille ; F, Hymenosomatidae : Elamena pilosa A. Milne Edwards ; G, Pinnoteridae : Pinnoleres pisum
(Linné).
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
212
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
4. Camptandriinae
Cette sous-famille comprend des genres auparavant rattachés aux Macrophthalminae. Elle
a été reconnue par Stimpson (1858fe ; 1907) et adoptée, de plus en plus nettement, par Barnes (1967)
et par Serène (1974). L’une de ses caractéristiques principales est la forme du pll<J, coudé en son
milieu et complètement reployé, de sorte qu’il occupe seulement la partie proximale de la cavité sterno-
abdominale. Chez les espèces des genres Paracleistostoma de Man (fig. 53C ; pl. 26, fig. 4, 5) et Tylo-
diplax de Man que nous avons examinées, le sternite 8 forme en arrière du sternite 7 une bande déve¬
loppée, plus ou moins élargie : le pénis sort à une certaine distance de la coxa de p5 et sur la suture
7/8 (ou, plus exactement, l’oriâce mâle se trouve juste au-dessous de la suture 7/8, à la limite de la
cavité sterno-abdominale et du plastron). Le gonopode mâle est tout à fait sternal.
PiNNOTERiDAE {sensu Balss, 1957)
Balss (1957, p. 1659) indique un orifice mâle sternal. Dans les divers genres, selon que la por¬
tion exposée du sternite 8 est relativement peu étendue [Pinnoteres Latreille, Ostracoteres H. Milne
Edwards), moyennement large {Tritodynamea Balss), ou extrêmement étalée {Pinnixa White), l’orifice
débouche à quelque distance ou très loin de la coxa de p5.
Chez Pinnoteres (fig. 53G) et chez Ostracoteres (cf. fig. 24D), un orifice vaste et bien délimité
s’ouvre postérieurement à la suture 7/8.
Chez Pinnixa {cf. pl. 24, fig. 7-8), où tous les sternites, y compris le sternite 8, sont très élargis,
l’orifice se trouve à l’extrémité interne de la suture 7/8, là où elle s’interrompt à son entrée dans la cavité
sterno-abdominale ; un très large écart sépare donc l’orifice mâle de la coxa de p5.
Les Pinnoteridae montrent, quant à la localisation de l’orifice génital mâle, qu’ils ne sont pas
tous au même niveau évolutif, ce qui est en rapport avec l’élargissement plus ou moins grand du plas¬
tron sternal.
Gecarcinidae {sensu Balss, 1957)
Balss (1957, p. 167) annonce pour cette famille un orifice mâle sternal. En effet, chez les Gecar¬
cinidae, l’ouverture génitale mâle, qui n’est plus coxale, est devenue franchement sternale ; mais il
existe des différences importantes quant à sa localisation par rapport à la coxa de p5. Nous ne citerons
ici la conformation que chez quelques genres ; il faudra évidemment étendre cette étude à toutes les
espèces connues.
Fie. 54 A-H. — Localisation de l'orifice génital mâle et sa position par rapport à la coxa de p5 et à la suture sternale
thoracique 7/8 chez divers genres.
A-D, Gecarcinidae : A, Cardisoma carnilex (Herbst) ; B, Cardisoma armatum Herklots ; C, Cardisoma hirtipes
Dana ; D, Gecarcinus planatus Stimpson. En A, B, C, c’est-à-dire dans le genre Cardisoma Latreille, l'orifice mâle
s'ouvre tout près de la coxa ; en D, c'est-à-dire dans le genre Gecarcinus Leach, l'orifice mâle est complètement
sternal. (En B et D, le pénis n'a pas été représenté].
E, Ocypodidae (sensu Chace et Hobbs, 1969 ; Tübicay, 1970) : Ucides cordatus cordatiis (Linné) (= Uca una Latreille).
L'orifice mâle se trouve déporté en position sternale : il est accolé à la suture 7/8 et un pénis développé, en partie
sclérifié, en émerge.
F, G, Retroplumidae : Relropluma sp., sous deux angles de vues (F : vue d'ensemble du sternite 7 ; G, gros plan sur la
coxa de p5). Le pénis sort du condyle, en forme de bourrelet, de la coxa de p5 (patte atrophiée, dorsale et rappro¬
chée du plan sagittal médian).
H, Goneplaciade [sensu Balss, 1957, p. 1656) : Ommalocareinus macgilUvrayi White. Les sternites 7 et 8 ne sont pas tout
à fait jointifs et laissent apparaître la base du pénis qui, découverte, s'est sclérifiée.
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
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ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
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MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Chez Cardisoma carnifex (Herbst) (fig. 54A), l’orifice s’ouvre sur le sternite 8 mais il paraît
accolé au tout petit condyle articulaire de la coxa de p5 sur le sternum. Le sternite 7, ou plus précisé¬
ment l’épisternite 7, ne rejoint pas le sternite 8 : un très faible espace les sépare. Un gros et large pénis,
à base calcifiée, sort juste au départ de la suture 7/8. Aucune portion du sternite 8 n’est visible quand
l’abdomen est rabattu.
Chez Cardisoma armatum Herklots (fig. 54B), la disposition est à un stade tout aussi primitif
et, sur le dessin que nous donnons, on distingue très bien la partie exposée du pénis qui, normalement,
est cachée par l’épaisse frange de soies qui borde la lisière de la cavité sterno-abdominale.
Chez Cardisoma hirtipes Dana (fig. 54C), l’épisternite 7 est pratiquement rejoint par une avancée
du sternite 8 (le pénis demeure néanmoins encore visible entre les deux pièces pas tout à tait join¬
tives). L’orifice mâle apparaît donc en position un peu plus sternale que chez C. carnifex. Le gros pénis,
également calcifié en grande partie, sort postérieurement à la suture 7/8. De part et d’autre du premier
segment abdominal, la partie latéro-externe du sternite 8 est laissée à découvert ; la base du pénis
n’est protégée que par les soies qui garnissent les bords de l’abdomen.
Dans le genre Gecarcinns Leach, chez Gecarcinus {Gecarcinus) lateralis lateralis (de Fréminville),
comme chez Gecarcinus {Johngarthia) planatus Stimpson (fig. 54D ; pl. 19, fig. 11) et G. (Johngarlhia)
tveileri (Sendler), l’épisternite 7 et le sternite 8 se sont fusionnés complètement et sur une assez large
étendue, de sorte que l’orifice mâle apparaît tout à fait sternal et éloigné de la coxa. Un pénis, à base
très élargie et partiellement calcifié, sort postérieurement à la suture 7/8 mais accolé à celle-ci : les
premiers segments abdominaux étant très larges, aucune portion du sternite 8 n’est à découvert quand
l’abdomen est rabattu.
L’orifice mâle débouche en position franchement sternale dans le genre Epigrapsus Heller,
plus précisément chez Epigrapsus politus Heller, où l’épisternite 7 s’étend postérieurement et se fusionne
avec le sternite 8.
Le genre Ucides Rathbun (= Œdipleura Ortmann) doit être transféré dans la famille des Ocypodidac,
d'après la proposition de Chace et Hobbs (1969, p. 223), que TCrkay (1970, p. 350) approuve. Bien que nous
adhérions à l’opinion des auteurs mentionnés, nous traiterons de ce genre avec les Gecarcinidae en le mainte¬
nant provisoirement, pour faciliter la tâche du systématicien, dans les Gecarcinidae {sensu Balss, 1957, p. 1671).
Chez Ucides cordalus cordatus (Linné) (= Uca una Latreille) (fig. 54E), l’orifice mâle est tout à fait ster¬
nal : le sternite 7 se prolonge postérieurement pour venir se fusionner avec le sternite 8. L’orifice mâle semble
être antérieur à la suture 7/8. Il en sort un pénis à base fortement sclérifiée. Une petite portion du sternite 8
est visible entre le premier segment abdominal et ta coxa de p5, quand l’abdomen est rabattu.
En conclusion, tous les Gecarcinidae ne se trouvent pas au même niveau évolutif. La localisation
de l’orifice génital mâle pourra être utilisée dorénavant pour déceler les divers stades d’anagenèse
de ce groupe.
Mictyridae
Les Mictyridae ou « Crabes soldats n, dont nous avons longuement décrit le sternum thoracique,
possèdent un plastron extrêmement élargi, d’un type tout à fait original. L’orifice génital mâle débouche
en position tout à fait sternale et une large portion du sternite 8 sépare la coxa de p5 des premiers seg¬
ments de l’abdomen. Chez Mictyris longicarpus Latreille (fig. 29A, C), l’ouverture, légèrement posté¬
rieure à la suture 7/8, se trouve surmontée d’un éperon calcifié qui s’appuie sur le sternite 7. Le pénis,
foliacé et sétifère, ne ressemble à celui d’aucun autre genre de Crabe.
Palicidae {*= Cymopoliidab)
Les Palicidae possèdent un sternum thoracique extrêmement élargi, avec les sutures 4/5 et
7/8 toutes interrompues. La dernière paire de pattes ambulatoires est réduite et ramenée sur le dos ;
les deux coxae n’étant que faiblement rapprochées du plan sagittal médian, un assez large espace les
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
215
sépare de l’abdomen ou, plus précisément, du premier pléopode sexuel mâle. Une disposition spéciale
existe au niveau du sternite 8 : deux zones tubulaires sont accolées et, de cette sorte de gaine, contour¬
née par l’épisternite 7, sort un assez long pénis. C’est cette disposition que nous avons rencontrée chez
Palicus caroni (Roux) (fîg. 30G). On peut ranger les Palicidae parmi les vrais Catométopes mais dans
une catégorie à part, la structure au niveau du sternite 8 n’étant comparable à aucune autre.
Hexapodidae {= Hexapodinae sensu Balss, 1957)
Dans cette famille de Crabes, qui ne sont pas décapodes puisque la dernière paire de pattes a
complètement disparu, le somite correspondant à p5, c’est-à-dire le sternite 8, est cependant présent ;
il est simplement recouvert dans sa majeure partie par le bord postérieur de la carapace (fig. 32, 33F).
Dans notre description du sternum thoracique chez les Hexapodidae, nous décrivons longuement cette
disposition morphologique originale (chapitre iii, p. 00).
Il nous est difficile de donner des précisions sur la localisation exacte de l’orifice génital car
nous n’avons vu que peu de matériel mâle. De toute façon, comme p5 et, avec lui, sa coxa ont disparu,
l’orifice mâle ne peut pas être coxal. La partie latéro-interne du sternite 8 remonte le long du sternite
7, sur les bords de la cavité sterno-abdominale : c’est à cet endroit que l’on observe le pénis et, posté¬
rieurement, le canal éjaculateur (fig. 32, p., c.e).
La localisation de l’orifice mâle est sternale chez les Hexapodidae mais on ne peut ranger cette
famille dans les Catométopes : en effet, on ignore ce que serait la disposition si une p5 existait, notam¬
ment ce que l’on observerait si était retrouvé l’énigmatique genre Amorphopus Bell, chez lequel, paraît-
il, la dernière paire de pattes demeure sous forme d’un petit tubercule, placé dans une encoche à la base
de p4 {cf. p. 114).
Hyhenosokatidae
Les Hymenosomatidae sont caractérisés par leur plastron sternal extrêmement élargi, de forme
généralement ovalaire et par les sutures 4/5 à 7/8 confinées sur les bords du plastron. Le sternite 8,
largement fusionné avec le sternite 7 sur la partie exposée du plastron, est à découvert sur une vaste
étendue. Les pattes de la dernière paire {p5) sont rapprochées, quoique faiblement, du plan sagittal
médian et occupent une position quelque peu dorsale. Étant donné l’élargissement du sternum tho¬
racique dans sa partie postérieure, l’orifice mâle se trouve déporté en une position proche de la zone
médiane : l’ouverture est creusée sur le bord de la cavité sterno-abdominale au sein du sternite 8 et
n’a aucun rapport avec la suture 7/8, qui est située très antérieurement. Le pénis, à base trapue, sort
donc tout près de la base du pll.
Nous nous demandons si, chez les Hymenosomatidae, où l’orifice génital est si éloigné de la coxa de p5, le
conduit mâle passe — comme on l’indique pour les autres Crabes — par l’article proximal de la dernière patte :
peut-être n’y a-t-il pas de détour par la coxa de p5 et le canal éjaculateur se dirige-t-il directement vers l’ori¬
fice sternal ? Ce n’est là qu’une hypothèse et, seule, une dissection permettrait de connaître la morphologie
exacte de l’appareil reproducteur mâle des Hymenosomatidae (cf. infra).
La disposition que nous venons de décrire est celle A'Hcdicarcinus planatus (Fabricius) (fig. 30A :
l’orifice mâle est indiqué juste sous l’abdomen, sur le bord de la cavité sterno-abdominale). La même
conformation caractérise Elamena pilosa A. Milne Edwards (cf. pl. 20, fig. 8).
III. RÉSUMÉ DES ACQUISITIONS NOUVELLES
SUR LES ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
On indique généralement que, chez les Crustacés, les orifices génitaux mâles s’ouvrent sur la
coxa de la cinquième paire de péréiopodes, c’est-à-dire que les canaux déférents issus des testicules
se prolongent postérieurement jusqu’aux derniers appendices thoraciques.
Source ; MNHN, Paris
216
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Parmi les Décapodes, les Natantia et une grande partie des Reptantia possèdent en effet un
orifice mâle coxal. Il en est ainsi chez un certain nombre de Brachyoures ; mais quelques familles de
Crabes sont caractérisées par un orifice mâle s’ouvrant sur le sternum thoracique.
Il est normal de s’attendre à ce que, chez les formes à sternites thoraciques réduits, l'orifice soit situé
sur la coxa : celle-ci, percée de son orifice d’où sort parfois un pénis développé, est proche du plan sagittal médian,
donc des pléopodes. Au fur et à mesure que s’élargit le corps et, consécutivement, le sternum thoracique, les
coxae s’écartent de l’axe médian et, postérieurement, une zone sternale s’intercale entre les p5. Nous avons
montré, chez des Crabes de la lignée panopéenne {fig. 51A-F), comment à la mise en place d’une portion de
plus en plus largement exposée du sternite 8 correspondait la formation d’une sorte de gaine pénienne. La loca¬
lisation sternale de l’orifice est liée au processus de carcinisation.
Chez les Brachyoures à orifices femelles coxaux (péditrèmes), à savoir chez des formes à sternum
thoracique peu développé, l’orifice mâle est toujours coxal. Du reste, chez tous les péditrèmes, la der¬
nière paire de pattes est réduite, dorsale : les coxae des deux p5 sont généralement rapprochées, un
étroit plastron les séparant : le pénis qui débouche de la coxa se trouve donc peu éloigné du pli et
aboutit pratiquement à la base de celui-ci {cf. fig. 60-63).
Chez les Brachyoures sternitrèmes, nous avons montré qu’un plastron de plus en plus large
se mettait en place au cours de l’évolution. Chez les sternitrèmes à sternum thoracique encore très
étroit, l’orifice demeure coxal : le sternite 8 est réduit, les coxae des deux p5 sont rapprochées, les pénis
demeurent proches des pléopodes 1 (par exemple, Corystes : cf. fig. 46A ; Thia : cf. fig. 46C ; Atelecyclus :
cf. fig. 46B). Dans certaines familles à sternum devenu plus large (Xanthidae, Majidae, Partheno-
pidae), l’orifice mâle est toujours coxal {Xantho : cf. fig. 47A ; Menippe : cf. fig. 47B ; Kraussia : cf.
fig. 46G ; Maja : cf. fig. 461 ; Lambrus : cf. fig. 46H).
Sur un schéma diagrammatique (fig. 55), nous avons montré les divers emplacements que pou¬
vait occuper l’orifice génital mâle sur la coxa de p5 (fig. 55A). L’orifice se trouve soit assez loin du
bord (no5), soit peu éloigné de celui-ci (n® 2), soit à la limite du bord coxal (n® 4, Carpilius : cf. fig. 47D) ;
il peut aussi être situé sur le condyle d’articulation de la coxa sur le sternum (n® 6, par exemple Pilum-
nus : cf. fig. 47E), ou encore à l’extrémité de ce dernier {cf. fig. 50A : Halimede ; fig. 47D : Globopilum-
nus).
Chez les Oxystomata {sensu Balss) à plastron très étroit, l’orifice génital mâle est coxal : Calap-
pinae {cf. fig. 46D). Lorsque le plastron s’élargit, comme chez les Dorippidae du genre Dorippe {cf.
fig. 28), l’orifice conserve sa localisation coxale mais la disposition est spéciale du fait de la réduction
Fis. 55. — Représentation diagrammatique montrant les divers emplacements de l'orifice génital mâle chez les Bra¬
chyoures. (Orifice génital représenté par un cercle hachuré).
A, Orifice mâle coxal (sur la coxa de p5), situé en divers endroits de la coxa. Le 6 correspond à la position sur le con¬
dyle articulaire coxa-stemum ; le n° 1 représente un tubercule coxal, comme dans le genre Dorippe par exemple
(c/. fig. 46 F).
B, D, processus de migration de l'orifice génital mâle qui, de coxal en B, devient sternal en D ; recouvrement de la coxa
par deux avancées (avancée antérieure et avancée postérieure) des sternites 7 et 8, qui se rejoignent et dont les
bords deviennent jointifs. Ces trois schémas illustrent le processus décrit et figuré (c/. fig. 45 A-C) chez trois genres
de Leucosiidae (/lia, Lithadia et /.eucosia]. La partie découverte de la coxa est en grisé, l'orifice en noir.
E, orifice génital mâle à la limite de la coxa et du sternum thoracique.
F, G, orifice génital elernàl. Éloigné de la suture 7/8, il est soit encore proche de la coxa et relié à celle-ci par un sillon
(sillon complet du sternite 8), soit plus éloigné de la coxa et le sillon qui part de cette dernière ne rejoint pas l'ori¬
fice (sillon incomplet du sternite 8). Ces schémas représentent les dispositions rencontrées chez les Grapsidae (cf.
fig. 52 A-J).
H, orifice mâle sternal, déporté très loin de la coxa de p5 et plus ou moins proche de la suture 7/8. Les n®* 4-5 illustrent
la disposition rencontrée chez les Ocypodidae (cf. fig. 53 A-D) ; le n® 6, celle des Pinnoteridae du genre Ptnno-
teres (cf. fig. 53 G).
ap.a., avancée antérieure, appartenant au sternite 7 ; av.p., avancée postérieure, appartenant au sternite S ;
c, condyle articulaire de la coxa de p6 sur le sternum ; ex 5, coxa de p5 ; eps7, épislernite 7 ; m.a., membrane d’articu¬
lation ; s.c. 8, sillon complet du sternite 8 ; s,i. 8, sillon incomplet du sternite 8 ; 7, 8, sternites thoraciques 7 et 8 ;
718, suture sternale thoracique 718.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
217
7
Source : MNHN, Paris
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MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
des p5 et de leur faible éloignement du plan sagittal médian : de la coxa s’élève un tubercule coxal
auquel fait suite un long pénis (fig. 55A, n® 1, t.c. : cf. Dorippe, fig. 46F).
En revanche, chez les Leucosiidae, Oxystomata extrêmement spécialisés, on assiste à la migra¬
tion de l’orifice mâle qui, de coxal, devient sternal. Notre schéma 45A-C montre les étapes de ce pro¬
cessus, à savoir la réunion au-dessus de la coxa des parties latéro-dorsales des sternites 7 et 8. II existe
deux orifices au stade figuré en D : un orifice coxal et un orifice sternal. La figure 55B-D est la repré¬
sentation diagrammatique de la figure 45 : on distingue bien, dans le genre Leucosia, l’orifice génital
mâle coxal (en pointillé) et l’orifice mâle sternal (en grisé) ; le recouvrement de la coxa par les deux
avancées appartenant au sternite 7 et au sternite 8 est manifeste.
Chez les Portunidae le corps s’étale transversalement, le plastron sternal s’élargit, le sternite
8 prend de l’importance et même devient notablement visible, exposé de part et d’autre de l’abdo¬
men. L’orifice mâle demeure coxal chez Carcinus (fig. 47F). Chez les Crabes nageurs les plus élargis,
on dénote une légère tendance vers la disposition catométope : le pénis est couché dans une dépression
sternale, avec une ébauche de recouvrement par les parties latéro-dorsales du sternite 8 ; l’orifice n’en
conserve pas moins sa localisation coxale {cf. fig. 47G, H : Callinectes et Podopklhalmus).
Sur notre figure diagrammatique, la figure 55E représente l’orifice génital mâle à la limite de
la coxa et du sternum. On peut supposer que, immédiatement après ce stade, se situe l’étape où l’ori¬
fice mâle ne s’ouvre plus sur la coxa mais, devenu sternal, se trouve accolé à la paroi coxale, comme
on le voit chez certains Grapsidae tels que Grapsus {cf. fig. 52A), Goniopsis {cf. fig. 52B), Planes {cf.
fig. 52C), certaines Sesarma {cf. fig. 52D).
En effet, les Grapsidae ne montrent pas une disposition homogène. Chez les uns (Grapsinae,
Sesarminae pro parte), l’orifice mâle débouche sur le sternum encore tout près de la coxa de p5 ; cette
disposition est apomorphe par rapport à la localisation coxale de l’orifice mâle mais plésiomorphe
par rapport à une ouverture moins latérale, plus déportée dans la partie médiane du sternum thora¬
cique. Cette deuxième disposition se rencontre, à des stades divers, chez les Varuninae {cf. fig. 52F-H)
et chez une partie des Sesarminae {cf. fig. 52I-J). L’orifice peut donc se trouver très loin de la coxa
chez divers Grapsidae à sternum élargi.
Chez les Pinnoteridae, famille qui renferme des genres à plastron plus ou moins élargi, l’orifice
s’ouvre plus ou moins loin de la coxa en fonction de la largeur de la région postérieure du corps {cf.
fig. 53G : Pinnoleres).
La famille des Gecarcinidae nous montre divers stades évolutifs en ce qui concerne l’orifice
génital mâle. Divers stades de la « migration » de l’ouverture se manifestent non seulement à l’intérieur
de cette famille, par ailleurs assez homogène (si on exclut le genre Ucides : cf. p. 214 et fig. 54E), mais
aussi au sein même d’un genre {Cardisoma : cf. fig. 54A-C). Dans le genre Gecarcinus {cf. fig. 54D),
la disposition est uniforme : l’orifice mâle est sternal, toujours très éloigné de la coxa de p5.
En revanche, tous les Ocypodidae sont de francs Catométopes : une très large partie du sternite
8 est exposée et sépare l’abdomen de la coxa de p5. L’orifice mâle débouche au sein du sternum thora¬
cique, généralement à proximité de la suture 7/8. Chez tous les genres que nous avons examinés dans
les diverses sous-familles {cf. fig. 53A-D), l’uniformité de la disposition est remarquable : éloignement
de l’orifice génital par rapport à la coxa et accolement de celui-ci à la suture sternale thoracique 7/8.
Les Ocypodidae montrent une disposition apomorphe quant à l’orifice génital mâle. Nous avons exa¬
miné l’hypothèse que le canal déférent pouvait ne pas se prolonger postérieurement jusqu’au cinquième
péréiopode, ne pas faire un « détour », en quelque sorte « inutile », et devait aboutir simplement au
sein du sternum, sans avoir auparavant rejoint la coxa de p5. Une dissection chez Ocypode cursor (Linné)
(fig. 56) nous a montré un canal, que nous homologuons à la terminaison du canal déférent (canal
éjaculateur), se rendant directement vers le pénis, au milieu du thorax, sans passer par la dernière
paire de pattes (fig. 56B). D’autres dissections seront nécessaires pour contrôler notre observation.
En bref, nous supposons que, au moins chez certains Ocypodidae, le canal déférent ne se dirige pas
vers la coxa du cinquième péréiopode mais irait directement vers la zone postéro-médiane du thorax.
Il est possible que, notamment chez les Varuninae et peut-être chez les Gecarcinus où l’orifice mâle
est franchement sternal, la disposition soit analogue à celle supposée dans le genre Ocypode.
Source : MNHN, Paris
ORIFICES GÉNITAUX MÂLES
219
Fig. 56 A-B. — Ocypode cunor (Linné).
A, localisation sternale de l'orifice génital mâle, très loin de la coxa de p5 et sur la suture 7/8. [En pointillé,
tracé de la dissection de la figure B) ; B, dissection consistant en une ouverture dans le sternite 8 et dans l’endoster-
nite 7/8 : on observe le canal éjaculateur qui se prolonge directement vers le pénis sans passer par la coxa de p5.
Dissection faite par M' M. Gaillard.
c, condyle articulaire de la coxa sur U sternum ; exS, coxa de ph ; c.e., canal éjaculateur ; f.e. 7, feuillel antérieur
de iendoslernite 7/8 ; /.«. 8, /euillet postérieur de l'cndosternile 7/8 ; p, pénis ; 8, sternite thoracique8 ; 7/8, suture
sternale thoracique 1/8.
Sur notre représentation diagrammatique (fig. 55), les schémas F à H indiquent les différents
emplacements de l’orifice génital mâle sur le sternum. Il peut être encore assez proche de la coxa et
éloigné de la suture 7/8 : un sillon (que nous avons appelé sillon complet du sternite 8) peut relier le
bord coxal à l’orifice ; fig. 55F. L’orifice mâle peut aussi être le plus éloigné de la coxa : le sillon qui
part de cette dernière est alors incomplet (fig. 55G).
Enfin, les nombreux exemples où l’orifice mâle se situe sur la suture 7/8 ou à proximité de celle-
ci sont représentés sur la figure 55H. Ces cas peuvent être ceux des Goneplacidae sensu Balss ou, par
exemple, ceux des Crabes de la lignée panopéenne de la figure 51 : l’orifice mâle est toujours coxal
mais une gaine se forme par-dessus le pénis.
Chez Ommatocarcinus White (fig. 54H), le pénis n’est pas complètement recouvert, les bords des ster-
nites 7 et 8 laissant entre eux un espace et n’étant donc pas jointifs. La partie exposée du pénis s’est sclérifiée.
Dans le genre Neommatocarcinus Takeda et Miyaké (1969c, p. 173, fig. 6), avec l’espèce N. hultoni (Filhol),
le pénis apparaît également à découvert ; les deux auteurs japonais distinguent deux parties : « transparent
part of sperm duct » et « calcified part of sperm duct », cette dernière étant la portion pénienne exposée.
Les n®* 4, 5 et 6 de la figure 55H illustrent les Ocypodidae dont l’orifice mâle est franchement
sternal et où, peut-être, le canal déférent ne fait pas de détour par la coxa de la dernière paire de
péréiopodes.
Source : MNHN, Paris
220
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Chez les Mictyridae (fig. 29A-C, SSE) et chez les Hymenosomatidae (fig. 30A, 53F), l’orifice
mâle est complètement sternal. Chez Mictyris, il est peu éloigné de la suture 7/8 sur laquelle il projette
un éperon sclérifié. En revanche, chez les nombreux genres d’Hymenosomatidae, il s’ouvre extrêmement
loin de la suture 7/8 qui, avec une courbure accentuée vers le haut, passe très en avant. Là encore,
nous faisons l’hypothèse que le canal éjaculateur a un trajet direct vers l’orifice, sans passage par la
coxa de p5.
Restent les familles à plastron élargi mais où la dernière paire de péréiopodes est réduite, rame¬
née dorsalement, et où les coxae sont rapprochées du plan sagittal médian. Chez les Retroplumidae
(fig. 54F-G), l’orifice mâle est coxal : il s’ouvre à l’extrémité du condyle articulaire de la coxa de p5,
ce condyle s’intercalant entre le large sternite 7 et une saillie du sternite 8. Dans cette famille, la tota¬
lité du sternite 8, lequel est réduit, est recouverte par l’abdomen.
Par contre, chez les Palicidae (fig. 30G), l’orifice mâle est sternal, avec une sorte de gaine for¬
mée de deux pièces recouvrant, semble-t-il, le pénis.
Enfin, chez les Hexapodidae à p5 disparus et sternite 8 ayant glissé sous la carapace (fig. 32,
33F), l’orifice mâle ne peut être appendiculaire puisque la dernière paire de pattes est absente. Le cas
des Hexapodidae est spécial et des dissections seront nécessaires pour déceler l’emplacement exact
de l’orifice génital mâle.
En conclusion, les Brachyoures les plus ancrés dans la disposition catométope seraient :
1) les Ocypodidae ;
2) les Hymenosomatidae ; les Mictyridae ;
3) certains Grapsidae (Varuninae et divers Scsarminae) ;
4) le genre Gecarcinus Leach parmi les Gecarcinidae.
Certains Leucosiidae sont aussi des Catométopes, c’est-à-dire possèdent un orifice mâle sternal ; par
exemple, le genre Leucosia Weber. Ainsi, on est amené à admettre que la migration sternale de l’orifice géni¬
tal mâle est une tendance apomorphe, se manifestant dans des groupes variés, sans liens phylétiques.
Si les recherches ultérieures confirmaient le trajet abrégé des voies spermatiques — si nous
l’avons correctement observé chez Ocypode cursor —, c’est-à-dire sans détour par la coxa de la dernière
paire de péréiopodes, on se trouverait en présence d’une importante innovation évolutive. Avec un
canal déférent qui, avec le déplacement de l’orifice mâle vers le milieu du sternum, devenait de plus
en plus long, s’installait, par le poids du passé, une imperfection anatomique dont certains Crabes
se seraient débarrassés en établissant un raccourci dont les avantages sélectifs sont évidents.
Source : MNHN, Paris
PLÉOPODES SEXUELS MAJ-ES
221
Chapitre VII
PLÉOPODES SEXUELS MÂLES
Les pléopodes sexuels mâles, à savoir les deux premières paires d’appendices abdominaux qui
ont perdu en grande partie leur forme originelle et leur fonction primitive, sont des organes spécialisés,
servant à la transmission du sperme depuis le pénis jusque dans les voies femelles avec, dans de nombreux
cas, son intromission à l’intérieur de vulves.
I. HISTORIQUE
H. Milne Edwards {1834, p. 169-170) s’attarde peu sur la description des organes de copulation.
Pour lui, « les membres abdominaux de la première et de la seconde paires ont une forme très diffé¬
rente de ceux qui suivent (lorsqu’il en existe d’autres), ou de ceux de la femelle, et paraissent servir
comme des organes excitateurs dans l’acte de la reproduction [...]. Ils ont ordinairement la forme de
stylets tubulaires, et sont formés par une lame cornée enroulée sur elle-même ; ceux de la première
paire sont grands, et renferment dans leur intérieur les seconds qui sont rudimentaires ». Les premier
et deuxième pléopodes sexuels ne sont représentés que chez Maja verrucosa (Histoire naturelle. Plan¬
ches, pl. 3, iig. 15,16). H. Milne Edwards et Lucas (1842-1844) sont des précurseurs dans la figuration
des pléopodes sexuels, par exemple chez « Xantho Orbignyi » (1843, pl. 7, fig. Id, e).
Dana (1852c, p. 62-63) reconnaît deux groupes de Brachyoures : ceux dont « thc verges proceed directly
from the base of the poslerior legs » et ceux dont k they pass from the sternum inside of the base of legs » [...]
In fact, the position of the verges is nearly the same in ail, as regards distance from the médial Une » (Dana,
1852c, p. 63). Pour Dana il existe une insertion cancroïde des « verges » (par exemple, pour Galenedi Haan,
ibid., p. 231 ; pour Melia Latreille, ibid., p. 242) et une insertion grapsoïde. Mais l’auteur américain ne s’inté¬
resse pas davantage aux pléopodes sexuels mâles.
C’est principalement à G. L. Duvernoy que l’on doit les premières descriptions détaillées des
organes copulateurs et de leur extrême diversité chez les Décapodes.
Dans une note préliminaire d’ordre général et courte (1849), Duvernoy insiste sur l’intérêt systéma¬
tique des « organes de la propagation sexuelle », mâles mais aussi femelles. Il écrit « que les organes reproducteurs
ne paraissent pas subordonnés aux organes conservateurs de la vie, ou, en d’autres termes, que le genre de vie
de l’animal peut varier beaucoup ; que sa nourriture peut être exclusivement animale ou végétale, ou mélangée,
sans que les organes reproducteurs éprouvent de changements correspondants, dans le plan général de leur
organisation » (Duvernoy, 1849, p. 323).
En 1850, Duvernoy publie une deuxième note, spécialement consacrée aux Crustacés Décapodes, sépa¬
rés en Brachygastres et en Macrogastres d’après divers caractères mais surtout d’après « la position des verges ;
toujours extérieures dans les premiers, s’enroulant dans l’intérieur du corps chez les derniers, et ne se dérou¬
lant au dehors qu’à l’époque du rapprochement des sexes » (Duvernoy, 1850, p. 342-343). Les verges décrites
par Duvernoy représentent ce qu’on appelle actuellement pénis.
Duvernoy développe ces remarques dans un travail plus important (1853). Les Macrogastres, dont
les B verges » ne sortent qu’au moment de l’érection, comprennent : les Langoustes et les Scyllares, démunis
« d’organes accessoires qui faciliteraient l’accès de la liqueur fécondante sur les œufs de la femelle » (p. 137) ;
le Homard, pourvu de « sortes de fausses pattes abdominales, dont la forme et la disposition ont évidemment
pour usage de saisir et d’emboîter les verges, lors de leur déroulement, et de les diriger vers les œufs ou les ori-
Source : MNHN, Paris
222
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
fices des oviductes de la femelle i ; les Écrevisses et les Galathées, qui ont deux paires d’appendices « plus ou
moins calcaires, attachés aux deux premiers anneaux de l’abdomen, dont les deux du même côté se complètent
pour engaincr la verge correspondante et la porter vers l’orifice de l’oviducte » (ibid.). Les Décapodes mention¬
nés ci-dessus constituent les Macrogaslres normaux, aux côtés desquels Duvernoy {ibid., p. 169) reconnaît
les Macrogastres anormaux (= Macroures anormaux de Latreille = Anomoures Ptérygures de H. Milne
Edwards). Les Macrogastres anormaux se différencient par leur appareil copulateur, que nous ne décrirons
pas ici. Ce que Duvernoy désigne sous le nom de fausses pattes abdominales, ce sont évidemment les pléo-
podes sexuels.
Chez les Brachygastres, o les verges restent constamment hors du corps » ; l’ouverture mâle n est percée
dans le côté interne et inférieur de la hanche de la dernière paire de pieds thoraciques, et très rarement dans
une partie correspondante du sternum (les Gélasimes, les Ocypodes) » (Duvernoy, 1853, p. 138). Les Brachy¬
gastres sont, en fait, l’équivalent de nos Brachyoures. Duvernoy décrit et figure la première et la deuxième
paire d’appendices copulateurs chez un certain nombre de Crabes. 11 constate l’existence ; de pl2 très courts
< à base élargie en palette » prolongée par « une tige grêle, très arquée, dont l’extrémité est coupée en biseau
et régulièrement concave (Pilumnus) » {ibid., p. 153) ; de pl2 un peu plus développés {Grapsus) ; de pl2 plus longs
que les pli {Cancer). La division en Cyclométopes et Catpmétopes est retenue. Duvernoy s’intéresse à la mor¬
phologie des vulves : celle-ci est décrite et figurée chez quelques espèces {Ocypode, Grapsus) ; la présence d’un
opercule est relevée dans certains cas.
Duvernoy place à part les Brachygastres anormaux (= Brachyoures Notopodes de Latreille = Apté-
rures de H. Milne Edwards) et décrit le complexe copulateur dans les genres Dromia, Ranina et Homola.
Duvernoy conclut de ses recherches qu’aux habituels caractères tirés de l’organisation (organes
de respiration et de locomotion), lesquels peuvent être différemment appréciés, il faut ajouter les organes
de la génération.
Faisant suite à une courte note parue en 1874, l’ouvrage de Brocchi (1875) sur les organes géni¬
taux mâles internes et externes des Décapodes est mieux connu que les publications de Duvernoy.
A l’issue de ce travail, Brocchi parvient aux mêmes conclusions que son prédécesseur : « On verra qu’à
chaque grande division des Brachyures semble correspondre une forme spéciale dont il est ici ques¬
tion » (Brocchi, 1875, p. 121).
Monod sera l’un des premiers auteurs modernes à fonder une étude taxonomique principale¬
ment sur la structure des appendices sexuels et à inclure ce critère dans une clef de détermination :
c’est pour l’identification des Calappa ouest-africains que Monod (1928) fait appel aux caractéristiques
du pI2. a Alors que les 1®” pléopodes sont, dans toutes les espèces du genre examinées par moi, d’un
type sensiblement homomorphe, au contraire, les 2*® présentent, suivant les espèces, des aspects très
variés... » (Monod, 1928, p. 111).
A l’intérieur du genre Calappa Weber, Monod distingue trois « types c de pl2 :
а) « un stylet grêle, simple, sans articulation séparant une partie proximale d'une partie distale, s’amin¬
cissant régulièrement proximo-distalement et se terminant par un apex pointu, microscopiquement mousse
ou très légèrement claviforme » \Calappa hepatica (Linné)] ;
б) un pl2 « distinctement divisé en deux parties séparées par une suture portant le plus souvent, à son
bord interne, un tubercule spinifère » et avec une partie distale a courte, rectiligne ou sub-droite » {Calappa
rubroguttata Herklots) ;
c) un pI2 où la partie distale est allongée, recourbée en crosse [Calappa granulata (Linné)] {cf. Monod,
1928, p. 111).
En 1931 (p. 525-526), Gordon insiste sur l’importance des pléopodes en tant que critère taxono¬
mique ; elle sera suivie par Chopra (1935, p. 465-466).
Balss fera paraître en 1932 un article court mais fondamental, dans lequel deux grands types
de pléopodes 2 sont reconnus chez les Brachyoures de la famille des Xanthidae à crêtes endostomiennes
bien définies, complètes (Hyperomerista). Un pl2 long, cylindrique, avec un grand flagelle, parfois
enroulé, le tout étant plus développé en longueur que le pli, caractérise les Menippinae ; à ce type de
pl2 correspond un pli trapu, à apex peu rétréci. Un pl2 très court et sigmoïde, à flagelle rudimentaire,
Source ; MNHN, Paris
PLÈOPODES SEXUELS MALES
223
caractérise les Pilumninae ; dans cette sous-famille, le pli est plus étroit, effilé à l’extrémité et recourbé
en crosse.
Dans une étude détaillée des Pilumninae, Balss {1933c) confirmera l’existence d’un type pHum-
nien de pll et de pl2.
En 1950 (19505, p. 142-143), Tweedie fera remarquer que des Crabes non pourvus de crêtes
endostomiennes complètes ont des pléopodes de type ménippien, par exemple les genres Daira de Haan
et Carpilius Leach. Pour Tweedie, la distinction en Hyperolissa (crêtes endostomiennes absentes
ou peu développées) et Hyperomerista (crêtes complètes) « is, in fact, a character of degree rather
than of kind » et la classification devrait tenir compte en premier lieu de la nature du pI2. C’est pour¬
quoi Tweedie rattache Daira et Carpilius aux Menippinae. Dans la classification établie par Balss
en 1957, Daira et Carpilius seront pourtant maintenus dans les Xanthinae, en même temps que d’autres
Crabes à pl2 très longs (Platyxanlhus A. Milne Edwards) {cf. Balss, 1957, p. 1647-1650). Nous revien¬
drons ultérieurement sur ce point.
En appendice à sa faune des « Brachyura of the Iranian Gulf », Stephensen (1945) étudie les
pléopodes sexuels dans l’ensemble des Crabes et fait clairement ressortir qu’il existe deux types fonda¬
mentaux de pl2 ; un pléopode 2 long et filiforme, plus long ou aussi long que le pll ; un pléopode 2 réduit,
dépourvu de long flagelle et à extrémité tronquée, plus court, généralement beaucoup plus court que le
pll. Le deuxième type de pl2, en raison de sa brièveté, est plus rarement décrit dans la littérature ;
il est pourtant le plus fréquent chez les Brachyoures.
Rappelons les groupes dans lesquels Stephensem (1945, p. 212-213 et seq.) relève un pI2 de longueur
supérieure ou égale (grosso modo) à celle du pli : Dromiacea (incluant les Dromiidae et les Homolidae], Dorippi-
dae, Calappidae, Raninidae, Cancridae, Xanthidae Menippinae et Xanthidae Carpiliinae, Goneplacidae pro parte,
Potamonidae pro parte. Stephensen connaît un seul Leucosiidae doté d’un pl2 plus long que le pll : Ebalia longi-
mana Ortmann, tous les autres Crabes de cette famille étant pourvus d’un pl2 très court. En ce qui concerne
les Oxyrhyncha, Stephensen entrevoit la distinction entre les Majidae, à pl2 court, et les Parthenopidae, à pl2
de longueur variable. Enfin, Stephensen admet le type pilumnien découvert par Balss chez les Pilumninae.
Après la remarquable synthèse de Stephensen, les carcinologistes emploieront la morphologie
des pléopodes sexuels de façon de plus en plus systématique. Des clefs seront bâties d’après ce seul
critère, faisant intervenir à la fois les proportions relatives du pl2 et du pll, la structure d’ensemble
du pll, l’ornementation de ce dernier, parfois très développée, et, enfin, la conformation du pl2, beau¬
coup moins variée.
C’est seulement ces dernières années que certains carcinologistes envisageront les rapports
des premiers pléopodes sexuels avec les orifices femelles, à savoir les vulves. Après l’étude des diverses
formes de vagins et de vulves (Hartnoll, 1968o), organes jusqu’alors négligés par les morphologistes
comme par les systématiciens, puis après une compilation par le même auteur (Hartnoll, 1969) inti¬
tulée K Mating in the Brachyura », on doit s’interroger désormais sur le cas des Crabes, comme on l’a
fait depuis longtemps chez les autres Arthropodes : qu’en est-il du dispositif clef-serrure que l’on peut
imaginer de façon simpliste ? Hartnoll (i975a) analyse les structures copulatrices et, parallèlement,
leur fonction chez les Brachyoures pourvus de spermathèques.
Dans presque tous nos travaux, dont la liste figure dans la bibliographie, nous avons fait lar¬
gement appel à la morphologie des pléopodes sexuels mâles. Dans nos « Recherches préliminaires »
(1967-1971), nous avons insisté sur le fait que, notamment chez les Goneplacidae, un type similaire
de pléopodes 1 et 2 caractérisait les Crabes d’une même lignée : la morphologie des organes copulateurs
permettrait donc de reconstituer des groupes naturels.
Après une description générale des structures qui composent l’armature génitale, nous les étu¬
dierons dans les divers groupes de Brachyoures.
Source ; MNHN, Paris
224
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE KT TAXONOMIE
S BRACHYOURES
II. DESCRIPTION GÉNÉRALE
Chez les Brachyoures, alors que l’abdomen femelle porte quatre paires de pléopodes biramés
et sétifères sur les segments 2 à 5 {sauf chez les Dromiacés où il y a cinq paires de pléopodes), l'abdomen
mâle possède seulement deux paires d’appendices, sur le premier et le deuxième segment.
Chez les jeunes mâles de Dromiidae, les pléopodes 3 à 5 sont encore présents, mais ils disparaissent
ensuite (Ihle, 1913, p. 19; Balss, 1941, p. 177).
En fait, chez les Crabes, l’armature génitale mâle est une structure complexe, composée :
1) d’une paire de pénis, attachés au pourtour des orifices génitaux mâles qui percent la paroi
coxale ou sternale ;
2) de deux paires de pattes abdominales modifiées, dépendant des premier et deuxième ster-
nites de l’abdomen et appelées pléopodes sexuels 1 et 2. Le tout est généralement logé dans la cavité
sterno-abdominale et protégé par l’abdomen.
Papille ou tube plus ou moins développé, plus ou moins rigide, cylindrique ou foliacé, glabre ou séti-
fère, le pénis est traversé par le canal éjaculateur qui débouche à son extrémité (voir le chapitre sur les orifices
génitaux mâles).
L’organe véritable d’intromission est le pléopode 1, qui porte à son apex l’ouverture séminale.
Le pénis pénètre dans sa base renflée, soit par l’unique entrée qu’il présente {Brachyoures péditrèmes),
soit par une ouverture spéciale, le foramen proximal latéro-externe (Brachyoures sternitrèmes). Le
pléopode 2 pénètre également à l’intérieur du pléopode 1, soit par la même ouverture que le pénis
(péditrèmes), soit par une deuxième ouverture (sternitrèmes). Dans ce second cas, si le pl2 est court, il
s’engage dans une ouverture particulière, le foramen proximal latéro-interne ; s’il est long, il s’insère tout
le long de la rainure longitudinale et peut même dépasser en longueur le pli. Le pl2 aurait pour rôle de
pousser le sperme, déchargé par le canal éjaculateur à la base du pli, jusqu’à l’extrémité de ce dernier.
Schématiquement, le pli est long, cylindrique, plus ou moins incurvé ou torsadé, et occupe en longueur
une assez grande partie de la cavité sterno-abdominale. Le pl2 est le plus souvent très court, avec un apex
extrêmement réduit ; mais, dans quelques familles, il est allongé, filiforme, avec un flagelle grêle, parfois enroulé
en boucle et, donc, plus long que le pli. U existe très peu de cas où le pl2 est d’une longueur moyenne, inter¬
médiaire : nous montrerons un peu plus loin l’intérêt de cette caractéristique.
ni. DISPOSITION DES PLÉOPODES MALES CHEZ CERTAINS ASTACOURES
Généralement, chez les Brachyoures, chaque paire de pléopodes agit symétriquement et chaque
paire de pli insémine directement la partie femelle correspondante, orifice de la spermathèque ou
vulve, selon qu’il s’agit de péditrèmes ou de sternitrèmes.
Avant de décrire la morphologie des pléopodes sexuels, d’abord chez les péditrèmes puis chez
les sternitrèmes, il convient de dire quelques mots de la structure des appendices copulateurs chez les
Astacoures qui, comme les péditrèmes, possèdent des spermathèques.
Chez Nepkrops norvegicus (Linné) (fig. 57, 59A, B), le premier et le second pléopode de chacun des deux
côtés fonctionnent ensemble comme un système unique, transférant le sperme à la spermathèque impaire,
médiane, de la femelle {cf. fig. 57). L’endopodite du pli offre une large ouverture mésiale dans laquelle s’engage
l’appendix masculina du pl2 et que viennent clore les deux rames, endopodiale et exopodiale, du pl2 (fig. 59A).
Quand toutes les parties sont en place (fig. 59B), l’orifice coxal de (p5) se trouve à la base du pli. Les deux endo-
podites, à savoir celui du pli gauche et celui du pli droit, viennent s’apposer l’un contre l’autre et constituent
une sorte de tube dans lequel l’appendix masculina de chaque pI2 pousse les spermatophores issus de l’orifice
mâle. Alors que le pl2 a conservé la structure originelle biramée, le pli est réduit â un endopodite partiellement
tubulaire, faisant suite à un protopodite.
Source : MNHN, Paris
PLÉOPODES SEXUELS MÂLES
225
GÜ
Fig. VI. — Nepkropt norvegicus (Linoé). Les deux paires de
pléopodes mâles 1 et 2 tn sttu, fonctionnant comme
un appareil unique. Position de la coxa des deux p5,
avec l’orifice génital mâle. (Pilosité non représentée).
b, basis ; ex, coxa ; en, endopodiU ; ex, exopodite ; o.m.,
orifice ginUal mâle ; o.e., orifice séminal ; pli, plèopodc
sexuel 1 ; pl2, pliopode sexuel 2 pS, cinquième piréiopode ;
st. ab. 1, premier slernile abdominal; st. ab. 2, deuxième
stemite abdominal.
Fig. 58. — Astacus aslacus (Linné). PU et pl2 mâles d'un seul
côté, dessinés tn situ, le pl2 ou, plus précisément, son appen-
dix masculina étant engagé à l'intérieur du pli. Position
de la coxa de p5, avec rorifice génital mâle, (Pilosité non
représentée).
a.m., appendix masculina ; é, basis ; cx5, coxa de pS ; en,
endopodite ; ex, exopodile ; o.m., orifice génital mâle ; o.s., orifice
séminal ; pli, premier pléopode sexuel mâle ; pl2, deuxième pléo-
pode sexuel mâle.
IJ
Source : MNHN, Paris
Fig. 59. — Les pléopodes sexuels mâles 1 et 2 chez Nephrops norvegUiu (Lioné) (fig. A-B) et chez Astacut aatacia (Linné)
(fîg. C-D). (Pilosité non représentée).
A-B, Nephrops norvégien» ; C-D, Astacus aslacus.
A, C, vue latérale interne (ou mésiale) des pléopodes mâles 1 et 2 séparés, issus des stemitea abdominaux 1 et 2 ; coxa
de p5 en position de repos ; B, D, vue latérale interne des pli et pl2, le pl2, plus précisément l'appendix masculina,
étant engagé dans le pli, à savoir dans le semi-canal de l'endopodite ; mise en place de la coxa de p5, avec l’orifice
mâle.
a.m., appendix masculina; b, basis; ex, coxa; cx5, coxa de p5;en, endopodile; ex, exopodite ; o.m., orifice géni¬
tal mâle ; pli, premier plèopode mâle ; pl 2, deuxième pUopode mâle ; p5, cirujuième pMiopode ; r.s., rainure séminale ;
et. ab.I, premier slernite abdominal ; st. ab. 2, deuxième sUrnite abdominal ; st, th.8, huitième stemile thoracique.
Source : MNHN, Paris
PLÉOPODES SEXUELS MÂLES
227
Chez Aslacits aslacHs (Linné) (fig. 58, 59C, D), le pli -{- le pl2 d’un côté doivent agir indépendamment
du pli + pl2 de l’autre côté. Il y a deux orifices séminaux distincts, gauche et droit. Le pli est très modifié :
à peine coudé, il se compose principalement d’un endopodite ouvert à la base, puis enroulé en un tube fermé
tout le long de sa moitié distale et terminé par un orifice, l’orifice séminal (fig. 59C). Le pi2 s’écarte moins de
l’appendice originel : il comporte un large endopodite, se terminant par un appendix masculina lamelleux qui
vient s’insérer dans l’endopodite du pli, de sorte qu’un canal complètement clos est constitué. La rame endo-
podiale et l’exopodite du pl2, également lamelleux, s’appuient contre le pli et assurent une fermeture plus
complète (fig. 58). C’est à la base du canal ainsi réalisé que vient se placer l’orifice mâle (fig. 59D).
Nous allons voir que la morphologie rencontrée chez les Brachyoures péditrèmes est intermé¬
diaire entre celle des Astacoures et celle des Brachyoures sternitrèmes. En effet, c’est seulement chez
les Brachyoures « vrais » que le premier pléopode acquiert une forme complètement tubulaire avec
les deux orifices proximaux, l’un pour l’entrée du pénis, l’autre pour l’insertion du pl2 ; ce dernier
est un organe complètement modifié, dépourvu d’exopodite. Chez les péditrèmes, l’enroulement du
pll est plus ou moins accentué et le pl2 possède une structure encore complexe. On constate chez les
péditrèmes la tendance à l’acquisition d’un pll tubulaire, dépourvu de rame exopodiale, ainsi qu’à
la réduction du pl2. Les deux appendices sont encore proches de l’appendice originel, avec coxa,
basis, endopodite ; parfois, le pl2 conserve son exopodite {Dynomene : fig. 60E-F) ; ce dernier demeure
également dans le genre Homola {cf. infra).
Chez les Brachyoures sternitrèmes, le plan structural est relativement uniforme, par perte du
schéma primitif de l’appendice, notamment de la disposition biramée pour le pl2.
Le mode d’action de ces divers types de pléopodes est différent. Nous n’entrerons pas ici dans
le détail des structures anatomiques internes.
IV. BRACHYOURES S.L. À ORIFICES FEMELLES COXAUX
(BRACHYOURES PÉDITRÈMES)
Dromiacea
Dromiidae
Chez tous les genres que nous avons examinés, Dromia Weber, Dromidia Stimpson, Crypto-
dromia Stimpson, Slernodromia Forest, la disposition est similaire (proportions, courbure et pilosité
mises à part).
Du premier sternite abdominal, qui forme une plaque sclérifiée plus ou moins importante au
travers du premier segment abdominal, s’élève la première paire de pléopodes. Le pll(j, uniramé, est
formé d’une coxa assez réduite, d’un basis étalé, juste un peu enroulé sur les côtés, et d’un endopodite
ouvert dans sa moitié proximale, enroulé dans sa partie distale. Selon les genres et les espèces, le pll
a une forme plus ou moins tubulaire, les deux bords se recouvrant plus ou moins dans la portion ter¬
minale de l’appendice. Chez Dromia personala (Linné) (fig. 60C, D), les deux bords viennent au contact
l’un de l’autre seulement vers l’extrémité, qui sert d’orifice séminal. Chez Dromia dehaani Rathbun,
l’un des bords recouvre complètement l’autre et toute la partie distale forme un cylindre clos, seule¬
ment ouvert à l’extrémité [cf. Kim, 1973, fig. 76C, D).
Nous allons décrire la disposition des pléopodes sexuels 1 et 2, ainsi que leur rapport avec le
pénis, chez Dromia personala (Linné) {cf. fig. 60A-D).
L’endopodite du pll a une structure particulière. Sur toute la longueur de sa face sternale (ou
plutôt coxo-sternale), il est parcouru par un sillon membraneux, assez large (fig. 60B, 5 .en.), qui cons¬
titue une zone de moindre résistance : une certaine mobilité des deux parties ainsi délimitées sur l’endo-
podite est manifeste à ce niveau. C’est pourquoi nous nous demandons si la clôture du canal séminal
ne serait pas susceptible de variation, c’est-à-dire si elle ne peut pas devenir plus complète, par rappro-
SoiX'ce : MNHN, Paris
228
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
PLËOPODES SEXUELS MALES 229
chement des bords de l’endopodile, au moment de la décharge du sperme. Par ailleurs, il y a une arti¬
culation très mobile entre le basis et l’endopodite : ce dernier peut s’infléchir fortement (fig. 60D).
Des soies nombreuses garnissent le pli, notamment les deux bords du u cornet b distal, et entourent
l’orifice séminal.
Le pl2 est, au total, plus long que le pli (fig. 60A, B). Il prend naissance à partir du pont sclé-
rifié qui s’élève ventralement au-dessus du deuxième segment abdominal et qui représente le deuxième
sternite de l’abdomen (fig. 60D). L’appendice de la deuxième paire est uniramé et se compose de trois
parties, homologables à un basis, à un endopodite et à un long stylet (appendix masculina) qui s’amin¬
cit dans la partie distale, laquelle est imperforée {cf. Hartnoll, 1975a, p. 660, fig. 1).
Lorsque le pl2 s’engage à l’intérieur du pli, il insère la partie distale de son basis et son endo¬
podite dans la partie ouverte, non enroulée, du pli ; l’appendix masculina, très effilé, pénètre dans
la partie plus tubulaire du pll et dépasse de ce dernier au travers de l’orifice séminal (fig. 60A-C).
Lorsque les deux pléopodes sont en place, l’extrémité du pénis (cf. fig. 60D, p) vient se loger
entre le basis du pll et l’endopodite du pl2 (fig. 60A-C) : le sperme doit se décharger à cet endroit et
s’écouler dans la tubulure du pll. Il n’y a donc pas un orifice spécial pour la pénétration du pénis à
l’intérieur du pll, ce qui s’explique aisément par le fait que la partie basale de ce dernier n’est pas enrou¬
lée. Le pénis peut bien remplir son rôle car, chez les Dromiidae, il est allongé et rigide (fig. 43A-B).
En bref, une simple apposition du pénis semble suffisante, le sperme étant canalisé le long du pll par
l’appendix masculina.
Les pléopodes sexuels mâles ont été figurés chez diverses espèces de Dromia atlantiques [cf. Monod,
1956, fig. 50, 51, 62, 70, 71) et indo-pacifiques (cf. Shen, 1931, fig. 4b), chez une Dromto du golfe Persique (cf.
Stephbnsen, 1945, fig. 3A-B), et chez Dromia dehaani Rathbun (cf. Kim, 1973, fig. 73C, D) : la disposition
est sensiblement la même, l’apex étant seulement parfois tronqué et les soies qui garnissent le pll étant plus
ou moins abondantes ; l’appendix masculina est toujours très long et styliforme.
L’apex du pll est pointu chez la Dromidiopsis cranioides de Man représentée par Sehène et al. (1973,
fig. 14-15).
Gobdon (1950) figure les pléopodes 1 et 2 chez deux espèces du genre Cryptodromia Stimpson, dont
la morphologie est analogue à celle que nous venons de décrire : chez C. giîesi Alcock (Gordon, 1950, fig. 2D,
£), le pll est moins robuste que chez C. granulata (Kossmann) (ibid., fig. 2B, E) ; de plus, chez cette dernière
espèce, l’apex est notablement incurvé, alors qu’il est à peu près rectiligne chez C. gilesi. Dans te genre Crypto¬
dromia, Gordon signale un long appendix masculina, qui s’insère dans le pll, et observe < a strongly chitinized
book or ring, some distance down from the apex of pleopod 1, which keeps tbe needle-like terminal portion
of pleopod 2 in position when the two are interlocked » [ibid., p. 208). D’autres auteurs ont représenté les pléo¬
podes sexuels dans le genre Cryptodromia : chez C. kügendorfi de Man, l’appendix masculina semble plus court
que le pll (cf. Campbell et Stephenson, 1970, fig. 3C) ; chez C. areolata Ihle, le pll s’amincit peu et n’est pas
pointu à l’extrémité (cf. Serène et al., 1973, fig. 5, 6) ; chez C. lumida Stimpson, le pll est terminé par une touffe
sétifère très dense (cf. Ihle, 1913, fig. 16-17 ; Kim, 1973, fig. 78B, C) ; chez C. micronyx Stebbing, les pll sont
trapus et larges, les pl2 terminés par un stylet (cf. Stebbing, 1921, pl. 22).
Dans le genre Pseudodromia Stimpson, Gordon (1950) indique une structure similaire, l’endopodite du pl 1
étant seulement plus ou moins allongé ou plus ou moins sétifère selon les espèces (cf. Gordon, 1950, p. 212,
Fig. 60. — Les pléopodes sexuels mâles 1 et 2 chez deux Dromiacea : un Dromiidae, Dromia peraonata (Linné) (fig. A-D)
et un Dynomenidae, Dynomene hiapida (H. Milne Edwards) (fig. E-F). (Pilosité non représentée).
A-D, Dromia peraonata. A, pll et pl2 in situ, le pl2, ou plutôt l’appendix masculina styliforme, étant engagé à l’intérieur
de l’endopodile semi-ouvert du pll ; position du pénis ; B, vue latérale externe du pll, permettant de voir le sillon
longitudinal de l'endopodite (s.en.j ; C, vue latérale interne ou mésiale, avec le pi2 inséré à l'intérieur du pll, et
mise en place (hypothétique) du pénis ; D, vue latérale interne, avec les deux pléopodes séparés et le pénis en posi¬
tion de repos.
E-F, Dynomene hiapida. E, pll et pl2 in ailu, l'appendix masculina du pl2 s’engageant dans le canal semi-ouvert du pll ;
position de la coxa de p5, complètement modifiée et dont une partie correspond au pénis ; F, vue latérale interne,
avec les deux pléopodes séparés.
a.m., appendix maaculina ; b, baais ; ex, coxa ; ex5, coxa de p5 ; en, endopodite ; ex, exopodiU ; o.s., orifice
séminal; p, pénis; pli, premier pléopode nuSle ; pl2, deuxième pléopode mâle; p5, cinquième périiopode ; a.en.,
sillon longitudinal de l'endopodite ; st.ab.l, premier sternite abdominal ; sl.ab. 2, deuxième sternite abdominal.
Source : MNHN, Paris
230
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BFLACHYOURES
fig. 8D, E, 9D : P. murrayi Gordon ; cf. Chhapgar, 1957, pl. 1, fig. 5 : P. integrifrons Henderson) ; l’appen*
dix masculina est très développé et dépasse beaucoup du pli, à l’intérieur duquel il peut s'engager.
Dans le genre Dromidia Stimpson, et plus précisément chez D. antillensii Stimpson {cf. Guinot, 1959,
fig. 4a, 4b), le pli est court, large, garni de longues soies à l’apex.
Les appendices copulateurs A’Hemisphaerodromia abellana Barnard, figurés par Barnard (1950, fig. 3d,
e), sont composés d’un pli à basis développé et d’un pl2 à appendix masculina trapu à la base, effilé à l’extré*
Dans le genre Conchoecetes Stimpson, plus particulièrement chez C. andamanicus Alcock {cf. SeRàNB
et al., 1973, fig. 2-3), le pli possède un basis allongé, se prolongeant par un endopodite disposé obliquement ;
le pl2 est aussi long que le pli, l’appendix masculina étant fort développé. Dans le genre Conchoecetes, le pénis
{ibid., fig. 1) est un long tube saillant.
Les appendices copulateurs ont été figurés chez plusieurs espèces du genre Petalomera Stimpson. Le
pli est court, trapu ; le pl2 a un appendix masculina généralement très filiforme dans sa moitié distale : P.
wilsoni (Fulton et Grant) {cf. Dell, 1968a, fig. 5-7 ; Kim, 1973, fig. 80D) ; P. kosugei Takeda et Miyaké {cf.
Takeda et Miyaké, 1972, fig. lE, F) ; P. japonica (Henderson) {cf. Kim, 1973, fig. 81C) ; P. granulala Stimpson
{cf. Kim, 1973, fig. 82A, D, E).
Dynomenidae
Nous décrivons et figurons la morphologie des pléopodes sexuels mâles 1 et 2 chez Dynomene
hispida (H. Milne Edwards). Le pli, qui s’élève à partir du premier sternite abdominal {st. ab.l), est
un organe relativement étroit et allongé ; le basis offre une nette convexité médiane ; l’endopodite
est ouvert sur la plus grande partie de son étendue et s’enroule seulement un peu vers son extrémité
(fig. 60E). Comme chez Dromia personata, l’endopodite porte un sillon (fig. 60F, s.en.) sur la face opposée
à l’ouverture, et il existe une grande mobilité entre le basis et l’endopodite du pll.
Le pl2, qui dépend du deuxième sternite abdominal {st. ab.2), est moins long que le pll. Néan¬
moins, c’est un endopodite allongé et terminé par un appendix masculina styliforme qui fait suite à
ce basis. L’appendice de la deuxième paire a conservé la structure originelle, hiramée : l’exopodite
est difficile à distinguer car il se tient presque accolé à la base de l’endopodîte (fig. 60E-F, ex).
La coxa de p5 des Dynomene est complètement modifiée : de forme triangulaire, elle se continue
par une portion qui doit être homologuée au pénis ; seule l’extrémité présente une paroi molle, trans¬
parente (fig. 43C). Elle vient se placer à peu près au niveau du basis du pll, pas très loin de la gout¬
tière endopodiale ouverte (fig. 60E). Comme chez les Dromiidae, le pl2 engage son appendix masculina
dans cette gouttière et il n’y a pas d’autre ouverture pour l’injection du sperme.
Le pll et le pl2 de Dynomene filholi Bouvier ont été figurés par Monod (1956, fig. 84-88) ; l'endopodite du
pll semble non refermé sur une grande partie de son étendue ; l’appendix masculina, d’abord relativement
large, s’amincit distalement. Le premier pléopode mâle de Dynomene pilumnoides Alcock est figuré par Steb-
BiNG (1921, pl. 14 : sous le nom de Maxillotkrix actaeiformis Stebbing).
Homoloidea
La première paire de pléopodes naît à partir d’un pont calcifié, large et allongé, correspondant
au premier sternite abdominal (fig. 61D-E : st. ab.l).
Le pll est relativement court et plutôt trapu. Il se compose d’une coxa courte, d’un basis plus
allongé et d’un endopodite dont les deux bords sont jointifs, tout au moins chez Paromola cuoieri (Risso)
(fig. 61D). Le pll a donc l’aspect d’un tube ouvert à la base, clos sur toute son étendue et portant un
orifice à son extrémité (fig. 61D-E : 0 . 5 .).
La paire de pl2 est issue d’un pont sclérifié traversant le deuxième segment abdominal et cor¬
respondant au deuxième sternite abdominal {st. ab.2). Le pl2, composé d’une coxa et d’un endopodite
bien développé, est plus court, dans son ensemble, que le pll. L’endopodite, imperforé à l’extrémité,
est large, absolument pas styliforme : il ne dépasse pas du pll (fig. 61D-E).
Dans le genre Homola Leach, l’endopodite du pl2 a une avancée latéro-distale très marquée,
que Balss (1941, p. 176, fig. 245} et Habtnoll (1975a, p. 660, fig. 2D) homologuent à un exopodite
Source ; iMMHM, Pans
PLËOPODES SEXUELS MÂLES
231
Fio. 61. — Les pléopodes sexuels mâles 1 et 2 chez deux Brachyoures péditrèmes : un Tymolidae, Cymopolua aaperA. Milne
Edwards (fig. A-C) ; un Horaoloidea, Paromola cuvieri (Risso) (fig. D-E). (Pilosité non représentée).
A-C, Cymopolua asper. A, B, pli et pl2 séparés, issus des deux premiers sternites abdominaux ; C, pl2 inséré à l'intérieur
de l’ouverture endopodiale du pli. On constatera l'aspect trapu, foliacé du pli ; le pl2 est en forme'de sole.
D-E, Paromola cuvieri. D, pll et p!2 tn ailu, séparés, issus des deux premiers sternites abdominaux -, E, vue latérale interne,
avec le pI2 inséré à l’intérieur du pli ; mise en place du pénis. On constatera l’aspect tubulaire du pli, la forme en
cylindre tronqué du pl2.
6, baaia ; ex, coxa ; cx5, coxa de pS ; en, endopodile ; ex, exopodite ; o.a., orifice séminal ; p, pénis ; pll, premier
pléopode mâle; pl2, deuxième pléopode mâle; st.ab.I, premier sternite abdominal; 8t.ab.2, deuxième slernite
abdominal.
Source : AéNHN, Paris
232
uorphologœ; phylogenèse et taxonomie des brachyoures
vestigial. En fait, A. Milne Edwards et Bouvier (1902, p. 26, pl. 6, fig. 3, 5) ont déjà montré que
l’exopodite, proéminent chez le mâle immature, se réduisait chez le mâle adulte. On peut également
homologuer la saillie distale du basis de la Paromola cuvieri de grande taille que nous figurons (hg. 61D)
à un exopodite vestigial.
Chez les Homoloidea, à la base du pli ü n'y a pas d’orifice particulier pour l’insertion du pénis,
lequel est une papille assez courte (fig. 43D). En position de repos, l’extrémité du pénis se trouve assez
loin de la rainure séminale qui porte une large ouverture, dans laquelle pénètre très aisément le pl2
(fig. 61E, P et pl2).
La disposition est sensiblement la même dans les genres Homologenus Hendreson et Latreillia
Roux : l’apex du pli semble plus effilé et se prolonge par une longue touffe sétifère. Le pl2 a sensible*
ment la forme rencontrée dans les genres Homola Leach et Paromola Wood-Mason. Chez Homologenus
rostralus (A. Milne Edwards) (fig. 43E), le pénis est relativement allongé.
Divers auteurs ont donné des illustrations des appendices copulateurs chez les Homoloidea. Le pl2 est
relativement court et toujours tronqué dans le genre Homola Leach : H. barbota (Herbst) (cf. Gordon, 1950,
fig. 26B, Bl, C, D) ; H. tâcocki Stebbing {cf. Sasai, 1961, fig. 4b : pl2) ; H. aculispina Sakai {cf. Sakai, 1961,
fig. 4a : pl2) ; H. orientalis Henderson {cf. Sebène et al., 1973, fig. 20, 21).
Dans le genre Poromoio Wood-Mason, le pl2 est également tronqué : P. cuf i«ri (Risso) (c^. Sankabankutty,
1968, fig. lA-D) ; P. spinimanus Griflin (cf. Griffin, 1965, fig. 1-4) ; P. akocki faughni Serène et al. (cf. Serène
et al., 1973, fig. 36, 37).
Dans le genre Latreillia Roux, le pll est effilé à l’extrémité : L. phalangium de Haan (cf. Kiu, 1966,
fig. 2 ; 1973, fig. 83C), ou terminé par un lobe grêle, garni d’une touffe subapicale de soies : L. valida de Haan
(cf. Gordon, 1950, fig. 22B ; Kim, 1973, fig. 84E ; Serène et al., 1973, fig. 51-53).
Le genre Latreillopsis Henderson a un pll fortement incurvé à l’apex ; un pl2 tronqué : L. petterdi Grant
(cf. Takeda et Miyaké, 1969c, fig. Ib, c) ; L. major Kubo (cf. Kubo, 1936, pl. 17, fig. F).
Dans le genre Paromolopsis Wood-Mason, Serène et al. (1973, fig. 40-41) ont figuré les pléopodes de
P. boasi Wood-Mason : le pll est long, grêle et contourné ; le pl2 est tronqué.
Le genre Homologenus Henderson possède un pll avec apex un peu incurvé (H. braueri Doflein : cf.
Gordon, 1950, fig. 12C) ou rétréci (H. malayensis Ihle : cf. Ible, 1913, fig. 37) ; un pl2 rectiligne, tronqué à
l’extrémité (braueri : Gordon, ibid., fig. 12D ; malayensis : Ihle, ibid., fig. 38).
Dans le genre Hypsophrys Wood-Mason, les pléopodes mâles sont connus chez une seule espèce : H.
noar Williams : ils sont tous deux < large and conspicuous » ; le pli est « diverging tangentially distolateral
from articulation as stout, flattened plate and roUed into tube progressively flattened distally » ; le pl2
est t formed into thick nearly cylindrical plunger terminating in asymmetrical flared, truncate head tilted
mesially » (cf. Williams, 1974è, p. 489-490, fig. 10-12).
Raninoidea ou Gyhnoplbura
Le premier segment abdominal porte une longue expansion sclérifiée médiane (sternite abdo¬
minal 1) d’où s’élèvent les deux pll. Le deuxième segment abdominal porte deux sclérites moins déve¬
loppés (sternite abdominal 2) d’où s’élèvent les deux pI2 (cf. fig. 62B-D, F).
Les deux pll sont rapprochés l’un de l’autre (fig. 62A). Ils se composent d’une coxa, d'un basis
et d’un endopodite.
L’endopodite du pll est parfois complètement cylindrique, tubulaire, terminé par une ouverture
séminale soit simple : Notosceles Bourne, soit entourée de pointes : Raninoides H. Milne Edwards,
ou terminée par des lobes contournés : Ranina Lamarck (fig. 62A, C, D). A cette disposition correspond
généralement un pl2 court, moins long que le pll, formé d’un basis et d’un endopodite assez trapu
(fig. 62D). Le prolongement de l’endopodite, c’est-à-dire l’appendix masculina, se présente diversement :
sous une forme sigmoïde (Ranina, Notosceles) ou sous une forme cylindrique jusqu’à devenir un sty¬
let plus ou moins allongé (Raninoides, Cyrtorhina), pas assez long toutefois pour dépasser de l’orifice
séminal du pll.
Dans d’autres genres, le pll est large, trapu, plutôt court, d’aspect presque foliacé : Cosmonotus
Adams et White, Ranilia H. Milne Edwards (fig. 62E-H). Dans ce cas, le pl2, lui-même non filiforme
Source ; MNHN, Paris
PLÉOPODES SEXUELS HALES
233
(6g. 62H), est presque aussi long que le pli (6g. 62G) : le basis est allongé ; l’appendix masculina, rela¬
tivement large, non grêle, se distingue de l’endopodite par son aspect scléri6é et par sa courbure diffé¬
rente (6g. 62G, o.m.).
Le pl2 est fréquemment observé inséré à l’intérieur du pli (6g. 62A, C, E, G). Le pénis est un
prolongement de la coxa, une partie molle, tubulaire, faisant directement suite à la partie indurée,
sans délimitation apparente : Ranina (6g. 44, 62A-B, p) ou avec une séparation nette : Raninoides
(6g. 43F). L’extrémité du pénis se place à la base de l’ouverture endopodiale chez Raniüa (6g. 62E),
comme chez Ranina (6g. 62A-B).
Dans le chapitre iv (p. 127-129), nous avons indiqué que les pléopodes des Raninidae, loin d’être
inclus dans la cavité sterno-abdominale, demeuraient en grande partie à découvert, en avant du court
abdomen. C’est seulement dans le genre Lyreiduâ de Haan, où l’abdomen s’applique complètement
contre la paroi sternale et y est maintenu grâce à un dispositif spécial {cf. pl. 22, 6g. 6, 7), que les pléo¬
podes sont complètement protégés.
Gordon (1966, p. 348-350, fig. 4A-C) donne des indications sur les organes copulateurs chez les Rani¬
nidae. Pour cet auteur, une caractéristique importante est que les « proximal segments are fused and extend
far backwards over the second and third somites ; their free distal strongly calcihed parts project at right
angles from the fused bases » (Gordon, ibid., p. 349). Le pli de Nolopoides fatus Henderson est allongé, coudé
vers son milieu, avec des lobes apicaux ; le pl2 est court, sigmoïde ; une forte projection pénienne prolonge
la coxa de p5. Gordon {ibid., p. 350) explique que cc though the distal parts are separate, they are so closely
apposed that their apices are in contact medially. Thus they can easily enter the large single spermathecal
pit of the female >.
Chez les Raninoidea, les pll fonctionnent sans doute apposés l’un contre l’autre [sans que la
réunion soit nécessairement aussi complète que chez Ranina ranina (Linné) : cf. 6g. 62A-D], ce qui
s'explique par le fait qu’il n’y a qu’un seul ori6ce sternal médian, donc apparemment une seule sper-
mathèque ; il existe cependant deux ori6ces séminaux, ce qui indiquerait une fécondation par les deux
pléopodes séparément. En revanche, le genre Lyreidus possède deux spermathèques distinctes.
Serbne et Umali (1972) séparent les Raninidae d’après divers caractères, notamment ceux des pléo¬
podes sexuels mâles. La sous-famille des Notopinae qui inclut les genres Notopus de Haan, Cosmonotus Adams et
White et Ranilia, est caractérisée par « pleopod 2 in male with long chitinous apical process distally exceeding a
little the somewhat foliaceous tip of pleopod 1 b (cf. Serènb et Umali, loc. cil., p. 29-31). Dans la sous-famille des
Ranininae, le pl2 est i regularly tapering towards its tip and with an elongated tapering shaft, shorter than
pleopod 1 > [ibid., p. 34) : cette disposition qui, â certains égards, rappelle les pléopodes des vrais Brachyoures,
caractérise les genres Ranina Lamarck, Lyreidus de Haan, Nolopoides Henderson, Raninoides H. Milne Edwards,
Notosceles Boume, Symethis Weber, Cyrtorhina Monod.
Les pléopodes des Raninidae 6gurés dans la littérature nous montrent les deux types de pll
et les deux types de pl2 que l’on rencontre dans ce groupe.
Genre Ranina Lamarck. Pll long, cylindrique et tubulaire avec un apex contourné : R. ranina (Linné)
{cf. Barnard, 1950, fig. 75c, d ; Tyndale-Biscoe et George, 1962, fig. ; Kim, 1973, fig. 74E).
Genre Raninoides H. Milne Edwards. Pll long, étroit, tubulaire, avec des pointes apicales dissymé¬
triques ; pl2 allongé, terminé par un stylet plus ou moins allongé : R. bouvieri Capart {cf. Monod, 1956, fig. 33-
34) ; R. serraiifrons Henderson {cf. Barnard, 1950, fig. 75g) ; R. benedicti Rathbun {cf. Guinot, 1959, fig. 3a-c ;
Knigbt, 1968, pl. 4, fig. a, d) ; R. laevis (Latreille) {cf. Guinot, 1959, fig. 2a, b ; Knight, 1968, pl. 4) ; R. per-
sonatus Henderson (cf. Serène et Umali, 1972, fig. 12-14) ; R. hendersoni Chopra {cf. Sehène et Umali, 1972,
fig. 20-22).
Genre Cyrtorhina Monod. Pll allongé, tubulaire ; pl2 dans l’ensemble spatuliforme mais se prolongeant
par un stylet : C. granulosa Monod {cf. Monod, 1956, fig. 30-31).
Genre Notosceles Bourne. Pll allongé, complètement tubulaire, soit avec une ouverture séminale sim¬
ple, terminale, et avec une épine subapicale : N. viaderi Ward (cf. Crosnier, 1976, fig. 6f-h) ; soit avec un apex
compliqué, armé d’une forte pointe ; pl2 assez allongé, un peu spatulé à l’extrémité, laquelle est incurvée et
effilée : N. chimmonis Bourne {cf. Serène et Umali, 1972, fig. 28-30).
Source ; MhlHN, Paris
234
MOFUPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
PLÉOPODES SEXUELS MALES
235
Genre Lyreidug de Haan. PU avec un long basiset unendopodite incurvé, muni d'un lobe subapical très
marqué et d’une ouverture séminale terminale (à contrôler) ; pl2 de forme spatulée, seulement un peu effilé
à l’apex : L. tridentalua de Haan {cf. Sarai, 1937, fig. 39a, a' ; Gripfin, 1970o, fig. 8a, b) ; L. integra Terazaki
(cf. Km, 1973, fig. 75C, E) ; L. slenops Wood-Mason {cf. Gbiffin, 1970a, fig. 8d) ; L. channeri Wood-Mason
{cf. Gbiffin, 1970a, fig. 8e) ; L. brevifrons Sakai {cf. Sakai, 1937, fig. 42b ; Gbiffin, 1970a, fig. 8c) ; L. politua
Paris! {cf. Sakai, 1937, fig. 43).
Genre Cosmonotita Adams et White. PU large, plutôt trapu, non tubulaire, avec les bords jointifs sur
une faible étendue (à contrôler) ; pl2 cylindrique, avec appendix masculina non styliforme, plus ou moins long
et incurvé : C. grayi Adams et White {cf. Barnard, 1950, fig. 75i ; Tvndale-Biscoe et George, 1962, fig. 8j ;
Takeda et Miyaké, 1970, fig. 3C, D) ; C. genkaiae Takeda et Miyaké {cf. Takeda et Miyaké, 1970, fig. 3A,
B).
Genre Ranilia H. Milne Edwards (= Notopus de Haan). PU large et trapu, à base élargie et bords join¬
tifs seulement dans la partie distale ou à peine jointifs (à contrôler) : R. ovalia (Henderson) {cf. Tyndale-Biscoe
et George, 1962, fig. 8g) ; R. dorsipes (Linné) {cf. Tyndale-Biscoe et George, 1962, fig. 8^) ; R. orientais
Sakai {cf. Serène et Umali, 1972, fig. 5-6).
Autres Bbachyoures péditrèmes
Homolodromiidae
Chez Dicranodromia mahyeuxi A. Milne Edwards, seule espèce de cette famille que nous ayons
examinée, la disposition présente certaines ressemblances avec celle des Dromiidae et des Dynome-
nidae.
Les deux pléopodes, surtout le premier, sont forts. Le pli a un basis assez développé, un endo-
podite trapu et semi-tubulaire (fig. 63.A). La partie proximale du pl2 se moule en quelque sorte sur le
pli : l’endopodite du p)2 se loge dans l’ouverture du pli (fig. 63A-B). Dans l’entrée de cette cavité
s’insère aussi l’extrémité du pénis (fig. 43G) qui, comme chez les Dromiacea, ne pénètre pas par un
véritable orifice mais doit venir se placer entre les surfaces apposées du pli et du pl2 (fig. 63A). L’endo¬
podite du pl2 (fig. 63C) s’engage dans la demi-gorge de l’endopodite du pli : cet endopodite est com¬
posé d’une hase élargie puis d’une partie allongée plus grêle, que prolonge une soie, malheureusement
cassée sur les deux pl2 du seul mâle en notre possession.
Les deux pli s’incurvent de telle façon que les deux extrémités apicales se touchent, comme si
une seule sortie se formait pour l’écoulement du sperme. Toutefois, lorsque l’on regarde la femelle
de Dicranodromia, on voit que l’orifice de chaque spermathèque est assez éloigné de son symétrique.
Donc, chaque paire de pléopodes doit agir séparément.
Dans le deuxième genre que comprend cette famille, Homolodromia A. Milne Edwards, plus
précisément chez Homolodromia paradoxa A. Milne Edwards, les pléopodes sexuels 1 et 2 ont été décrits
Fig. 62. — Les pléopodes sexuels mâles 1 et 2 chez deux genres de Raninoidea (Gymnopleura) : Raniixa ranina (Linné)
(fig. A-D) et Ranilia allaniica (Studer) ffîg. E-H). (Pilosité non représentée).
A-D, üanina ranina. A, pll de la même paire in situ, apposés l'un contre l'autre, avec chaque pl2 inséré dans le pH corres¬
pondant : mise en place du pénis ; B, pll, vue latérale externe ; pénis en place ; C, pll, vue latérale interne, avec
le pl2 inséré à l’intérieur de l'endopodite tubulaire ; D, pll et pl2 séparés, issus des stemites abdominaux 1 et 2.
E-H, Ranilia ailaTxtica. E, pll de la même paire in situ, apposés l’un contre l'autre ; pl2 inséré à l’intérieur du pll ; mise
en place du pénis ; F, pll, vue latérale externe -, pénis en place ; G, pll, vue latérale interne, avec le pl2 inséré à
l’intérieur de l'ouverture endopodiale du pll ; H, pI2 séparé, avec son endopodite terminé par un stylet court.
On observera la différence de forme à la fois du pll et du pl2 dans les deux genres. Chez Ranina, le pll est allongé
et tubulaire ; le pl2, plutôt court, non styliforme. Chez Ranilia, le pll est trapu, avec un endopodite large, foliacé ;
le pl2 est allongé, cylindrique, terminé par un stylet.
a.m., appendix masculina ; b, basis ; ex, coxa ; cx6, eoxa de p5 ; en, endopodite ; ex, exopodile ; o.s., orifice
séminal ; p, pénis ; pll, premier pléopode mâle ; pl2, deuxième pléopode mâle ; r.s., rainure séminale ; st.ab.I, pre¬
mier slernite abdominal ; st. ab.2, deuxième slernile abdominal.
Source : MNHN, Paris
236
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
8
Fig. 63. — Les pléopodes sexuels mâles 1 et 2 chez un Bracbyoure péditrème Horaolodromiidae : Dicranodromia mahytuxi
A. Milne Edwards. A, pli et pl2, le pl2 à l’intérieur du pli ; coxa de p5, avec le pénis en position de repos. B,
pli et pl2 vus par la face interne, l'appendix masculins étant engagé dans l’ouverture endopodiale ; mise en place
hypothétique du pénis. C, pl2 séparé, avec son appendix masculina styliforme, terminé par une soie (cassée sur
notre spécimen) ; au-dessus, détail de l’apex de l’appendix masculina et de sa soie terminale.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
et figurés par A. Milne Edwards et Bouvier (1902, p. 11-14, pl. 1, fig. 12-13 : « fausses pattes sexuel¬
les s). Les deux appendices sont uniramés. L’endopodite du pli, « tronqué à l’avant », présente une
convexité subapicale. Le pl2 parait notablement allongé et se termine « par un long prolongement
sétiforme » {ibid., p. 13-14), que nous homologuons à l’appendix masculina des autres péditrèmes.
Au regard de cette description, il convient de beaucoup prolonger la soie représentée interrompue
sur notre figure (fig. 63C), effectivement cassée comme nous le pensions.
Tymolidae
Les pléopodes sexuels 1 et 2 sont relativement développés par rapport à la taille de l’animal.
Le pl2 est presque de même épaisseur que le pli. A. Milne Edwards et Bouvier (1902, p. 78) avaient
déjà noté que « les deux paires d’appendices sont forts », pas au point toutefois d’atteindre l’extré¬
mité de l’abdomen.
Dans le genre Cymopolns A. Milne Edwards, plus précisément chez C. asper A. Milne Edwards,
le pli est formé d’un basis et d’un endopodite large, d’aspect foliacé, semi-enroulé (fig. 61A). Le pl2
(fig. 61B) comporte un basis et un endopodite épais, en forme de sole, sans appendix masculina sty¬
liforme : l’apex apparaît tronqué et l’ensemble a une forme qui rappelle celle des Brachyoures sterni-
trèmes à pl2 très court, sigmoïde {cf. pl. 66D).
Source ; MNHN, Paris
PLÉOPODES SEXUELS MÂLES
237
Le pl2 s’engage dans l’ouverture du pli et doit pousser le sperme à l’intérieur de celui-ci jusqu’à
son extrémité (fig. 61C).
Dans le genre Cymopolus, le pénis est une papille très courte, qui émerge du condyle articulaire
de la coxa de p5 (fig. 43G).
Dans le genre Cymorwmits A. Milne Edwards, la disposition est sensiblement la même : l’endo-
podite du pl2, obliquement tronqué, a la forme d'une sole, laquelle épouse, en quelque sorte, la forme
de l’endopodite du pli. Cependant, dans ce genre, le pénis est différent : il sort d’un tubercule placé
latéralement par rapport à la coxa et qui fait suite au condyle articulaire de la coxa de p5 sur le sternum.
Du tubercule coxal sort un pénis assez long (fig. 431, l.c. et p.). La coxa, tout comme le reste de p5,
est réduite.
Goboon (1963, p. 52-54, fig. 11) signale que, dans les genres Cymopolus et Tymolus Stimpson, un pro¬
cessus pénien saille sur la coxa de p5 ; l’endopodite du pli est a a hollow, folded, leaf-like structure ; and pleo-
pod 2 is large in both » ; en revanche, les deux genres diffèrent par leur pl2, l’apex de l’endopodite étant sty-
liforme chez Tymolus, « like the sole of a boot » chez Cymonomus. Pour Gordon, cette différence justifie la
séparation, déjà envisagée par Ihle (1916, p. 154), des Tymolinae en deux tribus : les Cymonomae et les Tymo-
lae.
La terminaison du pl2 sous forme d'un stylet chez Tymolus est hypothétiquement considérée par Gor¬
don {ibid.) comme une « hypodermic needie », qui pénétrerait dans la spermathèque et y déverserait le fluide
séminal ; chez Cymonomus, le pl2 agirait comme un piston, « the sole pushing aside the spindle-like flap to place
a spermatophore in the spermathecal pocket ». Nous n’avons pas examiné de spécimens du genre Tymolus
mais, si nous nous référons aux autres Brachyoures péditrèmes dont le pl2 est styliforme (Dromia ; certains
Raninidae), nous voyons que l’appendix masculina est imperforé à son extrémité et ne doit jamais contenir
le liquide spermatique. Le rôle du pl2 est certainement le même, que son extrémité soit styliforme ou spa-
tulée.
Hartnoll (1975a, p. 660, fig. 3A-B) a figuré le pli et le pl2 chez Cymonomus granulatus Norman : ceux-
ci rappellent beaucoup ceux de Cymopolus asper (fig. 61A-C). Notre interprétation est conforme à la sienne
en ce qui concerne la fonction du pl2.
Chez Cymonomus trifurcus Stebbing, Stebbing (1920, pl. 20) et Barnard (1950, fig. 74e, f) figurent un
pli, avec un endopodite dont les bords ne sont pas jointifs, et un pl2 en forme de sole. La disposition des pli
et pl2 est similaire chez C. bathamae Dell {cf. Dell, 1971, fig. 6-7).
Alors que Gordon (1963, fig. 11) figure chez Tymolus japonicus Stimpson un appendix masculina sty¬
liforme et serrulé vers l’apex, Kiu (1973, fig. 86 C, D) représente chez la même espèce un pl2 à extrémité spa-
tulée ; nous nous expliquons difficilement cette discordance car le pli dessiné par Kim est analogue à celui publié
par Gordon.
Dans le genre Corycodus H. Milne Edwards, plus précisément chez C. disjunclipes (Stebbing), le pli est
élargi, à peine aminci vers l’apex ; le pl2 est spatulé comme chez Cymonomus {cf. Barnard, 1950, fig. 74h,
j)-
Dans le genre Paratymolus Miers, Sankarankutty (1966, fig. 24) figure un pli à endopodite complè¬
tement coudé chez P. hasUUus Alcock. Barnard (1955, fig. 2) publie pour P. pubescens Miers une vue sternale
de l’abdomen, avec une paire de pli incurvés et une paire de pl2 dont la base est élargie, la portion médiane
amincie, l’apex un peu renflé.
Le genre Xeinostojna Stebbing, plus précisément X. euchsir Stebbing, a un pli relativement allongé
et rectiligne, à peine rétréci apicalement, et un pl2 dans l’ensemble trapu et spatuliforme mais à extrémité fili¬
forme, prolongée par un stylet {cf. Barnard, 1950, fig. 74k, 1 ; Sarai, 1971, fig. Ib, c). Le pl2 du genre Xei-
nos0ma semble faire le passage entre le pl2 styliforme du genre Tymolus et le pl2 spatuliforme des genres Cymo¬
nomus et Corycodus.
Source : MNHN, Paris
Fig. 64 A-F. — Pléopodes sexuels 1 et 2 chez divers Corystoidea [sensu Bouvier, 1942} ou Corystidae (sensu Balss, 1957).
A, B, Pseudocorystea sicariut (Poeppig) (= P. armeUus H. Milne Edwards), 3 42,5 X 37 mm, Chili, Vaiparaiso, Porter
coll. 1910 et det., Bouvier vérif. (MP) : pléopodes sexuels 1 (A) et 2 (B) in situ, le pl2 étant engagé à l'intérieur
du pli (x 15). C, Cl, C2, D, Corystes eassivelaunus [Pennaut] [= Corysles denlatus Heller), (J 33 X 25 mm.
Golfe de Gascogne (MP) : C, pli (x 15) ; Cl, id., extrémité (x 30) ; C2, base du pli, autre face (x 15) ; D, pl2
(X 15). E, El, F, Fl, Nautilocorystes ocellatus (Gray), (J 19,2 x 16 mm, Atlantique Sud, st. 105, 20-1-1949,
Capart det. (MP) : E, pli (x 30) ; El, id., extrémité ( X 90) ; F, pl2 (X 30) ; Fl, apex du pl2 (X 85).
Les flèches indiquent l’orifice du pli par où pénètre le pénis (p) et celui par où s’engage le pl2.
Source : MNHN, Paris
PLËOPODHS SEXUELS MÂLES
239
V. BRACHYOURES À ORIFICES FEMELLES STERNAUX
(BRACHYOURES STERNITRÈMES OU CRABES » VRAIS »)
Chez les Brachyoures slernitrèmes, la première paire de pléopodes sexuels mâles insémine non
pas une spermathèque, paire ou impaire, mais une paire de vulves (cf. le chap. v, p. 171-172, fig. 38).
Par ailleurs, les pléopodes de chaque côté ne se réunissent pas médialement pour former un organe
impair, comme chez Nephrops par exemple (fig. 57), mais agissent séparément, de façon symétrique :
ils déposent le sperme dans deux vulves distinctes et non pas dans des spermathèques. Chez les ster-
nitrèmes, les deux paires de pléopodes sont, normalement, enfermées dans la cavité sterno-ahdomi-
nale, dont nous avons montré qu’elle constitue une novation évolutive des Brachyoures {cf. chapitre iv).
Enfin, autre acquisition des Crabes slernitrèmes, les deux pléopodes perdent les caractères de l’appen¬
dice primitif : le pli devient complètement tubulaire, avec un orifice terminal ou subterminal (orifice
séminal) et avec deux orifices proximaux, l’un pour l’insertion du pénis (foramen proximal externe),
l’autre pour l’insertion du pl2 (foramen proximal interne). Ainsi, la transformation du premier piéo-
pode en une gouttière cylindrique, fermée sur la plus grande partie de sa longueur — déjà esquissée
chez certains péditrèmes —, se réalise complètement chez les slernitrèmes.
Le deuxième pléopode mâle des slernitrèmes est toujours dépourvu d’exopodite ; certains
articles, encore présents chez les péditrèmes, avortent : la morphologie du pl2 se simplifie.
Le premier pléopode mâle montre un plan général uniforme, hormis des différences dans la taille,
la courbure, la calcification, l’ornementation, et dans la sclérification de l’apex. L’ornementation
est extrêmement variée, surtout dans certains groupes.
Les Polydectinae, sous-famille de Crabes Xanthidae que nous avons récemment révisée (Guinot, 1976),
nous montrent un bon exemple de la communauté du plan de structure du premier pléopode mâle : cf. Poly-
dectus cupulifer (Latreille) (fig. 67 A-C) ; Lybia tessellata (Latreille) (fig. 68 E-G) ; L. edmondsoni Takeda et
Miyaké (fig. 68 I-J) ; L. halagumoana Sakai (fig. 68K) ; L. plumosa Barnard (fig. 69 A-B, D) ; L. leptochelis
(Zehntner) (fig. 69 E-F) ; L. denticulata Nobili (fig. 69 G-H).
Dans le genre Glyptoxanthus A. Milne Edwards, révisé dans l’annexe C du chapitre ii, le pli est homo-
morphe {cf. fig. 18), ce qui confirme Tunité de ce groupe naturel.
Le deuxième pléopode mâle présente des types d’organisation très peu nombreux, certes, mais
extrêmement différents :
1) Le type long est représenté par un pl2 allongé et filiforme, plus long ou aussi long que le
pli, comme cela existe chez de nombreux péditrèmes. Il pénètre dans le pli par le foramen interne,
s’insère dans la gouttière séminale et fait dépasser son apex hors de l’orifice séminal (fig. 64A-B : Pseu-
docorysUs A. Milne Edwards ; fig. 66G-H ; Menippe de Haan). On distingue une base allongée et un
flagelle plus ou moins long, parfois enroulé en boucle.
2) Le type court, c’est-à-dire un pl2 beaucoup plus court que le pli, se présente sous plusieurs
formes, dont :
le type xanthien : pl2 incurvé, avec une pièce apicale (correspondant à l’appendix masculine
ou au flagelle) courte et falciforme ;
le type pilumnien : pl2 très court, sigmoïde (fig. 66C-D : Aclumnus setifer) ;
le type majien : pl2 court et, selon les groupes de Majidae, variable dans sa forme ; il convien¬
drait d’étudier soigneusement les divers aspects du pl2 chez les Majidae (fig. 70G-D : Eurynolambrus
australis).
3) Le type intermédiaire ne se rencontre qu’assez rarement : c’est un pl2 « mi-long », qui semble
dériver du type long mais s’être raccourci. Sa taille correspond au tiers ou à la moitié du pli.
Source : MNHIJ, Paris
240
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
PI^OPODES SEXUELS MÂLES
241
Nous suivrons la classification de Balss (1957) pour voir quel type de pl2 caractérise les diffé¬
rents groupes de sternitrèmes.
OxYSTOMATA (TymoHnae et Raninidae exclus)
Dorippidae : pl2 presque aussi long (mais pas plus long) que le pli, avec une partie basale allongée, peu incurvée,
et un apex court.
Calappidae : pl2 long (aussi long ou plus long que le pli), mince, plus ou moins filiforme, avec un apex de taille,
forme et ornementation variables (styliforme, claviforme, droit ou recourbé, inerme ou spiniforme :
cf. Monod, 1928, p. 111).
Leucosiidae : pl2 court, saut dans certains cas (genre Ebalia Leach : cf. E. laevis in Takbda et Miyakb, 1969c,
fig. 2b, c).
Brachygnatha
OxYRHYNCHA (Eumedoninae et Hymenosomatidae exclus)
Majidae : pl2 court [cf. fig. 70D : Eurynolambrus auatralü).
Parthenopidae : pl2 long ou mi-long.
Brachyrhyncha
Corystidae : pl2 long chez Pseudocorystes (fig. 64 À-B), de taille moindre chez Naulilocoryateé (fig. 64 E-F) et
beaucoup plus court chez Corystes (fig. 64 C-D).
Atelecyclidae (Acanthocyclinae exclus) : pl2 long chez les AtelecycHnae comme Telmeasw [cf. fig. 65 E-F)
[sauf Pliosoma Stiropson qui est, en fait, un Majidae, donc 4 pl2 très court [cf. fig. 70B)] ; mi-long chez
Thia Leach [cf. fig. 65 A-B) ; très court et de type xanthien chez Kraussia Dana [cf. fig. 65 C-D).
Cancridae : pi2 plus long que le pli, et grêle.
Portunidae : pl2 plus court que le pli, étroit, à extrémité parfois bifide ; pl2 parfois très court.
Potamidae : pl2 soit très long et styliforme, soit très court.
Xanthidae : pi2 long chez les Menippinae, les Carpiliinae et chez les Platyxanthinae Guinot, 1977 ; pl2 court,
xanthien, chez les Xanthinae, les Actaeinae, les Trichiinae, les Panopeinae, etc. ; pl2 court et sigmoïde
chez les Pilumninae.
Goneplacidae sensu Balss, 1957 : pl2 très long ou très court ; sigmoïde chez certains genres [cf. Guinot, 1969a].
Pinnoteridae, Ocypodidae, Grapsidae, Mictyridae, Gecarcinidae : pi2 très court.
Il ressort de cet examen comparatif que, en règle générale, le pI2 long ou mi-long accompagne
un pli développé, large, peu incurvé, à ornementation réduite [Menippe, Plalyxanthus, Pseudocorystea,
Carcinoplax, etc.).
Fio. 65 A-F. — Pléopodes sexuels 1 et 2 chez un AtelecycHnae sensu Balss, 1957 ITelmessui] et chez deux Thiinae sensu
Balss, 1957 {Thia et Krausaia). A notre avis, Thia et Krauaaia ne doivent pat être réunis dans la même sous-
famille.
A, Al, B, Thia sp., 14,4 X 16,8 mm, Naples, Staz. Zool. det. Thia pMa Leach [MP) : A, pli (x 30) ; Al, id., extrémité
(X 80) ; B, pl2 ( X 30).
C, Cl, C2, D, Krauaaia rugtdoaa, 18 X 22 mm, Nagasaki (MP) : C, pli, que nous avons coupé en deux car il est très long
(X 30) ; Cl, id., extrémité (x 90) ; C2, hase du pli, avec les deux orifices par où pénètrent le pl2et le pénis (x 30) ;
D, pl2(x30).
E, El, F, 7’eimessus chairagonua (Tilesius), (J 47 X 60 mm, Alaska, 1892, i Albatross > coll. (MP) : E, pli (x 7] ; El,
id., extrémité grossie (x 30) ; F, pi2 (X 7).
Les fUckea indiquent l'orifice du pU par où pénètre le pinia (p) et celut par où s’engage U pl2.
16
Source ; MNHN, Paris
242
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Source : MNHN, Paris
PLÊOPODES SEXUELS MÂLES
243
Le pl2 court accompagne généralement un pli :
a) assez long, compliqué par des lobes terminaux (Panopeinae, Majidae) ou par une ornementation filamen¬
teuse, tuberculée, sétifère, etc. (nombreux Xanthidae) ;
b) relativement court, trapu, à apex sclérifié et peu ornementé ; cas des Crabes amphibies ou terrestres.
Le pl2 sigmoïde, pilumnien, accompagne un pli le plus souvent recourbé en crosse {cf. fig. 66C,
Cl, D : Aclumnus selifer).
Le pl2 mi-long, de longueur intermédiaire, se rencontre fréquemment chez les Parthenopidae,
ainsi que dans certains genres attribués aux Xanthidae tels que Pilumnoides Lucas ou Globopüumnus
Balss {cf. Guinot, 1960a).
Nous avons vu que, chez les péditrèmes, le deuxième pléopode est long et, le plus souvent, sty-
liforme : nous en déduisons que le type long représente, chez les sternitrèmes, un caractère plésiomor-
phe. L’anagenèse consiste en un raccourcissement par perte de certains articles et par réduction du
flagelle terminal (ce dernier correspondrait à l’appendix masculine des péditrèmes).
On peut considérer que les Crabes à pl2 long sont les plus primitifs. Par exemple, dans les Xan¬
thidae, les Menippinae seraient plus archaïques que les Xanthinae ; dans les Oxystomata sensu Balss,
les Calappidae seraient plus primitifs que les Leucosiidae. Le type court semble l’apanage des Bra-
chyoures relativement évolués : Ocypodidae, Grapsidae, Gecarcinidae, etc.
Le pl2 pilumnien est à placer à part ; il dérive sans doute d'un pl2 long mais d’un type spécial.
Une étude ultérieure sera consacrée à ce sujet.
On conçoit aisément qu’un pléopode 1 incomplètement fermé doive être accompagné d’un pl2
allongé qui canalise le sperme jusqu’à l’extrémité. Lorsque le pl2 acquiert la forme tubulaire, en cylindre
clos sur toute sa longueur (sauf à la base et à l’apex), le pl2 peut se raccourcir : il ne sert qu’à pousser
le sperme lorsqu’il a été déchargé dans la gouttière par le pénis. Son rôle n’est plus de maintenir ou
contenir le sperme mais de servir de piston. Pour mieux comprendre le mécanisme de la copulation,
il faudra soigneusement étudier la musculature du pénis et des deux pléopodes sexuels.
VL CHANGEMENTS DU PREMIER PLÉOPODE SEXUEL MÂLE
AU COURS DE LA VIE
Non seulement les pléopodes sexuels subissent des transformations phylogénétiques mais ils
changent au cours de la formation et du développement de l’individu. Cela rend délicate l’utilisation
de ces structures comme caractère différentiel.
Fig. 66 A-H. — Pléopodes sexuels mâles 1 et 2 chez un Panopeinae au stade catométope {Cyrtoplax), chez un Xanthidae
Menippinae [Menippe], chez un Xanthidae Pilumninae sensu Balss [ActumnusJ et chez un Xanthidae Platyxan-
thinae (PUUyxanihus). Sur cette planche sont illustrés le pli panopéen (A, Al], le pll pilumnien du type Actumnus
(C, Cl), le pll ménippien (G) et le pll platyxanthien (E), ainsi que le pl2 xanthien, court (B), le pl2 pilumnien
sigmoTde (D), le pl2 ménippien, long et souvent en boucle (H), et le pl2 platyxanthien. long (F).
A, Al, B, Cyrtoplax spinidentata (Benedict), S X 22 mm, Puerto Rico, Salinas, W. J. Hewatt coll. et leg., st. 346,
Cbacb det. (MP) ; A, pll ( X 20) ; Al, id., extrémité {X 60) ; B, pl2 (x 20).
C, Cl, D, Actumniu selifer (de Haan), S 10.5 X 14 mm, Madagascar, Tamatave, Millot coll., Balss det. A. setifer nov.
var. ? (MP) : C, pll (X 18) ; Cl, id., extrémité (X 30) ; D, pl2 (X 18).
E, F, Plalysanlhus orbignyi (H. Milne Edwards et Lucas), 79 x 121 mm (état sec), Baie de Pisoo, M. Weddell (MP-
B2772S) : E, pll (X 6) ; F, pl2 (X 6).
G, H, Menippe mercenaria (Say), Floride, Key West, A. Milne Edwards det. (MP) : pléopodes 1 (G) et 2 (H) in s/lu,
le pl2 étant engagé à l'intérieur du pll (x 9).
Les flèches indiquent l’orifice du pll où pénètre le pénis (p) et celui par où s’engage le pl2.
Source ; MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PLËOPODBS SEXUELS MÂLES
245
Pour comparer correctement les appendices sexuels d’animaux appartenant à des taxons diffé¬
rents, il faut d’abord tenir compte de deux possibilités, liées au cycle biologique, qui se rencontrent
chez les Brachyoures. Chez les Crabes dont la vie est marquée par plusieurs mues prépubérales et plu¬
sieurs mues postpubérales, les pléopodes mâles, d’abord immatures, acquièrent progressivement leur
forme adulte. Chez les Crabes où la mue de puberté est la dernière, les appendices sexuels ne changent
plus après celle-ci.
Les modifications du premier pléopode sexuel au cours de la vie ont été étudiées chez un peti
nombre d’espèces [cf. Hartnoll, 1974). La courbure définitive et l’ornementation complète de cet appent
dice n’apparaissent qu’après une certaine mue. De façon simplifiée, on peut dire que le premier pléo¬
pode mâle croît avec une allométrie positive pendant la vie prépubérale, puis change de taille et de
forme à la mue de puberté, ce qui le rend apte à la copulation ; finalement (et si cette mue n’est pas la
dernière), le pli ne croît plus qu’avec une allométrie négative. La croissance continue des pléopodes
mâles deviendrait désavantageuse si elle devait amener à une disproportion par rapport au développe¬
ment, d’une part de l’abdomen qui les recouvre, d’autre part de l’appareil génital femelle.
Voici les données bibliographiques concernant quelques travaux récents à ce sujet.
Nishimura (1967) a étudié les modifications du premier pléopode mâle en fonction de la taille du Crabe
chez deux espèces japonaises de Majidae, Chionoecetes opilio (Fabricius) et Ch. japonicus Rathbun : dévelop¬
pement de l’armature filamenteuse, conformation de l’apex, etc.
Stephbnson et Cook (1973) ont bien montré la courbure croissante du pli au fur et â mesure de l’élar¬
gissement de la carapace chez deux espèces de Portunidae australiens, ainsi que l’accroissement de la taille et
du nombre des spinules subterminales.
Muraoka a étudié la croissance des caractères sexuels dans les stades postlarvaires de plusieurs espèces
japonaises, notamment Plagusia derüipes de Haan (Muraoka, 1963), Plagusia depressa tuberculata Lamarck
(Muraoka, 1965), Percnon planUsimum (Herbst) (Muraoka, 1967) et chez deux espèces de Grapsidae (Muraoka,
1971).
Atkins (1960) a décrit le développement des pléopodes pendant les premiers stades Crabe dans le genre
Pinnoteres Latreille.
Enfin, Hartnoll (1963 ; 1964 ; 1965) a publié des renseignements fort utiles sur la croissance des pléo-
podes sexuels en fonction de la classe de taille des Crabes considérés et sur les changements qu’ils subissent
â le mue de puberté.
Les changements du deuxième pléopode mâle au cours de la croissance sont peu connus. Les
modalités du développement ontogénétique de cet appendice sexuel apporteraient des éléments pré¬
cieux pour toute hypothèse fondée sur l’évolution de cette structure, extrêmement modifiée au cours
de la phylogenèse.
Fie. 67 et 68. — Communauté de structure du premier pléopode sexuel mile dans la soue-famille des Polydectinae, à
savoir dans le genre Polydectus H. Milne Edwards et le genre Lyhia H. Milne Edwards. Morphologie du deuxième
pléopode sexuel mile, qui est de type xanthien.
67 A-D, Polydectus cupulifer (Latreille), S 8,7 X 10 mm, Indisohe Archipel, Koepang, « Snellius » Exp. (RMNH). A, pli
(X 26) ; B, id., extrémité (X 50) ; C, autre vue de l'apex (x 80) ; D, pl2 (x 26).
68 E-H, Lÿbia tessellala (Latreille), ^ 10 X 12 mm, Ile Maurice, M. Carié 1913, Bouvier det. (MP). E, pli non monté
en préparation (x 38) ; F, id., extrémité du pli non monté (X 102) ; 6, id., extrémité du pli montée en prépara¬
tion (X 50) ; H, pl2 (X 38).
68 I-J, Lyhia edmondsoni Takeda et Miyaké, bolotype, 3 0,8 X 8,8 mm, d’après Taksda et Miyakb, 1970, fig. 4, 6.
I, pli (X 53) ; J, id-, extrémité (x 133).
68 K, Lyhia hatagumoana Sakai, holotype, 3 4,5 X 4,2 mm, Japon, Sagami Bay : apex (x 80) du pH, d’après Sakai,
1961, fig. 2 C.
Source ; MNHN, Paris
Fig. 69 A-I. — Pléopodes sexuels des Polydectinae [auiU). A-C, Lybia plunwaa Barnard, 5 5 X 6,6 mm, Fort Dauphio,
mission R. Decary 1932 (MP) ; A, pll monté en préparation (x 57) ; B, id., extrémité montée [x 144] ; C, pl2
(x 57]. D, L. plumosa, 8 X 10 mm, Somalie, Hafun, E. Ninni coII., Guinot det. L. aB. plumosa {cf. 1964g,
fîg. 5) : apex (X 167]. E, F, L. leptochelis (Zehntner], holotype, ^3x4 mm, Amboine (MHNG] : A, pll
monté en préparation (x 100) ; F, id., extrémité montée en préparation (X 215). G-I, L. dejiliculata Nobiii,
syntype, 5 9 X 10 mm, mer Rouge, D' Jousseauhe 1897 (MP) : G, pll monté en préparation (x 28) ; H, id.,
extrémité montée (x 144) ; I, pl2 (x 28).
Source : MNHN, Paris
PI^PODES SEXUELS MÂLES
247
Fie. 70 A>n. — Sternum thoracique et premier pléopode sexuel mâle chez Plioaoma parvifrotu Stimpson, syntype, g
13,8 X 14 mm, Basse-Califomie, Cap Saint-Lucas (BM). Le genre Pltoioma Stimpson était jusqu’à présent rattaché
aux Brachyrhyncha de la tamille des Atelecyclidae (sensu Balss, 1957, p. 1635) ; les caractères figurés ici montrent
l’appartenance de ce genre aux Oxyrhyncha, plus précisément aux Majidae. A, sternum thoracique [x 5) ; A’,
détail de la zone de réunion des terminaisons suturales 6/7 et 7/8 dans la région médiane (X 18) ; B, Bl, B2, premier
pléopode sexuel mâle : 6, pll (x 24), Bl, B2, id., extrémité vue sous des angles différents (x 72).
b.p., crochet sternal du dispositif bouton-pression ; exS, coxa de p5 ; e.st., écusson sternal ; l.m., ligne médiane ;
Z.IH., zone membraneuse ; 4-8, sterniles thoraciques 4 à 8 ; 415-718, sutures sternales thoraciques 4/5 d TfS.
Fie. 70 C-D. —• Pléopodes sexuels 1 et 2 d’Eurynolambrus australis H. Wlne Edwards et Lucas, (J 50 X 77 mm, Nouvelle-
Zélande, M. Lavaud IMF). Ce Crabe, au faciès curieux (voir la carapace de cette espèce, pl. 1, fig. S), était rattaché
soit aux Parthenopidae, soit aux Cancridae (c/. Balss, 1957, p. 1637). La morphologie des pll et pt2 i montre
qu’il s’agit d’un Majidae. C, pll (X 24) ; Cl, C2, id., extrémité vue sous deux angles différents (x 24) ; D, pl2
(X 6); Dl, id. (X 24).
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
VII. REMARQUES SUR LES PLÉOPODES SEXUELS MÂLES
EN TANT QU’ORGANES DE COPULATION
Chez les Brachyoures, le reploiement du court abdomen contre la paroi sternale thoracique
dans une cavité de forme complémentaire, accompagné de son maintien grâce à un dispositif de réten¬
tion {cf. chapitre iv), aboutit à ce que les deux paires d’appendices abdominaux sexuels viennent à
proximité ou au contact de l’ouverture génitale mâle et du pénis. Chez les Macroures, dont l’abdomen
est dans le prolongement du céphalothorax, les pléopodes font, topographiquement, suite aux appendices
thoraciques : les pléopodes sexuels sont donc placés différemment par rapport aux orifices génitaux
mâles. Pour que, chez les Décapodes à abdomen non rabattu, pléopodes et orifices mâles se rapprochent,
une musculature particulière doit se développer ; au moment de la décharge du sperme dans les
pléopodes, les mouvements doivent être différents de ce qui se passe chez les Brachyoures où le pénis
est tout près de la base du premier pléopode.
Chez certains Arthropodes (Myriapodes), les orifices mâles et les gonopodes se trouvent sur des somites
éloignés. L’animal replie son corps seulement au moment de la copulation afin que les pénis soient rapprochés
des organes de transmission que sont les gonopodes.
Le raccourcissement de l’abdomen et son repliement dans la cavité sterno-abdominale s’ébauchent,
et même se réalisent complètement, dans le groupe des Brachyoures péditrèmes ; chez les sternitrèmes,
le processus est accompli. Le rapprochement des pénis et des pléopodes entraîne certainement une
simplification des mécanismes qui, chez le mâle, préludent à l’insémination. Le creusement d’une cavité
stemo-abdominale où les pléopodes sont contenus, apporte à ces derniers une protection dont ils ne
bénéficient pas chez les autres Reptantia, à abdomen toujours étendu ; avant l’accouplement, les Crabes
doivent décrocher leur abdomen fixé à la paroi sternale par un système bouton-pression ou autre dis¬
positif homologue.
Des observations précises sur le mécanisme d’accouplement dans les divers groupes de Bra¬
chyoures sont encore très fragmentaires. On peut se reporter à Hartnoll (1969) qui a passé en revue
les données disponibles sur la copulation.
Prbtzmann (1973, p. 204-205, fig. 27-30) a publié un aperçu intéressant sur la relation entre la structure
de l’appareil génital mâle et la position de celui-ci lors de la fécondation chez les Pseudothelphusidae. En posi¬
tion de repos, le premier pléopode est retourné contre le sternum thoracique et, par sa partie apicale, couvre
l’orifice séminal. Au moment de la copulation, mâle et femelle sont en contact, sternum contre sternum ; l’abdo¬
men du mâle est soulevé et se place entre l’abdomen et le sternum de la femelle. Le soulèvement de l’abdomen
mâle et sa rétraction provoquent un redressement des pléopodes, qui viennent couvrir, par leur extrémité
apicale, les ouvertures femelles. Au repos, les gonopodes se trouvent trop écartés par rapport aux vulves ; cer¬
taines articulations, notamment celle entre la coxa et le basis, permettent la correction de cette position.
L’évolution de l’armature génitale chez les Décapodes nous montre d’une part une simplifica¬
tion et une réduction (perte de la disposition biramée primitive, disparition ou fusion de certains arti¬
cles, raccourcissement du Ifi pléopode ; etc.) ; d’autre part, une spécialisation des pièces restantes,
notamment la transformation de l’endopodite du pli en une gouttière semi-ouverte puis en un tube
complètement clos dans lequel le sperme, introduit dans l’orifice basal et sortant par l’orifice terminal
ou subterminal, est bien canalisé.
Ce qui frappe surtout, quand on examine comparativement l’appareil génital mâle chez les
Brachyoures, c’est à la fois l’uniformité du plan général (une seule grande différenciation : celle qui
sépare péditrèmes et sternitrèmes) et une très grande diversification dans les détails. La richesse de
l’ornementation du premier pléopode est surprenante, sans rien d’analogue dans d’autres structures
et, à première vue, sans importance pour la survie. Sans doute, l’appareil copulateur est le seul parmi
tous les organes qui soit superflu pour le maintien de l’existence individuelle. Son rôle étant celui d’assu*
Source : Pans
Pl^PODES SEXUELS MÂLES
249
rer la perpétuation de l’espèce, la sélection naturelle s’opère sur lui d’une manière particulière. Dans
la lutte de l’individu contre les changements du milieu, externe comme interne, toutes les autres fonc¬
tions de l’organisme étant nécessairement en corrélation, les remaniements fonctionnels et morpholo¬
giques d’une structure amènent obligatoirement à des changements dans l’ensemble du corps. A ce
point de vue, l’armature génitale représente une exception. Cette particularité explique bien la dualité :
uniformité du plan général et variabilité de l’ornementation. La première est due en grande partie
à la nécessité qu’une mutation se produise d’une manière concordante chez le mâle et chez la femelle.
La richesse des détails ornementaux peut s’expliquer par l’hypothèse selon laquelle diverses variations
aléatoires ne sont pas éliminées par la sélection naturelle, comme c’est le cas pour les structures qui
influent directement sur la survie de l’individu.
La grande variabilité des pléopodes à l’échelle des espèces s’oppose à l’uniformité de ses carac¬
tères chez les individus d’une même espèce. C’est pour cette raison que les taxonomistes utilisent de
plus en plus les pléopodes sexuels dans les clefs de détermination. Tübkay (1975o} fait remarquer que
fa sélection s’opère sur les pléopodes, seulement en relation avec leur fonction de transmission du maté¬
riel génétique et que, cette fonction étant la même chez les Crabes marins et chez les Crabes terrestres,
la morphologie génitale mâle constitue un indice précieux des liens phylogénétiques entre les groupes
terrestres et leurs ancêtres marins. Tout en étant d’accord avec le principe de cette alTirmation, nous
attirons l’attention sur le fait que les pléopodes de tous les Crabes terrestres possèdent une caractéris¬
tique commune, à savoir une faible ornementation et une calcification accentuée de l’apex. Cela n’est
certainement pas lié à leur fonction mais provient probablement de la nécessité d’une solidité accrue
de ces appendices.
Certes, une coaptation des organes sexuels mâles et femelles est indispensable. Pour le bon
déroulement de la fécondation, par exemple Pretzmann (1973, p. 205-206) montre chez les Crabes
d’eau douce Pseudothelphusidae l’utilité d’une obturation de la vulve par la partie apicale du premier
pléopode mâle. Il est séduisant de s’imaginer que l’adaptation mutuelle des deux appareils va jusqu’à
la perfection d’un système « clef-serrure » et empêche l’hybridation. Cette idée formulée déjà par Dufour
en 1844, a été souvent reprise par la suite pour l’ensemble des Arthropodes mais, ces derniers temps,
elle a subi des critiques qui nous paraissent justifiées (voir par exemple O. Krauss, 1968). Des spé¬
cialistes de la théorie de l’évolution, notamment Dobzhansky et Mayr, ont montré qu’un tel méca¬
nisme d’isolement ne pourrait jouer qu’un rôle très réduit dans la phylogenèse. Par ailleurs, en accou¬
plant artificiellement des Lépidoptères dont on avait préalablement détruit le cerveau chez le mâle,
Lorkovic (1947 ; 1953 ; 1956) a démontré que, pour l’isolement reproductif, la valeur de la forme
spécifique des appareils génitaux était d'ordre secondaire. Chez les Papillons, la copulation interspé¬
cifique serait entravée non par les différences morphologiques mais par les phéromones et les stimuli
audiovisuels. Nos recherches sur l’appareil génital des Brachyoures confirment cette opinion dans les
lignes générales mais exigent d’en limiter la portée. On ne peut pas parler de l’existence d’un système
« clef-serrure n au sens propre du terme. L’ornementation de l’apex du pléopode n’a pas de correspondant,
en négatif, dans le vagin. Et pourtant il serait faux d’en conclure que la coaptation est si sommaire
que le mâle d’un groupe puisse copuler, à taille égale et abstraction faite des facteurs éthologiques,
avec la femelle d’un autre groupe. A la lumière des recherches récentes, les variations dans la confor¬
mation des vulves et du vagin [cf. chapitre v) ne paraissent qu’à peine moins nombreuses que celles
des pléopodes. On ignore encore en quoi consiste la coaptation fine entre les deux appareils sexuels
et on ne sait pas à quel niveau se situent les barrages morphologiques de l’hybridation. Y a-t-il, dans
la nature, des hybrides entre les taxons que l’on considère actuellement comme des espèces différentes ?
Voilà un domaine pratiquement inconnu qu’éclaireraient probablement des expériences d’hybridation
artificielle.
Chez certains Portunidae de l’océan Indien et du Pacifique, Stbphenson et Rees (1967, notamment
p. 2, 19) ont constaté un premier pléopode hétéromorphe à l’intérieur d'une même espèce. Chez PoHunus orbi-
loainus Rathbun, on distingue une sorte de gradation, variant entre deux extrêmes, dans la courbure et l’épais¬
seur du pli correspondant à une morphologie particulière de l’abdomen : deux formes sont ainsi reconnues,
ehacune ayant deux ou trois « variantes ». Chez Thalamila danae Stimpson, des différences non graduelles per¬
mettent de séparer deux formes d'après l’aspect du pli et de l’abdomen. Enfin, chez Porluntu argenUUus (A. Milne
Source : MNHN, Paris
250
MORPHOLOGIE. PHYI.OOENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Edwards), < test case of the concept of a portunid species », concept impliquant une divergence morphologique
dans le faciès, dans la morphologie de l’abdomen mâle et dans la structure des plcopodes sexuels, Stephemson
et Rees distinguent deux formes se séparant essentiellement par leurs pléopodes : les deux auteurs émettent
l’hypothèse qu’il pourrait s’agir dans ce cas de deux espèces sympatriques en mesure d’assurer un isolement
reproductif.
Après beaucoup d'hésitation, Nishimura et Mizusawa (1969) ont abouti à la conclusion qu’il pouvait
y avoir hybridation entre les deux espèces japonaises de Majidae reconnues dans le genre Chionoecetes Kr 0 yer :
Ch. opilio (Fabricius) et Ch. japonicus Rathbun. Les hybrides supposés montrent « the intermediate condi¬
tions in many characters between the supposed parental species >. Les pléopodes des deux espèces sont dis¬
tincts (Nishimura, 1967). Les vulves sont différentes chez Ch. opüio et chez Ch. japonicus. Bien que de légères
modifications ou des défectuosités affectent les pléopodes des individus hybrides, elles ne semblent par rendre
ces derniers impropres â la copulation. Cependant, on ne possède aucun renseignement sur la fécondité de tels
hybrides et la viabilité de leurs descendants.
Altevoot (1969) a montré que, chez trois espèces sympatriques du genre Uca Leach vivant au Pérou,
il n'y a pas d'obstacles mécaniques à un croisement. Les pléopodes de ces trois Ocypodidae, Ucastylifera (H. Milne
Edwards), Uca princeps (Smith) et Uca insignis (H. Milne Edwards), sont très peu différents d’une espèce à
l’autre. Les femelles des trois espèces étant ovigères simultanément, ce sont seulement des particularités étholo-
giques qui empêcheraient l’hybridation ; notamment chez U. slylifera, la femelle est transportée sur le dos
du mâle jusqu’à son terrier, ce qui n’est pas toléré par les femelles d'U. princeps et d’t/. insignis. D’après Alte-
voGT, les péréiopodes du mâle transmettraient une information tactile qui, chez Uca stylifera, serait perçue
par la femelle, acceptant de ce fait un mode de transport inhabituel par le mâle.
Le rôle du comportement comme barrière à l’accouplement de deux formes voisines, susceptibles de se
rencontrer dans le même biotope, a été particulièrement étudié par Warner (1970).
Lucas (1970) a fait des expériences fort intéressantes de croisement entre deux espèces d'Haiicarcinus
(Hymenosomatidae) vivant en Australie. Ayant découvert que l’espèce connue comme Halicarcinus lacustris
(Chilton) vit non seulement dans les eaux saumâtres mais aussi en eau douce, Lucas constate que la forme
dulçaquicole a un développement direct tandis que l’autre, dénommée H. paralacustris, se métamorphose par
l'intermédiaire de larves. Le développement sans stades larvaires pourrait être regardé comme une réponse
phénotypique à l’absence de salinité : une diminution du nombre de stades larvaires a été observée chez de
nombreux Décapodes vivant à basse salinité. On sait que les Crabes d’eau douce éclosent directement au stade
crabe. Cependant, Lucas plaide pour une différence génotypique, qui serait une légère divergence dans la
morphologie des ouvertures génitales femelles. Pourtant, les pléopodes mâles ne montrent aucun caractère
différentiel. Les deux formes ont une distribution bien distincte, avec seulement une petite aire où elles sont
sympatriques. Les croisements en laboratoire ont produit des hybrides à fertilité limitée. Lucas considère
les deux formes comme deux espèces différentes mais jumeUes. Dans les conditions naturelles, les deux espèces
ne se croisent pas pour des raisons géographiques et écologiques.
Source ; MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGHAL THORACIQUE
251
Chapitre VIII
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
I. DÉFINITIONS ET HISTORIQUE
C’est Henri Milne Edwards (1834 et 1851) qui, le premier et de façon remarquable, a décrit
et illustré le « squelette tégumentaire » des Crustacés Décapodes, a Les apodèmes, qui naissent par paires
des diverses parties du thorax tendent à se réunir de chaque côté de cette portion du corps en un sys¬
tème de cloisons intermusculaires, que je désignerai sous le nom d’endophragmes » (1851, p. 52). Ce
système squelettique est topographiquement interne, d’où l’appellation A'endosquelette qui lui a été
parfois donnée, mais ontogénétiquement externe, ce qui a entraîné l’abandon de ce terme (des endosque-
lettes vrais existent chez certains Crustacés). Snodgrass (1952) a proposé la dénomination de sque¬
lette apodémien intersegmentaire, concrétisant ainsi que ce squelette se trouve toujours à la limite de
deux métamères successifs.
Nous suggérons de faire la distinction entre deux types de formations- Nous réserverions le
terme de pkragmes aux invaginations squelettiques cuticulaires délimitant deux somites consécutifs ;
les phragmes servent d’attache fixe aux muscles moteurs de la coxa ainsi que du basis-ischion des appen¬
dices et permettent la fixité de l’extrémité musculaire immobile, lors des contractions. Le terme d’opo-
dèmes s’appliquerait aux expansions plus ou moins lamelleuses et flexibles, plus ou moins en forme
de palette, qui appartiennent aux différents articles des appendices ; les apodèmes portent les inser¬
tions mobiles des muscles du système appendiculaire.
Les phragmes seraient donc tout ce qui se rattache à une partie fixe, leur rigidité étant liée à
l’existence d’une exocuticule. Ils offrent un développement plus ou moins grand, depuis une simple
crête jusqu’à une lame épaisse et élevée. Les endosternites sont les phragmes issus de la paroi sternale :
les endopleurites, ceux qui sont issus de la paroi épimérienne *. Dans notre étude du sternum thora¬
cique {cf. chapitre iii), nous avons montré que les lignes de suture visibles sur le plastron sternal des
Brachyoures correspondaient à l’invagination des endosternites. Critère jusqu’à présent négligé, le
tracé de ces sutures présente donc un immense intérêt, puisqu’il renseigne le carcinologiste sur la pré¬
sence, la localisation et aussi la dimension des phragmes du système squelettique.
En ce qui concerne les Crabes, rares sont les auteurs qui se sont penchés sur l’anatomie du squelette.
La première véritable description remonte à V. âudouin et H. Milne Edwards (1824, p. 66-67). Après les
éminents travaux de H. Milne Edwards, la charpente céphalothoracique est restée longtemps ignorée. Puis
ont été publiées les recherches de Pearson (1908) chez Cancer pagurus Linné ; de Boubne (1902) chez les Rani-
nidae ; de Junge (1934) chez Hyas araneus Leach ; de Cocbhan (1935) chez Callinectes sapidus Rathbun ;
celles d’ABRAHAHCZiK-ScANzoNi (1942), plus spécialement consacrées à l’étude de la musculature chez plu¬
sieurs espèces de Brachyoures. Gordon (1950 ; 1963 ; 1966) s’est principalement intéressée au système sque-
1. Nous n'entrerons pas dans la polémique ayant trait à l'interprétation des pleures et des ipimères chez les divers
Décapodes. Nous utilisons la terminologie employée par Drach en 1950 et 1971 (endopleurites = apodèmes épimériens
de H. Milne Edwards) et renvoyons à Balss (1940, p. 86-90) pour l’exposé des nombreuses conceptions, ainsi qu’aux
travaux de Snodgrass [1951 ; 1952 ; 1965).
Source : MNHN, Paris
252
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRAGHYOURES
lettique des formes dotées de sillons sternaux chez la femelle et, en même temps, de spermathèques (Dromia*
cea ; Homolidae ; Raninidae ; Tymolinae) ; pour comparaison avec des formes particulières, elle a examiné le
squelette de « vrais » Crabes, tels que Maja Lamarck et Corystes Latreille. En 1940 (p. 86-90), Balss a syn¬
thétisé les connaissances sur le système endophragmal des divers Décapodes mais n’en a pas tiré de conclusions
taxonomiques.
En fait, c’est Drach qui a attiré l’attention des carcinologistes sur le système endophragmal, véritable
novation évolutive des Décapodes, et montré son importance, surtout en tant que critère du niveau évolutif.
En 1939, Drach décrit longuement et clairement l’architecture des lames squelettiques sternales et endopleu-
raies chez Maja squinado (Herbst) et chez Concer pagurus Linné. Dans l’article « Les étapes évolutives de l’endo-
squelette chez les Crustacés Décapodes » (1950), Drach fait apparaître la complexité du squelette interseg¬
mentaire et met en évidence les trois étapes principales qu’il a reconnues, grâce à cette structure, dans l’évo¬
lution des Décapodes :
1) Un squelette simple chez les Natantia, représenté chez les Pénéides par une succession métamérique
de petites lames courtes et séparées, n’entrant jamais en contact les unes avec les autres. C’est le niveau I d’évo¬
lution du squelette, reconnu par Drach.
2) Un squelette apodémien dont les différentes parties sont contiguës par leurs bords internes (engre¬
nage grâce à des indentations de forme complémentaire) mais sans continuité réelle, chez certains Reptantia
(Homaridea, Thalassinidae, une partie des Anomoures, certains Brachyoures). C’est le niveau II.
3) Un squelette apodémien continu, par soudure complète des différentes lames : chez les Palinura, chez
certains Anomoures (Porcellanes, Lithodidae) et chez la plupart des Brachyoures. C’est le niveau III de Drach.
Selon Drach (1950), les Brachyoures sensu lato se séparent en trois groupes selon la conforma¬
tion de leur charpente squelettique :
a) Les Droraiacea ont un squelette tout à fait original, ne ressemblant à aucun autre.
b) Les Homolidae possèdent un squelette discontinu, les endosternites et les endopleurites
étant agencés selon le schéma des liaisons métamériques par engrenage comme chez les Astacoures,
avec toutefois un selle turcique, ce qui est un caractère brachyourien.
c) Les autres Crabes disposent d’un squelette continu, avec soudure complète, donc solide ; la
paroi du corps et la charpente intersegmentaire forment un ensemble d’un seul tenant : une muscula¬
ture puissante peut se développer, des pattes thoraciques plus fortes se forment, le corps devient plus
trapu.
Reprenant en 1971 l’idée que la formation d’un squelette continu est une tendance qui s’est
manifestée dans divers clades de Décapodes, Drach montre que cette nouveauté évolutive est liée
à la locomotion marcheuse, au corps plus lourd, au squelette plus minéralisé et plus épais. Les lames
interconnectées assurent à la musculature thoracique une charpente rigide et une plus grande surface
d’insertion.
Pour comprendre l’architecture compliquée de la charpente squelettique des Brachyoures, nous nous
référons à l’étude qu’en a faite Drach (1939, p. 368-373, pl. 6, fig. 25, 26) chez Maja squirutdo et, par compa¬
raison, chez Cancer pagurus (ibid., pl. 6, fig. 27-30, pl. 7, fig. 31-33). On voit parfaitement comment se réalise le
squelette continu, typique de ces Brachyoures. De chaque côté de la cavité thoracique, une nappe transversale,
la lame de jonction, parallèle au plancher sternal et raccordée au squelette externe par les ailes de la formation
dite selle turcique, unit à l’intérieur du corps les endopleurites et les endosternites des segments successifs. Au
niveau des cinq derniers somites thoraciques un double cloisonnement divise les compartiments segmentaires
en deux chambres superposées (chambre musctdaire sternale et chambre musculaire pleurale de Pbabson). Pour
qu’au moment de l’exuviation le dégagement du corps puisse s’opérer, une résorption (< résorption topogra¬
phiquement différentielle ») fait disparaître les deux lames de jonction, pièces maîtresses du corps, ainsi qu’une
partie des ailes de la selle turcique : endosternites et endopleurites ne sont plus alors reliés entre eux transver¬
salement (endosquelette exuvial).
Chez les deux espèces examinées par Drach, les endopleurites et les endosternites des segments locomo¬
teurs convergent les uns vers les autres et, dans la zone de convergence, là où ils se réunissent à la lame de
jonction, se trouve un prolongement, l’aife de la selle turcique, qui constitue une zone de raccord. Grâce aux
deux lames de jonction, symétriques et continues avec la selle turcique par l’intermédiaire des ailes de cette
Source : MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
253
dernière (paraphragmes de H. Milnb Edwahds), tous les éléments sont solidaires : le squelette forme avec
le plastron et les parois pleurales un tout continu. Cela a pour effet d’assurer à l’ensemble une plus forte cohé¬
sion et une plus grande résistance aux tensions. Les endosternites et les endopleurites des trois somitës thora¬
ciques, c’est-à-dire des maxilUpèdes, ne participent pas à l’ensemble architectural formé par les lames sque¬
lettiques des segments postérieurs (Drach, 1939, p. 370).
Nous laisserons de côté ici les modalités de raccordement, de part et d’autre, des endosternites avec
les endopleurites des divers segments. Nous renvoyons à H. Milne Edwards (1834 ; 1851), à Pbarson (1908),
à CocHRAN (1935) et à Drach (1939).
Drach {ibid.) explique bien la convergence des lames squelettiques, rencontrées chez Maja squinado.
Four les endosternites, dont le plan est perpendiculaire au plastron sternal, la convergence résulte de ce qu’ils
sont disposés suivant des directions radiaires par rapport à la surface subcirculaire du plastron {cf. pl. 16, fig. 3) ;
cela se reconnaît du reste à la direction des sutures sur le sternum thoracique {cf. pl. 16, fig. 1, 2). Pour les endo¬
pleurites, dont chacun est, à peu près, normal à la paroi pleurale, la convergence résulte de la courbure même
de cette paroi, dont l’ensemble figure une portion de surface conique à axe vertical.
La disposition est un peu différente chez Cancer pagurus, Brachyoure plus primitif qui possède un plas¬
tron de forme ovale allongée. Les sutures à la surface du sternum thoracique sont subparallèles (pl. 9, fig. 7) ;
aussi, les bords ventraux des endosternites sont-ils également à peu près parallèles (pl. 9, fig. 8) ; en revanche,
leurs parties dorsales sont, du côté interne, ramenées vers la zone de convergence des endopleurites, c’est-à-
dire vers les ailes de la selle turcique, par l’effet d’une courbure vers l’arrière de chaque endosternite. Drach
(1939, p. 370-373) décrit, chez Cancer pagurus, la forme en cornet de la lame de jonction, ainsi que les endo-
sternites et les endopleurites paraissant insérés comme des pales d'hélices qui seraient placées dissymétrique¬
ment par rapport à l’axe.
Le système intersegmentaire thoracique de Maja equinado, qui n’est pas un Brachyoure primitif,
nous montre l’exemple d’un niveau évolutif déjà avancé : les convergences observées en sont une bonne indi¬
cation. Dans le genre Cancer, plus primitif, les convergences sont moins accusées et la courbure de la paroi
pleurale est beaucoup plus atténuée.
Nos recherches, malheureusement trop fragmentaires, ne nous ont pas permis d’étudier tous
les groupes de Brachyoures. Néanmoins, nous exposerons ci-après certains des résultats auxquels nous
avons abouti.
Auparavant, nous rappellerons brièvement les définitions des principales parties du système
endophragmal thoracique, en nous basant sur H. Milne Edwards (1851) et surtout sur P. Drach
(1939; 1950; 1971).
Endosternite thoracique : lame issue d’une double invagination à la limite de deux métamères successifs,
formée à partir du plancher sternal et visible extérieurement à une ligne de suture ou un sillon sternal.
Étant doubles, les endosternites thoraciques (nous n’avons pas étudié les endopleurites) sont désignés
par une double dénomination, tout comme les sutures sternales correspondantes, à savoir 4/5, 5/6, 6/7, 7/8.
Endopleurite thoracique : lame issue d’une double invagination formée à partir delà paroi pleurale, laquelle,
à cet emplacement, porte un sillon.
Lame de jonction : sorte de nappe formée de deux lames tégumentaires, accolées par leur couche épicu-
ticulaire : la dorsale est formée par le prolongement des lames endopleurales ; la ventrale, par le prolongement
des lames endosternales. Elle est, en fait, constituée par des lames squelettiques appartenant en commun à
deux endopleurites ou deux endosternites consécutifs. L’union des endosternites et endopleurites se fait non
pas directement mais par les bords de la lame de jonction {cf. Drach, 1939, p. 371, 372).
Selle turcique : la surface du dernier sternite thoracique (8) peut se soulever plus ou moins verticalement
et se continuer dorsalement par une formation, la selle turcique, qui constitue une sorte de plafond sur ce der¬
nier segment thoracique et parfois aussi au-dessus du précédent. Cette selle turcique se compose de deux lames
accolées et représente une invagination ; l’invagination qui lui a donné naissance est située à la limite du hui¬
tième segment thoracique et du premier segment abdominal. Sa duplicature dorsale (morphologiquement
postérieure) est en continuité avec la chitine souple de la face ventrale du premier segment abdominal ; ce seg¬
ment est, du côté ventral, étroitement coapté avec la selle turcique {cf. Drach, 1939, p. 370-371). Les ailes de la
selle turcique se placent latéralement et antérieurement, à la limite des chambres musculaires ventrales aux¬
quelles elles forment une sorte de toit.
Plaque médiane (ou septum médian) : phragme vertical médian, issu d’une invagination du plancher
sternal et s’étendant en avant sur un plus ou moins grand nombre de somites. Elle est marquée sur la surface
sternale par un sillon très net, la ligne médiane. Sur cette lame médiane se raccordent les bords internes de certains
Source : MNHN, Paris
254
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE
TAXONOMIE DES BRACHYOURES
endosternites. Quand elle est présente, avec la ligne médiane, elle donne l’impression d’une bipartition du
sternum thoracique. La plaque médiane est absente chez certains Brachyoures.
Cavité arthrodiale : orifice d’insertion des appendices sur les côtés du sternum thoracique. Parfois, des
éléments tégumentaires développés séparent les diverses cavités arthrodiales et rejoignent la carapace.
fl. LE SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE CHEZ LES BRACHYOURES
Si l’on suit la classification de Balss (1957) et de la plupart des carcinologistes contemporains,
qui conservent les Dromiacea et autres formes péditrèmes parmi les Brachyoures, force est de constater
que, chez les divers groupes caractérisés par des orifices génitaux femelles coxaux (péditrèmes), le
système endophragmal thoracique ne montre pas un plan uniforme. En revanche, si les Crabes ster-
nitrèmes possèdent tous un squelette continu au niveau III de Dracr, ils se présentent d’une façon
sufilsamment diversifiée pour que l'on puisse y déceler plusieurs paliers d’évolution. Seuls, quelques-uns
d’entre eux, les Leucosiidae notamment, semblent se placer à part.
1. BRACHYOÜRES S.L.
THÈMES)
À ORIFICES FEMELLES COXAUX (BRACHYOURES PÊDI-
Dbohiacea
Dromiidae
Le système endophragmal des Dromiidae (pl. 21, fig. 5) est d’un type original : les liaisons com¬
portent une soudure médiane complète avec continuité entre les diverses lames, ce qui indique un
niveau évolutif assez avancé, comme l’a signalé Drach (1971, p. 290). La charpente thoracique se dis¬
tingue de celle des Brachyoures o vrais », notamment : par les connections médianes en l’absence de
tout septum médian comparable à celui des Brachyoures sternitrèmes [cf., par exemple, pl. 14, fig. 6,
p.m. : chez Matuta planipes) ; par la présence de deux zones de jonction (au lieu d’une seule chez les
Brachyoures sternitrèmes); par l’absence de selle turcique^; par l’existence d’une charpente sque¬
lettique relativement développée dans la région thoracique antérieure, alors qu’elle est très réduite
chez les Brachyoures a vrais ».
Les « résorptions topographiquement différentielles », nécessaires au moment de l’exuviation
(Drach, 1935; 1939; 1950), sont certainement différentes chez les Dromiidae de celles connues chez
des Crabes comme Cancer ou Maja, puisque le squelette dromiacéen est complètement soudé média-
lement et possède en outre, de chaque côté, deux zones de jonction.
La convergence des lames soudées au centre en une sorte de méplat est, à notre avis, un indice
du caractère apomorphe de la disposition dromiacéenne. En revanche, l’existence de lames antérieures
serait un caractère plésiomorphe. Il est évident que la nature tout à fait particulière du système endo¬
phragmal des Dromiidae et la conformation du sternum thoracique sont liées.
Divers auteurs ont décrit ou figuré le système endophragmal du genre Dromia Weber : notamment
H. Milne Edwards (1851, p. 61, pl. 9, fig. 11) ; Bourne (1922, p. 35 , 40, 41, pl. 4, fig. 12, pl. 5, fig. 15, pl. 6,
fig. 27) ; Gordon (1950, p. 244-251, fig. 25, pl. 1, fig. B), qui s’intéresse en premier lieu à l’endosternite 7/8,
modifié chez la femelle pour la formation d’une spermatbèque.
1. Pour H. Milne Edwards (1851, p. 61), dans le genre Dromia Weber, l'agencement des endosternites postérieurs
esi tel qu'il parait t simuler une selle turcique perforée en arrière >.
Source ; MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
255
Dynomenidab
Les Dynomenidae, dont nous avons examiné le système endophragmal chez plusieurs espèces,
possèdent le même plan structural que les Dromiidae. La soudure médiane des lames est très accentuée.
Il y a seulement des difTérences d’ordre mineur par rapport au squelette du genre Sternodromia Forest
figuré ici {pl. 21, fig. 5) : elles sont liées au fait qu’un plastron plus large et à peu près horizontal s’inter¬
cale entre les péréiopodes. On constate aussi dans le genre Dynomene un aplatissement dorso-ventral
de la charpente squelettique ; peut-être, la confluence des lames est-elle un peu moins accusée que chez
les Dromiidae, ce qui serait en rapport avec la métamérisation plus régulière chez les Dynomenidae
que chez cez derniers.
Le rapprochement des Dynomenidae dans la même catégorie taxonomique que les Dromiidae
se justifie donc : Bouvier (1897, p. 24-27) aurait donc vu juste en considérant les Dynomenidae comme
des Dromiacés primitifs.
Hoholoidea
Le système endophragmal thoracique est, par certains points, à un niveau évolutif relativement
peu avancé (niveau II de Dracb) : les liaisons métamériques se font par engrenage, au moyen de fines
indentations. En plus, l’agencement est réalisé grâce à des connections médianes situées à deux niveaux
transversaux du thorax.
Le raccourcissement de l’axe céphalothoracique entraine une condensation antéro-postérieure.
Par d’autres traits, les Homoloidea semblent annoncer les Brachyoures « vrais », notamment par la
présence d’une selle turcique, de « lame médiane et zones de raccord antéro-latéral avec la région de
jonction des lames apodémiennes postérieures » (Drach, 1971, p. 290).
Nous avons examiné le système endophragmal dans les genres Homola Leach et Paromola Wood-
Mason, chez lesquels le plan est uniforme. Le genre Latreillia Roux, qui est choisi par certains carci-
nologistes comme type d’une sous-famille spéciale à l’intérieur des Homolidae, les Latreilliinae, pos¬
sède un squelette au niveau II d’évolution, c’est-à-dire avec un mode de liaison par engrenage. En raison
de la forme très différente du corps, notamment de son étroitesse, chez les Latreillia et formes affines
sans que, toutefois, le sternum thoracique soit réduit, des caractéristiques particulières sont à prévoir
chez ces derniers ; seule, une étude approfondie permettra de les définir.
Gordon (1950, p. 232-244, fig. 15, pl. 1, fig. C) a décrit et figuré le squelette chez Paromola alcocki (Steb-
bing), pour montrer les modifications de l’endosternite 7/8, lieu de formation, chez la femelle, d’une sperma-
thèque.
Raninoidea (= Gymnopleura)
Le système endophragmal des Raninoidea nous parait, en première analyse, différent de celui
des autres Brachyoures. Nous renvoyons à Bourne (1922, notamment pl. 4, fig. 9, pl. 5, fig. 14 : Ranina ;
pl. 5, fig. 16,17 : Notopus) et à Gordon (1963, fig. 13B ; Notopoides $ ; 1966, fig. 2B : Notopoides i$, fig. 3B :
Notopoides $) pour un aperçu des caractéristiques du squelette des Raninoidea. Bien auparavant,
H. Milne Edwards (Règne Animal de Cuvier, pl. 40, fig. Ik, li ; 1851, p. 61) avait noté que, chez les
Ranines, « tout le système endophragmal est très développé, et tient à la fois des caractères du thorax
des Brachyoures ordinaires et des Macroures » ; la présence d’une selle turcique avait été observée.
SoiX'ce : MNHN, Paris
256
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Autres Brachyoures péditrèhes
Hoholodromiidàe
Le système endophragmal de ce petit groupe n’a été ni décrit ni figuré. Il semble que, là encore,
le squelette soit d’un type particulier : il existe notamment un pont médian, tout à fait caractéristique,
qui raccorde les endophragmes de droite et de gauche. La pauvreté du matériel que nous avons en notre
possession nous empêche de préparer complètement le squelette chez l’un des rares représentants
disponibles de cette famille.
Tymolidae
Le système endophragmal des Tymolidae n’est pas connu. C’est surtout Gordon (1963) qui a
formulé des remarques sur le sternum thoracique des représentants de cette famille {cf. 1963, p. 50-
53, fig. lOA, B : sternum thoracique chez Tymolua japonicua Stimpson et Cymorwmua granulatus Nor¬
man), mais l’anatomie du squelette n’a pas été étudiée. Le matériel insuffisant dont nous disposons
ne nous permet pas d’observer l’agencement du système endophragmal dans cette famille.
2. BRACHYOURES A ORIFICES FEMELLES STERNAUX (BRACHYOURES STERNE
TRÈMES OU CRABES . VRAIS •)
Le système endophragmal des Brachyoures « vrais » est très mal connu, à l’exception d’un petit
nombre de genres {Maja, Cancer, Callinectea, etc. : cf. aupra).
Bien que nos recherches aient porté seulement sur quelques représentants des diverses familles,
elles permettent de confirmer l’opinion de Dracb (1971, p. 289) selon laquelle le système endophrag¬
mal des Brachyoures senau stricto montre une grande uniformité de plan : modes de liaison, lame de
jonction, raccord des endosternites et des endopleurites, etc.
Sur ce plan très général, que nous avons évoqué dans les premières pages de ce chapitre, c’est-à-
dire un squelette continu au nipeau d'éoolution III de Drach (1971), se superposent au moins quatre
stades évolutifs, propres aux Brachyoures sternitrèmes. Nous envisagerons tout d’abord ces divers
stades, désignés par les lettres A, B, C, D, et cela en nous rapportant aux différents types de sternums
thoraciques que nous avons décrits dans le chapitre iii. Nous étudierons ensuite les rares cas de char¬
pentes thoraciques non conformes au plan général, que nous avons rencontrés chez les Brachyoures
sternitrèmes.
Nos remarques concernent presque exclusivement les lames endosternales et la plaque médiane, c’est-à-
dire les formations qui, invaginations issues de la sxirface sternale, sont représentées extérieurement par des
lignes de sutures ou des siUons. Nous étudions ici seulement le squelette thoracique. Par ailleurs, nous laissons
de côté tout ce qui concerne les apodèmes qui, bien sûr, varient certainement beaucoup (ne serait-ce que par
leurs proportions) en fonction du système appendiculaire des formes considérées.
NIVEAU III A. Squelette avec les lames endosternales complètes, parallèles, équidistantes.
Chez les Crabes dont le sternum est étroit, allongé, avec une région antérieure développée en
forme d’écusson largement implanté entre les maxîllipèdes externes, et dont la surface sternale est
Source : MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE ‘
257
parcourue par des lignes de suture ininterrompues, complètes, le système endophragmal thoracique
est réduit en largeur, étendu en longueur et consiste en lames endosternales complètes, parallèles, à
disposition uniforme, régulière. La réduction du squelette au niveau des trois premiers soraites tho¬
raciques est moins accentuée qu’on ne l’a décrit, par exemple dans le genre Maja Lamarck ; à l’écusson
sternal correspond une charpente peu développée, certes, mais néanmoins présente. Les endosternites ^
4/5, 5/6, 6/7 et 7/8 sont continus au travers de la cavité thoracique, avec seulement la plaque médiane
(ou mieux le septum médian] qui s’intercale entre les parties droite et gauche. Les lames endosternales
sont à peu près équidistantes, comme les sutures correspondantes visibles sur le plastron qui représente
l’endroit précis des invaginations. On a donc un squelette régulièrement métamérisé, un peu comme
chez les Astacoures, pratiquement sans convergence des endosternites, tout au moins dans leur partie
basale. Les lames s’élèvent perpendiculairement au plancher sternal et c’est seulement à une certaine
distance qu’elles forment des replis qui, eux, ne sont pas forcément réguliers. Cette non-convergence
des endosternites reflète la non-confluence des lignes de suture qui sillonnent transversalement le
plastron sternal.
Ce type de squelette endosternal thoracique correspond à notre première catégorie de plastrons,
celle où les quatre sutures transversales postérieures (4/5 à 7/8) sont ininterrompues [cf. p. 81-86
et tableau 1). Le maintien de la métamérie initiale, la succession métamérique simple et l’absence de
confluence des invaginations sont, pour nous, l’indication d’une disposition plésiomorphe. Nous la
désignons comme stade A du niveau III ou niveau III A. Cette disposition peut se rencontrer chez
des Brachyoures phylétiquement éloignés. Les genres que nous avons regroupés dans le tableau 1
(p. 86) appartiennent au niveau III A. Pour les genres mentionnés ci-dessous, tous au niveau III A,
nous donnons une description du système squelettique endosternal, presque toujours accompagnée
d’une Bgure.
Le genre Corysles Latreille (pl. 9, fig. 2 : pl. 9, fig. 3 : $) offre des lames endosternales conti¬
nues, parallèles, équidistantes, ce qui est le fidèle reflet de la régularité des sutures sternales thoraciques
{cf. pl. 9, fig. 1) ; une plaque médiane épaisse s’avance jusqu’à la hauteur du sternite 4 ; l’ensemble
du système endophragmal est régulièrement métamérisé, sans convergence ni condensation ; la cavité
thoracique est étroite et allongée. L’endosternite 4/5 forme une sorte de nappe qui s’élève verticale¬
ment : vaste et soudée médialement chez le mâle, plus étroite et interrompue chez la femelle, cette
nappe divise la cavité thoracique en deux chambres, antérieure et postérieure, à savoir celle du somite
4 dont dépendent les chélipèdes, très puissants chez le mâle, et celle des somites postérieurs. Par ailleurs,
chez CoT^stes, l’apophyse 3/4, très développée, se présente sous forme de deux branches confluentes
chez le mâle, non jointives chez la femelle (cf. infra, dimorphisme sexuel). Nous interprétons comme
signe de plésiomorphie le fait que, dans les somites antérieurs, le squelette soit plus développé que
chez d’autres Crabes.
Gokdon (1966, p. 350-353, fig. 5-6) a comparé le système endophragmal du genre Corystes à celui des
Raninidae. Ces Crustacés ont en commun d’être fouisseurs. Pour Gordon, les Raninidae sont caractérisés par
de « deep infoldings of the sternal apodemes of the posterior thoracic somites », qui se retrouvent dans le genre
Corystes où l’on observe de k deep médian infoldings of the sterna apodemes, which become progressively
higher from the fifth to the eighth thoracic somites» (Gordon, 1966, p. 350). Cette conformation serait le résultat
de l’adaptation à la vie fouisseuse.
Le genre Tkia Leach (pl. 9, fig. 9) possède un squelette endophragmal très étroit, d’une simpli¬
cité métamérique remarquable, avec des lames endosternales jointives médialement à l’emplacement
de l’invagination de la plaque médiane, parallèles et divisant la cavité thoracique en compartiments
segmentaires bien séparés. Pour le raccord avec les endopleurites, par l’intermédiaire de la lame de
jonction, il n’y a qu’une faible convergence. Les somites sont tout à fait individualisés et l’organisation
est régulière.
La disposition est sensiblement la même dans le genre Alelecyclus Leach, chez lequel nous avons
1. Voir les généralités sur le sternum thoracique (chapitre IIIJ
cites, se reporter à la page 71.
et, notamment pour la numérotation des endoster-
17
Source : MNHN, Paris
258
MOEIPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE
BHACHYOUKES
observé des lames endosternales continues, se rejoignant sur une puissante lame médiane qui se pro¬
longe au niveau du sternite 4 par une forte crête.
Les endosternites du genre Pilumnoides Lucas (pi. 12, fîg. 3) sont également complets, les lames
symétriques de l’endosternite 4/5 s'abaissant un peu vers les lames de l’endosternite 5/6. Les endoster¬
nites sont peu visibles sur la photographie que nous publions car ils sont cachés par le repli médian,
très large et s’étendant obliquement, que forme l’endosternite 4/5. La plaque médiane est élevée.
Dans le genre Carpilius Leach (pl. 10, fig. 3), les lames endosternales 4/5 à 7/8 sont continues
(une large barre sépare les lames symétriques 4/5 et, à un moindre degré, les lames 5/6), parallèles,
hautes et épaisses, implantées sur le septum médian fort saillant ; elles se continuent par des replis
dirigés obliquement, chaque repli formant une sorte de toit pour le suivant.
Dans le genre Cancer Linné (pl. 9, fig. 8), le système endophragmal thoracique se trouve au stade
A, mais il y a une convergence accusée des lames 4/5 vers les lames 5/6, ce qui se traduit nettement
sur le plastron par un creux au milieu de la suture 4/5.
Dans sa monographie sur Cancer pagurus Linné, Pearson (1908, p. 31-40, fig. 5-6, pl. 3, fig. 18) a décrit
le système endophragmal thoracique de cette espèce. Drach (1939, p. 371-373, pl. 6, fig. 27-30, pl. 7, fig. 31-
33) fait observer que, « en raison de la forme ovale allongée du plastron sternal, les bords ventraux des endo¬
sternites sont à peu près parallèles ; mais leurs parties dorsales sont, du côté interne, ramenées vers la zone de
convergence des endopleurites par l’effet d’une courbure vers l’arrière de chaque endosternite » (Drach, 1939,
p. 371).
Le genre Daira de Haan (pl. 17, fig. 6) a un système endophragmal qui se situe au niveau III A
mais il y a une légère discontinuité médiane des endosternites 4/5 et 5/6.
Dans le genre Kraussia Dana (pl. 11, fig. 7), la cavité thoracique est longue et étroite, les endoster¬
nites sont tous continus, avec des replis développés sur les lames 4/5 et 5/6 ; l’apophyse 3/4 est large¬
ment étalée. C’est également au niveau 111 A que nous attribuons le genre Paraxanthus Lucas, dont
le plastron sternal (fig. 22B) est analogue à celui de Kraussia (fig. 22A) {cf. infra).
Comme on le voit sur le tableau 1 (p. 86), les genres que nous situons au niveau III A de sys¬
tème endophragmal appartiennent à des familles différentes, à des groupes sans liens phylétiques
étroits. Le caractère plésiomorphe du squelette au stade A ne peut être utilisé comme preuve de l’ori¬
gine commune des Crabes qui le possèdent ; il peut servir seulement à déterminer leur ancienneté
phylogénétique relative, c’est-à-dire par rapport aux genres appartenant à la même lignée.
NIVEAU III B. SqueletU avec les lames endosternales 4/5, 5/6, 6/7 incomplètes et avec la lame endoster-
noie 7/8 complète; endosternites plus ou moins convergents; formes initiales de condensation du
squelette.
Corrélativement à l’élargissement et au tassement du plastron, c’est-à-dire au processus de
carcinisation, la fusion segmentaire, déjà réalisée dans les somites antérieurs du thorax, gagne les
somites postérieurs, à savoir les somites locomoteurs. Les phragmes endosternaux invaginés à la limite
de deux métamères s’interrompent médialement. Le raccourcissement de l’axe céphalothoracique se
traduit par une condensation du squelette, par une convergence accusée des lames. La segmentation
primitive disparaît dans la zone médiane, qui devient plus ou moins largement indivise. Dans une pre¬
mière étape, c’est la suture 4/5 qui s’interrompt médialement, puis c’est le tour de la suture 5/6, enfin
celui de la suture 6/7. Il est évident que nous sommes en présence de plusieurs paliers évolutifs, mais
une certaine unité du plan justifie néanmoins de les grouper dans un seul stade, que nous désignons
comme stade B du niveau III ou niveau III B.
Lorsque les lames d’un même endosternite s’interrompent médialement, elles peuvent s’appuyer,
dans certains cas, sur la saillie plus ou moins élevée que forme intérieurement la cavité sterno-abdominale.
Le fond de cette cavité se présente souvent comme une sorte de barre, localement surmontée par le septum
médian qui occupe un nombre variable de somites selon les Crabes considérés.
Source ; MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
259
Nous avons reconnu le premier palier du niveau III B dans le genre Actumnus Dana pro parte
(Xanthidae) et dans le genre Matuta Weber (pl. 14, fig. 6) (Calappidae), genres chez lesquels, seul,
l’endosternite 4/5 est incomplet.
Parmi les genres que nous classons au niveau III B, les plus nombreux sont ceux dont les endoster-
nites 4/5 et 5/6 sont interrompus. C’est le cas du genre Perimela Leach (Cancridae) et des genres Nauti-
locorysles H. Milne Edwards et Pseudocorystes H. Milne Edwards (Corystidae). Le squelette du genre
Peltariori Jacquinot (pl. 11, lîg. 1, 2) (Atelecyclidae) nous montre les parties droite et gauche des lames
endosternales 4/5 et 5/6 s’appuyant sur la barre formée par le fond de la cavité sterno-abdominale.
Chez tous les Xanthidae que nous avons examinés (sauf certains Actumnus), les endosternites
4/5 et 5/6 sont incomplets et plus ou moins fortement confluents. Ainsi se présentent : les Menippinae
(pl. 12, fig. 2 : Menippe mercenaria ; pl. 12, fig. 6 : Eriphia spinifrons) ; les Pilumninae ; les Xanthi-
nae (pl. 11, fig. 8 : Cycloxanthops sexdecimdentatus ; pl. 11, fig. 9 : Xantho incisus incisus) ; les Pla-
tyxanthinae (pl. 12, fig. 9 : Platyxanlhus A. Milne Edwards) ; les Actaeinae ; les Polydectinae ; les
Trichiinae ; les Trapeziinae (pl. 12, fig. 8 : Trapezia Latreille).
Parmi les Oxystomata (sensu Balss, 1957), les Calappidae Calappinae (pl. 14, fig. 3 : Calappa
granulata) possèdent également des lames endosternales 4/5 et 5/6 interrompues, 6/7 et 7/8 complètes,
seulement séparées par la plaque médiane.
Ce type de disposition caractérise aussi les Parthenopidae pro parte (notamment le genre Dal-
dorfia Rathbun et ses alliés, y compris le genre Dairoides Stebbing : pl. 17, fig. 11), les Parthenoxysto-
mata et les Bellioidea pro parle (pl. 27, fig. 1 : Corystoides Lucas ; pl. 27, fig. 3 ; Acanthocyclus Lucas).
Le genre Geryon Kr 0 yer (pl. 19, fig. 3) (Geryonidae) est au stade le plus avancé du niveau III
B : l’endosternite 6/7 s’interrompt à son tour et il n’y a plus que l’endosternite 7/8 qui soit continu.
Le niveau III B caractérise les genres et familles que nous avons regroupés dans le tableau 2
(p. 99).
NIVEAU III C. Squelette avec toutes les lames endosternales incomplètes et plus ou moins confluentes ;
condensation accusée.
Lorsque, dans le thorax, la fusion touche tous les somites, tous les endosternites deviennent
incomplets. C’est ainsi que la lame endosternale 7/8 s’interrompt, de façon analogue aux lames pré¬
cédentes. Cette disposition correspond à un élargissement du corps, plus précisément du sternum tho¬
racique, et à une condensation accusée des diverses structures.
La majorité des Crabes « vrais » possèdent un squelette que nous classons an niveau III C. Ils
sont énumérés dans le tableau 3 (p. 118).
Parmi les Bellioidea, les genres Bellia H. Milne Edwards (pl. 27, fig. 2) et Heterozius A. Milne
Edwards (pl. 27, fig. 4) ont un système endophragmal thoracique avec tous les endosternites interrom¬
pus médialement. Il y a fusion de tous les somites locomoteurs, 4 à 8. L’examen comparatif du squelette
chez les quatre genres de Bellioidea (pl. 27, fig. 1-4) fait découvrir une différence dans le niveau évo¬
lutif : Corystoides et Acanthocyclus sont moins avancés (stade B) que Bellia et Heterozius (stade C).
Les particularités endophragmales de ces quatre genres confirment la filiation que nous avons établie,
en nous fondant sur d’autres caractères et en montrant que certains traits communs à Bellia et à Corys-
toides résultent de leur vie fouisseuse.
Tous les Portunidae appartiennent au stade C.
Chez Carcinus Leach (pl. 13, fig. 3), les lames endosternales symétriques 4/5 et 5/6 prennent
appui sur l’épaississement médian correspondant au fond de la cavité sterno-abdominale. Les lames
invaginées à l’emplacement de la suture 6/7 sont un peu plus rapprochées médialement et confluent
légèrement vers l’avant. Les lames endosternales 7/8 se rejoignent au bas de la plaque médiane, qui
est élevée, et convergent vers l’avant.
Chez la plupart des Crabes nageurs, le système endophragmal subit des transformations liées
à une augmentation de la musculature (surface d’insertion des muscles plus vaste ; disposition par¬
ticulière, surtout en raison de la conformation des p5). Par ailleurs, on observe chez de nombreux
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE
TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Portunidae une caractéristique : après que les lames endosternales postérieures se soient interrompues,
elles se prolongent par des crêtes basses, visibles extérieurement par des sillons.
Dans le genre Scylla de Haan (pl. 13, fig. 6), les lames droite et gauche des endosternites 4/5 et
5/6 s’appuient sur l’épaississement médian formé par le fond de cavité sterno-abdominale ; l’endosternite 6/7
est représenté par deux lames nettement plus écartées l’une de l’autre et qui, après leur interruption, se conti¬
nuent par une crête. Les deux lames de l’endosternite 7/8 sont encore plus éloignées l’une de l’autre, mais elles
se prolongent jusqu’à la plaque médiane par une crête. La selle turcique est très étroite.
Dans le genre CaüinecUs Stimpson (pl. 13, fig. 9), la disposition est à peu près similaire : lames endo¬
sternales 4/5 et 5/6 hautes et s’appuyant sur la barre formée par le fond de la cavité sterno-abdominale ; lames
endosternales paires 6/7 plus basses et se prolongeant, après leur interruption, par une crête qui remonte nette¬
ment vers l’avant ; lames endosternales 7/8 écartées et ne se prolongeant par aucune crête. Pour plus de détails
concernant le squelette du genre Callinectes, nous renvoyons à l’étude de Cochban (1935, p. 49-52, fig. 17-18) :
la complexité du système endophragmal thoracique est mise en rapport avec le développement de la cinquième
paire de péréiopodes en de puissantes pattes natatoires et, par conséquent, avec l’augmentation des attaches
musculaires ainsi qu'avec leur insertion particulière.
Parmi les Oxystomata (sensu Balss, sauf Raninidae et Tymolinae), les Dorippidae et le genre
Orithyia ont un squelette au niveau III G. En revanche, les Leucosiidae offrent un système endophrag¬
mal complexe qui diffère de celui des autres Brachyoures {cf. infra).
Dans le genre Dorippe Weber (pl. 19, fig. 10), tous les somites se sont fusionnés et toutes les
lames endosternales sont interrompues : l’interruption est plus poussée au niveau des endosternites
4/5 et 5/6 qu’au niveau des endosternites les plus postérieurs.
Le genre Orithyia Fabricius possède un système endophragmal particulier : toutes les lames
sont discontinues ; en outre, l’invagination endosternale 5/6 se termine par une poche, ce qui indique
un écartement des lames à leur terminaison ; de même, l’invagination 6/7 se compose de deux lames
se terminant par une poche en doigt de gant, très allongée, presque aussi proéminente que la lame
médiane qui s’élève juste en arrière.
Tous les Majidae possèdent un système endosternal au niveau III G. Toutes les lames endoster¬
nales sont interrompues et convergentes dans le genre Maja Lamarck {cf. Dbach, 1939, pl. 6, fig. 25,
26 ; Gordon, 1963, fig. 14B ; présent travail, pl. 16, fig. 3), comme dans le genre Eurynolambrus H. Milne
Edwards et Lucas (pl. 16, fig. 9).
La disposition est similaire chez les Parthenopidae.
Envisageons maintenant le cas des Brachyoures à orifice génital mâle sternal, à savoir des for¬
mes dont le sternite 8 est très élargi.
Ghez les Ocypodidae, plus précisément dans le genre Ocypode Weber (pl. 18, fig. 8), l’endoster-
nite 4/5 se compose de deux lames relativement peu écartées ; les endosternites postérieurs ont leurs
extrémités internes plus éloignées.
Dans les quatre sous-familles qui composent la famille des Grapsidae, le système endophrag¬
mal est caractérisé par des endosternites interrompus médialement. Ghez Grapsus (pl. 20, fig. 3), les
extrémités des lames 4/5 et 5/6 s’appuient sur la barre formée par le fond de la cavité abdominale ;
celles de l’endosternite 6/7 sont plus rapprochées avec, juste en arrière, une haute lame médiane qui
s’étend sur les somites 7 et 8. Ghez Sesarma Say s.l. (pl. 20, fig. 7), la disposition est analogue mais
une singularité réside dans la plaque médiane qui est formée non pas d’une seule lame mais de deux
lames successives : une plaque médiane antérieure sur la partie postérieure du somite 5 et tout au long
du somite 6 ; une plaque médiane postérieure à la hauteur des somites 7 et 8. Ghez Varuna H. Milne
Edwards (pl. 20, fig. 6), les deux lames symétriques de l’endosternite 5/6 s’incurvent beaucoup vers
le haut en confluant par une crête cornée vers la lame endosternale 4/5 du même côté ; les deux lames
endosternales symétriques 6/7 sont éloignées de la plaque médiane mais se prolongent par une crête
sclérifiée jusque sur les flancs de cette dernière ; les lames endosternales 7/8 s’interrompent assez loin
de la plaque médiane. Dans le genre Varuna, la plaque médiane est double, mais les deux lames suc¬
cessives sont jointives, au lieu d’être séparées comme dans le genre Sesarma.
Ghez les Gecarcinidae, l'architecture squelettique se présente sous forme de lames très épaisses.
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SYSTÈME ENDOPHBAGMAL THORACIQUE
261
le tout constituant une charpente extrêmement solide, en rapport avec la locomotion marcheuse et
la vie terrestre qu’ont adoptées ces Brachyoures. Certes, la grande taille qu’atteignent la plupart des
B Crabes de terre » a joué un rôle dans la formation d’un tel squelette.
Chez Gecarcinus Leach (pl. 19, fig. 12), la disposition des endosternites est comme suit : endoster-
nite 4/5 incomplet ; endosternite 5/6 formé de deux lames interrompues, se continuant médialement
par une petite crête sclérifiée ; endosternite 6/7 également incomplet et se prolongeant par une crête,
convergeant vers celle qui lui est symétrique ; endosternite 7/8 plus court, très postérieur.
Les Pinnoteridae, dont les représentants possèdent un sternum thoracique plus ou moins large,
montrent, corrélativement, une configuration variable des lames endosternales : elles sont plus ou
moins écartées et plus ou moins confluentes. Chez Pinnixa White, la confluence des endosternites 4/5
et 5/6 est très nette de part et d’autre dans la cavité thoracique ; l’interruption est plus accusée entre
les lames 6/7 et, surtout, 7/8.
Le cycle biologique de certains Pinnoteridae comporte un « stade dur » (a hard stage »), caractérisé par
des modifications adaptatives en vue de la nage, notamment un tégument solide et une pilosité spéciale sur
les pattes : le Crabe nage alors librement et eherche un hôte (« invasive stage ><). Christensen et McDermott
{1958, p. 152) indiquent que ce stade particulier est doté, ehez PinnoUres ostreum Say, de « two cylindrical
rods connecting the dorsal and ventral sides of the body. Thus the rods aceount for a considérable part of the
endophragmal skeleton. The rods are firmly embedded in the sternum but disconnect rather easily from the
carapace ». Hartnoll (1971, p. 41) précise que ces « stout cylindrical endophragmal rods connect the cara¬
pace and sternum to act as additional attachments for the swimming muscles ». Une telle disposition existe aussi
chez Fabia subquadrata Dana (cf. Peahce, 1966, p. 7 ; Hartnoll, 1972a, p. 475).
Les Retroplumidae, caractérisés par un sternite 8 réduit et sur lequel s’articule un péréiopode
5 atrophié {cf. p. 114, fig. 30C-F), possèdent sans doute un système endophragmal au niveau III C.
Faute d’avoir pu examiner par dissection l’organisation interne des Crabes de cette famille, nous arri¬
vons à cette hypothèse en interprétant le tracé des sutures sternales thoraciques. II est sûr que les
endosternites 4/5 à 7/8 sont incomplets, avec leurs extrémités internes séparées par un espace relati¬
vement large ; néanmoins, ils doivent s’étendre jusque dans la partie correspondant intérieurement
au fond de la cavité sterno-abdominale. L’absence de ligne médiane sur le plastron sternal est l’indi¬
cation de l’absence de plaque médiane. Enfin, la disposition particulière du sternite 8 doit, bien pro¬
bablement, entraîner intérieurement une conformation spéciale de la zone où, chez les autres Crabes,
se trouve la selle turcique ; il est fort probable que les Retroplumidae n’ont pas de selle turcique.
Les Hexapodidae sont des Brachyoures hexapodes puisque la dernière paire de péréiopodes
a disparu ; mais le nombre de métamères thoraciques est « normal », le sternite 8 étant présent et ayant
seulement glissé en grande partie sous la carapace {cf. p. 114-118, fig. 32, 33E-F). Sans doute, le sys¬
tème endophragmal est-il au niveau III C ; tous les endophragmes sont largement interrompus dans
la zone médiane. Nous n’avons pu observer aucun squelette d’Hexapodidae. Mais il est évident que
la disposition tout à fait inhabituelle du sternite 8 correspond à une structure interne particulière.
Il sera très intéressant de connaître l’anatomie squelettique dans cette famille.
NIVEAU III D. Squelette avec toutes les lames endosternales incomplètes et confinées latéralement, d’où
l'existence d'une très large zone médiane indivise.
Deux familles, au moins, entrent dans cette catégorie, les Palicidae et les Hymenosomatidae.
Les Palicidae ont plusieurs particularités, notamment la dernière paire de péréiopodes réduite
et en position dorsale. Leur sternum thoracique est extrêmement élargi en arrière des chélipèdes {cf.
p. 111-113, fig. 30G, 31 ; pl. 24, fig. 9). Le système endophragmal thoracique (pl. 19, fig. 5) présente
des lames endosternales (surtout 5/6 et 6/7) localisées seulement sur les bords de la cavité thoracique ;
au milieu, l’espace est totalement indivis, dénué de formations squelettiques, à l’exception d’une pla¬
que médiane élevée qui s’étend du somite 4 au somite 8. Il n’y a pas de selle turcique, toute la région
postérieure étant modifiée par suite de l’atrophie des p5 et de la conformation spéciale du dernier seg¬
ment thoracique.
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Chez les femelles postpubérales de Palicidae, nous avons observé à la partie postérieure de la surface
sternale externe deux orifices, analogues à ceux découverts par Dbach (1955) chez les Leucosiidae et qui relient
la cavité incubatrice à la cavité branchiale, a Un transit d’eau est réalisé entre la partie postérieure de la cavité
branchiale et la cavité abdomino*sternale grâce : 1** à un canal de communication entre ces deux cavités ; 2° à
un organe fonctionnant comme pompe foulante, situé dans la cavité branchiale » (Drach, 1955, p. 2000). Ce
mécanisme de renouvellement d’eau et d’oxygène autour de la ponte n’est donc pas l’apanage des seuls Leuco¬
siidae, chez lesquels la cavité incubatrice est presque toujours pratiquement close (cf. p. 145-147, 161, pl. 25,
fig. 10-13). Il y a mise en place d'un organe similaire chez d’autres Crabes à abdomen très élargi, certes, mais
ni complètement accolé à la surface sternale, ni parfaitement emboîté dans la muraille épisternale. Il faudra
disséquer la région du sternite 8 pour comparer soigneusement le dispositif des Palicidae à celui des Leuco¬
siidae. Il est probable que la même fonction, véritable innovation physiologique, intervient chez d’autres
familles de Brachyoures à cavité incubatrice très développée.
Les Hymenosomatidae sont des Crabes aplatis, au test mince et peu calcifié (d’où leur nom
dérivé du grec : hymen = membrane). Ils possèdent un système endophragmal thoracique au niveau
III D. Nous avons précédemment indiqué (p. 110) que, sur le sternum thoracique extrêmement élargi
et au sternite 8 développé (fig. 30A : Halicarcinus ; pl. 20, fig. 8 : Elamena), les sutures, toutes incom¬
plètes, étaient confinées sur les bords du plastron et disposées obliquement. Intérieurement, la dis¬
position est la même : tous les endosternites sont réduits à leur portion latéro-externe ; la région cen¬
trale de la cavité thoracique est indivise, dénuée de septum médian (le bombement médian correspond
à la voûte de la cavité sterno-abdominale). La métamérisation primitive n’est donc que partiellement
préservée. Les chambres latérales cloisonnées par les endophragmes apparaissent vraiment comme
un prolongement des appendices : cela est très net sur la figure 8 de la planche 22. Il n’y a pas de diffé¬
rence dans la morphologie du système endophragmal chez Halicarcinus (pl. 20, fig. 11) et chez Ela¬
mena (pl. 20, fig. 9, 10). Dans ce dernier genre, l’endosternite 4/5 est surmonté par un vaste repli foliacé ;
l’apophyse 3/4 est également très étalée. Ce squelette faiblement développé correspond, du point de
vue fonctionnel, au corps flexible et léger des Hymenosomatidae.
III. CONFORMATION PARTICULIÈRE DU SQUELETTE
CHEZ LES MICTYRIDAE (BRACHYOURES STERNITRÈMES)
Les Mictyridae, Brachyoures profondément modifiés par leurs habitudes fouisseuses, locomotrices
et, surtout, alimentaires, possèdent un corps ovalaire et bombé, ainsi que de vastes maxillipèdes, for¬
tement convexes {cf. p. 107-109). Pendant la marche qui se fait non pas latéralement mais vers l’avant,
les « Crabes soldats » tiennent leur céphalothorax presque vertical et surélevé par rapport au sol, en
s’appuyant sur la pointe du dactyle des quatre paires de pattes ambulatoires (Cameron, 1966, fig. 1).
Ils habitent les plages sableuses où ils creusent des terriers élaborés. Leur comportement (nombreuses
phases grégaires et rituels complexes) dénote un haut niveau d’évolution.
Le plastron sternal thoracique (cf. fig. 29A-B : Mictyris longicarpus Latreille) présente deux
parties distinctes, séparées par une forte dénivellation : en avant de pl, de part et d’autre de l’écusson
terminal qui se rabat vers l’arrière, se trouvent deux zones excavées sur lesquelles reposent les maxilli¬
pèdes externes (fig. 29B) ; la partie postérieure aux chélipèdes, moins modifiée, est parcourue de sutures
toutes interrompues médialement et disposées obliquement, de telle façon qu’elles convergent vers
le milieu du plastron (fig. 29A).
Le système endophragmal thoracique (pl. 19, fig. 6) est compliqué, d’un type spécial que nous
n’avons rencontré chez aucun autre Brachyoure. On peut cependant le considérer comme analogue
à un squelette du niveau III C, les endosternites étant tous incomplets et disposés radialement. Une
proéminence marquée correspond intérieurement à la dénivellation antérieure mentionnée ci-dessus.
Le retournement de la pointe antérieure du plastron modifie l’avant de la cavité thoracique. Le rac¬
cord des endosternites et des endopleurites se réalise de façon particulière, avec la constitution d’une
sorte de muraille continue, parcourant latéralement et postérieurement la cavité thoracique. Il semble
Source : MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
263
que le phragme s’élevant longitudinalement au milieu du somite thoracique 4 correspond à un rudi¬
ment de plaque médiane. La région postérieure est conformée d’une façon inhabituelle, sans une selle
turcique comparable à celle des autres Brachyoures.
IV. CONFORMATION PARTICULIÈRE DU SQUELETTE
CHEZ LES LEUCOSIIDAE (BRACHYOURES STERNITRÈMES)
Les Lcucosiidae examinés possèdent un système endophragmal thoracique qui, tout en ayant
une conformation brachyourienne, ne peut être assimilé à celui d’aucun autre groupe de Crabes. Tous
les endosternites étant mcdialement interrompus, cette disposition correspondrait, dans la phyloge¬
nèse, à celle d’un squelette au niveau III C, avec zone médiane indivise occupée par le fond bombé
de la cavité sterno-abdominale, sans septum médian ni selle turcique de type habituel (pl. 15, fig. 4 :
Lmcosia). Chez la Leucosia figurée ici, on notera le fort éperon qui s’élève à l’extrémité interne de cha¬
cune des deux lames endosternales 4/5.
V. EXEMPLE D’UNE MORPHOCLINE ILLUSTRANT L’ÉVOLUTION
DU SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
En utilisant les caractéristiques du système endophragmal thoracique, il nous est possible de
construire une morphocline orientée, ce qui permet de déterminer le sens de l’évolution dans une lignée
de Xanthidae.
Du côté plésiomorphe se situe le genre Kraïusia Dana (pl. 11, fig. 7), au système squelettique allongé
et étroit, régulièrement métamérisé, aux endosternites 4/5 à 7/8 ininterrompus. Comme nous l’avons déjà mon¬
tré précédemment, il appartient au niveau 111 A. Des replis médians foliacés surmontent les endosternites
4/5 et 5/6 ; une apophyse se développe en avant (apophyse 3/4) sous forme de deux vastes lames.
A proximité du genre Kraussia se place le genre Parcucanikus Lucas, qui possède sensiblement le même
système endophragmal thoracique. Nous avons déjà noté (p. 86) que le plastron sternal était similaire dans
ces deux genres, celui de Paraxanihus (fig. 22B) étant seulement un peu plus élargi en avant que celui de Krawsùi
(fig. 22A). Le squelette de Paraxanihus est donc au niveau III A, avec des endosternites tous continus, régu¬
lièrement disposés, parallèles, sans confluence.
Le genre Cycloxantkops Rathbun (pl. 11, fig. 8) présente une conformation squelettique un peu plus
avancée, correspondant au stade B du niveau III. Le squelette, encore étroit, est formé d’endosternites équi¬
distants et subparalièles, dont les deux premiers sont interrompus, quoique faiblement, entre les lames symé¬
triques et forment (surtout 4/5) de vastes replis médians. L’apophyse 3/4 est composée de deux lames éten¬
dues, presque jointives médialement.
C’est également au niveau III B que se situe le genre Xaniho Leach (pl. 11, fig. 9) : les endosternites
4/5 et 5/6 sont incomplets et, en plus, confluents. L’ensemble du squelette est nettement élargi et plus a ramassé «
que chez les genres précédents. La selle turcique est également plus large et plus courte. C’est surtout au-dessus
de l’endosternite 4/5 que s’élève un large repli médian. Les deux lames de l’apophyse 3/4 sont plus étroites
et plus écartées.
Ces quatre genres, dont les liens de parenté peuvent être démontrés par l’établissement de
morphoclines fondées sur divers autres caractères, doivent être considérés comme les membres d’un
groupe naturel.
Qu’il soit rangé dans les Corystoidea pour composer, avec le genre Thia Leach, la famille des
Thiidae {cf. Bouvier, 1942, p. 48), ou qu’il soit attribué aux Atelecyclidae et également rapproché
du genre Thia pour former la sous-famille des Thiinae (cf. Balss, 1957, p. 1635), le genre Kraussia occupe
une place à part dans les classifications des carcinologistes. Or, n’ayant décelé aucun rapport étroit
entre Thia et Kraussia, nous proposons de dissocier ces deux genres.
Source ; MNHN, Paris
264
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE
TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Pour montrer leur dissemblance profonde, il suffit de mentionner ici, à titre d’exemple, les diSérences
concernant les pléopodes sexuels mâles. Dans le genre Thia, le pli (fig. 65A, Àl), muni d’une ouverture apicale,
offre une ornementation consistant en tubercules ; le pl2 (fîg. 65B) est faiblement incurvé, grêle et un peu allongé,
avec un stylet bifide, la pointe la plus longue étant subdroite. Dans le genre Kraussia, le pli (fig. 65C, Cl, C2)
est très allongé et étroit, avec une ouverture latérale, ornée de soies courtes et recourbées, suivies plus bas de
soies beaucoup plus longues ; le pl2 (fig. 65D) est fortement incurvé, court et se prolonge, après une suture
nette, par un stylet simple, large à la base, s’amincissant progressivement jusqu’à l’extrémité.
Les caractéristiques des pléopodes indiquent, à notre avis, d’une part que Thia est un Crabe
tout à fait distinct de Kraussia et se rapproche peut-être de certains Corystoidea (comme l’avait déjà
interprété Bouvier en 1942) ; d’autre part, que Kraussia appartient aux Xanthidae, groupe dans
lequel il s’apparente étroitement au genre Paraxanthus.
Le genre Paraxanthus est considéré comme un Xanthinae {cf. Balss, 1957, p. 1649). Sans que ce soit
complètement explicité dans la littérature carcinologique, Paraxanthus est associé à deux autres genres, Pla-
lyxanthus A. Milne Edwards et Honudaspis A. Milne Edwards [cf. Rathbun, 1930, p. 234 dans la clef, et p. 279*
289). Nous avons déjà fait ressortir que, seul, un habitus analogue était à l’origine du rapprochement de ces
genres [cf. Guinot, 1968a, p. 695-699). Platyxanlhus, Homalaspis, ainsi qu’un troisième genre peu connu, Pelaeus
Eydoux et Souleyet, doivent être isolés dans un groupement spécial, les Platyxanthinae Guinot, 1977. En
revanche, Paraxanlhits nous parait directement apparenté à de vrais Xanthinae s. s2r. tels que Cycloxanthops
et Xaniho. Si l’on reprend comme précédemment l’exemple des pléopodes sexuels, on s’aperçoit immédiate¬
ment des similitudes dans l’armature génitale ; le pli est pareillement conformé, avec des soies recourbées en
crosse au voisinage de l’ouverture (Guinot, loc. cit., fig. 45 a-c : Paraxanthus ; fig. 13 a-b, 14 a-c, 15 a-b : Cycloxan-
tkops ; fig. 26 : XanlAo) ; le pl2 de ces trois genres est homomorphe (Guinot, loc. cit., fig. 46 : Paraxanthus).
Très différents sont les pléopodes 1 et 2 des Platyxanthinae [cf. p. 241). En bref, selon nous, Paraxanthus
relie Kraussia aux genres tels que Cycloxanthops, Xantko et autres genres voisins.
Pour conclure, l’analyse morphologique du système endophragmal thoracique confirme le
regroupement des quatre genres en question, fondé sur l’examen d’autre caractères, et, de surcroît,
permet d’établir la direction anagénétique : Kraussia -> Paraxanthus ^ Cycloxanthops -*■ Xantko.
Cela nous paraît fondamental pour la reconnaissance taxonomique d’une lignée particulière de Xan¬
thidae, les Xanthinae s.str. Ces quatre genres sont les maillons d’une chaîne qu’il est facile de com¬
pléter en y adjoignant les nombreux genres plus ou moins traditionnellement reliés à Xantko [cf. Gui¬
not, 1968o).
VI. INFLUENCE DU MODE DE VIE, DIMORPHISME SEXUEL,
CAS PARTICULIERS ET CONCLUSIONS
SUR LE SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
Le système squelettique est l’axe autour duquel se construit l’animal ; les transformations
périphériques ne peuvent l’atteindre que dans une mesure limitée. Profondément ancré dans le patri¬
moine génétique, le plan général de la charpente endophragmale évolue dans une direction déterminée
à l’intérieur de chaque lignée et, chose fort intéressante pour le taxonomiste, il semble relativement
peu affecté par les particularités du mode de vie de chaque espèce. Une restructuration complète ne
paraît pas être possible par la seule influence des phénomènes adaptatifs. Cependant, des modifica¬
tions morphologiques mineures peuvent intervenir, et on les constate effectivement lorsque l’on passe
en revue les divers types de Brachyoures.
Le but des recherches dont les résultats, en quelque sorte préliminaires, sont consignés dans ce cha¬
pitre, consiste à mettre en valeur l’importance taxonomique du sternum thoracique. N’ayant porté que sur
des spécimens épars, non nécessairement les plus représentatifs de toutes les familles, et n’ayant pas toujours
Source ; MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE'
265
été assortie des dissections indispensables, notre étude n’ambitionne pas la solution des divers problèmes sou¬
levés mais se présente comme un point de départ. C’est un survol, qui voudrait ouvrir quelques horizons nou¬
veaux.
Les modifications les plus importantes que l’on peut attribuer à un mode de vie spécial se trou¬
vent chez les Mictyridae (c^. p. 107-109), l’une des rarissimes familles brachyouriennes n’ayant pas un
système endophragmal conforme au plan habituel. Par certaines autres caractéristiques apomorphes,
ce groupe parait être l’aboutissement d’une lignée à part.
Voyons dans quelle mesure le système endophragmal est adapté, par des modifications mineures,
aux habitudes fouisseuses, marcheuses, nageuses.
Pour des raisons évidentes, nous ne nous attardons pas sur les différences concernant les apo-
dèmes : ces palettes flexibles, portant les insertions mobiles des appendices locomoteurs [cf. p. 251),
sont directement impliquées dans toute activité musculaire ; leur morphologie est donc fortement
influencée par le mode de vie. La spécialisation des appendices entraîne nécessairement une différen¬
ciation des apodèmes.
Moins plastiques sont les endophragmes, rigides, qui servent d’insertion fixe aux muscles moteurs
des articles proximaux des péréiopodes.
Après Boubne (1922), Gordon {1966, p. 350) a mis en rapport certaines particularités du squelette des
Raninidae avec leurs mœurs fouisseuses. Allant plus loin, cet auteur voit quelques similitudes dans les for¬
mations squelettiques des Raninidae et celles du genre Corystes, Crabes phylogénétiquement très éloignés mais
adaptés à une vie également fouisseuse : les replis médians foliacés, très développés, qui surmontent les endo-
sternites proviendraient d’une telle adaptation. Sans vouloir réfuter l’hypothèse de Gordon, nous ferons remar¬
quer que des replis foliacés, certes plus ou moins étalés et plus ou moins étendus médialement, existent chez
de nombreux Crabes non fouisseurs. Seule, une étude détaillée permettra de déterminer les liens entre le déve¬
loppement de replis foliacés et le mode de vie. Pour notre part, nous avons étudié surtout la disposition des
endosternites dans leur partie basale, c’est-à-dire à l’endroit des invaginations de l’exosquelette sternal. Cette
structure nous a paru la moins affectée par le mode de vie.
Deux parties anatomiques, la plaque médiane et la selle turcique, ont été insuffisamment étu¬
diées dans la partie systématique de ce chapitre et, vu leur importance pour les questions évoquées,
nous en ferons un examen rapide.
Plaque médiane.
On ne connaît pas bien le rôle exact de la plaque médiane, invagination longitudinale de l’exosque-
lette. D’après Cochran (1935, p. 52), ce septum servirait exclusivement a as a place of origin for branches
of the four basal muscles of the telopodite of the fifth pereiopod. Some part of each of these muscles
originales upon the médian plate, although none of the muscles originales entirely upon it ». Pour
cet auteur, le squelette est modifié chez Callinectes en raison de la transformation des p5 en pattes
nageuses et, corrélativement, du développement de muscles plus puissants et différemment conformés.
Daprès nos observations, lorsque les endosternites sont complets, c’est-à-dire traversent la cavité
thoracique, généralement un septum médian s’intercale perpendiculairement à eux, au milieu de la
cavité. Lorsque les endosternites s’interrompent médialement, le septum médian « recule », ne se trouve
plus qu’à la hauteur des somites non encore fusionnés ; c’est de part et d’autre de la saillie ou du méplat
formé par le fond de la cavité sterno-abdominale que s’appuient les endosternites correspondant aux
somites fusionnés. Il semble que le septum médian disparaisse au fur et à mesure que les endosternites
4/5 à 7/8 s’interrompent et qu’une zone indivise prend place : finalement, le milieu de la cavité tho¬
racique ne possède plus aucune formation squelettique (Retroplumidae, Hymenosomatidae). Mais
les lames endosternales peuvent être écartées tout en étant accompagnées d’un septum médian très
élevé (Palicidae). On ne peut donc pas, dans tous les cas, mettre en rapport le vaste espacement entre
les lames endosternales et l’absence de plaque médiane. On eonstate que la plaque médiane est le plus
souvent présente, et développée, à l’endroit où les endosternites sont ininterrompus : elle semble cons¬
tituer dans ce cas une zone de renforcement. Elle évolue donc, au moins partiellement, de manière
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIPi, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
parallèle aux endosternites, c’est-à-dire qu’elle disparait d’avant en arrière au cours du processus de
fusion des somites successifs. Mais il faut se garder de généraliser puisque — on l’a vu — les Palicidae,
à somites tous fusionnés, présentent un septum médian très élevé.
Il faudra étudier ce qui se passe lorsque la plaque médiane s’interrompt à un endroit pour se
continuer ensuite.
Citons d’abord le cas du genre Pseudocorystes H. Milne Edwards, dont le plastron sternal (fig. 20B),
très étroit et allongé, n.’offre pas une véritable cavité sterno-abdominale : il y a seulement un creux prononcé
le long de l’axe longitudinal. Les sutures sternales 4/5 et 5/6 sont interrompues mais leurs extrémités internes
demeurent très faiblement séparées et s’enfoncent profondément dans la zone médiane. Au sillon présent sur
la moitié postérieure du sternite 4 et sur le sternite 5 correspond un septum élevé ; ce septum s’interrompt
brusquement dès sa pénétration dans le somite 6, justement là où, sur le plastron, le sillon s’interrompt. La
moitié postérieure du somite 6 et la plus grande partie du somite 7 sont parcourues à nouveau par une plaque
médiane, ainsi que le sternite 8 sur toute sa hauteur.
Il n’est pas rare, par ailleurs, d’observer un septum qui est très élevé le long de certains somites
et qui s’interrompt pour « réapparaître » sous forme d’un véritable phragme ou d’une simple crête à
la hauteur du sternite 4. Cela correspond à ce que nous avons décrit à propos du sternum thoracique :
la ligne médiane est plus ou moins longue mais, souvent, un sillon « réapparaît » médialement sur une
partie du somite 4. Ce que nous avons appelé improprement « réapparition » n’est probablement rien
d’autre que le vestige d’une plaque médiane et d’une ligne médiane incomplètes.
Signalons une particularité de la plaque médiane, que nous avons rencontrée chez une Sesarma et dans
le genre Varuna, et qui est probablement plus répandue. Chez Sesarma husardi (Desmarest) (pl. 20, fig. 7),
aux endosternites tous incomplets médialement, la plaque médiane est discontinue ou, plus exactement, se
compose de deux septums successifs : l’un, élevé, à la hauteur des somites thoraciques 8 et 7 (plaque médiane
postérieure) ; l’autre, plus bas, à la hauteur du somite 6 et dans la partie postérieure du somite 5 (plaque médiane
antérieure). Chez Varuna litterala (Fabricius) (pl. 20, fig. 6), la plaque médiane se décompose en deux septums
distincts, se succédant dans le plan sagittal médian ; mais, au lieu d’être séparés comme chez Sesarma (où
il y a une véritable discontinuité), ils se touchent chez Varuna ; sur notre figure on distingue bien les deux sep¬
tums jointifs.
Selle turcigue.
La selle turcique est de largeur, de longueur et d’épaisseur variables selon les Brachyoures
considérés. Elle est, naturellement, étroite chez les formes à sternum thoracique étroit postérieure¬
ment (Corystes : pl. 9, fig. 2-3 ; Thia : pl. 9, fig. 9). Elle s’élargit lorsque le sternum thoracique s’élar¬
git, notamment vers l’arrière (Cancer : pl. 9, fig. 7). Les « ailes » de la selle turcique peuvent être très
étalées par suite d’un raccord puissant avec la lame de jonction ; elles représentent alors une zone de
convergence : une cohésion plus forte est ainsi assurée à l’ensemble du squelette. Les Sesarma (pl. 20,
fig. 7} et les Ocypode (pl. 18, fig. 8) présentent une selle turcique aux ailes très vastes.
II est possible que des études ultérieures montrent que la selle turcique est plus développée chez les
formes nageuses, donc à p5 modifiées en appendices natatoires, que chez les autres Crabes. Le genre Orilhyia
Fabricius (pl. 14, fig. 8), dont les p5 sont adaptées à la nage, possède une puissante selle turcique. En revanche,
le genre Matuta Weber (pl. 14, fig. 6), qui est à la fois fouisseur et nageur, est muni d’une selle turcique très
allongée mais très étroite. Si nous nous reportons aux quelques Crabes nageurs, dont nous figurons le système
endophragmal thoracique, il apparaît que la selle turcique est très large chez Carcinus mediterraneus Czer-
niavsky (pl. 13, fig. 3) et, par comparaison, moyennement large chez CaUinectes sapidus Rathbun (pl. 13, fig. 9),
plus étroite chez Scylla serrala (Forsskâl) (pl. 13, fig. 6). Les exemples évoqués ne permettent donc pas d’étayer
de façon décisive les hypothèses sur les liens entre cette structure et un mode de vie particulier.
La selle turcique disparaît lorsque la fusion a touché les derniers somites thoraciques : les lames
endostemales et endopleurales étant confinées latéralement, elles ne se raccordent plus médialement
dans la région postérieure que par une selle réduite, d’une conformation spéciale, ou encore inexistante.
Source ; MNHN, Paris
SYSTÈME ENDOPHRAGMAL THORACIQUE
267
On peut rappeler le cas des Palicidae (pl. 19, fîg. 5), dénués de formations squelettiques transversales,
puisqu’il y a fusion de tous les somites 4 à 8, et dépourvus de selle turcique mais, en revanche, munis
d’un septum médian très saillant.
Dimorphisme sexuel.
Alors que le sexe de l'animal ne modifie que très peu le tracé des sutures thoraciques du plastron
sternal (cf. p. 74), un dimorphisme sexuel très net, quoique limité, se reconnaît dans le système endo-
phragmal.
Évidemment, il faut tenir compte de l’importante différence qui sépare péditrèmes et sternitrèmes.
Chez les premiers, tout l’endosternite 7/8 est profondément modifié pour la formation de la spermathèque :
la suture 7/8 et l’invagination à cet emplacement sont donc conformées différemment si on les compare aux
autres sutures ou aux autres endosternites. Gordon (1950 ; 1963 ; 1966) a bien étudié ces formations chez les
Dromiacea, les Tymolidae et les Raninidae ; elle a notamment signalé la zone de renforcement que constitue
l’endophragme le plus postérieur de la femelle. Chez les sternitrèmes, le vagin o. lies freely in the space between
endosternite 5/6 et 6/7 » (Gordon, 1966, p. 350).
Nous avons, par ailleurs (p. 159-163), montré les modifications que subit le plastron sternala près la
mue de puberté chez les femelles. Il faudrait étudier dans quelle mesure le système endophragmal se trans¬
forme au cours du cycle d’intermue des femelles.
Pour illustrer le dimorphisme sexuel des adultes de taille comparable, nous donnerons deux
exemples. Tout d’abord, celui du genre Corystes Latreille, dont nous figurons le système endophrag¬
mal thoracique chez un mâle (pl. 9, fig. 2) et chez une femelle (pl. 9, fig. 3) : le squelette est au niveau
III A et, dans l’un et l’autre sexe, les endosternites traversent de part en part l’étroite cavité thora¬
cique. Ce sont les replis médians, surtout 4/5, qui varient : chez le mâle, les deux replis médians 4/5
sont étalés et coalescents médialement, alors que chez la femelle ils ne sont pas jointifs : de même,
l’apophyse 3/4 forme une seule pièce chez le mâle, se compose de deux lames distinctes chez la femelle.
On peut attribuer ce dimorphisme au fait que chez le mâle les chélipèdes sont beaucoup plus développés
et nécessitent une plus grande surface d’insertion. Le cloisonnement antérieur et postérieur du somite
4 chez le mâle s’explique, sans doute au moins partiellement, de cette façon.
Dans le genre Peltarion Jacquinot, chez le mâle (pl. 11, fig. 1), les replis médians 4/5 et 5/6
sont étalés, foliacés et disposés comme une sorte de toit qui recouvre partiellement les endophragmes
suivants ; chez le femelle (pl. 11, fig. 2), les replis sont plus étroits et ne dissimulent pas les autres for¬
mations squelettiques.
Malgré une prospection relativement restreinte, une chose nous paraît acquise : le dimorphisme
sexuel n’affecte pas, ou que très peu, la morphologie des endosternites à l’endroit de leur invagination
mais concerne surtout le développement des replis. Le tracé des sutures sur le sternum thoracique est
similaire chez le mâle et chez la femelle, sauf à partir du stade où cette dernière transforme sa cavité
sterno-abdominale en cavité incubatrice.
Dans cet ordre d’idée, il serait intéressant de regarder en détail le système endophragmal tho¬
racique des rares cas où nous avons constaté une différence dans le trajet des sutures sternales chez
le mâle et la femelle, à savoir chez Daira perlala (Herbst) (fig. 21C : mâle ; fig. 40C : femelle) et dans
le genre Menippe de Haan (pl. 12, fig. 1, 2 : mâle ; fig. 40B ; femelle). Ces différences sont — nous le
répétons — certainement dues au fait que la femelle est postpubérale et possède donc un sternum
thoracique modifié ; des vulves très élargies peuvent-elles, à un certain point, changer le trajet des
sutures voisines ?
Réduction du somite 8.
Certains Brachyoures dont la dernière paire de pattes ambulatoires est atrophiée et ramenée
dorsalement, tels les Palicidae et les Retroplumidae, ont évidemment un système endophragmal
modifié au niveau du dernier somite thoracique (somite 8) selon que le métamère correspondant est
réduit (Retroplumidae) ou spécialement conformé (Palicidae). Chez les Hexapodidae, le métamère
Source : MNHN, Paris
MOnPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
thoracique 8 est toujours présent {il est seulement recouvert presque complètement par la carapace)
mais l’un de ses méromes, le cinquième péréiopode, a avorté dans sa totalité : à cet endroit, le sque¬
lette est sans aucun doute conformé de façon spéciale, ce que nous ne pouvons malheureusement pas
confirmer, faute de matériel suffisant pour une dissection.
CONCLUSIONS
Le système endophragmal thoracique des Brachyoures s.l. n’est pas un bon indice des parentés.
Il est néanmoins d’une grande valeur pour le taxonomiste, parce qu’il révèle la position d’un groupe
dans l’avance anagénétique de la lignée. Ce système présente, au moins, ces étapes :
1) Une anatomie de niveau II de Drach chez les Homoloidea ;
2) une anatomie dromiacéenne (Dromiidae et Dynomenidae) de type intermédiaire ;
3} une anatomie de niveau III de Drach, c’est-à-dire un plan typique et uniforme, chez les Brachyoures ster-
nitrèmes. Diverses étapes, qui sont liées au processus de carcinisation et de condensation des somites,
peuvent y être reconnues. Nous les avons désignées comme stade A, B, C et D. Des Crabes extrême¬
ment s carcinisés », donc à plastron sternal très développé et somites thoraciques tous largement fusion¬
nés, ne possèdent plus de formations squelettiques dans la partie médiane de la cavité thoracique (sauf,
parfois, le septum médian) ;
5) une anatomie spéciale, analogue toutefois au stade III C, chez les Leucosiidae et chez les Mictyridae.
Source : MNHN, Paris
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Source ; MNHN, Paris
ABRÉVIATIONS
297
LISTE DES ABRÉVIATIONS CONCERNANT
ET LES PHOTOGRAPHIES
LES DESSINS
a, aile de la selle turcique ; ab, abdomen ; a.m., appendix masculina ; an, anus ; ap, apophyse ; ap 3/4, apophyse 3/4 ;
av.a., avancée antérieure du sternite 8 ; av.p., avancée postérieure du stemite 8 ; av. 8 , avancée du stemite 8
touchant le condyle articulaire de la coxa de p5 ; al — al, segments abdominaux 1 à 7.
b, basis ; b.a., branche arthrodiale ; b.ab., bord de l'abdomen ; b.a.m., bras antérieur à mxpl ; b.cp., bord postérieur de
la carapace ; b.c.s., bord de la cavité sterno-abdominale -, b.t.c., barre correspondant au fond de la cavité stemo-
abdominale ; b.i., basis-ischion ; bo, bourrelet : vestige chez la femelle du crochet sternal du dispositif bouton-
pression ; b.p., crochet sternal du dispositif bouton-pression (sternite 5) ; b.p. ?, crochet sternal hypothétique ;
b'.p’., crochet sternal du dispositif bouton-pression (sternite 6) ; b. p.v., crochet sternal vestigial ; b.s., brosse de
c. condyle articulaire de ta coxa sur le sternum ; ca, carène ; c.a., cavité arthrodiale ; c.a.cxl, c.a.cx2, cavité arthrodiale
de la coxa de pl et de la coxa de p2 ; c.a.mxpl — e.a.mxpS, cavité arthrodiale de mxpl à mxp3 ; c.a.pl — c.e.pS,
cavité arthrodiale de la coxa de pl à p3 ; c.cxl — c.cxS, condyle articulaire sternal de la coxa de pl à p5 ; c.i.,
cavité incubatrice ; cp, carapace ; cr., crête à l'extrémité postérieure de la cavité sterno-abdominale, Sur la figure 30,
crête transversale sur le stemite 7 ; cr.r., crête sternale pour la rétention de l'abdomen ; cr.8t.4, crête interne corres¬
pondant au sillon externe longitudinal médian du sternite 4 (s.i.) ; cr.st.6, crête sur le sternite 6 ; cr. 5/6 — cr. 6/7,
crête prolongeant les endophragmes 5/6, 6/7 ; cr. 6/7 cr. 7/8, crêtes internes correspondant aux sillons externes
6/7 et 7/8 (si 6/7, si7 j8] de la cavité sterno-abdominale ; c.s., cavité sterno-abdominale ; ex, coxa ; (cxl), emplace¬
ment de la coxa de pl ; cxl — cx5, coxa de pl à p5.
d. st., dépression sterno-abdominale (ou sternale).
e. a., à la limite du cinquième et du sixième segment abdominal, encoche se coaptant avec l'éperon sternal (eprj ; e.c.,
encoche de coaptation du sternum avec l'abdomen ; e.m., empreintes d'insertions musculaires ; en, encoche sur
le rebord du sixième segment abdominal ; end, endopodite ; endopl., epl, endopleurites ; epa, épaulement du ster¬
nite 8 qui maintient l’abdomen au niveau du deuxième segment ; epr, éperon pénien ; epr (plastron), éperon du
stemite 5 se coaptant avec l’encoche du bord abdominal; epr (système endophragmal), éperon saillant à partir
de l'endosternite 4/5 ; eps4 — epsS, épisternites 4 à 8 ; eps 8 ?, épisternite 8 ? ; e.st., écusson sternal ; e.t., encoche
du bord antérieur du plastron sternal ; ex, exopodite ; ex. pl., exopodite du pléopode ; 5 (eps ?), épisternite 5 ?.
f. fossette à la base du sixième segment abdominal ; f.a., fossette abdominale ; f.c.s., fond de la cavité sterno-abdominale
ou barre correspondant au fond de la cavité sterno-abdominale; f.g., fossettes gastriques; f.p., frange sétifère ;
f.tr., fossette creusée sur la tranche de l'abdomen.
g. p., gaine pénienne.
i.m,, empreintes d’insertions musculaires; i. mxp3, ischion du maxillipède externe.
l. ab., lobes du premier segment abdominal; l.j., lame de jonction; l.m., ligne médiane.
m, mérus ; m.a., membrane articulaire ; m.e., muraille épistemale ; rod, mandibule ; m.t., membranes tympaniques ;
mu, muscles ; roxpS, maxillipède externe.
o. i., orifice inspirateur; o.f., orifice génital femelle; o.m., orifice génital mâle; o.sp., orifice de la spermathèque ; o.v.,
opercule vulvaire.
p, pénis : pl, chélipède ; p.a., protubérance correspondant à la fossette abdominale ; p.a.pl., pointe antérieure du plastron ;
p.a.pt., pointe antérieure dirigée vers l'arrière du plastron sternal ; pb5, pb6, protubérances de rétention de l'abdo¬
men sur les stemites 5 et 6 ; p.c., protubérances du bord de la cavité sterno-abdominale correspondant à des conca¬
vités de l’abdomen ; pg, ptérygostome ; ph.m.s., phragmes médians symétriques ; ph.Bt.4, endophragme corres-
Source : MNHN, Paris
MORPHOLOGIE. PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
pondant au sillon longitudinal médian du aternite 4; pl, pléopode ; pli, premier pléopode sexuel mâle; pl2,
deuxième pléopode sexuel mâle ; p.m., plaque médiane ; p.m. (?), plaque médiane supposée ; p.m.a., plaque médiane
antérieure ; p.ra.p., plaque médiane postérieure ; pn, ponte ; po, poches en doigt de gant terminant les endophragmee
du côté interne ; p.pl., soies des pléopodes ; p.s.p., partie sclérifiée du pénis ; p.st., pointes sternales servant de
dispositif de rétention de l'abdomen ; pl — p5, péréiopodcs 1 à 5 ; p5, emplacement du 5* péréiopode.
r, rainure du plastron sternal où se loge la partie distale du pli ; r 4/5, 5/6, et 6/7, repli des endophragmcs 4/5, 5/6 et
6/7 ; r.m. 4/5, repli médian 4/5 ; r.m. 4/5 + 5/6, replis médians fusionnés des cndophragmes 4/5 et 5/6 ; r.s., rebord
saillant longeant la cavité sterno-abdominale ; r.v., replis vulvaires.
s, soie terminale du pl2. Sur la figure 30, ligne de suture. Sur la figure 54, soies à la limite du premier segment abdominal
et de la carapace ; $6, b7, s8, sternites 6, 7 et 8 ; 8.8, sillon sur le sternite 8 ou portion de sternite 8 laissée à décou¬
vert quand l'abdomen est rabattu ; s 6/7, sillon 6/7 ; sa, saillie sternale de rétention de l’abdomen ; sa (pl), saillie
de rétention de l'abdomen sur la coxa de pl ; sa (p2), saillie de rétention de l’abdomen sur la coxa do p2 ; sa (st),
saillie sternale de rétention de l’abdomen ; s.c.S, sillon incomplet sur le sternite 8 ; si 6/7 — si 7/8, sillon prolongeant
dans la cavité sterno-abdominale les sutures 6/7 et 7/8 ; s.i.8, sillon incomplet sur le sternite 8 ; s.l., sillon longitudinal
médian sur le sternite 4; s.r., saillie de rétention do l’abdomen; s.s.p., soudure sterno-ptétygostomicnne ; st.,
sternite thoracique ; st. 4 —st.8, sternites thoraciques 4 à 8 ; s.t., selle turcique ; st.ab.1, premier aternite abdomi¬
nal ; st.ab.2, deuxième sternite abdominal ; 8t.4, st.S, sternites thoraciques 4 et 8.
t, telson ; t.c., tubercule coxal ; t.d., tube digestif ; t.m., tubercule médian sternal ; t.p., tubercule pénien ; t.r., tranchées
latérales continuant la cavité sterno-abdominale et abritant les pléopodes mâles.
V, vulve ; vg, vagin.
z.m., zone membraneuse ; z.r., zone recouverte par les mxp3 ; z.s., frange sétifère.
1-8, sternites thoraciques 1 à 8 ; 8, portion du sternite 8 laissée à découvert ; 2 -f- 3, sternites thoraciques 2 + 3 ; 4/3 —
7/8, endosternites 4/5 à 7/8 ; 1/2 — 7/8, sutures sternales thoraciques 1/2 à 7/8 ; 2/3 — 7/8 (plastron sternal),
sutures thoraciques 2/3 à 7/8 ; 3/4 — 7/8 (plastron sternal), sutures thoraciques 3/4 à 7/8 ; 3/4 — 6/7 (système
endophragmal), endosternites thoraciques 3/4 à 6/7 ; 3/4 — 7/8 [système cndophragmal), endosternites thoraciques
3/4 à 7/8.
Source : MNHN, Paris
PLANCHES
Source : MNHN, Paris
LÉGENDES DES PLANCHES DE PHOTOGRAPHIES
301
LÉGENDES COMPLÈTES DES PLANCHES DE PHOTOGRAPHIES
(Pour les abréviations, voir p. 297*298 et rencart mobile)
PLANCHE 1
Fig. 1-6. — Convergence des carapaces entre un Anomoure Paguroidea de la famille des Lithodidae et deux genres de
Brachyoures appartenant à deux familles différentes {Partbenopidae et Majidaej : la carapace est peltiforme
chez ces trois Crustacés.
1, 2, Cryplolithodes sitchensia Brandt, ^ 35 X 50 mm, Colombie anglaise, E.-L. Bouvier det. (MP, Pgl) : 1, vue dorsale ;
2, vue ventrale permettant de voir les plaques calcifiées de l'abdomen rabattu contre la paroi sternale.
3, 4, Cryptapodia fornicala (Fabricius) (famille des Partbenopidae), ? 38 X 60,5 mm, Vietnam, A. Krempp coll., AndbH
det. (MP) : 3, vue doisale ; 4, vue ventrale montrant l'abdomen (femelle) reployé dans la cavité stemo-abdomi-
5, 6, Burynotambrua aualralia H. Milne Edwards et Lucas (famille des Majidae). 5, animal adulte, à habitus partbénopien :
holotype, 48,5 X 77,2 mm, « Nouvelle-Hollande » (MP) ; 6a, 6b, premier et deuxième stades juvéniles (4 ram et
5,6 mm), à habitus et caractères de Majidae : l’élargissement, notamment au niveau des régions branchiales, se
manifeste au deuxième stade. On distingue les soies en crochet servant au camouflage, qui ont disparu chez l'adulte.
(Les figures 6a et 6b sont d’après Krefpt, 1952, pl. 126, flg. 1, 2).
Fig. 7-8. — Exemple d’un genre attribué de façon erronée aux Croystoidea [seneu Balss, 1957) en raison d'une certaine
ressemblance de la carapace avec celle des Crabes de ce groupe. En fait, le genre Pliosoma Stimpson est un Oxyrbyn-
cha Majidae {sensu Balss). 7, vue dorsale ; 8, vue ventrale de Pliosoma parvifrons Stimpson, ^ 13,8 X 14 mm,
Basse-Californie, Cap St-Lucas (BM).
PLANCHE 2
Ornementation dans le genre Aclaea de Haan, char, emend.
Fio. 1-4. — Aclaea tuberculosa (Miers). Changements dans les proportions de la carapace et dans l’ornementation à des
tailles différentes. 1, la, Ib, Holotype d'Euxanlhus luùrculosus Miers, ^ 23 X 33,5 mm, Australia, Thursday
Island, redet. Aclaea calculoaa M. Edw. (BM 58-97). 1, Vue dorsale ; la, régions méso-, méta-, et uro-gastriques à
un fort grossissement; Ib, pinces; 2, 2a : paratype d'EusMnlhus luberculosus, ^ 14 X 20 mm, N. Australie,
D' J. R. Elsey, redet. Aclaea cakulosa M. Edw. (BM 58-97) ; 2, vue dorsale ; 2a, régions méso-, méta-, et uro-
gastriques à un fort grossissement; 3, paratype d’EiieanfAus luberculosus, spécimen sacculiné, 8,4 X 11,8 mm,
Thursday Island, sand, redet. Aclaea ealculosa (BM 82-7} ; 4, Ç 14 X 20,5 mm, cap York, det. Aclaea eareharias (?)
White, 326-68 (MP-B2194S).
Fio. 5. — Aclaea calalai Guinot, holotype, $ i5 X 18,5 mm, Nouvelle-Calédonie, A. Milne-Edwards det. A. granulata,
Coll. A. Mii.ne-Edwards 1903 (MP-B3883S). 5, carapace ; 5a, régions méso-, méta-, et uro-gastriques à un fort
grossissement ; 5b, pinces ; 5c, pattes ambulatoires.
PLANCHE 3
Fie. 1, la. — t Phrynolambrus corallinits Bittner, Bartonien, Hongrie. D’après Bittner, 1893, pl. 2, fig. 3 et 3b. 1, Cara¬
pace (face dorsale) reconstituée ; la, vue très grossie du test sur une partie non endommagée de la face dorsale.
Fie. 2, 2a, 2b. — Dairoides kusei (Sakai), ,J 55 X 71 mm, Japon, Kii Minabe, T. Saeai det. et leg (MP). (Voir les figures 11
et 12). 2, Vue dorsale ; 2a, vue grossie du test dans la région centrale de la carapace ; 2b, gros plan dans la même
région que sur la figure 2a.
cd, région cardiaque ; ci, champignon isolé ; r, rigole creusée dans U test j rg, aires gaalriquea fusionnées.
Source : MNHN, Paris
302
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
Fie. 3, 3a, 3b. — Daira perlata (Herbst), ^ 27 X 40,7 mm, Tahiti, Chabovis coll., Fobest et Guinot det. (MP). (Voir
la figure 13). 3, Vue dorsale ; 3a, vue grossie du test dans la région centrale de la carapace.
cd, aire cardiaque ; mag, aire métagaslrique ; mog, aire méeogaetrique ; plg, aire protogaelrique ; urg, aire
urogastrique,
3b, face interne d’un fragment de carapace en gros plan [moitié gauche). (Voir Cg. 14 le dessin qui montre à peu
près la même portion du test, toujours par sa face interne).
cb, canal iiUerne partageant la région branchiale ; cc, canal de la face interne délimitant la région cardiaque ;
eg, canal interne circonscriuant les régions méso, mêla et urogastriques ; ch, canal interne délimitant la région hépatique ;
mog’, aire mésogastrique vue par la face interne de la carapace.
Fig. 4, 4a. — Daira americana Stimpson, $ 18,4 X 26 mm, golfe de Californie, Ile de San José, L. Diguet, Guinct dct.
(MP). 4, Carapace avec sa pilosité ; 4a, vue grossie du test dans la région centrale de la carapace. (Pilosité brossée
du côté droit).
cd, aire cardiaque ; mag, aire métagaslrique ; mog, aire mésogastrique ; p, pore ; ptg, aire protogastrique ;
urg, aire urogastrique.
PLANCHE 4
Fig. 1-3. — Demania splendida Laurie, hoiotype, 2 32,5 mm de long, Ceylan (BM) (Photographies British Museuml ;
1, face dorsale ; 2, face ventrale ; 3a, p5 droit ; 3b, pince droite.
Fio. 4. — Demania toxica Garth, hoiotype, (J 43,1 X 51,9 mm, Philippines, île Negros, dans la ville de Siaton : vue dor¬
sale, d'après Garth, 1971, pl. 1, fig. 1.
Fig. 5. — Demania rotundala (Serène apud Güinot), hoiotype de ? Xanlko rotundatus Serène, 5 33 X 41 mm, Formose,
Keelung, n® 603 (MP) : face dorsale.
Fig. 6. — Demania japonica Guinot, 1977, nom. nov. pro Xantho reynaudi cultripes Sakai {nec Aîcockj, 1939, p. 461, pl. 10,
fig. 2 ; ^ 27,3 X 33 mm, Japon, Tosa Bay : vue dorsale, d'après Saeai, ibid.
Fio. 7. — Demania cultripes (Alcock), $ (mensurations non communiquées), Singapour, donated by the RafUcs Muséum,
det. Xantho (Lophoxanthus) ecaberrimus var. cultripes Alcock [ZSI 4733/9). (Photographies Zoological Survey
of India, K. K. Tiwari) : vue dorsale.
Fig. 8. — Demania cultripes (Alcock), J 60 X 80 mm, Singapour [cf. Balss, 19386, p. 77 ; Buitendijk, 1950, p. 51 : sous
le nom de Lophoxanthus reynaudii var. cultripes] (MS). (Photographie R. Serène) : vue dorsale.
Fig. 9. — Demania baccalipes ? (Alcock), (J 48 X 63 mm, Malacca Strait, Angsa Island, Buitendijk (1950, p. 77) det.
Loplurxanihus reynaudii var. baccalipes (spécimen déjà mentionné par Balss, 19386, p. 51) (NMS). (Photographii-
R. Serène) : vue dorsale.
PLANCHE 5
Fig. 1, — Demania reyruiudii (H. Milnc Edwards), hoiotype de Xantho Reynaudii, Ç 53 X 70 mm, mer des Indes, Reynaod
coll. (MP-B3027S) : vue dorsale.
Fig. 2, — Demania squamosa Guinot, 43 X 56,5 mm, Nord Annam, Donghoi, André det. Medaeus [ou Xartthodes]
Reynaudii (MP) : vue dorsale. Comparer avec Demania baccalipes ? (Alcock) figuré pl. 4, fig. 9.
Fig. 3. — Demania intermedia Guinot, hoiotype, 32 x 47 mm, Nouvelle-Guinée britannique. Blanche Bay, Willev
coll. 1896-1897, det. « Xantho scaberrimus cultripes o (UMZC) : vue dorsale.
Fig. 4. — Demania aff. intermedia Guinot, Ç 25 X 36 mm, Japon central, Kii-Minabe, Sakai det, Xantho sp. et leg
(MP) : vue doisale.
Fig. 5-7. — Demania $ca6erri/na (Walker) : vue dorsale de trois spécimens. 5, ^ 46 X 63,5 mm, Nagasaki, J. Jordan
coll., Odbner det. Xantho scaberrimus (UZMC) ; 6, 46 X 59 mm (dents du côté gauche très émoussées), East
coastof the Malay Peninsula, de Man (1929, p. 108) det. Xantho (Lophoxanthus) scaberrimus (ZMA). 7, 5 32 X
44 mm, Haîphong, coll. Zarenkov,
Fig. 8. — Genre de Panopeinae, Lophoxanthus A. MUne Edwards, auquel étaient auparavant rattachées certaines espèces
appartenant en réalité au genre Demania Laurie : L. lamellipes (Stimpson), (J 6 X 8,5 mm, Mexico, Espiritu Santo
Island, « Vclero « Exp., st. 512-36, Garth det : vue dorsale.
PLANCHE 6
Fig. 1. — Glyptoxanthus meandricus (Lockington), Ç 23 X 34 mm, golfe de Californie, Diguet 1900, Guinot det. (MP).
Fig. 2. — Glyptoxanthus erosus (Stimpson), (J 18 X 22,5 mm, Floride, Acassiz, Smiths. Inst. 7-1899 (MP).
Fio. 3. — Glyptoxanthus angolensis (Brito Capello), $ 34,4 X 50 mm, Congo Français, M. Vergnes 1899 (MP).
Source : MNHN, Paris
LÉGENDES DES PLANCHES DE PHOTOGRAPHIES
303
Fig. 4. — Glyptoxanthus labyrinihicut (Stimpson), g, côte occidentale du Mexique. D’après A. Mjlne-Edtvabds, 1879,
pl. 43, fig. 4.
Fig. 5. •— Glyploxanthus eavernosus (A. Milne Edwards), ,î 19 X 27 min, îles du Cap Vert, La Fraya, le «Talisman»
1883 (MP).
Fig. 6. — Glyploxanthus vermiculatus (Lamarck), leototype de Xantho vermicidatus, J 42 X 29 mm (état sec), « ? Floride »
(MP-B3016S).
Fio. 7. — Glyploxanthus (?) meandrinus (Klunzinger), holotype d'Actâa (Psaumis) mâandrina Kiunzinger, ,S 6
long, mer Rouge. D’après Oduner, 1925, pl. 4, flg. 1.
Fig. 8. — Glyptoxanlhus hancocki Garlh, holotype, Ç 18,3 X 25,9 mm, Galapagos. D’après Gabth, 1939, pl. 4, fig. 1.
PLANCHE 7
Fie. 1. — Lophotoxymus crislatus A. Mine Edwards, (J 23 X 39 mm (comparé au type), Nouvelle-Calédonie, Platier —
Uvea, Mission Sincer-Polignac, Chevai.lier coll., Gdinot det. (MP).
Fig. 2. — Lophozoxymus superbus (Dana), Ç 19 x 30,6 mm, Tuamotu, Mururoa, Y. Plessis coll. 1965, Guinot det. (MP).
Fie. 3, 3a. — Lophozoxymus edivardsi Odhner,19,5 X 33,5 mm (sec), Upolu, det. Xantho superbus Dana, M. A. Edwards
(52-70) (MP-B3012S) : 3, vue dorsale; 3a, pinces.
Fig. 4. — Lophozozymus piclor (Fabricius), $ 53 X 87 mm, Australie, Northern Moreton Bay, trawled « Wanderer II »,
nov. 1966, W. Stepoenson det. et leg. (MP).
Fig. 5, 5a. — Lophozozymus incisus (H. Milne Edwards) : 5, Ç 22 X 37 mm (comparée au type), Salajar, « Siboga » Exp.,
St. 213, reef 1899, Buitendijk det. Pseudozozymus incisus, Mers de l’Australie (MP-B2896S) : lace ventrale, région
antérieure.
Fig. 6, 6a. — Lophozozymus guezei Guinot, lectotype, (J 48 X 77 mm, La Réunion, côte, GuÉzé coll. (MP) : 6, vue dorsale;
6a, face ventrale, région antérieure.
PLANCHE 8
Fig. 1, la, — Lophozozymus dodone (Herbst), J 11,3 X 16 mm, M. Cari^ coll. 1913, Bouvier det. L. dodone = L. radiatus
(MP) : 1, vue dorsale ; la,’pince droite.
Fig. 2, 2a. — Lophozozymus glaber Ortmann, <3 11 X 16 mm, Tahiti, Ranson coll., Fobest et Guinot det. L. dodone
(MP) : 2, vue dorsale ; 2a, pince droite.
Fig. 3, 3a. — Lophozozymus evestigatus Guinot, holotype, .J 13 X 20 mm (à l'état sec), île Bourbon, A. M. Edwards det.
< Stenozoxymus rtzdiatus Edw. » (MP-B2905S) : 3, vue dorsale ; 3a, pince droite.
Fig. 4. — Lophozozymus intonsus (Randall), (J 31,8 X 49,5 ram, Hawaï, Kailua, 1-12-1901. D’après Rathbun, 1906,
pl. 8, fig. 8.
Fig. 5. — Lophozozymus pulehellus A. Milne Edwards, S X 18 mm, Dar-es-Salaam, Heath coll-, Guinot det.
Fig. 6, 6a. — Lophozoxymus simplex de Man, holotype, S 6,5 X 11 mm, Amboine : 6, vue dorsale; 6a, pince gauche.
D’après de Man, 1888, pl. 10, fig. 3, 3a.
PLANCHE 9
Sternum thoracique avec les suturez 4/5 à 7/8 complètes et squelette endophragmal thoracique chez des Brachyoures
primitifs.
Fig. 1-3. — Corystes cassioelaunus (Pennant). 1, Plastron sternal, abdomen enlevé, d’après H. Milne Edwards, 1851,
pl. 9, fig. 9 ; « thorax du Coryste denté vu en dessous, et grossi » ; 2, 3, système endophragmal thoracique chez un
mSle (2) et chez une femelle (3), afin de montrer le dimorphisme sexuel ; ^ 33 X 26 mm, $ 36 X 27 mm,
La Rochelle, d'OnBiGNY (MP).
Fig. 4-6. — Atelecyclus rotundalus (Olivi), 5 34 X 35,5 mm, ? Golfe de Gascogne, Forest det. (MP). 4, Plastron sternal,
abdomen en place ; 5, plastron sternal et cavité stemo-abdominale ; 6, partie antérieure du plastron sternal,
légèrement inclinée de façon à voir les cavités arthrodiales des trois pattes-mâchoires.
Fie, 7.g. — Cancsr borealis Stimpson, ^ 71 X 112 mm, oil Newport, R.I., U.S. Fish Commission 1880, sta. 789, 17 fath.
(MP). 7, Plastron sternal et cavité stemo-abdominale, abdomen en pointillé ; 8, système endophragmal thoracique.
Fig. 9. — Thia residua (Herbst), 5 16,6 mm X 17,8 mm, Méditerranée, Zabiquiey coll. (MP) : système endophragmal
thoracique (voir le plastron sternal, fig. 20A).
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris
304
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
PLANCHE 10
Sternum thoracique avec les sutures 4/5 à 7/8 complètes et système endophragmal thoracique chez les Carpi-
Fic. 1-4. — Carpiliits convexus (Forsskâl). 1, 2 : ^ 40 X 53 mm, mer Rouge, Jousseaume (MP) ; 3, 4 : 60 X 81 mm,
Tahiti, RANSor* coll., Forest et Guinot det. (MP). 1, Plastron sternal, abdomen en place; 2, plastron sternal
et cavité sterno-abdominale ; 3, système endophragmal thoracique ; 4, stemites thoraciques antérieurs et, sur le
ebélipède, soudure du basis-ischion avec le mérus ; la coxa de pl s'articule directement avec le mérus.
Fio. 5-6. — Carpiliua eorallinus (Herbst), 5 79 X 104 mm, Cuba, de Boury 1914, Bouvier det. (MP). 5, plastron sternal
et cavité sterno-abdominale ; 6, partie antérieure du plastron sternal, notamment la partie non exposée, norma¬
lement recouverte par les mxp3 qui sont ici écartés,
Fig. 7. — Ocalina floridana Rathbun, paratype, Eocéne supérieur. Floride : face ventrale, avec la partie conservée du
sternum thoracique. D'après Rathbun, 1929, pl. 2, fîg. 1.
Fig. 8. — t Paiaeocarpilius stenurus Reuss, Nummulitique, environs de Vérone : face ventrale, avec sternum thoracique
et abdomen. D'après A. Milne Edwards, 1862, pl. 1, fig. 3a.
Fig. 9. — t Palaeoearpiliui macrocheUus (Desmarest), ?, Nummulitique, environs de Vérone ; face ventrale, avec sternum
thoracique et abdomen. D’après A. Milne Edwards, 1862, pl. 6. fig. 2a.
Pour Us abrévialions, voir p. 297-298.
PLANCHE 11
Fig. 1-2. — Dimorphisme sexuel du système endophragmal thoracique dans le genre Pellarion Jacquinot, chez P. spinu-
kisum (Whitc). ( Voir le plastron sternal, fig. 20D). 1, ^ 45 X 46 mm ; 2, $ 44 X 45 mm ; Amérique du Sud, Exp.
« Calypso «, St. 169, 69 m (MP).
Fig. 3. — Système endophragmal thoracique de NauiilocorysUs ocellatus (Gray), ^ 30 X 29, 6 mm. Cap de Bonne-Espé¬
rance (MP). (Voir le plastron sternal, fig. 20C).
Fig. 4-6. — Écusson sternal chez trois genres de Brachyoures, le plastron étant incliné pour faire apparaître les cavités
arthrodiales des pattes-mâchoires et montrer la réduction de l'écusson sternal, lorsque Ton passe de 4 à 6. 4, Pelta-
rion spinulosum (White), même spécimen que dans la figure 1 ; 5, Cycloxanlhops seadecimdsnialus (H. Milne
Edwards et Lucas), S 37,5 X 57 mm, Chili, M. d’Orbigny (MP) ; 6, Heterozius rotuiuUfrons A. Milne Edwards,
<J 16 X 22 mm, Nouvelle-Zélande, détroit de Cook, H. Filbol (MP-B 13).
Fig. 7-9. — Évolution du système endophragmal thoracique dans une même lignée. 7, Kraussia sp., ^ 15 X 16 mm,
Nhatrang, A. Krempf coll. (MP). (Voir le plastron sternal, fig. 22A) ; 8, Cycloxanthops sexdecinuUntatus (H. Milne
Edwards et Lucas), 3 37,5 X 57 mm, Chili, M. d'Orbigny (MP). (Voir le plastron sternal, fig. 22C) ; 9, Xantho
iricisus iruisus (Leach), <5 34 X 55 mm, Roscoff, Forest det. (MP). (Voirie plastron sternal, fig. 22D).
Pour les abrivialions, voir p. 297-298.
PLANCHE 12
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez divers Xanthidae {sensu Balss, 1957).
Fig. 1-2. — Menippe mercenaria (Say), ^ 38,5 X 54 mm, Key West, A. Milne Edwards 1903 (MP). 1, plastron sternal,
abdomen en pointillé ; 2, système endophragmal thoracique.
Fig. 3. — Pilumnoides perlatus (Poeppig), ^ 11 x 19,2 mm, Chili, Valparaiso, Porter det.. Bouvier vérif. (MP) : système
endophragmal thoracique. (Voir le plastron sternal, fig. 21A).
Fio. 4. — Epixanlhus deniatus (White), (J 32 X 61 mm, Zanzibar, M. Grandidier (MP) : plastron sternal, abdomen
enlevé ; à noter les sutures 4/5 et 5/6 confluentes, jointives de part et d'autre du plan sagittal médian, d’où la
clôture interne du sternite 5.
Fig. 5-6. — Eriphia spinifrons (Herbst), 5 38 x 52,5 mm, île d’Oléron, 1957 (MP). 5, plastron sternal, abdomen enlevé ;
6, système endophragmal thoracique.
Fio. 7-8. — Trapezia rufopunctaia (Herbst) s.I., (J 20 X 22,5 mm, Madagascar, Balss det., 354 (MP). 7, plastron sternal,
abdomen en pointillé ; 8, système endophragmal thoracique.
Fig. 9. — Plalyxanthus crenulatus A. Milne Edwards, syntype, 41 X 57 mm, Patagonie, M. d'Orbigny (MP) : système
endophragmal thoracique, endommagé sur le côté gauche (voir le plastron sternal, fig. 25B).
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
Source ; MNHN, Paris
I.ÉGENDES
PLANCHES DK PHOTOGRAPHIES
305
PLANCHE 13
Sternum thoracique et système cndopliragmal thoracique chez divers Portuntdae (sensu Dalss, 1957).
Fig. 1-3. — Carcinus mediterraneiis Czcrniavsky, ,? 34 x 41.5 mm, près de Sète, étang de Sijean, Fohest coll. et det.
(MP). 1, plastron sternal, abdomen en pointillé ; 2, écusson sternal ; le plastron a été légèrement incliné pour mettre
en évidence les cavités arthrodiales des pattes-mâchoires et des premiers péréiopodes thoraciques; 3, système
endophragmal thoracique.
Fig. 4-6. — Scylla serrata (Forsskâl), iJ 48 X 69 mm, Amoy, C. F. Wang (MP). 4, plastron sternal, abdomen en place ;
5, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 6, système endophragmal thoracique.
Fig. 7. — Podophlhahnui vigil (Fabricius), <J 37 X 87 mm, Madagascar, 10 m, CnosNiER coll. et det. (MP) : plastron
sternal, abdomen enlevé.
Fig. 8-9. — Callinecles sapidiu Rathbun, 5 65 X 140 mm, Charleston, Mus. Comp. Zool. Cambridge (MP). 8, plastron
sternal, abdomen en pointillé ; 9, système endophragmal thoracique.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 14
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez certains Oxystomata (sensu Balss, 1957).
Fig. 1-3. — Calappa granulata (Linné), (J 60 X 80 mm, ouest du Portugal (MP). 1, plastron sternal, abdomen en place ;
2, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 3, système endophragmal thoracique.
Fio. 4-6. — Maliila pianipes Fabricius, 35 X 50 mm. Cap St-Jacques, A. Kbbmpf coll. (MP). 4, plastron sternal, abdo¬
men en place ; 5, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 6, système endophragmal thoracique.
Fig. 7-9. — Orilhyia sinica (Linné) (= O. mamillaris Fabricius). 7, 8, 61 X 57 mm, Chine, H. Milne Edwards det.
(MP) : 7, plastron sternal et cavité sterno-abdominale; 8, système endophragmal thoracique; 9, $ pubète 64 X
60 mm, sans loc. (MP-B93S) : les vulves sur le sternite 4 ne sont pas recouvertes par l'abdomen (endommagé),
duquel dépassent les pléopodcs sétifères.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 15
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez divers Leucosiidae (sensu Baess, 1957).
Fig. 1-3. — Leiicosia unidentala de Haan, 29 X 27 mm, environs de Tokyo, Bouvier det. (MP). 1, plastron sternal,
abdomen en place ; 2, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 3, abdomen, face interne, et pléopodes 1
torsadés in situ,
Fic, 4. — Leuco.sifl longifrons de Haan, (J 21 X 20 mm, Nouvelle-Calédonie, RévEiuLÈnE coll. (MP) ; système endophrag¬
mal thoracique.
Fig. 5-6. — Litliadia cariosa (Stimpson) (J 9 X 10 mm. Floride, M. Hemphili. (MP). 5, plastron sternal, abdomen en
place-, 6, plastron sternal et cavité sterno-abdominale.
F,c. 7. — Jlia nucléus (Linné), cj 27 X 26 mm, Mytilène, Port Vera, Gravier coll. (MP) : plastron sternal et cavité sterno-
abdominale.
Fig. 8-10. — Pariphiculus mariannae (Herkiots), Ç 34 X 31 mm, Hongkong |MP). 8, plastron sternal, abdomen en place ;
9, plastron sternal, abdomen abaissé : cavité incubatrice moins développée que chez d'autres Leucosiidae icf.
pl. 25, fig. 10-13) ; 10, système endophragmal thoracique.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 16
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez divers Majidae {sensu Balss, 1957).
Fie. 1-3. — Maja squinado (Herbst). 1, 2 : ij 41 X 35 mm, RoscofT, Bourdon coll. et det. (MP) ; 3, Ç 43 X 37 mm, même
échantillon. 1, plastron sternal, abdomen en place ; 2, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 3, système
endophragmal thoracique.
20
Source : MNHN, Paris
306
MORPHOI.OGIE,
Yr.OGENÊSK KT TAXONOMIE OES BRACIIYOI RHS
Fie. 4. — Pisa ieiraodon (Pennant), (J 33,5 X 43 mm, Noirmoutier, Forest det. (MP) : plastron sternal, abdomen en
pointillé,
Fio. 5-6. — Leurocyclus tuberculosus (H. Milne Edwards et Lucas) [= Salacia luberculosa], holotype (endommagé et à
l'état sec), (J, peut-être originaire du Chili (MP-B566S). 5, plastron sternal (incomplet) ; 6, vue de profil (gauche)
pour montrer les cavités arthrodiales des appendices, séparées par des prolongements sternaux et cépiialothora-
ciques.
Fig. 7. — CMorinoides barunai Serène, holotype, (J 26 X 14 ram, Indonésie, st. 73 (MP) ; plastron sternal, abdomen
enlevé.
Fig. 8-9. —• Eurynolambrus auslralis H. Milne Edwards et Lucas, holotype, ^ 48,5 X 77,2 mm, Nouvelle-Hollande,
M. Lavaud (MP). 8, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 9, système endophragmal thoracique.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 17
Sternum thoracique de divers Oxyrhyncha [sensu Balss) et carapace de deux espèces fossiles du genre Daira
de Haan.
Fio. 1-2. — Daldorfia bouvieri (A. Milne-Edwards), <J 38 X 26 mm, baie de Pointe-Noire, A. Crosnier coll. et det. (MP).
1, plastron sternal, abdomen en place ; 2, plastron sternal et cavité sterno-abdominale.
Fig. 3. — Tltyrolambrtts cariei (Bouvier), syntype, 12 X 24 mm, île Maurice, Carié coll. (MP) : cavité sterno-abdominale.
Fio. 4. — Lainbrus longimanus (Linné), <J 25 X 28 mm, baie de Bassac, A. Krempf coll. (MP) : sternum thoracique, abdo¬
men enlevé.
Fie. 5. — Chlorirwides longispinus (de Haan), $ 30,5 X 24 mm, Japon, environs de Tokyo, Bouvier det. (MP) : cavité
sterno-abdominale. Les terminaisons internes des sutures 4/5 et 5/6 se rejoignent de part et d’autre du plan sagittal
médian, en isolant te sternite 5 du côté interne. (Voir le plastron sternal chez le mâle, pl. 16, fig. 7). Chez cette
femelle, sans doute impubère, la vulve est peu éloignée du crochet d'accrochage de l’abdomen; ce dernier, bien
développé, est situé sur la suture 4/5, et le dispositif est fonctionnel.
Fig. 6. — Système endophragmal de l'une des deux espèces actuelles du genre Daira de Haan, Daira perlala (Herbst) :
3 21,3 X 30,6 mm, Tahiti (MP).
Fig. 7-8. — Carapace d’espèces fossiles appartenant au genre Daira de Haan. 7, j" Daira eocaenica (Lôrenthey), Eocène
supérieur. Calcaire à Nummulites et Orthophragmines, Budapest ; 8, t Daira depressa A. Milne Edwards, Rupélicn,
Italie (Vicentin) : moulage.
Fig. 9-11. — Dairoides kusei (Sakai), ^ 55 X 71 mm, Kii Minabe, Sakai det. et leg. (MP). 9, face ventrale, région anté¬
rieure ; 10, pinces droite et gauche ; 11, système endophragmal thoracique.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 18
Sternum thoracique, appareil d'accrochage de l’abdomen, cavité incubatrice et système endophragmal thoracique
chez les Ocypodinae, les Macrophthalminae et les Plagusiinae (sen^u Balss, 1957).
Fig. 1-3. — Sternum thoracique et cavité sterno-abdominale dans le genre Uca Leach. 1, Uca langeri (Eydoux) ^ 26 X
29 mm, région de Dakar, Monod det. (MP). On distingue près de la suture 4/5 un granule plus gros que ceux situés
postérieurement et qui pourrait être un crochet vestigial ; 2, Uca maracoani maracoani (Latreille), ^ 29 X 47 ram,
Guyane française, Guinot det. (MP). Il n'existe aucun appareil d'accrochagc sur le plastron sternal (dissymé¬
trique sur ce spécimen) ; la crête au sommet de la cavité sterno-abdominale est obsolète ; 3, Uca (Minuca) thayeri
thayeri Rathbun, 20 X 31 mm, Guyane française, F. Geay (MP). La crête au sommet de la cavité sterno-abdo-
minale s'incurve et pénètre symétriquement dans la cavité : deux crêtes de rétention du telson se trouvent cons¬
tituées.
Fio. 4-6. — Macrophthalmus latreilUi (Desmarest), ^ 38 X 51 mm, côte N.O. de Madagascar, A. Crosnier coll. et det.
(MP). 4, plastron sternal, abdomen en place; 5, plastron sternal, abdomen enlevé; 6a, rapports des sternites
thoraciques 7 et 8 avec les premiers segments abdominaux ; 6b, position du pénis par rapport aux sternites thora¬
ciques 7 et 8.
Fig. 7-8. — Ocypode cursor (Linné), (J 36 X 45 mm, Malica près de Dakar, Monod det. (MP). 7, plastron sternal, abdomen
en pointillé; 8, système endophragmal thoracique (en lumière transmise).
Fio. 9-11. — Plagusia glabra Dana, New South Wales, near Sydney (MP). 9, (J 38 X 34 mm : sternum thoracique, avec
les crochets placés sur le sternite 5 en avant des épais pléopodes sexuels 1 ; 10, $ ovigère 35 X 38 mm : sternum
thoracique avec la paire d’énormes vulves tripartites et les crochets du dispositif bouton-pression, déformés et très
gros (ôo) ; 11, même $ ovigère : abdomen contenant la ponte.
Pour les abrévialions, voir p. 297-298.
Source : MNHN, Paris ^
I.fiGENDES Dl^ PLANCHES
E PHOTOGRAPHIES
307
PLANCHE 19
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique.
Fio. 1-3. — Gerÿon iridens Krayer, ^ 48 X 68 mm, Rosas, 300-400 m (MP). 1, plastron sternal, abdomen en place ; 2,
plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 3, système endophragmal thoracique.
Fio. 4. — Sternum thoracique de Dotilla wichmanni de Man, (J 7 X 9 mm, Indonésie, Serène colt, et det. (MP). On dis¬
tingue sur chaque sternile, de part et d'autre de l'abdomen, les membranes tympaniques.
Fig. -S. — Système endophragmal de Paliciis caroni (Roux), ^ 9 X 11 mm, Canaries, le a Talisman », Eow. et Bouvier
det, (MP). On a légèrement incline la cavité thoracique vers la gauche afin de bien mettre en valeur la plaque
médiane. On voit que les lames endosternalcs sont localisées dans la région latérale. (Voir le plastron sternal,
lîg. 30G).
Fig. 6. — Système endophragmal thoracique (en lumière transmise) de Mictyris longicarpus Latreille, ^ 26 X 22 mm,
New South Wales, Port Jackson (MP). (Voir le plastron sternal, fig. 29).
Fig. 7-9. — Sternum thoracique de Pinniia Iransversalis (H. Milne Edwards], (J 12 x 26 mm, Chili, Porter 1911 (MP).
7, plastron sternal, abdomen en place ; 8, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 9, gros plan de la partie
antérieure du plastron sternal.
Fie. 10. — Système endophragmal thoracique (en lumière transmise) de Dorippe lanata (Linné), 5 20 X 25 mm, côtes
du Togo, 50 m, Crosnipb coll. et det. (MP). (Voir le plastron sternal, fig, 28).
Fig. 11-12. — Gecarcinus (Jokngarthia) planatua Stimpson, 5 53 X 77 mm, Basse-Californie, île Socorro (MP). 11, plas¬
tron sternal, abdomen en pointillé ; 12, système endophragmal thoracique (en lumière transmise).
Pfiiir Ifs abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 20
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez divers Grapsidac et Hymenosomatidae (sensu
Balss, 1957).
Fig. 1-3. — Grapsus lenuierustattis (Herbst), <î 65 X 72 mm, Ste-Luce, Crosnier coll. et det. (MP). 1, plastron sternal,
abdomen en place ; 2, plastron sternal et cavité sterno-abdominale ; 3, système endophragmal thoracique.
Fig. 4-6. — Fnruna lillerata (Fabricius), (J 29 X 31 mm, iMadagascar, île Ste-Marie, Crosnier coll. et det. (MP). 4a,
rapports des stérilités thoraciques 7 et 8 avec les premiers segments abdominaux ; 4b, position de l’orifice génital
mâle par rapport aux sternites thoraciques 7 et 8 ; 5, plastron sternal, abdomen enlevé ; 6, système endophragmal
thoracique.
Fig. 7. — Sesarma kuzardi (Desmarest), 30 X 35 mm, Pointe-Noire, Crosnier coll. et det. (MP) ; système endophragmal
thoracique (en lumière transmise).
Fio. 8-10. — Elainena pilosa A. Milno Edwards, tj 20 X 22,6 mm, Nouvelle-Calédonie, Balansa coll., A. Milne Edwards
det. (.MP). 8, plastron sternal, abdomen en place ; 9, vue d’ensemble du système endophragmal ; 10, idem, moitié
droite un peu inclinée de façon à voir la lame de jonction et les endopleurites.
Fig. 11. — Halicarcinus planatus (Fabricius), S de 14 mm de large environ, Kerguelen, Richer de Forces coll. et det.
(MP) : système endophragmal (en lumière transmise) ; la partie médiane est indivise, les endosternites étant unique¬
ment latéraux. (Voir le plastron sternal, fig. 30A).
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 21
Sternum thoracique, appareil de rétention de l'abdomen et système endophragmal chez les Dromiacea (Dromiidae
et Dynomenidae).
F,c. 1-3. —Dromia dehaani Rathbun, ^ 42 X 45 mm, golfe de Suez, Mission Ph. Dollfus, Monod det. Dromia dormia,
Forest redet. (MP). 1, plastron sternal, abdomen en place ; 2, plastron sternal, abdomen enlevé. On distingue les
deux paires de saillies coxales (sur cxl et cx2) et la paire de saillies épislernales servant à la rétention de l'abdomen ;
3, face interne de l'abdomen montrant les régions se coaptant avec les saillies de rétention.
Fig. 4-5. — Siernodromia spinirostris (Miers), S 34 X 37.2 mm, Guinée. Exp. « Calypso » 1956 (MP). 4, plastron sternal,
avec les sillons sternaux et l'ouverture des spermatlièques. Les coxae ont été enlevées à gauche ; 5, système endo¬
phragmal thoracique.
Source : MNHN, Paris
MORPHOI-OGIt, PHYI.OGENÈSK ET TAXONOMIE DES BllACHYOURES
Fie. 6. — Dromidia antillensis Stimpson, ^ 18 X 18 mm, Guyane française, Durand coII., Guinot det. : abdomen cou¬
vrant le sternum thoracique et retenu par la paire de saillies sur la coxa des p2.
p,c. 7. — Hemispka‘.rodromia abellana Rarnard, type, (J 9,7 X 10,2 mm, Madagasear, Fourmanoir coll. (MP). La saillie
coxale de p2 s'intercale dans un rétrécissement de l’abdomen entre l’uropode et le cinquième segment abdominal.
Fie. 8-9. — Appareil de rétention de l’abdomen mâle chez Dynomene hispida (H. Milne Edwards), à deux tailles difîé-
rentes. 8, ^ juv. 7,5 X 9 mm, Nouvelle-Calédonie, Ralansa coll. La saillie épisternale, aiguë et pointant du côté
interne, touche l'uropode; 9, ^ adulte de 12 mm de large environ, même échantillon. La saillie épisternale est
plus éloignée de l’uropode.
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 22
Steruum thoracique et appareil de rétention de l'abdomen chez divers Homoloidea (fig. 1-5) et chez un genre de
Raiiinoidea (fig. 6-7).
Fig. 1-2. — Paromola ciivieri (Risso), i 113 mm de long (état sec), Sénégal, environ 300 m, Monod det. (MP). 1, plastron
sternal recouvert en entier par l’abdomen. On voit la paire de saillies denticulées sur la coxa des pl qui maintient
l’abdomen au niveau du sixième segment et la paire de saillies terminées par une spinulc du côté interne, sur la
coxa de mxp3 ; 2, plastron sternal, abdomen enlevé et pléopodes in situ. En plus des saillies coxales, noter la paire
de saillies sternales au niveau des chélipèdes (double appareil d’accrochage).
Fie. 3. — Honiologenus rosfralus (A. Milne Edwards), 510 X 7,5 mm, au large du Maroc, le « Travailleur u 1882, A, Milne
Edwards et Bouvier det. (MP). On voit nettement les deux pointes coxales de pl, moins distinctement les spi-
nules coxales sur les mxp3.
Fig. 4-5. — iMlreillia valida de Haan, 5 “î® 16 mm de long environ, Japon, Franck (MP). 4, plastron sternal recouvert
en longueur mais non en largeur par l'abdomen. Le telson s’implante entre les mxp3 ; 5, plastron sternal, abdomen
enlevé. On distingue la paire de saillies sternales.
Fio, 0-7. — Lyreidus Iridentalus de Haan, $ ovigère 38 X 23 mm, New South Wales, deep water |MP). Le genre Lyreidus
est le seul Raninidac à abdomen reployé contre la paroi sternale et doté d’uii appareil d’accrochage. 6, sternites
thoraciques anterieurs. Au-dessous de l'insertion des p2, la paire de pointes sternales ; 7, abdomen avec, de part
et d'autre, les pléopodes portant la ponte. Le sixième segment abdominal sc prolonge dans scs angles latéro-posté-
rieurs par deux protubérances correspondant aux pointes sternales.
Pour Us abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 23
Dispositif d'accrochage de l’abdomen chez divers Brachyoures.
Fig. 1. — Eriocheir sinensis (H. Milne Edwards), 5 71 X 75 mm, Escaut, M. ANDHé det. (MP) : plastron sternal avec
les pléopodes sexuels tn situ. A cette taille, le crochet (seulement présent à droite sur la photographie) est vestigial.
L’appareil d’accrochage n’est fonctionnel que jusqu’à une taille ; 20 mm de large chez le mâle, 12 mm chez la femelle.
Fig. 2-3. — Perenon affine (H. Milne Edwards), 5 26 X 35 mm, Madagascar, Fourmanoir coll., Crosnier det. (MP).
2, plastron sternal, abdomen enlevé. L’élément sternal du dispositif d’accrochage consiste en une protubérance
à la base du sternite 5, surmontée d'une lunule jaunâtre ; 3, abdomen, face interne : l'emplacement de la fossette
est marqué par une zone blanchâtre, creusée d’une dépression (non visible sur la photographie),
Fio. 4. — Potanion (Potamon) eduie Latreille, néotype, 5 43 X 50 mm, Lombardie, Pretzmann sel. 1964 (MP) : plastron
sternal, abdomen enlevé.
Fie. 5. — Nautilocorystes ocellalus (Gray), 5 39,5 X 34 mm (état sec). Cap de Bonne-Espérance, M. Lalande (MP-B3924S) :
plastron sternal et abdomen. Les crochets sternaux, situés sur la suture 5/6 sont éloignés des angles latcro-posté-
rieurs du sixième segment abdominal. Les pléopodes sexuels 1 paraissent divergents et ne pas être contenus dans
la cavité stcmo-abdominale (à vérifler sur du matériel frais).
FiG. 6. — Elainena pilosa A. Milne Edwards, 5 20 X 22,6 mm, Nouvelle-Calédonie, A. Milne Edwards det. (MP) :
face interne de l’abdomen avec les pléopodes 1 in situ (voir le plastron du même spécimen, pl. 20, fig. 8). Les fossettes
sont profondément creusées dans les angles latéro-antérieurs du dernier segment (? segment 6 -|- telson fusionnés).
Fig. 7-8. — Trilodynamea horvathi Nobili, Japon, Nagasaki, Sakai det, et leg. : plastron sternal, élargi, chez un mâle
(8x12 mm) et chez une femelle (8 X 12,5 mm, sans doute impubère). Chez le mâle, deux paires de saillies d'accro¬
chage pointent, respectivement sur les sternites 5 et 6 ; chez la femelle, seules persistent les saillies du sternite 5,
et le sternite 6 porte les vulves.
Source : MNHN, Paris
LÉGENDES DES PLANCHES DE PHOTOGRAPHIES
309
Fio. 9. — Alelecyclus rolundalus (Olivi), (J 3'i X 35,5, golfe de Gascogne, Vobrst dct, (MP) : gros plan sur le plaslron
entre pl et p'i. Kxemple d’un cas anormal du dispositif bouton-pression, non fonctionnel par suite de la non-
cnincidence des éléments sternaux et sous-abdominaux. (Voir pl. 9. fig. 4 et 5, le plaslron sternal d'un spécimen
de même taille où le dispositif est fonctionnel).
Fig. 10. — Gecarcinus (Johngurtkia) planatus Stimpson, <î 53 X 77 mm, Basse-Californie, Tühkav verif. (MP) ; face
interne de l'abdomen, plcopodes sexuels 1 in situ. (Voir le plastron sternal du même spécimen, pl. 19, fig. 11, où
l'on distingue deux saillies sur le sternite 5), Aucune fossette correspondante n’apparnît à lu face interne du
sixième segment abdominal.
Fig. 11. — Clilorinoides barunai Serène, holotype, (J 26 X 14 mm, Indonésie, st. 73 ; faee interne de l'abdomen, avec
un pléopode sexuel 1 in silu. (Voir le plastron sternal du même apccimen, pl. 16, fig. 7). Les fossctlo creusées
sur les côtés du sixième segment sont très profondes.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 24
Sternum thoracique, appareil d’accrochage et cavité incubatricc chez la femelle.
Fig. 1-2. — Cailinectes sapidus Rathbun, Ç 50 X 107 mm, Charleston (MP). 1, plastron sternal avec l’abdomen accroclié
par le dispositif bouton-pression, encore fonctionnel à cette taille de l’animal ; 2, cavité sterno-abdoininale, où l'on
distingue la vulve sur le sternite 6, le crochet du système d’accrochage sur le sternite 5.
Fig. 3. — Calappa grantilata (Linné), 2 54 X 70 mm. Ouest Portugal (MP) ; plaslron sternal, abdomen enlevé. La vulve
est située à la limite de la suture 5/6 ; le crochet du système bouton-pression est vestigial, de même que la fossette
correspondante du sixième segment abdominal ; le dispositif n’est plus fonctionnel à cette taille.
Fig. 4-5. — Glyploxanlhus angolensis (Brito Capello], $ ovigère 23,4 X 34 mm, Annobon, Exp. « Calypso » 1956, st, 50,
FonEST et Güinot det. (MP). 4, plastron sternal avec une ébauche de cavité incubatricc, bien délimitée, qui ne
contient cependant pas toute la ponte ; 5, ponte légèrement abaissée pour montrer les crochets vestigiaux, mais
toutefois fort nets, du dispositif bouton-pression devenu non fonctionnel.
Fio. 6. — Hexapus sexpes (Fabricius) s.l., Ç 10,6 X 18 mm, golfe Persique (MP) : plastron sternal et cavité sterno-abdomi-
nale. A cette taille, les crochets, bien visibles au-dessus des vulves, sont encore présents et fonctionnels.
Fig. 7-8. — Pinnixa transversalis (H. Milne Edwards), Ç ovigère 11 x 21,5 mm, Chili, Valparaiso (MP). 7, abdomen
très développé couvrant en grande partie le plastron sternal ; 8, cavité incubatricc avec les vulves appartenant
au somite 6, bien que paraissant antérieures à ce dernier.
FiG. 9. — Palicus caroni (Roux), $ ovigère 10,5 X 12 mm, Canaries, Enw. et Bouvier det. (MP) : cavité incubalrice,
abdomen abaissé avec sa ponte. Les vulves apparaissent situées très antérieurement.
Fig. 10, — Elatnena pilosa A. Milne Edwards, 9 ovigère 15 X 17 mm, Nouvelle-Calédonie, Balansa coli., A. Mii.nk
Edwabds det. : cavité incubatricc, dont le fond est transparent. Les sutures du sternum thoracique sont confinées
sur les bords ; les vulves débouchent très antérieurement, bien qu’appartenant au somite 6.
Pour les abréviations, voir p. 297-298.
PLANCHE 25
Fig. 1-6. — Divers genres de Brachyoures chez lesquels les vulves de la femelle ne sont pas recouvertes par l'abdomen,
à l’inverse des genres représentés sur les figures 7 à 13.
1, 2, Erintacrus isenbecki (Brandt) 9 pubère 37,5 X 37 mm, Bering Sea, « Albatross », sta 3275 (MP) : 1, plastron
sternal, abdomen en place ; 2. plaslron sternal et cavité sterno-abdominale. On observe sur la figure 1 que les vulves,
placées latéralement sur le sternite 6, sont laissées à découvert. A noter le crochet vestigial du système bouton-
pression de l'abdomen ; 3, Telmessus cheiragonus (Tilcsius), 9 35 X 46 mm, Japon, Franck 175-95 (MP) : plaslron
sternal, abdomen en place. Au niveau du sternite 6, où se situe la vulve entourée de replis, le bord du sixième
segment abdominal s'échancre fortement; la vulve est laissée à découvert.
4, 5, Corystes cassivelaunus (Pennant). 4, 9 31 X 24 mm, ? Manche (MP) : plastron sternal, avec les vulves laissées
à découvert par l’abdomen, qui est court ; 5, 9 29 X 22 mm, Noirmoutier (MP-B2113.S) : gros plan de la vulve avec
son opercule. (Voir le plastron sternal chez le mâle, pl. 9, fig. 1). 6, Pseudocorystes sicarius (Poeppig), 9 50 X 44 mm.
Chili, Valparaiso, Porter coll. et det., Bouvier verif. (MP) : sternum thoracique. Les vulves du sternite fi ne sont
pas recouvertes par l’abdomen, qui est court. (Voir le plastron sternal chez le mâle, fig. 2015).
Fie. 7. — Dacryopilumnus eremita Nobili, syntype, 9 6x4 mm, Mangareva, G. Sëubat coll, 1904 ; plastron sternal,
abdomen enlevé. Les vulves situées sur le sternite 6, près de la suture 5/6, sont énormes.
l6i8L.IXi
310
MOKPilOI,OGlE, PHYLOGENÈSH ET TAXONOMIE
BHACHYOUHES
Fig- 8-9. — Dorippe lanata (Linné), Ç 18 X 24 mm, côtes cfu Togo, A. Crosnier colt, et det. 8, plastron siernal, abdomen
fixé à la paroi sternale ; 9, plastron sternal et cavité stcrnn-abdominale. La vulve du siernite 6 est placée tout près
du crocliet d'appareil d’accrocliage de l'abdomi’ii, le crochet étant placé postérieurement dans une sinuosité de la
suture 5/6. (Voir le plastron sternal mâle, fig. 28).
Fie. 10-13. — Lcucosiidae femelles avec vaste cavité incubatrice. 10, 11, Leucosia longijrons de Haan, 2 pubère 24,5 X
21 mm, Nouvelle-Calédonie, Réveili.f.be coll. (MP). 10, plastron sternal, abdomen en place. Le sixième segment
abdominal est extrêmement développé et discoïde; 11. cavité sterno-abdominale profondément creusée; 12,
13, Nucia tuhercutosa A. Milne Edwards, 2 ovigère 9 X 10 mm, Nouvelle-Calédonie, Aquarium de Nouméa,
R. Catala leg. (MP). 12, plastron sternal recouvert presque en entier par l'abdomen ; 13, abdomen abaissé pour
montrer la ponte, protégée dans la cavité incubatrice.
Pour leu abréoiatioiu, voir p. 297-298.
PLANCHE 26
Fie. 1-6. — Disposition particulière des pléopodes sexuels mâles chez certains genres de Rrachyoures. 1-3, Xeiwphlhalmodes
moe&i'i Richters, bolotype, ^ 7,5 X 10,5 mm, île Maurice, Black River ; 1, carapace ; 2, pli cî dépassant do la
cavité sterno-abdominale et logés dans une rainure du sternum thoracique; 3, pinces; 4-5, Paracleistosloma cris-
latum de Man, (J 10 X 15 mm, Japon, environs de Tokyo, Harmand coll. 1901, Bouvier det. (MP) : 4, face ventrale,
abdomen reployé, avec les pli visibles, non protégés, de part et d'autre du cinquième segment ; 5, face ventrale,
abdomen enlevé, pH complètement coudés à peu près à mi-hauteur de la cavité sterno-abdominale ; 6, Scopimera
proxima Kemp, (J 4 X 5,7 mm, Inde Portugaise (MP) : face ventrale, abdomen en place, avec les pli visibles de
part et d'autre du cinquième segment abdominal, très rétréci à la base ; tube digestif en partie visible également.
Fie. 7-11. — Emplacement des fossettes gastriques sur la face dorsale de certains Brachyoures et phragmes correspondants
à la face interne de la carapace. 7-8, Mictyris longicarpiis Latreille, cJ 26 X 22 miii, New South Wales, Port Jackson,
Rose Bay, 1900 (MP) : 7, face dorsale antérieure avec les deux fossettes gastriques symétriques très écartées ; 8,
face interne antérieure correspondante, avec les deux phragmes longs et rigides invaginés à l’emplacement des
fossettes gastriques ; 9-10, Paromola cuvieri (Risso), Ç ovigère 87 X 68 mm, Banc de la Chapelle, ORSTOM 1921
(MP) ; 9, face dorsale antérieure avec les deux fossettes gastriques symétriques assez rapprochées ; 10, face interne
de la carapace, vue tangentielle montrant les deux phragmes invaginés à l'emplacement des fossettes gastriques ;
11, Affllula planipes Fabricius, 35 X 50 mm, Cap Saint-Jacques, A. Krempf col). (MP) : vue de la face interne
de la carapace montrant les deux phragmes symétriques épais, invaginés à l'emplacement des fossettes gastriques.
Pour lee abréviationg, voir p. 297-298.
PLANCHE 27
Système endophragmal chez les quatre genres de Bellioidea (sensu Guixot, 1976).
Fie. 1. — Corystoides abbreviatug ? A, Milne Edwards, syntype, cJ environ 17,5 mm de long, Montevideo, a Hassler» (MP-B3).
Fig. 2. — Bellia picta H. Milne Edwards, hololype, 3 50,5 x 45,5 mm, Pérou, M. Wiîddei.l (MP-B11, spécimen régénéré).
Fie. 3. — Acantliocyclug gayi Lucas, 19,8 X 20 mm, Chili, C. E. Porter det. .4. albalroesig (MP-B14).
Fig. 4, — Heterozius rolundilrons A. Milne Edwards. <5 16 X 22 mm, Nouvelle-Zélande, H. Fii.uoi. (MP-B13).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 1 {pour l'explication, voir p. 301)
Fio. 1-6. — Convergence des carapaces entre un Anomoure Paguroidea de la famille des Lithodidae et deux genres de
Brachyoures appartenant à deux familles différentes (Parthenopidae et Majidae). 1, 2, Cryplolithodes silchensis;
3, 4, Cryptopodia fornicala ; 5, 6, Eurynolambrus australis ; 5, adulte ; 6a, 6b, premier et deuxième stades juvé¬
niles. Fio. 7-8. — Exemple d'un genre attribué de façon erronée aux Corystoidea (sensu Balss, 1957) en raison
d’une certaine ressemblance de la carapace avec celle des Crabes de ce groupe. En fait, Ptiogoma paroifronsesX
un Majidae.
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 2 (pour l’explication, voir p. 301)
Ornementation dans le genre Aclaea de Haan, char, e/nend. Fig. 1-4. — Actaea tuberculosa (Miers], spécimens de quatre
tailles différentes. Fig. 5. — Actaea cafaJai Guinot. Source ;/MMHW, Pons
PLANCHE 3 (pour l'explication, voir p. 301, 302)
Fie. 1. la. — t Pkrynolambriis corallinus. 1. face dorsale reconstituée ; la, vue très grossie du lest. Fig. 2, 2a, 2b. —
Dairoides kusei. 2, vue dorsale ; 2a, 2b. vues grossies du test. Fig. 3, 3a, 3b. — Daira perlaia. 3. vue dorsale ; 3a, vue
grossie du test ; 3b, face interne du test. Fig. 4, 4a. — Daira americana. 4, carapace avec sa pilosité ; 4a, vue grossie
du test, pilosité en partie brossée.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 4 {pour l’&xplication, voir p. 302)
Fig. 1-3. — Demania spUndida (Laurie), holotype. Fig. 4. — D. toxica Garth, holotypc. Fig. 5. — D. rotundata (Serènc
apud Guinot), holotype. Fig. 6. — D.japonicn Guinot, nom. nov. pro Xantlto reynaiidi cutiripes Sakai (n«c Alcook),
1939. Fig. 7-8. — D. cuUripes (Alcock). Fig. 9. — D. baccalipts ? (Alcock).
Source ; 41MHN, Paris
1, _ Demania reynaudi, holotype. Fig. 2, — D. squamosa. Fig. 3. — D. inlermedia, holotype. Fig. A. — Demania
alî. inlermedia. Fig. 5-7. — D. scaberrima, 3 spécimens différents. Fig. 8. — Genre de Panopeinac, Lophoxanlkus,
auquel étaient auparavant rattachées certaines espMcs jppa^teiiant en réalité au genre Demania : L. lamellipes.
Source ; élWHN, Pans
PLANCHE 6 [pour l'explication, ooir p. 302, 303)
Fig. 1. — Glytoxanthus meandricus. Fig. 2. — G. erosus. Fig. 3. — G. angolensis. Fig. 4. — G. labyrinthicM. Fig. 5. —
G. caoernosus. Fig. 6. — G. oermiculalus, lectotype. Fig. 7. Glyploxanthus ? meandrinus, holotype. Fig. 8. — G. han-
coeki, holotype.
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 7 {pour iexplication. voir p. 303]
1. — Lopkozozymus cristatus A. Milne Edwards. Fig. 2. — L. superbus (Dana). Fig. 3, 3a. — L. Odhner.
pig. 4._ pictor (Fabricius). Fig. 5, 5a. — L. incispf (R M. Edwards). Fig. 6, Ga. — L. guezet Guinot, lec-
totype. ( â/SL.Oyj
t.Mf ■
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 8 [pour l'explication, voir p. 303|
Fig. 1, la. — Lopitozozymus dodone (Herbst). Fig. 2, 2a. — L. glaber Ortmanii. Fig. 3, 3a. — L. eoestigatui Guinot, holotype.
Fig. 4. — L. intonsus Randall. Fig. 5. — L. pulchellue A. M. Edwards. Fig. fi, fia. — L. simplex de .Man, holn-
typc.
Source ; MNHN, Paris
PLANCHK 9 ipoiir l'explication, <
r p. 303)
Sternum thoracique avec les sutures 4/5 à 7/8 complètes et squelette cn<lophraginal tlioraciquc cliez des Bracliyoures
primitifs. Fig. 1-3. — Corystes cassivelaunua. t. plastron sternal ; 2 et 3, système endophragmal thoracique chez
un mâle (2) et chez une femelle (3). Fig. 4-6. — Atelecyclus rolundalus : plastron sternal. Fig. 7-8. — Cancer borealis.
7, plastron sternal ; 8, système endophragmal thoracique. Fig. 9. — Thia residua : système endophragmal thora-
ci,U..
\NUS£UW
VfARB-
vy
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 10 {pour l’explication, voir p. 304)
Sternum thoracique avec sutuies 4/5 à 7/8 complètes et système endcphragmal thoracique chez les Carpiliinae. Fig. 1-4.
— Carpilius convexus : 1, 2, 4, plastron sternal ; 3, système endcphragmal thoracique. Fig. 5-6. — C. corallinus,
plastron sternal. Fig. 7. — t Ocalina floridana, paratypc, face ventrale. Fig. 8. — t Palaeocarpilius slenurus, face
ventrale. Fig. 9. — ’f P, macrocheilus, Ç, face ventrale.
Source ; MNHN, Paris
Fig. 1-2 — Dimorphisme sexuel du système endopliragmal tlioracique chez Peltarion spinulosum. i, ^ ; 2, Ç. Fig. 3. — Sys¬
tème endophragmal thoracique de NaïUilocorystes ocellatits, g. Fig. 4-6. — Écusson sternal. 4, Peilarion spinulosum ;
5, Cycloxanthops sexdecimdentatus, $ ; 6, Heterozius rolundifrons, <J. Fig. 7-9. — Évolution du système endophrag¬
mal thoracique dans une même lignée. 7, Kraussia sp.j^ -^,Cj/cloxanlhnps sexdecimenlalus, $ ; 9, Xanlho incisu*
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 12 [pour l’explication, voir p. 304)
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez divers Xanthidae (sensu Balss, 1957). Fig. 1-2. Menippe
mercenaria. 1, plastron sternal; 2. système endophragmal thoracique. Fig. 3. — Pilumnoidea perlaiue, système
endophragmal thoracique. Fig. 4. — EpLxanthvs dentalua, plastron sternal. Fig. 5-6. — Eriphia spinifrona, 5, plas¬
tron sternal ; 6, système endophragmal thoracique'. -Fig. 7-8. — Trapezia rufopunclata. 7, plastron sternal ; 8, sys¬
tème endophragmal thoracique. Fig. 9. — Platyxanlhua crenulalua, syntype, système endophragmal thoracique.
Source : MNHN, Paris
Sternum thoracique et système ondophragmal thoracique chez divers Portunidac (sensu Balss, 1957). Fig. 1-3. — Carci-
nus mediterraneus, 1, 2. plastron sternal; 3, système endophragmal thoracique. Fig. 4-6. — Scylla serrata, 4. 5,
plastron sternal ; 6. système endophragmal thoracique. Fig. 7. — Podophthalmus vigil, plastron sternal. Fig. 8-9.
— Catlinecles sapidus, 8, plastron sternal; 9, systèm*^!idqBb4*8'"** thoracique.
[CiâLDU
iNuséim/
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 14 Ipoiir l’explicalioti, voir p. 305)
ïîternum thoracique et système endophragmal thoracique chez certains Oxystomata (sensu Balss, 1957). Fig. 1-3. —
Calappa granulata. 1, 2, plastron sternal; 3 système endophragmal thoracique. Fig, 4-6. —Maluia planipes.
4, 5, plastron sternal ; 6, système endophragmal thoracique. Fig. 7-9. - Oritliyiasinica. 7, 8, (J : 7, plastron sternal ;
8. système endophragmal thoracique ; 9, $ pubère.
Source : MNHN, Paris
Pl.AN'CHK 15 {pour l'ejplicalion, ooir p. 305)
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez divers Leucosiidae (sensu Üalss, 1957). Fig. 1-3. — Leu-
cosia unidenlaia, <?. 1, 2. plastron sternal ; 3, abdomen, lace interne. Fig. 4. — Leucosia longifrons, système endo¬
phragmal thoracique. Fig. 5-6. — Lithadia cariosa. 5, 6, plastron sîernal. Fig. 7. — Ilia nucieits, plastron sternal.
Fig. 8-10. — Pariphiculus mariannae, Ç. 8, 9, pla8lrcfc_g»Mna4; 10, système endophragmal thoracique.
(eieL.oul
\WU£Et,H/
VWRS
\v
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 16 {pour l'explication, voir p. 305, 306)
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique chez divers Majidae {sensu Halss, 1957). Fig- 1-3. — Maja
squinado. 1, 2, plastron sternal j 3, système endophragmal thoracique. Fig. 4. — Pisa letraodon, plastron sternal.
Fig. 5-6. — Leurocyclus tuberculosus, holotype, (J. 5, 6, plastron sternal. Fig. 7. — Chlorinoides barunai, plastron
sternal- Fig. 8-9. — Eurynolambrus australis, holotype. 8, plastron sternal ; 9, système endophragmal thora-
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 17 Ipour l'explication, ,
- 306)
Sternum thoracique chez divers Oxyrhyncha (sensu Balss, 1957) et carapace de deux espèces fossiles du genre Daira
Fig. 1-2. — Daldcrpa bouvieri. Fig. 3. — Thyrolambrus cariei. Fig. 4. - Lambnts longimanus. Fig. 5. — Chlori-
noides longispinus. Fig. 6. — Daira perlaia, système endophragmal thoracique. Fig. 7-8. — Carapace de Duiro
fossiles. 7, t Daira eocaenicai 8, t Daira depressa. Fig. 9-11. — Dairoides kusei. 9, face ventrale; 10, pinces; 11, sys¬
tème endophragmal thoracique.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 18 (pour l'explication, voir p. 306]
Sternum thoracique, appareil d’accrochagc de l'abdomen, cavité incubatrice et système endophragmal thoracique chez
les Ocypodinae, les Macroplithalminae et les Plagusiinae (sensu Balss, 1957). Fig. 1-3. — Sternum thoracique dans
le genre Uca, 1, Uca langeri ; 2, Uca maracoani maracoani ; 3, Uca (Minuca) lhayeri thayeri. Fig. 4-6. — Macropk-
tholmus faireiilei. 4, 5, plastron ; 6a, rapports sternum — abdomen ; 6b, position du pénis. Fig. 7-8. — Ocypode
cursor. 7, plastron ; 8, système endophragmal thoracique. Fig. 9-11. — Plagusia glabra. 9, 3, plastron ; 10-11,
$ ovigère avec les vulves (10) et ponte (11).
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 19 tpour l'explication, ■
r p.
Sternum thoracique et système endophragmal thoracique. Fig. 1-3. — Geryon trident. 1, 2, plastron sternal ; 3, système
cndophragmal. Fig. 4. — Dotilla whichmanni, sternum thoracique. Fig. 5. — Palicus caroni, système endophrag¬
mal thoracique. Fig. 6. — Mictyris longkarpus, système endophragmal. Fig. 7-9. — Pinnixa Iransfersalis,
plastron sternal. Fig. 10. — Dorippe lanala, système endophragmal. Fig. 11-12. — Gecarcinus (Jolinfiarlhia)
ptanains. 11, plastron sternal; 12, système cndophmgr^ thoracique.
iMUStCM/
Vparis/
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 20 tpoiir t’e.rplication, vitir p. 307)
Steriiuin llioraciquc- el système- cndophragmal thoracique chez divers (Irapsidae et Hymenosomalidae (sensu Balss,
1957). — Fig, 1-3. — Grapsus tenuicruslatu3. 1, 2, plastron ; 3, système endophragmal. Fig. 4-6. — Varuna lilte-
rala. 4a, rapports sternum-abdomen ; 4b, position de l’orifice génital mâle ; 5, plastron sternal ; 6, système endo¬
phragmal. Fig. 7. — Sesarma buzardi, système endophragmal. Fig. 8-10. — Elamena pilosa. 8, plastron ; 9, 10, sys¬
tème endophragmal. Fig. 11. — //alù-orcinifcs planalus, système endophragmal thoracique.
Source ; MNHN, Paris
l’LANCHK 21 {pour l’explication, voir p. 307, 308)
SlPrnum thoracique, appareil de rélention de l'abdomen et système etidopliragmal chez les Uromiacea (Dromiidae et
Dyiiomenidac). Fig. 1-3. — Dromia dehanni ; 3, face interne de l'abdomen. Fig. 4-5. — Sternodroriiia spinirostris.
4. plastron sternal ; 5, système endopliragnial. Fig. 6. — Dromidia antil/ensis. Fig. 7. — llemisphaerodromia
abellana. Fig. 8-9. — Dynomene hispida, appareil de rétention chez un jeune (8) et chez un adulte (9).
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 22 [pour l'explication, ooir p. 308'
Sternum thoracique et appareil de rétention de l'abdomen chez divers Homoloidea (fig. 1-5] et chez un genre de Rani-
noidea (fig. 6-7). Fig. 1-2. — Paromola cuvieri, plastron. Fig. 3. — Homologenw rosiralus. Fig. 4-5. — LatreUlia
valida, Fig. 6-7. — Lyreidux tridentalus, Ç ovigère. 6, sternites thoraciques antérieurs et avancées de rétention ;
7, abdomen avec scs protubérances sur a6.
Source ; MHHN, Paris
PLANCHE 23 Ipour l'explicalion. voir p. 308. 309)
Dispositif d’accrochage de l’abdomen chevî divers Brachyoures. Pig- 1, — Eriochtir sinemis, plastron sans l’abdomen.
Pig. 2-3._ Percnon affine. 2, plastron sans l'abdomen ; 3, abdomen face interne. Fig. 4. — Potamon edute, néotype,
plastron, abdomen enlevé. Fig. 5. — NaulUoconjstes ocellalus, plastron. Fig. 6. — Elamena pilosa, face interne
de l'abdomen. Fig. 7-8. — Trilodynamea korvathi, ^ |7), 2 (8). Fig. 9. — Atelecyclus rolundaiiu, spécimen anormal.
Fig. 10, _ Gecarcinus fjohngarlkiaj ptanatue, face interne de l’abdomen. Fig. 11. — Chlorinoides barunai, holo-
type, face interne de l’abdomen.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 24 (pour l’explication, voir p. 309]
Sternum tlioracique, appareil d’accrochage et cavité incuhatrice chez la femelle. Fig. 1-2. — Cailinecles sapidus. Fig. 3. —
Calappa granulala. Fig. 4-5. — Glyploxantkus angotensis, Ç ovigère. 4, cavité incuhatrice ; 5, crochets vestigiaux
visibles par abaissement de la ponte. Fig. 6. — Hexapus sexpes, s.l. Fig. 7-8. — Ptnn!>o Iransversalis. Fig. 9. —
Palicus caroni, cavité incuhatrice et ponte abaissée. Fig. 10. — Elamena pilosa, cavité incuhatrice.
Source : MNHtJ, Paris
PLANCHE 25 {pour iexplicalion, •
s de Brachyoures chez lesquels les v
r p. 309, 310)
•1-6. — Divers genres de Brachyoures chez lesquels les vulves de la femelle ne sont pas recouvertes par i abdomen,
à l’inverse des genres représentes sur les figures 7 à 13. 1-2, Erimatrus insenbecki, $ pubère. 3, Telniessiis cheira-
gonus, 2 adulte ; 4-5, Corysles cassivelaunus, 2 adulte, vulves laissées à découvert. 6, Pseudocorystei sicarius, 2
adulte, vulves laissées à découvert, 7, Dacryopiluinnus eremila, syrflype, 2 adulte. 8-9, Dorippe lanala. Hg. 10-13.
Leucosiidae femelles avec une vaste cavité incuhatric^JK^l_^-eHeosia longifrons, 2 pubère. 12, 13, A'ucia luber-
culoaa, 2 ovigère.
Source : MNHN, Paris
PLANCHE 26 (pour l'explication, voir p. 310}
Disposition particulière des pléopodes sexuels mâles chez certains genres de Brachyoures. Fig. 1-3, Xenophlhalmodes
moebii, holotype. 4-5, Paracleislostoma crtslalum. 6, Scopimera proxima . Fig. 7-11. — Emplacement des fossettes
gastriques sur la face dorsale de certains Braehyoures et phragmes correspondants à la face interne de la cara¬
pace. 7, 8, MictyrU longicarpus. 7, face dorsale ; 8,‘ face interne. 9, 10, Paromola cuvieri. 9, face dorsale ; 10, face
interne. 11, MahUa planipee, face interne. '
Source ; MNHN, Paris
PLANCHE 27 {pour l’explication, voir p. 310)
Système endophragmal chez les quatre genres de Bclliodc!
syntype, (J. Fig. 2. — Bellia picia, holotype, Fig. ^
(?•
musecm/
\PAR1S;
V/
t'iNOT, 1976). Fig. 1. — Corysloidee abbrevialus ?,
iocyclus got/i, (J. Fig. 4. — Heteroziue rotundifrone.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
INDEX
INDEX
Les chiffres en caractères gras se rapportent à une étude approfondie du taxon.
Les chiffres en itahque correspondent à un dessin du taxon.
A
abbreviatum, Percnon. 144
abbreviatus, Corystoides. 178, 179
abellana, Hemisphaerodromia. 124, 230
Acanthocarpus . 36
Acanthocyclidae. 241
Acanthocylinae. 99, 118
Acantbocyclus.. 22, 36,98, 99,134,154,197, 259
Acanthocyclus albatrossis. 178, 179
Acanthonyx . 104
Achaeus. 104
Actâa maandrina. 68
Actaea. 49-50,56,65,91,141,200
Actaea angolensis. 66
Actaea calculosa. 50
Actaea catalai. 49
Actaea cavipes. 68
Actaea (Glyptoxanthus). 65
Actaea hieroglyphica. 68
Actaea palmeri. 27
Actaea savignyi. d9, 50
Actaea semblatae. 49, 50
Actaea tomentosa. 37
Actaea vermiculata. 68
actaeiformis, MaxiUothrix. 230
Actaeinae. 91, 141, 155, 241, 259
Actaeodes. 141, 200
Actaeodes tomentosus. 37
actaeoides, Platypodia. 48
actaeoides, Zosimus. 48
Actaeomorpha. 98, 155, 197
Aotumnus.. 50, 87, 88, 99, 141, 162, 203 , 204,
242 , 243 , 258
Actumnus margarodes. 50
Actumnus miliaris. 00
Actumnus setifer.. 84 , 87, 203 , 239, 242 , 243
Actumnus setifer .. 243
Actumnus tessellatus. 50, 87
acutidens, Telmessus. 178, 180
acutispina, Homola. 232
aeneus, Zosimus. 37, 38 , 39
Aethra. 23,98,155,197
Aethra scruposa. 162
Aethra scutata. 164
afQne, Percnon. 144, 161
africanus, Globopilumnus. 200, 201
albatrossis, Acanthocyclus. 178, 179
Albunea. 20
alcalai, Demania. 57
alcocki, Homola. 232
alcocki, Paromola. 255
alcocki faughni, Paromola. 232
americana, Daira. 55
Amorphopus. 114, 215
andamanicus, Conchoecetes. 230
anfractus, Lambdophallus. 116 , 117, 167
angolensis, Actaea. 66
angolensis, Glyptoxanthus.. 66, 67 , 68, 159, 185
angulifrons, Lambrus. 105
annulipes, Uca. 164
Anomala, Brachyura. 13
anomalipes, Hexapus (Thaumastoplax).... 117
Anomoure.. 15, 18, 19, 20 , 21, 36, 40, 42, 69,
72, 77, 118, 123, 252
Anomoures Ptérygures. 222
Anomura. 42, 172
antillensis, Dromidia.. 124, 125, 130, 191, 193 ,
Aptérures.
Araignées .
araneus, Hyas.
Aratus.
Aratus pisoni.
areolata, Cryptodromia..
argentatus, Portunus...
armata, Banareia.
armatum, Cardisoma....
arcuatus, Macropipus....
armatus, Pelaeus.
armatus, Pseudocorystes.
. 123, 222
. 31
. 251
143,144,152,156
144, 160, 187
. 229
. 249, 250
. 25 , 94
212 , 213 , 214
. 23
93 , 183, 184
. 238
Source : MNHN, Paris
340
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BR,\CHYOURES
asper, Cymopolus.. 131, 192 , 193, 194, 236, 237
Astacidae . 120
Astacoure.. 41, 173, 191, 224, 227, 252, 257
Astacus. 41
Astacus astacus. 225 , 226 , 237
astacus, Astacus. 225 , 226 , 827
Asterolambrus .
Atelecyclidae..
50
81, 86, 99, 118, 154, 198, 241,
247, 259, 263
Atelecyclinae.. 33, 81, 86, 99, 154, 177, 198,
240 , 241
Ateiecyclus.. 70, 81, 83, 86, 136, 154, 159, 176,
198, 199 , 216, 257-258
Ateiecyclus rotundatus. 157, 198
Atergatis. 79
atlantica, Ranilia. 128, 234 , 235
Arthropodes. 40, 72, 121, 223, 249
australts, Banareia. 25 , 94 , 164 , 166
australis, Eurynolambrus.. 32-33,197, 239, 241
B
baccalipes, Demania. 59, 61
? baccalipes, Demania. 59
baccalipes, Lophoxanthus reynaudi var.... 59
Banareia... 24, 25 , 26, 27, 28, 44, 47, 94 , 141,
166
Banareia armata. 25 , 94
Banareia australis. 25 , 94 , 164 , 166
Banareia odhneri. 94
Banareia nobilii. 25
Banareia palmeri. 25 , 27, 28, 94 , 166
Banareia serenei. 94 , 166
Banareia subglobosa. 25
Banareia (cf.) villosa. 25
barbata, Homola. 174, 232
barbiger, Paraxanthus. 85
barunai, Chlorinoides.... 89, 104, 138, 164, 197
bathamae, Cymonomus. 237
Bathynellacea. 121
Bellia.. 22, 34, 35, 43, 98, 100, 118, 123, 134,
154, 157, 163, 177-178, 180, 197, 259
BeUia picta. 134, 157, 159, 178, 179 , 180
Belliidae.. 22, 34, 35, 99, 118, 154, 177, 180
Bellioidea.. 35, 98, 99, 100, 118, 134, 197, 259
benedicti, Raninoides. 233
Birgus. 21, 38
Birgus latro. 21
bispinosa, Galene. 204
boasi, Paroraolopsis. 232
borealis, Cancer. 72
bouvieri, Daldorfîa. 96
bouvieri, Euryozius. 89
bouvieri, Raninoides. 128, 194, 233
Brachygastres. 221, 222
Brachygastres anormaux. 123, 222
Brachygnatha.. 31, 86, 99, 118, 190, 241, 243
Brachynotus. 142, 155, 208
Brachyoure.. 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21,
22, 23, 28, 30, 31, 33, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43,
44, 45, 48, 69, 70, 71, 72, 73, 75, 77, 80, 89, 96,
104, 109, 110, 111, 113, 115, 118, 119, 120, 121,
122, 123, 125, 127, 129, 130, 131, 134, 136, 149,
153, 154, 156, 159, 160, 163, 164, 167, 170,171,
172, 173, 174, 176, 177, 180, 181, 183, 185, 186,
187, 190, 191, 193, 195, 197, 198, 200, 216, 220,
221, 222, 223, 224, 227, 231, 233, 235, 236, 237,
239,243,248,252,253,254,255,256,257,260,261,
262, 263, 264, 267, 268
Brachyoures anormaux. 123
brachyphalhis, Xenophthalmodes. 170
Bracbyrhyncha.. 31, 32, 86, 99, 100, 118, 172,
183, 190, 197-215, 241, 243, 247
Brachyura. 31, 42, 223
Brachyures. 222
Brachyures microcéplialés. 23
Brachyures Notopodes. 123, 222
Brachyuri . 31
braueri, Homologenus. 232
Bresidium. 166
Bresidium sedilense. 166
brevifrons, Lyreidus. 235
C
Calappa.. 19, 23, 31, 70, 96, 139, 159, 176,185,
195, 222
Calappa granulata. 96,139, 198 , 222. 259
Calappa hepatica. 222
Calappa rubroguttata. 222
Calappes. 23, 34, 36
Calappidae.. 22, 34, 44, 96, 99, 154, 155, 162,
198 , 223, 241, 243, 259
Calappinae.. 96, 99, 118, 139, 155, 195, 198 ,
216, 259
calappoides, Lambrus. 105
calculosa, Actaea. 50
californiensis, Malacoplax. 204
californiensis, Speocarcinus. 204
Callinectes.. 23, 73, 100, 101, 118, 121, 137,
164,183,198, 218, 256, 260, 265
Callinectes sapidus.. 73, 101, 137, 158, 200 , 251,
266
t Caloxanthus. 79
Calvactaea. 24, 25 , 26, 27, 28, 141
Calvactaea tumida. 25 , 164 , 166
Camptandriinae.. 161, 155, 166, 209, 210 , 211 ,
212
Source ; A1WHW, Paris
INDEX
34i
Caocer.. 14, 31. 40, 41, 70, 72, 81, 83, 86. 87,
137, 154, 176, 187, 198, 222, 253, 254, 256, 258,
266
Cancer borealis. 72
Cancer pagurus. 251, 252, 253, 258
Cancridae.. 32, 81, 86, 87, 99, 137, 154, 187,
198, 223, 241, 247, 259
Carcininae. 100, 118, 200
Carcinoplax. 241
Carcinus.. 14, 19, 20 , 70, 100-101, 113, 121,
137, 175, 186, 187,198, 218, 259
Carcinus maenas.. 43, 44, 121, 158, 160, 161,
162, 175
Carcinus mediterraneus. 73, 200, 201 , 266
Cardisoma.. 136, 145, 152, 155, 212 , 213 , 218
Cardosima armatum. 212 , 213 , 214
Cardisoma carnifex. 152, 212 , 213 , 214
Cardisoma guanhumi. 152
Cardisoma hirtipes. 152, 212 , 213 , 214
Cardisoma rotundum. 152
Caridea. 15, 41
cariei, Thyrolambrus. 98
cariosa, Lithadia. 166, 195, 196
carnifex, Cardisoma. 152, 212 , 213 , 214
caroni, Palicus. 43, 112 , 113, 215
Catpiliidae. 79, 81
Carpiliinae.. 36, 78-80, 155, 200 , 223, 241
Carpilius.. 17, 36, 43, 78-80, 81, 83, 86, 88,
141, 155, 162, 185, 202, 216, 223, 258
Carpilius convexus. 36, 78, 183 , 200
Carpilius corallinus. 36, 78
Carpilius roaculatus. 36, 78, 84
Carpoporus. 01> 141
Carpoporus papulosus. 90
cassivelaunus, Corystes. 175, 198 , 238
catalai, Actaea. 49 , 50
Catometopa. 31, 197
Catométope.. 22, 36, 77, 168, 175, 176,189,
190, 197, 202, 203, 204, 215, 218, 220, 222
cavernosus, Glyptoxanthus. 66, 67 , 68
cavipes, Actaea. 68
(Celuca), Uca. 154
Cénobites. 38
Ceratoplax . 204
channeri, Lyreidus. 235
clieiragonus, Telmcssus. 178,180, 240 , 241
chimmonis, Notosceles. 233
Chionoecetes. 250
Chionoecetes japonicus. 245, 250
Chionoecetes opilio. 245, 250
Chlorinoides . 136
Chlorinoides barunai. 89, 104, 138, 164, 197
Chlorinoides longispinus. 138, 158
Coenobitidae. 21
Conchoecetes . 230
Conchoecetes andamanicus. 230
consobrinus, Macrophthalmus. 151, 210 , 211
convexus, Carpilius. 36, 78, 183 , 200
corallinus, Carpilius. 36, 78
1 corallinus, Phrynolambrus. 56, 66
cordatus cordatus, Ucides. 212 , 213 , 214
corrosus, Glyptoxanthus. 47, 66, 67 , 68
corrosus, Xantho. 67
Corycodus. 129, 237
Corycodus disjunctipes. 237
Corystes.. 35, 41, 43, 70, 74, 81, 84, 86, 87,
123, 128, 132, 133, 154, 163, 175, 176-177, 181,
187, 188, 198, 216, 241, 252. 257, 265, 266, 267
Corystes cassivelaunus. 175, 198 , 238
Corystes dentatus. 238
Corystidae.. 33, 34, 80, 81, 86, 99, 154, 176,
187, 198, 199 , 238 , 241, 259
Corystiens. 33
Corystoidea. 33,162,176, 238 , 263, 264
Corystoides.. 22, 34, 35, 43, 98, 99, 134, 154,
197, 259
Corystoides abbieviatus. 178, 179
Cosmonotus. 128, 163, 232, 233, 235
Cosmonotus genkaiae. 235
Cosmonotus grayi. 235
couchi, Monodaeus. 202
cranioides, Dromidiopsis. 229
crassimanus, Eucratopsis. 204
crenulatus, Metaplax. 209
crenulatus, Platyxanthus. 93 , 94, 183
cristatum, Paracleistostoma. 164
cristatus, Lophozozymus. 63-64
cruentata, Goniopsis. 187, 206, 207
Crustacé.. 13, 14, 15, 31, 37, 41, 42, 43, 69,
71, 72, 96, 120, 123, 128, 130, 172, 189, 215, 221,
251, 252
Cryptoeneminae. 145, 146, 147, 155
Cryptocuemus . 155
Cryptodromia. 125, 130, 227, 229
Cryptodromia areolata. 229
Cryptodromia gilesi. 329
Cryptodromia granulata. 229
Cryptodromia hügendorfî. 229
Cryptodromia micronyx. 229
Cryptodromia tumida. 124, 191, 229
Cryptolithodes. 36
Cryptolithodes sitchensis. 19
Cryptopodia. 19, 105, 118
Cryptopodia fornicata. 32, 162
cultripes, Demania. 61
cultripes, Xantho. 58, 61
cultripes, Xantho reynaudi. 58
cultripes, Xantho reynaudi var. 58
cupulifer, Polydectus. 76 , 77, 239, 244 , 245
curacaoense, Sesarma. 143
cursor, Ocypode.. 105, 150, 210 , 311, 218, 219 ,
220
cuvieri, Paromola. 193, 230-237-232
Cyclodorippinae. 129, 171, 172,
Source ; MhlHN, Paris
342
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRAGHYOURES
Cyclodorippe. 129
Cyclograpsus. 143, 152, 156, 170, 209
Cyclograpsus integer. 143, 175, 209
Cyclograpsus punctatus. 143, 209
Cyclometopa. 31, 197
Cyclométope.. 18, 42, 77, 176, 189, 197, 202,
203, 204, 222
Cycloplax . 206
Cycloxanthops.. 43, 70, 86, 91, 141, 200, 263-
264
Cycloxanthops sexdecimdentatus.. 85 , 91, 259
Cymonomus. 129, 237
Cyraonomus bathamae. 237
Cymonomus granulatus.. 131, 174, 194, 195,
237, 256
Cymonomus quadratus. 192 , 193, 194
Cymonomus trifurcus. 237
Cymopolia. 111
Gymopoliidae.. 111, 144-145, 185-186, 214-215
Cymopolus. 129, 236, 237
Cymopolus asper.... 131, 192 , 193, 194,236,237
Cyrtograpsus. 123,142,151,156,208
Cyttoplax. 206, 242 , 243
Cyrtoplax schmitti. 204, 205
Cyrtoplax spinidentata. 204, 205 , 242 , 243
Cyrtorhina. 128, 163, 194, 232, 233
Cyrtorhina granulosa. 194, 233
D
Dacryopilumnus . 89
Dacryopilumnus eremita. 89, 159, 185
danae, Thalamita. 249
Daira.. 49, 50, 53, 54 , 55, 56, 81, 86, 88, 98,
138, 166, 185, 197, 204, 223, 258
Daira americana. 55
t Daira depressa. 55
Daira eocenica. 55
Daira perlata.. 53 , 54 , 55, 74, 83, 84 , 183 , 267
t Daira speciosa. 55
Dairoides.. 49, 50, 55, 56, 81, 88, 98, 99, 138,
166, 197, 259
Dairoides kusei.. 50, 52 , 53 , 55, 97 , 138, 157
Dairoides margaritatus. 51 , 52
Daldorfia. 96, 98, 99, 259
Daldorfia bouvieri. 96, 138
Daldorfia horrida. 37, 96
Décapode.. 13, 14, 16, 17, 18-21, 37, 39, 41,
42, 43, 45, 70, 72, 73, 75, 77, 120, 121, 170, 172,
216, 221, 222, 248, 250, 251, 252
dehaani, Dromia. 124,125,191,792,193,227,229
dehaani, Sesarma. 143, 206
Demania. 33, 37, 57-59, 60 , 61, 62
Demania alcalai. 57
Demania baccalipes....
Demania baccalipes ?....
Demania cultripes..
Demania intermedia....,
Demania afl. intermedia.
Demania japonica.
Demania macneilli.
Demania reynaudi.
Demania rotundata.....
Demania scaberrima....
Demania splendida.
Demania squamosa.
Demania toxica.
dentata, Retropluma...
dentatus, Corystes..
denticulata, Lybia.
denticulata, Perimela...
dentipes, Metaplax.
dentipes, Plagusia.
f depressa, Daira.
depressa, Plagusia.
. 59, 61
. 59
. 61
. 61
. 61
. 58, 61
. 57
. 58-59, 61
. 58, 62
57, 59, 60 , 61, 62
. 33, 57, 58
. 69, 62
.,.. 57, 68, 62,
. 148
. 238
76, 77, 239, 246
. 198
. 266,209
. 245
. 55
. 175
depressa depressa, Plagusia. 206
depressa tuberculata, Plagusia. 2^
depressus, Gaetice. 266
t Diaulax . 79
Dicranodromia. 129
Dicranodromia doderleini. 174
Dicranodromia mahyeuxi. 129,174,792,193,194,
236, 236
Dicranodromia ovata. 174
dilatatus, Macropbthalmus. 211
Discoplax . 152
disjunctipes, Corycodus. 287
diverticulatus, Hypocolpus. 34
doderleini, Dicranodromia. 174
dodone, Lophozozymus. 64, 65
dodone, Xantho. 64
dolichophallus, Xenophthalmodes. 168, 769
Domecia . 96
Dorippe.. 108, 113, 129, 130, 139, 155, 159,
175, 183, 195, 200, 276, 218, 260
Dorippe lanata. 762,175, 187,198,799
Dorippidae.. 44, 96, 100, 101, 762, 103, 111,
113, 118, 129, 130, 139, 155, 162, 171, 172, 176,
187, 195, 198, 799, 216, 223, 241, 260
Dorippinae . 171
Dorippinea . 129
dorsipes, Ranilia. 235
Dotüla.. 44, 105, 109, 123, 142, 151, 155, 156,
211
Dotilla fenestrata. 151
Dotilla mictyroides. 109
Dotilla sulcata. 161
Dotilla wichmanni. 105, 151
dovii, Euphylax. 23
Dromia.. 41, 121, 124, 125, 156, 222, 227, 229,
237, 254
Source : AIMHfJ, Paris
INDEX
343
Dromia dehaani. 124,125,191, 192 , 193,227,229,
Dromia personata. 124, 125, 130, 156, 191,
227, 228 , 229, 230,
Oromia vulgaris. 156
Dromiacea.. 13, 42, 44, 75, 77, 104, 118, 122,
123-126,130,173,190,191, 192 , 193,223,227-230,
252, 254-255, 267
Dromiacé,... 22, 41, 73, 121, 125, 224, 255
dromiaeformis, Trichia.... 24 , 26 , 35, 140 , 141
dromiaeformis, ZaUsius. 164
Dromidia. 227, 230
Dromidia antillensis.. 124, 125, 130, 191, 192 ,
193, 230
Dromidia hirsutissima. 124, 130
Dromidia unidentata. 124, 125, 130
Dromidiopsis. 124, 130
Dromidiopsis cranioides. 229
Dromidiopsis excavata. 124
Dromiens. 41
Dromies. 18, 156
Dromiidae.. 16, 40, 42 , 43, 44, 123, 124-125,
126, 130, 156, 171, 173, 191, 192 , 193, 223, 224,
227-230, 235, 254, 255, 268
Dromiidea. 43
Dynomèue. 125
Dynomene. 125-126, 173, 227, 230, 255
Dynomene 61boli. 125, 230
Dynomene hispida.. 125,191, 192 , 193, 228 , 229,
230
Dynomene pilumnoides. 230
Dynomene praedator. 125
Dynomenidae .. 43, 44, 123, 125-126, 130, 170,
173, 191, 192, 193, 228 , 229, 230, 235, 255, 268
Dynoméniens. 41
eiegans, Philyra. 147
t eocenica, Daira. 55
Epigrapsus. 123, 136,145,152,156, 214
Ëpigrapsus politus. 214
Epixanthus. 89, 141, 200
eremita, Dacryopilumnus. 89, 159, 185
Erimacrus.. 88, 99, 136-137, 154, 177-178, 180
Erimacrus isenbeoki. 178
Eriocheir.. 21, 43, 106, 123, 142, 151, 155, 208
Eriocheir sinensis. 142,143,157,158,160,206, 207
Eriphia. 40, 89. 141
Eripliia spinifrons. 89, 259
erosus, Glyptoxanthus. 66, 67 , 90 , 185
erosus, Lophopanopeus. 57
erosus, Lophoxanthus. 57
erosus, Thyrolambrus. 98
t Eryonidae. 15
estuarinus, Hexapus. 117
Ethusa. 103, 129, 130, 139, 154
eucheir, Xenostoma. 237
Eucratoplax guttata. 204
Eucratopsinae . 206
Eucratopsis. 206
Eucratopsis crassimanus. 204
Eumedoninae. 100, 118, 241
Euphylax dovii. 23
Euplax. 151, 156, 211
Euplax tridentata. 151, 211
Eurynolambrus.... 32-33, 36, 43, 104, 138, ^0
Eurynolambrus australis.. 32-33, 197, 239, 241
Euryozius. 79
Euryozius bouvieri. 89
Euxanthus. 91, 141, 164
Euxanthus sculptilis. 90
evestigatus, Lophozozymus. 61, 65
excavata, Dromidiopsis. 124
Ebalia. 103, 155, 241
Ebalia laevis. 241
Ebalia longimana. 223
Ebalia tuberosa. 145
Ebaliinae. 145, 146, 147, 155, 195, 196
echinatus, Lambrus. 105
echinatus, Platylambrus. 56
Echinocerus . 19
Ecrevisse. 80 , 41, 42, 222
edmondsoni, Lybia. ^9, 244 , 245
edwardsi, Lopbozozymus. 63, 64
Ëdwardsium. 203
Elamena. 110,149-150,156,262
Elamena pilosa.. 110, 111, 149-150, 186, 210 ,
211, 215
Elamenopsis. 150, 186
eiegans, Latreillia. 127
eiegans, Medaeus. 202
F
Fabia. 101
Fabia subquadrata. 261
felipensis, Glyptoxanthus. 68
fenestratata, Dotilla. 151
festae, Uca (Minuca). 153
filholi, Dynomene. 125, 230
f floridana, Ocalina. 79
floridus, Xantho. 176
forceps, Lupella. 23
fornicata, Cryptopodia.32, 162
Forestia. 141
Source ; Paris
344
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
G
Gaetice . 208
Gaetice deprcssus. 206
Gaillardiellus . 141
Galatliées. 15, 222
Galatheidae. 15, 120
Galatheoidea. 15, 20, 21
Galcne. 203, 221
Galene bispinosa. 204
Gardineria. 79
Gecarcinidae.. 21, 100, 106-107, 118, 123, 136,
145, 152, 156, 162, 176, 183, 187, 212, 213, 214,
218, 220, 241, 243, 260, 261
Gecarcinus.. 123, 136, 145, 152, 212, 213, 214,
218, 220, 261
Gecarcinus planatus.. 106-107,152, 212, 213 ,214
Gecarcinus ruricola. 152
Gecarcinus weileri. 152, 214
Gecarcinus (Gecarcinus) lateralis lateraüs.. 214
Gecarcinus (Johngarthia) planatus. 214
Gecarcinus (Johngarthia) weileri. 214
Gecarcoidea. 136, 145, 152, 156
Gelasimes . 222
Gelasimus. 121
genkaiae, Cosmonotus. 235
Geograpsus. 142, 155, 208
Gerj-on. 99, 259
Gerybnidae. 44, 99, 259
gibbesi, Percnon. 175
gilesi, Cryptodromia. 229
glabra, Plagusia. 144, 151, 159
glaber, Lophozozymus. 61, 65
Globopilumnus. 43, 89, 200, 216, 243
Globopilumnus africanus. 200, 201
Glyptoolax. 206
Glyptoianthus.. 47, 48, 56, 65-68, 91, 141, 162,
164, 239
(Glyptoxanthus), Actaea. 65
Glyptoxanthus angolensis.. 66, 67, 68, 159, 185
Glyptoxanthus cavernosus. 66, 67, 68
Glyptoxanthus corrosus. 47, 66, 67, 68
Glyptoxanthus erosus. 66, 67, 90, 185
Glyptoxanthus felipensis. 68
Glyptoxanthus hancocki. 66, 68
Glyptoxanthus labyrinthicus. 66, 68
Glyptoxanthus meandricus. 66, 68
Glyptoxanthus meandrinus. 66, 68
Glyptoxanthus vermiculatus. 66, 67, 68
Gotneza. 80
Goneplacidae.. 80, 114, 118, 189, 190, 203, 206,
212, 213, 219, 223, 241
Goneplax rhomboïdes. 176
Goniopsis. 142, 155, 208, 209, 218
Goniopsis cruentata. 187, 206, 207
Gonoplacidae . 197
gracilis, Oregonia. 89
gracibs, Pachygrapsus. 142, 176
graefii, Macrophthalmus. 211
granosimana, Pseudoliomera. 92
granulata, Calappa. 96, 139, 198, 222, 259
granulata, Cryptodromia. 229
granulata, Petalomera. 230
granulatus, Cymonomus.. 131, 174, 194, 196,
237, 256
granuliferus, Hexapus. 117
granulosa, Cyrtorhina. 194, 233
granulosus, Medaeops. 57
Grapsidae.. 100, 105-106, 118, 142-144, 151-152,
155, 156, 160, 162, 164, 176, 183, 187, 206-207-
208-209, 218, 220, 241, 243, 245
Grapsinae.. 105-106, 151, 155, 206, 207, 208,
209, 218
Grapsoïde. 39, 40, 158
Grapsoidea . 197
Grapsus.. 43, 105-106, 142, 155, 208, 218, 222,
260
Grapsus tenuicrustatus.. 105-106, 142, 151, 206,
207
grayi, Cosmonotus. 235
guanhumi, Cardisoma. 152
guezei, Lophozozymus. 61, 63, 67
guinotae, Percnon. 144
Guinotellus. 91, 141
Guinotellus melvillensis. 90
guttala, Eucratoplax. 204
guttatum, Sesarma. 143
Gvmnopleura.. 13, 74, 75, 77, 127-129, 130, 163,
172, 174, 193-194, 232-235
H
Halicarcinus., 110, 111, 149-150, 156, 250, 262
Halicarcinus lacastris. 250
Halicarcinus paralaoustris. 250
Halicarcinus planatus.. 110, 111, 112, 149-150,
215
Halimede. 94,141,200,202,203,216
Halimede ochtodes. 92, 203, 204
Halimede aff. ochtodes. 92
haîicocki, Glyptoxanthus. 66, 68
Hapalocarcinoidea.. 80
j" Harpactocarcinus mississipiensis. 79
t Harpactoxanthopsis. 79
Harrovia . 31
hastatus, Paratymolus. 237
hastatus, Portunus. 23
hatagumoana, Lybia. 239, 244, 245
Source ; MWHN, Paris
INDEX
345
Helice. 143, 144, 152, 156, 209
Helice tridens tridens. 206
heraatocheir, Sesarma. 143
Hemiplax . 211
Hemisphaerodromia abellana. 124,130, 230
hendersoni, Raninoides. 233
henslowi, Polybius. 23
Hepatella. 96, 98, 155
hepatica, Calappa. 222
Hepatus. 96,98,155,162,164,197
herbsli, Panopeus. 206
Heterocrypta. 105, 118
Heteropilumnus. 203
Heterozius.. 22, 36, 98, 100, 118, 134, 154, 197,
259
Heterozius rotundifrons. 178, J7S
Hexapodidae.. 16, 43, 75,114-115, 116, 117-118,
145, 155, 167, 215, 220, 261, 267-268
Ilexapodinae. 114, 115, 145, 167, 215
Hexapus. 117, 155
Hexapus cstuarinus. 117
Hexapus granuliferus. 117
Hexapus sexpes.. 115, 116, 145, 159, 167, 169,
185
Hexapus stebbingi. 167
Hexapus (Thaumastoplax) anomalipes. 117
hieroglyphica, Actaea. 68
hilgendorfi, Cryptodromia. 229
Hippoidea. 20, 21, 128
hirsutissima, Dromidia. 124, 130
hirtellus, Pilumnus. 92, 176, 200
hirtipes, Cardisoma. 152, 212, 213, 214
hirtipes, Paraxanthus. 85
hispida, Dynomcne.. 125,191, 192, 193, 228, 229
holsatus, Macropipus. 23
Homalaspis. 94, 141, 155, 183, 264
Homalaspis plana. 93, 94, 183, 184
Homard. 40, 42, 221
Homaridea. 252
Homola.. 19, 20, 44, 126-127, 130, 222, 227,
230-232, 255
Homola acutispina. 232
Homnla alcocki. 232
Homola barbata. 174, 232
Homola orientalis. 232
Homola vigil. 192, 193
Homolidae.... 22 , 42, 126-127, 223, 252, 255
Homolidea . 43
Homolidés. 194
Homolodromia. 129, 235
Homolodromia paradoxa. 235-236
Homolodromüdae.. 16, 43, 120, 129, 130, 174,
192, 193, 194, 235-236, 256
Homolodromiinae. 129
Homologenus. 127, 232
Homologenus braueri. 232
Homologenus malayensis. 232
Homologenus rostratus. 127, 192, 193,232
Homoloidea.. 44, 69, 75, 118, 122, 126-127,
130, 174, 191, 192, 193, 230-237-232, 255, 268
horiii, Trichia... 24, 26, 27, 35, 140, 141, 164, 166
horrida, Daldorfia. 37, 96
horrida, Parthenope. 37
horvathi, Tritodynamea. 158
huttoni, Neommatocarcinus. 219
huzardi, Sesarma. 106, 266
Hyas. 104, 175
Hyas araneus. 251
Hymenosoma . 156
Hymenosoma orbiculare. 150
Hyperolissa. 223
Hyperomerista. 222
Hypocolpus. 34
Hypocolpus diverticulatus. 34
Hypocolpus perfeotus. 34, 35
Hymenosomatidae.. 44, 87, 100, 104, 110-111,
112, 149-150, 156, 162, 176, 185, 186, 187, 196,
210, 211, 215, 219, 220, 241, 250, 265
Hypsophrys . 232
Hypsophrys noar. 232
Ilia. 103,155,195,196,216,277,218
IHa nucléus. 146-147, 195, 196
Ilyoplax. 211
imajimai, Trichia. 24, 26, 140, 141, 164 ,186
immaculata, Plagusia. 144
imperialis, Osachila. 162
incisus, Lophozozymus. 63
incisus, Xantho. 63
incisus incisus, Xantho. 85,182, 183,200, 201 ,259
Insecta aptera. 31
Insecte. 14, 71, 72, 121
insignis, Uca.
integer, Cyclograpsus.
integra, Lyreidus.
integrifrons, Pseudodromia.
intermedia, Demania.
intermedia, Demania afi. ..
intonsHs, Lophozozymus...
Iphiculus.
isenbecki, Erimacrus.
250
143, 209
103, 146, 147, 155
. 178
J
japonica, Demania
japonica, Osachila..
Source ; MNHN, Paris
346
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOtmES
japonica, Petalomera. 230
japonicus, Chionoecetes. 245, 250
japonicus, Macrophthalmus. 151, 211
japonicus, Tyinolus. 174,194, 237, 256
(Johngarthia) Gecarcinus, planatus. 214
(Johngarthia) Gecarcinus, wcileri. 214
Jonas. ^
kempi, Macrophthalmus. 151
kosugei, Petalomera. 230
Kraussia.. 81, 86, 91, 136, 154, 181, 200, 216,
240 , 241, 258, 263-264
Kraussia rugulosa. 85 , 198, 199 , 240 , 241
kusei, Dairoides, .. 50, 52 , 53 , 55, 97 , 138, 157
Labidochirus. 19
Labidochirus splendescens. 19
labyrinthicus, Glyptoxanthus. 66, 68
lactaea, Uca. 154
lacuBtris, Halicarcinus. 250
laevis, Ebalia. 241
laevis, Raninoides. 128, 192 , 193,194, 233
Lambdophallus . 117
Lambduphallus anfractus. 116 , 117, 167
Lambrus. 104-105, 118, 138, 216
Lambrus angulifrons. 106
Lambrus calappoides. 105
Lambrus echinatus. 105
Lambrus longimanus. 105, 197, 198, 199
lamellipes, Lophoxanthus. 57, 97
lanata, Dorippe. 102 , 175, 187, 198, 199
Langouste . 221
lateralis lateralis, Gecarcinus (Gecarcinus).. 214
latreiUei, Macrophthalmus. 151, 211
Latreillia. 127, 130, 232, 255
Latreillia elegans. 127
Latreillia phalangium. 232
Latreillia valida. 127, 193, 232
Latreilliinae . 255
Latreillopsis . 232
Latreillopsis major. 232
LatreiUopsis petterdi. 232
latro, Birgus. 21
latus, Notopoides. 233
Lépidoptères. 249
leptochelis, Lybia. 239, 246
leptodactylus, Uca (Minuca). 154
Leptograpsus . 208
Leucosia... 104, 147, 155, 162, 195-196, 216,
217 , 218, 220, 263
Leucosia longifrons. 147, 195-196
Leucosia unidentata. 195-796
Leucosiens. 23
Leucosiidae.. 22, 23, 44, 77, 96, 100, 103-104,
118, 121, 139, 145-146, 155, 161, 162, 164, 176,
190, 195-196, 216, 217 , 218, 220, 223, 241, 243,
254, 260, 262, 263, 268
Leucosiinae. 146, 147, 155, 195, 196
Leurocyclus. 104, 138
Lithodes . 20
Lithadia.. 44, 103, 145, 155, 195, 196, 216, 217 ,
218
Lithadia cariosa. 166, 195, 196
Lithodidae. 14, 19, 21, 120, 252
litterata, Varuna. 106, 142, 206, 207 , 266
Lomidae. 20, 120
Lomis. 26-21
longicarpus, Mictyris,.. 108 , 109, 210 , 211, 214,
262
longicornis, Pisidia. 18
longicornis, Porcellana. 18
longifrons, Leucosia. 147,195-196
longimana, Ebalia. 223
longimanus, Lambrus. 105,197, 198, 199
longispinus, Chlorinoides. 138
Lopholithodes . 19-20
Lopholithodes foraminatus. 19-20
Lophopanopeus. 204
Lophopanopeus erosus. 57
Lophoplax. 204
Lophoxanthus. 33, 57, 61
Lophoxanthus erosus. 57
Lophoxanthus lamellipes. 57, 97
Lophoxanthus rcynaudi var. baccalipes.. 59
Lophoxanthus reynaudi cultripes. 58
Lophozozymus. 36, 37, 61, 63-65
Lophozozymus cristatus. 63-64
Lophozozymus dodone.64, 65
Lophozozymus edwardsi. 63, 64
Lophozozymus evestigatus. 61, 65
Lophozozymus guezei. 61, 63, 67
Lophozozymus incisus. 63
Lophozozymus intonsus. 65
Lophozozymus glaber. 61, 65
Lophozozymus pictor. 61, 64, 65
Lophozozymus pulchellus. 61, 64
Lophozozymus rathbunae. 65
Lophozozymus rathbuni. 65
Lophozozymus simplex. 65
Lophozozymus superbus. 61, 63, 64
Lupella forceps. 23
Lybia. 36, 94. 141, 155, 204, 244 , 245
Lybia denticulata. 76 , 77, 239, 246
Lybia edmondsoni. 239, 244 , 245
Lybia hatagurooana. 239, 244 , 245
Source ; MNHN, Paris
INDEX
347
Lybia leptochelis. 239, 246
Lybia plumosa. 239, 246
Lybia tessellata. 76, 77, 239, 244, 245
Lybia afî. plumosa. 246
Lyreidus.. 44, 122, 127, 128-129, 130, 163, 173,
174, 194, 233, 235
Lyreidus brevifrons. 235
Lyreidus channeri. 235
Lyreidus integra. 235
Lyreidus politus. 235
Lyreidus stenops. 235
Lyreidus tridentatus. 129
M
màandrina, Actaa. 68
macgillivrayi, Ommatocarcinus. 212, 273
macneilli, Demania. 57
f macrocheilus, Palaeocarpilius. 36
Macrogastres. 221, 222
Macrogastres anormaux. 222
Macrogastres normaux. 222
Macrophthalminae.. 105,151, 155, 156, 211, 212
Macrophthalmus.. 105, 123, 125, 142, 151, 155,
156, 211
Macrophthalmus consobrinus. 151, 210, 211
Macrophthalmus dilatatus. 211
Macrophthalmus graefii. 211
Macrophthalmus japonicus. 151, 211
Macrophthalmus kempi. 151, 211
Macrophthalmus latreillei. 151, 211
Macrophthalmus milloti. 151, 211
Macrophthalmus pacificus. 211
Macrophthalmus parvimanus. 151, 210, 211
Macrophthalmus (Euplax). 211
Macrophthalmus {Hemiplax). 211
Macropipus arcuatus. 23
Macropipus holsatus. 23
Macropipus puber. 73
Macropodia. 102
Macropodia rostrata. 100
Macroure.. 15, 16, 17, 18, 41, 77, 120, 248, 255
Macroures anormaux. 222
Macrura. 42, 172
maculatum, Sesarma. 143
maculatus, Carpilius. 36, 78, S4
maenas, Carcinus.. 43, 44, 121, 158, 160, 161,
162
mahyeuxi, Dicranodromia.. 129, 174, 192, 193,
194, 236, 236
Maia . 40, 43, 44, 104, 138, 162, 216, 252, 254,
256, 257, 260
Maja squinado.. 104, 196, 198, 199, 252, 253
Maja verrucosa. 221
Majidae.. 16, 19, 32, 33, 36, 44, 100, 104, 118,
137-138, 154, 160, 162, 164, 176, 187, 196, 197,
198, 199, 216, 223, 239, 241, 243, 245, 247, 260
Malacoplax. 206
Malacoplax californiensis. 204
malayensis, Homologenus. 232
mamillaris, Orithyia. 103
maracoani maracoani, Uca. 105, 150
margaritatus, Dairoides. 51, 52
margarodes, Actumnus. 50
mariannae, Pariphiculus. 147
marmoratus, Pachygrapsus.. 122, 142, 158, 176,
187
Matuta.. 36, 44, 96, 99, 139, 195, 259, 266
Matuta planipes. 96, 198, 199, 254
Matutinae. 96, 99, 118, 155, 195, 198, 199
Maxillothrix actaeiformis. 230
meandricus, Glyptoxanthus. 66, 68
meandrinus, Glyptoxanthus. 66, 68
Medaeops. 57, 203
Medaeops granulosus. 57
Medaeus. 202-203
Medaeus elegans. 202
Medaeus ornatus. 202
Medaeus Reynaudi. 59, 62
mederi, Sesarma. 143
mediterraneus, Carcinus. 73, 200, 201, 266
meinerti, Sesarma. 143
Melia. 204, 221
melvillensis, Guinotellus...
Menippe.. 74, 80, 88-81
200, 216, 239,
241, 242, 267
88, 89, 187, 259
88, 182, 183
Menippe mercenaria.
Menippe nodifrons.
Menippinae.. 80, 88-89, 141, 155, 166, 187, 200,
201, 202, 222, 223, 241, 242, 243, 259
mercenaria, Menippe. 88,89,187,259
Mertonia. 204
Metaplax. 143, 152, 156, 209
Metaplax crenulatus. 209
Metaplax dentipes. 206, 209
Metaplax tredecim. 209
Metopograpsus. 142, 155, 208, 209
microcéphales, Braohyures. 23
micronyx, Cryptodromia. 229
Mictyridae.. 16, 21, 34, 43, 44, 100, 107, 108,
109, 118, 152-153, 156, 170, 210, 211, 214, 219,
220, 241, 262-263, 265, 268
Mictyris. 107, 108, 109, 156, 219
Mictyris longicarpus.. 108, 109, 210, 211, 214,
mictyroides, Dotilla. 109
müiaris, Actumnus. 00
milloti, Macrophthalmus. 151, 211
(Minuca), Uca. 150, 153-154
(Minuca) festae, Uca. 153
Source ; MNHN, Paris
348
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE
TAXONOMIE DES BRACHYOURES
(Minuca) leptodactylus, Uca. 154
(Minuca) mordax, Uca. 153
(Minuca) stenodactylus, Uca. 153
(Minuca) thayeri thayeri, Uca. 153
minutus, Planes. 206
mirahilis, Probeebei. 19
t mississipiensis, Harpactocarcinus. 79
Mithrax. 38, 41, 43, 104
Mithrax spinosissimus. 37, 38, 39
moebii, Xenophthalmodes.... 167, 168, 169, 170
Monodaeus. 202-203
Monodaeus couchi. 202
Monodaeus rectifrons. 202
Monodaeus rouxi. 202
Monodaeus tuberculidens. 202
mordax, Uca (Minuca). 153
morsei, Xenophthalmodes. 170
multicristata, Pseudactaea. 46
f multispinata, Palaeotrichia. 24
murrayi, Pseudodromia. 230
Mursia. 96, 139
Myriapodes. 248
N
Natantia . 15, 17, 41, 42, 77, 172, 216, 252
Nautilocorystes.. 43, 81
132, 133, 135, 154, 163,
Nautilocorystes ocellatus..
Neommatocarcinus .
Neommatocarcinus huttoni.
Neopanope ..
, 83, 87,
166, 177,
88, 99, 123,
181, 198, 241,
259
82, 83, 238
. 219
. 219
. 204
Nephrops.
41, 173, 239
Nephrops norvegicus.
224, 225-226
noar, Hypsophrys.
. 232
nobilii, banareia.
. 25
nodifrons, Menippe.
88, 182, 183
norvegicus, Nephrops.
224, 225-226
Notopinae..
. 233
Notopodes .
. 123
Notopoides.
163, 233, 255
Notopoides latus.
. 233
Nctopus.
233, 235, 255
notopus, Ptenoplax.
. 114
notopus, Retropluma.
... 112, 114, 148,167
Notosceles.
163, 232, 233
Notosceles chimmonis....
. 233
Notosceles viaderi.
128, 194, 233
Novactaea.
. 141
Nucia.
44, 146, 155
Nucia tuberculosa.
. 146
nucléus. Ilia.
... 146-147, 195, 196
a
obesa, Palicus. 113
t Ocalina. 36, 79, 141
t Ocalina floridana. 79
ocellatus, Nautilocorystes. 82, 83, 238
ochtodes, Halimede. 92, 203, 204^
ochtodes, Halimede afi. 92
Ocypode... 19, 20, 36, 43, 105, 123, 142, 150,
156, 170, 209, 260, 266
Ocypodes. 222
Ocypode cursor.. 105, 150, 2J0, 211, 218, 219,
220
Ocypodidae... 44, 100, 105, 109, 118, 142,
150-151, 152, 155, 156, 162, 164, 176, 187, 209-
2J0-211-212, 213, 214, 216, 217, 218, 219, 220,
241, 243, 250, 260
Ocypodinae .. 105, 160, 163-154, 156, 209, 210,
211
odhneri, Banareia. 94
Oedipleura. 152, 214
Ommatocarcinus. 206, 219
Ommatocarcinua macgillivrayi. 212, 213
opilio, Chionoeeetes. 245, 250
orbiculare, Hymenosoma. 150
orbignyi, Platyxanthus.. 93, 94, 183, 242, 243
Orbignyi, Xantho. 221
orbitosinus, Portunus. 249
Oregonia. 104, 138
Oregonia gracilis. 89
orientalis, Homola. 232
orientalis, Ranilia. 235
Orithyia.. 36, 100, 103, 123, 133, 139, 154,177,
183, 195, 260, 266
Orithyia mamillaris. 103
Orithyia sinica. 103, 177
Orithyiinae. 103,118,133,154,195
ornatus, Medaeus. 202
Osachila. 96,98,155,197
Osachiia imperialis. 162
Osachiia japonica. 162
Osachila stimpsoni. 164
Osachila tuberosa. 164
Ostraconotus . 19
Ostracoteres. 44, 107, 148-149, 155, 212
Ostracoteres tridacnae. 92, 148-149
ostreum, Pinnoteres. 149, 261
Ovalipes. 100, 101, 137
ovalis, Ranilia. 235
ovata, Dicranodromia. 174
Oxyrhyncha.. 18, 31, 33, 81, 86, 88, 99, 100,
104, 118, 160, 172, 183, 190, 196-197, 223, 241,
247
Oxyrhynque. 16, 27, 33, 36 40,
Source ; MHHN, Paris
INDEX
349
Oxystomata.. 22, 31, 36, 42, 44, 96, 99, 100,
118, 130, 133, 139, 162, 172, 176, 183, 190, 195,
m, 216, 217, 218, 241, 243, 259, 260
Oxystomes . 122
Ozius. 89, 200
Pachygrapsus.. 105, 142, 155, 176, 208, 209
Pachygrapsus gracilis. 142, 176
Pachverapsus marmoratus.. 122, 142, 158, 176,
176, 187
Pachygrapsus transversus. 142, 176
paciScus, Macrophthalmus. 211
Paeduma. 114
Pagure. 19
Paguridae. 19
Paguride. 21
Paguriens . 15
Paguroidea. 15, 19, 20, 21, 120
pagurus, Cancer. 251, 252, 253, 258
t Palaeocarpilius. 36, 79, 141
f Palaeocarpilius macrocheüus. 36, 78-79
■{■Palaeocarpilius mississipiensis. 79
■{■ Palaeocarpilius stenurus. 36, 79
■{■ Palaeotrichia. 24, 25, 35
t Palaeotrichia multispinata. 24
Palicae. 111
Palicidae., 100, 111, 112, 113, 118, 144-145,
155, 162, 176, 185-186, 214-215, 220, 261-262,
265, 267
Palicidés. 43,112
Palicinés. 111
Palicus. 111,113,144-145 155,186
Palicus caroni. 43,772,113,215
Palicus obesa. 773
Palinura. 15, 252
palmeri, Actaea. 27
palmeri, Banareia. 25, 27, 28, 94, 166
Panopeinae.. 57, 62, 141, 155, 202, 204, 205,
206, 241, 242, 243
Panopeus. 57, 204, 206
Panopeus herbsti. 206
Panoplax. 206
Papillons. 249
papulosus, Carpoporus. 90
Paraoleistostoma. 142, 151, 155, 212
Paracleistostoma cristatum. 164, 210, 211
Paractaea. 46, 141, 200
Paragalene . 99
paralacustris, Halicarcinus. 250
Parapaguridae. 19
Parapanope. 94, 203
Paratymolus. 237
Paralymolus hastatus. 237
Paratymolus pubescens. 237
Paraxanthus.. 81, 86, 88, 136, 141, 181, 258,
263-264
Paraxanthus barbiger. 85
Paraxanthus hirtipes. 85
paradoxa, Homolodromia. 235-236
Pariphiculus.. 44, 103, 146, 147, 155, 162, 185
Pariphiculus mariannae. 147
Paromola. 44, 126-127, 130, 232, 255
Paromola alcocki. 255
Paromola alcocki faughni. 232
Paromola cuvieri. 193, 230-237-232
Paromola spinimanus . 232
Paromolopsis . 232
Paromolopsis boasi. 232
Parthenope. 56
Parthenope horrida. 37
Parthenopidae.. 19, 32, 40, 56, 86, 96, 98, 99,
100, 104-105, 118, 138, 155, 162, 176, 196, 197,
198, 799, 216, 223, 241, 243, 247, 259
Parthénopiens . 36
Parthenoxystomata.. 44, 98, 99, 138, 155, 162,
164, 197, 259
parvifrons, Pliosoma. 33, 247
parvimanus Macrophthalmus. 151, 279, 211
patagonicus, Platyxanthus. 183, 184
péditrème. 44, 69, 73, 75, 77, 80, 118, 120,
122,123-131,171-172,173-174, 190-191, 191-195,
216, 224, 227-237, 239, 244, 248, 254, 254-256,
267
Pelaeus. 94, 141, 155,183,264
Pelaeus armatus. 93, 183, 184
pelagicus, Portunus. 23
Peltarion.. 74, 81, 88, 99, 123, 135, 154, 163,
181, 198, 259, 267
Peltarion spinulosum. 32, 83, 88,181
Penaeidea. 15
Penaeus.
Pénéides. 17> 252
Percnon. 144, 155, 209
Percnon abbreviatum. 144
Percnon affine. 144, 151
Percnon gibbesi. 1"^®
Percnon guinotae. 144
Percnon planissimum. 144,208,245
perfectus, Hypocolpus. 37, 35
Perimela. 87, 99, 154, 176, 198, 259
Perimelidae. 198
Perimela denticulata. 198
perlata, Daira.. 53, 54, 65, 74, 83, 84, 183, 267
perlatus, Pilumnoides. 83, 84
personata, Dromia.. 124, 125, 130, 156, 191,
227, 228, 229, 230
personatus, Raninoides. 233
Petalomera . 230
Petalomera granulata. 230
Source ; MNHN, Paris
350
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BBACHYOüEES
Petalomera japonica. 230
Petalomera kosugei. 230
Petalomera wilsoni. 230
petterdi, Latreillopsis. 232
phatangium, Latreillia. 232
Philyra. 103, 155
Philyra elegans. 147
Philyrinae. 146-147, 155, 195, 196
t Phrynolambrus . 49, 56
t Phrynolambrus corallinus. 55, 56
t Phrynolambrus weinfurteri. 56
f Phymatocarcinus. 55
picta, Bellia. 134, 157, 159, 178, 179, 180
pictor, Lophozozymus. 61, 64, 65
pilosa, Elamena.. 110, 111, 149-150, 186, 210,
211, 215
pilula, Scopimera. 151
Pilumninae., 81, 83, 86, 89, 91, 141, 155, 189,
200, 202, 203-204, 223, 241, 242, 243, 259
Pilumninae gonéplaciens. 204
Pilumninae xanthoïdes. 204
Pilumnoides.. 81, 83, 86, 88, 91, 141, 200, 243
258
pilumnoides, Dynomcne. 230
Pilumnoides perlatus. 83, 84
Pilumnus. 43, 87, 89, 141, 200, 216, 222
Pilumnus hirtellus. 92, 176, 200
Pinnixa. 44,107, 149, 155, 161, 212, 261
Pinnixa transversalis. 149, 185
Pinnoteres.. 44, 107, 148-149, 155, 212, 216,
217, 218, 245
Pinnoteres ostreum. 149, 261
Pinnoteres pisum.... 107,148-149, 161, 210, 211
Pinnoteridae.. 44, 92, 100, 107, 114, 117, 118
122, 148-149, 154, 155, 160, 161, 162, 176, 210,
211, 212, 216, 217, 218, 241, 261
Pisa. 40, 104, 138
Pisa tetraodon. 196-197
Pisidia longicornis. 18
Pisinae. 33
pisoni, Aratus. 144, 160, 187
pisum, Pinnoteres. 107, 148-149, 161
Plagusia. 144, 155, 209
Plagusia dentipes. 245
Plagusia depressa. 175
Plagusia depressa depressa. 206
Plagusia depressa tuberculata. 245
Plagusia glabra. 144, 151, 159, 209
Plagusia immaculata. 144
Plagusia squamosa. 144
Plagusiinae.. 106, 144, 151, 155, 206, 208, 209
plana, Homalaspis. 93, 94, 183, 184
planatus, Gecarcinus. 106-107, 152
planatus, Gecarcinus (Johngarthia). 214
planatus, Halicarcinus.. 110, 111, 112, 149-150
215
Planes. 142, 208, 218
Planes minutus. 206
planiforma, Retropluma. 148, 167
planipes, Matuta. 96, 198, 254
plaiiissimum, Percnon. 144, 245
platycheles, Porcellana. 18
Platylambrus. 56
Platylambrus echinatus. 56
Platylambrus stellatus. 56
Platypodia actaeoides. 48
Platyxanthinae... 86, 93, 94, 141, 155, 183, 184
241, 242, 243, 259, 264
Platyxanthus.. 86, 94, 141, 155, 183, 223,241,
242, 243, 259, 264
Platyxanthus crenulatus. 93, 94, 183
Platyxanthus orbignyi. 93, 94, 183, 242, 243
Platyxanthus patagonicus. 183, 184
Pleistacantha. 162
plicatum, Sesarma. 143
Pliosoma. 33, 241, 247
Pliosoma parvifrons. 33, 247
plumosa, Lybia. 239, 246
plumosa, Lybia ail. 24S
plumosa, Retropluma. 148, 167
Podocatactes . 33
Podophthalminae. 200
Podophthalmus. 100,101,137, 198, 218
Podophthalmus vigil. 200
polita, Thia. 83,135,136
politus, Epigrapsus. 214
politus, Lyreidus. 235
Polybius henslowi. 23
Polydectinae., 21, 75, 77, 91, 141, 155, 239, 2U,
245, 246, 259
Polydectus. 94, 141, 155, 244, 245
Polydectus cupulifer. 76, 77, 239, 244, 245
Porcellana. 18, 20
Porcellana longicornis. 18
Porcellana platycheles. 18
Porcellanes. 15, 252
Porcellanidae. 14, 21, 120
Porcellanopagurus. 19, 20
Portunidae. 23, 36,40,100-101,118,137,154,162,
176,187,198,200, 201, 218, 241, 245, 249, 259,260
Portunien . 40
Portuninae. 200, 201
Portunus. 31, 36, 137
Portuniis argentatus. 249, 250
Portunus hastatus. 23
Portunus orbitosinus. 249
Portunus pelagicus. 23
Portunus sanguinolentus. 23, 180-181, 183
Portunus sayi. 23
Portunus xantusii. 31
Potamidae. 21, 80, 144, 155, 176, 241
Potamonautes . 176
Potamonidae . 223
praedator, Dynomene. 125
Source : MhiHN, Paris
INDEX
351
princeps, Uca. 250
Prionoplacinae.
. 204, 206
Prionoplax .
. 206
Prionoplax spinicarpus.
. 204, 205, 206
Probeebei .
Probeebeiidae.
. 19
proxima, Scopimera.
. 164
■I" Psammocarcinus.
Pseudactaea.
. 47
Pseudactaea multicristata...
. 46
Pseudobrachyoures.
. 13
Pseudocorystes.. 43, 81,
83, 87, 99, 123, 132,
133, 154, 163, 177, 181, 198, 241, 259, 266
Pseudocorystes armatus...
. 238
Pseudocorystes sicarius.
. 82, 83, 238
Pseudodromia.
. 229-230
Pseudodromia integrifrons.
. 230
Pseudodromia murrayi....
. 230
Pseudograpsus.
. 208
Pseudolambrus.
Pseudoliomera .
. 91, 141
Pseudoliomera granosimana
. 92
. 248, 249
. 114
Ptérygures, Anomoures....
. 222
Ptychognathus.
puber, Macropipus.
pubesccns, Paratymolus...
pulchellus, Lophozozymus..
Dunctatus. Cvclograpsus...
Pyxidognathus.
. 142
Q
quadratus, Cymonomus. 192, 193, 194
Quadrella . 96
quadridentata, Tetraplax. 204, 205
R
radiatus, Xantho. 64, 65
Randallia . 103
Ranilia. 163, 233, 233, 235
Ranilia atlantica. 128, 194, 234, 235
Ranilia dorsipes. 235
Ranilia orientalis. 235
Ranilia ovalis. 335
Ranina.. 44, 72,128,163,194, 222, 232, 233, 255
Ranina ranina.. 44, 128, 193, 194, 233, 234, 235
ranina, Ranina.. 44,128, 193, 194, 233, 234, 235
Ranines. 355
Raninidae.. 44, 74, 75, 104, 120, 127-129, 163,
172, 173, 174, 190, 195, 223, 233, 237, 241, 251,
252, 257, 260, 264, 267
Ranininae . 233
Raninoidea.. 69,122,127-129,130,174,193-194,
232-235, 255
Raninoidea. 128, 163, 232, 233
Raninoides benedicti. 233
Raninoides bouvieri. 128, 194, 233
Raninoides hendersoni. 233
Raninoides laevis. 128, 192, 193, 194, 233
Raninoides personatus. 233
Raninoides serratifrons. 233
rathbunae, Lophozozymus. 65
l Rathbunopon . 40
rcctifrons, Monodaeus. 202
Reptantia. 15, 17, 18, 41, 42, 216, 248, 252
Reptantia Macrura. 172
Reptantia Paiinura. 15
residua, Thia. 82, 83, 135, 145, 152
reticulatum, Sesarma. 143
Retropluma. 114, 148, 155, 200
Retropluma dentata. 148
Retropluma notopus. 112, 114,148,167
Retropluma planiforma. 148, 167
Retropluma plumosa. 148,167
Retropluma sp.. 112, 114, 148, 167, 212 , 213
Retroplumidae.. 40, 43, 100, 111, 114, 117, 118,
148, 155, 167, 200, 212, 213, 220, 261, 265, 267
reynaudi var. baccalipes, Lophoxanthus- 59
reynaudi cultripes, Xantho. 58
reynaudi, Remania. 58-59, 61
Reynaudi, Medaeus. 59, 62
Reynaudi, Xantho. 58, 59
reynaudi, Xantho. 58
Reynaudii, Xantho. 58
Rhizopa. 204
Rhizopinae. 167, 203
Rhynchoplax . 150
rhomboides, Goneplax. 176
ricordi, Sesarma. 143, 187
rostrata, Macropodia. 160
rostratus, Homologenus. 127, 192, 193, 232
rotundata. Remania. 68, 62
rotundatus, Atelecyolus. 157, 198
rotundatus, ? Xantho. 62
rotundifrons, Heterozius. 178, 179
rotundum, Cardisoma. 152
rouxi, Monodaeus. 202
rubroguttata, Calappa. 222
rugulosa, Kraussia. 85, 198, 199
ruricola, Gecarcinus. 152
S
sakaii, Trichia. 24,26, 140, 141, 164 ,166
Salacia. 138
Sourcx : MNHN, Paris
352
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
sanguinolentus, Portunus. 23, 180-181, 183
sapidus, Callinectes. 73, 137, 200, 251, 266
savignyi, Actaea. ^9, 50
savignyi-calculosa, Actaea groupe. 50, 56
sayi, Portunus. 23
scaberrima, Demania. 57, 59, 60, 61, 62
scaberrimus, Xantho. 58,59,62
scaberrimus, Xantho (Lophoxanthus). 59
Schizophrys . 104
schmitti, Cyrtoplax. 204, 205
Scopimera. 105, 151, 211
Scopimera pilula. 151
Scopimera proxima. 164
Scopimerinae.... 44,105,109,161, 155, 156, 211
scruposa, Aethra. 162
sculptilis, Euxanthus. 90
scutata, Aethra. 164
scutellata, Thia. 83
Scylk. 100,101,118,137,198,260
Scylla serrata. 266
Scyllare. 221
Scyllarides. 18
sedilense, Bresidium. 166
sedilense, Sesarma. 166
semblatae, Actaea. 49, 50
serenei, Banareia. 94, 166
serrata, Scylla. 266
serratifrons, Raninoides. 233
Sesarma.. 21, 43, 106, 123, 143, 144, 161-152,
155, 156, 157, 166, 170, 208-209, 218, 266
Sesarma curacaoense. 143
Sesarma dehaani. 143, 206
Sesarma guttatum. 143
Sesarma hematocheir. 143
Sesarma huzardi. 106. 143, 266
Sesarma maculatum. 143
Sesarma mederi. 143
Sesarma mcinerti. 143
Sesarma plicatum. 143
Sesarma reticulatum. 143
Sesarma ricordi. 143, 187
Sesarma sedilense. 166
Sesarma smithi. 143
Sesarma taeniolata. 143
Sesarminae.. 106,143-144,151-152,155,156, 206,
208-209, 218, 220
setifer, Actumnus. 84, 6T, 203, 249, 243
setifer var., Actumnus. 243
sexdecimdentatus, Cycloxanthops... 85, 91, 259
sexpes, Hexapus.. 115, 116, 145, 159, 167, 169,
185
sicarius, Pseudocorystes. 82, 83, 238
simplex, Lophozozymus. 65
sinensis, Eriocheir. 142, 143, 157, 158, 160, 206,
207
sinica, Orithyia. 103, 177
sitcbensis, Cryptolithodes. 19
smithi, Sesarma. 143
f speciosa, Daira. 55
Speocarcinus californiensis. 204
Spider Crab. 39
spinicarpus, Prionoplax. 204, 205, 206
spinidentata, Cyrtoplax. 204, 205, 242, 243
spinifrons, Eriphia. 89, 259
spinimanus, Paromola. 232
spinirostris, Sternodromia. 173
spinulosum, Peltarion. 82, 83, 88, 181
spinosissimus, Mithrax. 37, 38, 39
splendescens, Labidochirus. 19
splendida, Demania. 33, 57, 58, 62
squamosa, Demania. 69, 62
squamosa, Plagusia. 144
squinado, Maja. 104, 196, 198, 252, 253
stebbingi, Hexapus. 167
stellatus, Platylambrus. 56
stenodactylus, üca (Minuca). 153
Stenopodidea. 15
stenops, Lyreidus. 235
stenurus, Palaeocarpilius. 36, 79
sternitrème.. 69, 75, 80, 118, 120, 122, 123, 125,
126, 128, 130, 131-156, 171-172, 174-186, 191,
195-215, 216, 224, 227, 239-244, 248, 254, 256-
262, 267, 268
Sternodromia. 124, 130, 227, 255
Sternodromia spinirostris. 173
stimpsoni, Osachila. 164
stylifera, Uca. 250
subglobosa, Banareia. 25
subquadrata, Fabia. 261
sulcata, Dotilla. 151
superbus, Lophozozymus. 61, 68, 64
superbus, Xantho. 63, 64
Symethis. 163, 233
taeniolata, Sesarma. 143
tangeri, Uca. 105, 150
Telmessus.. 88, 99, 136-137, 154, 177-178. 180,
198, 240, 241
Telmessus acutidens. 178, 180
Telmessus cheiragonus. 178, 180, 241
tenuicrustatus, Grapsus.. 105-106,142,151, 206,
207
tessellata, Lybia. 76,77,239,244,245
tessellatus, Actumnus. 50, 87
tetragonum, Uca. 210, 211
Tetragrapsus. 142, 155, 208
tetraodon, Pisa. 196-197
Tetraplax . 206
Tetraplax quadridentata. 204, 205
Thalamita. 36
Thalamita danae. 249
Source ; MNHN, Paris
INDEX
353
Thalassinidae. 41, 252
Thalassinoidea. 15
(Thaumastoplax), Hexapus. 117
thayeri thayeri, Uca. 105, 153, 154
thayeri thayeri, Uca (Minuca). 153
Thelphusiens. 197
Thelxiope . 126
Tbia.. 43, 81, 83, 84, 135, 136, 154, 176, 181,
198, 216, 2i0, 241, 257, 263-264, 266
Thiapolita. 83,135,136,240,241
Thia residua. S2, 83,123,135,145, 152
Thia scutellata. 83
Thia sp. 198, 199, 240, 241
Thiinao. 81, 86, 154,198, 199, 240, 241,263
Thyrolamhrus. 96, 98, 99, 138
Thyrolambrus cariei. 98
Thyrolamhrus erosus. 98
tomeotosa, Actaea. 37
tnmentosus, Actaeodes. 37
tomentosus, Zozymus. 37
toxica, Demania. 57, 58, 62
Trachycarcinus... 33, 88, 99, 137, 154, 181, 198
transversalis, Pinnixa. 149, 185
transversus, Pachygrapsus. 142, 176
Trapezia. 94, 141, 202, 259
Trapeziinae. 94, 96, 141, 155, 202, 259
tredecim, Metaplax. 209
triangularis, Uca. 154
Trichia.. 24, 26-27, 28, 35, 37, 45, 141, 166
Trichia dromiaeformis.... 24, 26, 35, 140, 141
Trichia horiii... 24, 26, 27, 35, 140, 141, 164, 166
Trichia imajimai. 24, 26, 140, 141, 164. 166
Trichia sakaii.... 24, 26, 94, 140, 141, 164, 166
Trichidea. 26
Trichiinae.. 24, 25, 26, 27, 28, 35, 94, 141, 155,
164, 166, 167, 241, 259
tridacnae, Ostraooteres. 92
tridens tridens, Helice. 206
tridentata, Euplax. 151, 211
tridentatus, Lyrcidus. 129, 235
trifurcus, Cymonomus. 237
Tritodyuamea. 107, 149, 155, 212
Tritodynamea horvathi. 158
tuberculosa, Nucia. 146
tuberosa, Ebalia. 145
tuberosa, Osachila. 164
tumida, Calvactaea. 25, 141, 164, 166
tumida, Cryptodromia. 124, 191. 229
Tylaspis. 19, 20
Tylodiplax. 142, 151, 155, 212
Tymolidae.. 44, 75, 120, 122, 129-130, 131, 171,
172, 173, 174, 193, 194-195, 236-237, 267
Tymolinae.. 104, 118, 129, 130, 172, 190, 195,
241, 252, 260
Tymolus. 129, 237
Tymolus japonicus. 174, 194, 237, 256
Typhlocarcinus. 204
U
Uca.. 21, 36, 105, 122, 123, 142, 150, 153-154,
156, 161-162, 170, 187, 209, 211, 250
Uca annulipcs. 154
Uca insignis. 250
Uca laciea. 154
Uca maracoani maracoani. 105, 150, 154
Uca princeps. 250
Uca stylifera. 250
Uca tangeri. 105, 150, 154
Uca tetragonum. 210, 211
Uca thayeri thayeri. 105, 153,154
Uca triangularis. 154
Uca una. 212, 213
Uca vocans vocans. 153
Uca (Celuca). 154
Uca (Minuca). 150, 153-154
Uca (Minuca) aS. 154
Uca (Minuca) festae. 153
Uca (Minuca) ieptodactylus. 154
Uca (Minuca) mordax. 153
Uca (Minuca) stenodactylus. 153
Uca (Minuca) thayeri thayeri. 153
Ucides. 136,145,152,156,214,218
Ucides cordatus cordatus. 212, 213, 214
una, Uca. 212, 213
unidentata, Dromidia. 124, 125, 130
unidentata, Leucosia. 195-iS6
V
valida, Latreillia. 127, 193, 232
Varuna. 106, 155, 208, 260, 266
Varuna litterata. 106, 142, 206, 207, 266
Varuninae.. 106, 142, 151-152, 155, 156, 206,
208, 209, 218, 220
vermiculata, Actaea. 68
vermiculatus, Glyptoxanthus. 66, 67, 68
vermiculatus, Xantho. 61, 66, 67
verracosa, Maja. 221
viaderi, Notosceles. 128, 194
vigil, Homola. 192, 193
vigil, Podophthalmus. 200
villosa, Banareia (cf.). 25
vocans vocans, Uca. 153
vulgaris, Dromia. 156
W
weileri, Gecarcinus. 152
weileri, Gecarcinus (Johngarthia). 214
t weinfurteri, Phrynolambrus. 56
Source ; MNHN, Paris
354
MORPHOLOGIE, PHYLOGENÈSE ET TAXONOMIE DES BRACHYOURES
wichmanni, Dotilla. 105, 151
wUsoni, Petalomera. 230
X
Xanthes. 18
Xanthias. 61
Xantho,. 43, 48, 57, 79, 86, 91, 141, 185, 200,
216, 263-264
Xanthidae.. 27, 28, 44, 49, 50, 79, 81, 83, 86
88-96, 99, 126, 141, 155, 162, 164, 176, 187, 198,
200 m, 216, 222, 223, 239, 241, 242, 243, 259,
263, 264
Xanthinae.. 49, 79, 80, 81, 86, 91, 94, 141, 155,
200, 202-203, 223, 241, 243, 259, 264
Xantho corrosus. 67
Xantho cultripes. 58, 61
Xantho dodone. 64
Xantho floridus. 176
Xantho incisus. 63
Xantho incisus incisus. 85,182, 183,200, 201 ,259
Xantho (Lophoxanthus). 57
Xantho (Lophoxanthus) scaberrimus. 59
Xantho Orbignyi. 221
Xantho radiatus. 64, 65
Xantho Reynaudi. 58, 59
Xantho reynaudi. 58
Xantho Reynaudii. 58
Xantho reynaudi cultripes. 58
? Xantho rotundatus. 62
Xantho scaberrimus. 58, 59, 62
Xantho superbus. 63, 64
Xantho vermiculatus. 61, 66, 67
Xanthoïdes. 35, 36, 80
t Xanthopsis . 79
xantusii, Portunus. 31
Xeinostoma . 237
Xeinostoma eucheir. 237
Xenophthalmodes. 167, 168, 170
Xenophthalmodes brachyphallus. 170
Xenophthalmodes dolichophallus. 168, 169
Xenophthalmodes moebii_ 167, 168, 169, 170
moebii, Xenophthalmodes aff. 168, 169
Xenophthalmodes morsei. 170
Z
Zalasiinae.
Zalasius.
Zalasius dromiaelormis.
Zosime.
Zosimus.
Zosimus actaeoides.....
Zosimus aeneus.
Zozymus tomentosus..
. 26
. 166
. 164
. 48
... 41, 48, 57
. 48
37, 38, 39, 48, 57
. 37
Source : MNHN, Paris
IMPRIMemE NATIONALE
5 564 012 6 72
Source : MNHN, Paris
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Source ; 41MHM, Pons
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LISTE DES ABRÉVIATIONS CONCERNANT LES DESSINS ET LES
PHOTOGRAPHIES
a, aile de la Belle turcique ; ab, abdomen ; a.m., appendix
masculina ; an, anus ; ap, apophyse ; ap 3/4, apophyse
3/4; av.a., avancée antérieure du stemite 8; av.p.,
avancée postérieure du stemite 8 ; av.8., avancée du
Bternite 8 touchant le condyle articulaire de la coxa
de p5 : al — a7, segment abdominaux 1 à 7.
b, basis ; b.a., branche arthrodiale ; b.ab., bord de l'abdo¬
men ; b.a.m., bras antérieur à mxpl ; b.cp., bord posté¬
rieur de la carapace ; b.c.s., bord de la cavité sterno-
abdominale ; b.f.c., barre correspondant au fond de la
cavité Btemo-abdominale ; b.i., basis-ischion ; bo, bour¬
relet : vestige chez la femelle du crochet sternal du
dispositif bouton-pression ; b.p., crochet sternal du
dispositif bouton-pression (stemite 5) ; b.p. ?, crochet
sternal hypothétique ; b'.p’., crochet sternal du dispo¬
sitif bouton-pression [stemite 6) ; b. p.v., crochet sternal
vestigial ; b.s., brosse de soies.
c, condyle articulaire de la coxa sur le sternum ; ca,
carène; c.a., cavité arthrodiale; c.a.cxl, c.a.cx2, cavité
arthrodiale de la coxa de pl et de la coxa de p2 ; c.a.
mxpl — c.a.mxpS, cavité arthrodiale de mxpl à mxp3 ;
c.a.pl-c.a.pS, cavité arthrodiale de la coxa de pl à
p3 ; c.cxl — c.cxS, condyle articulaire sternal de la coxa
de pl à p5 ; c.i., cavité incubatrice ; cp, carapace ;
cr, crête à l'extrémité postérieure de la cavité sterno-
abdominale. Sur la figure 30, crête transversale sur le
stemite 7 ; cr.r., crête sternale pour la rétention de
l'abdomen ; cr.st.4, crête interne correspondant au
sillon externe longitudinal médian du stemite 4 (s.l.j ;
cr. St. 6, crête sur le stemite 6 ; cr. 5/6 — cr. 6/7, crête
prolongeant les endophragmes 5/6, 6/7 ; cr. 6/7 —cr. 7/8,
crêtes internes correspondant aux sillons externes 6/7
et 7/8 [ai 6/7, ai 7/8) de la cavité stemo-abdominale ;
C.8., cavité stemo-abdominale: ex, coxa; (cxl), empla¬
cement de la coxa de pl ; cxl cx5, coxa de pl à p5.
d, st., dépression stemo-abdominale (ou sternale).
e, a., à la limite du cinquième et du sixième segment abdo¬
minal, encoche se coaptant avec l'éperon sternal [epr] ;
e.c., encoche de coaptation du sternum avec l’abdomen ;
e.m., empreintes d’insertions musculaires ; en, encoche
sur le rebord du sixième segment abdominal ; end,
endopodite ; endopl., epl, endopleurites ; epa, épaule-
ment du stemite 8 qui maintient l'abdomen au niveau
du deuxième segment ; epr, éperon pénien ; epr (plastron],
éperon du stemite 5 se coaptant avec l'encoche du bord
abdominal ; epr (système endophragmal), éperon saillant
à partir de l’endosternite 4/5 ; eps 4 — eps 8, épister-
nites 4 à 8 ; eps 8 ?, épistemite 8 ? ; e.st., écusson sternal ;
e. t., encoche du bord antérieur du plastron sternal ;
ex, exopodite ; ex. pl., exopodite du pléopode ; 5 (eps ?},
épistemite 5 ?.
f, fossette à la base du sixième segment abdominal ;
f. a., fossette abdominale ; f.c.s., fond de la cavité stemo-
abdominale ou barre correspondant au fond de la cavité
stemo-abdominale ; f.g., fossettes gastriques ; f.p.,
frange sétifère ; f.tr., fossette creusée sur la tranche de
l’abdomen.
g. p., gaine pénienne.
i.m., empreintes d’insertions musculaires ; i. mxpd, ischion
du maxillipède externe.
l. ab., lobes du premier segment abdominal ; l.j., lame de
jonction ; l.m., ligne médiane.
m, mérus ; m.a., membrane articulaire; m.e., muraille
épisteraale ; md, mandibule ; m.t., membranes tympa-
niques ; mu, muscles ; mxp3, maxillipède externe.
o. i., orifice inspirateur ; o.f., orifice génital femelle ;
o.m., orifice génital mâle ; o.sp., orifice de la spermathè-
que ; O.V., opercule vulvaire.
p, pénis ; pl, chélipède ; p.a., protubérance correspondant
à la fossette abdominale ; p.a.pl., pointe antérieure du
plastron ; p.a.pt., pointe antérieure dirigée vers l'arrière
du plastron sternal ; pb5, pbô, protubérances de réten¬
tion de l'abdomen sur les sternites 5 et 6 ; p.c., protu¬
bérances du bord de la cavité sterno-abdominale cor¬
respondant à des concavités de l'abdomen ; pg, ptéry-
gostome ; ph.m.s., phragmes médians symétriques ;
ph.st.4, endophragme correspondant au sillon longitu¬
dinal médian du stemite 4; pl, pléopode; pli, premier
pléopode sexuel mâle ; pl2, deuxième pléopode sexuel
mâle ; p.m., plaque médiane ; p.m. [?), plaque médiane
supposée; p.m.a., plaque médiane antérieure; p.m.p.,
plaque médiane postérieure ; pn, ponte ; po, poches
en doigt de gant terminant les endophragmes du côté
interne; p.pl., soies des pléopodes ; p.s.p., partie scléri-
fîée du pénis ; p.st., pointes sternales servant de dispo¬
sitif de rétention de l’abdomen ; pl — p5, péréiopodes
1 à 5 ; p5, emplacement du 5^ péréiopode.
r, rainure du plastron sternal où se loge la partie distale
du pli ; r 4/5, 5/6 et 6/7, repli des endophragmes 4/5,
5/6 et 6/7 ; r.m. 4/5, repli médian 4/5 ; r.m. 4/5 -|- 5/6,
Source : MNHN, Paris
replis médians fusionnés des endophragmes 4/5 et 5/6 ;
r. s., rebord saillant longeant la cavité sterno-abdomi-
nate ; r.v., replis vulvaires.
, soie terminale du pl2. Sur la figure 30, ligne de suture.
Sur la figure 54, soies à la limite du premier segment
abdominal et de la carapace ; s6, s?, s8, stemites 6,
7 et 8 ; s. 8, sillon sur le sternite 8 ou portion de stemite
8 laissée à découvert quand l’abdomen est rabattu ;
s 6/7, sillon 6/7 ; sa, saillie sternale de rétention de l'abdo¬
men ; sa (pl], saillie de rétention de l’abdomen sur la
coxa de pl ; sa (p2), saillie de rétention de l’abdomen
sur la coxa de p2 ; sa (stj, saillie sternale de rétention
de l'abdomen ; s.c. 8, sillon incomplet sur le sternite 8 ;
si 6/7 — si 7/8, sillon prolongeant dans la cavité stemo-
abdominale les sutures 6/7 et 7/8 ; s.i. 8, sillon incomplet
sur le sternite 8 ; s.l., sillon longitudinal médian sur le
sternite 4 ; s.r., saillie de rétention de l’abdomen ;
s. s.p., soudure atemo-ptérygostomienne ; st., stemite
thoracique ; st. 4 — st. 8, sternites thoraciques 4 à 8 ;
s.t., selle turcique ; st.ab.l, premier stemite abdominal ;
8t.ab.2, deuxième stemite abdominal ; at.4, st. 8,
sternites thoraciques 4 et 8.
t, telson ; t.c., tubercule coxal ; t.d., tube digestif ; t.m.,
tubercule médian sternal ; t.p., tubercule pénien ;
t.r., tranchées latérales continuant la cavité stemo-
abdominale et abritant les péopodes mâles.
ur, uropode.
V, vulve ; vg, vagin.
z.m., zone membraneuse; z.r., zone recouverte par les
mxp3 ; Z.S., frange sétifère.
1-8, stemites thoraciques 1 à 8 ; 8, portion du stemite 8
laissée à découvert ; 2 -|- 3, stemites thoraciques 2 -|-
3; 4/5 — 7/8, endosternites 4/5 à 7/8; 1/2 — 7/8,
sutures sternales thoraciques 1/2 à 7/8; 2/3 — 7/8
(plastron sternal), sutures thoraciques 2/3 à 7/8; 3/4
— 7/8 (plastron sternal), sutures thoraciques 3/4 à
7/8; 3/4 — 6/7 (système endophragmal), endosternites
thoraciques 3/4 à 6/7 ; 3/4 — 7/8 (système endophrag-
mal), endosternites thoraciques 3/4 à 7/8.
Source ; MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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