MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME XX
FASCICULE 3
L. MATILE
MORPHOLOGIE ET BIOLOGIE
D’UN INSECTE DIPTÈRE CAVERNICOLE
SPEOLEPTA LEPTOGASTER WINNERTZ
(MYCETOPHILIDAE)
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36, Rue Geofïroy-Saint-Hilaire (V e )
Source : MNHN, Paris
MEMOIRES Ml RISËLM NiTIOML I» HISTOIRE IUTIIHU
Série A. Zoologie. Tome XX, fascicule 3. — Pages 219 à 242
MORPHOLOGIE ET BIOLOGIE D’UN DIPTERE CAVERNICOLE
SPEOLEPTA LEPTOGASTER WINNERTZ
( MYCET OPHILID AE )
par
L. MATILE
SOMMAIRE
Introduction
Morphologie
I. L’adulte .
A) La tête.
B) Le thorax.
C) Les appendices thoraciques ...
1. Les pattes.
2. Les ailes .
— articulation basale
— nervures .
— variations alaires .
3. Les balanciers.
D) L’abdomen .
1. L'appareil génital mâle..
2. L’appareil génital femelle
II. La larve .
A) La tête.
B) Le corps .
III. La nymphe .
Biologie
I. L’habitat .
II. Les mœurs.
III. La répartition .
IV. Conclusions......
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XX
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INTRODUCTION
Classée tout d’abord par Winnertz (1863) dans le genre Polulepta
Edwards a créé pour cette espèce (1925) le genre Speolepta, dont elle
est le seul représentant.
Source : MNHN, Paris
SPEOLEPTA LEPTOGASTER WINNERTZ
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Rare dans le domaine épigé, elle est assez fréquente dans le domaine
souterrain, d’où proviennent tous les spécimens que nous avons étudiés.
Bien que souvent mentionnées dans la littérature biospéologique, l’ana¬
tomie et la biologie de cet insecte sont mal connues, à l’exception de la
larve, dont la morphologie et les mœurs ont fait l’objet de publications
de M. Cheetham (1920) et surtout du R. P. D r H. Schmitz (1912).
Nous essaierons donc dans ce travail de décrire succinctement les
différents états de l’insecte, en insistant surtout sur l’adulte, qui n’a pas
encore été étudié de manière détaillée, et de faire la somme des obser¬
vations, réparties sur deux ans et demi, que nous avons pu réaliser in vivo
au cours de plus d’une centaine d’explorations de grottes et carrières
souterraines.
MORPHOLOGIE
I. L’ADULTE
A) La tête
Eio. 2. — Vue dorsale de l’appareil buccal. — Cl : clypeus ; Lap : labelle apicale ; Lbas :
labelle basal ; L-Ep : labre-épipharynx ; P : palpifère ; Pmx : palpe maxillaire ; Oc :
ocelles ; Oe : œil ; OsP : organe sensoriel du palpe ; Tax : tige axiale interne du labium.
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L. MATILE
Tête allongée, aplatie dorso-ventralement, placée sous le thorax.
Occiput bordé par une collerette de soies. Yeux ovalaires, noirs, couverts
de cils microscopiques. Trois ocelles en arc de cercle convexe en avant,
l’ocelle médian plus petit que les deux externes, ceux-ci plus éloignés
de la ligne médiane que de la marge oculaire. Antennes filiformes, de
2 + 14 articles chez le mâle, de 2 + 11 à 2 + 13 chez la femelle.
Le rostre est court. Le clypeus (fig. 2, Cl) porte à la face supérieure
trois fortes soies médianes, et latéralement trois ou quatre autres soies
réunies par la base. Il est soutenu antérieurement par un anneau faible¬
ment sclérifié, en relation avec un groupe de sclérites inférieurs.
Les palpes maxillaires (fig. 2, Pmx) sont formés de cinq articles. Le
stipes, ou palpifère (P), peu visible, assure l’articulation au sclérite
maxillaire. Le deuxième article est globuleux, le troisième quatre fois
aussi long que large, le quatrième six à sept fois, et le dernier douze à
treize fois. Ces deux derniers articles sont pendants.
Le labium est composé de deux labelles de chaque côté, et d’une
tige axiale interne (Tax). Les labelles basales (Lbas) sont peu épaisses
et ne portent que de petites soies sur le bord externe. Les labelles apicales
(Lap) sont au contraire globuleuses, et portent une dizaine de fortes soies.
Fig. 3. — Vue ventrale des sclérites rostraux et céphaliques (schématique). — An. :
anneau péri-clypéal ; Apf : apophyses fulcrales postérieures ; F : fulcrum ; Pf : pal-
E itère ; Pr : prémentum ; ScCa : sclérites céphaliques antérieurs interne et externe :
cCp : sclérite céphalique postérieur ; ScH : sclérite en H ; Sep : sclérite paraprémontal :
Tax : tige axiale interne du labium.
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Palpes maxillaires et labelles sont soutenus par des sclérites rostraux.
Un seul, impair, entre en relation avec les palpes. C’est le « sclérite en T »
de Gouin (chez Tipula ). Chez Speolepla, la tige du T est réduite à une
petite apophyse médiane de la traverse (fig. 3, ScT). Celle-ci s’articule
au palpifère. De chaque côté de celui-ci s’articulent également 2 sclérites
céphaliques antérieurs (ScCa), dont l’externe entre aussi en relation avec
un sclérite céphalique postérieur (ScCp).
Les labelles sont soutenues par un épaississement sclérifié antérieur
et interne de chacune d’elles, qui se rejoignent en une tige axiale interne
(Tax) s’articulant au prémentum (Pr). Latéralement au prémentum,
sont fixés deux sclérites arqués, les sclérites paraprémentaux (Sep).
En arrière du prémentum et du sclérite en T s’étend le fulcrum (F),
en forme de gouttière. En arrière, ses bords, aplatis, s’élargissent et
forment les apophyses fulcrales postérieures (Apf). Ventralement à
l’ensemble formé par le prémentum et le sclérite en T, se trouve un
sclérite impair en forme de H (ScH). Les extrémités antérieures de ses
branches latérales se recourbent vers le haut et rejoignent le bord anté¬
rieur du rostre, complétant ainsi l’anneau périclypéal (An).
B) Le thorax
Le calus huméral porte trois ou quatre soies (fig. 4, 8). Séparé du
calus huméral par une suture incomplète, le propleure se divise en deux
parties : épisternum, ou propleure proprement dit (fig. 5, Ppl), et épi-
Fio. 4. — Chétotaxic schématique du thorax. — 1 : acrosticales ; 2 : dorsocentrales;
3 : intraalaircs ; 4 : supraalaires ; 5 : postalaires ; <i : uotopleuralcs ; 7 : posthumérales ;
8 : humérales; 9 : présuturales ; 10 : préscutellaires ; 11 : latérales; 12 : basales;
13 : discoïdales ; 14 : apicales.
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mère (Ep), au-dessus de l’insertion de la première hanche. La procoxa
(Pcx) est formée par l’épaississement et la réunion des bords inférieurs
de l’épimère et de l’épisternum. Une soie propleurale, parfois une seconde,
piliforme.
Le prosternum comprend deux sclérites : basislernum (fig. 6, BSt I),
divisé par une suture sagittale en deux anneaux incomplets entourant
l’insertion de la première hanche, et furcasternum (FcSt 1), plus petit,
triangulaire.
Le mésonotum, d’un brun-noir luisant, présente des traces de trois
minces bandes longitudinales noires. Dix soies acrosticales petites, ne
s’étendant pas au-delà du tiers antérieur du scutum (cf fig. 4, 1). Seize
dorsocentrales (2) disposées en ligne oblique en bas et en dehors. Sclérites
pleuraux bruns, sauf le ptéropleure. Anépisternite (ou mésopleure, fig. 5,
Méspl) petit, mal délimité en haut, entrant en relation avec deux sclérites
basalaires métathoraciques. Katépisternite (ou sternopleure, Stpl)
Fio. 5. — Vue latérale du thorax. — Bst : basisternum ; Ch : calus huméral ; Ep : épinière
Hypl : hypopleure ; Méspl : mésopleure ; Métpl : métapleure ; Pcx : procoxa ; PoSc :
postscutellum ; Ppl : propleure ; PrSc : préscutum ; Ptpl : ptéropleure ; Sc : scutum :
Scut : scutellum ; Sp : suture pleurale ; Stg : stigmate prothoracique ; Stg. M : stigmate
métathoracique ; Stpl : sternopleure.
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volumineux, extrémité inférieure saillante, s’intercalant entre les hanches
antérieures et moyennes (voir fig. 5 et 6). Epimère (ou ptéropleure, Ptpl)
peu cutinisé, jaunâtre, 'séparé de l’anépisternite et du sternopleure par
la suture pleurale (Sp). Métapleure (Métpl) aussi développé que le ster¬
nopleure.
Mésosternum bien moins développé que le prosternum. Basister-
num (fig. 6, BSt II) réduit, sans limites précises. Furcasternum (FcSt II)
également petit, formé d’une petite apophyse transversale d’où se déta¬
chent les fourches sternales et d’une lame triangulaire longitudinale
mince se détachant de la précédente.
Fie. (i. — Vue schématique de la face sternale du thorax, hanches enlevées. — BSt :
basisternum ; FcSt : furcasternum ; Sel : sclérite cervical ; Stpl : sternopleure.
Postscutellum (fig. 5, PoSc) nu, lisse, faiblement arqué. Hypopleure
(Hypl) de petite taille, carré, en partie membraneux en haut et en arrière,
où il porte le stigmate métathoracique (Stg M).
Métasternum encore plus réduit que le mésosternum. Basisternum
(BSt III) sans limites latérales précises avec les pleures, présentant une
apophyse antérieure triangulaire qui rejoint celle du mésofurcasternum.
Furcasternum (FcSt III) mince, parcouru par une suture longitudinale
médiane.
Source : MNHN, Paris
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.. MATILE
C) Appendices thoraciques
1) Les pattes
Pattes grêles, plus longues que le thorax et l’abdomen réunis. Hanches
jaunes très développées, portant de nombreuses soies noires disposées
sans ordre apparent sur la moitié antérieure des deux premières et la
moitié postérieure de la dernière. Trochanters noirs, bien visibles. Fémurs
allongés et robustes, jaunes avec de nombreuses soies noires serrées.
Une rangée de fins macrochètes sur le bord antérieur. Tibias près de
deux fois plus longs que les fémurs, portant chacun deux éperons jaunes.
Protarses un peu plus courts que les tibias, article suivant (2 e ) trois fois
plus court. Les trois derniers articles sont chacun environ deux fois plus
courts que celui qui les précède.
2) Les ailes
Les ailes sont grandes, larges, aussi longues (femelle) ou plus longues
(mâle) que l’abdomen. Entre le thorax et les nervures qui soutiennent
l’aile, la liaison est assurée par un certain nombre de sclérites alaires, ou
ptéralia. Ceux-ci ont été peu étudiés chez les Mycétophiles, et la litté¬
rature les concernant est pratiquement inexistante pour cette famille.
Articulation basale (fig. 7)
Les sclérites axillaires sont théoriquement au nombre de quatre chez
les Diptères. En fait, ils peuvent se diviser en plusieurs pièces, et cer¬
taines parties de la membrane basale de l’aile peuvent de plus présenter
des chitinisations secondaires.
Premier sclérite (sclérite thoracique, 1 ax) allongé en forme de « boome¬
rang ». L’une de ses branches semble entrer en relation avec la nervure
sous-costale (Sc), mais son trajet est couvert en partie par un repli en
écaille de la membrane se détachant de la partie basale de la nervure
costale (C). L’autre s’articule avec le deuxième sclérite basalaire méta-
thoracique (Sc bas).
Le deuxième sclérite (radio-médian, 2 ax) dépend théoriquement
des nervures radiale (R 1) et médiane (M). En fait, cette association
n’est réalisée que par ses relations avec le « complexe intermédiaire »
(3 ax, a b c).
Troisième sclérite complexe, (sclérite intermédiaire, ou plaque del¬
toïde, 3 ax) divisé en plusieurs pièces. La plus importante, le sclérite
intermédiaire central (3a) présente des apophyses articulaires pour les
deux autres, ainsi que pour les 2 e et 4 e sclérites axillaires. Lors des mou¬
vements de l’aile, l’apophyse articulaire avec ce dernier (4a) tourne autour
du sclérite, qui reste fixe. Une apophyse chitineuse faible se détache
également du sclérite intermédiaire central vers le cordon alaire (Ca). Le
Source : MNHN, Paris
SPEOLEPTA LEPTOGASTER WINNERTZ
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deuxième sclérite intermédiaire (3b) assure la liaison de la plaque del¬
toïde avec la plaque médiane antérieure (Pma). Le troisième est réduit
et entre en relation avec le bord externe du radio-médian.
Fio. 7. — Base de l’aile. — 1, 2, 3, 4 ax : sclérites axillaires ; Ca : cordon alaire ; h :
transverse humérale ; Pma : plaque médiane antérieure ; Pmp : plaque médiane pos¬
térieure ; Scbas : sclérite basalalre.
Le quatrième sclérite axillaire (sclérite anal, 4 ax) est divisé en deux
parties. La première (4a) est fixe et s’articule avec le sclérite inter¬
médiaire central ; la deuxième (4b), mobile, semble servir d’intermédiaire
entre le thorax et le cordon alaire.
Ce dernier est bien marqué. Il suit d’abord le bord de l’alule, où il
porte de longues soies, puis, mieux sclérifié, relie l’alule à la plaque
médiane postérieure (Pmp), réalisant ainsi la seule liaison directe entre
celle-ci et les sclérites axillaires.
La plaque médiane antérieure, la plus longue, donne naissance à la
nervure radiale. Fortement convexe, large, elle porte une série de macro-
chètes, plus nombreux vers la base de l’aile, diminuant en nombre et en
taille en se rapprochant de la naissance de la radiale. La plaque médiane
postérieure est plus petite, noircie, dépourvue de ciliation. Elle donne
successivement naissance, de dedans en dehors et d’arrière en avant, aux
nervures anale I, cubitale postérieure, cubitale antérieure et tronc com¬
mun des médianes.
Source : MNHN, Paris
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L. MATILE
Nervures
La nervation de l’aile a été étudiée en éclairage oblique, de façon à
pouvoir distinguer nervures convexes, ou hautes, et concaves, ou basses.
En règle générale, les nervures radiale antérieure, cubitale antérieure et
le groupe des anales sont convexes, et les sous-costale, médiane posté¬
rieure et cubitale postérieure sont concaves.
Costale (fig. 8, C) dépassant légèrement l’extrémité de la nervure
médiane. Sous-costale (Sc) faible, se divisant en deux branches, Sc 1 et
Sc 2 vers la moitié du premier segment radial. Sc 1 se terminant libre¬
ment un peu avant la cellule radiale, Sc 2 très courte, parfois puncti¬
forme. La sous-costale est reliée d’autre part à la costale par une trans¬
verse oblique, la transverse humérale (h).
Fia. 8. — Aile et variations alaires.
Source i MNHN, Paris
SPEOLEPTA LEPTOGASTER WINNERTZ
229
La nervure suivante, convexe, doit donc représenter la radiale anté¬
rieure (R 1). Prenant naissance de la plaque médiane antérieure, elle
s’étend jusqu’au dernier quart de l'aile, où elle rejoint la costale. A sa
base, une série de soies bien visibles. Le reste des radiales est représenté
par la nervure transverse formant la limite externe de la cellule radiale,
qui doit être donc numérotée R 2 + 5. La cellule radiale subit d’impor¬
tantes variations, qui peuvent aller jusqu’à sa disparition totale. Elles
feront l’objet d’un paragraphe spécial.
La médiane comprend un tronc commun se divisant en deux branches.
Le tronc commun se détache de la plaque médiane postérieure, et se
prolonge jusqu’à un peu avant la cellule radiale. La branche antérieure
(MA), convexe, représente la totalité du secteur médian haut. Elle décrit
dans le dernier tiers de l’aile une courbe convexe en avant, mais sa sinuo¬
sité est beaucoup moins accentuée que chez les Polylepla. La branche
postérieure (MP), concave, se divise vers la moitié de l’aile pour former
la fourche médiane, dont les deux branches, MP 1 et MP 2, ne divergent
que très légèrement, à leur extrémité apicale. MPI et MP2 portent une
ciliation d’étendue variable, pouvant disparaître chez certains specimens.
Le groupe des cubitales comporte deux branches également. La
première, convexe, forme la fourche cubitale (CuA 1, CuA 2), un peu avant
la naissance de la fourche médiane. La fourche cubitale est ciliée sur
toute sa longueur, et fortement divergente à son extrémité. La cubitale
postérieure, concave, naît de la plaque médiane postérieure indépendam¬
ment de la cubitale antérieure, c’est un pli peu distinct (CuP), qui suit
le trajet du pétiole de la fourche cubitale.
La nervure anale A 1, convexe, suit le parcours de CuP, et se termine
bien avant elle. Quant à la deuxième anale (A 2), elle est réduite à l’état
de trace.
Variations alaires
A l’exception d’un specimen où la nervure MP 1 s’arrête aux 2/3 de
sa longueur normale, toutes les variations observées se rapportent à la
cellule radiale, classiquement décrite comme triangulaire. La présence
de variations a déjà été signalée par Winnertz lui-même (1863), et
de Man (1884) signale un cas de nervation anormale ; le dessin donné
par Edwards (1925) est d’ailleurs légèrement atypique, et se rapproche
de celui de la figure 8 d, mais aucune étude détaillée n’a été entreprise
jusqu’ici.
Les anomalies peuvent se présenter sur l’une ou l'autre des ailes, ou
sur les deux. Elles se ramènent essentiellement à un déplacement de la
radiale basse R 2 + 5 entre les deux nervures qui l’encadrent. Tout se
passe comme si R 2 -J- 5 se rapprochait progressivement de la transverse,
jusqu’à être totalement ou partiellement résorbée. Les dessins de la
figure 8 représentent les principaux types de cellules rencontrés, les cas
8a et f étant connus respectivement de un et de deux specimens. On
Source : MNHN, Paris
230
L. MAT1LE
voit que le stade final de l’évolution est la disparition totale de la nervure
radiale basse, cas réalisé dans de nombreux genres de Mycétophiles. Une
étude statistique sommaire permet de préciser que la cellule triangulaire,
telle qu’elle est décrite par les auteurs, n’est pas, et de loin, la plus fré¬
quente. 11 semble donc bien que ce soit la forme quadrangulaire qui
représente la normale. J’ai eu l’occasion d’examiner un specimen reçu de
Suisse (Grotte des Crosses, Valais, via Aellen), et correspondant à ce
type, ce qui n’est pas en faveur de l’hypothèse d’une simple variation
géographique. Il faut noter également que les femelles sont moins sujettes
aux variations que les mâles. Enfin, une proportion non négligeable de
specimens des deux sexes représente les individus « mixtes », possédant
une aile de chaque type.
Le tableau suivant résume ces faits. Les pourcentages sont calculés
à partir d’une soixantaine de specimens, compte tenu de quelques exem¬
plaires ne pouvant entrer dans les catégories définies (cf fig. 8, e, f).
Mâles
Femelles
Type cellule rectangulaire
Type cellule triangulaire
Type « mixte »
3) Les balanciers
Balanciers longs, bien développés, s’insérant sur une partie mem¬
braneuse de l’anneau pleurosternal métathoracique au moyen de deux
très petits sclérites noirs. Ceux-ci semblent être en relation avec deux
autres sclérites, moins bien chitinisés, qui forment deux replis en écaille
à la base du scabellum. Pédicelle grêle, porteur de forts macrochètes.
Capitule bruni, également muni de longues soies sensorielles.
D) L'abdomen
Abdomen grêle, brun, de 5 à 6 fois plus long que le thorax chez le
mâle, plus court chez la femelle. Premier segment plus court que les
suivants, sternite réduit ; une couronne de très longues soies sub-basales.
Deuxième près de deux fois aussi long que le premier, les trois suivants
subégaux, VI, VII et VIII décroissant en longueur, le VIII subissant des
modifications d’importance variable suivant qu’il s’agit d’un mâle ou
d’une femelle. Tous les segments portent des macrochètes clairsemés,
plus petits vers la marge apicale.
1. Appareil génital male (fig. 9 et 10).
Il est remarquable par le fait qu’il a subi une torsion de 180° après
l’éclosion de l'imago. De tels hypopyges « inversés » sont de règle chez
les Culicides, les Dixides, les Psychodides, ainsi que dans quelques genres
Source : MNHN, Paris
SPEOLEPTA LEPTOGASTER WINNERTZ
231
et espèces d’autres familles (Asilides, Bombyliides, Limnobiides). Chez
les Mycetophilides, cette structure n’a jusqu’ici été signalée que du genre
Diadocidia.
, * n ï ,
Vio. !). — Appareil génital mâle, face dorsale. — An : anus ; Fps : forceps ; (Ion : gona-
pophyse ; SgAn : segment anal (tergite et stemite X) ; St IX : sternite IX ; T VII.
VIII, IX : tergites ; Tg : trigonapophyses.
Cette inversion se signale chez Speolepta par deux caractères ana¬
tomiques principaux : position ventrale des forceps, et position dorsale
de l’anus par rapport à l’orifice génital. Elle est prouvée parle croisement
dans l’abdomen de l’intestin et du tube génital.
Le neuvième segment est composé d’une pièce ventrale et d’une pièce
dorsale, soit respectivement, étant donné l’inversion, le tergite et le
sternite IX. Sternite IX en forme de lame semi-circulaire, dont le bord
antérieur est recouvert par le tergite VIII et le bord postérieur recouvre
la base du cône anal. Tergite IX beaucoup plus développé, fortement
concave en haut. Ses bords se recourbent vers la ligne médiane, formant
un étroit rebord sensiblement horizontal portant de forts macrochètes.
Son bord postérieur est arrondi latéralement en deux lobes ciliés, et for¬
tement échancré au milieu, formant l’émargination cercale, ouverte
dans une saillie interne du fond du 9 e tergite. Cette saillie est limitée
Source : MNHN, Paris
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L. MATILE
en avant et sur les côtés par l’insertion de la membrane basale du pénis.
Du 9 e segment, dépendent les forceps et les gonapophyses. Forceps
(lig. 9 et 10, Fps) étroits et allongés, en forme d’accent circonflexe large¬
ment ouvert. A la hauteur de l’angle ainsi formé, une saillie du bord
externe porte deux soies longues et robustes qui dépassent l’extrémité
des forceps. Les gonapophyses sont logées dans la face interne, concave.
Fig. 10. — Appareil génital mâle, vue latérale schématique. - Lettres comme sur la
ligure 9 ; TbG : tube génital ; TD : tube digestif.
des forceps. Elles sont en grande partie membraneuses, et portent des
soies sensorielles fines disposées irrégulièrement sur leur moitié postérieure.
Le pénis et ses dépendances forment un ensemble complexe en grande
partie interne. Le pénis est un tube allongé, élargi en V à son extrémité
antérieure. Le sommet des branches de ce V est relié au bord interne de
l’entonnoir paraphallique, assurant ainsi la suspension du pénis à ses
dépendances, les trigonapophyses et le paraphallus. Ce dernier a la forme
d’un entonnoir très ouvert en haut et en dedans, dont le bord externe est
bien plus fortement chitinisé que le reste. Les entonnoirs droit et gauche
sont reliés sur la ligne médiane par une apophyse se détachant du bord
interne. Les trigonapophyses (Tg) sont deux très longues languettes qui
s’étendent de l’entonnoir paraphallique à l’extrémité des forceps, par¬
tiellement soudées au paraphallus. Elles naissent au niveau du para-
phallus par une boucle sclérifiée tordue dans un plan oblique en bas et en
dehors. Très longues, minces et aplaties, elles s’élargissent et se recourbent
légèrement en dehors à leur extrémité. Pénis et dépendances sont soute¬
nus par un ensemble de sclérites et de membranes : apodème du pénis,
thèque et membrane basale, dépendant toutes du tergite IX.
Source : MNHN, Paris
SPEOLEPTA LEPTOGASTER W1NNERTZ
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Le segment anal forme un cône (SgAn) logé entre le sternite IX et
le rebord horizontal du tergite IX. Il correspond au 10 e segment abdo¬
minal. Chacune des deux pièces du cône est fortement échancrée sur la
ligne médiane. La pièce supérieure (sternite X) est de plus bordée de
fortes soies. Le tube digestif (lig. 10, TD) se termine par l’anus à ce niveau,
venant ainsi se placer en position dorsale, le tube génital accomplissant
le trajet inverse (cf fig. 10, TbG). Le croisement s’effectue à la hauteur
du 7° ou du 8 e segment, et constitue la preuve définitive de la rotation
de 180° par l’appareil génital (il faut remarquer que la figure 10 a été
dessinée d’après un exemplaire préparé au carmin acétique, d’où la
distension des membranes).
2. Appareil génital femelle (fig. 11 et 12).
Contrairement à ce qui se passe chez le mâle, le 8 e segment est chez
la femelle profondément modifié, surtout en ce qui concerne son sternite.
Il est fendu sur une grande partie de sa longueur, les bords de cette fente
étant soulevés en deux lobes semi-circulaires, les gonapophyses (fig. 12,
Fia. 11. - Appareil génilal femelle, face dorsale. - Ann : anneau de soutien du dixième
segment ; Cq 1 et 2 : cerqucs ; Plt : plaque tergale du dixième segment.
Gon.). Leur bord est dentelé par l’insertion de fortes soies qui s’entre¬
croisent sur la ligne médiane. Dans l’échancrure comprise entre les gona¬
pophyses se trouve l’orifice génital (OG). En avant de cette ouverture,
on peut distinguer les spermathèques
Tergite IX en forme d’anneau incomplet, sternite réduit, sub-mem-
braneux, semi-circulaire, inséré dans l’échancrure des gonapophyses.
Segment X complexe, porteur de nombreuses dépendances. En avant,
un anneau noir, fortement cutinisé (fig. 11, Ann). Dorsalement, une
plaque tergale (Plt) porteuse de forts macrochètes, est comprise entre les
Source : MNHN, Paris
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L. MATILE
deux premiers articles des cerques. Ceux-ci sont aplatis longitudinale¬
ment (sur la fig. 11, ils sont dessinés aplatis, tels qu’ils se présentent en
préparation microscopique). Les deux articles (Cq 1 et 2) sont couverts
de soies sensorielles. Enfin, ventralement, une plaque sternale (fig. 12,
Fie. 12. — Appareil génital femelle, face ventrale. — Cq 1 et 2 : cerqucs ; Gon : gonapo-
physes ; OG : orifice génital ; P 1 S t : plaque sternale ; Sgmt X : segment X ; seg¬
ment X ; TbG : tube génital.
PISt) appartient aussi au segment X. Elle est parcourue par une dépres¬
sion membraneuse profonde, bordée de chaque côté par une série de
fortes soies. Les deux lobes ainsi déterminés correspondent aux styles,
et servent à guider les œufs lors de la ponte.
Plusieurs femelles gravides ont été trouvées en diverses cavités. Les
oeufs, longs d’une vingtaine de microns, ne portent aucune ornementa¬
tion sur la coque. Le tube génital en contient en général de cinquante à
soixante.
II. LA LARVE
L’anatomie de la larve de Speolepla leplogasler a déjà fait l’objet
d’un important travail du R. P. Dr Schmitz (1911). Cette étude étant
très complète, je me bornerai à donner ici un bref aperçu de la morpho¬
logie, en insistant surtout sur l’appareil céphalique.
Source : MNHN, Paris
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A) La tête (Fig. 15, A et B)
C’est une capsule chitineuse un peu plus longue que large, percée
de deux orifices : bouche et foramen occipital. Ce dernier, en forme de
cœur, est presque entièrement situé à la face inférieure (B, Occ). Il porte
deux apophyses dirigées en dedans, que Schmitz assimile à un tento-
rium rudimentaire. Les orifices buccal et occipital, proches sur la face
ventrale, sont séparés par une plaque mince représentant la suture lon¬
gitudinale de déhiscence. Deux autres sutures, dorsales (A, Sf), déli¬
mitent la plaque frontale (Pf), ou clypeofrons.
Fio. 13. — Larve, faces dorsale (A) et ventrale (B) de la tête (terminologie de Schmitz.) —
Ann : anneau vertical du labium ; Ant : antenne ; Ap : apophyse postérieure ; C ext.
et int. : caissons externe et interne de la maxille ; cL : cercles du labre ; EL : étrier
du labre ; L : labre ; Md : mandibule ; Mx : maxille ; Occ : foramen occipital ; Pf :
plaque frontale ; Pmx : plaque maxillaire ; SdL : soies dorsales du labre ; Sf : suture
frontale ; TOc : tache oculaire.
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ITILE
Les cupules antennaires sont entourées d’un fort anneau chitineux,
d'où se détache en avant et en dehors une apophyse robuste s’articulant
avec le condyle supérieur de la mandibule, et représentant probablement
le « phragme antennaire » de Gouin. Les antennes (A, Ant) sont très peu
développées, limitées par une pellicule transparente bombée en verre
de montre. En arrière, se trouvent les taches oculaires fonctionnelles
(A, TOc).
Labre (L) bien développé, charnu, soutenu par une armature chiti-
neuse en forme d’étrier (A, EL). Trois sortes d’organes sensoriels : deux
paires de soies dorsales (A, sdL), cinq paires d’épines courtes, et des
cercles clairs de nature imprécise sur la face ventrale. (cL).
Mandibules (B, Md) recouvertes par le labre et les maxilles. Elles
comprennent trois parties : corps, marge et lacinia. Le corps porte 2
condyles dans sa moitié antérieure. A sa partie postérieure et externe,
s'insère le muscle adducteur ; le rétracteur s’insère à l’angle postéro-
externe. La partie marginale, interne, est formée de cinq grosses dents
superposées. La lacinia, en forme de coin, frangée de longues soies fines,
se trouve entre les plus postérieure des dents marginales et la plaque
d’insertion de l’adducteur. D’après Schmitz, les mandibules servent à
arracher les particules alimentaires de la paroi de la caverne. Ses obser¬
vations in vivo montrent qu’elles s’ouvrent lentement, et se referment
brusquement, « comme des ressorts #.
Les maxilles ferment la cavité buccale sur la face inférieure. Bien
développées, elles comprennent trois parties réunies par la base : caisson
externe (B, G ext), caisson interne (C int), porteur de nombreuses petites
soies sur son bord interne, et apophyse postérieure (Ap), recouverte
ventralement par une plaque quadrangulaire transparente, la plaque
maxillaire (PMx), dont les bords interne et externe sont épaissis en
baguette.
Labium rudimentaire, dissimulé sous les autres pièces buccales. 11
est soutenu par un système complexe de baguettes chitineuses, dont
une partie est visible entre les plaques maxillaires. C’est un anneau
vertical (B, Ann) courbé en épingle à cheveux, et échancré par le canal
d’accès de la glande salivaire. La structure de cet appareil (sans doute
l’hypopharynx) a été très bien représentée par Schmitz. Schématique¬
ment, on peut le comparer à deux épingles à cheveux dont l’inférieure
serait perpendiculaire à la supérieure et soudée à elle vers son milieu.
L’« épingle » supérieure a ses deux extrémités fortement redressées en
haut, et ses deux branches se joignent au sommet par l’intermédiaire
d’un organe musculeux en brosse, que Schmitz appelle la « langue».
B) Le corps (Fig. 14)
Recouvert d’un tégument fin et transparent, il comporte trois seg¬
ments thoraciques et dix segments abdominaux. La tête est souvent
Source : MNHN, Paris
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rétractée en totalité ou en partie dans le 1 er segment thoracique. A son
bord postérieur, se trouve la paire de stigmates fonctionnels prothora¬
ciques (Stg). La larve est donc propneustique, comme chez Polylepta, ce
qui est rare chez les Mycétopliiles. Les segments méso et métathoraciques
sont un peu plus grands. Le troisième renferme le procentricule. Chez les
larves âgées, les disques imaginaux sont visibles (D Im).
Les segments abdominaux sont de deux types. Les sept premiers
augmentent progressivement de longueur. Sauf le I, ils comprennent
Source : MNHN, Paris
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L. MATILE
deux parties : antérieure, locomotrice, pourvue de muscles cutanés lon¬
gitudinaux et transversaux, et de rangées de minuscules épines chiti-
neuses (organes sensoriels ?), et postérieure, plus grande, lisse, renfermant-
des lobes graisseux, sans rôle dans la locomotion. Les trois derniers seg¬
ments deviennent rapidement de plus en plus courts et étroits. Le IX
est en partie rétracté dans le VIII, et le X l’est complètement, en doigt
de gant, dans le IX (du moins sur le vivant). Le segment X porte l’anus,
en position centrale.
III. LA NYMPHE
Nymphe libre (fig. 15), suspendue à la paroi de la grotte par un fil.
Antennes (Ant) recourbées autour des yeux, se prolongeant ensuite entre
les ailes et les pattes. Celles-ci (PA) sont appliquées sur la partie sternale
Fio. 15. — Nymphe. — Ant : antennes ; P : palpes ; PA : pattes ; Stg. pr : stigmate
prothoracique ; Stg : stigmates abdominaux.
du thorax et la face ventrale de l’abdomen. Ptérothèque (Pter) libre sur
toute sa longueur, indépendante de l’abdomen. Un stigmate prothocique
(Stg pr) et six stigmates abdominaux (Stg) sur les segments II à VIII.
Source : MNHN, Paris
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BIOLOGIE
I. HABITAT
Speolepta kptogaster a été trouvé aussi bien dans les cavités sou¬
terraines artificielles que dans les grottes. Trois conditions importantes
régnent dans ces milieux. L’obscurité est la première qui vienne à l’esprit.
En fait, elle ne joue pas un très grand rôle en ce qui concerne Speolepta.
La majorité des cavités souterraines possède des entrées suffisamment
larges pour entretenir dans les premiers mètres une zone de pénombre.
C’est là que l’on rencontre le plus de spécimens. Larves et adultes s’en¬
foncent rarement très profondément sous terre, mais ceci tient probable¬
ment à la plus grande abondance de nourriture disponible aux entrées.
J’ai rencontré des larves en zone d’obscurité totale, à plus d'une centaine
de mètres de l’ouverture de la grotte, et il semble que le facteur limitant à
leur répartition sous terre soit plutôt un seuil d’éclairement qu’un seuil
d’obscurité.
Deux autres conditions sont plus importantes. Dans nos régions,
la température ne varie pas de plus de quelques degrés autour d'une
moyenne de 10-12°. Le taux de l’humidité de l’air est toujours voisin
de 100%. De plus, l’air des grottes est le plus souvent très calme. Les
cavités de type « trou souffleur » sont généralement quasi azoïques.
L’ensemble de ces conditions est sans doute la cause de la constance de la
reproduction sous terre de Speolepta leptogasler. Il semble certain égale¬
ment que les conditions extérieures seraient peu favorables aux fragiles
larves de Speolepta.
IL MŒURS
La larve tisse une toile lâche, composée d'un fil principal horizontal
sur lequel elle se tient, soutenu par les fils plus minces et beaucoup plus
courts formant un réseau irrégulier. Ces fils sont couverts de goutelettes
de condensation. La toile est tissée entre des aspérités de la paroi, coulée
stalagmitique ou fissure entre les pierres, ou bien fréquemment à la face
inférieure de celles-ci (quand elles appartiennent à la paroi). Trois hypo¬
thèses ont été envisagées quant à la nutrition de la larve. D'après
Enslin la larve serait carnivore, et dévorerait les proies prises dans sa
toile. Cependant, on ne signale pas dans la littérature de cas de débris
trouvés dans la toile. J’y ai vu une fois une Leplocera desséchée, mais elle
était intacte. Surtout, la larve est très peu mobile et semble incapable
de quitter le fil principal de sa toile, même si on la stimule avec une pince
de chasse, par exemple. Dans ces conditions, seules pourraient lui être
utiles les proies tombant directement sur sa toile, et l’on se heurte à la
première objection. On a aussi classé la larve parmi les guanobies (Jean-
nel). 11 est très probable que l’animal se nourrit parfois de guano quand
il en trouve sur les parois, mais ce cas est loin d’être le plus fréquent. Ce
Source : MNHN, Paris
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L. MATILE
genre de nourriture est en tout cas exclu en ce qui concerne les larves
situées dans de petites anfractuosités, ou à la face inférieure d’une pierre
saillante. L'hypothèse la plus probable (Schmitz, Lehuth) est qu’elle
mange les microorganismes divers, Algues, Bactéries ou Champignons, qui
recouvrent les parois des cavités souterraines. Les Algues notamment
sont abondantes dans toute la zone de pénombre, ainsi que les moisissures.
Les Bactéries sont communes partout ; le Parabaclerium spclei, par exem¬
ple, est un élément constant de la flore cavernicole. Des spores de, cham¬
pignons peuvent aussi se trouver en zone obscure (p. ex. Mucor et
Pénicillium trouvés par Caumarti.n et Renault dans le « mondmilch »).
Toutes ces particules alimentaires peuvent être arrachées aux parois par
la fermeture brusque des mandibules (Schmitz). La nutrition doit égale¬
ment être facilitée par le fait que bon nombre de microorganismes doivent
se trouver en suspension dans les goutelettes de condensation.
On ne connaît pas le mode de vie des premiers stades. La larve doit
cependant mener une vie libre après l’éclosion, au moins pendant le
tissage de la toile. Il n’est pas impossible que la constance de la tempé¬
rature et le taux élevé de l’humidité contribuent à réduire de beaucoup
la durée de vie de ce premier stade, ce qui expliquerait, conjointement
à sa petite taille, que les biospéologues ne l’aient pas encore capturé.
La nymphose a lieu à l’endroit où se tient la larve. La nymphe est
suspendue à un fil, la tête en bas, comme celle des Leptomorphus. L’éclo¬
sion se produit selon le mode habituel chez les Nématocères, par une
fente dorsale, le thorax le premier, puis la tête, les ailes, et enfin les
longues pattes.
Les adultes sont très peu mobiles même dérangés par le doigt. Il
est rare de les voir en vol et celui-ci est très lent et très court. L’accouple¬
ment a lieu sur les parois, et semble d’assez longue durée. La femelle est
posée sur la paroi, le mâle s’y accroche par la partie terminale de l’abdo¬
men, dans son alignement. Quelques femelles gravides ont été rencontrées,
mais la question des lieux de ponte n’a pas été résolue. D’après Schmitz,
la ponte se produirait sur les parois, près des entrées, car c’est là que se
trouvent le plus de larves.
III. REPARTITION
Speolepta leptogasler est très répandu dans les grottes de toute l’Europe
et a même été rencontré dans certaines cavités d’Amérique du Nord
(Indiana). Ses captures dans les cavités souterraines artificielles sont plus
rares, sans doute parce que ces dernières sont moins prospectées.
Jusqu’ici, l'espèce a été signalée des pays suivants d’Europe : Alle¬
magne, Angleterre, Autriche, Belgique, Grèce (Macédoine), Hollande,
Espagne, Irlande ( ?), Italie, Suisse, Tchécoslovaquie, Yougoslavie. En
France, on la connaissait des départements suivants : Ariège, Haute-
Garonne, Vosges, Yonne. Nos recherches ont ajouté quatre départe-
Source : MNHN, Paris
SPEOLEPTA LEPTOGASTER WINNBRTZ
241
ments de l’Ouest : Loire-Atlantique, Mayenne, Morbihan, Sarthe, ainsi
qu’une capture (A. Rousset) effectuée en Côte-d’Or. Enfin, Bezzi et
Jeannel signalent des exemplaires d’Algérie (Constantinois).
IV. CONCLUSIONS
Le contraste est frappant entre les très rares captures de Speolepta
leplogaster dans le milieu épigé (moins d'une douzaine en cent ans) et
les nombreuses cavités habitées par cet Insecte. Seuls des adultes ont été
capturés en dehors des grottes, et il n’est pas exclu que ces captures
représentent des individus en transit d’une cavité à l’autre. Il est bien
évident en effet que ceux-ci doivent les quitter au moins occasionnelle¬
ment, puisque des cavités artificielles relativement récentes sont colonisés.
La plupart des auteurs classent Speolepta parmi les troglophiles. Cette
catégorie de biotes est extrêmement large, et comprend des individus
de mœurs très différentes. Il s’agit d’animaux qui se rencontrent très
fréquemment dans les grottes, qui s’y reproduisent, mais que l’on trouve
aussi à l’extérieur. L’insecte présente toutefois certains caractères d’adap¬
tation. C’est ainsi qu’il se reproduit toute l’année. Schmitz a également
capturé cinq larves possédant des ocelles dépigmentés, et une sixième
représentant un terme intermédiaire entre ces dernières et les individus
normaux.
Cependant, de telles captures ne représentent qu’un très faible pour¬
centage, et si l’on peut trouver à toute époque de l’année des larves et
des nymphes, il n’y en a pas moins un net maximum au printemps.
Dans ces conditions, la dénomination actuelle de troglophile semble
justifiée. Rappelons toutefois que la répartition méridionale de cette
espèce, selon Jeannel, pourrait être l’indice d’un recul progressif vers
le Nord. Il n’est donc pas impossible que nous assistions avec Speolepta
à la lente évolution d’un troglophile en troglobie vrai.
***
Ce travail a été présenté à la Faculté des Sciences de Paris en vue de
l’obtention d’un Diplôme d’Etudes Supérieures de Zoologie.
Que M. le Professeur Teissier, qui a bien voulu m’accueillir au Labo¬
ratoire de Zoologie de la Faculté et présider le jury, ainsi que MM. les
Professeurs Possompès et Séguy et M me Petit, qui ont accepté de faire
partie de ce jury, et dont les conseils m’ont été précieux tout au long de
ce travail, veuillent bien trouver ici l’expression de ma respectueuse
reconnaissance.
Source : MNHN, Paris
242
.. MATH.K
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
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Achevé d’imprimer le 15 Avril 1962.
Printed in France.
Le Directeur- Gérant : Prof. E. Séouy.
Pierre André, imp.. 241 boulevard Raspaii., Paris, 14.
Dépôt légal : 2» trimestre 1962
Source : MNHN, Pâte
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris