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MEMOIRES
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DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME XXVII
FASCICULE 2
Léonidas TSACAS
RECHERCHES
SüR LA STRUCTURE ET LE FONCTIONNEMENT
DE LA TÊTE
ET DES PIÈCES BUCCALES LARVAIRES
DES RHAGIONIDAE (DIPTÈRES)
PARIS
Editions dü muséum
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V*)
1962
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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HÉHOIKES III MtSKU« 1UTIOUL » IIISTOIIE HTIDKLI.II
Série A, Zoologie. Tome XXVII, Fascicule 2. — 1962
V
RECHERCHES SUR LA STRUCTURE ET LE
FONCTIONNEMENT DE LA TÊTE ET DES PIÈCES BUCCALES
LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
(DIPTÈRES)
par
Léonidas TSACAS
SOMMAIRE
Introduction . 149
Taxinomie . 150
Matériel et technique . 151
Première Partie
GÉNÉRALITÉS
I. Description des larves des Rhagionidae
II. Biologie et écologie larvaires .
A. Terrestres (154). B. Aquatiques (156).
Deuxième partie
ÉTUDE DES TROIS TYPES LARVAIRES
153
154
Chapitre I. Chrysopllus auratus F.
I. Observations biologiques et écologiques .
IL Description de la larve .
III. Tête .
A. Eléments squelettiques .
B. Pièces buccales .
a) Labre et Epipharynx (166). ft)Cibarium et Pharynx (167).
c) Labium. Hypopharynx. Salivarlum (168). d) Complexe
mandibulo-maxillaire (170).
C. Fonctionnement de la tête .
a) Progression dans la terre (175). b) Absorption de la nourri¬
ture (177).
157
158
161
161
165
175
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXVII.
Source : MNHN, Paris
148
L. TSACAS
Chapitre II. Rhaftlo scolopaceus L.
I. Observations biologiques et écologiques . i 8 2
II. Description de la larve . 183
III. Tête . 1 86
A. Eléments squelettiques . 186
U. Pièces buccales... 188
a)Labre et Epipharynx (188). b) Cibarium et Pharynx (189).
c) Labium. Hypopharynx. Saiivarium (190). d) Complexe man-
dibulo-maxillaire (192).
C. Fonctionnement de la tête
197
Chapitre III. Vermlleo vermlleo DeG.
I. Description de la larve . 200
II. Tête . 201
A. Eléments squelettiques. 201
B. Pièces buccales . 205
a) Labre et Epipharynx (205). b) Cibarium et Pharynx (206).
c ) Labium. Hypopharynx. Saiivarium (207). d) Complexe man-
dibulo-maxillaire (208).
C. Fonctionnement de la tête .
Troisième Partie
Chapitre I. Comparaison de la tête et des pièces buccales des trois types
étudiés . 216
I. Capsule céphalique . 21 «
a) Plaque dorsale (216). b) Antennes (218). c) Champ d'épines
(218)/a) Plaques.verticales (218). e) Bâtonnets tentorlaux (219).
II. Pièces buccales . 220
a) Labre et Epipharynx (220). b) Cibarium et Pharynx (220).
e) Labium. Hypopharynx. Saiivarium (221). d) Complexe man-
dibulo-maxlllaire (221).
Chapitre II. Rapport entre la taille de la tête et le mode de vie des larves .... 223
Conclusions . 226
Explication des lettres communes a plusieurs fioures . 232
Bibliographie . 233
Ouvrage publié avec le concours du Centre National
de la Recherche Scientifique
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
149
INTRODUCTION
Les problèmes posés par la morphologie comparée de la tête des
larves des Diptères sont d’un très grand intérêt. Depuis la lin du siècle der¬
nier un nombre important de travaux leur ont été consacrés. Les uns
concernant des familles ou même des espèces isolées, les autres, des
groupes plus importants ou l’ensemble de l’ordre.
Les recherches les plus importantes ont pour objet l’étude du problème
de la réduction extrême de la tête des larves des Cyclorrhaphes et de
l’origine des crochets buccaux des larves de ce même groupe. Ces études, si
elles n’ont pas résolu définitivement ces problèmes, ont cependant
contribué à une meilleure compréhension des filiations entre les divers
groupes de l’ordre.
Les Brachycères Orthorrhaphes se situent entre les Nématocères, dont
les larves possèdent une tête plus ou moins normale, et les Cyclorrhaphes,
dont la « tête » larvaire est hautement spécialisée, réduite et invaginée
dans le thorax.
Les Rhagionidae, petite famille d’environ 400 espèces réparties sur
tout le globe, se placent dans le groupe des Brachycères Orthorrhaphes.
L’intérêt de cette famille est double : d’une part la tête larvaire y présente
des caractères particuliers de grande importance ; d’autre part, les
groupes de genres qui la constituent ont des larves très différentes.
L’étude des larves de cette famille a été plutôt négligée à l’exception
de celles de Vermileo qui, par leurs mœurs semblables à celles des Four¬
milions, ont fait l’objet de certains travaux concernant surtout leur
biologie et leur éthologie.
La ressemblance, plutôt superficielle, de la tête larvaire des Rhagio¬
nidae avec celle des Tabanidae a d’autant plus détourné les chercheurs de
la première de ces familles que ses représentants imaginaux ne sont pas
vecteurs de maladies d’animaux domestiques. Il faut ajouter également
la difficulté de se procurer ces larves et la petitesse de leur tête.
Le nombre d’espèces des Rhagionidae dont nous connaissons les
stades larvaires est très restreint. Seuls sont identifiés les états juvéniles
de quelques espèces des genres Vermileo, Vermitigris, Lampromyia,
Atherix, Rhagio, Chrysopilus, Ptiolina et Symphoromyia. De ces larves,
celles appartenant aux genres Vermileo, Atherix, Rhagio et Chrysopilus,
sont susceptibles d'être récoltées en nombre suffisant pour une étude
approfondie.
J’ai choisi pour mon travail les trois espèces : Vermileo vermileo DeG.,
Rhagio scolopaceus L. et Chrysopilus auratus F. pour deux raisons : j’ai pu
récolter leurs larves en nombre suffisant et, d’autre part, elles représentent
les principales sous-familles des Rhagionidae.
Source : MNHN, Paris
150
.. TSACAS
Le but de ce travail est l’étude morphologique et fonctionnelle de la
tête larvaire des trois types choisis. Basée sur cette étude, a été tentée la
compréhension des relations entre les divers groupes de la famille et de celles
de l’ensemble de celle-ci avec les familles voisines des Diptères Brachycères.
L’analyse du fonctionnement de la tête a exigé de nombreuses obser¬
vations biologiques et écologiques sur les larves étudiées.
Dans la présente étude sont considérées les structures sclérotisées et
la musculature. Le système nerveux, sauf le ganglion frontal et ses connec¬
tions, n’a pu être examiné, étant données la petitesse des capsules cépha¬
liques et leur dureté, qui ne permet pas l’obtention de coupes histolo¬
giques satisfaisantes.
Avant d’aborder l’exposé de mes recherches, je suis heureux de pou¬
voir exprimer ici ma profonde gratitude à M. le Professeur E. Séguy qui,
dès mon arrivée en France m’a accueilli dans son Laboratoire et m’a offert
toutes les possibilités de travail.
Je remercie très vivement M. le Professeur Grasse, Membre de l’Ins¬
titut, qui a bien voulu accepter de présider mon Jury.
Ma respectueuse reconnaissance va également à M. le Professeur
G. Teissier qui m’a donné dans son Laboratoire de Gif-sur-Yvette tous
les moyens nécessaires à mes recherches et a suivi mon travail avec intérêt
et sympathie.
Je garde à mon Maître, M. le Professeur B. Possompès, une très vive
et affectueuse reconnaissance pour tout l’intérêt et l’extrême bonté qu’il
m’a constamment témoignés. Il a orienté mes recherches sur les Diptères
Brachycères Orthorrhaphes et m’a toujours aidé et encouragé à continuer
dans cette voie.
I. TAXINOMIE
La position de la famille des Rhagionidae parmi les Ilomeodaclyla, près
des Tabanidae, est établie depuis très longtemps ; mais sa taxinomie a
été très remaniée. Je donne ci-dessous un aperçu succinct de ces rema¬
niements.
Lindner (1925), dans sa révision des espèces Paléarctiques, reconnaît
six sous-familles :
1. Erinninae,
2. Coenomyiinae,
3. Vermilconinac,
4. Bicalcarinae,
5. Rhagioninae,
6. Chrysopilinae.
A celles-ci on peut ajouter les Arlhrolelinae (Bezzi, 1926) (Sud-Afri¬
cains ) et Arthroceratinae (Néarctiques, récemment retrouvés au Japon).
Les Erinninae et Coenomyiinae érigées en familles par Kertesz (1908)
et Westwood (1840), respectivement, ont été considérées comme telles
par les auteurs après Lindner (1925).
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 151
Les Bicalcarinae comprennent le genre monospécifique Bicalcar Lind.
qui a été reconnu par Hennig (1955) synonyme de Chrysopilus Macq.
Les Rhagioninae et Chrysopilinae ont été fusionnés pour constituer
une seule sous-famille sous le premier nom (Hennig, 1952, Frey, 1954).
Les Arthrolelinae, sous-famille fondée par Bezzi (1926) pour le genre
Arthroteles Bez. sud-africain, n’est plus reconnue et Stuckenberg (1955)
range ce genre parmi les Erinninae.
Frey (1954) crée une nouvelle sous-famille, les Spaniinae pour les
genres Spania Meig., Cechenia Czil., Ptiolina Zett., Omphalophora Beck.
Les Arthroceralinae constituent une sous-famille bien caractérisée.
Les V ermileoninae posent un problème plus délicat. La morphologie
et la biologie des larves sont très différentes de celles des autres Rhagio-
nidae connues. En revanche les adultes sont plus proches des autres
groupes de la famille.
Il faut rappeler encore que le genre Hilarimorpha a été retiré des
Chrysopilinae par Hendel pour former une nouvelle famille, les Ilila-
rirnorphidae.
De ce bref exposé, il ressort très nettement combien la taxinomie des
Rhagionidae était confuse en raison de l’accumulation des groupes
apomorphes. Les efforts des systématiciens tendent actuellement à en
dégager les groupes naturels ; à cet effet la connaissance des larves est
toujours d’une utilité inestimable.
Le présent travail, consacré à l’étude des états larvaires, met en relief
l’homogénéité du groupe Rhagioninae-Chrysopilinae, aussi bien que la
divergence des V ermileoninae.
II. MATÉRIEL ET TECHNIQUE
Les larves de Chrysopilus et de Rhagio proviennent du parc du
Groupe des Laboratoires du C.N.R.S. à Gif-sur-Yvette (Seine-et-Oise).
Dans le but d’observer les conditions de vie de ces larves dans la nature,
des récoltes ont été faites en plusieurs endroits constituant des biotopes
différents : prairies humides, bords de bassins, bords de la petite rivière
(Mérantaise), sous-bois, pentes, couches de feuilles mortes, etc. Dans ce
cas, la recherche des larves se faisait sur place par fouilles soigneuses des
couches superficielles du sol jusqu'à une profondeur de 15 cm. Des appa¬
reils de Berlese ont été utilisés en vue d’obtenir le grand nombre d’ani¬
maux exigé pour l’étude des pièces buccales en dissection et en coupes
histologiques.
Les larves ont été gardées en élevage dans de petits récipients en verre
de 4 à 5 cm de diamètre et de 5 à 6 cm de haut, remplis de sable humide.
Des boîtes fermées en aluminium, de 8 cm de diamètre sur 4 cm de haut,
remplies de terre humide, ont été aussi utilisées. La nourriture des larves
se composait presque exclusivement de morceaux de Vers de terre.
Les larves de Vermileo ont été recueillies aux environs des Eyzies
(Dordogne), aux pieds des hauts rochers ou à l’entrée des grottes. Leur
Source : MNHN, Paris
152
élevage, facile à réaliser, a été effectué dans les récipients de verre décrits
ci-dessus, mais remplis de sable de Fontainebleau bien sec.
Les larves appartenant au genre Lampromyia ont été récoltées par le
Dr A. M. Hemmingsen aux lies Canaries.
Pour chacune des espèces étudiées, un très grand nombre de larves du
dernier stade, ainsi que de stades plus jeunes, a été disséqué de façon à
isoler les différentes pièces buccales dans le but de comprendre leur ajus¬
tement. Pour l’examen de la musculature de l’appareil buccal, le colorant
de Van Gieson a donné de bons résultats. Le ramollissement des capsules
céphaliques entières ou disséquées a été fait dans la potasse (K OH) à
10%. L'acide lactique pur ou à 50% a été souvent utilisé pour éclaircir
les très fines structures. Le grand avantage de ce produit est qu’une
pièce, même après un long séjour dans celui-ci, ne s’altère pas. On peut
aussi faire, avec ce produit, des préparations provisoires entre lame et
lamelle susceptibles d’être examinées sous le microscope. Les dissections
ont été effectuées dans la glycérine.
Des têtes incluses dans la paraffine (méthode de double inclusion de
Peterfi) ont été coupées à 5-lOpt d’épaisseur,et colorées par le trichrome
de Masson et l’hémalun-éosine.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
153
PREMIÈRE PARTIE
GÉNÉRALITÉS
I. DESCRIPTION DES LARVES DES RHAGIONIDAE
Les larves des Hhagionidae sont inconnues pour la majorité des repré¬
sentants de la famille. Parmi les formes sur lesquelles nous possédons des
données, figurent les genres Chrysopilus, Rhagio, Vermileo et Atherix
dont nous connaissons les larves d’un certain nombre d’espèces.
Les formes larvaires déjà connues permettent d’en donner la descrip¬
tion générale suivante.
Longues de 10 à 25 mm, régulièrement segmentées, d’une couleur
blanc sale, jaunâtre ou verdâtre, assez transparentes à l’état vivant, les
larves des Rhagionidae ont un corps cylindrique dans l’ensemble, mais
susceptible de s’atténuer progressivement en avant. Leurs téguments
minces ou épais peuvent être glabres (Rhagio, Chrysopilus) ou munis de
longues soies (Vermileo). Elles se meuvent généralement à l’aide de
bourrelets locomoteurs ventraux ou de fausses pattes rétractiles (Atherix).
L’appareil respiratoire, ainphipneustique, comporte une paire de
stigmates antérieurs prothoraciques de petite taille, et une paire de stig¬
mates postérieurs situés sur le segment anal. Ces derniers s’ouvrent soit
dorsalement, soit au niveau d’un champ stigmatique orienté vers l’arrière.
Dans ce deuxième cas les expansions terminales charnues et obtuses
présentes chez les larves des Rhagionidae entourent le champ stigmatique.
La capsule crânienne, ouverte ventralement, se réduit à une plaque
dorsale plus ou moins longue pouvant s’étendre jusqu’au mésothorax.
L’étendue de cette plaque dorsale distingue sans équivoque les larves des
Rhagionidae de celles des Empididae et Dolichopodidae pourvues d’expan¬
sions anales et de caractères externes similaires. Les bâtonnets tentoriaux
très développés s’unissent à la plaque céphalique par l’intermédiaire de
lames verticales, les phragmes.
Les pièces buccales comprennent un labre médian dirigé vers l’avant
et vers le bas, des mandibules et des maxilles étroitement associées en un
complexe muni de palpes maxillaires biarticulés et un labium réduit
portant des palpes labiaux souvent vestigiaux.
Les antennes uniarticulées ou biarticulées sont soit bien développées,
soit vestigiales. Les yeux peuvent être présents tout au plus sous la forme
de taches oculaires internes. Les larves sont lucifuges.
Animaux agiles, les larves des Rhagionidae sont susceptibles, dans
Source : MNHN, Paris
154
L. TSACAS
certains cas (Vermileo) de demeurer très longtemps immobiles à l’affût
de leur proie.
IL BIOLOGIE ET ÉCOLOGIE LARVAIRES
Les larves des Rhagionidae sont des insectes terrestres ou aquatiques.
A. Terrestres
Dans ce groupe se rangent toutes les espèces dont la larve est connue,
à l'exception du genre Aiherix. Nous pouvons y distinguer les espèces qui
préfèrent un milieu humide et celles qui vivent plutôt dans des endroits
secs protégés contre les intempéries. Les larves des Rhagioninae-Chryso-
pilinae sont des hygrophiles, tandis que celles des Vermileoninae sont des
xérophiles.
a) Hygrophiles.
Le sol des bois et des prairies humides constitue le principal biotope
de ces larves. On peut également trouver ces dernières dans les mousses,
dans les masses humides de feuilles mortes, sous les écorces, dans le bois
pourri, etc.
A Gif-sur-Yvette, j’ai trouvé les larves de Chrysopilus auralus toujours
dans le sol et jamais dans les couches de feuilles mortes, celles de Rhagio
scolopacens aussi bien dans le sol que dans les couches de feuilles mortes.
Ces deux espèces sont aussi fréquentes dans les prairies humides que dans
le sous-bois. J’ai très souvent récolté des larves au bord de la petite
rivière (Mérantaise) qui traverse le parc de Gif-sur-Yvette, très près de la
surface de l'eau, aux endroits qui sont couverts par les crues. 11 semble
qu’elles ne se noient pas facilement. D’après mes expériences, les larves
de ces espèces peuvent vivre sous l’eau jusqu’à 48 heures.
Les Rhagionidae, qu'on trouve le plus souvent dans les couches de
feuilles mortes, ne présentent pas une spécificité à l’égard de l’essence
végétale. Feuilles mortes des feuillus (hêtre, bouleau, érable, chêne), ou
des conifères (sapin, pin, mélèze, épicéa, etc...) conviennent très bien aux
exigences de ces larves. On trouve aussi régulièrement les larves des
Rhagionidae dans le bois pourri d'essences très diverses comme chêne, hêtre,
noisetier, cerisier, sapin, mélèze, etc...
Les populations de larves qui vivent dans le sol effectuent des mouve¬
ments horizontaux exigés par la recherche continuelle de la nourriture,
mais aussi des mouvements verticaux. En période sèche, elles descendent
plus profondément ainsi que pendant les grands froids d’hiver, elles ne
paraissent pourtant pas beaucoup soufTrir du gel. A plusieurs reprises,
j’ai trouvé des larves de Chrysopilinae et Rhagioninae dans le sol gelé,
à une profondeur de 3-5 cm, contractées et absolument immobiles.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
155
Après un court réchauffement, elles se décontractaient et reprenaient
leurs mouvements normaux. Elles semblent plus sensibles à la sécheresse.
Elles meurent en quelques jours dans un sol sec. Cependant, j’ai observé un
cas exceptionnel : une larve de Chrysopilus auratus oubliée dans un tube
d’élevage pendant deux mois a survécu malgré l’état d’assèchement du
sable dans lequel elle vivait. Elle était contractée et ratatinée, mais
mise sur le sable humide, elle s’y est enfoncée et a vécu longtemps
encore. Les larves de Iihagio paraissent plus sensibles à la sécheresse
que celles de Chrysopilus.
Les larves de tous les Rhagionides de cette catégorie sont prédatrices.
Elles attaquent les larves d'autres insectes ainsi que les Oligochètes. Celles
qui se sont nourries de lombrics ont l’intestin coloré en rouge. Les Chryso¬
pilus auralus et Rhagio scolopaceus de mes élevages ont toujours été
nourries avec des morceaux de Vers de terre qu’elles acceptaient volontiers.
Brauns (1954) soutient que les larves de Rhagio se nourrissent des
feuilles mortes dans lesquelles elles vivent. Il prétend, en plus, pouvoir
reconnaître les feuilles qui ont servi de nourriture à ces larves. De cette
façon il peut conclure à la présence de ces larves dans une couche de
feuilles mortes dans lesquelles il a trouvé des feuilles en partie mangées.
J’ai tenté des élevages de larves de Rhagio scolopaceus sur des feuilles
mortes, mais je n’ai pas vu ces marques caractéristiques. Au contraire, si
l’on place sur ces feuilles des morceaux de vers de terre, les larves les
consomment. 11 parait probable que les observations de Brauns concer¬
nent tout au plus une autre espèce.
Les larves vivent aussi bien dans les plaines qu’en montagne. Brauns
(1954) les signale jusqu’à une altitude de 1800-1900 m.
La période d’activité de ces larves est restreinte par la sécheresse en
été, et par le gel en hiver. Les sols qui retiennent une humidité élevée pendant
les mois secs, (c’est le cas des bords de la Mérantaise et de ceux des bassins
du parc à Gif), abritent ces larves en activité, même dans leurs couches
superficielles, pendant toute la belle saison.
En hiver, cette activité s’arrête pendant les grands froids, les larves
se réfugient dans les couches plus profondes du sol où elles restent immo¬
biles et très contractées. Dans cet état de torpeur, elles mesurent moins de
la moitié de leur taille normale ; elles ont, par contre, en grande majorité,
l’intestin plein.
b) Xérophiles.
Dans ce groupe se placent les larves des Vermileoninae. Elles cherchent
des endroits bien protégés, surtout de la pluie, où un peu de sable ou de sol
poussiéreux peut servir à la construction de leurs entonnoirs-pièges. Dans
la région des Eyzies (Dordogne), j’ai pu trouver en grand nombre les
larves de l’espèce Vermileo vermileo DeG. Elles sont cantonnées au pied
des hauts rochers où l’on peut observer d’innombrables entonnoirs de
toutes tailles. Il suffit d’une petite quantité de sable ou de sol friable, ou
Source : MNHN, Paris
L. TSACAS
156
encore de poussière, pour qu'une larve s’y installe. Les dimensions des
puits sont fonction de l’âge de la larve, de la place disponible et de la
qualité du sol. Sur une surface plane d'un sol très friable, les puits sont
en général assez grands, leurs dimensions dépendant de l’âge de la larve.
Dans le cas où le sol est plus consistant, ils sont plus petits. Si les larves
ont utilisé les anfractuosités des rochers qui contiennent un peu de sable,
les dimensions des puits dépendent de la place disponible. Les pluies ont
des conséquences plutôt graves pour les larves de Vermileo vermileo, elles
détruisent leurs entonnoirs-pièges qui ne peuvent pas être reconstruits
avant l'assèchement du sol. Les larves sont absolument dépendantes de
leurs entonnoirs en ce qui concerne l'alimentation. Par conséquent, toute
destruction de ceux-ci les oblige à jeûner jusqu'à leur reconstruction.
Les larves des Vermileoninae sont adaptées d’une façon remarquable
à leur mode de vie.
Les derniers segments renflés, qui portent les lobes charnus et de
longues épines, constituent un fort appui pour la construction de l’en¬
tonnoir-piège ainsi que pour les mouvements très brusques de la partie
antérieure du corps pour la préhension de la proie. Le corps, en s'effilant
en avant, adapte sa forme à la capture. La plaque céphalique est très
petite et courbée en arc dans l’axe longitudinal, les pièces buccales
forment avec elle un angle de presque 40°. Lette constitution facilite la
préhension de la victime par enroulement de la partie antérieure du corps
autour d'elle. Les pièces buccales, extrêmement petites, peuvent attaquer
et sucer l’animal saisi, si réduit soit-il en taille. J’ai observé comme proie
de très petits Hyménoptères.
La fonction du pseudopode du premier segment abdominal n’est pas
connue. Pourtant, il joue un rôle très important dans la préhension de la
victime. Le thorax s’enroule autour de celle-ci, et si elle est petite, il
arrive à l’entourer complètement et à l’immobiliser. Dans le cas contraire,
il n'y arrive pas, et c’est alors que le pseudopode du premier segment
abdominal entre en jeu. Il s’étend et avec ses longues épines, aide beau¬
coup à la rétention et à l'immobilisation de la proie. Ce rôle d'un organe
auxiliaire à la préhension ne l’empêche pas d’avoir d’autres fonctions,
comme par exemple celle d’un organe récepteur des excitations qui
déclenchent les mouvements de la capture.
B. Aquatiques
Seules les larves du genre Atherix vivent dans l’eau ou sur les bords
submergés des cours d’eau. Je n’ai pas rencontré ces larves aux environs
de Paris et je ne dispose donc pas d’observations personnelles sur leur
écologie.
Les larves de ce genre sont étudiées par divers auteurs : Becker (1910),
Cook (1949), Schremmer (1951), etc... ; de plus, elles présentent de
grandes ressemblances avec les larves de Tabanus. Pour ces deux raisons,
elles ne figurent pas dans le présent travail.
Source : MMHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
157
DEUXIÈME PARTIE
ETUDE DES TROIS TYPES LARVAIRES
CHAPITRE PREMIER
CHRYSOPILUS AURATUS F.
I. OBSERVATIONS BIOLOGIQUES ET ÉCOLOGIQUES
On trouve les larves de Chrysopilus auratus presque toute l’année.
A la fin de l’hiver et au printemps, elles sont plus abondantes, surtout
celles de grande taille. Je les ai rencontrées toujours dans le sol, et dans
des endroits très humides, souvent aussi près de l’eau. Elles se tiennent à
une faible profondeur, 3 à 4 cm, parmi les racines des plantes. Plus rare¬
ment, elles se rencontrent sous des couches de feuilles mortes, mais
toujours dans le sol sous-jacent, exceptionnellement à sa surface, jamais
dans la masse même des feuilles. Pendant les froids rigoureux d’hiver,
elles peuvent se réfugier à une plus grande profondeur (10 cm).
La durée de la vie larvaire, ainsi que le nombre des stades de cette
phase de la vie de Chrysopilus auratus, ne sont pas connus. On trouve des
larves pendant toute l’année. Celles des stades avancés apparaissent
surtout en automne, continuent à être abondantes pendant tout l’hiver
et le printemps, et ensuite deviennent moins fréquentes au fur et à mesure
qu’elles se transforment en nymphes. Elles sont très rares pendant les
mois de juillet-août. Les larves de petite taille (4-5 mm) sont abondantes
en automne et en hiver. Des individus de taille plus grande (6-8 mm) sont
toujours présents au cours de l’année. A la suite de ces observations, il
paraît logique d’exclure la possibilité d’un cycle annuel de cette espèce. Il
semble que deux années soient nécessaires à l’évolution de Chrysopilus
auratus.
En ce qui concerne les stades larvaires, mes observations ne me per¬
mettent que des conclusions moins précises. La dernière mue larvaire se
situe à trois mois au minimum de la muenymphale. A ce moment l’exuvie
larvaire abandonnée se retrouve près de la nymphe à une distance attei¬
gnant jusqu’à 1 cm. En examinant un très grand nombre de larves, il est
possible de les ranger en huit catégories en fonction de leur taille. Ce chiffre
correspond-il au nombre de stades larvaires ? Le seul fait que j’ai obtenu
des imagos à partir de larves de tailles très différeutes interdit de l’affir-
Source : MNHN, Paris
!.. TSACAS
158
mer. Cameron (1934) dit que la larve du Tabanide Haemalopola pluvialis
I,. se métamorphose après 7. 8 ou 9 mues qui se déroulent en un ou deux
ans. ... -,
Seul l’élevage de l’œuf à l’imago fournirait la solution de ce problème.
De nombreuses tentatives effectuées dans ce but ne m’ont permis aucune
conclusion. Les imagos femelles capturés dans la nature pondent facile¬
ment dans le sol qui leur est présenté dans des boites de Pétri. Les œufs
ainsi obtenus n’éclosent qu’à un très faible pourcentage, la plupart
périssent envahis par des champignons. Les larves nouveaux-nées sont
très délicates et succombent très rapidement. Tout au contraire les larves
âgées s'élèvent assez facilement, et j'ai pu obtenir des imagos à partir
de larves après plusieurs mois d’élevage (jusqu'à 10 mois).
La nymphose a lieu, dans les conditions naturelles et dans la région
parisienne, aux mois d’avril et mai, exceptionnellement aux mois de mars
et juin. Dans les conditions d’élevage, température de laboratoire 20-
‘22°C, des larves recueillies au mois de novembre, c’est-à-dire avant les
froids d’hiver, ont donné des imagos entre le 30 janvier et le 3 février. Ces
données paraissent en contradiction avec les observations de Cameron
(1926) sur les Tabanides, mais cette contradiction n’est peut-être qu’appa¬
rente car ces larves, si elles doivent subir une période froide pour se méta¬
morphoser. l’ont passée l'année précédente à un stade plus jeune. La nym¬
phose dure dans les conditions de laboratoire de 10 a 12 jours. Elle se fait
à la surface du sol. Dans la nature, on trouve les nymphes parmi les racines
des plantes basses, enfoncées dans le sol de façon à exposer les cornes respi¬
ratoires à l'air libre. En élevage dans du sable, elles peuvent rester en pro¬
fondeur jusqu’à 3 cm de la surface.
Il est intéressant de signaler que la nymphose peut avoir lieu sous des
températures assez basses. Des larves adultes, recueillies aux mois de
mars et d’avril et mises dans une chambre froide à environ 5°C, ont donné
des imagos.
L’hibernation se fait à l’état larvaire. Il n’y a pas de diapause, l’acti¬
vité hivernale des larves s’interrompt seulement pendant le gel.
Les larves présentent une très grande résistance à l’inanition. En
expérience, elles sont restées jusqu’à 6 mois sans recevoir aucune nourri¬
ture sans grand dommage apparent : leur corps gras était presque complè¬
tement épuisé.
Le cannibalisme n’a pu être constaté chez les larves de Chrysopilus
auratus. Aucun indice n'en a été observé chez les larves de divers stades
mises pendant longtemps dans le même bocal, même en l’absence de
nourriture.
II. DESCRIPTION DE LA LARVE
La description qui suit est faite d’après de très nombreuses larves
adultes. Elle est aussi valable pour les larves des stades plus jeunes,
exception faite de la taille.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 159
La larve adulte en extension mesure jusqu’à 19 mm de long pour une
largeur de 2 à 2.5 mm (Fig. 1), Son tégument est glabre, lisse, très dur,
d’une couleur blanc mat. Il est suffisamment transparent pour permettre
de discerner la capsule céphalique, une partie du tube digestif, les tubes
de Malpighi et les bandes du corps gras.
Sa forme générale est cylindrique, légèrement fusiforme. Très nette¬
ment segmentée, les différentes régions s’identifient sans ambiguïté : une
capsule céphalique très petite et rétractile, trois segments thoraciques et
huit segments abdominaux.
Entre la tête et le prothorax s’intercale un anneau incomplet dorsal
et latéral (Fig. 1, M I) ; cette formation existe aussi chez Rhagio scolo-
paceus. Brauer (1883) la considère comme un segment intercalé (Zwi-
schensegmente, p. 518) ; aussi compte-t-il douze segments chez les larves des
Rhagionidae. Il semble qu’il ne s’agisse là que d'une membrane inter¬
segmentaire un peu plus développée qui facilite l’extension de la tête.
La partie antérieure de la larve s’amincit, tandis que la partie posté¬
rieure est tronquée, se terminant par quatre lobes charnus.
Tous les segments thoraciques et abdominaux, le segment anal
excepté, sont parcourus latéralement par deux rainures espacées sub-
parallèles (Fig. 1 ; PI. Il, 11, H S, R I). Ils portent également sur leur bord
antéro-dorsal une aire bien délimitée formée de lignes transversales très
fines, aire qui descend sur les flancs jusqu’à la rainure latérale supérieure
(Fig. 1 ; PI. II, 9, 11, A S). Sur les proto- et mésothorax, cette aire est très
réduite, sur l’avant-dernier segment elle existe aussi au bord postérieur.
Chacun des segments thoraciques est muni de deux groupes de soies
courtes et fines situés, du côté ventro-latéral, à peu près au milieu de sa
longueur (Fig. 1, Ch).
Les segments abdominaux, sur leur bord antéro-ventral, présentent
des bourrelets locomoteurs qui se prolongent sur les côtés jusqu’à la
rainure latérale supérieure (Fig. 1 ; PI. II, 10, 11, B L). Ces bourrelets se
composent chacun de deux parties symétriques par rapport à la ligne
médio-ventrale. Chacune de ces parties se rétrécit latéralement et porte un
ensemble de lignes longitudinales, se raccourcissant progressivement vers
les bords. Entre ces lignes s’intercalent des alignements de fins denticules
de direction transversale. Quand la larve se contracte, les bourrelets loco¬
moteurs se cachent sous un pli du segment précédent.
Le dernier segment, segment anal, a une forme particulière (Fig. 1 ;
PI. II, 13). Il est plus court, mais plus large que l’avant-dernier et se ter¬
mine par quatre lobes charnus coniques et obtus, deux supérieurs et deux
inférieurs. Ces quatre lobes sont légèrement échancrés du côté externe de
leur pointe. Le segment anal est parcouru par plusieurs rainures longitu¬
dinales, douze en tout : trois d’entre elles correspondent à chacun des lobes
supérieurs, deux à chacun des lobes inférieurs et une, latérale, part du
point de jonction des deux lobes. A ce point un pli du tégument forme une
espèce de petite dent. Les arêtes des quatre lobes sont munies dé chetules
petites et fines qui forment une frange. Du côté interne de la pointe de
chaque lobe existe une épine petite et forte.
Source : MNHN, Paris
Fig. 1. — C. auratus. Vue latérale de la larve
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIOXIDAE 161
Ventralement s’ouvre, en fente parallèle au grand axe du corps,
l’anus, au milieu d’une élévation triangulaire, équilatérale, aux angles
arrondis (PL II, 13, An). Antérieurement et latéralement à celui-ci, une
élévation transversale remplace les bourrelets locomoteurs des autres
segments.
La larve est amphipneustique. Les stigmates antérieurs (PI. I, 3)
s’ouvrent sur le tiers postérieur du prothorax et au-dessous de la rainure
latérale supérieure. Ils ont la forme de deux très petites digitations sur¬
montant une petite chambre feutrée. Les stigmates postérieurs se
trouvent sur une aire plus ou moins plane délimitée par les 4 lobes caudaux
du dernier segment, plus près de la base des supérieurs. De ce fait, cette
aire a été nommée « champ stigmatique ». Ces stigmates sont légèrement
ovales, d’une couleur jaune brunâtre, longs de 0,8 mm et larges de 0,4 mm
environ (PI. I, 4). Leur grand axe est incliné, formant un angle de 60°
avec la verticale. Sur leur bord, une succession d’ouvertures ovales (60-70)
confluant largement, forme un anneau complet. La partie médiane est
fermée et présente au milieu la longue cicatrice du stigmate du stade
précédent. La chambre feutrée est plutôt courte.
Tous les segments du corps, du métathorax à l'avant-dernier, portent
latéralement, au tiers antérieur et entre les deux rainures longitudinales
une trace stigmatique (Fig. 1 ; PL II, 11, T St).
Position des stigmates postérieurs et présence des structures avoisi¬
nantes ont une signification fonctionnelle importante pour l’animal. En
effet les quatre lobes caudaux peuvent se rabattre et fermer ainsi les
ouvertures respiratoires. Mieux encore, chez la larve submergée, ils
peuvent retenir entre eux une bulle d’air qui permet, pendant un certain
temps, la respiration sous l’eau. Il en résulte une grande résistance de
l’animal à la mort par asphyxie.
III. TÊTE
A. Eléments squelettiques
La tête larvaire de Chrysopilus auralus, comme celle des autres
Rhagionidae étudiés ici, est du type caractéristique des Brachycères
Orthorrhaphes. Elle présente une réduction remarquable de la capsule
céphalique qui la distingue de la tête des Nématocères. Mais, d’autre part,
elle est beaucoup plus développée que celle des Cyclorrhaphes.
La réduction céphalique concerne surtout le crâne qui se limite à une
plaque dorsale. En revanche, fait morphologique tout aussi saillant, une
paire de phragmes paraclypéaux et une paire de forts bâtonnets tento-
riaux prennent ici un développement remarquable.
La tête constitue une formation rétractile, de petite taille (Fig. 2)
s’insérant au prothorax vers son tiers antérieur (PL I. 6, L P). Elle se pro¬
longe, à l’intérieur de celui-ci, en arrière, et atteint le mésothorax. Elle est
très mobile et, par la contraction de muscles spéciaux, peut tourner de
Source : MNHN, Paris
162
L. TSACAS
près de 180° à gauche ou à droite. En position de rétraction, elle se cache
entièrement dans le prothorax lui-même télescopé. La tête, prognathe, a
la forme d’un ovoïde allongé (PI. I, 6).
Fig. 2. — C. auralus. Vue ventrale de la région antérieure de la larve. Les complexes man-
dibulo-maxlllaires sont en position d’adduction.
Le crâne est réduit à une plaque céphalique dorsale couvrant latéra¬
lement la partie antérieure de la tête seulement. Cette plaque dorsale, d’un
foncé lumineux non uniforme, se prolonge en arrière sous la forme d’une
bande voûtée s’élargissant légèrement en son milieu et s’arrondissant à
son bord postérieur. Sur la longueur de son tiers postérieur, elle se recourbe
vers le bas (Fig. 4). Ses bords latéraux sont épaissis en forme de bourrelets
plus fortement pigmentés (Fl. I, 2, B Fl D). En avant, ils forment des
bras fortement sclérotisés qui se terminent par une glène qui reçoit le
condyle du volet externe de l’article basal de la mandibule, participant
ainsi à l’articulation postérieure (externe) de cette pièce buccale (Fig. 3,
Ar p). Du côté externe de ces bras et au-dessous des antennes, se trouvent
deux épines sensorielles de longueur inégale (Fig. 2,7, S S).
La plaque céphalique, vue de dos, présente au milieu de son bord
antérieur un processus étroit, portant deux soies dorsales, le clypéus (Fig. 5,
Cl) qui se prolonge en avant par le labre (Lr), recourbé vers le bas. De
chaque côté du clypéus, le bord céphalique forme un léger creux, puis une
profonde, échancrure, le foramen antennaire (Fl. I. ü, F A). Entre le bord
postérieur de la mandibule et la plaque dorsale s'étend une membrane
qui porte de nombreuses épines triangulaires, plates (Fig. 2 ; Fl. I, 6, C E) ;
en position de repos des pièces buccales, cette membrane forme un
large pli qui enveloppe ces épines. C’est là une structure qui ne se ren-
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES UES RHAGIONIDAE
163
contre que chez les larves des Tabanidae, lihagioninae et Chrysopilinae.
Par contre, elle n’existe pas chez les larves des Vermileoninae. Les anglo-
saxons l’appellent « setaceous région» (Cook, 1949), « cephalic brush »
(Cameron, 1934), tandis que Schremmkh (1951) la nomme «Borstenfeld».
Les divers auteurs qui ont porté leur attention sur cette structure parti¬
culière n’ont pas pu l'homologuer ou expliquer sa fonction. Cook (1949)
pense qu’il s’agit peut-être d’une structure nouvelle, tandis que Schrem-
mer (1951) affirme n’avoir pu comprendre sa fonction ; Cameron (1934)
pense qu’elle contribue à retenir la proie. Je reviendrai plus loin sur cette
intéressante formation, dans le chapitre concernant le fonctionnement de
l’appareil buccal.
Fig. 3. — C. auratus. Vue ventrale de la partie antérieure de la tête. Les complexes mandi-
bulo-maxillaires sont en position de repos.
L’antenne (Fig. 2, A) d’une longueur d’environ 125 microns, portée
par une protubérance (PI. V. 29, P A), est biarticulée; un anneau sclérotisé
et incomplet en marque chaque article. Son sommet est garni de plusieurs
papilles sensorielles.
Sur la partie antérieure de la capsule céphalique et sur le prolonge¬
ment des deux côtés du clypéus, deux bandes fortement pigmentées
marquent les origines de deux fortes plaques qui s’enfoncent verticale¬
ment à l’intérieur de la capsule, les phragmes paraclypéaux (Fig. 3, 4;
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXVII. 11
Source : MNHN, Paris
164
L. TSACAS
PI. J, 6. III, 17, Pr P). Ces structures, communes aux larves des Diptères,
sont particuliérement développées chez Chrysopilus uuratus. Chacun des
phragmes ofTre en avant un fort appui à l’articulation antérieure (Ar a), ici
interne, de la mandibule, qui peut ainsi se mouvoir verticalement par rap¬
port à un axe de rotation perpendiculaire au plan sagittal de l'animal. En
arrière, le bâtonnet tentorial vient se souder au phragme du même
C ôté (Fig. 1, T). Le plancher sclérotisé du cibarium-pharynx s’attache
aussi, par sa partie antérieure, entre les deux phragmes (PI. 1,1, Cib-Ph).
Le tentorium (Fig. 4, T) est formé par deux longues tiges connues
sous le nom de bâtonnets tentoriaux, de coupe légèrement ovale (Fig. 9 ;
PI. 1,2, T) qui prennent appui sur les phragmes paraclypéaux. lisse pro¬
longent en arrière en augmentant de diamètre et s’écartant légèrement
l'un de l’autre. Ils se terminent peu avant le bord postérieur de la capsule
céphalique en s’unissant par un élargissement en plaque dirigé vers l’in¬
térieur et vers le haut (PI. I. «* ; III. 18, 10. Kxp T). Cet élargissement rap¬
pelle celui des larves des Tabanides qui, atteignant le bord de la capsule,
est nommé par Cook phragme postérieur. Chez Chrysopilus , on ne peut
parler de vrai phragme ; il s’agit d’une simple expansion du tentorium
qui facilite l’insertion des muscles adducteurs du complexe mandibulo-
maxillaire.
Fig. 4. — C. auratus. Région longitudinale de la tête en vue latérale (la paroi de la moitié
droite de la capsule céphalique a été ôtée).
Sur la plaque dorsale, juste en avant de l’endroit où la tête s’attache
au prothorax, se dresse, de chaque côté du plan sagittal, une série de
cinq soies microscopiques, l'ensemble de ces soies délimitant une aire en
forme de « raquette » (PI. 1,6, S S).
La capsule céphalique ne présente ni sutures vraies, ni lignes de
déhiscence, ni fossettes tentoriales ; en conséquence des critères très
importants pour la délimitation de ses diverses régions font défaut.
La partie ventrale de la tête est extrêmement réduite, beaucoup pl us
que chez les larves des Tabanidae. Un court labium (Fig. 3, 5, Lb) en
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 165
ferme la partie antérieure, laissant derrière lui un énorme foramen occi¬
pital. Une membrane intercalaire portant quatre soies s’interpose entre le
prémentum et le prothorax (Fig. 3, SM I).
Il est intéressant d'indiquer ici que le cerveau se trouve reculé dans le
mésothorax, parfois même dans le inétathorax, en position postérieure
par rapport à la capsule céphalique. Il reste, cependant, attaché à elle et
il suit tous ses mouvements.
Ce fait est commun à tous les Brachycères Orthorrliaphes ainsi que
chez certains Nématocères (Cook, 1949). Chez C. auratus et R. scolo-
paceus, la position du cerveau est identique (PI. XI, 62, Ce) ; chez V. vermileo
elle est plus avancée et plus ventrale, comme nous le verrons au chapitre
correspondant.
13. Pièces buccales
La capsule céphalique porte en avant les pièces buccales :
a) Le labre très ellilé en avant et en forme de coin accompagné d’un
épipharynx bien différencié.
b) Les mandibules et les maxilles associées en un complexe mobile
verticalement.
c) Le labium réduit au seul prémentum et l’hypopharynx très sclé-
rotisé.
Cet ensemble est profondément transformé et constitue un complexe
fonctionnel apte à la préhension et à la succion de la nourriture.
Fig. 5. — C. auratus. Partie antérieure de la région longitudinale médiane de la capsule
céphalique. Les complexes mandibulo-maxiUaires ont été Ôtés.
Source : MNHN, Paris
a) Labre et Epipharynx
Le labre fait suite au clypéus ; il s'effile vers l’avant et vers le bas.
Le passage du clypéusau labre n'est pas nettement marqué. Tout au plus
peut-on distinguer une légère rainure au niveau de la suture labro-cly-
péale (Fig. 5, S Lr).
Cette suture est encore moins marquée chez les larves des Tabanides.
Cook (1949) ne la voit pas chez Tabunus nigrovittatus Macq., tandisque
Weub et Wells la représentent dans une figure concernant l’espèce
T. puncti/er (Cook, 1919). Schhemmer considère le labre comme la
continuation de la « pointe céphalique médiane » (medianen Kopfspitze)
et le nomme « Labrum-schnabcl ». marquant ainsi l'absence de limite
nette entre deux formations habituellement distinctes chez les Insectes.
Le labre se termine en avant par trois dents très fortement scléro-
tisées et dirigées vers le haut et vers l’arrière (Fig. 5, 1) Lr).Ensuite il se
tourne vers le bas et vers l’arrière, devient membraneux, formant des
protubérances pointues, et se raccorde à l’épipharynx. 11 porte latérale¬
ment quelques soies courtes et des épines sensorielles :
a) une paire d’épines située immédiatement en arrière des trois dents
et logée chacune dans de petites cavités correspondantes (PI. VIII, 10, En),
b) une paire d’épines légèrement postérieure par rapport à la pré¬
cédente,
c) trois paires de courtes soies en avant des trois dents,
d) une courte et forte épine de chaque côté, au niveau de la dent
intermédiaire.
Ajoutons ici, bien que sa fonction ne semble pas sensorielle, une
rangée d’épines raides, plates et incolores dirigées vers le bas ; cet aligne¬
ment épineux qui va du bord antérieur jusqu’à l’épipharynx, sera
désigné ici sous le nom de « peigne » (Fig. 5, Pg). Son rôle est unique¬
ment mécanique et consiste à empêcher le passage des fragments de
tissus au cours de l’aspiration.
En coupe transversale, le labre a la forme d un coin (PI. VIII, 10. 41,
42). L’arête inférieure, d’abord arrondie, devient ensuite angulaire et porte
également de chaque côté une expansion qui la suit jusqu'à l’épipharynx
(C Lr). Celui-ci (F.p), légèrement sclérotisé, s'élargit progressivement vers
l’arrière. Tout à fait en arrière et au-dessus de l’hypopharynx, existe un
scléritc large et pointu en avant qui forme le plafond de l’ouverture
buccale fonctionnelle. Du fait qu’il est impair et en raison de sa position,
il est évident que ce sclérite appartient à l’cpipharynx (Fig. 5, S Ep).
11 sert à conduire les liquides aspirés vers la bouche, en fermant en arrière
le tube formé par la cannelure du crochet mandibulaire et le labre. O n
comprendra mieux son rôle en considérant le fonctionnement des pièces
buccales dans leur ensemble dans le chapitre spécial consacré à ce sujet.
Le labre n’a conservé qu’un des muscles labraux, celui-ci est lui-même
étroitement lié aux muscles cibariaux (voir paragraphe suivant).
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
167
b) Cibarium et Pharynx
Chez les larves des Rhagionidae, il est difficile de donner les limites
exactes de la cavité préorale. La spécialisation des pièces buccales à
l’absorption de la nourriture par aspiration est corrélative de modifi¬
cations profondes du type généralisé. Ainsi les éléments anatomiques que
nous décrirons ne présentent-ils pas toujours la signification fonction¬
nelle habituelle.
L’hypopharynx est bien sclérotisé, sauf dans sa partie antérieure très
étroite qui demeure membraneuse ; il se prolonge vers l’arrière par le
plancher du cibarium-pharynx et sa limite postérieure est plus ou moins
difficilement identifiable (Fig. 5 ; PI. 1, 5, Hy).
11 est important de préciser que la dénomination de cibarium-pharynx
est imposée par le fait que rien ne permet de distinguer l’une de l’autre
ces deux cavités adjacentes. En effet, de la sclérotisation de leur paroi
ventrale est résultée leur fusion complète. Cette structure se rencontre
souvent, plus ou moins nette, chez les Brachycères. Cook (1949) a trouvé
un début de sclérotisation chez Culiscla (Nematocères). Chez Chrgsopilus
elle est très avancée et la fusion est complète. Le cibarium-pharynx
devient ainsi une puissante pompe aspirante. Il parcourt la tète sur les
3/4 de sa longueur (Fig. 4, Cib - Pli), son plancher étroit et relativement
plat supporte la paroi dorsale, membraneuse, munie d’un repli médian sur
lequel s'insèrent les muscles dilatateurs (PI. I, 2, Bp). En avant, il passe
entre les phragmes paraclypéaux auxquels il s’unit étroitement. En
arrière, il est libre et donne suite à l’œsophage. Ainsi, solidaires, le ciba¬
rium-pharynx, le tentorium et les phragmes constituent un ensemble
cohérent ; il faut ajouter encore qu’au bord antérieur des phragmes se
situe l’articulation antérieure de la mandibule.
En l’absence du muscle stomodéal, il est impossible de situer morpho¬
logiquement l’ouverture de la bouche, mais l’orifice de la pompe aspirante
formée par le cibarium-pharynx constitue la bouche fonctionnelle.
La musculature du cibarium-pharynx comprend :
1) Un muscle impair, qui s’insère sur la partie postérieure sclérotisée
de l’épipharynx, dont l’origine se situe près de la base du labre (Fig. 4 ;
PI. I, 1 ; III, 17, m Ir). Il représente le muscle labro-épipharyngien(com¬
presseur de Cook (1949) et autres). Ses contractions tirent l’épipharynx
vers le haut, ouvrant ainsi le passage vers le cibarium-pharynx. 11 n’y a
pas de muscle antagoniste, l'élasticité de l’épipharynx suppléant cette
absence.
2) Une série de 5 paires de muscles insérés sur le repli de la partie
dorsale du cibarium-pharynx et prenant leur origine sur le fronto-clypéus
(Fig. 4 ; PI. VI, 31, m cib). Leur contraction soulève le plafond duciba-
rium-pharynx assurant ainsi l'aspiration des aliments. Tous ces muscles.
Source : MNHN, Paris
168
L. TSAC/
en position antérieure par rapport au ganglion frontal (Fig. -1 ; PI. VI, 30,
33, Ggl Fr) et à ses connections, doivent représenter les muscles cibariaux.
Ce fait est remarquable, les muscles dilatateurs pharyngiens, ici absents,
existent chez les autres especes des Rhagionidac étudiées, ainsi que chez
les Tabanidae.
3) En arrière des muscles cibariaux dilatateurs, sur la partie posté¬
rieure du cibarium-pharynx, existe une zone de transition vers l'oesophage.
Ce segment du stomodeum est doté de muscles pariétaux transversaux en
avant, qui gagnent progressivement la paroi ventrale et qui deviennent
circulaires au fur et à mesure que la partie selérolisée se rétrécit. Ce
segment représente la partie profonde du pharynx (Fig. 4 ; PI. VI, 32, m
ph cr).
4) Les muscles de la pompe salivaire partent de la face ventrale de la
partie sclérotisée du cibarium-pharynx. Il en sera question plus loin dans
l'étude du salivarium.
Il faut signaler l'absence des muscles messoriaux chez toutes les
espèces de Rhagionidac étudiées. Ces muscles existent cependant chez les
Tabanidae (palatal muscle de Cook, 1949).
c) Labium. Hypopharynx. Salivarium
Chez les larves des Diptères, le labium n’est généralement pas bien
développé. Les larves des Brachycères peuvent cependant présenter un
labium qui approche du type généralisé. C’est le cas par exemple de
Tabanus qui possède un prémentum portant les palpes, et un post-
mentum. Selon Cook (1949), les Therevidae ont aussi un labium composé
de prémentum et de postmentum. . .
Chez les larves de Chrysopilus auraliis, le labium est très réduit
(Fig 2, Lb) ; seuls les palpes (Fig. 5 ; PI. I, 8, IV, 24, P Lb) uniarticulés,
courts et fusionnés à un organe impair, permettent d homologuer au
prémentum la plaque charnue qui les porte. Aucune trace du post¬
mentum n’a pu être décelée. .
Entre les palpes et l'orifice du canal salivaire existe une structure
particulière (Fig. 5, Lo Lb). Elle consiste en un lobe charnu couvert de
petits poils courts et serrés, le tout rappelant un bonnet à poils.
Le labium, à cause de la transformation des pièces buccales en un
appareil suceur particulier, a subi une pression latérale lui imprimant, en
coupe transversale, une forme de coin (PI. I, 7, V ; 26). Un sclérite en
forme de Y couché, les deux branches dirigées vers l’arrière, le renforce
en soutenant en même temps le salivarium (Fig. 5 ; PI. I, 7, 8 ; IV, 24, S
Lb).
Il n’existe pas de muscles labiaux ; le labium peut toutefois effectuer
un léger mouvement vertical entraîné par l’hypopharynx mû par une
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
169
paire de muscles hypopharyngiens (Fig. 4, 9, m hy). Ce mouvement a
comme résultat de rapprocher ou d'éloigner du labre la partie antérieure
du labium. La première de ces positions permet l’absorption des liquides
nourriciers, tandis que la deuxième facilite l’écoulement de la salive.
2. Hypopharynx.
L’hypopharynx apparaît comme un prolongement vers l’avant du
plancher du cibarium-pharynx ; il est fortement sclérotisé, à l’exception
de sa partie distale membraneuse et pointue. Dans sa partie postérieure, il
présente un resserrement au niveau des phragmes paraclypéaux (PI. I, 5,
Hy, R Hy), disposition dont la fonction n'est pas très claire mais qu’on
peut supposer jouer un rôle régulateur du llux des liquides nourriciers.
Une paire de muscles (Fig. 4, 9, m hy) très faibles peut lui imprimer
un léger mouvement de haut en bas, qui faciliterait l’écoulement de la
salive. L’origine de ces muscles se trouve sur l’expansioh postérieure du
tentorium et leurs longs tendons s’insèrent sur les bords latéraux et au
tiers antérieur de l’hypopharynx. Ces muscles, d’origine tentoriale, insé¬
rés sur la partie sclérotisée de l’hypopharynx, sont bien les muscles
tentorio-hypopharyngalis (retractor of the hypopharynx de Snodgrass).
La jonction entre l’hypopharynx et le plancher du cibarium-pharynx
est antagoniste de ces muscles et ramène l’hypopharynx à sa position de
repos.
Ainsi qu’on l’expliquera plus loin, corrélativement au mode parti¬
culier de succion de cette larve, l’hypopharynx a subi un déplacement
vers l’arrière par rapport au labium. Cette disposition lui permet, dans sa
partie dorsale et creuse, de recevoir les liquides aspirés, à leur sortie du
tube formé par les crochets mandibulaires.
3. Salioarium.
11 parcourt longitudinalement l’espace compris entre l’hypopharynx
et le sclérite labial, pour déboucher entre l’hypopharynx et le labium par
un orifice en fente (Fig. 5, O Sal). Ses parois légèrement sclérotisées sur
toute leur longueur (PI. V, 25, Sal), se renforcent davantage au niveau de
la pompe salivaire. Cette dernière est située près des bords postérieurs des
phragmes paraclypéaux ; elle est constituée par un segment en angle
obtus du canal salivaire, segment dont la paroi dorsale actionnée par une
paire de muscles peut s'abaisser ou se relever (Fig. 4, P Sal). Dans la
position de repos, elle reste fermée en raison de l’élasticité de ses parois ;
au moment de l'émission de la salive, les muscles en se contractant
soulèvent la paroi dorsale, laissant le passage libre à la salive. Ces muscles
prennent leur origine sur la paroi ventrale du cibarium-pharynx, dans
sa moitié postérieure (Fig. 4; PI. I, 2. m sal). Le canal salivaire, impair
depuis son entrée dans la capsule céphalique, naît de la confluence de
deux tubes de même calibre.
Source : MNHN, Paris
170
d) Complexe mandibulo-maxillaire
Le complexe mandibulo-maxillaire joue un rôle capital à la fois dans
la préhension et dans la succion de la nourriture. Mandibule et maxille y
sont étroitement associées, à tel point qu'on ne peut identifier qu’avec
difficulté leurs divers constituants.
Fig. 6. — C. aurai lis. A : Coupe transversale passant parle labre et le complexe mandibulo-
maxillaire. B : Coupe transversale «le l’article basal de la mandibule.
Snodghass (1935) considère que chez la larve des Tabanides la mandi¬
bule n’existe pas, et que l’appendice existant constitue une maxille de
type généralisé. Il schématise cette maxille et y reconnaît cardo, stipes
galéa et lacinia. Cook (1919) a pu au contraire montrer que la mandi¬
bule existe et que la maxille est réduite à la lacinia, au palpe et à une
partie basale qu’il ne nomme pas. Cette dernière interprétation est éga¬
lement valable pour les larves des Rhagionidae. Schremmer ( 1951 )
après Anthon (1943), reprenant la question du complexe mandibulo-
maxillaire chez les Brachycères Orthorrhaphes, montre que la mandi¬
bule est biarticulée, conception qui facilite beaucoup la compréhension du
complexe mandibulo-maxillaire.
Source : MNHN, Paris
PIÈGES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
171
1. Eléments squelettiques.
La mandibule est constituée en deux parties : un article distal et un
article basal.
L’article distal se présente comme un crochet très fortement sclérotisé,
solide, pointu, court et épais (Fig. 6A, 8, C Md) ; une cannelure le parcourt
sur son côté interne (C C Md). Ce crochet s’appuie sur l’article basal ;
ce dernier est constitué par une bande coudée formant un angle d’environ
60° d'ouverture dirigée vers le bas (ventraleinent) (PI. V, 26, A B M). La
partie interne de l’article basal de la mandibule est parallèle au labre et
présente sur son bord postérieur une cavité glénoïde qui s’articule au
bord antérieur des phragmes, c’est là l’articulation mandibulaire anté¬
rieure (Fig. 8, Ar a). L’arête dorsale (PI. V, 28, A D) s’élargit en arrière
pour former un large apodème sur lequel s’insère le tendon du muscle
abducteur (Fig. 8, Ap Md). m
La partie externe de l’article basal, plus large à Tarête, descend en
pente légère, en se rétrécissant pour se terminer par un condyle sur
l’angle latéro-postérieur. Par l’intermédiaire de ce condyle se réalise
l’articulation postérieure de la mandibule avec la capsule céphalique (voir
description de la capsule céphalique) (Fig. 7, Ar p). Cette articulation
Fig. 7. — C. auralus. Vue latérale externe du complexe mandibulo-maxillaire et de la
partie antérieure de la capsule céphalique.
Source : MNHN, Paris
172
L. TSACAS
parait assez faible, son rôle semble se réduire au maintien de la fixité de
l’axe de rotation de l’appendice. L’articulation antérieure, en revanche,
se trouvant sur le môme plan que le crochet mandibulaire et les insertions
des muscles abducteurs et adducteurs, supporte tout le poids du fonc¬
tionnement.
En avant de l’articulation postérieure (externe) existe une forte
épine sensorielle. Deux autres soies se trouvent sur le bord antérieur de la
partie latérale de l'article basal de la mandibule (Fig. 6A. 7, En). Au bord
postérieur et dorsal du môme article fait suite la membrane du champ
d'épines dont j'ai parlé plus haut.
La maxille est réduite et modifiée à tel point qu’on retrouve ses
constituants avec difficulté. Toutefois, les éléments suivants peuvent être
reconnus :
a) Un palpe assez développé qui, par une base très large, prend nais¬
sance dans l’ouverture de l’angle formé par l’article basal de la mandi¬
bule. Le palpe est biarticulé, portant sur chaque segment une partie
sclérotisée. De nombreux plis le parcourent, rendant la segmentation
moins nette (Fig. 7, P Mx). De nombreuses petites papilles sensorielles
existent à son sommet. Ventralement il porte une grosse bosse avec une
forte soie (Fig. 6A, Lo P).
b) Un sclérite, en baguette, entre le palpe et le bord antérieur du
volet externe de l’article basal de la mandibule (Fig. 2, 7, St). Il doit
représenter la partie renforcée du stipes.
c) En avant, la lacinia qui s’accole au crochet mandibulaire, formant
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 173
une sorte de dépression interne dans laquelle ce dernier se loge (Fig. 6 ;
PI. V, 27, Lac).
d) La galéa dont la partie libre (1) semble montée sur la lacinia, a la
forme d’un cône (Fig. 8, Ga). Sa partie distale constitue une plate¬
forme circulaire (Fig. 3) hérissée de fortes épines de longueurs différentes,
dirigées en avant et en bas (D Ga). Dorsalement, elle porte une courte
épine.
Entre la lacinia et le volet interne du segment basal de la mandibule
s’étend une membrane qui porte une série d’épines souples, non scléro-
tisées, de longueur inégale, dirigées vers le bas (Em).
La maxille ne possède aucune articulation directe avec la capsule
céphalique. Ainsi paraît-elle étroitement associée à la mandibule avec
laquelle elle forme un complexe anatomique et fonctionnel à la fois.
2. Musculature.
La petite taille de la capsule crânienne de la larve de Chrysopilus
auratus et de son complexe mandibulo-maxillaire, ainsi que le grand
nombre de faisceaux musculaires, rendent très difficile l’étude de la
musculature céphalique. Dissections minutieuses, coupes à main levée et
coupes histologiques sont nécessaires à cette étude.
Les muscles mandibulaires, abducteur et adducteur, sont bien
développés et occupent la majeure partie de la capsule céphalique. Au
contraire, les muscles maxillaires sont réduits à un seul élément adduc¬
teur. Cette réduction est la conséquence de l’étroite annexion de la maxille
à la mandibule, la première étant amenée à suivre les mouvements de
cette dernière.
Fig. 9. — C. auratus. Vue latérale interne, à demi-schématique, de la moitié droite de la
capsule céphalique montrant la musculature du complexe mandibulo-maxillaire (les
organes de la région longitudinale médiane ont été ôtés).
(1) En réalité lacinia et galéa, intimement soudées à leur base, ne sont discernables
l'une de l'autre que dans leurs parties distales.
Source : MNHN, Paris
174
L. TSACAS
1) Abducteur de la mandibule (I'ig. 9. 10 ; PI. I, 2 ; IV, 23, m ab md).
Son insertion se trouve sur l’apodème postérieur de l'arête dorsale de l’ar¬
ticle basal de la mandibule, ('.'est un biceps dont les deux faisceaux s’atta¬
chent l'un à la plaque céphalique dorsale, l’autre à la partie dorsale du
tentorium. Le tendon est long et parallèle au plan d'action de la mandi¬
bule. Le rôle de ce muscle est de ramener à la position de rétraction (de
repos) l'ensemble du complexe mandibulo-maxillaire ainsi que le champ
d’épines. Il n'existe pas de muscle abducteur de la maxille.
2) Adducteur de la mandibule (Fig. 9, 10 ; PI. I, 2 ; III, 16 ; IV, 23, m ad
md). Le sont des faisceaux très puissants associés en deux groupes. L’un
comprend quatre faisceaux d’une puissance inégale, les deux plus forts (d et e.)
prennent leur origine sur la plaque dorsale, les deux autres (c et f), beau¬
coup plus faibles, s’attachent sur l'expansion postérieure du tentorium. Le
tendon commun de ces quatre faisceaux, après avoir contourné par des¬
sous, en y adhérant solidement, le volet interne de l'article basal de la
mandibule, vient s'insérer sur la base du crochet mandibulaire.
Le deuxième groupe consiste en un biceps très puissant aussi, dont
les deux faisceaux (a et b) s’attachent sur le tentorium. Le tendon
commun s’insère sur le bord inférieur du volet interne de l’article basal
de la mandibule. Ce biceps et surtout le faisceau (a), aplati, couvre
ventralement le bulbe buccal. On voit ainsi les forces de traction réparties
sur une large surface de la plaque dorsale et du tentorium; ce dernier,
par son expansion postérieure, offre un appui solide et étendu aux attaches
musculaires.
pj a jo _ c. auratus. Vue dorsale de la capsule céphalique montrant les muscles qui ont
8 i eur ' insertion sur la plaque dorsale (à demi-schématique).
3) Adducteur de la maxille (Fig. 9, 10 ; IM. I, 2 ; VI, 31, m ad nix). —
C’est l’unique muscle de la maxille. Il part du bord latéral de la plaque
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 175
dorsale en position plus antérieure que le départ de l'abducteur mandi¬
bulaire et s’insère sur la lacinia. Son rôle est très important ; par sa posi¬
tion latérale et avancée, il imprime à la maxille un ample mouvement
oblique qui permet le « dégainage » du crochet mandibulaire. La fonction
de ce muscle est mieux analysée dans le chapitre suivant traitant du fonc¬
tionnement des pièces buccales.
De cette étude de la musculature du complexe mandibulo-maxillaire
il ressort qu’un certain nombre de faisceaux musculaires ont « glissé » du
crâne au tentorium. Ce fait, relativement rare chez les autres Insectes,
est fréquent chez les larves des Diptères. Les Nématocères offrent
quelques exemples comme Limoniidae et Culicidae (Cook, 1949), les
Brachycères Orthorrhaphes présentent plus souvent ce phénomène.
En effet le crâne de ce groupe, réduit à une plaque dorsale, ne peut
assurer rattachement des puissants muscles mandibulaires. Par contre
le développement important du tentorium, comme nous l’avons vu,
offre l’espace indispensable à cet effet.
G. Fonctionnement de la tête
La tête larvaire de Chrysopilus auratus, aboutissement des transfor¬
mations, réductions ou disparitions des éléments primitifs, se présente
comme un tout fonctionnel. Son rôle principal est d'amener la nourriture
à l’ouverture buccale. Mais le mode de vie souterrain de cette larve
impose en plus à la tête un deuxième rôle, celui de frayer un chemin dans
le sol. La solidité est la condition essentielle à l’accomplissement de ces
deux tâches. Elle est assurée par un renforcement du bord de la plaque
dorsale, par le développement considérable des phragmes paraclypéaux
et par une paire de bâtonnets tentoriaux. Ainsi se trouvent consolidés
tous les points sur lesquels portent des tractions importantes.
Le lieu de l’articulation mandibulaire postérieure d’une part, et
d’autre part la région d’attache des muscles mandibulaires sont affermis
par le renforcement du bord de la plaque dorsale signalé ci-dessus.
Les phragmes paraclypéaux offrent un appui solide pour l’articula¬
tion antérieure de la mandibule et pour les bâtonnets tentoriaux qui
supportent les fortes tractions des muscles adducteurs de la mandibule.
Aucune suture de déhiscence n’affaiblit ce système.
a. Progression dans la terre
La larve de C. auratus progresse dans le sol en se servant de ses pièces
buccales d’une façon énergique. La pièce intervenant dans cette action
est la galéa qui se termine par un disque portant des dents tout autour de
son bord. De ces dents, celles qui garnissent le bord externe de la galéa
sont larges, courtes et très robustes, tandis que celles qui longent le bord
dorsal de la lacinia sont longues et plutôt fines (Fig. 8, D Ga).
Source : MNHN, Paris
176
L. TSACAS
Les deux complexes mandibulo-maxillaires s’animent d’un mouve¬
ment alternatif semi-circulaire, parallèle au plan vertical ; au moment où
l’un se trouve en position de rétraction vers le haut, sa pointe dirigée en
avant, l'autre est en extension vers le bas, sa pointe dirigée vers l’arrière.
Pendant que ce dernier s’élève, le premier descend à son tour et ainsi de
suite.
Par ce mouvement rotatoire, les galéas, avec leurs dents courtes et
robustes et leurs disques terminaux, fonctionnent comme des pelles méca¬
niques. F.lles grattent le sol et le repoussent au-dessous du corps de la
larve. Ce mouvement est aidé par les déplacements de haut en bas de la
tête. En même temps, les champs d'épines s’animent d’un mouvement
régulier. Au moment où la mandibule sc trouve à son point le plus haut
(position de rétraction), le champ d’épines est presque entièrement
enfermé sous un pli du tégument (Fig. 11 A). Dès que la mandibule
commence à descendre, le champ d’épines se déploie et les épines dirigées
vers l’arrière grattent le sol et le poussent en arrière au-dessus du corps
de la larve (Fig. 11 D).
Fie. 11. — C. auratus. Quatre positions successives du complexe mandibulo-maxillaireau
cours du mouvement d'attaque d’une proie. En pointillé, la position de la maxille
pendant la progression de la larve dans le sol (schématique).
L’observation d’une larve qui avance sur le sol ou qui essaye d’y
pénétrer permet d’estimer le travail considérable accompli par l es
complexes mandibulo-maxillaires. Ils sont animés d’un mouvement
rapide qui ne s’arrête qu’au moment où la larve prend appui pour effec¬
tuer la contraction de son corps.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES
RHAGIONIDAE
177
Mettre l’accent sur le rôle des galéas ne doit pas faire oublier que le
labre effilé en avant et très fortement sclérotisé, et animé par les mouve¬
ments de la tête, participe aussi très énergiquement à la progression.
Chez la larve de Rhagio scolopaceus les complexes mandibulo-maxil-
laires et les champs d’épines jouent le même rôle.
b. Absorption de la nourriture
Schremmer (1951), le premier, a vu chez les larves |des Brachycères
Orthorrhaphes le type particulier de fonctionnement des pièces buccales
de la larve de C. auratus. Cet animal est doté d'un organe apte à sucer,
formé par les crochets mandibulaires, le labre et l’hypopharynx. Les pre¬
miers, par leurs creux orientés du côté oral, peuvent former un tube s’ils
s’appliquent l’un contre l’autre, ou deux tubes s'ils s’appuient contre le
labre. Ce dernier, interposé entre les mandibules mais devenu très mince
sur sa partie antéro-ventrale, permet le rapprochement des crochets
mandibulaires; l’hypopharynx, mince et avançant jusqu’àl’épipharynx,
ferme en dessous l’embouchure de l’appareil suceur vers le cibarium et
isole le canal salivaire.
Chez les larves de Rhagio, les mandibules servent uniquement à la
préhension de la victime et à la dilacération de ses chairs, chez celles de
C. auratus elles assurent également la succion.
Quand les complexes mandibulo-maxillaires sont en position d’exten¬
sion, c’est-à-dire projetés en avant, avec leurs crochets mandibulaires
dirigés vers le bas et vers l’arrière, ces derniers se touchent sur leur
partie antérieure, en avant et en bas du labre (Fig. 12). Ainsi leurs creux
accolés forment un tube qui s’ouvre par un orifice ovale au milieu du
bord dorsal des crochets. Leurs parties postérieures restent séparées par
le labre, très mince à cet endroit. Ce dernier présente une structure par¬
ticulière destinée à faciliter le passage des liquides dans la bouche. Cette
structure consiste en deux légères crêtes convergeant vers la bouche
(Fig. 5, 12). La crête supérieure (C S L), très fine, s’arrête avant le sclérite
de l’épipharynx, l’inférieure est en réalité le bord ventral du labre légè¬
rement sclérotisé et débordant. Au-dessous, l’embouchure de cet « enton¬
noir» est fermée par l'hypopharynx mince et membraneux antérieure¬
ment.
Ainsi on voit trois organes contribuer à la formation de ce dispositif
particulier : crochets mandibulaires, labre, hypopharynx.
Juste au-dessous de l’hypopharynx s’ouvre le salivarium dont la
valvule réglant le débit de la salive se trouve plus en arrière et fonctionne
par le jeu d’un muscle biceps. Grâce à l’hypopharynx qui vient s’appuyer
contre l’épipharynx, les ouvertures du cibarium et du salivarium sont
parfaitement isolées.
L’observation directe du fonctionnement des pièces buccales n’est pas
possible pour plusieurs raisons. Leur très petite taille, le fait que la tête
s’enfonce plus ou moins dans le corps de la proie, enfin le mode de vie de
la larve vivant dans le sol, opposent des obstacles insurmontables à une
Source : MNHN, Paris
178
vision des mouvements de l'ensemble des pièces buccales. De plus, les
larves refusent toute nourriture qui leur est offerte en dehors du sol. Les
très rares larves que j’ai vu en train de sucer une victime, l’ont lâchée
aussitôt après éclairage pour une observation sous le microscope.
Fiff 12 — C aurai us. Position des pièces buccales pendant la succion. En pointillé, la
maxille en position d'attaque de la proie. Le complexe mandtbulo-maxlUaire droit est
Ainsi on ne peut qu’imaginer les diverses phases de la succion de l a
proie En me basant sur l’anatomie de la tête, la musculature, et des
observations sur le vivant, j’essaierai de reconstituer le mécanisme de la
capture et de l’absorption de la proie.
1. Repérage de la proie.
Les palpes maxillaires, très développés, ainsi que les nombreuses soies
sensorielles du labre doivent participer à cette tâche essentielle. On ne sait
pas encore si la larve s’aperçoit de la présence de sa proie seulement par l e
contact, ou si elle dispose de la faculté qui lui permettrait de la repérer à
une certaine distance et de se diriger alors vers elle.
2. Attaque.
Quoiqu’il en soit, la larve une fois devant sa victime déclenche son
attaque à l’aide de ses forts crochets mandibulaires. Dans la description
du complexe mandibulo-maxillaire, nous avons vu que l’article distal de
la mandibule est couvert latéralement par la lacinia qui forme une espèce
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 179
de niche autour de lui. Cette niche est très utile pendant la marche de la
larve dans le sol, car : 1) elle protège le crochet mandibulaire, 2) elle
empêche les petites particules du sol de venir boucher l’orifice du canal
de succion, 3) elle donne une plus grande solidité à la galéa pour accomplir
son rôle dans cette marche. Mais, au moment même de l’attaque de la
proie, la lacinia doit se retirer et libérer le crochet mandibulaire ainsi
apte à jouer son rôle.
Schremmer (1951) n’envisage pas ce problème pour la larve de Chry-
sopilus auralus qu'il étudie, mais il considère la question chez la larve de
Rhagio scolopaceus. Il émet l’hypothèse que l’article distal de la mandibule
se détache de son fourreau par une érection plus forte grâce au tendon du
muscle adducteur mandibulaire qui, par un prolongement, vient s’insérer
à sa base. Cette hypothèse peut être applicable pour la larve de C. auratus,
mais ne suffit pas à elle seule à expliquer le dégainage mandibulaire.
Prendre en considération l’élasticité de la lacinia et l’action du muscle
adducteur maxillaire facilite beaucoup la compréhension de son méca¬
nisme. En effet, la traction du muscle adducteur de la mandibule ne peut
pas débloquer directement, de la niche de la lacinia, la pointe du crochet
mandibulaire ; il faut d’abord qu’un muscle tire obliquement la lacinia
pour que la traction de l’adducteur mandibulaire libère le crochet (Fig.
11 B). Cet écartement de la lacinia est rendu possible par l’élasticité de
la membrane qui la lie à l’article basal de la mandibule. Je pense que,
seul le muscle adducteur maxillaire peut exercer cette traction oblique
sur la lacinia. L’origine de ce muscle, tout à fait latérale sur la plaque
dorsale, le trajet et l’insertion de son tendon semblent justifier ce point
de vue (Fig. 10 ; PI. VI, 31, m ad mx).
Les crochets mandibulaires une fois « dégainés » réussissent à perforer
le tégument de la victime, permettant ainsi à la partie antérieure de la
tête de pénétrer dans son corps.
Il faut bien le préciser, il n’existe pas une véritable articulation, ni
entre la mandibule et la maxille, ni entre les parties constituant cette
dernière. C’est d’ailleurs cette particularité qui justifie la dénomination
de « complexe mandibulo-maxiilaire ».
3. Le rôle de la salive.
L’existence d’une digestion extraorale partielle chez les larves de
Chrysopilus auralus ne fait pas de doute. Les faits suivants autorisent
ce point de vue : a) le mode particulier de la succion strictement adaptée
à l’aspiration de liquides ; b) l’existence de glandes salivaires très déve¬
loppées ; c) l’absence de fragments de tissus dans le tube digestif de la
larve. Cette digestion extraorale partielle est dûe aux ferments protéo¬
lytiques contenus dans la salive. Par ailleurs. Stammer (1924), étudiant
les larves des Tabanidae, émet l’hypothèse d’une digestion extraorale
chez ces animaux.
Schremmer (1951) a constaté chez les larves de Tabanus et à'Atherix
l’existence, près de la pompe salivaire, de cellules géantes, en communi-
Mémoikes du Muséum. — Zoologie, t. XXVII. 12
Source : MNHN, Paris
180
L. TSAC.AS
cation avec les canaux internes des crochets mandibulaires, cellules
auxquelles il attribue le rôle de glandes à poison. Les secrétions de ces
glandes uniccllulaires déversées dans le corps de la proie ont, en effet,
une action paralysante.
Chez les larves de Chrysopilus auralus, ni ces cellules, ni d’autres
formations glandulaires susceptibles de jouer ce rôle n’existent ; de plus
les crochets mandibulaires, adaptés au mode particulier de la succion,
sont dépourvus de canaux internes.
Des observations directes m’ont permis de constater que la réaction
des animaux attaqués cesse rapidement. La blessure, très réduite, et
l’effet protéolytique seul de la salive ne suffisent pas à expliquer l’immo¬
bilisation rapide de la proie. 11 est légitime de penser à une action para¬
lysante ou empoisonnante de la salive. Cette action a une grande impor¬
tance pour la larve, les pièces buccales ne pouvant pas « mordre » et
tenir solidement l’animal capturé.
Dans le but d’élucider le rôle de la salive, j'ai procédé à l’expérience
suivante. Des prélèvements de glandes salivaires des larves de Chryso¬
pilus auralus ont été faits ; des morceaux de ces glandes ont été injectés
dans le corps de vers de terre de petite taille. Ceux-ci montraient tout de
suite après l’opération des signes de paralysie qui duraient plus d’une
heure ; des témoins qui avaient subi la même blessure, mais sans injec¬
tion de la glande salivaire, reprenaient leur mobilité quelques minutes
après. Il parait donc que la salive possède des propriétés toxiques.
Le rôle principal des glandes salivaires reste toujours la liquéfaction
et un début de digestion des organes internes et tissus de la proie par leurs
ferments protéolytiques. Cette liquéfaction rend possible l’aspiration de
l’animal capturé.
4. Aspiration de la proie.
Aussitôt après le début de liquéfaction provoqué par la salive, l a
succion commence. .
I es muscles dilatateurs du cibanum-pharynx, en se contractant,
provoquent l’ouverture de la bouche et la dilatation du cibanum-pharynx
et par conséquent l'aspiration des liquides. Ces derniers entrent par l’ou¬
verture ovale formée sur la partie dorsale des crochets mandibulaires lors
de leur rapprochement. Ils parcourent le tube mandibulaire et, guidés
par les crêtes du labre, se jettent dans l’embouchure du cibanum-pharynx.
On voit ainsi que tous les organes de l’appareil buccal convergent vers
la bouche, tant par l’ajustement de leur structure que par leurs mouve¬
ments coordonnés.
Le labre, immobile, tient un rôle important par sa forme particulière
qui permet aux crochets mandibulaires de se rapprocher. De plus, avec
Laide de l’épipharynx, il guide les liquides d’absorption vers la bouche.
Le labium ne paraît pas participer à cette tâche. 11 supporte le salivarium
et offre avec ses palpes un organe sensoriel bien développé qui renseigne
peut-être l’animal sur la présence ou la qualité de la nourriture.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
181
Le complexe mandibulo-maxillaire, mû par des muscles très puissants,
participe d’une façon décisive à la préhension et à la succion de la proie.
Les crochets mandibulaires, après avoir attaqué la proie, la perforent et
forment l’organe de la succion. Les maxilles ont le rôle très modeste de
protéger les crochets mandibulaires pendant le repos et la recherche de
la nourriture ; cependant, elles participent d’une façon très énergique à la
progression de la larve dans le sol. Les muscles dilatateurs du cibarium-
pharynx, par leur contraction, fournissent la force nécessaire à l’aspiration.
Remarque.
Aux larves de C. auralus récoltées à l’aide de l’appareil de Bbrlese, se mêlent parfois
quelques larves de Chrysopilus aureus F. La larve de cette dernière espèce, quoique de
taille moindre, est très proche de celle de C. auralus. Relativement plus large, elle est plus
trapue et sa plaque dorsale céphalique est d’une couleur plus claire.
Le manque de matériel suffisant a rendu impossible l’étude précise de cette larve ;
néanmoins une grande ressemblance de l'ensemble de la tête des deux espèces de Chryso¬
pilus a été constatée.
Source : MNHN, Paris
182
!.. TSACAS
CHAPITRE II
RHAGIO SCOLOPACEUS L.
I. OBSERVATIONS BIOLOGIQUES ET ÉCOLOGIQUES
Dans le parc de Gif, les larves de Hhagio scolopaceus sont beaucoup
moins abondantes que celles de Chrysopilus auratus. Les deux espèces se
rencontrent souvent ensemble dans le sol d’une prairie humide, mais
celles de H. scolopaceus se trouvent, de plus, fréquemment dans les couches
de feuilles mortes. Elles sont présentes pendant toute l’année, mais surtout
au printemps, époque où les grandes larves âgées sont plus abondantes.
Elles préfèrent les endroits très humides et souvent le voisinage de l’eau.
Dans les feuilles mortes, elles se tiennent dans les couches les plus pro¬
fondes et les plus humides. D’après mes expériences elles résistent beau¬
coup moins à la sécheresse que les larves de C. auratus.
Elles sont très mobiles, beaucoup plus que celles de C. auratus. Même
après un repas, elles ne passent pas par une période de quiescence comme
c’est le cas d'autres Orthorrhaphes prédateurs ( Uaematopota pluuialis
cité par Camkuon, 1934). Ainsi que toutes les larves connues des Rha-
gionidae, elles sc nourrissent aux dépens des animaux à tégument mou
qui vivent dans les mêmes biotopes qu’elles (larves d’msectes, vers de
teri Les larves âgées s’élèvent facilement dans du sable humide, avec des
morceaux de vers de terre. Elles peuvent subir un long jeûne de plusieurs
mois sans dommage. , , .
Je n’ai jamais vu de cas de cannibalisme, même dans des conditions
qui le favorisaient : nombreux individus de divers stades dans le même
récipient long jeûne. Je n’ai pu obtenir d’imagos à partir d œufs pondus au
Laboratoire ou trouvés dans la nature. Aussi ne puis-je me prononcer sur
le nombre des stades larvaires et la durée du cycle biologique. Mais j e
pense que, contrairement à l'espèce C. auratus exigeant, on 1 a vu pl Us
haut deux années pour son développement, H. scolopaceus parcourt son
cycle’ en une seule année. L’absence de larves âgees en été et de jeunes
larves au printemps d’une part, et l’éclosion massive et simultanée des
imagos d'autre part, viennent à l’appui de cette opinion. En effet, dans
un endroit où l’on repère en hiver et au printemps l’existence des larves
de K. scolopaceus, l’apparition des imagos, plus tard, est limitée à quelques
jours (10 à 12 j.). Passée cette courte période, où ils sont plus ou moins
abondants, on ne retrouve pas d’imagos dans l’endroit donné, pendant
toute la saison. t ,
Au moment de la nymphose, les larves montent a la surface pour l a
mue, au terme de laquelle elles abandonnent l’exuvie larvaire. Dans l a
nature, la nymphose a lieu au mois d’avril, ou plus tard selon les condi-
Source : MMHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 183
tions. Au laboratoire, elle peut se produire beaucoup plus tôt, au mois
de janvier par exemple pour des larves trouvées dans la nature en dé¬
cembre. La durée de la nymphose est de 10 à 13 jours dans les conditions
de laboratoire (20-22°). Une température de 5-7° en avril et mai n’em¬
pêche pas la nymphose, mais la nymphe meurt et, contrairement au cas
de C. auratus, l’éclosion de l’imago n’a pas lieu.
11 ne semble pas exister de diapause. En hiver, les larves restent actives
dans la mesure où le gel du sol ne s’oppose pas à leurs déplacements.
II. DESCRIPTION DE LA LARVE
La larve de Rhagio scolopaceus est connue depuis très longtemps
(Bouché 1834, Zetterstedt 1842, Beling 1875, Brauer 1883) ; cepen¬
dant toutes les descriptions existantes, trop sommaires, ne permettent
pas sa reconnaissance spécifique. La description qui suit, accompagnée
de dessins, donne les détails nécessaires à son identification. Elle est
basée sur l’observation de très nombreuses larves soit adultes, soit de
stades plus jeunes. Exception faite de la taille, cette descriptions’applique
à tous les stades larvaires, le premier mis à part.
La larve adulte est vermiforme et cylindrique (Fig. 13) ; les segments
thoraciques s’amincissent progressivement en avant, tandis que l’extré¬
mité postérieure est tronquée comme chez la larve de C. auratus.
En extension, elle mesure jusqu'à 25 mm de long et jusqu’à 3 mm de
large. La segmentation très nette permet la distinction de la tête, des
3 segments thoraciques et des 8 segments abdominaux. Il existe aussi un
segment intercalaire entre la tête et le prothorax (M I).
Le tégument, d’une couleur blanc mat, est glabre, lisse et moins dur
que celui de C. auratus, par contre sa transparence est plus grande.
Tous les segments du corps, le mésothorax et le segment anal exceptés,
sont parcourus latéralement par les mêmes rainures que chez C. auratus.
Les aires striées (Fig. 13; 1*1. VII, 38, 39, A S) du bord antéro-dorsalde
chacun des segments sont identiques à celles de cette dernière espèce ;
avec toutefois la différence que les aires du méso-et métathorax s'étendent
également sur le bord antéro-ventral en remplaçant les bourrelets loco¬
moteurs.
Sur tous les segments, du côté ventral, existent deux séries de petites
dépressions rondes symétriques par rapport au plan médio-ventral et
dessinant une ligne légèrement courbe (PI. VII, 37, L C).
Les segments abdominaux, sur leur bord antéro-ventral, présentent
des aires de reptation en forme de bourrelets qui montent jusqu’aux rai¬
nures latérales inférieures (Fig. 13; PI. VII, 37, 38, B L). Ces bourrelets se
composent chacun de deux parties symétriques par rapport à la ligne médio-
ventrale. Chacune de ces parties porte près du plan médian troie lignes
transversales suivies latéralement d'un alignement de 13 à 14 stries lon¬
gitudinales qui se raccourcissent progressivement. Toutes ces ligne sont
marquées par des denticules minuscules, incolores. Les bourrelets loco¬
moteurs se cachent sous un pli du tégument du segment précédent lors
d’une forte contraction de la larve.
Source : MNHN, Paris
Ml
Fig. 13. — R. scolopaceus. Vue latérale de la larve
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 185
Chacun des segments thoraciques est muni, ventro-latéralement, de
deux paires de légères élévations tégumentaires portant chacune une
petite soie (Fig. 13, Ch).
Le dernier segment, segment anal, est prolongé par 4 lobes coniques
arrondis : deux dorsaux et deux ventraux (PI. Vil, 36). Ces lobes charnus
portent, du côté interne de leur pointe, une épine petite et forte. Les deux
lobes inférieurs ont une deuxième épine sur la face ventrale de leur pointe.
Sur les arêtes latérales des lobes existe une courte frange de poils fins et
courts. Cette disposition permet à la larve de llotter à la surface de l’eau
en ayant toujours ses stigmates postérieurs en contact avec l’air ; si la
larve est submergée, une bulle d’air reste attachée à l’extrémité du corps,
assurant la respiration pendant un certain temps. Le segment est par¬
couru longitudinalement par 9 rainures : 1 dorso-latérales, 2 pour chaque
lobe dorsal ; 2 latérales ; 2 ventro-latérales, une pour chaque lobe ventral ;
et une ventrale composée d’une série de petites dépressions circulaires
qui réunit l’anus à une languette présente entre les deux lobes ventraux.
Sur la partie antéro-ventrale de ce dernier segment s’ouvre l’anus, au
milieu d’une élévation ovale (An). Tout autour de celui-ci s’élève, en
petits bourrelets, l’aire de reptation.
Fig. 14. — K. seolopaceus. A : Stigmate antérieur. B : Stigmate postérieur
Source : MNHN, Paris
1»5
L. TSACAS
La larve est amphipneustique. Les stigmates antérieurs (Fig. 14 A)
situés sur le prothorax sont beaucoup plus développés, ainsi que leur
chambre feutrée, par rapport à ceux de C. auratus. Les stigmates posté¬
rieurs (Fig. 14B) se trouvent sur une aire délimitée par les 4 lobes caudaux
du segment anal. Ils sont presque circulaires, d'une couleur jaune bru¬
nâtre, longs de 0,25 mm et larges de 0,2 mm environ. Leur grand axe
est incliné, formant un angle de 50° avec la verticale. Sur leur bord une
succession d’ouvertures ovales (30-32) de différentes tailles, confluant
par leur extrémité interne, forme un anneau complet. La partie médiane
est fermée et présente au milieu la longue cicatrice du stigmate du stade
précédent.
Les traces stigmatiques de tous les segments du corps, du méta-
thorax à l'avant dernier, existent comme chez C. auratus, mais ici elles
sont beaucoup plus apparentes (Fig. 13 ; PI. VII, 38, T St).
Remarque. ,
1. es larves de Ithagio et de Chrysopilus se ressemblent beaucoup, et leur identification
" Hbnnig ( 11118-52), dans le tableau de détermination des larves des genres de la famille
des Rhaqionidae, ne les dilTérencie pas. Maixoch (1917) donne comme caractère distinctif
des deux genres une petite saillie à la base externe des lobes supérieurs du dernier segment
des larves de Chrysopilus. Hei.ino (1S75) ne mentionne pas ce caractère comme étant dis¬
tinctif des deux genres. Gkeknk (19211) n'ayant pas examiné de larves .le Rhagio, ne fait
pas entrer ce genre dans la clef de détermination qu'il donne pour cette famille.
Avant décrit en détail les larves de Kliagio scolopaceus et de (.hrysopitus auratus et
également examiné les larves de II. lin",ta, Ithagio sp. et C. aurcus, je résumerai les prin¬
cipaux caractères différentiels qui peuvent servir comme base de la distinction des deux
8e "ï eS <:apsule céphalique : la plaque dorsale céphalique présente toujours un dessin chez
Rhaqio tandis qu’elle est uniforme chez Chrysopilus.
2. Anus : chez Rhagio, U est petit et d'une forme ovale, chez Chrysopilus grand et
triangulaire-atc^ I)os(érieurs . | c nom bre des ouvertures est plus élevé (double) chez Chry-
S0, Je nense nue ces trois types de caractères sont propres à chacun des genres. Cependant
Il serait désirable d'examiner les larves d'un plus grand nombre d espèces, afin de tirer des
conclusions d'une valeur générale plus rigoureuse.
III. TÊTE
A. Eléments squelettiques
La tête de Rhagio scolopaceus est, comme chez C. auratus, rétractée en
très grande partie dans le premier segment thoracique (Fig. 15, PI. VIII,
44). Seule reste libre la partie antérieure portant les appendices cépha¬
liques. Cette rétraction de la tête dans le thorax ne l'empêche pas d’être
très mobile, et même capable de se retourner jusqu'à près de 180°.
Cette tête est modifiée à tel point qu’on ne peut plus y reconnaître
les parties d’une tête normale d’insecte. Elle se présente sous la forme
d’un bulbe allongé (PI. VIII, 43). La partie postérieure rétractée dans le
thorax est constituée de membranes plutôt délicates, la partie libre étant
fortement sclérotisée.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 187
Fig. 15. — fl. scolopaceus. Tête vue de face. Les complexes mandibule-maxillaires sont en
position d’adduction.
De la capsule céphalique reste une plaque dorsale qui, en avant, se
courbe et descend latéralement presque jusqu'à la face ventrale (PI. VII,
34). Cette plaque céphalique se prolonge en arrière en s’amincissant et
finit par deux profondes échancrures qui délimitent un lobe médian
arrondi. Ce lobe, sur lequel s’attachent de puissants faisceaux du muscle
adducteur mandibulaire, est renforcé par une crête interne, médiane, lon¬
gitudinale (PI. VIII, 43 ; IX, 48, Cr). La signification de cette crête est
discutée plus loin. La plaque dorsale de couleur jaune-brun, non uniforme,
présente en son milieu une zone incolore. Les bords latéraux sont forte¬
ment sclérotisés et forment deux replis de couleur plus sombre. Ces replis
sont ici plus forts et plus nets que chez C. auralus (PI. VIII, 43; IX, 48, 51,
B PI D). Ils peuvent être homologués aux bâtonnets métacépha-
liques des Erinnidae et des Empidi/ormia (Dolichopodidae et Empididae).
Chez les larves de ces groupes, la plaque céphalique a subi une réduction
plus poussée encore et les bâtonnets métacéphaliques, devenus libres,
supportent les muscles des pièces buccales.
La plaque céphalique, au milieu de son bord antérieur, s’effile et se
prolonge par le labre (PI. VIII, 43, Lr). Latéralement deux échancrures
forment les foramens antennaires (FA); les antennes sont développées et
uniarticulées (Fig. 15, A). Sur la branche latérale de chacune des
échancrures s’articule la mandibule (Fig. 15, Ar p). Entre le clypéus et
le foramen antennaire et jusqu’à la mandibule, s’étend un champ d’épines
comme chez C. auratus (Fig. 15 ; PI. VIII, 43, 44, C E).
Source : MNHN, Paris
188
L. TSACAS
Sur la face ventrale de la plaque dorsale, près de son bord antérieur,
se trouvent les plaques verticales (phragmes paraclypéaux) (PI. VII, 34;
IX, 52, Pr P) plus développées ici que chez C. auralus. Leur partie infé¬
rieure se différencie en une pièce spéciale délimitée par un sillon et for¬
mant une apophyse à sa partie postérieure (Ap). Au-dessus de cette
apophyse, dans une loge, prend appui le bâtonnet tentorial.
Les bâtonnets tenloriaux (T) vont en s'écartant vers l’arrière et se
terminent par une expansion membraneuse qui atteint presque la plaque
céphalique sur son bord postéro-ventral (PI. VII, 34 ; XI, 62, Ex p T). On
retrouve chez les Tabnnidae une structure analogue, que Cook (1949)
dénomme « phragme tentorial postérieur », développée entre la partie
postérieure du tentorium et celle de la plaque céphalique. Mais dans le cas
présent, cette expansion n'est pas liée à la plaque céphalique.
Sur la région ventrale de la tète, s’ouvre le foramen occipital qui s’étend
sur presque toute sa surface, le labium n’en occupant que la partie
antérieure.
B. Pièces buccales
a) Labre et Epipharynx
Le labre est un organe déprimé dans le sens vertical, étroit, fortement
sclérotisé, prolongeant en avant le fronto-clypéus. Il est intimement lié à
ce dernier et ne peut effectuer aucun mouvement autonome.
Le passage du clypéus au labre est marqué par une dépression légère,
mais beaucoup plus marquée que chez Chrysopilus auralus (PI. VIII, 43,
Le labre est recourbé vers le bas et vers l'arrière (PI. VII, 34). Il forme sur
son extrémité postéro-ventrale un processus charnu en forme de bouchon
qui est suivi par une excavation se prolongeant par l'épiplnarynx (PI. XI,
58) Sa partie dorsale est fortement sclérotisée, tandis que ventralement
il est plus ou moins membraneux. Antérieurement, il porte trois dents
dont l'intermediaire est double (Fig. 15; PI. XI, 59, 13 Lr). Ces dents sont
très dures et servent à la progression de la larve dans le sol.
Le labre possède une série de quatre paires de soies sensorielles
(Fig. 16) :
a) une paire à mi-distance de la suture clypéo-labrale et de la dent
supérieure ;
b) une paire au niveau de la dent intermédiaire, constituant le point
le plus avancé de la tête ;
c) deux paires voisines sur son extrémité antéro-ventralc (PI. VIII, 46).
Plusieurs papilles sensorielles sont aussi dispersées sur sa partie inférieure
et antérieure (PI. VIII, 44, P S).
Sur la base du processus en forme de bouchon mentionné plus hant,
existe une zone légèrement sclérotisée (PI. VII, 34, Z sc). Entre cette zone
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
18»
sclérotisée et les deux paires de soies sensorielles inférieures, se dessine
une légère dépression parcourue transversalement par une série de petites
dents membraneuses et incolores, dirigées vers le bas, formant un peigne
(PI. VIII, 17 ; IX, 49, Pg). On pourrait supposer que par cette dépression
passent les liquides de nutrition. Cette disposition, et aussi la position très
avancée de l’hypopharynx assureraient, comme chez Chrysopilus la réali¬
sation d’un canal très étroit, passage apparent des liquides nourriciers vers
la bouche. Mais un sclérite, qui occupe toute la largeur du labre et que je
considère comme épipharyngien, obstrue la communication de la dite
dépression avec la cavité préorale, et interdit ainsi chez Rhagio toute cir¬
culation, même liquide, par cette dépression.
La paroi dorsale membraneuse de la cavité préorale se prolonge en
arrière, passant entre les phragmes où se trouve la bouche fonctionnelle, et
forme le plafond du cibarium-pharynx.
b) Cibahium et Pharynx
La partie sclérotisée du cibarium-pharynx est ici beaucoup plus large
que chez C. auralus (PI. IX, 50, 51). Elle parcourt les 3/5 de la longueur de
la capsule céphalique. Elle s'insère par son extrémité antérieure entre les
phragmes paraclypéaux sur lesquels elle s'appuie solidement. Son extré¬
mité postérieure, suivie par l’œsophage, reste libre (Fig. 16).
La paroi dorsale est membraneuse et reçoit les insertions des muscles
cibariaux et pharyngiens directement, sans l’intermédiaire d’un pli
comme chez C. auralus (PI. XII, 64). Ces muscles, en se contractant, tirent
la paroi dorsale, et le cibarium-pharynx s'ouvre en forme de tube. A leur
état de relâchement, au contraire, cette paroi touche le fond sclérotisé et
la communication entre la cavité préorale et l’œsophage s’interrompt.
Le cibarium-pharynx prend alors la forme d’un croissant. En avant il se
prolonge par l'hypopharynx.
Source : MNHN, Paris
190
L. TSAC.AS
La musculature du cibarium-pharynx est très importante. Elle
comprend les muscles suivants (Fig. 16 ; PI. VIII, -15) :
1) Un muscle impair (Fig. 16; PI. IX, 52, 53, m lr), également décrit
chez C. auratus. Il a son origine sur la partie antérieure du fronto-clypéus
et passant entre les phragmes s'insère sur la partie postérieure de l’épi-
pharynx. L’homologation de ce muscle ne parait pas facile. Chez Tabanus,
il existe une paire de muscles labro-épipharyngiens avant les phragmes
(Cook, 1919, Fig. 25 B et Fig. 26 B) et un muscle impair. Ce dernier a son
origine sur le fronto-clypéus au niveau du ganglion frontal et s’insère sur
l’épipharynx. Cook le considère comme résultant de la fusion des muscles
messoriaux. Les larves de Chrysopilus et de llhagio ne possèdent qu’un
seul muscle qui se situe, du point de vue topographique, à une position
intermédiaire. D’autre part, les seuls repères qui permettent son identi¬
fication sont la suture labro-clypéale et la position du ganglion frontal. Or,
le muscle en question se place derrière la suture labro-clypéale et très en
avant du ganglion frontal ; il me paraît légitime de lui attribuer la signi¬
fication d’un muscle labral.
2) Une série de 11 paires de muscles. Us ont tous leur origine sur la
capsule céphalique et s’insèrent sur la paroi membraneuse dorsale du
cibarium-pharynx dont ils sont les dilatateurs. Leur position par rapport
au ganglion frontal (Fig. 16; PI. X, 54, 55, Ggl Fr) permet de les séparer en
deux groupes. Ceux qui se trouvent à une position antérieure au ganglion
frontal selon Snodcrass (1935) doivent représenter les muscles cibariaux.
Au nombre de 7 paires ils sont tous de la même puissance (PI. X, 54, mcib),
sauf le plus postérieur qui parait plus faible. En arrière du ganglion frontal
se placent 4 paires de muscles sensiblement moins puissants que les
cibariaux. Ceux-ci représentent les muscles pharyngiens dilatateurs.
Entre ces muscles s’interposent cinq muscles pariétaux transversaux
(PI x, 54, 57, m ph cr). L'ensemble, assez individualisé, correspond à la
partie « pharynx » de la cavité dite cibarium-pharynx. Cette dénomination
est justifiée par la fusion du plancher sclérotisé du cibarium et de celui du
pharynx. Cette fusion a permis la constitution d’une pompe aspirante
très puissante mais en même temps a effacé les limites de deux cavités
composantes.
3) Sur la face ventrale de la partie postérieure du fond sclérotisé du
cibarium-pharynx, une paire de muscles prend son origine ; il s’agit de
ceux de la pompe salivaire (voir paragraphe suivant).
c) Labium. Hypopharynx. Salivarium
Le labium, l’hypopharynx et le salivarium se présentent ici inti¬
mement liés et forment un tout morphologique et fonctionnel.
1. Le labium (Fig. 16, 17A, Lb) est membraneux, étroit, et porte une
paire de palpes (P Lb) uniarticulés, réduits mais parfaitement recon-
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
191
naissables (PI. IX, 53). Seul le prémentum est représenté, porteur des
deux palpes, et transversalement déprimé en son milieu. Le labium ne
possède pas de muscle.
Fig. 17. — R. scolopaceus. Complexe laliium-salivarlum-hypopharynx. A : Labium, pompe
et canaux salivaires, région antérieure de la partie sclérotisée (plancher) ducibarium-
pharynx, en vue ventrale. B : Hypopharynx et région antérieure du « plancher ■ du
cibarium-pharynx en vue dorsale (orale).
2. L'hypopharynx prolonge en avant le corps sclérotisé du cibarium-
pharynx (Fig. 17 B). Il présente une structure très particulière. Forte¬
ment sclérotisé, son bord antérieur porte, de chaque côté, une série de
9-10 petites dents verticales, dirigées vers le haut. En arrière de chacune
de ces séries de dents, une expansion (PI. VII, 34; XI, 58, Ex Hy) monte
vers le haut et s’appuie contre le labre. L’hypopharynx n’est pas soudé
au fond sclérotisé du cibarium-pharynx, mais lié à celui-ci par une mem¬
brane, il peut effectuer de légers mouvements à l’aide d’une paire de
muscles propres (Fig. 16, 20, m hy). Nous allons analyser ces mouvements
et leur signification au chapitre du fonctionnement des pièces buccales.
L’hypopharynx est ainsi situé immédiatement sous le labre et entre les
complexes mandibulo-maxillaires (PI. VII, 35 ; XI, 60).
Source : MNHN, Paris
192
!.. TSACAS
3. Entre l’hypopharynx et le labium, s'ouvre le canal salivaire (Fig. 16 ;
PI. XI, 58, O Sal). A sa partie antérieure ce canal est suspendu à l’hypo¬
pharynx par un sclérite (Fig. 10. S Lb) qui l'entoure. I.e débit de la salive
est réglé par une pompe très simple qui se situe immédiatement à l'arrière
du labium (P Sal). Cette pompe salivaire est actionnée par une paire de
muscles puissants qui ont leur origine près du bord postérieur du ciba-
rium-pharynx (PI. X, 54, m sal). Contrairement à ce qui existe chez C.
auraliis, les deux canaux salivaires se réunissent juste avant la pompe
salivaire (Fig. 17A). Il est à remarquer ici que le canal correspondant à la
glande salivaire gauche est d'un calibre deux fois plus grand que celui de
la glande salivaire droite (PI. XII. 64). Malgré la différence de calibre des
canaux, les glandes salivaires elles-mêmes sont de la même taille. Il est
possible cependant que fonctionnellement l'une soit plus active que l’autre.
d) Complexe mandibulo-maxillaire
Pour mieux comprendre ce complexe, il faut tenir compte des trois
faits qui caractérisent les pièces buccales des larves des Diptères : 1) Le
changement de plan d'action des mandibules, 2) La réduction de la maxille
et son étroite association avec la mandibule. 3) Le caractère biarticulé de
la mandibule. , . , .
1) Chez les larves de Ii. scolopaceus, 1 axe de rotation est horizontal,
c’est-à-dire que la mandibule est mobile dans un plan parallèle au plan
sagittal. Ce caractère est général, non seulement pour les Rhagionidae,
mais pour tous les Brachycères. Cette rotation résulte d'un changement de
l’articulation antérieure qui émigre à l’intérieur de la tête sur les phragmes
bien développés ; l'articulation postérieure, elle, reste externe.
2) Déjà, chez les Nématocères, la maxille est passablement réduite.
Chez les Brachycères Orthorrhaphes sa réduction s’accentue encore,
tandis que se manifeste son association avec la mandibule. Elle perd ses
articulations directes avec la capsule céphalique, mais tout en restant
accolée à la mandibule garde un de ses propres muscles qui lui impose un
mouvement parallèle à celui de la mandibule.
3 ) La mandibule biarticulée se rencontre chez les Nématocères
(Rhyphus, Liriope). On la retrouve chez les Brachycères.
Sur la signification de la mandibule biarticulée, les divers auteurs
soutiennent des thèses différentes. Anthon (1943), suivi par Schremmer
(1951) pense que ce type de mandibule est primitif et que la mandibule
à un article a été ultérieurement acquise. Snodgrass (1950) réfute cette
idée, « considérant l’évidence que la mandibule représente le seul coxa
de l’appendice mandibulaire et que le vrai segment distal, quand il est
présent, forme un palpe ». Bischoff (1924) émet l'hypothèse que ce type
de mandibule est un caractère secondaire, etc... Quoiqu’il en soit, dans tous
les cas observés, les mandibules biarticulées existent chez les Diptères
lorsqu'elles sont articulées de telle façon qu’elles puissent fonctionner
dans deux plans parallèles ou subparallèles au plan sagittal, et non en
•opposition.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
193
1. Eléments squelettiques.
La mandibule est biarticulée. Son article distal (Fig. 18, C Md),
falciforme, fortement sclérotisé, plus long et plus mince que chez C. aura-
tus, constitue un vrai « crochet » mandibulaire. Il est de section légère¬
ment ovale et parcouru par un canal interne (PI. XII, 67). Ce canal ne
paraît pas fonctionnel. Je n’ai pu déceler aucune ouverture sur la pointe
du crochet. Ajoutons, d’autre part, qu’il ne semble pas exister de glandes
venimeuses chez cette larve. Il y a lieu de rappeler que Schremmer
(1951) a pu montrer que, chez Tabanus et Atherix, il existe des glandes
unicellulaires venimeuses dont les produits se déversent par le canal
mandibulaire dans la plaie causée chez la victime par le crochet.
Fig. 18. — R. scolopaceus. Vue latérale interne du complexe mandibulo-maxillaire.
L’extrémité distale du crochet est pointue et porte, du côté interne, une
série de 6 petites dents de taille croissante vers la base de l’appendice ;
sa partie proximale s'épaissit par la présence d’un condyle ventral. Il
joue un rôle capital dans la préhension de la nourriture. Par sa base
élargie, il s’appuie sur l’arête d’angle formée par les deux volets de l’ar¬
ticle basal et, par l’intermédiaire d’une membrane, garde une certaine
mobilité. Il n’a pas de muscles propres et suit les mouvements de l’ar¬
ticle basal. Ce dernier est constitué par deux volets formant un angle d’un
peu moins de 65° (PI. XII, 63, 65).
Le volet interne, plan, vertical et parallèle au labre, porte sur son
bord antérieur une structure particulière qu’on ne retrouve chez aucune
autre des espèces étudiées ici (Fig. 18, A Sc). Il s’agit d'un sclérite, très
Source : MNHN, Paris
194
.. TSACAS
fortement sclérotisé, qui prend naissance sur le volet interne de la man¬
dibule et s’allonge, ventralement et en arrière, en arc de cercle. Une série
de fortes dents forme une sorte de scie sur le bord externe de ce sclérite.
Nous essaierons de comprendre la fonction de cette structure plus loin
dans l’étude de l’ensemble des mouvements des pièces buccales.
Le volet externe triangulaire s’étend latéralement à angle aigu par
rapport au volet interne. Son bord postéro-latéral s'effile en une pointe
qui forme l’articulation avec la capsule céphalique (Fig. 19, Ar p). n
porte, sur le milieu de son bord antérieur, une petite soie et deux autres
près de l’arête. Cette dernière se prolonge en arrière et forme un apodème
(A Md) sur lequel s’insère le tendon de l’abducteur de la mandibule. Sous
l’action du même muscle, se meut aussi le champ d’épines. En effet, la
membrane qui porte les épines fait suite au bord caudal de l’article basal
mandibulaire et se termine sur la capsule céphalique. De cette façon les
épines sont sous un pli quand la mandibule est au repos et se déploient
au moment de l'adduction (Fig. 21).
Sur la mandibule et du côté externe se trouve la maxille. Elle est
profondément modifiée et réduite mais elle continue à jouer un rôle
important à la fois sensoriel et mécanique dans le fonctionnement des
pièces buccales. Sa partie proximale porte un palpe très développé. A
la base de celui-ci, et ventralement, sur une bosse membraneuse, s’insère
une soie sensorielle (PI. VIII, 44, Lo P). Dorsalement un petit sclérite en
forme de baguette doit représenter le stipes (Fig. 15, 19; PI. VIII, 44, st)
Aucune trace du cardo n’est décelable.
La lacinia et la galéa sont bien développées et ont pris une structure
Source : MMHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
195
très particulière adaptée à leur nouvelle tâche : la protection du crochet
mandibulaire et la progression de la larve dans le sol. La lacinia, suffi¬
samment sclérotisée, s’accole de l’extérieur sur toute la longueur du
crochet mandibulaire (Fig. 18 ; PI. VIII, 44, Lac) ; ses bords se rabattent
vers l’intérieur de façon à former une niche dans laquelle se loge la pointe
du crochet mandibulaire (PI. X, 56). La galéa se trouve dorsalement sur la
base de la lacinia (Fig. 18, Ga) ; elle a une forme conique et sur son extrémité
distale elle porte trois larges dents très fortes (D Ga). Au milieu de son bord
dorsal existe une petite épine sensorielle.
Le complexe mandibulo-maxillaire s’articule à la capsule céphalique
par l’intermédiaire de deux pivots, chacun d’entre eux situé sur un des
volets de la mandibule. L’un de ces pivots, dépendant du volet externe,
est monocondylique, la glène correspondante est portée par la capsule
céphalique (Fig. 15, Ar p). Cette articulation est la primitive. L’autre
pivot, l’interne, est secondairement acquis (Snodgrass, 1950) (Fig. 18;
PI. VII, 34, Ar a). Il correspond à une glène limitée par deux éminences du
bord postérieur du volet interne de la mandibule. A cette glène s’adapte
un condyle du phragme paraclypéal. Ainsi, l'axe qui passe par les deux
pivots (axe de rotation de la mandibule) est horizontal et ne permet qu’un
mouvement de rotation vertical de la mandibule dans un plan parallèle
au plan sagittal.
La maxille ne possède aucune articulation directe sur la capsule
céphalique. Elle suit les mouvements de la mandibule ; elle a cependant
conservé son propre muscle adducteur qui lui permet un léger déplace¬
ment dégageant la pointe du crochet. L’élasticité de la lacinia et de la
membrane qui la lie à la mandibule permet cette légère mobilité.
2. Musculature.
Le complexe mandibulo-maxillaire de R. scolopaceus est mû par une
musculature puissante et complexe (Fig. 20; PI. VII, 45 ) formée par trois
groupes de muscles ; 1) abducteur de la mandibule, 2) adducteur de la
mandibule, 3) adducteur de la maxille.
1) Abducteur de la mandibule (m ab md). — C’est un muscle puissant
à quatre branches. Les deux plus puissantes (a et b) ont leur origine sur la
partie postérieure de la plaque dorsale. Les deux autres (c et d), de loin
moins puissantes, se situent sur l’expansion postérieure du tentorium.
Les quatre tendons se réunissent en un seul, très large, qui vient s’insérer
sur l’apodème formé par le bord postérieur de l’arête dorsale de l’article
basal de la mandibule. Le plan d’action de ce muscle est parallèle au plan
sagittal. L’abducteur de la maxille ayant disparu, c’est ce puissant abduc¬
teur de la mandibule qui se charge de ramener à la position de rétraction
l’ensemble du complexe mandibulo-maxillaire, et en même temps de
provoquer le reploiement du champ d’épines qui se déploie par l’action du
muscle adducteur.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXVII. 13
Source : MNHN, Paris
196
•'O II scolopaccus. Vue latérale interne, schématique, île la moitié gauche de la
capsule céphalique montrant la musculature du complexe mandibulo-maxillaire(les
organes de la région longitudinale médiane ont été ôtés).
2) Adducteur de ta mandibule (PI. XI, 62. m ad md). — Deux groupes
de faisceaux contribuent à l’adduction de la mandibule. Le premier est
constitué par deux branches (a et b) qui ont leur origine sur la partie infé¬
rieure du tentorium et de son expansion postérieure. Le tendon longe la
paroi dorsale du sclérite en scie en s’y insérant. Le deuxième est un triceps
dont les deux plus puissants faisceaux (d et c) ont leur origine sur l a
plaque dorsale, le troisième (c) sur l’expansion du tentorium. Le long ten¬
don, après avoir contourné par en-dessous le volet interne de l’article
basal de la mandibule, s’insère sur la base du sclérite en scie. Ce muscle
se charge de l’adduction du complexe mandibulo-maxillaire tout entier.
En elTct, l’adducteur maxillaire n’a qu’une tâche très spécialisée à
remplir.
3) Adducteur de ta maxillc (m ad mx). — La maxille possède un adduc¬
teur simple et peu puissant. L’origine de ce muscle se situe en une posi¬
tion antérieure, sur le bord latéral de la plaque dorsale. Son long tendon,
suivant un trajet oblique d’arrière en avant et de l’extérieur vers l’inté¬
rieur, vient s’insérer sur le bord interne de la partie distale de la lacinia.
Le rôle de ce muscle adducteur n’est pas tellement d’aider à l’adduction
de la maxille, qui, étroitement associée à la mandibule, suit le mouvement
de cette dernière, mais de faciliter par une contraction latérale la libé¬
ration du crochet mandibulaire de sa gaine.
La description et les schémas (Fig. 20; PI. IX, 48, 51) mettent en évi¬
dence un enchevêtrement extrême des faisceaux musculaires. 11 en résulte
une répartition équilibrée des forces de traction sur tous les points ren-
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
197
forcés du tentorium et de la plaque dorsale. La région postérieure de cette
dernière est renforcée par l’épaississement de son bord et par l'arête
interne longitudinale et médiane. Ses bords latéraux épaissis en bourrelet
contribuent aussi à la solidité du système. Le tentorium, avec son expan¬
sion postérieure, olîre une base ferme à l’insertion des puissants muscles
adducteurs mandibulaires.
C. Fonctionnement de la tête
Les pièces buccales, par des mouvements appropriés, déterminés
par leur structure, conduisent la nourriture vers la bouche située un peu
en arrière entre les phragmes paraclypéaux.
Le labre n’effectue aucun mouvement. Solidement attaché au fronto-
clypéus, il constitue le plafond du cibarium. Il porte un certain nombre de
soies sensorielles qui donnent à l'animal divers renseignements sur la
proximité et la qualité de la nourriture.
Les mandibules jouent un rôle très important. Leur tâche mécanique
consiste à capturer et retenir fermement la proie, lui causant en même
temps la blessure par laquelle aura lieu l’aspiration des liquides nutritifs.
Les complexes mandibulo-maxillaires s’animent d’un mouvement alter¬
natif rotatoire vertical parallèle au plan sagittal. Trois muscles de puis¬
sance inégale contribuent à ce mouvement, et en même temps à celui du
champ d’épines. Ce dernier ne paraît pas jouer un rôle quelconque à la
préhension et l’aspiration de la nourriture. Les crochets mandibulaires
pointus, tirés par leurs très puissants adducteurs, provoquent chez la
proie une blessure circulaire. Mais avant qu’ils ne piquent il faut qu’ils
soient libérés de la lacinia protectrice (Fig. 21). C’est l’adducteur de la
maxille qui se charge de ce dégainage. Une observation directe n’étant
pas possible, la position et la forme de l’appendice ainsi que les muscles
qui le meuvent peuvent seuls nous donner les éléments de la compréhen-
Fig. 21. — R. scolopaceus. Complexe inandibulo-maxillaire aux deux positions extrêmes de
son mouvement. A : Fin du mouvement de l’abduction. B : Position terminale de l’ad¬
duction dans le cas de l’attaque d’une proie.
Source : MNHN, Paris
198
TSAO
sion de sa fonction. Or, la position très avancée et latérale de l’origine de
ce muscle adducteur lui permet de tirer la lacinia un peu en arrière et en
haut, mais toujours dans le sens du mouvement général du complexe
mandibulo-maxillaire. De cette façon il provoquerait le « dégainage •
du crochet mandibulaire. La traction du muscle cessant, la lacinia
reprendrait sa position normale par l’élasticité seule de la membrane qui
l’unit à la mandibule, étant donné qu’il n’existe aucune articulation.
Schremmer (1951), n’ayant pas étudié la musculature, ne peut
expliquer le dégagement du crochet qu’en imaginant une plus forte
érection de celui-ci « à la base duquel est insérée la prolongation élargie
d’un tendon adducteur» (p. 356). Sur la figure donnée, cet auteur ne
représente pas ce tendon comme il le fait dans le cas de Chrysopilus sp.
(auratus ?). Quant à moi, je n’ai pu voir ce tendon : je pense donc que
c’est bien la traction de l'adducteur maxillaire qui permet le dégagement
de la pointe du crochet.
Les pointes des deux crochets provoquent deux blessures circulaires,
que les appendices en scie des volets internes de l’article basal des man¬
dibules prolongent en dessous par deux coupures. Ces dernières per¬
mettent le passage de l’appareil buccal entier dans le corps de la victime,
passage nécessaire à l’absorption de la nourriture. Chez C. auratus, les
deux crochets réunis forent une simple ouverture par laquelle s’effectue
le passage de la partie antérieure de la tête. Le rôle des mandibules ne
s’arrête pas là. Elles continuent leurs mouvements, et, avec les pointes
des crochets et les dents du bord des galéas, déchirent les organes internes
de la victime, facilitant ainsi l'action de la salive. En même temps, ces
mouvements créent un courant des liquides vers la bouche.
Le labium joue un rôle secondaire ; attaché à l’hypopharynx, il suit
ses mouvements. Il porte deux palpes richement dotés d’éléments sen¬
soriels. .
L’hypopharynx possède une paire de faibles muscles qui s insèrent sur
ses côtés et ont leur origine sur les bâtonnets tentoriaux. La traction de ces
muscles lui imprime un faible mouvement dorso-ventral, l'élasticité de la
liaison membraneuse entre l’hypopharynx et le plancher sclérotisé du
cibarium-pharynx étant antagoniste de cette traction (Fig. 16, 20).
Quand l'hypopharynx s’abaisse sous l’action de ces muscles, il s’appuie
sur le « bouchon » postéro-ventral du labre (PI. XI, 58) et l'ouverture
du salivarium se dégage entièrement tandis que l’entrée du cibarium se
ferme. Dans cette phase, la salive se déverse dans le corps de la proie.
Le manque de matériel ne m’a pas permis d’effectuer les expériences
qui m’ont conduit à vérifier chez C. auratus le rôle paralysant de la salive.
Mais il y a lieu de penser, d’après de nombreuses observations, que la
salive de la larve de R. scolopaceus possède les mêmes qualités. De plus,
l’examen du contenu du tube digestif montre que la salive doit provoquer
une disgestion partielle extra-orale.
La liquéfaction des chairs et organes internes de la proie étant avancée
la succion commence. Pendant cette phase, l’hypopharynx revient par
élasticité à sa position normale, ce qui permet le passage des liquides
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
199
nutritifs entre celui-ci, le labre et les mandibules. Les dents verticales
du bord de l’hypopharynx semblent n’avoir d’autre rôle que de constituer
une sorte de filtre qui retiendrait les fragments de chair trop grands. La
force aspiratrice est fournie par les puissants muscles cibariaux et
pharyngiens.
Une dernière tâche est dévolue aux pièces buccales de la larve de
R. scolopaceus : celle d’aider à la progression dans le sol. En effet, cet
animal est fréquemment en mouvement, d’une part pour rechercher sa
nourriture, d’autre part pour éviter des conditions écologiques défavo¬
rables (dessèchement, froid, etc...). Cette fonction des pièces buccales est
assurée par le labre armé de ses dents antérieures et par les complexes
mandibulo-maxillaires. Ces derniers, en raison de leur structure et de leurs
mouvements, participent très énergiquement à l’avancée, comme je l’ai
décrit pour la larve de C. auralus.
Remarque
J’ai pu récolter quelques exemplaires très rares de Rhagio lineola F. et de Rhagio sp.
(tringarius L. ?). L’examen de ces larves a montré une ressemblance de l’ensemble de leur
tête avec celle de R. scolopaceus.
Source : MNHN, Paris
200
L. TSACAS
CHAPITRE III
VERMILEO VERMILEO DeG.
I. DESCRIPTION DE LA LARVE
La larve de Vermileo vermileo a été maintes fois décrite plus ou moins
en détail. Pour cette raison, une description succincte est donnée ici
accompagnée de dessins précis figurant les structures souvent négligées
par les auteurs.
Corps : la larve de V. vermileo mesure 12 à 15 mm de longueur ; elle
est effilée en avant, élargie à son extrémité postérieure et comprimée
dorso-ventralement (Fig. 22). Elle comprend la tète plus onze segments ;
les segments thoraciques portent des plis transversaux qui rendent diffi¬
cile la distinction de ses limites.
Tégument : rugueux, jaunâtre, transparent, mince, parsemé de soies
de tailles et de significations différentes. Latéralement, le corps porte de
nombreuses soies sur le thorax, montées sur des lobes charnus et coniques,
elles sont au nombre de quatre sur le prothorax et de cinq sur le méso et méta-
thorax. Chacune des soies latérales correspond à une annulation du corps
et est entourée d’autres soies accessoires plus petites. Sur les segments
abdominaux, elles se groupent surtout au milieu de ceux-ci en formant
un faisceau. L’avant-dernier segment porte dorsalernent, sur un bourrelet
transversal, une rangée de longues et fortes épines alternant avec de
petites soies. Les épines sont longues, aplaties à la base, en forme d’hame¬
çon à l’extrémité.
Le premier segment abdominal (PI. II, 12) porte ventralement près de
son bord antérieur un petit pseudopode (Ps) médian muni de une à sept
fortes épines.
Le corps se termine par quatre lobes charnus coniques, tous situés sur l e
même plan et qui portent des soies. Ventralement se situe l’anus en forme
de fente longitudinale. Dorsalernent, protégés sous un pli, se trouvent les
stigmates postérieurs en forme de petits entonnoirs (PI. II, 15, XIV, 74).
Les stigmates antérieurs (Fig. 23), très petits, constitués de quatre digitations
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
201
s’ouvrent dorsalement sur le prothorax. Sur tous les segments, à l’excep¬
tion du mésothorax, existe la trace d’un stigmate non fonctionnel (Fig. 22,
T St).
Fig. 22. — V. vermileo. Vue
dorsale de la larve
A. Eléments squelettiques
La tête de Vermileo vermileo est, en général,
comparable à celle des autres Rhagionidae que
nous venons d’étudier. Pourtant elle en diffère
sur plusieurs points, les uns corrélatifs de l’adap¬
tation à un mode de vie particulier, les autres
résultant de l’évolution générale de l’espèce
dans l’ordre des Diptères.
Ce qui frappe dès le premier abord, c’est la
taille très réduite de la tête. Sa mobilité reste,
de loin, moindre de celle des autres espèces étu¬
diées. Un troisième point de différence est que
presque la moitié antérieure de la plaque dorsale
reste libre. Ce sont là des caractères adaptatifs
qui permettent à la larve de capturer et sucer
des animaux très petits ou relativement grands.
Le prothorax s’insère sur la capsule céphali¬
que au voisinage du milieu de la longueur de
celle-ci (Fig. 25, L P) : ainsi la tête émerge beau¬
coup plus vers l’avant que chez les larves pré¬
cédemment étudiées et peut, de ce fait, agir
plus efficacement dans la capture des proies. La
plaque dorsale, très étroite antérieurement,
s'élargit vers l’arrière pour atteindre son point
le plus large près de son bord postérieur. Sur ce
dernier, au milieu, existe un épaississement sur
lequel s’insèrent des muscles céphaliques (Fig.
25; PI. XV, 81, E P D). La plaque céphalique
dorsale se présente comme une bande voûtée et
son axe longitudinal forme un arc de cercle (Fig.
28). Elle est d'une couleur brun-clair s’assom¬
brissant vers l'arrière. Les bords latéraux sont
renforcés et se prolongent vers l’avant en deux
tiges qui supportent chacune l'articulation pos¬
térieure de la mandibule correspondante (Fig. 25,
Ar p). Le bord antérieur forme des deux côtés du
Source : MNHN, Paris
202
Fig. 23. — V. vermileo. Stigmate antérieur
Source : MNHM, Paris
Source : MNHN, Paris
204
L. TSACAS
prolongement médian (clypéus) deux profondes échancrures dans les¬
quelles se meuvent les complexes mandibulo-maxillaires.
Les champs d’épines n’existent pas chez cette espèce. Entre l’arti¬
culation postérieure de la mandibule et le clypéus s’étend une membrane
mince, mais celle-ci ne porte aucune trace d’épines. Nous reviendrons plus
loin sur la signification de l’absence de cette structure en étudiant le
fonctionnement des pièces buccales. Sur les côtés du bord antérieur
s’ouvrent les deux petits foramens antennaires. Les antennes sont mi¬
nuscules, réduites à deux petites verrues (PI. II, M, A).
Des deux côtés du clypéus, prolongés vers l’arrière, se distinguent par
leur couleur plus foncée, les origines des phragmes paraclypéaux. (PI. XV,
80) Ces derniers sont bien développés et se caractérisent par leur grande
longueur (Fig. 25, Pr P). Sur leur bord antéro-ventral un renforcement
proéminent s’offre à l’articulation antérieure du complexe mandibulo-
maxillaire. Entre les deux phragmes s'appuie le plancher du cibarium-
pharynx. ... , ,
Le tentorium (Fig. 25, T) est représente, comme chez les autres
Rhagionidae. par deux bâtonnets soudés antérieurement sur les phragmes
paraclypéaux. Ces bâtonnets se prolongent en arrière, longent latérale¬
ment le cibarium-pharynx, et, sur leur tiers postérieur, se recourbent vers
le bas (Fig. 33). Ils sont plutôt minces et, en coupe transversale, ont une
forme ovale (PI. XIII, 72). Tout en arrière, ils perdent leur pigmentation
et se bifurquent en deux branches. Les branches supérieures (Fig. 25,
33, TB S) viennent s'appuyer sur le bord latéral de la plaque dorsale,
les branches inférieures (PI. XIV, 73, T B I) prolongent vers l’arrière les
bâtonnets et, au niveau du bord postérieur de la plaque céphalique dorsale,
se recourbent vers l’intérieur et s’unissent sur le plan médian.
La disposition des branches supérieures du tentorium décrite plus haut
rappelle les phragmes postérieurs des Tabanidae ; mais, ni la position, ni l’o¬
rigine de ces branches n’autorisent une homologation avec ces formations.
La partie ventrale de la tête n’est fermée que par un labium très
réduit et par une membrane intercalaire unissant ce dernier au pro¬
thorax. Sur cette membrane se dressent 4 longues soies.
La position du cerveau est ici un peu différente de celle de C. auratus
et de R. scolopaceus. Ceci est la conséquence du fait que l’axe longitudinal
de la tète forme un angle avec celui du corps. De cette disposition résulte
un déplacement du cerveau, qui occupe ici une place postéro-ventrale
par rapport à la capsule céphalique. Ainsi une coupe transversale juste
dans le bord postérieur de la plaque dorsale traverse le ganglion sous-
œsophagien (PI. XIII, 69; XV, 79). On ne peut pas toutefois, considérer
ce ganglion comme se trouvant dans la capsule céphalique, parce que, à
l’absence de la paroi ventrale du crâne, comme il a été décrit plus haut, la
branche inférieure de l’expansion postérieure du tentorium et les muscles
adducteurs mandibulaires qui partent de celle-ci délimitent ventralement
la tête. Chez les autres Bhagionides étudiés ici, l’axe longitudinal de l a
tête prolonge en avant celui du corps et le cerveau se trouve en position
postérieure par rapport à la capsule céphalique.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
205
13. Pièces buccales
a) Labre et Epipharynx
Le labre (PI. II, 14 ; XIV, 76, Lr) fait suite au clypéus dont il se dis¬
tingue par un sillon bien marqué (S Lr). Il n’a aucun mouvement indépen¬
dant et n'est muni d’aucun muscle. Il suit les mouvements de la capsule
céphalique. Sa forme est celle d’un triangle isocèle effilé en avant.
Dorsalement, le labre est faiblement sclérotisé, tandis que sa partie
ventrale, projetant vers l’avant une protubérance pointue (Fig. 28, P L),
reste membraneuse, renforcée toutefois par quelques sclérites épipharyn-
gicns. Son bord dorsal et antérieur est garni latéralement d’une série de
soies sensorielles. Ces soies, qui se trouvent aussi en nombre variable chez
C. auratus et R. scolopaceus, sont ici beaucoup plus développées. Par
contre le labre est dépourvu de dents.
26
27
Fig. 26. — V. vermileo. Coupe transversale du labre
Fig. 27. — V. vermileo. Coupe transversale passant par le labre et les crochets mandibu-
laires (coupe légèrement postérieure par rapport à la précédente).
La partie inférieure du labre est très mince (Fig. 26, 27), et permet le
rapprochement des deux crochets mandibulaires qui, s’appliquant l’un
sur l’autre, forment un tube comme chez C. auratus. La protubérance
pointue mentionnée plus haut ferme ce tube par dessous. En arrière de
cette pointe existe un long sclérite suivi d’une série de trois autres plus
petits (Fig. 28, S Ep). Ce sont ceux qui forment l’épipharynx très étroit.
Juste derrière le dernier sclérite s’insère la première paire de muscles
cibariaux (Fl. XIII, 71, m cib).
Source : MNHN, Paris
206
L. TSACAS
b) Cibakium et Pharynx
La spécialisation des pièces buccales de Vermileo due, comme chez les
autres Iihagionidae, à des transformations considérables des éléments
primitifs, rend très difficile la reconnaissance des cavités préorale et
orale.
La cavité intergnathale est courte et étroite, et son axe longitudinal
fait un angle de 130° avec celui du cibarium-pharynx (Fig. 28 ; PI. XVI, 83,
Cib-Ph). Ce dernier, atteignant les 3/4 de la longueur de la capsule cépha¬
lique est formé d’une partie sclérotisée, large et profonde, qui constitue son
plancher (PI. XIII, 70; XV, 78). Une membrane plutôt épaisse forme le
plafond ; sur celui-ci s'insèrent les muscles cibariaux et pharyngiens qui
ont leur origine sur la plaque dorsale. De ces muscles, seules les sept pre¬
mières paires sont homologues des cibariaux. La position du ganglion
frontal se trouvant entre la septième et la huitième paire détermine
l'homologation de ces muscles (Fig. 28 ; PI. XIV, 77, Ggl Fr).
Fie 28 — V. vermileo. Région longitudinale médiane de la tête ei
paroi de la moitié gauche de la capsule céphaUque a été Ôtée).
latérale gauche (la
Entre le fond sclérotisé du cibarium-pharynx et l’œsophage s’inter¬
pose une zone particulière (Fig. 28, Ph). Elle consiste en une large
chambre aux parois membraneuses et épaisses portant une forte muscula¬
ture (PI. XIII, 69; XV, 79, m ph cr) : s’insérant sur sa paroi dorsale, trois
paires de muscles dilatateurs ayant leur origine sur la plaque dorsale ; dans
l’épaisseur de sa paroi, trois muscles circulaires puissants. Cette structure
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 207
doit représenter le pharynx des Insectes du type généralisé. Le tout
constitue ici une pompe très puissante.
Une zone comparable existe chez Chrysopilus et Rhagio, mais moins
développée.
Antérieurement, le plancher du cibarium-pharynx s’unit avec les
phragmes et les bâtonnets tentoriaux. C’est là son seul point d’appui,
tout le reste de son corps étant libre.
Sur la partie ventrale, près de son bord postérieur, prend son origine
une paire de muscles puissants : les muscles de la pompe salivaire.
c) Labium. Hypopharynx. Salivarium
Le labium est très réduit et membraneux (Fig. 29; PI. XIII, 71). Il
forme la paroi ventrale de la tête. Aucune suture ne permet la distinction
de ses constituants. Sur sa partie ventrale, un sclérite supporte quelques
épines de longueurs inégales. Entre ces dernières se situent les très courts
palpes labiaux (P Lb).
Le labium est démuni de muscles et d’articulations ; il ne peut donc
effectuer aucun mouvement. Sa partie dorsale (orale) est surmontée par
Fhypopharynx.
Fig. 29. — V. vermileo. Coupe transversale du labium passant par les palpes labiaux.
L’hypopharynx (Fig. 28, 29, Hy), bien sclérotisé, a la forme d’un Y.
Son bord antérieur arrive jusqu’au niveau du sclérite principal de l’épi-
pharynx et reçoit les liquides nutritifs aspirés. Vers l’arrière, il est uni
au fond sclérotisé du cibarium-pharynx par une membrane comme chez
Rhagio. La paire de muscles hypopharyngiens n’existe pas ici.
Entre le bord antérieur de l’hypopharynx et le sclérite labial se trouve
l’orifice salivaire, aboutissement d’un long salivarium (Fig. 28, O Sal).
Ce dernier a la forme d’un tube dont la moitié ventrale est légèrement
Source : MNHN, Paris
L. TSACAS
sclérotisée (PI. XV. 80, Sal). Son tiers proximal dorsal membraneux
reçoit les insertions d'une paire de muscles qui prennent leur origine au
fond du cibarium-pharynx (Fig. 28; PI. XVI, 88, 84, ni sal). A ce niveau
aboutit le canal salivaire impair d’un calibre beaucoup plus grand.
Ce salivarium sclérotisé, qui constitue presque sur le tiers de sa lon¬
gueur la pompe salivaire, n’existe pas chez les autres Rhagionidae. Il
parcourt le labium et s'attache par son bord dorsal sur le fond de l’hypo-
pharynx. Ainsi le labium, l’hypopharynx et le salivarium forment un
ensemble fonctionnel.
d) Complexe mandibulo-maxillaire
Au premier abord, dans les pièces buccales de la larve de V. vermileo,
c’est la conformation du complexe mandibulo-maxillaire qui frappe le
plus. La mandibule est toujours Inarticulée, et ses deux articles bien
développés. De la maxille au contraire, il ne reste qu’un grand palpe uni-
articulé et un seul sclérite allongé portant à son extrémité distale une
petite papille sensorielle. Rien ne permet de distinguer quoi que ce soit
des parties constituantes d’une maxille. Le fait est discuté plus loin en
rapport avec le fonctionnement des pièces buccales.
1. Eléments squelettiques.
Comme chez les espèces précédentes, la mandibule est formée de deux
articles (Fig. 30, 31). .... .
L'article distal constitue un crochet mandibulaire très caractéris¬
tique qui, contrairement aux autres espèces déjà étudiées, se présente
sous la forme d’une lame déprimée latéralement, beaucoup moins sclé¬
rotisée que chez Chrysopilus et Rhagio (Fig. 24). L’arête ventrale du cro¬
chet mandibulaire porte une série de 7 petites dents qui se prolongent du
côté externe ; son côté interne est parcouru sur sa moitié basale par une
cannelure. La partie antérieure de son arête dorsale se courbe vers le bas
pour former la pointe. La base du crochet est renllée vers l’extérieur et
le bas. Les deux crochets, en s’appliquant l’un contre l’autre par leurs
faces internes, peuvent former un tube comme chez C. auratus.
L’article proximal forme un angle d’environ 50° (Fig. 32). Le volet
externe, étroit sur l’arête dorsale, s’élargit brusquement à la base pro¬
jetant en avant un large lobe (Fig. 30, A B M V ex). Ce lobe porte une
épine, une deuxième épine se trouvant près du milieu du bord inférieur
du volet (En). Ce dernier possède en arrière un petit condyle qui s’adapte
dans la glène de la proéminence du bord latéral de la plaque dorsale pour
former l'articulation externe (postérieure) (Ar p). Le volet interne (Fig. 3^
A B M V in), deux fois plus large que l’externe, descend verticalement à
partir de l’arête dorsale (A D). 11 s’amincit au milieu et s’élargit ensuite
pour se terminer à un bord inférieur presque circulaire. A la hauteur des
deux tiers de son bord postérieur existent deux éminences formant une
Source : MNHN, Paris.
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
209
glène dans laquelle vient s’ajuster le condyle antérieur du phragme
paraclypéal ; c’est là l’articulation interne (antérieure) du complexe
mandibulo-maxillaire (Ar a).
Fig. 30. — V. vermileo. Vue latérale externe du complexe mandibulo-maxillaire et delà
région antérieure de la plaque dorsale.
Le crochet mandibulaire ne possède pas de muscles propres ; il suit
passivement les mouvements de l’article basal sur lequel s’insèrent les
muscles mandibulaires : l’abducteur sur l’apodème (A Md) formé en
arrière de l’arête dorsale, l’adducteur sur le bord inférieur du volet
interne. Le crochet a pourtant une certaine mobilité du fait qu’il n’est pas
soudé à l’article basal, mais lié à lui par une membrane. Il touche par le
bord supérieur de sa volumineuse base l’angle antéro-dorsal du volet
interne ; c’est là le point d’application de la force pendant le mouvement
d’adduction.
Source : MNHN, Paris
210
L. TSACAS
Une simple membrane unit le bord postérieur de la mandibule à la
capsule céphalique au niveau où, chez les autres Rhagionides, existe un
champ d’épines.
Fig 3 j _y. vermileo. Vue latérale Interne du complexe mandibulo-maxillalre
A côté du crochet mandibulaire, et parallèle à lui, existe un sclérite
déprimé latéralement, qui émet à son extrémité distale une expansion
vers l’extérieur (Fig. 32 ; PI. II, 14, Lac, Ga). C’est tout ce qui persiste de
la maxille avec un palpe bien développé qui occupe tout l’espace entre
l’expansion distale du sclérite maxillaire et le volet externe de la mandi¬
bule. Le palpe uniarticulé porte sur son extrémité un certain nombre de
papilles sensorielles ; à sa base, ventralement, il forme un lobe charnu
muni à son sommet d’une forte épine (Fig. 30, Lo P). En avant du sclérite
maxillaire, sur son expansion latérale, se trouve un organe sensoriel
(P S). Des auteurs ont considéré à tort cet organe comme un palpe et le
vrai palpe comme une antenne (Brauer, 1883, Vermileo ; Marchal, 1897,
Lampromyia miki). Leur erreur s’explique par le fait que l’antenne, très
réduite, n’est pas aisément discernable.
La maxille possède sur sa face orale une quinzaine d’épines incolores,
obliques, dirigées vers son extrémité (Fig. 31, 32, Em). A son extrémité
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
211
proximale, une membrane l’unit à la face interne du volet externe de la
mandibule. Cette membrane lui permet de s’éloigner du crochet sous
l’action du muscle adducteur maxillaire, tandis que l’élasticité de cette
membrane ramène la maxille à la position de repos.
Fig. 32. — V. vermileo. Vue dorsale du complexe mandibulo-maxillaire
Il n’existe aucun repère permettant d’analyser la constitution du
sclérite représentant ici la maxille. L’étude du fonctionnement pourrait
donner quelques indices. En effet, à la position du repos, la pointe du
crochet vient s’appuyer sur l’extrémité du sclérite maxillaire. Au moment
de l’adduction, ce même sclérite, mû par un muscle indépendant, s’abaisse
en premier et libère la pointe du crochet. Ainsi, nous retrouvons ici,
quoique moins affirmée, une protection rappelant celle que la lacinia
assure chez les larves de C. auratus et R. scolopaceus. Il est légitime de
penser que chez Vermileo c’est également la lacinia qui assume ce rôle
de protection du crochet mandibulaire. Suivant ce raisonnement, on
pourra homologuer ce sclérite maxillaire à une lacinia et son expansion
distale et latérale à un vestige de la galéa. Une telle interprétation demeure
cependant pour une part hypothétique, car la nature peut adapter des
éléments divers à un même usage.
Mémoires do Muséum. — Zoologie, t. XXVII.
14
Source : MNHM, Paris
212
2. Musculature.
Elle est analogue à celle des espèces précédentes. Elle est cependant
moins complexe par son abducteur mandibulaire simple et par le moins
grand enchevêtrement des faisceaux (Fig. 33 ; PI. XIII, 68).
1) Abducteur de la mandibule (m ab md). — Il est simple dès son
origine au milieu de la plaque dorsale (PI. XIII, 70; XVI, 82, 83). Par
l'intermédiaire d'un long et large tendon, il s'insère sur l’apodème de
l'arête postéro-dorsale de l’article basal de la mandibule. Le plan d’action
de ce muscle est parasagittal. Par sa contraction, il ramène le complexe
mandibulo-maxillaire à la position de repos.
Fig. 33. — V.
céphalique
la région lo
nrrmilro. Vue latérale interne, schématique, de la moitié droite de la capsule
montrant la musculature du complexe mandibulo-maxillaire (les organes de
mgitudinale médiane de la tête ont été ôtés).
2) Adducteur de la mandibule (m ad md). — Ce muscle très puissant
se compose de trois groupes de faisceaux.
Le premier comprend trois faisceaux dont deux (a et b) ont leur ori¬
gine sur le tentorium, et le troisième (c)sur la plaque dorsale (PI. XIII, 69 ;
Le deuxième groupe est formé de deux faisceaux (d et e) qui prennent
leur origine sur la plaque dorsale. ...
Les tendons de ces cinq faisceaux se réunissent avant de venir s’in¬
sérer sur le bord inférieur du volet interne de l’article basal de la mandi¬
bule. Sur le même bord, un peu en arrière, s’insère le long tendon d*u n
autre faisceau (f) dont l’origine se trouve sur la plaque dorsale à un point
plus antérieur et plus latéral que celle des deux autres (d et c). En raison
d’une telle disposition, les forces de traction se répartissent sur une grande
partie de la plaque dorsale et sur le tentorium. L’adduction du complexe
mandibulo-maxillaire, mouvement de très grande importance puisqu’elle
assure la perforation de la victime, se trouve ainsi efficacement réalisée.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 213
3) Adducteur de la maxille (m ad mx). — Il s’agit d’un muscle simple
et plutôt faible qui a son origine sur le bord latéral de la plaque dorsale, à
un point avancé (PI. XIII, 68 ; XIV, 75). Son tendon s'insère sur la face
postérieure et sur le tiers distal de la maxille. Par sa position il permet
une traction plus forte de cette dernière, et il entraîne ainsi son éloigne¬
ment du crochet mandibulaire. Celui-ci, libre, peut assurer son rôle prin¬
cipal qui consiste à perforer la proie.
L’épaississement du bord postérieur de la plaque dorsale, ainsi que
l’union des deux branches inférieures des bâtonnets tentoriaux, conso¬
lident les points sur lesquels s’exercent les plus grandes forces. L’absence,
d’autre part, de toute suture de déhiscence contribue à la solidité du
système.
C. Fonctionnement de la tête
La tâche dévolue à la tête de la larve de Vermileo vcrmileo se trouve
allégée par le mode de vie particulier de l’animal vivant dans le sable, la
poussière accumulée dans des petits creux de rochers et le sol friable. Elle
n’a pas à fournir un gros effort pour pénétrer dans un tel milieu et y
frayer son chemin. La larve se déplace d’ailleurs très peu, et toujours à la
suite d’une destruction accidentelle de son piège.
La construction de ce piège exige un travail spécialisé qui ne peut
être fourni que par un organe adapté à cette tâche. Celui-ci est formé par
les trois segments thoraciques qui, aplatis dorso-ventralement et munis
de touffes de soies sur leurs côtés, peuvent de plus s’animer d’un mouve¬
ment rotatoire approprié. La capsule céphalique, très petite et encastrée
dans le prothorax, ne prend aucune part active à cette action.
1. Capture de la proie.
L’adaptation biologique de la larve de Vermileo vermileo, qui attend
immobile au fond de son piège qu’un animal s’y précipite, lui enlève toute
possibilité de chasse active. En effet, couchée sur le dos au fond de son
puits, elle attend sa victime. Le contact avec celle-ci déclenche un
brusque mouvement de la partie antérieure de son corps qui s’enroule
autour de la proie et la lient solidement. La capture n’est pas toujours
facile ; une vraie lutte s’engage entre la larve qui répète sans arrêt les
mêmes mouvements de son extrémité antérieure et la proie qui essaie de
fuir. Cette dernière y parvient parfois si les parois du piège sont soli¬
difiées par l’humidité ou si sa grande taille ne permet pas à la larve de la
retenir. Ce moyen de chasse oblige la larve de Vermileo à se plier à deux
contraintes :
a) Ne montrer aucune spécialisation alimentaire qui l’amènerait à
rejeter des animaux tombés au hasard dans son piège. Il pourrait en
résulter une impossibilité d’assurer un approvisionnement suffisant en
espèces désirées.
Source : MNHN, Paris
214
L. TSACAS
b) Etre capable de sucer des victimes de toutes tailles, même les plus
petites. Pour répondre à ce besoin, elle est munie d’un appareil buccal
extrêmement petit par rapport à sa taille, ce qui lui permet la succion de
très petits animaux (Microhyménoptères, etc...).
La proie capturée, les pièces buccales entrent en jeu pour en assurer
la succion. La position de la capsule céphalique, dont l’axe forme un
angle avec l’axe longitudinal du corps, permet à l’appareil buccal de se
trouver en face de la victime capturée.
2. Aspiration de la proie.
La larve cherche sur le corps de sa proie un endroit moins résistant
pour la perforation ; c’est en général une membrane intersegmentaire
qui s'offre pour cette opération. A ce moment, les maxilles s’abaissent
sous l’action des muscles adducteurs et laissent libres les pointes des
crochets mandibulaires (Fig. 34). On a vu plus haut que les crochets ne
sont pas protégés par une gaine maxillaire comme c est le cas chez Chryso-
pilus auratus et Rhagio scolopaceus ; néanmoins, leurs pointes s’appuient
Fia 34 — V vermileo. Deux positions de la lacinia. A : Position de repos. B : Position
pendant la perforation du tégument de la proie.
sur les lacinias de telle façon qu'ils ne peuvent « mordre » que si ces der¬
nières sont baissées. Les lacinias abaissées, les deux crochets entrent en
action et, avec des mouvements appropriés, arrivent à perforer le tégu¬
ment de la proie. Le labre, les complexes mandibulo-maxillaires et l e
labium entrent par la même blessure dans le corps de la victime si l a
taille de cette dernière le permet. La secrétion très abondante de la salive
provoque tout d’abord une paralysie de l’animal et ensuite une liqué¬
faction des tissus qui peuvent être ainsi aspirés par la larve. La succion
de la nourriture se passe d’une façon similaire à celle de Chrysopil Us
auratus. Le labre, très mince, permet aux deux crochets mandibulaires
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 215
de s’approcher et de former un tube par leurs parties antérieures. Ce
tube se prolonge en arrière en se scindant en deux, le labre jouant le
rôle d’une cloison, et aboutit au-dessus du creux de l’hypopharynx. Les
liquides nourriciers passant par ce tube parviennent dans la cavité, dont
l’hypopharynx forme le plancher, pour se diriger ensuite dans le ciba-
rium-pharynx.
La fonction de chaque pièce buccale est analogue dans l’ensemble à
celle des pièces correspondantes de la larve de Chrysopilus. Toutefois, les
crochets mandibulaires n’ont pas le rôle d’un organe de préhension
comme chez les larves des espèces précédemment étudiées. Ils servent ici
à perforer le tégument de la proie et contribuent à l’absorption de la
nourriture. A ce fait sont liées leur finesse et leur faiblesse plus grandes
et également la nécessité majeure pour l’animal de se nourrir de proies
minuscules.
Le mouvement des complexes mandibulo-maxillaires reste toujours
vertical et parallèle au plan sagittal.
Remarque.
Grâce à l'amabilité du Dr A. M. Hemmingsex, j’ai pu examiner quelques larves de
Lampromyia canariensis Macq. Il existe une très grande ressemblance entre la tête de cette
larve et celle de Vermileo vennileo.
Source : MNHN, Paris
21G
L. TSACAS
TROISIÈME PARTIE
CHAPITRE I
COMPARAISON DE LA TÊTE ET DES PIÈCES BUCCALES
DES TROIS TYPES ÉTUDIÉS
Des précédentes descriptions il ressort une certaine ressemblance de
la tète des espèces étudiées. Elle est, chez les trois types, rétractée dans
le prothorax et, sauf pour Vcrmileo, orientée dans la direction du grand
axe du corps.
Chez cette dernière espèce, un plus grand développement de la partie
dorsale du prothorax, suivi d’une réduction de la partie correspondante
ventrale, a provoqué une obliquité de l’axe longitudinal de la tête par
rapport à celui du corps. Ainsi ces deux axes forment un angle de 30 à
40° environ. Cette disposition permet aux pièces buccales de se trouver
en face de la proie lors de sa capture.
La taille de la tête est différente chez les diverses espèces en valeur
absolue et par rapport à la longueur du corps. La signification de ce fait
est examinée plus loin.
I. CAPSULE CÉPHALIQUE
Elle est très homogène chez les Rhagionidae. Elle présente cependant
des différences de forme et de couleur susceptibles d’être utilisées pour la
distinction des genres (Rhagio, Chrgsopilus) ou des espèces, en parti¬
culier chez Rhagio.
a) Plaque dorsale
C’est elle qui, par sa forme et sa taille, donne un aspect particulier à
la tête des différents genres de la famille. Ovoïde et d’une taille moyenne
chez Chrysopilus (PI. I, 6), elle devient presque triangulaire chez les deux
autres genres ; sa grande base est dirigée vers l'arrière chez Vermileo
(Fig. 25) et vers l’avant chez Rhagio (PI. VIII, 43). Chez cette dernière
espèce, elle présente en plus des particularités intéressantes :
1) sa partie postérieure est réduite par la présence de deux échan¬
crures latérales ;
2) ses bords latéraux fortement sclérotisés, beaucoup plus individua¬
lisés que chez les autres espèces (PI. IX, 48, 51), rappellent les bâtonnets
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RIIAGIONIDAE 217
métacéphaliques des Erinnidae et des Empidiformia, dont ils pourraient
expliquer l’origine ;
3) un sillon médian parcourt la moitié postérieure de la plaque dorsale.
A ce sillon correspond une crête interne bien développée (PI. IX, 48).
On serait tenté d’interpréter cette sulcature comme la suture coronaire,
mais cette vue ne semble pas acceptable pour les raisons suivantes : la
suture coronaire, comme l’ont prouvé Du Porte (1957) et Snodgrass
(1947) n’est pas une vraie suture, au sens d'une ligne d’union de deux
centres de sclérotisation séparés, mais une suture de déhiscence. Or, chez
Rhagio, il n’existe pas de telles sutures, la plaque dorsale restant entière
sur l’exuvie après la mue. De plus la forte crête interne existant ici
manque généralement à une véritable suture coronaire. Cette suture fait
également défaut chez les larves des Brachycères dont la tête a été étudiée
(Tabanidae, Slratiomyiidae, Therevidae). Il semble donc que cette
sulcature n’a pas une valeur morphologique générale, mais constitue
simplement la trace d’une crête interne destinée à renforcer la paroi
crânienne affaiblie à cet endroit par les deux échancrures latérales. Chez
Chrysopilus et Vermileo les bords latéraux se prolongent en arrière tout
autour de la plaque dorsale et forment ainsi un cadre qui renforce cette
partie. Chez Vermileo, le bord postérieur de la plaque dorsale est très
long et par conséquent serait moins résistant. Un épaississement dorsal
externe lui assure un renforcement (PI. XV, 81, E P D).
Le terme de « plaque dorsale » est ici utilisé pour des raisons descrip¬
tives. Sa signification morphologique n’est pas claire. La réduction
du crâne et sa rétraction dans le prothorax ont eu probablement pour
conséquence la perte d’organes comme les yeux. Des régions entières
ont ainsi disparu ou se sont fusionnées de telle sorte qu’une extrême
homogénéité (simplification) en a résulté. Les sutures, ces repères pré¬
cieux malgré toutes les réserves qu’on peut formuler à cause de leur
instabilité, manquent presque totalement ici. En effet, aucune vraie
suture n’existe en dehors de la labro-clypéale, elle-même peu marquée.
Si on accepte avec Chaudonneret (1951), comme il nous paraît logique
de le faire, que les traces des phragmes paraclypéaux sont les sutures
fronto-gênales au sens de Du Porte, on peut déterminer trois aires
crâniennes distinctes : une plaque médio-dorsale faisant suite au labre
vers l’arrière, limitée de chaque côté par une suture fronto-gênale, et
deux plaques latérales limitées dorsalement par les mêmes sutures.
La plaque médio-dorsale occupe la majeure partie de la face dorsale
du crâne. Elle est généralement considérée comme représentant un
fronto-clypéus. Il n’existe cependant pas un accord général sur ce point.
Cook (1944) ne voit là qu’un « clypéus », tandis que Anthon (1943) la
considère comme le frons. Ce grand sclérite ne porte aucune indication
externe permettant d’en délimiter les diverses régions. Sur le côté interne
se trouvent les origines des muscles cibariaux en avant et pharyngiens sur
les parties moyennes et postérieures. 11 s’agit donc bien d’un fronto-
clypéus.
Les plaques latérales représentent les joues (gênes). Elles sont plus ou
Source : MNHN, Paris
218
L. TSACAS
moins bien séparées en avant, où elles sont généralement plus larges, par
le fronto-clypéus, mais elles se confondent avec lui en arrière.
b) Antennes
Bien développées et nettement biarticulées chez Chrysopilus (Fig. 2)
elles se réduisent à deux boutons minuscules chez Vermileo (Fig. 24).
Celles de Iihagio (Fig. 15) sont suffisamment développées, mais uniarti-
culées. Aucun muscle ne leur est associé comme c’est le cas, seul cas chez
les Brachycères, chez les Tabanidae. Les antennes ne semblent donc pas
suivre une règle quelconque. Elles sont d’ailleurs de taille différente chez
des genres voisins et cela est vrai pour tous les Brachycères.
c) Champ d’épines
Cette extraordinaire structure est commune chez les Tabanidae et
Rhagionidae à l’exception des Vermileoninae. Comme il a déjà été dit, il
n'est pas possible de l’homologuer avec aucune structure déjà connue. Au
contraire, son rôle dans la progression de la larve dans le sol est clair et
relativement important. Chez Rhagio, les épines en question sont plus
grandes que celles de Chrysopilus. Ce fait peut être en relation avec la
plus grande agilité des larves de Rhagio. Le champ d’épines ne possède pas
de muscles propres, il est mû par les mouvements de la mandibule.
d) Plaques verticales
La structure désignée par ce nom représente les pliragmes paracly-
péaux. La formation des phragmes est très commune chez les Diptères.
Chez les Rhagionidae leur homologation n’est pas facilitée par l’absence
des sutures. Chez les autres Brachycères (Tabanidae, Therevidae, Stra-
tiomyiidac), la présence de ces dernières a permis de les homologuer aux
pliragmes paraclypéaux. Il n'y a aucune raison pour qu'il n’en soit pas de
même chez les 'Rhagionidae, leur position, leur développement et leur
fonction ne laissant pas de doutes. Quoi qu’il en soit, les phragmes
forment un endosquelette dans le crâne des larves. En effet, le plancher
sclérotisé du cibarium-pharynx, ainsi que les bâtonnets tentoriaux, se
fixent sur eux et l’articulation antérieure de la mandibule s’y localise.
Chez Rhagio, sur les bords ventraux des phragmes, une partie diffé¬
renciée se distingue par un léger sillon (PI. VII, 34). Sur leur bord posté¬
rieur se forme une niche dans laquelle vient se loger l'extrémité antérieure
du bâtonnet tentorial. Mais ces deux formations ne font pas corps, seule
une membrane les unit. Chez Chrysopilus et Vermileo, cette partie diffé¬
renciée n’existe pas. Les bâtonnets tentoriaux ne sont pas unis aux
phragmes par l'intermédiaire de membranes, mais donnent l’impression de
faire corps avec eux (Fig. 4, 25). Cela laisserait supposer que les phragmes
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE 219
sont des expansions du tentorium plutôt que des structures naissant
directement de la capsule crânienne. Mais l'exemple de Rhagio ne permet
pas une telle vue.
La base des phragmes, décelée à l’extérieur par une trace, est droite et
de longueur différente chez les trois types ; elle est plus longue chez Ver-
mileo et plus courte chez Chrysopilus.
Le développement important des phragmes paraclypéaux a permis la
migration de l’articulation antérieure de la mandibule en profondeur dans
la tête. Cette migration a provoqué le changement du plan de mouvement
de cette pièce buccale. Tant que ces articulations se trouvaient sur le
crâne, elle ne pouvait se mouvoir qu’horizontalement ou tout au plus de
biais. Chez les Brachycères elle se meut verticalement. Ce changement
entraîne des conséquences d’ordre biologique que nous examinerons
plus loin.
e) Bâtonnets tentoriaux
Ils sont au nombre de deux et représentent les branches antérieures du
tentorium. Ils sont bien développés et parcourent la capsule céphalique,
des phragmes paraclypéaux jusqu’à son bord postérieur. Aucune trace
des branches postérieures n’existe.
Sur leur extrémité postérieure se présente une expansion qui prend une
forme particulière à chaque type étudié.
Chez Rhagio cette expansion est très grande, moins sclérotisée que la
branche du tentorium elle-même et en forme de croissant (PI. VII, 34; XI, 132)
Elle est à angle aigu avec le plan vertical et son bord supérieur s'éloigne du
bord de la plaque dorsale.
Chez Chrysopilus, cette expansion est peu marquée (Fig. 4). Les
bâtonnets tentoriaux s’élargissent au niveau du ganglion frontal, sur le
plan horizontal. Un peu plus en arrière, ils se courbent vers le milieu où
ils s'unissent (PI. III, 18). Cette dernière partie est peu sclérotisée.
Chez Vermileo, cette structure est encore plus compliquée. Les
bâtonnets tentoriaux se courbant vers le milieu s’y unissent comme chez
Chrysopilus, mais ils émettent sur leur face supérieure une tige qui vient
s’appuyer sur le bord de la plaque dorsale (Fig. 33 ; PI. XIV, 73).
Le développement des liaisons (phragmes secondaires) entre le
tentorium et la plaque dorsale est fréquent chez les Brachycères. Mais
l’union des deux bâtonnets tentoriaux est un fait constaté seulement
chez les Rhagionidae. Les variations du tentorium chez les divers groupes
des larves de Diptères sont capricieuses, à tel point qu'on ne peut pas saisir
leur vraie signification. 11 paraît logique de penser qu’il s’agit ici d’un
développement secondaire, tout à fait comparable à celui des phragmes
secondaires présents chez les Tabanidae, Slratiomyiidae, etc... Son rôle
reste toujours double : d’une part élargir la surface d’insertion des muscles,
d’autre part augmenter la solidité du système. Les auteurs n’envisagent
pas ce problème, n’ayant pas étudié des espèces présentant cette con¬
fluence des bâtonnets tentoriaux ou la passant sous silence.
Source : MNHN, Paris
220
L. TSACAS
Sur les bâtonnets tentoriaux prennent leur origine les puissants
muscles adducteurs de la mandibule ainsi que les muscles hypopha-
ryngiens (Fig. 1), 20, 33). Chez Rhagio et Chrysopilus, une branche du
muscle abducteur mandibulaire en part également.
II. PIÈCES BUCCALES
L’appareil buccal des larves des Brachycères, tout comme leur capsule
céphalique, a subi de profondes modifications. Chez les Rhagionidae, les
diverses transformations de ces parties ont abouti à la réalisation d’un
ensemble coordonné du point de vue fonctionnel. Le régime alimentaire
commun des larves étudiées a donné à leur appareil buccal des caracté¬
ristiques communes. Les composants de cet appareil ont suivi le même
sens de transformation.
a) Labre et Epipharynx
Le labre typique d’un Insecte du type généralisé est un organe plat,
suspendu au clypéus et libre d’effectuer de légers mouvements. Celui des
larves des Rhagionidae est totalement différent. 11 est cunéiforme en coupe
transversale, effilé en avant et solidement attaché au clypéus, ce qui lui
interdit tout mouvement.
Le mode particulier d’aspiration des liquides nourriciers des larves de
Chrysopilus et Vermileo est réalisé grâce à l'extrême finesse du labre sur
sa partie antéro-ventrale (Fig. 26, 27 ; PI. VIII, 40, 41). Chez Rhagio, le
labre est plus large et présente une paroi épipharyngienne bien dévelop¬
pée (PI. VIII, 46, 47). Le labre de tous les Rhagionidae étudiés est garni
de nombreux éléments sensoriels.
Chez Rhagio et Chrysopilus, il porte en avant des dents très fortement
sclérotisées qui aident à la progression de la larve dans le sol. Ces dents sont
remplacées chez Vermileo par de courtes épines, fait probablement lié
au milieu friable (sable) dans lequel vivent les larves de ce genre.
La suture labro-clypéale existe, plus ou moins marquée, chez les trois
types. Un muscle labral présent chez Chrysopilus et Rhagio fait défaut
chez Vermileo.
b) Cibarium et Pharynx
Par la sclérotisation du plancher du cibarium-pharynx, les larves des
Brachycères ont réalisé une pompe aspirante très puissante. Snodgrass
(1947) a montré que cette pompe représente le cibarium. La longueur, la
largeur ainsi que le nombre des muscles dilatateurs de cette structure
varient chez les trois types étudiés (Fig. 4, 16, 28).
11 existe aussi, entre les trois types, une différence de développement
de la zone intermédiaire entre le cibarium-pharynx et l’œsophage : très
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
221
courte et à peine caractérisée chez Chrysopilus, cette zone est bien indi¬
vidualisée et bien développée chez Vermileo; celle de Rhagio réalise une
étape intermédiaire. Cette structure n’a été décrite jusqu'ici chez aucun
autre Brachycère Orthorrhaphe.
Au moment de la mue, la partie sclérotisée du cibarium-pharynx
reste intacte, tout comme le tentorium et la capsule céphalique.
c) Labium. Hypopharynx. Salivarium
Le labium des larves des Rhagionidae est très réduit comme c’est la
règle chez les larves des Diptères. Il a la même conformation chez les
trois types étudiés : déprimé latéralement, il est parcouru par un sclérite
qui soutient le salivarium (Fig. 17, 29 ; PI. I, 7, 8). Les palpes des trois espè¬
ces sont inégalement développés ; grands et bien séparés l’un de l’autre
chez Rhagio, ils sont unis en un organe impair chez Chrysopilus ; ceux de
Vermileo, plus réduits encore, sont difficilement discernables autrement
qu’en coupe.
Le labium de C. auratus présente une formation singulière entre l’ou¬
verture du cibarium et les palpes (Fig. 5, Lo Lb). Aucune trace de cette
formation n’existe chez les autres genres. Sa signification fonctionnelle
et morphologique n’est pas claire. Il est possible, qu’elle serve au nettoyage
des cannelures des crochets mandibulaires qui la touchent au terme de
leurs mouvements d’adduction.
L’hypopharynx de tous les types est fortement sclérotisé et apparaît
comme un prolongement antérieur du plancher du cibarium-pharynx.
Celui de Rhagio possède sur chacun de ses bords latéraux une rangée de
9-10 petites dents (Fig. 17) qui manquent chez Chrysopilus et Vermileo.
L’hypopharynx de ce dernier est dépourvu de la paire de muscles hypo-
pharyngiens qui existent chez les deux autres espèces ; par conséquent
il ne peut pas effectuer les légers mouvements que l’hypopharynx de
Chrysopilus et de Rhagio peut exécuter.
La constitution du salivarium et de la pompe salivaire est semblable
chez les trois genres étudiés. On peut cependant déceler plusieurs diffé¬
rences dans les détails. La plus importante de ces différences est celle qui
concerne l’insertion du muscle actionnant la pompe salivaire. En effet,
cette insertion s’effectue chez Vermileo sur une large partie du salivarium.
d) Complexe mandibulo-maxillaire
De tous les constituants céphaliques ce complexe a été certainement
le plus profondément modifié, comme la description des trois types étu¬
diés l’a montré.
Du point de vue anatomique, les complexes mandibulo-maxillaires
des Rhagionidae peuvent se distinguer en deux groupes. Le premier
Source : MNHN, Paris
222
L. TSACAS
comprend Chrysopilus et Rhagio, le deuxième Vermileo. La différence
affecte surtout la maxille. Dans le premier groupe, elle est plus développée,
surtout dans ses parties distales, galéa et lacinia (Fig. 7, 19). La maxille
de Vermileo, au contraire, est réduite à un seul sclérite et à un palpe
uniarticulé (Fig. 32).
Cette dissemblance peut être mise en corrélation avec le mode de vie de
l’animal. La larve de Chrysopilus et celle de Rhagio, vivant dans le sol
humide, sont en recherche continuelle de leur nourriture et des conditions
hygrométriques qui leur conviennent le mieux. Dans l’accomplissement
de cette tâche, les maxilles leur viennent en aide et leur permettent de se
frayer un chemin tout en assurant la protection des crochets mandi-
bulaires. La larve de Vermileo vivant dans le sable ou la poussière, et tou¬
jours dans des endroits protégés, ne se déplace que très rarement. Dans
le même ordre d’idées, il faut ajouter encore l’absence de champs
d’épines chez Vermileo.
Si on envisage le complexe mandibulo-maxillaire du point de vue
fonctionnel, les trois types se distinguent en deux groupes, mais cette
fois, l'un des groupes comprend les larves de Rhagio et l’autre celles de
Chrysopilus et de Vermileo. Comme il a été indiqué aux chapitres concer¬
nant le fonctionnement des pièces buccales, chez Rhagio l’aspiration
s’effectue d’une façon relativement simple, sans le concours du tube
formé par les crochets mandibulaires. Chez les larves de Chrysopilus et
de Vermileo se réalise un nouveau type d’aspiration des liquides nourri¬
ciers décrit en détail. La signification de ce dernier type d’aspiration n’est
pas claire. Dans le cas de Vermileo, la présence du tube mandibulaire
permet à la larve de sucer sa proie tout en maintenant sa tête hors de
celle-ci, et d’utiliser ainsi tous les animaux tombant dans son piège,
même les plus petits.
Il sera question de ce problème au chapitre suivant.
En ce qui concerne la musculature du complexe mandibulo-maxillaire,
elle est comparable dans ses lignes générales chez les trois espèces. Le
muscle adducteur maxillaire est simple et en position identique chez tous
les animaux étudiés. L’abducteur mandibulaire, simple chez V. vermileo,
a deux branches chez C. auralus et quatre chez R. scolopaceus. Le nombre
des faisceaux musculaires de l’adducteur mandibulaire n’est pas égal chez
les espèces étudiées : cinq chez Rhagio et six chez Chrysopilus et Vermileo.
Le muscle hypopharyngien fait défaut à ce dernier genre.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
223
CHAPITRE II
RAPPORT ENTRE LA
ET LE MODE DE
TAILLE DE LA TÊTE
VIE DES LARVES
La taille relative de la capsule céphalique des larves des Rhagionidae,
comme il ressort de l’analyse des trois types ici étudiés, est très variable.
A la tête de Rhagio, de dimensions considérables, s’oppose la tête minus¬
cule de Vermileo. Le contraste des longueurs des larves entières n’est pas
du même ordre.
Afin de mieux mettre en évidence ce phénomène, des mesures de la
longueur du corps (A) et de la capsule céphalique (B) des trois espèces
ont été faites. Les mesures des larves entières, en vue de calculer la
moyenne de la longueur du corps, concernent un nombre de 10 à 16 indi¬
vidus du dernier stade. Celles qui concernent la capsule céphalique ont
été effectuées sur un plus grand nombre d’exemplaires, surtout pour
Vermileo. Les résultats sont rassemblés dans le tableau suivant.
TABLEAU I
Rhagio
A 22,2
(en mm)
B 2,1
(en mm)
A/B 10,6
Chrysopilus Vermileo
15,5 13,1
I, 4 0,7
II, 2 19,8
On voit ainsi que la tête de Vermileo vermileo est deux fois plus petite
que celle de Rhagio scolopaceus proportionnellement à la longueur du
corps. La tête de Chrysopilus auralus occupe une place intermédiaire, très
près de celle de Rhagio.
La signification de ce fait ne peut être comprise que si l’on considère
le mode de vie de ces animaux. Dans les chapitres concernant la biologie
des larves, des détails ont été donnés sur ce point. Nous reprenons ici les
faits essentiels dans le but de résoudre le problème que pose le dévelop¬
pement inégal de la taille de la tête des larves des Rhagionidae.
Les larves de Rhagio scolopaceus vivent dans la terre très humide ou
dans les couches de feuilles mortes. Elles sont en déplacement continuel à
la recherche de leur nourriture et des conditions hygrométriques conve¬
nables.
Source : MNHN, Paris
224
!.. TSACAS
Les larves de Chrysopilus auratus vivent essentiellement dans les
mêmes biotopes que l’espèce précédente, sauf toutefois dans les couches de
feuilles mortes. 11 faut cependant signaler deux différences entre ces deux
espèces :
A. Rhagio scolopaceus cherche des endroits plus humides que Chryso-
pilus auratus. Des expériences ont montré que cette dernière espèce résiste
beaucoup plus à la sécheresse.
B. Chrysopilus auratus se déplace beaucoup moins que Rhagio sco¬
lopaceus qui est une espèce très agile.
Si l’on met dans un récipient vide des larves des deux espèces, il est
facile de constater que celles de Rhagio scolopaceus sont plus agiles. Pour
vérifier ces différences dans les conditions voisines du milieu naturel,
l’expérience suivante a été ciïcctuée. Des larves des deux espèces ont été
mises isolément dans des récipients de verre identiques, remplis de sable
humide. Des précautions ont été prises afin que les conditions soient les
même pour toutes les larves, lfi ou 24 heures plus tard, une estimation des
galeries visibles à travers les parois et, autant que possible, dans la masse
du sable, a été effectuée. Malheureusement des difficultés s’opposent à une
mesure significative de la longueur de ces galeries. De très nombreuses
observations montrent cependant que la longueur des galeries creusées
par les larves de Rhagio scopolaceus, dans un même espace de temps, est
nettement supérieure à celle des galeries creusées par Chrysopilus auratus.
Les larves de Vermileo vermileo construisent, à l’abri des intempéries,
leurs entonnoirs-pièges dans la poussière et le sable où elles vivent immo¬
biles à l’affût de leur proie ; elles ne se déplacent que rarement, en cas de
destruction de leur piège.
Des faits exposés ci-dessus, il ressort que : a) des animaux agiles et
très mobiles comme Rhagio scolopaceus disposent d’une tête grande par
rapport à leur corps ; h) Chrysopilus auratus, animal moins agile et moins
mobile que le précédent a une tête proportionnellement plus petite ;
c) Vermileo vermileo qui ne se déplace que très peu, possède une tête plus
petite encore.
On peut donner à ce fait l’explication biologique suivante : un animal
très mobile peut chasser activement les proies dont la capture satisfait
ses besoins alimentaires. C’est le cas de Rhagio scolopaceus, dont la tâche
est facilitée du fait qu’il vit dans les couches de feuilles mortes et la terre
très humide, milieux dans lesquels il lui est facile de se frayer un chemin.
Chrysopilus auratus, animal moins mobile et, de plus, vivant dans la
terre moins humide et par conséquent plus difficilement pénétrable, est
obligé de se contenter d’animaux plus petits. Vermileo vermileo, à un pl us
grand degré encore, doit obligatoirement tirer parti de tout animal, si
petit soit-il, qui tombe dans son entonnoir-piège.
La réduction de la tête chez les larves de Chrysopilus et de Vermileo
est accompagnée d’un changement de la forme de la capsule céphalique.
Afin de mettre plus nettement en relief ce changement, nous avons effec¬
tué les mesures de la largeur de la capsule céphalique en deux régions :
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
225
Fig. 35. — Capsules céphaliques des trois espèces étudiées. En pointillé, celles de C. auratus
et V. vermileo rapportées à la longueur de celle de R. scolopaceus (B : Longueur. C Mar¬
geur au niveau de l'articulation externe de la mandibule. D : Largeur maximale de la
plaque dorsale).
au niveau de l’articulation externe de la mandibule (C), et au niveau
de la plus grande largeur de la plaque dorsale (D). Les résultats sont
résumés dans le tableau suivant où figurent également les longueurs de la
capsule céphalique (B). Ce tableau (Tableau II) complété par la Figure 35
donne une image précise des trois types de la forme de la capsule cépha¬
lique chez les Rhagionidae. Chez Rhagio elle est triangulaire, sa partie
étroite en arrière, chez Chrysopilus, elle est parallélépipédique, tandis que
chez Vermileo elle redevient triangulaire mais, cette fois, sa partie étroite
située en avant.
TABLEAU II
Rhagio Chrysopilus Vermileo
scolopaceus auralus vermileo
B 2,1
(en mm)
C 0,7
(en mm)
D 0,5
(en mm)
B/C 3,1
B/D 3,8
C/D 1,2
1.4 0,7
0,3 0,1
0,4 0,3
4,0 5,7
3.5 2,4
0,9 0,4
Source : MNHN, Paris
226
L. TSACAS
Ainsi, la diminution de la longueur de la capsule céphalique est
accompagnée d'un élargissement de sa partie postérieure, tandis que la
partie antérieure devient de plus en plus étroite (C/D = 1,2 pour Rhagio,
0,9 pour Chrysopilus 0,4 pour Vermileo).
L’élargissement de la partie postérieure de la capsule céphalique a une
grande importance puisqu’il assure la réalisation de l’espace nécessaire à
finsertion des muscles des pièces buccales.
L’acquisition du mode de succion particulier aux larves de Chryso¬
pilus et de Vermileo ajoute aux possibilités apportées par la réduction de
leur capsule céphalique et l'amincissement de la partie antérieure de cette
dernière. En ellet, elle a permis à ces larves de sucer leur proie en faisant
pénétrer les deux crochets mandibulaires seuls dans le corps de cette
dernière. Ainsi peuvent-elles s’alimenter aux dépens d’animaux beaucoup
plus petits que les proies de la larve de Rhagio.
CONCLUSIONS
A. BIOLOGIE ET ÉCOLOGIE LARVAIRES
Des observations faites sur les larves de Chrysopilus auratus, Rhagio
scolopaceus et Vermileo vermileo sur le terrain et en élevage ont apporté
les précisions suivantes : ,
Les larves des deux premières espèces peuvent vivre en des lieux pério¬
diquement submergés par les eaux. Leur résistance à l’asphyxie par
submersion est très grande ; d’après des expériences au laboratoire, elles
peuvent survivre sous l’eau plus de 48 heures.
La sécheresse est néfaste pour C. auratus et R. scolopaceus, la dernière
espèce étant beaucoup plus sensible que la première. Au contraire,
V. vermileo ne se rencontre que dans des endroits secs, protégés de la
PlU *La larve de R. scolopaceus s’accommode bien des couches de feuilles
mortes, mais ne se nourrit pas de matières végétales ; elle chasse des
larves d’insectes ou des Oligochètes qui sont abondantes dans ce biotope.
La larve de C. auratus n’a jamais été rencontrée dans la masse même d’une
couche de feuilles mortes.
Le cycle biologique ne paraît pas de la même durée chez les deux
espèces. Il semble que deux années soient nécessaires à l’évolution de
C. auratus, tandis qu’une année serait suffisante à celle de R. scolopaceus.
Des expériences ont montré que la salive de la larve de C. auratus a
un effet paralysant sur la proie capturée. Il semble qu’il en est de même
pour les autres espèces.
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
227
B. ANATOMIE - MORPHOLOGIE
1. Capsule céphalique
L’étude de la capsule céphalique de trois types des Rhagionidae montre
une homogénéité de structure de la tête larvaire de la famille. Le crâne,
réduit à une plaque dorsale, est dépourvu de vraies sutures exceptées la
labro-clypéale et les traces des phragmes paraclypéaux considérées ici
comme représentant les sutures fronto-gênalcs. En fonction de ces der¬
nières sutures, le crâne se divise en trois parties : une partie médiane ou
fronto-clypéus et deux parties latérales ou joues (gênes).
La sulcature médio-postérieure de la plaque dorsale de R. scolopaceus
ne représente pas la suture coronaire, mais une formation secondaire
destinée à renforcer, par sa crête interne, cette région du crâne.
Les bords latéraux de la plaque dorsale, renforcés et particulièrement
individualisés chez R. scolopaceus, sont interprétés comme homologues
des bâtonnets métacéphaliques des Erinnidae et des Empidiformia.
Un développement inégal des antennes a été mis en évidence ; ce fait
est fréquent chez les Brachycères.
Le champ d’épines intercalé entre la mandibule et le bord antérieur
de la plaque céphalique manque chez les Vermileoninae ; ce fait confirme
le caractère adaptatif de cette structure chez les Rhagioninae-Chryso-
pilinae.
La réduction de la capsule céphalique est compensée par un grand
développement des phragmes et du tentorium. Les premiers ont une forme
particulière dans chaque espèce étudiée ici. Ceux de Rhagio scolopaceus
ont un grand intérêt parce qu’ils montrent que les phragmes sont des
formations crâniennes plutôt que tentoriales. En effet, chez Chrysopilus
l’union des phragmes et des bâtonnets tentoriaux est telle qu’on pourrait
supposer que les premiers résultent d’une expansion des seconds. Cook
(1949), envisageant le problème chez Tabanus (Tabanidae), Odonlomyia
(Stratiomyiidae) et chez les Therevidae, conclut que l’origine des phragmes
chez les Brachycères est quelque peu incertaine. Le cas de Rhagio, analysé
ici, contribue à lever certains doutes.
Les bâtonnets tentoriaux affectent en leur partie postérieure des
formes très variées. Ces structures, décrites pour la première fois dans le
présent travail, augmentent la surface d’attache des muscles. Les bâton¬
nets seuls, dépourvus de leurs expansions postérieures, n’auraient pu
compenser la réduction du crâne.
2. Pièges buccales
Les larves des Rhagionidae présentent deux types d’appareil suceur.
Le premier, réalisé chez R. scolopaceus, permet le passage des liquides nour¬
riciers par la cavité préorale vers le cibarium-pharynx transformé en
pompe aspirante.
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XXVII.
15
Source : MNHN, Paris
228
I.. TS/
Le deuxième type avait été sommairement décrit par Schremmer
(1951) chez Chrysopilus sp. (auratus ‘l). Une étude détaillée de l’anatomie
et du fonctionnement des pièces buccales de la larve de C. auratus m’a
permis de mettre en évidence les modifications de ces pièces buccales
corrélatives de la réalisation de ce type de succion par un tube aspirateur
formé par l’accolement des deux crochets mandibulaires.
Chez Vermileo, l'analyse de l’anatomie et du fonctionnement des
pièces buccales révèle un type de succion analogue à celui de la larve de
C. auratus.
Le labre, de forme générale semblable chez les trois espèces, concourt,
par un certain nombre de changements de détail, à la formation de
l’appareil suceur particulier de C. auratus et de V. vermileo. Le rôle de
chacune de ses particularités structurales (dents, peigne, sclérite épipha-
ryngien, etc...) a été analysé.
Le cibarium-pharynx, union de deux cavités distinctes à l’origine
en raison de la sclérotisation de son plancher commun constitue une
pompe aspirante très puissante. La partie sclérotisée est sensiblement de
même conformation chez toutes les espèces étudiées, mais sa musculature,
étudiée ici pour la première fois, varie d’un genre à l’autre. Fait remar¬
quable, les muscles pharyngiens dilatateurs manquent chez Chrysopilus .
J’ai pu observer la différenciation d’une zone intermédiaire entre le
cibarium-pharynx et l’œsophage, zone d’un développement inégal chez
les trois espèces et qui représente vraisemblablement un vestige du pha¬
rynx primitif.
Le labium chez tous les Rhagionidae se réduit au seul prémentum pour
sa partie impaire ; les palpes labiaux sont inégalement développés suivant
les espèces.
L’hypopharynx, sclérotisé chez toutes les espèces, est adapté au type
de succion de chacune d’elles. Chez Rhagio, il constitue un vrai filtre qui
empêche le passage de fragments de tissus. Chez Chrysopilus et Vermileo
quoique de forme différente dans l’un et l’autre de ces deux genres ii
assure la même fonction ; il recueille les liquides à leur sortie des tubes
formés par les crochets mandibulaires et le labre et les conduit vers la
bouche fonctionnelle.
La mise en évidence de l’existence d’une paire de muscles hypopha-
ryngiens a facilité la compréhension du fonctionnement de l’ensemble des
pièces buccales.
Le complexe mandibulo-maxillaire constitue la principale pièce
buccale des larves des Rhagionidae. Ses parties sclérotisées étaient plu s
ou moins connues, mais son rôle dans le fonctionnement de l’appareil
buccal était obscur et sa musculature totalement inconnue. L’association
étroite de la mandibule et de la maxille a permis à cette dernière, par l’in¬
termédiaire de la lacinia, de jouer un rôle protecteur du crochet mandibu-
laire. En outre, la maxille prend appui sur ce dernier et contribue à la
progression de la larve par sa galéa.
La maxille reste plutôt bien développée, surtout dans sa partie distale •
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES
RHAGIONIDAE
229
lacinia, galéa et stipes. De ses muscles, elle n’a gardé qu’un adducteur
spécialisé au dégainage du crochet mandibulaire.
Les muscles mandibulaires comportent un nombre de faisceaux
musculaires variables selon les espèces. Les origines de ces faisceaux sont
distribuées sur la plaque dorsale et les expansions postérieures des bâton¬
nets tentoriaux ; ainsi les forces de traction se répartissent-elles sur une
grande surface. Le transfert des origines de certains faisceaux de muscles
mandibulaires du crâne aux bâtonnets tentoriaux est un fait remar¬
quable observé chez les Insectes. Cook (1949) l’a signalé chez les Stra-
tiomyiidae et Thereuidae; il paraît donc relativement fréquent chez les
Brachycères.
3. Taille relative de la tête
Une relation entre la taille de la tête et le mode de vie des larves
a été mise en évidence. La larve de R. scolopaceus, dont la tête est grande,
est très mobile et chasse activement les proies de grandes dimensions dont
la capture satisfait ses besoins alimentaires. Par contre, la larve de V. ner-
mileo immobile au fond de son entonnoir-piège, doit obligatoirement,
tirer parti de tout animal, si petit soit-il, corrélativement elle possède une
tête très petite. La larve de C. auralus réalise un état intermédiaire plus
proche de celui de R. scolopaceus du point de vue mobilité et taille de la
tête.
C. TAXINOMIE
La connaissance des formes immatures, œuf, larve, nymphe, des
Insectes est d’une valeur incontestable. Ces formes ont souvent été
utilisées, avec plus ou moins de bonheur, pour résoudre des problèmes de
phylogénie.
Les larves des Holométaboles diffèrent des imagos correspondants par
leur morphologie et leur biologie. Certains auteurs ont été conduits à
affirmer que la phylogénie d’un groupe ne peut être déduite de la considé¬
ration de caractères imaginaux, mais de celle de caractères larvaires
(Hennig, 1948-1952).
Chez les Diptères, l’utilisation des caractères des formes immatures
a été à la base de la division de l’ordre (Orthorrhapha — Cyclorrhapha).
Les auteurs modernes ont toutefois compris qu'il n’est pas toujours pos¬
sible d’établir un système taxinomique valable pour les larves et les ima¬
gos à la fois. IIendel (1938, p. 1873), constatant que « les larves des
Diptères ont leur propre phylogenèse », conclut que « un système naturel
unique peut être construit seulement sur la morphologie etc... des ima¬
gos ». Il ne faut cependant pas oublier que le nombre de larves connues
chez les Diptères (et également chez les autres Insectes) est très restreint,
à l’exception de certains groupes particulièrement étudiés (Culicidae,
Tendipedidae, Agromyzidae). Ainsi le manque de données complètes sur
les formes larvaires des Diptères est peut-être à l’origine d’affirmations
du type de celle de Hendel.
Source : MNHN, Paris
L. TSACAS
La phase du développement des Insectes qui offre les caractères les
plus importants pour la classification ne peut pas être choisie arbitrai¬
rement ou d'après des idées préconçues, mais définie dans un groupe donné
en fonction des particularités de ce groupe.
La tête des larves a été considérée comme présentant des caractères
phylétiques de grande valeur (Hinton, 1948). Les derniers segments
abdominaux, ont aussi attiré l'attention d'auteurs qui, comme par
exemple Maui.ik (1933), pensent que ces segments conserveraient des
caractères plus typiques que la tête. Van Emden (1957) estime que des
caractères phylogénétiques importants peuvent se trouver sur toutes les
parties du corps.
Chez les Rhagionidae, le nombre des larves connues ne dépasse pas
le dixième du nombre total des espèces décrites.
Basée sur les caractères, presque exclusivement des imagos, la taxi-
monie actuelle de la famille est plus ou moins satisfaisante. Cependant, la
sous famille des Vermileoninae pose toujours un problème. Les imagos se
rapprochent bien des autres Rhagionidae par plusieurs caractères, les
épines des tibias antérieures mises à part ; ce dernier caractère a fait
d’ailleurs, que des auteurs anciens rangent le genre Vermileo près des
Asilidae. Au contraire, les larves des Vermileoninae, par leur mode de vie
et leur morphologie externe très particuliers, s’éloignent des autres sous-
familles.
La morphologie externe des larves des Vermileoninae ne doit pas être
prise en considération quand on recherche les affinités de ce groupe. En
effet, elle est due à l'adaptation de l’animal à son mode de vie très diffé¬
rent de celui des autres Rhagionidae.
La position des stigmates est peut-être plus significative, mais elle
aussi porte les empreintes de l’adaptation. De façon similaire, les larves
du genre Atherix , dépourvues de stigmates, ayant une respiration cutanée,
manifestent de toute évidence une adaptation à une vie aquatique. Or,
ce genre, par la morphologie des imagos, est placé à côté de Rhagio, dans la
même sous-famille dont il n’est pas question de l’ôter.
La tête des larves des Diptères, un aperçu général de ses variations à
l’intérieur de l’ordre le montre, tend à garder des caractères phylétiques
remarquables. C’est donc dans la tête qu’il est plus indiqué de chercher
les caractères qui permettront de situer les Vermileoninae par rapport aux
autres Rhagionidae.
a) La capsule céphalique de la larve de Vermileo n’offre pas de parti¬
cularités qui permettraient une conclusion. On peut cependant retenir
la structure compliquée du tentoriuin chez cet Insecte. Cette structure est
très différente de celle qui existe chez Rhagio mais plus proche de celle
de Chnjsopilus. Toutefois, la présence de branches supérieures qui
touchent la plaque dorsale est un fait nouveau, particulier à Vermileo.
Il faut y ajouter l’extrême réduction des antennes chez ce genre.
b) Les pièces buccales de Vermileo manifestent plusieurs particula¬
rités intéressantes.
Le labre est dépourvu des dents distales régulièrement présentes
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGION1DAE 231
chez les autres Rhagionidae. Le complexe mandibulo-maxillaire offre de
son côté les caractères les plus remarquables qui éloignent Vermileo du
groupe Rhagio-Chrysopilus.
Les crochets mandibulaires de Vermileo, par leur forme, presque celle
d’une faucille, par leurs dents qui se prolongent par une crête jusqu’à
l’arête dorsale, ainsi que par leur base renflée, s’éloignent des crochets
de Rhagio et de Chrysopilus.
La maxille est aussi très différente comme il ressort de la description
déjà donnée. Réduite à un seul sclérite, munie d’une papille sensorielle
elle est proche de la maxille des Asilidae (Dioclria) et des Dolichopodidae
(Medeterus) (d’après les descriptions de De Meijere, 1917, et Hennig,
1948-1952).
Le labium, très réduit chez Vermileo, est muni de palpes très courts et
de soies bien développées. L’hypopharynx, par sa forme en Y, rappelle la
pièce en V des Empidi/ormia. Le salivarium, par la sclérotisation de sa
moitié basale et l’absence d’une pompe salivaire individualisée, montre
des particularités évidentes. L’ensemble de ces trois organes, labium,
hypopharynx, salivarium, fait penser plutôt aux Empidi/ormia, aussi
étonnant que cela puisse paraître.
La musculature des pièces buccales de Vermileo est, dans l’ensemble,
comparable à celle de Rhagio et Chrysopilus. Elle en diffère cependant par
l’absence des muscles hypopharyngiens et du muscle labral.
De ce bref exposé, on peut conclure que la tête de Vermileo, tout en
présentant certaines structures proches de celles de Rhagio et de Chry¬
sopilus, surtout de celles de ce dernier, s’éloigne cependant de ces deux
genres par d’autres structures.
Par la structure de ses maxilles, on l’a vu, Vermileo est même proche
des Asilidae. Les ressemblances des complexes labium-hypopharynx-
salivarium me paraissent plutôt, à l’état actuel de nos connaissances,
sans grande signification phylogénétique. Peut-être une étude appro¬
fondie de ces organes chez les Asilidae et Empididae montrerait-elle une
parenté plus étroite de ces groupes avec celui des Vermileoninae.
Il n’est cependant pas question de remanier actuellement la taxino¬
mie de la famille des Rhagionidae. Ce remaniement pourra probablement
être entrepris quand les larves d’autres sous-familles comme les Arthro-
ceratinae seront connues et étudiées. Mais il est clair que les Vermileoninae
constituent un groupe bien caractérisé. L’étude de la tête imaginale des
Rhagionidae, qui est actuellement en cours, nous permettrait de réexa¬
miner le problème.
Un fait est dès maintenant acquis, c’est que les Rhagionidae présentent
des affinités d’une part par les Rhagioninae avec les Tabanidae et, d’autre
part, par les Vermileoninae avec les Asilidae et Empidi/ormia.
Source : MNHN, Paris
232
L. TSACAS
EXPLICATION DES LETTRES COMMUNES A PLUSIEURS FIGURES
ABM Vin
A D:
A Md :
Ap :
A Sc :
Ar a :
B L :
B PI D :
Antenne
Article basal de la mandibule,
c :Article basal de la mandibule,
volet externe.
:Article basal de la mandibule,
volet interne.
Arête dorsale de l’article
basal de la mandibule.
Apodème mandibulaire.
Anus.
Apophyse
Appendice en scie.
Articulation antérieure.
Articulation postérieure.
Aire striée.
Bourrelet locomoteur.
Bord épaissi de la plaque dor¬
sale.
C E:
Cib-Ph
Cl :
C Md :
D Ga :
D I :
D Lr:
LoP :
L P:
Champ d'épines.
Cibarium-pnarynx.
Clypéus.
Crochet mandibulaire.
Crête interne de la plaque dor¬
sale.
Crête labrale.
Crête supérieure latérale du
labre.
Canal salivaire.
Champ stigmatique.
Chétule thoracique.
Dents de la galéa.
Disque imaginai.
Dents du labre.
Epines membraneuses du com¬
plexe mandibulo-maxillaire.
Epines.
Epipharynx.
Epaississement du bord posté¬
rieur de la plaque dorsale.
: Expansion de l'hypopharynx.
: Expansion postérieure du ten-
torium.
Fronto-clypéus.
Foramen antennaire.
Galéa.
: Ganglion frontal.
Ganglion sousœsophagien.
Hypopharynx.
Joue (Gêne).
Lacinia.
Labium.
Ligne courbe ventrale.
: Lobe charnu antérieur du
labium.
Lobe ventral du palpe maxil¬
laire.
Limite du prothorax.
Lr : Labre.
m ab md a, b, c, d : Muscle abducteur de
la mandibule.
m ad md a, b, c, d, e, f : Muscle adduc¬
teur de la mandibule,
m ad mx : Muscle adducteur de la maxille.
m c c : Muscle de la capsule cépha-
m cib : Muscles dilatateurs cibariaux.
m hy : Muscle hypopharyngien.
m lr : Muscle labral.
m ph : Muscle dilatateur du pharynx,
m ph cr : Muscle circulaire du pharynx,
m sal : Muscle de la pompe salivaire.
Md ; Mandibule.
M I : Membrane intercalaire.
N : Nerf ou élément nerveux.
Oe : Oesophage.
O Sal : Orifice salivaire.
P A : Protubérance portant l’an¬
tenne.
Pg : Peigne du labre.
Ph : Pharynx.
P L : Protubérance antéro-ventrale
du labre.
P Lb : Palpe labial.
PI D : Plaque dorsale.
P Mx : Palpe maxillaire.
Pr P : Phragme paraclypéal.
Ps : Pseudopode.
P S : Papille sensorielle.
P Sal : Pompe salivaire.
R Hy : Rétrécissement de l’hypopha-
rynx.
R I : Rainure inférieure.
R S : Rainure supérieure.
Rp : Repli dorsal du cibarlum-
pharynx.
Sal : Salivarium.
S Cl : Soie clypéale.
S Ep : Sclérite éplpharyngien.
S F G : Suture front-gênale.
S Hy : Sclérite hypopharyngien.
S Lb : Sclérite labial.
S Lr : Suture labrale.
SMI: Soies de la membrane Inter¬
calaire.
S S : Soie sensorielle.
St : Stipes.
St a : Stigmate antérieur.
St p : Stigmate postérieur,
t : Tendon.
T : Tentorium.
T B S : Tentorium branche supérieure
T B 1 : Tentorium branche inférieur*"
Trc : Trachée.
T St : Trace de stigmate.
Z sc : Zone sclérotisée du bouchon
Source : MNHN, Paris
PIÈCES
UCCA1.ES larvaires des rhagionidae
233
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Achevé d’imprimer le 15 janvier 1963.
Printed in France. j_ e Directeur-Gérant: Prof. E. Séouy
Pierre André, imp., 244 boulevard raspail, Paris 14,
Dépôt légal : 1" trimestre 1963.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RIIAGIONIDAE
Planches
Source : MNHN, Paris
PLANCHE I
Chrysopilus auratus
Fia. 1. — Coupe transversale de la tête au niveau des phragmes paraclypéaux.
Fio. 2. — Coupe transversale de la tête passant postérieurement aux phragmes para¬
clypéaux.
Fia. 3. — Stigmate antérieur.
Fio. 4. — Stigmate postérieur.
Fio. 5. — Vue dorsale de la partie sclérotisée (plancher) du cibarium-pharynx et de
y J?o P . 6. — Vue dorsale de la tête. Les complexes mandibulo-maxillaires sontei
de repos.
Fio. 7-8. — Coupes transversales passant à deux niveaux successifs du labium.
n Position
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tonie XXVII.
PI. I
Source : MNHN, Paris
PLANCHE II
Chrysopilus auratus et Vermileo oermileo
Fio. 9-11. — C. nuralus. 5* segment abdominal. 9 : Vue dorsale. 10 : Vue ventrale.
11 : Vue latérale.
Fio. 12. — V. vermileo. Vue latérale du premier segment abdominal.
Fio. 13. — C. auratus. Vue ventrale de la région terminale de l'abdomen.
Fio. 14.— V. vermileo. Vue dorsale delà région antérieure de la tête. Les complexes tnan-
dibulo-maxillaires sont en position de repos.
Fio. 15. — V. vermileo. Stigmate postérieur.
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i ! ï«
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tonie XXVII.
PI. II
Source : MNHN, Paris
PLANCHE III
Chrysopiltis auratus
Fxo. 16. — Coupe transversale de la tête passant par la zone intermédiaire entre le
cibarlum-pharynx et l’œsophage.
Fio. 17 — Coupe transversale de la tête au niveau des phragmes paraclypéaux.
Fio. 18. — Coupe transversale de la tête passant par le point de confluence des deux
bâtonnets tentoriaux.
Fio. 19. — Coupe transversale de la tête passant par le ganglion frontal.
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PI. III
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PLANCHE IV
Chrysopilus auralus
Fio. 20-21. — Coupes transversales successives, un peu obliques, intéressant l’ensemble
des pièces buccales.
Fif. 22. — Partie d’une coupe transversale entre les deux précédentes.
Fio. 23. — Coupe transversale de la capsule céphalique à un niveau légèrement pos¬
térieur aux phragmes paraclypéaux.
Fio. 24. — Partie d'une coupe transversale passant par un niveau légèrement posté¬
rieur à celui de la fig. 21.
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PI. IV
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PLANCHE V
Chrysopilus auratus
Fig. 25. — Coupe transversale de la tête passant dans la région antérieure des phragmes
paraclypéaux. ^ ( - oupes transversales successives passant par la mandibule, le labre et le
labium.
Fio. 29. — Coupe transversale passant
basal de la mandibule.
niveau de la partie postérieure de l'article
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PI. V
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VI
Chrysopilus auralus
Fio. 30. — Coupc transversale passant par le ganglion frontal.
Fio. 31. — Coupe transversale passant pratiquement dans le plan médian de la tête.
Fio. 32. — Coupe transversale de la tête au niveau de la zone intermédiaire entre le
cibarium-pliarynx et l’oesophage.
Fio. 33. — Coupe légèrement postérieure à celle de la fig. 30.
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PI. VI
Source : MNHN, Paris
PLANCHE VII
Rhagio scolopaceus
Fio. 34. — Eléments squelettiques de la capsule céphalique.
Fio. 35. — Vue ventrale de la région antérieure de la tête. Les complexes mandibulo-
maxillaires sont en position de repos.
Fio. 36. — Vue ventrale de la région terminale de l’abdomen.
Fio. 37-39. — 5* segment abdominal. 37 : Vue ventrale. 38 : Vue latérale. 39 : Vue
dorsale (à la place de RL lire BL).
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PI. VII
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PLANCHE VIII
Rhagio scolopaceus et Chrysopilus auratus
Fio. 40-42. — C. auratus. Coupes transversales, un peu obliques, passant par des
" IVe Kio X 43? Si R. scolopcêus. Vue dorsale de la tête. I.es complexes mandibulo-maxü-
U^son^enp^itlon e repos-vue ventrale ()e !a région antérieure de la larve. Les com-
Ple ^o| n 45^^ U ^*èo*opoc«is. S Vue < dorsale*de la caS^Dhallque montrant les muscles
qUi Fw!'46?47— il?sco/opacèus^Coupes'trans^érsales'du^abr^à deux niveaux successifs.
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome XXVII.
PI. VIII
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
Source : MNHN, Paris
PLANCHE IX
Rhagio scolopaccus
Fio. 48. — Partie d’une coupe transversale montrant la crête interne postérieure de la
plaque dorsale.
Fio. 49. — Coupe transversale, oblique, de la région antérieure des pièces buccales.
Fio. 50. — Coupe transversale de la tête passant pratiquement dans le plan médian
Fio. 51. — Coupe transversale de la tête passant au niveau des muscles pharyngiens"
Fio. 52. — Coupe transversale de la tête au niveau des phragmes paraclypéaux.
Fio. 53. — Coupe transversale à un niveau légèrement antérieur à celui de la iig. 52
passant par les palpes labiaux. ' *
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PI. IX
Source : MNHN, Paris
PLANCHE X
Rhagio scolopaceus
Fio. 54. — Partie d’une coupe parasagittale de la tôle montrant la région postérieure
du cibarium-pharynx.
Fio. 55. — Partie d’une coupe transversale [lassant au niveau du ganglion frontal.
Fio. 56. — Coupe transversale de la tête passant dans la région antérieure des phragmes
paraclypéaux.
Fio. 57. — Partie d’une coupe transversale de la tête au niveau du ganglion frontal
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PI. X
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PLANCHE XI
Iihagio scolopaceus
Fio. 58. Partie d'une coupe sagittale de la tête montrant le labre, l'hypopharvnv
et l’orifice salivaire.
Fio. 59. — Coupe sagittale du labre.
Fio. 60. — Coupe transversale du labre et du labium.
Fio. 61. — Coupe transversale du labre à un niveau antérieur à celui de la fin...
précédente (flg. 60). gure
Fio. 62. — Coupe parasagittale de la tête montrant la position du cerveau par rannnr*
à la capsule céphalique. t'port
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PI. XI
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PLANCHE XII
Rhaglo scolopaceus
Fia. 63. — Coupe transversale de l’article basal de la mandibule.
Fia. 64. — Coupe transversale de la tête au niveau de la confluence des deux canaux
salivaires.
Fio. 65. — Coupe transversale de la tête intéressant l’ensemble des pièces buccales.
Fio. 66. — Coupe transversale de la tête passant juste après les phragmes paraclypéaux
u niveau de l’union de la partie sclérotisée (plancher) du cibarium-pharynx et de l’nypo-
pharyn:
h. 67. — Le crochet mandibulaire.
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PI. XII
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PLANCHE XIII
Vermileo oermileo
Fio. 68. — Vue dorsale de la capsule céphalique montrant les muscles qui ont leur
insertion sur la plaque dorsale (à demi-schématique).
Fio. 69. — Coupe transversale de la tête passant par la zone intermédiaire entre le
cibarium-pharynx et l’œsophage (pharynx).
Fig. 70. —- Partie d’une coupe transversale de la tête passant a un niveau postérieur
aux phragmes paraclypéaux.
Fio. 71. — Coupe transversale de la tête, un peu oblique, passant par la région anté¬
rieure des phragmes paraclypéaux.
Fio. 72. — Partie d’une coupe transversale de la tête passant pratiquement dans le
plan médian de la tête.
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PLANCHE XIV
Vermileo vermileo
Fig. 73. — Coupe transversale de la tête montrant la confluence des branches infé¬
rieures du tentorium.
Fio. 74. — Stigmate postérieur.
Fig. 75. — Coupe transversale passant dans la région médiane de la tête.
Fig. 76. — Coupe transversale du labre.
Fio. 77. — Coupe transversale passant par le ganglion frontal.
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome XXVII.
PI. XIV
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
Source : MNHN, Paris
PLANCHE XV
Vermileo oermileo
Fia. 78. — Coupe transversale passant par la région médiane de la tête. (Coupe pos¬
térieure à celle de la PI. XIV, fig. 75).
Fig. 79. — Coupe transversale passant à un niveau légèrement postérieur à celui du
ganglion frontal (PI. XIV, flg. 77).
Fio. 80. — Coupe transversale de la tête passant dans la région antérieure des phragmes
paraclypéaux.
Fia. 81. — Coupe transversale au niveau de l’épaississement du bord postérieur delà
plaque dorsale.
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PI. XV
PIÈCES BUCCALES LARVAIRES DES RHAGIONIDAE
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PLANCHE XVI
Vermileo vermileo
Fio. 82-83. — Coupes transversales de la tête à des niveaux successifs tantéripur».. »
celle de la PI. XIV, flg. 75). v eUres à
Fio. 84. — Partie d’une coupe transversale au niveau de la pompe salivaire.
Fio. 85. — Coupe transversale à un niveau légèrement antérieur à celui de la PI. XV
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série A. Tome XXVII.
PI. XVI
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Source :.