MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SERIE
Série A, Zoologie
TOME XXXVIII
FASCICULE UNIQUE
Jean M. GAILLARD
' ASPECTS ÇUALITATIFS ET ÇÜANTITATIFS
DE LA CROISSANCE DE LA COÇUILLE
DE CUELQUES ESPÈCES DE MOLLUSÇUES PROSOBRANCHES
EN FONCTION
DE LA LATITÜDE ET DES CONDITIONS ÈCOLOGIQÜES
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Salnt-Hilalre (V«)
1965
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source ; MNHN, Paris
1^-Ack
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME XXXVIII
FASCICULE UNIQUE
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilairp (V«)
1965
Source : AlfJHW, Paris
Source : MNHN, Paris
MÉMOmES DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
Série A. Zoologie. Tome XXXVm. Fascicule unique.
, ASPECTS ÇUALITATIFS ET ÇUANTITATIFS
DE LA CROISSANCE DE LA COgUILLE
DE gUELgUES ESPÈCES DE MOLLüSgUES PROSOBRANCHES
EN FONCTION
DE LA LATITUDE ET DES CONDITIONS ÉCOLOGigUES
par Jean M. GAiLL.\Rn
INTRODUCTION
Ce travail, entrepris sous l’impulsion de Monsieur le Professeur E. Fis¬
cher et sou.s le patronage de Monsieur le Professeur M. Prenant, avait
pour but initial d’examiner les facteurs du milieu extérieur déterminant
l’aire de répartition d’un certain nombre d’espèces de Mollusques Gas¬
téropodes Prosobranches, la localisation de leurs populations à l’intérieur
de cette aire et l'état de prospérité de ces populations. 11 répondait au
programme établi, dès 1937, par E. FiscHEB-PiErrE. Ce dernier, pensant
aux recherches expérimentales qui devraient faire suite aux travaux d'éco¬
logie descriptive de la zone de balancement des marées, dont la réalisation
était très avancée, écrivait alors : « Dans l’étude explicative de la distribu¬
tion des organismes littoraux sessiles, une des méthodes de travail les
plus indiquées m’a toujours paru être la suivante : chercher à savoir comment
les diverses qualités du milieu agissent sur les divers éléments du cycle
vital de chaque espèce : arrivée et fixation des larves, densité des popu¬
lations fixées, vitesse de croissance, coefficients de mortalité à divers moments,
âge et taille des individus matures, dates de ponte, longévité, etc... »
Restreint, quant aux espèces, à celles dont l’abondance permettait des
recherches comparatives sur un nombre suffisant de stations et des recherches
expérimentales portant sur des lots suffisamment importants, ce sujet était
extrêmement vaste quant aux questions posées. Une partie seulement en
a été conservée. Il n’est évoqué ici que pour indiquer dans quel cadre général
et dans quel esprit se situe le programme réellement envisagé.
Parmi l’ensemble des caractères qui permettent d’apprécier la « pros¬
périté » des espèces un choix a donc dû être fait. La croissance de la coquille
a été choisie en premier lien, car elle présente un aspect dynamique que
Source : MNHN, Paris
.IICAN M. GAILLARD
Q’ont pas certains élémonls tels que la taille courante, ou la densité des
populations. Elle possède .sur d'autres cléments le gros avantage de s'exprimer
en valeurs numérique.s facilitant les comparaisons entre espèces, régions
ou stations. Or le présent travail se veut essentiellement comparatif. Son
but est d’opposer des populations vivant clans des conditions écologique¬
ment dilîéreiites, qu’il s’agisse d’agitation ou de niveau cotirial, d’opposer
des populations vivant sur des points géographiquement aussi éloignés
que possible (pour un travail nécessitant des visites mensuelles sur chacun
des points étudiés). En cela, il cherche à répondre à une question que posait
F. ï3rach, en 1950, au Colloque international du C. N. R. S. sur l’Ecologie :
Les métabolismes d’espèces voisines appartenant à des communautés
arctiques, tempérées et tropicales, sont du même ordre de grandeur, non
pour les mêmes températures, mais pour Icîs températures moyennes des
eaux où elles vivent. En développant ce |)oint, M. Tiiorson a mis l’accent
sur un des points le.s plus importants de l’Écologie physiologique. Dans le
même ordre d’idées il serait intéressant de comparer le métabolisme dans
des populations d’une même espèce linnéenne, diversement situées latitu-
dinalemcul... »
Ainsi, étudiant la croissance d’un certain nombre d’espèces de Mol¬
lusques Prosobranches intercotidaux — une espèce de IMlorinidae et
quatre espèces de Trocliidae — ce travail se pro|)ose d’examiner l'inlluence
que jouent un certain nombre d'éléments du milieu, et en ])articulicr la
position en latitude, sur la vile.sse selon laquelle .se réaltse l’accroissement
de la coquille. L'étude en sera menée .sous plusieurs anglc.s, essentiellement
ceux de la valeur annuelle et du cycle saisonnier.
La longévité est le second a.spect de la prospérité des animaux qui a
été choisi. Cette donnée, que les recherches sur le rj'thrne de l’accroissement
en fonction de la taille des individus ont permis d'établir, a été examinée
comparativement aux éléments extérieurs du milieu et à la vile.sse de crois¬
sance elle-même.
Enfin, un aspect de la crois.sance, non quantitatif celui-là, a été abordé.
En effet, une des espèces, LUIorina saxalilis, possède à la fois une vaste
répartition géographique, une grande résistance à des conditions écologiques
variées et une énorme variabilité morphologique. Des expériences ont été
tentées, sur l’un des caractères morphologiques, pour établir ses relations
avec le milieu. Elles font l’objet de la quatrième partie de ce travail.
.Ainsi, le rôle du milieu sur la croissance de la coquille .sera successive¬
ment envisagé sous ses aspects quantitatif et qualitatif.
Préalablement à l’exposé de ce travail je liens à exprimer à Monsieur le
Professeur E. Fischer l'assurance de ma profonde gratitude. Sans sa
grande compréhension des problèmes posés par les recherches sur le terrain,
sans l’exemple de .ses méthodes cl de ses résultats, san.s les encouragements,
les conseils et la formation que je lui dois, je n'aurais en aucune façon pu
entreprendre ces recherches et moins encore les faire aboutir. F.n témoi¬
gnage de ma reconnais-sance je le prie de bien vouloir accepter la dédicace
de ce travail.
Source : MNHN, Paris
CHOISSANCE DE I.A COQUILI.E DES MOLLUSQUES
Je prie Monsieur le Professeur M. Prenant, qui ni’a fail le grand
honneur de bien vouloir accepter de patronner cette thèse et d'en présider
la soutenance, de croire à l'assurance de ma très sincère gratitude. Qu’il me
permette d’évoquer les précieux conseils dont il me fit bénéficier lors de
nos rencontres au cours des récentes années.
Monsieur le Professeur A. Franc m’a fait le très grand plaisir d’accepter
de faire partie du jury appelé à juger ce travail, je le prie de croire à l’assu¬
rance de ma très respectueuse et très vive reconnaissance. C’est à ses côtés
que j’ai souvent parcouru les grèves, bénéficiant de son inestimable expé¬
rience, à laquelle ce travail lui-même doit beaucoup.
Toute la partie expérimentale de ce travail a été réalisée au Labora¬
toire Maritime du Muséum à Dinard. Longtemps attaché à ce service, mais
appelé à d’autres fonctions lorsque j’ai entrepris ma thèse, je dois beaucoup
de reconnaissance à Monsieur le Professeur R. Heim, Membre de l’Institut,
Directeur du Muséum, ainsi qu’à Monsieur R. Lami et à Mademoiselle
M.-L. Priou, Directeurs adjoints, de m'avoir, par la suite, laissé aussi libre¬
ment user des possibilités de leur Laboratoire.
Je n’aurai garde d’oublier tout ce que je dois aux Directeurs des Stations
et Instituts Maritimes qui m’ont si largement et si souvent ouvert leurs
portes chaque fois que mes expériences périodiques se déroulaient dans
leurs secteurs côtiers respectifs. Je prie Monsieur le Professeur R. Defretin,
Directeur de l’Institut de Biologie Maritime et Régionale de l’Université
de Lille, à Wimereux (Nord), Monsieur le Professeur G. Teissieb, Directeur
de la Station Biologique de l’Université de Paris, à Roscoff (Finistère),
Monsieur P. Barriety, Directeur du Centre d’Études et de Recherches
Scientifiques, à Biarritz (Basses-Pyrénées), Monsieur P. Jovet, Directeur
du Laboratoire du Muséum intégré à ce Centre, d’accepter mes très sincères
remerciements pour les facilités que j’ai trouvées dans leurs établissements.
Il n’est pas un de ces Laboratoires, où, parmi les chercheurs et le personnel,
je n’ai trouvé l’appui de conseils, en particulier pour le choix des stations
convenant à mes expériences, et bien souvent une aide amicale pour les
récoltes d’animaux. Je leur en exprime mes bien sincères remerciements.
Les déplacements sur le littoral ont été réalisés avec l’appui de sub¬
ventions du Centre National de la Recherche Scientifique. Sans ces der¬
nières le programme prévu n’aurait pas pu être réalisé. Je me plais à souligner
cette contribution.
Source : MNHN, Paris
4
JKAN .M. GAILLARD
HISTORIQUE
Une mise au point des connaissances acquises sur la croissance chez
les Mollusques est donnée par Wilbur et Owen (dans le Traité de Phy¬
siologie des Mollusques publié sous la direction de Wilbur et Yonge (1964).
Toutes les questions de formation de la matière coquillièrc, de métabo¬
lisme de cette formation, de méthodes d’études, d’aspect géométrique ou
allométrique de la croissance seront donc exclues de l’exposé qui suit (I)-
Pour plus de clarté, le présent historique, ainsi limité aux relations
existant entre la croissance de la coquille et le milieu, a été subdivisé en
deux parties.
La première partie a trait à l'aspect ({uantitatif de lu croissance;
elle comprend deux exposés. Dans le premier, se trouvent, par ordre
chronologique (2), les comptes rendus des publications traitant de la
croissance de la coquille des Mollusques Gastéropodes Prosobranclies;
dans le second, aux travaux précédents ont été associées des publications
traitant d'animaux d’autres groupes, vivant dans une situation écologique
trop proche de celle des Prosobranches pour qu’il soit possible de les ignorer.
Ce second exposé est subdivisé en rubriques traitant chacune d'un élément
particulier du milieu : température, niveau cotidal, cycle saisonnier, etc...
La .seconde partie regroupe, dans l'ordre chronologique, les résultats
des travaux ayant trait à l’aspect qualitatif de la croissance de la coquille
des Mollu.sqiies (phénomènes allométriqiies exceptés).
1. — Aspect quantitatif de la croissance de la coquille des
Mollusques
a) Travaux corjcernanl la croissance de la coquille des Gastéropodes Prosobranches
Pelskneer a établi, en 193.5, dans son « Essai d’Éthologie Zoologique ».
un tableau des données alors connues sur la vitesse de la crois.sancc chez
les Mollusques. Le nombre des publications était extrêmement réduit, aussi
il n’a pas paru inutile de reprendre ici certains des résultats déjà cités par
cet auteur. Cela permettra de faire leur compte rendu dans le sens plus
particulièrement éeologiiiuc du présent travail.
(1) Pour ce qui conccrtic l’aspect (lUcotiliiiu de lu cruissancc qui sc miinireste par
l'alternance de périodes d'accroIsscmcnt en surface et de périodes d'nccrolsscmenl en
épaisseur consulter les travaux de P. Uracii (10S3), Mackbnzik (lOlil), ainsi que la
récente thèse de M®* G. Gostax (Paris) (Aspects cycliques de la morphoBenèse de la
coquille d'un Gastéropode Prosobranche. Pissfia parva oa Costa). — Une étude détaillée
de lu croissance allométrique de dllTércntes espèces de coquilles patetllfornics a été donnée
par Hamai (1937).
(2) l.c rapprocheraenl de quelques travaux trullanl de sujets voisins a parfois obllflé
à abandonner cet ordre chronoloBique.
Source : MNHN, Paris
CROISSAXCI-: DK LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
Husski. (1909) signale qu’en Écosse la croissance de Palella vulgala
est surtout estivale; plus modérée en automne, elle demeure cependant,
à cette saison, supérieure à celle de l’hiver ou du début du printemps.
Sewell (1924), aux Iles Nicobar, étudie le rythme de la croissance de deux
espèces de Littorines pendant les premières années de leur existence, éta¬
blissant ainsi une longévité minimale de quatre, voire cinq années. Orton
(1928 b et c) note que la croissance de Palella vulgala a lieu, au Devonshire
et en Cornouailles, au printemps et au début de l’été, qu’un ralentissement
intervient au milieu de la saison la plus chaude, suivi, à l’automne, d’une
seconde période de croissance (moins nettement établie). Ce. n’est que chez
les jeunes que la croissance est continue toute l’année avec seulement un
ralentissement au cœur de l’été et au cœur de l’hiver. Les données rapportées
par Russel (1909) indiquent que dans une région, plus septentrionale que
celles étudiées par Orton, l'arrêt hivernal se prolonge jusqu'à un démarrage
plus t,irdif après l’hiver. Orton, comme Russell, observe un arrêt de la
croissance chez Palella vulgala lorsque la coquille atteint 25 millimètres:
cet arrêt correspondrait à une étape du développement sexuel. lIuMniREv
et Macy (19.30) établissent que les dimensions moyennes de deux espèces
de Littorines vivant en cuvettes vont en augmentant avec le niveau cotidal
et varient donc dans le môme sens que la salinité, la teneur en oxygène et la
température, mais les auteurs ne précisent pas si cette taille supérieure est
«lue à une croissance plus forte ou à une vie plus longue. Fraser (1931)
étudie les relations existant entre la taille et la température chez Urosal-
pinx cinerea et constate que la taille est d’autant plus grande que la tem¬
pérature est plus basse. Fbderighi (1931) observe qu’à Woods Hole cette
espèce atteint une taille plus grande qu’à Beaufort (Virginie) et Norfolk
(Caroline du Nord).
Fklsknkkr (1931) établit l’àge des animaux de diverses tailles de
Gibbula urnbilicalis à Wimereux. Selon Coe (19.36 et 1942) les Crepidula
fornicala des côtes de Nouvelle-Angleterre ont une croissance plus rapide
durant les périodes de changement de sexe que durant les périodes de
fonctionnement sexuel. Cette espèce a une croissance ralentie en hiver tandis
que C. ontix et C. nummaria, plus méridionales, ont une croissance continue
tout au long de l’année. Coe note que la taille dilTère, à âge égal, selon les
dimensions du support; ainsi un support de surface réduite amène à une
forme naine. Moore (1937) établit les dinrensions atteintes par Lillorina
litlorea en un, deux, trois ou quatre ans, dimensions qui s’échelonnent de
I l à 27 millimètres, mais signale des animaux de 36 millimètres dont l’âge
pourrait être beaucoup plus important. Chez Purpura lapillus, Moore
(1938 a et b) constate que la croissance stoppe lorsque la maturité .sexuelle
est atteinte; les animaux ont alors une taille diiïérente selon les stations.
II n'y a plus ensuite qu’un épais-sissement de la lèvre de la coquille. Cet
arrêt de l’accroissement serait plus précoce chez les animaux se nourrissant
de Moules, ils auraient cependant atteint alors une taille supérieure à celle
des individus s’attaquant aux Ralanes, ce qui indique une croissance plus
rapide.
IIa-iton (1938) expérimente sur Palella vulgala. II remarque que la
croissance est plus rapide dans les stations polluées mais qu’elle est aussi
favorisée par les vagues et surtout par les courants. Elle est plus forte aux
'biveaux inférieurs. 11 n’y a pas de cycle saisonnier pour cette espèce dans la
Source : MNHH, Paris
.JI;AN M. GAll.LARI)
Baie de Saint-Malo, ce qui oppose ce résultat à ceux de Russkl et Orton
qui constataient l’un, à Glasgow, une accélération estivale, l’autre, à Ply*
moutli, une accélération printanière, suivie d'un arrêt estival. D'après les
vitesse.s de croissance qu'il a notées Haiton estime que les animaux de
23 millimètres pourraient avoir environ 16 ans. A la suite de nouvelles
observations FisciiKR-PiErn-: (1939 et 1911) confirme la conclusion de
Hatton, précisant que cette longévité est valable pour la côte ouverte,
que dans un secteur battu elle serait plus faible, et plus réduite encore dans
un domaine pollué. De ses ob.servations, il ressort que la vitesse de la crois¬
sance et la longévité varient selon le milieu et qu’elles varient en sens inverse
l’une de l’autre, que la croissance se poursuit durant toute l’existence des
animaux et que, lorsque l’accroissement est rapide, il l’est jusqu'à la fin de
la vie. Cette croissance est par ailleurs régulière, sans à-coups saisonniers.
(Par contre les observations ont montré que la croissance de Palella aspera
n’est active que de fin janvier à septembre.) Les courants et la présence
de matières organiques sont des éléments favorables à la croissance, l'-n c®
qui concerne, le niveau cotidal FiscnER-PiKrrE note une croissance équi¬
valente pour Paklla viilgala à 7,5 et à 2,5 mètres au {lessus du zéro; toute¬
fois les animaux du niveau inférieur atteignent une taille-limite légèrement
supérieure. Le même auteur (1943) envisage l’éventualité que la croissance
rapide des Patelles du milieu d’estiiairc ne soit l’indice d’un développement
purement végétatif, sans reproduction, et ne doive être opposée à la crois¬
sance lente, accompagnée du mûrissement des éléments reproducteurs, qu*?
l’on rencontrerait dans d’autres domaines écologiques. Lxaminant les ani¬
maux dans ce sens il constate : a Leur remarquable croissance somatique
s’accompagne d’un développement proportionné du tissu reproducteur. »
C’est dans le même esprit que Fischer-Piette (194G) vérifie que la crois¬
sance plus rapide de la coquille ne se fait pas au détriment de l'épaisseur
de celle-ci « ainsi la rapidité de leur croissance n’cmpéche pas les individus
de Port-Saint-llubert d’être, dans leur constitution, parfaitement normaux
à tous points de vue. .Simplement le film de leur existence sc déroule à une
vitesse accélérée, et avec un métrage supplémentaire puisque la taille fina
e.st bien plus grande « et l’auteur ajoute « j’ai attribué cette extraordinaire
jirospcrité des Patelles d'estuaires non au facteur n dessalure " mais au
facteur « richesse du milieu en matières organiques ». ,
B. S. Kisch (1951) est te témoin d’une expérience .sinon naturelle
moins involontaire. Le réscr\’oir de l’Aquarium de Biarritz ayant été vi
et nettoyé, i'aiilenr assiste à la réinstallation d’un certain nombre d espec
(Lillorinidae et Troebidae) et peut ainsi suivre leur croissance.
North (1954), constatant les tailles différentes atteintes par des P®P ^
lations de IMlorina planaxix et Liltorina sctilulala, réali-se des essais don ^
résultat extrêmement positif met en évidence la moindre résistance
l'arrachement des animaux de grosse taille. Il explique ainsi la taille sup
rieiire atteinte par le.s animaux des points calmes.
Wai.nr (1956) note au sujet de Crepidiiln fnrnirala que la
a lieu de mars à septembre et démarre lorsque la température de e
dépasse 8®C mais s’arrête en automne alors que l’eau a encore 15 ®C. yîjjgj
tilativcmciit la moitié de la crois.sance annuelle e.st réalisée en juin et
GuNTF.li (1957) dan-s le -iTreatise on marine F.cology and
généralise (sans donner de références particulières sur le.s
i’opinion que les animaux à sang froid sont pins grands aux limites s p
Source : MNHN, Paris
cnoissANci-; dr la coquille des mollusques
Irionales île leur domaine, précisant que ces organismes grandissent plus
lentement clans les mers froides, arrivent plus tard à maturité, et vivent
plus longtemps.
Hancock (1959) constate qu’[/rosa/ptrii cinerea grossit plus vite en
se nourrissant de Mifa que de toute autre nourriture, que le taux de crois¬
sance diminue si des Huîtres et des Balanes sont consommées et baisse encore
s’il s’agit de Moules. Sur les côtes de l’Essex et sur les côtes Nord-Est du
Kent la croissance est interrompue de septembre à avril.
Cnisp et Fischer-Piette (1959) notent pour Gibbula umbilicalis
que les exemplaires de la côte basque sont plus petits que ceux des côtes
de l’Atlantique situées plus au Nord, observation que le second auteur étend
à la Bretagne en 1963.
Mackenzie (1961) étudie la croissance du Muricidae, Eupleiirn caudata,
prédateur d’huitres de la côte atlantique américaine. Dans celte espèce la
coquille est ornée de varices. D’après les observations qui ont pu être faites
ces varices ne seraient pas annuelles. Certaines années aucune ne se forme
tandis que d’autres années il en apparaît deux. Dans cette espèce la crois¬
sance s’achève à la maturité sexuelle.
Behhy (1961) établit sur Lillorina saxatilis, dans l’estuaire de la
Tamise, que la crois.sance semble plus rapide aux niveaux supérieurs. Il
suppose que, de ce fait, la maturité .sexuelle doit y être plus précoce. Mais
il faut noter que les animaux de la zone supérieure bénéficient, dans cette
station, de l’abri contre la dessication que leur olTre une couche épaisse
de galets; ceux du niveau inférieur étant sur une couche notablement moins
épaisse n’ont pas la même possibilité de trouver un milieu humide, c’est
là un cas particulier.
Wyatt (1961) note la présence d’anneaux de croissance chez Calypiraea
sinensis. Stohler (1962), projetant d’étudier la croissance d'OliveUa plicala,
passe en revue diverses techniques mais sa note préliminaire n’apporte
aucun résultat nouveau. Forster (1962) regroupe les résultats concernant
les relations entre la taille et l’âge chez Ilaliotis Inberculata mais n’apporte
aucune donnée écologique ou .saisonnière.
Gaillard (1963) et Williams (1964) signalent respectivement chez
Monodonla lineala et Liltorina Ullorea un ralentissement (voire un arrêt)
de la croissance pendant la période durant laquelle les animaux atteignent
la maturité sexuelle. Williams précise que ce phénomène est particuliè¬
rement marqué chez les individus de petite taille pour lesquels il se produit
pour la première fois. Dans ce travail l’auteur suit la croissance de IMtorina
Ullorea et de Gibbula uinhilicalis dans une station du Pays de Galles d’après
l’augmentation de la taille moyenne de chacune des générations successives.
Les ré,sullatssont limités parla confusion des générations au-delà de 3 ou 4 ans.
Leighton etBooLooTiAN (1963) font un historique des données connues
avant eux sur la croissance de dilTérenles espèces à'Haliolis (accroissement
en un temps donné, âge selon la taille, présence d’anneaux de croissance
dus à des arrêts de croissance saisonniers, ou à d'autres causes). Ils notent
que la préférence alimentaire va à certaines espèces de Phéophycées tandis
<iue d’autres espèces sont plus favorables à l’accroissement. L’apport nutritif
t^st une condition nécessaire mais non suffisante ; en hiver, dans certains
secteurs où les algues sont en abondance, il n’y a pas de croissance. Enfin,
PRANK (196.5) aborde l’étude de la croissance de trois espèces d'Acmaea
tRais sans apporter de données écologiques on .saisonnières.
Source : MNHU, Paris
8
JEAN M. GAILLARD
b) Travaux concernant les relations existant entre le milieu et la vitesse de crois¬
sance de la coquille chez les Mollusques et chez quelques autres organismes
intercotidaux (essentiellement les Balanes).
Le but do cet historique étant de pouvoir examiner comparativement
l’elTet des éléments du milieu sur la croissance des divers organismes étudiés,
ce compte rendu sera fait par rubriques concernant chacune un élément
de milieu particulier : Température, Latitude, Niveau cotidal, Agitation.
Nourriture, Pollution et teneur en matières organiques, Elîet de fr)ule.
Nature du substrat. Rythme des saisons seront ainsi examinés successi¬
vement. Enlin trois paragraphes regrouperont les données concernant
l’inlluence du cycle sexuel sur la vitesse de croissance, les aspects parti¬
culiers de la croissance, en poids ou en volume, do la coquille et les rapports
existant entre la vitesse de croissance et la longévité.
Température et latitude
Ortün (15)23) note que la croissance d’un groupe d'oursins du Spitzberg
semble se faire à une vitesse très comparable à celle d’organismes calcaires
d’Angleterre et non selon le r>’thme beaucoup plus lent auquel on se serait
attendu pour les pays de climat froid. Wuymouth et Thompson (1931),
qui étudient la croissance de Curdiu/n rorbis, précisent que les formes
nordiques (Alaska) s’opposent à celles du Sud (Californie méridionale) par
un démarrage de la croissance nettement plus lent, mais, en revanche, par
un déclin de cette vitesse de croissance beaucoup moins rapide. Les animaux
de ces populations atteignent, de ce fait, un plus grand i\ge et une taille
supérieure. Weymouth, Macmillin et Hich (1931), étudiant un autre
Lamellibranche, Siliqua palula, dans les mêmes domaines géographiques,
aboutissent à des résultats identiques. 1'’baser (1931) compare ((uant à lui
les dimensions atteintes par Urosalpinx cinerea en diverses stations de
Grande-Bretagne (Essex) et des États-Unis (Norfolk et Beaufort). H
constate que la taille moyenne est inversement proportionnelle à la tem¬
pérature des stations. Pour la même espèce, Fedicruhii (1931) signale que
les animaux de grande taille sont le résultat des faibles températures et des
faibles salinités. Moore (1931) oppose ses propres résultats concernant
la croissance de lialanus balanoides, obtenus à l’Ile de Man (34'' de Latitude
Nord), à ceux obtenus par Runnstromm (1923) à Herdia (60® de Latitude
Nord) et par Matton et I’isuher-Rieite (19.32) dans la Baie de Saint-Malo
(49° de Latitude Nord) et observe que les exemplaires des mers septentrio¬
nales croissent plus rapidement à leur propre température que les exemplaires
des mers plus méridionales ne le font, eux aussi, à leur propre température.
Newcombe (1936), puis Newcomue et Kus-SLim (19.36), étudiant chez
Mpa arenaria le rapport entre le poids de la coquille et la longueur de celle-
ci, ainsi que le rapport entre le poids de l'animal et sa longueur, <lans diverses
stations de la côte nord-atlanlique américaine, con.statent que ces rapport*
semblent liés à la température. Les animaux des stations les plus froides
(Baie de Fundy) ont une coquille plu.s épaisse tandis que, en contraste, je
poids du corps est plus grand dans les stations à climat plus chaud (Baie
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
(le Chesapeake). A taille égale, les coquilles de la Baie de Fundy sont deux
fois plus lourdes que celles de la Baie de Chesapeake, celles des côtes du
Maine et du Saint-Laurent se situant entre ces deux extrêmes. En eau
chaude, la croissance est plus rapide, mais la taille limite est plus petite.
Thorson (1936) étudie le taux annuel de croissance chez plusieurs Lamel¬
libranches du Groenland (Saxicava arclica, Mya truncala, Pecten groen-
landicux, Modiolaria discors et Aslarle borealis). En le comparant avec
celui d’espèces moins septentrionales il conclut : « It must therefore be
assumed that lhe bottom Invertebrates in the Northeast Greenland seas
will on the whole hâve a slow growth, a long life and a late maturity.»
Ce qui correspond tout à fait aux observations de Weymouth rapportées
plus haut. CoE (1942) indique que les Crepidula de Californie ont une crois¬
sance continue tout au long de l’année tandis que les espèces du même
genre, de répartition plus septentrionale, ont un arrêt hivernal. Dehnel
(1956) compare la croissance de Mylilus californianus en Alaska et en
Californie; la croissance est plus rapide dans la station méridionale. Mais
la population de Californie se trouve immergée plus longtemps, les propor¬
tions du poids de l’animal au poids de la coquille sont plus importantes
dans cette population. Faisant état de ces corrections. Dehnel conclut
que, pour une même durée d’immersion, un même poids de matière vivante
sécrète une mas.se coquillière identique dans les deux régions considérées,
montrant ainsi une compensation naturelle aux dilTérences de milieu.
Niveau cotidal
IvG niveau occupé par les animaux intervient directement de deux
façons; d’une part, en réglant la durée de l’exondation, dont les effets sont
atténués par l’agitation et les embruns ou accentués par l’ensoleillement,
d’autre part, et du fait de cette exondation, en augmentant ou réduisant
le temps que les animaux peuvent consacrer à leur alimentation, voire à
d’autres fonctions physiologiques. Enfin, le niveau intervient indirectement
en commandant d’autres caractères tels que la température, la salinité, la
teneur en oxygène et le degré de variabilité de chacune de ces caracté¬
ristiques physico-chimiques.
Stephen (1928 et 1929) note pour Tellina tennis une croissance plus
rapide pour les animaux de niveau supérieur. Coulthard (1929) observe
une croissance plus rapide pour des populations de Mylilus edulis immer¬
gées de façon continue. IIumphrey et Macv (1930) constatent que le volume
individuel moyen des Littorines de deux espèces vivant en cuvettes croît
avec le niveau cotidal. Newcombe (1935) note que la vitesse de croissance
de Mya arenaria varie dans le sens inverse du niveau cotidal. Moore (1935)
constate que pour Üalaiins balanoides, tandis que le niveau optimum, en
ce qui regarde la croÉssance, se situe toujours au niveau inférieur sur les
points battus, il devient par contre de plus en plus élevé au fur et à mesure
que les animaux vieillissent, sur les points abrites. Hatton (1938) sur cette
même espèce et sur Chlhamalus siellalus note une fixation plus forte vers le
bas que vers le haut, il observe de même, pour les jeunes, une croissance
plus forte vers le bas ; mais, lorsque les animaux deviennent plus âgés, il se
Source : MNHN, Paris
10
JEAN M. GAILLARD
produit une inversion : longévité et croissance deviennent plus fortes vers
le haut. Ce même auteur noie une croissance plus rapide aux niveaux infé¬
rieurs pour Palella oulgala.
I>es observations de Kkegkr (1940) sur CnrÉfiiim edule lui permettent
de noter que la croissance est favorisée par la durée de l’immersion. C’est
aussi la conclusion de Graham et Gay (1945) qui, de même que Coulthard,
notent que la croissance de Mtjlilus edulis est plus rapide en immersion
continue que dans le domaine intercotidal. Par contre, Quavle (1952)
aboutit pour Venerapis pullaslra au môme résultat que celui que nous
notions plus haut pour Tellina lenuis (Stephen, 1928 et 1929); la crois¬
sance de ces espèces est plus forte au niveau supérieur.
Les données établies par Moore et Matton sur l’inversion intervenant
dans la localisation cotidale des conditions optimales de la croissance des
Balanes sont reprises par Barnes et Powei.l (1953) qui constatent que,
après une période de croissance plus rapide dans les régions toujours sub¬
mergées, les Balanus balanoides ont une croissance supérieure dans les
régions plus élevées : le résultat en est une taille identique pour les animaux
des diverses populations lorsqu’ils ont approximativement deux ans.
Barnes (1956) constate qu’en transférant des Clühamalus slellaliis d’une
station intercotidalc, à ta face inférieure de flotteurs, c’est-à-dire en position
d’immersion continue, il obtient d’abord une accélération de la croissance
à laquelle succède un retour au rythme normal.
Mason (1957) note que Peclen maximus a une croissance plus rapide
en eaux peu profondes.
Berry (1961) constate que la croissance de IJIlorina saxalilis est plus
rapide au niveau supérieur. Néanmoins cet auteur précise que les conditions
locales permettant aux animaux des niveaux élevés de bénéficier d’une
protection contre la dessication, cet aspect doit être à l’origine de la meil¬
leure croissance à ce niveau.
Agitation
Moore (1935) constate que les mouvements de l’eau favorisent la crois¬
sance de Balanus balanoides. IIatton (1938) confirme cette prospérité de
Balanus balanoides aux points agités et constate, <lc plus, que pour Palella
vuhjala la densité est plus forte et la croissance plus rapide aux points battus.
FiscHER-Pii-riTE (1939 et 1941) confirme ces observations et ajoute que la
croissance de Palella aspera est, elle aussi, favorisée par les courants. Ce
même auteur (1937 et 1941) note que Balanus perforalus qui peuple surtout
les points où régnent vagues et courants y bénéficie d’une croissance plus
rapide que dans les stations normalement exposées.
SwAN (19.52 a et h), etudiant la croissance de Mpa arenaria de stations
sableuses dans lesquelles l'eau est bien renouvelée et celle d’animaux de
stations vaseuses où ce renouvellement se fait moins régulièrement, constate
que la crois-sance est plus rapide dans les premières. Il reprend l’hypothèse
de certains de ses prédécesseurs qui mettaient ce fait en rapport avec une
meilleure alimentation due à ce renouvellement de l’eau. Loosanoff et
Kngi.e (1917) énoncent, à l’opposé, une condition de «non-excès» de In
teneur en plancton ou en matières en suspension dans l’eau, le franchis-
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE UES MOLLUSQUES 11
semcnl de certains seuils d’abondance étant léthal. Barnes et Barnes
(1954) mettent aussi en parallèle l’agitation, l’apport alimentaire et la
croissance accélérée qui en résulte pour les Balancs. Cbisp (1960), expéri¬
mentant in vitro, met en évidence l’effet accélérateur que le passage de
l’eau en courant ininterrompu peut avoir sur la croissance de Balanus
balanoides et le rôle important que peuvent avoir des différences minimes
dans la vitesse du courant.
Nourriture
D’après les observations de Moore (1936 et 1938) les Purpura lapillus
se nourrissant de Moules atteindraient la maturité sexuelle et l’arrêt consé¬
cutif de la croissance de la coquille à une taille plus grande que ceux vivant
sur Balanes. Smith (1940) fait une remarque du même ordre au sujet
d’/ls/cn'as forhesi qui grandit plus vite sur Moules que sur Huîtres. Selon
Kreger (1940) la croissance de Cardium edule est défavorisée par la pré¬
sence de végétaux (herbiers, algues) sur lesquels se déposent les débris,
ou par celle d’autres organismes filtrants tels que les Moules.
CoE et Fox (1942) notent pour Mijlilus californianus une corrélation
entre la vitesse de croissance et l’abondance en Dinoflagellés. lin aquarium,
selon la nourriture fournie, ces auteurs obtiennent une croissance nulle
ou une croissance plus forte que dans la nature. Toutefois, cette condition
n’est qu’une condition nécessaire, elle n’est pas suffisante pour assurer la
croissance; ainsi les températures supérieures à 20" sont néfastes à tout
accroissement. Les mêmes auteurs (1914) précisent que les deux maxima
annuels que présente la croissance de Mylilus californianus, au printemps
et au début de l’été d’une part, et en septembre d’autre part, sont contem¬
porains de l’abondance des Dinoflagellés et de la période de reproduction
des Balanus tintinnabulim. Les Dinoflagellés et les larves de Balanes
agissent-ils par leur abondance sur la vitesse de croissance des Moules ou
bien sont-ils favorisés par un même caractère saisonnier du milieu ? A
l’inverse, les Diatomées présentent leur maximum d’abondance au mois
d’août alors que se situe le ralentissement momentané d( la croissance des
Moules. Pour Mija arenaria, Newcombe (1935) note par contre un paral¬
lélisme entre l’abondance et la vitesse de croissance. Mackenzie (1961),
comparant l’influence de régimes alimentaires quantitativement différents
sur le Prosobranche Euplenra caiidata, remarque une possibilité d’obtenir
in vivo une croissance supérieure à celle d’animaux libres.
CoE (1947) note, pour Tivela stiiUorum, que le ralentissement hivernal
de la croissance peut être en rapport avec la température, mais peut aussi
bien être dû aux tempêtes qui réduisent le nombre d’heures consacrées à
l’alimentation. Pour hîya arenaria, Swan (1952) constate que, dans les
points où le renouvellement de l’eau se fait bien, les animaux croissent
vite, ce qu’il rattache à un meilleur apport nutritif, tandis que dans les
stations vaseuses, où l’eau stagne davantage, la croissance est moins rapide
(c’est toutefois dans ces stations que la coquille réalisée est la plus épaisse).
Barnes et Barnes (1954) étudient la croissance chez plusieurs espèces
de Cirripèdes : Balanus balanoides, Balanus balanus et Balanus crenalus.
Pour l’ensemble de ces espèces l’accroissement est nettement lié à l’ali-
Source : MNHN, Paris
.lIvAN M. UAILLAKD
nientation, elle-mùine dépendante de l'agitation. L'arrél estival munientanc
de la croissance est, selon ces auteurs, en rapport avec un déficit dans l’apport
de nourriture. Barnes (1958) complète ces observations pour Verruca
slroemia.
Hancock (1959) constate que c’est en se nourrissant de Mya que les
llrosalpinx cinerea grossissent le plus vite et que la croissance devient
moins forte en passant aux Huîtres, aux Balaiies et enfin aux Moules. Les
observations de Smith et de Moore, citées précédemment, n’aboutissent
pas au môme ordre de valeur alimentaire pour ces divers régimes; il faut
toutefois noter que pour l’Astérie il s’agit d’ouvrir les Bivalves, pour Vro-
salpinx et Purpura de les perforer ce qui introduit une diversilication
supplémentaire à la valeur alimentaire propre.
Leighton et Boolootian (1963) réalisent un certain nombre d’expé¬
riences d’élevages sur Haliotis cracherodii. Ces travaux les amènent à
conclure que la croissance de cette espèce est plus rapide lorsque l’animai
broute certaines algues : Macrocyslis pyrifera, Peluttia fasligiala et Gigarlina
canaliculata, tandis que d’autres, telles que Egregia laevigala, qui ont
une moindre « productivité » ont néanmoins la préférence des animaux.
E. Fisciier-Piette (1935) a déjà signalé la préférence des Pourpres pour les
Ualancs alors que l’alimentation en Moules leur est de beaucoup plus favo¬
rable (il s’agit là de leur pullulation et non de leur croissance).
Pollution — Matière organique
Hatton (1938), puis Fischer-Pieite (1941) notent que Palella uulgata
s’accroît plus rapidement dans les stations polluées. Le second de ces auteurs
fait une observation semblable sur Mylilus ediilis dont la croissance s’effectue
six à sept fois plus vite dans les bassins à flot du port de Saint-Malo que
sur les rochers de la côte ouverte (mais à la présence de matière organique
s’ajoute l’effet d’une immersion continue). Dalanus perforalus, bien que
peuplant surtout les points agité.s, est favorisé dans sa croissance par les
conditions d’estuaire; de môme, Pomatoceros Iriqueler a une croissance
quatre fois plus rapide dans la Hance qu'à l’embouchure de celle-ci.
Nature du substrat
11 a été fait état des observations de Swan (1952) concernant le rôle
de l’agitation de l’eau sur la vitesse de croissance de la coquille de Myo
are/iaria. Doutant de l’hypothèse de ses prédécesseurs il élève, côte à côte,
dans une môme station, deux loLs d’animaux, l’un dans le sable local légè¬
rement vaseux, l’autre dans un mélange de vase, de graviers et de coquilles
brisées apporté d’une autre station. L’expérience inverse est réalisée dans
cette autre localité. De ces expériences parallèles, il ressort ijuc les animaux
élevés dans lu sable ont, dans les deux stations, une croissance plus rapide
que ceux élevés dans le mélange de vase et de gravier, quelles que soient
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQl’lLLK DES MOLLl'SQUES
13
les conditions d'agitation, de nourriture ou d’oxygénation puisque dans
chaque station celles-d ont été identiques pour les deux lots. L’abrasion,
rirrilabilité due aux irrégularités du milieu et ses effets sur la rétractibilité
du manteau et sur l'alimentation, la fatigue due aux mouvements rendus
plus difliciles, l'elTet physico-chiini(|ue dû au proche milieu sont mis
en cause.
Fol'le
Quelques ob.servations mettent l’accent sur le rôle important joué
sur la croissance des animaux par leur densité; en fait, il s'agit exclusivement
des très fortes densités.
Moore (193.')) note que les individus isolés de lialanus halanoides
ont une croissance plus rapide que celle des individus des populations
denses. Pur contre Kreoer (1940), qui constate que la présence de végétaux
susceptibles de retenir les détritus, ou d’animaux filtrant l’eau (Moules)
est nuisible à la croissance de Cardium edule, ne remarque pas que la densité
des coques elles-mêmes ait une action quelconque sur la vitesse de crois¬
sance. Fürbes et Cramiton (1942) obser\-ent l'elTet défavorable des fortes
densités de population .sur la croissance de Li/mnaea palustris, ils précisent
que les animaux ayant ainsi longtemps vécu en foule perdent toute aptitude
à recouvrer une vitesse normale d’accroissement, même lorsqu'ils retournent
à des conditions favorables. F.ludiant une population de Scrobicularia plana
lrè.s dense (mille individus au mètre carré), Green (1957) remarque que
très peu de jeunes se trouvent parmi cette population dont les animaux
ont une forte longévité. Il pense que cette forte densité empêche l’instal¬
lation des jeunes. Ciusr (1960) compare la croissance des Balanus balanoldes
isolés et de ceux faisant partie de populations serrées. Sa conclusion
s’éloigne sensiblement de celle de Moore citée plus haut. Pour lui, ces
animaux ont une croissance ralentie eu diamètre, mais une augmentation
compensatrice de la croissance en lunileur.
Cycle saisonnier
lîi ssELL (1909) étudie la croissance de Patclla vulgala en Ecosse, et
note que l’accrois-semcnt le plus rapide se fait en juin, juillet et aoiTt; il
y a rulenlissemciU en .septembre, accentuation de ce ralentissement en
octobre, puis période minimale en novembre et décembre. Ceci pour les
animaux les plus jeunes. Mais pour les animaux plus âgés la croissance se
limilc |aux trois mois de d’été. Orton (1928 h et c) reprend ces obser¬
vation au Devon et en Cornouailles et précise que la croissance a lieu au
printemps et au début de l’été, puis, après un ralentissement (ou arrêt),
au cours d’une seconde période de croissance (moins neltemenl établie)
à l’automne. Pour les jeunes cet auteur noie aussi un rythme dilîéreiit;
la croissance apparaît comme continue avec seulement deux ralentissements,
à la mi-été et à la mi-hiver. Le même auteur (1928 fl) remarque que la crois-
-MSmoiHES l,ll MlSÉI M, • ZlMlLCHlIE, t. XXXVIII. J
Source : MNHN, Paris
11
sance d'Oslren eduliH déinam; en avril iiuaiid la lenipéraLiiro di;])assc oU'I"'
(y ®C.) et lin scpteinl)re quand elle redescend en dessous de 57° !■' (12°).
Ces deux périodes de croissance encadrent la saison de reproduction. Cette
dernière prend place lorsque la température est supérieure à 6(J” (16°).
Quant à l'engraissement il a lieu lorsque la nourriture abonde et qu'il
n'y a ni croissance, ni reproduction. Stkpjikn (1929) note que Tellina
tennis ne se reproduit pas en hiver. llArroN et Fischer-Pietti-; (1952)
et Hattün (1938) établissent ijue dans la région de Saint-Malo lialantis
lialanoides s'accroît de février à juillet, tandis que Chlhamalus slellatns,
espece plus méridionale, s'accroît toute l'année, même à la saison la plus
chaude, le maximum se situant en automne. Powell (1953) note le ralen¬
tissement hivernal de la croissance de Balanus balanoides. Hahnes et
Barnes (1954) notent que la période maximale se situe au début de l'été
pour Balanus balanoides, Balanus crenalus et Balanus balanus. Selon
IUhnes (1956) l’arrêt serait hivernal pour Chlhamalus siellalus. linfin
Barnfs (1958) établit que la croissance de Vernira slroeinia est très ralentie
eu hiver.
Pour Paletla vulgala, alors que Russell (1909) et Outon (19'28 b et c)
avaient noté, respectivement, à Glasgow et à Plymouth, un arrêt hivernal,
plus ou moins prolongé, de l’accroissement, FiscnEH-Pii;rrE (1911) arrive
au même résultat que IIation (1938). Selon ces auteurs, dans la région
de Dinard, la croissance de cette espèce se poursuit toute l’année, .san.s
arrêt. Il en est de même pour Balella inlrrmedia (|ui ne manifeste pas
d'à-coups saisonniers. Par contre l'accroissement de l^alclla aspera est
.saisonnier et limité à lu période janvier-scptcnibrc.
Hamai (1935) indique que la cn)is.Hance de Alerelrix inerrlrix ne s'elTectiie
pas de la môme, façon tout au long de l’année. I''.u été et au printemps
l’accroissement est antéro-postérieur, en automne et en hiver il est dexlro-
senestre. Selon Khf.ukr (1919) la croissance de Cardium rtlule est surtout
défavorisée par les trop grands changements de Icinpéralure et de salinité.
FiscHKH-l’iRTriî (1941) étudie l’accroisseincut de Mijlilus ediilis, il oh.servc
une période de croissance rapide de la mi-avril à la mi-septembre cl une
période de croissance ralentie de la mi-septembre 5 la mi-avril. Cou et
Fox (1912) s'intéressent à la croissance de MiflUiis californianiis, notant
une croissance rapide durant les mois froids et une crtussance 1res faillie
en été. au-dessus <lo 20'’. Ainsi le cycle annuel peut être profondément
modilié lorsque la température estivale n'atteint pas ee. maximum. On n
alors, à cette .sai.son, à condition (pie la nourriture soit siillisanimenl abon¬
dante. une croissance très forte, qui s’établit à l’époque où le ininimiini
annuel est attendu. Oof, (1912) étudie différentes espèces de Crepidiiht
et constate que C. otvjx et C. niimmaria ont, en (Californie du Sud, une
croissance continue tout au long de l'auné-e tandis que (A fornirala, plus
septentrionale, a un nilentis-seuietiL litveraal de la croissance. Goe
i'ox (1944) reprennent l’étude de la croissance de Mulitiis ralifornianus
pendant plusieurs années; la vitesse de crois.sance présente deux pointe-’^
annuelles. Tune à la lin du printemps ou au début de l’été, est suivie, en
août, d’un ralenllssement, auquel succède, trois années sur quatre, h>
seconde accélénition (|iii précède le ralentissement de lin d’année. L’abon¬
dance en Dinoflagellés, la période d’abondance des larves du Girripede
Balanus lintinnahiiliim se produisent simiillancmcnt avec les sai.sons de
fort aceroisseinent des Moules. Ges organismes interviennent-ils coinn»'
Source : MNHN, Paris
r.ROISSANCK DE l.A COQUILLE DES MOLLUSQUES lÔ
alimenl, ou bien sont-ils sous le coup d’un même phénomène saisonnier?
Sur une autre espèce du genre Mijlilus, Mulilus edulis, CoE (19'15) remarque
que la baisse de température, entre septembre et décembre, est accompagnée
(i’un ralentissement de la croissance, mais que, par contre, l’accélération
de l'accroissement prend place en février alors que la température baisse
encore. Par ailleurs, pour cette espece, si de mars à juillet, température et
croissance chez les jeunes vont en augmentant, il ii’en est pas de même
chez les adultes dont la croissance se ralentit en avril-juin. Le même auteur
(1917), observant le parallélisme entre la vitesse de croissance et la tempé¬
rature pour Tioela sltiUorum, met en évidence que les froids sont accompagnés
de. mauvaises conditions de la mer, en particulier de tempêtes, qui réduisent
considérablement le temps <jue les animaux peuvent consacrer à leur ali¬
mentation. Il remarque qu’au mois d’août, alors que tes conditions de tem¬
pérature et d’alimentation sont favorables, les phénomènes sexuels sont
susceptibles de ralentir le rythme de l’accroissement de la coquille. C’est
une observation analogue que fait Quayle (1952) au sujet de Venerttpis
pullastra. Pour cette espèce le parallélisme entre température et vitesse
de croissance n’est valable que jusqu’au début de la ponte. A celle-ci corres¬
pond un ralentissement suivi d’une accélération estivale.
.SwAN (19.'52 a) conclut de ses |Observations personnelles sur Mya
arenaria, ainsi que de celles de ses prédécesseurs, que l’absence d’anneaux
de croissance indique une croissance continue tout au long de l'année tandis
que leur présence, lorsqu’elle n’est pas accidentelle, est signilicative d’un
arrêt saisonnier.
Pour Pe.clen maximus, Mason (1957) signale que la période d’accrois¬
sement s’étend du printemps jusqu’en décembre. Selon Walne (1956) la
croissance de Crepiêlula fornicala cesse de septembre à avril sur les côtes
de l’Esscx: alors qu’elle démarre lorsque la température de l’eau atteints®,
elle stoppe en auloinne bien (jiie l’eau ait 15®. Kristensen (1957) étudie
(’ardiiim ediile dans le Waddensec et note que la période de croissance
s’étend seulement sur le printemps et le début de l’été. Van der Spoel (1958
lit 19.59) étudie comparativement la croissance de la coquille de deux
espèces de Vivipariis. Chez ces Prosobranclies d'eau douce il constate
la présence d’anneaux de croissance hivernaux; ceux-ci n’étant pas uniques
pour chaque année il semble que cette période d’extrême ralentissement
de la croissance puisse être interrompue ])ar des reprises momentanées de
l’activité .sécrétrice. Celles-ci pourraient être en relation avec le fait que
ces animaux doivent affronter des variations des conditions physiques
(en particulier, de température) plus rapides que celles que les animaux
niarins ou intercotidaux ont à subir. Mancocic (19.59) et WvArr (1961)
établissent, respectivement pour Vrosalpinx cinerea (en Kssex et sur la
côte Nord-Est du KiMit) et pour CMlyplraea chinensix (à Elymouth), que la
eroi.ssance de ces espèces n’est active que de mai à septembre.
Un fait, établi expérimentalement par Loosanoef et Nomkjko (I9'19)
mérite une jilace à part dans l’énumération des résultats obtenus au sujet
du rôle de la température sur le cycle saisonnier de l'accroissement de la
coquille. lUudiant la croissance d'Oxirea oirginica, ces auteurs noient que,
dans celte espèce, l’arrêt de la croissance est hivernal (de décembre à mars),
mais que, si les animaux sont maintenus à une température supérieure à
Celle (lu point d’hibernation (élevage en eau de mer, chaude, courante)
la croissance se poursuit au coeur de l'hiver, en même temps d’ailleurs que
Source : MNHN, Paris
lü
.IKAN M. OAII.I.AKU
la spermatogenèse. (Cette expérience n’a pas été prolongée plus d'un mois.)
Ceci tend à montrer un elîel direct des températures limites et s'oppose
à la conception d'un rythme cal(|né sur celui des saisons mais sans rapport
direct avec les valeurs absolues de la température.
Cyiu.r sexuei.
Déjà, dans leur travail de 1949, Loosanoi--i-' et Nomkjko opposent
les travaux concluant à une influence, nulle ou positive, de l'élaboration
des éléments sexuels sur la vitesse de croissance, aux travaux concluant
à une iniluence nettement négative. Parmi les premiers se trouvent ceux
de RiiLniNG (1912) sur Venus merrenaria, de Hicldinu (19,31) sur Mt/a are-
naria et ceux de Coe (194.') et 1917) sur Mi/liliis ediilis dieijensis. Le travail
de LoosanoI'E et Nomkjko (19'I9) aboutit au même résultat : la crois¬
sance de Oslrea viryinica se poursuit « without dcfinite interruption » pendant
la saison de ponte. Il semble que la méthode d’examens mensuels de ces
ailleurs aurait permi-s de déceler un ralentissement éventuel. Dans le second
groupe se trouvent : Hi:ssel (1909) qui note un important ralentissement
de la vitesse de croissance au moment où les animaux atteignent leur
maturité génitale, Bei.I)Ing (1910) (pii, pour Pecicn irradians, note un ralen¬
tissement de la croissance à la saison de ponte, Nelson (1922) qui, pour
Oslrea vinjinica signale une croissance rapide jus(|u’à la ponle puis un
ralentisseinenL, Ükton (1928 n), qui reconnaît deux périodes de croissance
pour Oslrea edulis, au priulemps cl en automne, et note que celles-ci
encadrent la saison de reproduction, Mooke (1937) <]iii constate que Liltorinn
lillorea s’accroît ju.squ’à sa inalurité sexuelle, c'est-à-dire pendant les trois
premières années de son existence et précise qu'il n’y a plus ensuite qu un
épaississement du bord de l'ouverture. Moour (1938) aboutit à la même
conclusion pour Purpura lapilltis : arrêt de la croissance à la maturité
.sexuelle puis épaississemenl de la lèvre. Coe et lù)x (1912) signalent que lu
croissance se ralentit pendant la jinnle chez yiylilus californianus', uj *
épaississement du bord de la coipiillc se produit alors, épaississement qui
demeurera vi.sihle ensuite sous forme d'un anneau de croissance; cependant
i|ii’après la ponle une accélération momentanée de la vitesse d’accrois-
semeiit peut être notée.
Chez Crepidala, Coïc (1942) note une croissance plus rapide durant
les périodes de transformations sexuelles que durant les phases d'activité
sexuelle. Le incine auteur (1947) signale que, malgré la température et la
nourriture favorables, il y a en août un ralentissement de la croissance de
Tiiiela stnlloruin, atlrihuahle à une iniluence des phénomènes sexuels.
Hancock (1939) note aussi une liaison entre la ponte et révolution de la
vitesse de croissance chez Urosalpinx cinerea.
FisciiEH-PiKTrE (1913), constatant la croissance accélérée des Patelles
en milieu d'estuaire, envisage l'hypothèse (jue ce (lourrait être l’indice
d’un ilévcloiipemcnt végétatif, sans processus de reproduction, à oppoi’®*’
à la croissance lente, accompagnée de mûrissciiiciit des éléments repro¬
ducteurs, réali.séc dans les conditions normale.s. Examinant les Patelle
en question, l’auteur constate que leur remarquable développeinen
Source : MNHtJ, Paris
CnOISSANC.E DE LA COQl'II.I.E DES MOLHISQIIES
17
somatique s’accompagne d’un développement proportionné des tissus
reproducteurs.
Croissance pondérale et croissance volumétrique
Newcü.mde cl Kessler (1936) étudient chez Mya arrnaria le rapport
entre le poids et la langueur de la coquille et le rapport entre le poids de
ranimai et la longueur de la coquille, en diverses stations de la cflte atlan¬
tique de l’Amcrique du Nord. Ils constatent que ces rapports semblent
liés à la Lcmpcralurc. Les animaux des stations les plus froides (Haie de
l'undy) auraient une coquille plus épaisse, mais par contre ils auraient
un corps de poids inférieur à celui des animaux des stations plus méri¬
dionales (Baie de Chesapcake). Swan (19.52 a) fait l’historique des travaux
con.sacrés à la croissance de Mya arenaria. Il lui apparaît qu’une coquille
mince et une croissance rapide sont des caractères plus particulièrement
en rapport avec les stations où l’eau est bien renouvelée; à l'opposé une
coquille plus épaisse et une croissance plus lente sont des caractères de
stations où l’eau est moins nettement renouvelée. Fischrr-Piette (1946)
vérifie que la croissance rapide de la coquille de Palella uulyala, dans les
conditions d'estuaire ne se fait pas au détriment de l’épaisseur de la
coquille. En 1948, le même auteur étudie le rapport du poids et du volume
de la coquille de Palella oulyala dans des conditions variées (niveaux dif¬
férents, stations d’estuaire ou de la mer ouverte). Il aboutit à la conclusion
que ce rapport semble indépendant des conditions du milieu.
Rapport entre la longévité et la vitesse de croissance
il existe un nombre limité de données comparatives établissant un lien
entre la vitesse de croissance et la longévité. Ceci est dù en premier lieu
à ce que tous les résultats concernant la croissance, obtenus par l'étude des
dimensions moyennes des individus en diverses saisons et non par l’étude
directe de la croissance sur des individus jirécis, ne permettent de suivre
les animaux qu’au cours des premières années de leur vie. Dès lors que la
eroissance se ralentit, les animaux des générations successives ne forment
plus (]u'uuc catégorie de taille, bien qu'ils apiiartieniicnt à plusieurs généra¬
tions. H n’est jilus alors possible d’évaluer la longévité des animaux.
_\VEYMot'TH et 'J'iioMPSoN (1931) sigiialeiit (}ue les formes nordiques
(Alaska) de Ctinliuni corbis s’opposent aux formes méridionales (Californie)
par un démarrage de leur croissance beaucoup plus lent mais aussi par un
déclin moins rapide, ce qui leur permet d’atteindre un plus grand ilge et
une plus grande taille. 1-itudiant Siliqua paliila, Wevmouth, Mac Millin
et Rich (1931) notent que les exemplaires de Californie, dont la croissance
est plus rapide que celle des exemplaires d’Alaska, ont une taille linale moins
grande et une moindre longévité. Thorson (1936) note (jue les Lamelli¬
branches des l'jords du Nord-Est du Groenland s’accroissent lentement.
Source : MNHN, Paris
18
M. (lAIl.l.AnD
sont inulti-aniuiels el sont sexiielleincnl milrs Larfliveiiieiit tandis que
ceux des régions plus méridionales s’accroissent plus vite, ont une vie plus
courte et sont nn^rs pins tét. KiscnKR-PiKrrr; (1939 et 1911) arrive à
la conclusion que la longévilé est inversement proporlioimelle à la vitesse
de croissance. Ainsi Palrlla viilguta atteint 16 ans sur la cftte ouverte, 5 ans
dans les couranLs de la Pointe de Cancaval el deux ans et demi seulement
à Porl-Saint-Hubert où sa croissance est extrêmement rapide. Les relations
entre la longévité et la croissance sont tes mêmes pour Halaniis perforatiis
et Ihilnnns hahtmides.
2. — Aspect qualitatif de la croissance de la coqviille
des Mollusques
Relations entre le milieu et la morphologie
De longue date, les auteurs ont signalé les aspects morphologiques
dilTérents pré.sentés par une même espèce selon les localités ou les types
de localités. Longtemps cette préoccupation s’est trouvée confondue avec
la recherche des frontières entre espèces (c’est par exemple le cas des i'atelles
européennes). Sans rechercher dans les publications |)lus anciennes, on trouve
dans la classique « British Conchology » de Jeffheys (vol. 3, p. 366, 1865).
en référence de l’habitat des diverses variétés de Lillorina s(u:alilis (= radis),
des indications telles que « var. 1. Nestling in the crcv'ices of rocks above
high water mark », ou bien « var. 3. Exposed and high rocks », plus loin
" var. 6. Miid-banks and Salt-marshes in estiiaries », enfin u var. 8. oR
sheltered rocks ». Mais ceci ne concerne que la répartition de variétés. Ce
n'est que plus loin que l’auteur écrit dans ses commentaires .sur celte même
espèce « There are three distinct forms, resulting from a dilTerence of habitat »,
semblant établir un lien de cause à eiïet.
L’historique des observations de cet onlre a été fait par Piîl-
SENEER (1920) dans son travail intitulé « I^s variations et leur hérédité
chez les Mollusques ». Dans l’introduction de ce travail, il écrivait : « Lin®
des faces du problème, et non la moindre, consiste donc essentiellement
à rechercher ((uellcs sont les conditions bioIogi(jues d’environnement qui
sont éventuellement en rapport avec les diverses moditicaliuns constatées,
ou les variations que peuvent engendrer divers facteurs extérieurs du
milieu. Mais ce côté dynamique du sujet (par opposition au côté statiqn®
ou morphologique pur) commence seulement à être envisagé: et il n’y ®
encore qu’un petit nombre de recherches ou d’expériences qui aient été
entreprises à ce jioiiit de vue cthologique, c'est-à-dire en vue de l'exph'
cation naturelle des variations, nolamincnt par l'inllueiice modilicatric®
éventuelle du milieu. »
Sans prendre systémalicjuenient la suite de l’iiistorique établi pa*"
Pelseneer, le présent compte rendu passera néanmoins sous silence 1®
plupart des observations notées par cet auteur, reprenant seulement celles
dont l'importance les rend indispensables. Il pourra de même être fu*L
abstraction des exemples cités par Wii-mm et Dwkn (1964) dans leur
paragraphe inlilulc " Kcoiogicnl influences ».
Source ■ MNHN, Paris
CIIOISSANCE Dii LA <;OQril.LE IDES MOLLUSQUES
19
L'ordre des publications sera le suivant : en premier lieu les Lamelli¬
branches, ensuite les Gastéropodf s. Dans chacun de ces deux chapitres
l’ordre sera clironologique; toutefois les travaux traitant d’un même animal
seront regroupés à la suite du plus ancien de ces travaux.
Lamelliidhanches
l'HANc (1900) établit une mise au point du rôle du milieu sur la mor¬
phologie et la biologie des Lamellibranches, tant d’eau douce que marins.
Le présent exposé se limitera aux Lamellibranches marin,s. Par ailleurs
les cfTels ressentis individuellement seront seuls évoqués, à l’exclusion de
ceux notés sur les caractères des espèces elles-mêmes et faisant partie de
leur patrimoine spécifique.
Dateson (1889) examine les rapports existant entre les conditions
de vie et les variations de Carditim edule dans divers secteurs du Moyen-
Orient (Mer d’Aral, Lac de Uarnleh) et constate que les coquilles deviennent
plus petites, plus minces et inéquilalcrales en eau sursalce tandis qu'en eau
peu salée la taille et l’épaisseur augmentent. Pour Loppens (1923) la dis¬
symétrie caractérise les populations des fonds mous (sablo-vaseux), les
coquilles s’y allongent davantage que sur fond dur (sableux). Par contre
la rédaction de taille et d'épaisseur va de pair avec les milieux confinés,
mal alimentés, ce qui peut d’ailleurs, dans les limites de son expérience
être lié à la salinité. Purciion (1939) partage l'opinion de Loppens; les
coquilles des estuaires, calmes, envasés, sont plus légères, plus assymé-
triques, moins costuleuses, que celles des .sables marins battus. Mars (1951)
se rallie à cette opinion.
D'autres espèces peuplant les sédiments meubles ont fait l’objet
d’observations. En premier lieu, étudiant Merelrix meretrix, Hamai (1935 b)
constate que les animaux de la mer ouverte ont une coquille plus allongée
que ceux d’une station située sur un diverticule plus protégé dont le fond
est légèrement vaseux. Le même auteur (1935 fl), suivant la croissance de
Merelrix merelrix, note que, selon les saisons (mais c’est probablement
en rapport avec l’évolution du cycle sexuel), l’accroissement est plus impor¬
tant, ou moins important, dans le .sens antéropostérieur que dans le .sens
latéral. IIolme (1961), examinant deux formes de Venenipis rhomboides
et leurs intermédiaires, conclut au parallélisme entre la profondeur, et donc
la pression exercée sur les animaux, et les variations des proportions de la
coquille.
Mylilus ediilis et Miililus galloprovinrialis ont longtemps été considérées
comme deux espèces dilTérentes subdivisées l’une et l’autre en nombreuses
Variétés. Cette attitude a été celle de Dautzenberg dans la plupart de ses
publications. En 1925, dans .son travail en collaboration avec P.-II. Fischer,
il les réunit en une seule espèce, précisant pour l’ensemble des variétés
“ ces divers étals étant uniquement dus à des conditions d’habitat dif¬
férentes B. Boettger (1930), bien qu’il n’accepte pas cette mise en syno¬
nymie, admet cependant que les variations de l’iinc et l’autre des deux
entités sont sous la dépendance des éléments du milieu. Pour E. Fisciiicr-
Ihf-rrrR (1955) ces deux fonnes ne sont qu’une même espèce; la forme nallo-
proüincialis étant " celle que revêtent les individus dont le test a pu effectuer
Une croissance très rapide (milieu très favorable) et libre (aucune gêne
Source : MNHN, Paris
20
JEAN M. GAILI.AHIJ
mécanique), ce qui permet au test d’èlre lisse et peu épais, et à son bord
libre de devenir anguleux ». Dehnkl (1950) note que la croissance de Mytilus
californianus est plus rapide en Californie que sur la côte de l’Alaska; mais
cet écart étant plus fort dans le sens de la longueur que dans celui de la
largeur, les animaux des deux stations onl des proportions différentes.
Pour Lnwi.s et Powki.l (19GI) qui comparent des éléments d’Angleterre,
d’Arcachon, de Marseille et île Naples, la forme (jalloprovindalis n’est qu’une
race ou une sous-espèce de Mylilus editlis-, mais elle est due, selon eux, au
grand ûge et (ou bien, ou) à la lenteur de la croissance.
(ÎASTÊnorODES
CoLTON (1916) examine la distribution des diverses variétés de cou¬
leurs de Thaïs lapiUus sur les côtes du Maine (U. S. A.); les formes des
régions battues sont les plus colorées mais une augmentation se manifeste,
par ailleurs, sur les points extrêmement calmes. Selon cet auteur, ce n’est
pas le milieu qui inllue directement sur la morphologie, les phénomènes
constatés sont dus à la sélection naturelle liée à la visibilité des dilTérentcs
fonnes, aux oiseaux prédateurs (ce (jue semble indi(|iier l’inducnce de
l’homéochromie du substratum et des coquilles.) Buhton (1933), reprenant
les observations sur les relations entre la coloration des co(|uilles de l^urpiira
lapilUis et le substratum, remanpie que, sur argile durcie, ces coquilles onl
d’ordinaire des bandes brunes sur fond blanc tandis (pic, sur calcaire ou sur
granit, les colorations sont plus variées bien que le blanc reste dominant.
Pour Moore (1936) c’est le pourcentage de Moules entrant dans l’alimen¬
tation qui influe positivement en ce (jui concerne les colorations brun-
noir et rose-mauve. L’agitation serait par ailleurs favorable à la coloration
jaune des coquilles. Toutefois les essais expérimentaux de régime alimentaire
contrôlé, bien que poursuivis durant six mois, n’ont pas fourni de résultats
concluants. Par contre, Li:i<iHTON (1961) opérant (|uant à lui sur llaliolis
nifescens obtient, selon ic régime aliinenlaire, des coquilles de couleurs
différentes. Ainsi, nourrissant ses animaux d’algues rouges il obtienl une
coquille rouge, les noiirrissant d’un mélange d’algues rouges et d'algues
brunes il obtient une coquille rose; enfin, avec un mélange d’algues Imines,
d’algues rouges et de pommes de terre, il obtient des co(juilles blanc-crème
ou blanc-verdillre, mais jamais de teinte rouge.
Les variations de J^tirptira liipilltis ne portent pas iiniquenionl sur
la coloration, mais aussi sur la sculpture, l’aspect de la suture, les pro¬
portions de la coquille ou de l’ouverture de celle-ci. A(!EI«sf»oro (1929)
remarque que, sur les côtes très découpées <lii Nord de la Norvège, de grandes
difTérenciations morphologiques se maiiifeslent et qu'elles .semblent cor¬
respondre à certaines qualités du milieu : calme ou agitation, eaux pures
on souillées, salinité, niveau colidal. noiirrilure iiilerviendraienl.
Modiie (I9.3G) note comme autre conséiiiience d'un régime alimentaire
riche cii Moules, d’une part la réalisation de la coquille selon une spirale
moins serrée, dont une ouverliire plus large est une coiisé<[uence. d'autre
part une Cü(|uille plus é])aisse. Mais dans ces deux as|)ecls semble jouer
i’ûge nu(|uel intervient la riuiLurilé sexuelle dont la réalisation dépendrait
précisément du régime alimentaire.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCl-; DK LA COgCILLE DES MOLLUSQUES
21
Kafin, STAKiiîH (19Ô1, 1950) abonle tout (liflérymment l'étude de la
variabilité chez Piirpiira lapillus. Il inet en évidence l’existence de deux
formules chromosomiques qui ont réciproqucmenl 13 et 18 chromosomes
haploïdes (soit 8 + 5 métacentriqiies et 8 + 5 paires d’acrocentriques).
Le type 13 correspond aux points très exposés aux vagues, c’est-à-dire en
particulier aux roches n à moules » riches en nourriture, le type 18 se localise
sur les points calmes en particulier dans la zone à Ascophyllum nodosum
plus pauvre en proies animales. Aux extrêmes écologiques correspondent
les populations les plus pures des deux types. Les intermédiaires écologiques
sont habilés par des populations intermédiaires. Cette première analyse
se limitait aux populations des rivages les ])Ius proches de Roscolï. Intendant
son rayon d’action, Staic.eh constate que, lorsque se présente un vaste
secteur presipic totalement battu, le type à 18 chromosomes en est tota¬
lement absent, même aux points abrités. Le caractère adaptatif peut donc
jouer tant sur le plan local »jue sur le plan régional. Pour l’auteur les traits
morjiliologiciues sont à la fois inlliiencés par la structure génétique et par les
condilions du milieu, ['ne meilleure connaissance des conditions génétiques
permettra de mieux distinguer le rôle des éléments de l’une et de l’autre
catégorie. Ainsi, la taille moyenne est d’autant plus forte que les populations
sont plus pures, <le l’iine. ou l’autre catégorie, les populations hétérogènes
ont de moindres dimensions; par contre l’épaisseur est d’autant plus forte
que les populations sont plus hétérogènes. L’hétérogénéité génétique des
populations étant liée au degré d’agitation, l’épaisseur de la coquille va
donc de pair avec celle-ci : coquille mince aux points battus et aux points
calmes, coipiillc d’épaisseur moyenne aux points intermédiaires. Mais
lors(|uc l’on se trouve en présence d’un secteur dont la presque totalité
est exposée, dont la population est de type 13 dans sa totalité, les relations
entre l’épaisseur de la coquille et le degré d’agitation sont différentes, elles
sont même en partie contraires. Kn efïct, dans ce secteur l’épaisseur aug¬
mente parallèlement à l’agitation tandis que dans le premier cas lorsque
l’on passe d’un point modérément agité (génétiquement hétérogène, c’est-à-
dire à coquille épaisse) à un point plus agité (génétiquement plus homo¬
gène, c’est-à-dire à co(juille plus mince) on observe un amincissement
de la coquille. Il est à noter que la densité des popiilations est plus grande
dans les populations hétérogènes, ce fait ajouté à celui de la coquille plus
épaisse montre une plus grande prospérité, une meilleure ada|)tation à des
condilions écologiques variées; les populations homogènes se nionlrcnl
plus étroites dans leurs exigences écoIogic|ues, d'où leur conlineincnl dans
des secteurs plus précis.
Les auteurs abordant les Patelles européennes ont longtemps été par¬
tagés entre deux ten<lanccs o])j)osées, les rcgroii])cr en un minimum d’espèces
ou sulxlivi.ser l’ensemble en uii nombre important de formes. Ceci dénote
leur grande variabilité et les aspects très voisins que l’une ou l’autre peut
prendre. Bien (|ue celle (luestion soit loin d’être résolue, de gros progrès ont
été faits sur la distinction des espèces et dans l’élude de la variabilité de
l'une d’entre elles, Patelin tnilfiala. Orton (19‘28) note <|uc les proportions
hauleur/diamètre dépendent des fadeurs qui commandent la dessication
et que le jeu des vagues n’a qu’une action mineure; toutefois, les embruns
<h)ivcnl bien, scmbic-l-il, contribuer à ralentir ta dessication sur les points
l>altiis, cependant que la force des vagues doit — tout comme la dessi-
Source : MNHN, Paris
.IIÎAN M. Ci.Ml.l.AHI)
cation - contraimJre les animaux à (ieiiicurer fcrinenienl fixés à leur
support. l'iscHER-PiiîTTE (1932) devant un exemplaire présentant une rupture
de pente concave cniet riiypothése. que la rcfiion apicale a été réalisée alors
(]ue l'animal vivait dans une zone supérieure, d’où son aspect rattacliable
à la variété conica, tandis que le reste de la coquille, probablement pos¬
térieur à une cliiilc accidenlellc dans une zone assez nettement moins
élevée, montre une pente dos lianes de la coquille moins accentuée.
Ohtdn (1932) reprend l’hypolhése que les animaux soumis à la dessication
(que cela soit dù au niveau, à l'absence d’algues, à l’exposition) ont tendance
à se maintenir fermement au substrat pour conserver leur humidité et
que de ce fail, les muscles demeurant contractés, le cercle formé par le
bord du manteau est plus petit et la coquille plus conique. Plus l’animal
a l’occasion de décoiilracter sa musculature (moindre agitation, moindre
ensoleillement, moindre émersion) plus la coquille est plate. Moore (1934)
entreprend des expériences sur ces phenomenes; celles-ci, réalisées dans un
bassin, confirment les résultats précédents; un fait nouveau semble acquis,
lorsque l'expérience est suflisamment prolongée, la forme iirimitive de la
coquille a tendance à réapparaître. llArroN (1938) reprend celte étude
par le biais de déplacements sur le terrain. Des exemplaires <ie la variété
co/n'ca prélevés aux niveaux les plus hatiLs sont transférés dans la zone
de la variété major, c’est-à-dire au niveau bas. Après quatre années d’nne
croissance assez importante la coquille demeure dans les mêmes proportions.
FtSCHER-PlETTE (1935 Ct 1918) puis PlSKHER-PlKTrK cl Gaii.laho (1959)
étudiant les Patelles européennes notent le grand contraste qui existe entre
la variabilité restreinte de Patella iT}lerme(lia en Bretagne et la variabilité
très importante de celte espèce au Pays Basque et sur la côte ibérique,
i’ar ailleurs certaines des variétés semblent liée.s à un caractère précis du
milieu (var. Hidalgoi, de plus en plus fréquente en allant vers le Sud tandis
que la forme typique devient plus rare, exemplaires jaune-orangé recueillis
dans les stations ou le substratum rocheux avoisine des étendues sableuses).
Palella oulgala, elle aussi peu variable en Bretagne, l’est davantage sur la
cAte basque où elle présente des aspects particuliers; l’aspect n breton »
réapparaît en (lalice, surtout aux points avancés, la tendance « basque >
lui succède à nouveau au Portugal mais sans aller aussi loin dans sa dilTé*
renciation que cela était apparu dans le fond du Golfe de Gascogne.
(ioMi-onr (1916) reconnaît trois types parmi les Patella vulgala de
b'olkcstone, une caU’gorie à fines striations, une autre fortement sculptée,
une troisième à tines striations mais déformée par son habitat sur les
Moules. La finesse de sculpture serait liée à celle du substrat. Kisc;n (1956)
est le témoin d'une expérience naturelle, l’installation accidentelle de
Mollusques dans le filtre (en plein air) de l’Aquarium de Biarritz. L’auteur
constate que les Patelles ainsi soustraites à l’action des vagues présentent,
en général, une coquille plus mince et une sculpture plus line que la plupart
de celles qu’on voit sur les rochers do la côte.
Andhkws (1910) étudie les variations de Nerilina oirginea et note
<|ue dans cette espèce la coquille est plus petite et moins foncée en eau
saumâtre qu’en eau douce. Il observe (|ue, dans un étang alternativement
isolé ou non de la mer, la taille et la coloration évoluent mais sans siinul-
tanéité. Alors que la dépigmenlation des coquilles a atteint son maximum
et <|ue la repignumtalion commence, la taille continue à diminuer. L’autcu*'
Source : MNHN, Paris
c:i«oissAN<;i-; dk i.a cogriLLi-: des Moi.i.usgi-ES 23
sugf/LTe que si l’ensoleillement a un rûle dans la pigmenlalion la clarté
de l'eau aurait une certaine importance.
CoE (19-12). constate que la taille et la forme des coquilles de Crepidula
dillérent selon le support : sur des graviers on aboutit ainsi à des formes
naines, à des individus tordus, arqués, étroits; ce n’est que sur une surface
sullisante que l’on observe des animaux de belle taille et Ide contour régu¬
lier. Wyatt (1961) indi<]uc que les Calyptraea sinensis fixées sur de petites
pierrailles peuvent, elles aussi, avoir une croissance anormale, plus par¬
ticulièrement développée en hauteur qu’en diamètre tandis que les exem¬
plaires lixés sur des Lamellibranches peuvent avoir un contour déformé
en fonction du support.
Knudsen (1919) note que le rapport diamètre/liauteur varie dans le
même sens que la température chez Lilloriita obitisala. Lillorina palliata
ne serait ainsi qu’une forme nordique de cette espèce. Sacchi (1961-1963)
étudie les rapports entre le polychromatisme de Lillorina oblusala et le
milieu. Il met en évidence, à lloscolï, la plus grande activité, à la lumière,
des variétés localisées à la surface des touffes de Fucacées (var. cilrina).
Les variétés u de profondeur >* {olivacea, et plus encore reliciilaia) auraient
leur activité inhibée par la lumière. Lc.s olivacea dominent en stations
abritées, les reliculala dans les stations battues. Les reliciilata peuvent
être considérées comme moins résistantes à l'émersion. Une relation est
établie entre nanisme, fréquence de la forme reliciilaia et turbulence.
Mars (1956) reprend pour les Rissoa cette citation de M. Gignoux :
" Cette famille est en état d’évolution exhubérante, tant dans les faunes
pliocènes et récentes que dans nos mers actuelles. Il est vraiment impos¬
sible, non seulement d’y .suivre des rameaux phyllétiques, mais même d’y
préciser des coupures spécifiques. « P. Mars, faisant intervenir des éléments
écologiques, particulièrement la dessalure et l’isolement, établit des liaisons
(avec ou sans existence d’intermédiaires) entre les différents aspects pré¬
sentés par les Rissoa du groupe oblonga-venlricosa-grossa-membranacea.
Orr (19.59) étudie l’influence des cléments bionomiques sur Monelaria
aimitlus et décrit successivement divers écotypes inféodés aux rivages
rocheux, vaseux ou sableux, et, enfin, un dernier correspondant aux baies
protégées, soit quatre types échelonnés selon le plus ou moins grand
degré d’agitation de l’eau. Conchyliologiquemcnt, la variabilité porte sur
la taille, les proportions, l’allure de la base, celle du cal et de la dent aper-
turalc. CetLe étude entreprise de façon descriptive mériterait d’être reprise
'•'xpérimentalement.
Fnfin, Fischer-Piettk, Gaiij.ard, Jouin et James étudient depuis
I960 la variabilité de Lillorina saxalilis. Ces observations ont déjà fait
l’objet d’une série de publications. Le quatrième chapitre du présent travail
entre dans le cadre de ces recherches, aussi leur historique lui .servira direc¬
tement d’introduction et leur compte rendu en sera fait indépendamment
dans les pages précédant directement l’e.xposé des recherches personnelles.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE l.A COQUILLE UES MOLLUSQUES
25
ANIMAUX ÉTUDIÉS ET STATIONS PROSPECTÉES
Les espèces ayant fait l’objet de ce travail sont bien connues; les stations
où les observations ont été faites appartiennent à des régions dans lesquelles
les bionoinistes ont réalisé d’importants travaux. Les données regroupées
dans le présent paragraphe seront donc très succinctes.
Animaux
Les Mollusques étudiés appartiennent à la classe des Prosobranches;
il s’agit d’une espèce de Liltorinidae, Lillorina saxalilis (Olivi) et de quatre
espèces de Trochidae, Monodonla lineala (da Costa), Gibbula umbilicalis
(da Costa), Gibbula pennanli (Philippi) et Gibbula cineraria (Linné).
Lillorina saxalilis (Olivi) occupe la zone du Fucus spiralis et celle de
Fehelia canaliculala qu’elle dépasse très largement vers le haut sur une
partie du domaine de Verrucaria maiira. Son domaine géographique est
immense, au Nord il s’étend jusqu’à la péninsule de Kola, la Norvège,
la Baltique, l’Islande et les Iles Féroés, au Sud, il atteint Gibraltar. Cette
espèce est en outre présente en Mediterranée, où elle se cantonne dans le
fond du golfe de Gabès et dans l’extrême Nord de l’Adriatique. Sur la
oûte américaine de l'Atlantique elle existe sur la moitié orientale de la côte
Nord du Canada continental et sur la côte atlantique jusqu’au New Jersey.
Localement, elle fait presque totalement défaut dans le fond du Golfe de
Gascogne (exemplaires rarissimes). Cette espèce est susceptible d’extraor¬
dinaires variations morphologiques dont un aperçu sera donné au début
de la quatrième partie de ce travail.
Monodonla lineala (da Costa) occupe la zone des Pelvetia canaliculala
et de.s Fucus spiralis dépassant ainsi quelque peu le niveau des pleines
niers de morte-eau. Sa limite Nord est mal connue; N. Fisher (1936)
cite des exemplaires de Clynnog (dans le Sud-Ouest du Caernarvonshire),
Source : MNHN, Paris
2<i
JEAN M. GAILLARD
Donovan la cite <le Angicsea, mais Forbes lui donne la baie de Cardigan
pour limite. Dans la Manche, elle est peu abondante et sporadique à l’Est
du Cotentin, tandis que Lyme-Hegis serait sa limite sur la côte anglaise.
Au Sud, elle s’étend actuellement ju.squ’au Maroc et à Madère.
Gibbula umbUicalis (da Costa) n’est pas aussi résistante que l’espèce
précédente à l’exondation; elle atteint toutefois la ligne des pleines mers
de morte-eau. fcille occupe les zones des Fucus spiralis, vesiculosus, senalus
et de VAscophyllum nodosiim. Hile atteint, vers le Nord, l’Écosse et les
Hébrides; vers le Sud, elle s’étend jusqu’en Mauritanie.
Gibbula pennanli (Philii’I’I), sauf dans le cas d'enduits vaseux, s’élève
moins haut que Gibbula umbUicalis. On la trouve, fréquemment et en
grand nombre, sur les algues dans la moitié inférieure de la zone du Fucus
oesiculosus, mais surtout sur les Fucus serratus. Vers le Nord, elle ne dépasse
pas le Cotentin et les lies Anglo-Normandes, n'atteignant ainsi ni la
Grande-Bretagne, ni le Bassin Parisien. La limite Sud de cette espèce,
récemment distinguée de la précédente, n’est pas établie avec précision.
Gibbula cineraria (Linné), occupe les zones du Fucus serralus et des
Laminaires. Cette espèce existe de la Norvège jusqu’en Méditerranée et
sur les côtes atlantiques d’Afrique du Nord.
Les trois dernières espèces semblent avoir leur maximum de pros¬
périté dans les milieux allant d’un abri modéré à une agitation moyenne.
Elles tendent à éviter les habitats les plus abrités et en particulier les
conditions d’estuaire et les côtes où les rochers voisinent avec le sable ou
la vase, paraissant être éliminées par les eaux contenant un excès de matières
en suspension.
Stations
Les stations étudiées se silueni sur la côte du Pas-de-Calais, sur celle
du Golfe de Saint-Malo, dans la région de Uoscoff et enfin sur la côte
basque. Des cartes détaillées de chacune de ces régions permettent de loca¬
liser les stations elles-mêmes avec plus de précision. Iæs cartes des tem¬
pératures saisonnières de la surface de la mer permettant d’apprécier les
dilîércnces dlmati<]ues séparant ces diverses régions .sont données dans
la figure 1.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCK DK I.A COQl'II.LK DES MOI.H’SQl'KS
27
l'io. 1. — Température des eaux superllciellcs
d’après G. BdiiNiiCKE, lOGIi. — Planches 6 à 17
Source : MNHN, Paris
28
JEAN M. GAILLARD
Les stations du Nord de la France sont le Gris-Nez et le Cap de la Crèche.
Au Gris-Nez l’eslran est de peu d’étendue, la c6te est identique sur
toute sa longueur. Le domaine intercotidal est formé des blocs de grès
éboulés de la falaise reposant plus ou moins directement sur la roche en
place. Parmi les espèces étudiées, seule.s les Lillorina saxalüis font l’objet
d’observations dans cette station. Le chantier choisi est un bloc de quelques
mètres cubes, particulièrement
peuplé de Littorines sur sa face
supérieure .sub-horizontale, et sur
scs faces latérales sub-vcrücales,
non directement exposées à la mer.
Le cap de la Crèche, au Nord
de Poulogne-sur-Mer, est une
avancée peu marquée du rivage
terrestre mais a une étendue quel¬
que peu plus importante dans le
domaine intercotidal. C’est, selon
les niveaux, un roc abrasé ou uni*
grève couverte de blocs de dimen¬
sions variées. Il .sert de point d’ap¬
pui à la digue Nord-Est de la rade
de Boulogne. Le chantier de
Lillorina saxalilis se localise sur
une surface horizontale, lissnrce, de
roche in situ abrasée, à un niveau
supérieur à celui des digues ]ior-
luaircs.
Le chantier de (',il>bnla
timbilicalis est situé sur une autre
avancée du Cap de la Crèche,
limitée au domaine intercotidal
moyen. C’est une bamle rocheuse
apjiroximalivcment horizontale,
très irrégulière, mais dont le®
dénivellations n’cxccdent pas une
dizaine de centiinclres. Sur cette
dalle reposent des blocs de quelques
mètres cubes sur lesquels vivent
des Purpura lupillus, tandis qi'®
les Gibbula iimbilicolis sont sur h rocher en place. Le bord extérieur
de cette bande rocheuse, en microfalaise (provoquée par le morcel¬
lement et l’elTondrcinent de cette assise), est la limite supérieure du
domaine des Fucacées et est habité par Lillorina lillnrea et Purpura
lapillus.
Les stations du Golfe de Saint-Malo sont sitiiée.s, d’une part, à Dinard,
sur la côte ouverte, d’autre part, en Rance, à quelques kilomètres de
rembonchure.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 29
La côte de la région de Dinard est protégée par une frange d’îles, d’îlots
et d'écueils, par contre, en raison de la forte amplitude de la marée, les
courants qui la balayent sont très rapides. La pointe du Moulinet, où des
expériences sur IJtlorina saxatilis et Monodonta lineala ont été effectuées
se situe à l’embouchure de la Hance: la Pointe du Vidé (Gibbula pennanli,
Gibbula cineraria et lAttorina saxalilis) est sur la mer ouverte à quelques
kilomètres plus à l'Ouest; enfin la station de Cancaval f'iVfonocfon/a lineala
et LUIorina saxalilis) se trouve dans un élargissement de la Rance, à quatre
kilomètres de l'embouchure, à l’abri de l’agitation de la mer et des cou¬
rants de marée qui remontent la Rance (1).
Cette région a été l'objel de nombreuses publications de E. Fischcr-
Î'iette; la répartition des espèces y est donc très bien connue. Récemment
Crisp et SouTiiwAiu) (1958) l’ont à nouveau examinée dans leur travail
(1) I.'cnapmblp de ce li'avail a été exécuté avant rétablisscinciil du barrage hydro¬
électrique de la Itancc.
MflMüttiES Dl' MUSÉUM. - ZO<lt/)CIB, 1. XXXVIII, 3
Source : Paris
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 31
sur les deux rives de la Manche. Pour la région de Roscolï, ces mêmes auteurs
venaient à la suite d’une lignée de publicalions, inaugurée par P. de Beau-
Champ (1914) dans son travail sur les grèves de RoscolT.
Les stations choisies dans le secteur finistérien sont celles de Roe'h Iliévec,
dans les environs mêmes de Roscolï, et de Cléder-Ann'Annec située à une
dizaine de kilomètres plus à l’Ouest. La station de Roe’h Iliévec située sur
le flanc Est de la péninsule roscovite a été choisie comme étant à la fois
dégagée des sédiments et toujours accessible, conditions peu souvent
réunies dans cette région, en particulier pour un visiteur devant atteindre
ses chantiers à dates fixes. Lillorina saxalilis, Monodonta lineala et Gibbula
pennanli y ont été étudiées.
La station de Ann’Annec, à 12 kilomètres à l'Ouest de Roscoff, présente
un rivage rocheux bien dégagé de toutes îles ou récifs. En arrière de ce
dernier se développe une vaste étendue sableuse. Deux chantiers ont été
établis, l'un de Gibbula pennanli, dans le secteur rocheux avancé, l'autre,
de Lillorina saxalilis, en retrait, présentant ainsi un caractère relativement
abrité.
Fiu. 5. — Stations dr la cûte basque.
Le domaine intercotidal basque a fait l’objet d’observations de
de Bkauchamp (1907-1925-1918) et de E. Fischer-Pieite (1935). Rap¬
pelons seulement le caractère très battu de celte côte largement ouverte
aux houles océaniques, l’aspect particulier de cette frange rocheuse
dépourvue de toute zone de Fucacées; l’absence presque totale elle aussi
de Littorines (à l’exception de Melaraphc neritoides). Les deux stations
se présentent l’une et l’autre largement ouvertes sur la mer. Elles sc situent
d’une part, légèrement au Nord-Est de Saint-Jean-dc-Luz, à l’extérieur
de la Raie, et, d’autre part, à quelques kilomètres au Sud-Ouest de Socoa.
Gibbula pennanli a été .suivie dans chacune d’entre elles, Gibbula umbi-
ficalis et Monodonla lineala ont été l’objet de travaux, la première à Saint-
Jean-dc-Luz, la seconde à Socoa.
Source : MNHN, Paris
32
JKAN M. GAILLARD
IvB tableau suivant donne le calendrier des visites successives effectuées
dans chacune des localités pour la réalisation de ce travail.
Date
de la marée
Coefficient
Secteurs prospectés
de vive eau
—
—
—
27 février 1960
104
Dinard
15 mars
102
Boulogne-Gris-Nez
13 avril
106
Dinard
25 avril
91
Houlogne-Gris-Nez
12 mai
106
Côte basque
10 juin
104
Dinard
10 juillet
104
Boulogne-Gris-Nez et Dinard
8 août
107
Côte basque
6 septembre
107
Dinard
22 septembre
98
Côte basque
5 octobre
104
Boulogne
21 octobre
102
Dinard et Hoscoff
3 novembre
95
Côte basque
20 novembre
103
Boulogne-Gris-Nez
19 décembre
104
Dinard et Boscoff
2 janvier 1961
79
Côte basque
18 janvier
108
Boulogne-Gris-Nez
16 février
112
Dinard et Hoscoff
4 mars
91
Côte basque
17 mars
112
Boulogne-Gris-Nez
2 avril
95
Dinard et Hoscoff
l^*" mai
96
Côte basque
I l mai
01
Boulogne-Gris-Nez
31 mai
97
Dinard et Hoscoff
13 juin
83
cote basque
29 juin
99
Boulogne-Gris-Nez
13 juillet
78
Dinard et Hoscoff
29 juillet
106
Côte basque
13 août
82
Boulogne-Gris-Ncz
27 août
113
Dinard cl Hoscoff
11 septembre
88
Côte basijue
25 septembre
114
Boulognc-Gris-Nez
11 octobre
92
Dinard et Hoscoff
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE PREMIER
ÉTUDE DE LA CROISSANCE ANNUELLE DE LA COQUILLE
DE MONODONTA LINEATA (DA COSTA),
GIBBULA UMBILICALIS (DA COSTA), G/BBULA PENNANTI (Philippi),
GIBBULA CINERARIA (LINNÉ) ET LITTORINA SAXATILIS (Ouvi)
Sommaire
Préliminaires. — Technique.
1® Croissance de Monodonla lineala (da Costa).
A. — Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de
Monodonla lineala (da Costa) dans trois stations de la
côte Nord de Bretagne diversement exposées à l'agitation de
l’eau.
B. — Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de
Monodonla lineala (da Costa) de trois populations bretonnes
et d’une population basque.
2° Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille dans deux popu¬
lations de Gibbula umbilicalis (da Costa), l’une du Nord de la France,
l'autre de la côte basque.
3® Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de Gibbula pen-
nanli (Philippi) sur les côtes de Bretagne et sur les côtes du Pays Basque.
4® Étude de la vites.se de croissance de la coquille de Gibbula cineraria
(Linné).
5® Croissance de JMlorina saxalilis (Olivi).
A. - Comparaison de stations voisines ne différant que par leur
niveau cotidal.
B. — Comparaison de stations situées dans le même domaine
géographique, mais plus ou moins soumises à l’agitation
ou aux courants.
a) Stations linistériennes.
b) Stations de la région de Dinard.
r) Stations du Nord de la France.
C. — Comparaison de populations vivant sous des climats différents.
a) Stations abritées.
b) Stations exposées.
I). — Relations entre maturité sexuelle et vitesse de croissance
de la coquille chez Lillorina saxalilis (Olivi).
Conclusion du chapitre.
Source : MNHN, Paris
34
JEAN M. GAII.I-ABD
Préliminaihks
La vitesse de croissance de la coquille, d’une espèce de Mollusque
est un des éléments essentiels pour l’estimation de la prospérité de cette
espèce en un point donné. l'^lle permet d’apprécier l’aspect plus ou moins
Horissant des populations examinées. Cette valeur de la vitesse de crois¬
sance caractéri.sc, non pas l’espèce en elle-mème, mais une population donnée
de cette espece, dans une station bien précise. Cet élément de prospérité
ne peut malheureusement pas être connu directement en parcourant le
terrain comme cela est le cas, par exemple, pour la densité des populations
ou pour les dimensions des spécimens.
Les publications analysées ont iniliciué que, selon les animaux étudiés,
la vitesse de croissance peut être la même d’un bout à l'autre de l’année,
ou, au contraire, essentiellement variable .selon les saisons. Dans le premier
cas une appréciation de ce rythme à une (pielconque saison est suflisante,
tandis que, dans le second cas, il est indispensable de suivre l’évolution
de la vitesse de crois-sance pendant un cycle d’une année.
Les expériences devant se dérouler sur le terrain, il était nécessaire de
pouvoir suivre les animaux durant douze mois consécutifs. Quelques essais
ont rapidement montré que <teux diflicultés surgissaient. Tout d’abord,
la difficulté d’un marquage persistant pendant une période aussi prolongée,
ensuite l’obligation de circonscrire la dispersion des animaux. Ces deux
obstacles nous ont contraint à des expériences de durée limitée, expériences
successives dont la juxtaposition nous donnerait une valeur annuelle
globale.
L’observation de la croissance de la coquille d’un Gastéropode peut
être faite sur plusieurs dimensions de cetfe coquille. Ce sont, sa longueur
(ou hauteur), son diamètre et enfin la croissance ilu bord même de l’ouver¬
ture. C’est sur cette dernière dimension que s’est porté notre choix. Son
avantage est la grande précision des mesures. Des croissances de peu d’enver¬
gure sont sans inlluence perceptible sur la longueur, ou sur le diamètre,
des coquilles. La croissance en épaisseur et son corollaire, l’accroissement
pondéral, n’ont pas été abordés dans ce travail.
Technique
La technique a consisté à marquer à la peinture le bord de l'ouverture
de la coquille. Cette marque permet, d’une part, le repérage et l’idcntih-
cation des animaux en expérience, d’autre part, la distinction des parties
de coquille antérieures au marquage et des parties de coquille néo-formée-s.
Des expériences de contrôle, incluant, outre des exemplaires marqués A la
lime où à la peinture, d’autres animaux sans aucune marque sur le bord
même de la coquille, nous ont permis de vérifier que ce mode de marquage
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
35
ne perturbe pas la croissance. Un contrôle du même ordre a pu être fait
sur les Huîtres par Loosanofk et Nomrjko (1955). Ces auteurs ont mis
en évidence (|ue les Huîtres dont le bord des valves avait été lésé mécani¬
quement forment la matière coquillière plus rapidement que les autres et
rattrapent, de ce fait, les parties endommagées. Une fois la perte compensée
elles reprennent un rythme normal. Cetle expérience .s’e.st révélée indé¬
pendante de la saison à laquelle elle était mise en roule. 11 semble donc,
tant d'après nos propres expériences de contrôle que d’après celles de
Loosanoi'e et Nomejko, que la vitesse de croissance soit indépendante
des manipulations et tende mémo à équilibrer les lésions d’origine externe.
Alin de nuliiire au minimum tes risques de traumatismes, dans toutes ces
expériences, les animaux récoltés à une marée basse sont remis sur les lieux
mêmes de leur récolte après un délai n’cxcèdaiit jias vingt-quatre heures.
Kntre temps, ils ont été essuyés, déposés sur des feuilles de papier journal
ou de papier llltre, marqués à la peinture, laissés à sec quelques heures puis
remis eu eau de mer au Laboratoire. A leur retour sur le terrain, ils sont
toujours placés dans tes retenues d'eau peu profondes, l’ouverture dirigée
ver.s le bas, afin qu'ils aient le maximum de chances d'avoir adhéré au
suhslraluin avant le retour du Ilot. Dans la grande majorité des cas, cette
reprise de contact avec le rocher a d’ailleurs pu être constatée avant l’arrivée
de la marée montante.
Lors du passage suivant dans la .station, les animaux marqués sont
récoltés à nouveau, mais cetle fois dclinilivement. Dans le même temps
un nouveau lot subit le même traitement de marquage. Une couleur dif-
féreiile a été utilisée pour chacune des expériences successives. Ceci a permis
d’ideiitilier les animaux récoltés avec quelque retard et de ne pas les incor¬
porer aux lots ayant pris leur suite sur le même chantier.
Dans la très grande majorité des cas la peinture lient très bien; la
partie de co [uille néo-formée est très facilement identilièe. l’arfois, excep¬
tionnellement pour certaines cspèce.s, plus fréquemment jiour d’autres,
la peinture peut être écaillée. Il est rare que l’examen à la loupe binoculaire
ne permette pas d’en voir des traces suflisantes, sous forme d’une mince
lamelle, précisément localisée entre les parties anciennes et les parties
nouvelles de la coquille.
L’évaluation de l’importance de la partie de coquille formée est faite
le long d’une ligne facilement repérable : celle du plus grand diamètre de la
coquille. La mesure est eiïcctuée au pied à coulisse le long de cette ligne
équatoriale (et non perpendiculairement au bord de l’ouverture). La portion
de coquille mesurée est courbe, la ligne mesurée par le pied à coulisse est,
en fait, la corde de l’arc formé. Dans les cas, fréquents, où cette portion de
coquille ne représente qu’une quantité infime du tour complet, aucune
correction n’a été faite, mais, la mesure a été [irise par excès. Dès lors que
portion de coquille approche un quart de tour, la longueur réelle a été
estimée.
Les valeurs de la croissance données par ces mesures s’applii|uent à
lies animaux de tailles variée.s. Il a donc paru utile de les grouper par classes
•le taille. Ces classes de taille ont été délimitées d’après le diamètre des
échantillons. L’évaluation de ce diamètre a été faite en même temps que
Celle de la partie de coquille néo-formée. La mesure a été effectuée au pied
•1 coulisse, perpendiculairement à l’axe de la coijiiille, au niveau du bord
•le l’ouverture.
Source : MNHN, Paris
36
JEAN M. GAILLAHD
A partir de l’ensemble des mesures, concernant les échantillons de
chaque classe de taille, il a été possible d’établir une valeur moyenne de la
croissance dn bord de l'ouverlure de la coquille, pour la période de l'année et
pour la classe de taille considérées.
Des valeurs moyennes de la croissance, diiïérentes, s’appliquent donc,
aux échantillons jeunes, à ceux qui le sont moins, aux adultes et aux plus
vieux. Si l’on excepte quelques cas, qui seront signalés au fur et à mesure
du travail, ces classes vont de millimètre en millimètre. Nous avons ainsi,
pour chaque période, une série de valeurs indiquant la croissance moyenne
des animaux de telle ou telle classe durant toute la durée de celte période.
Précisons, que dans tout ce travail, lorscpi’il sera question des animaux
de la classe x, il s’agira toujours des animaux ayant une coquille dont le
diamètre maximal (mesuré perpendiculairement à l’axe de la coquille au
niveau de l’ouverture) est compri.s entre x millimètres et x millimètres 9/10.
Ainsi la classe 7 millimètres regroupe les échantillons ayant au moins 7 mil¬
limètres et au plus 7 millimètres 9/10.
La valeur annuelle de la croissance de la coquille a été obtenue, pour
chaque classe de taille, par addition des valeurs périodiques successives
pour 12 mois.
Nous aboutissons donc, pour chaque espèce, dans chacune des stations
prospectées, à une série de valeurs de la croissance annuelle moyenne du bord
de l'ouverlure de la coquille, chacune de ces valeurs coiiceninnt les individus
d'une, classe, précise, d'une poptilalion donnée de cette espèce.
Toutes ces expériences sur la croissance ont porté sur des lots de cent-
vingt individus à l’exception d’un nombre restreint de lois prélevés dans
des stations aux populations trop clairsemées pour que des récoltes abon¬
dantes et renouvelées ne risquent de les faire di.sparaîire {Monodonla lineala
(da Costa) à Cancaval, pendant toute ta duree des expériences; la même
espèce, dans les chantiers de la cAte basque, au cours de l’été 1961, alors
que l’espèce y était en régression). Du fait de circonstances variées et hors
do notre contrAlc, le nombre d’animaux récoltés se trouve réduit dans des
proportions très variables. Bien .souvent des animaux ont disparu à jamais;
mais, souvent aussi, un certain nombre de ces disparus a été récupéré deux,
quatre ou six mois plus tard. Ces « retardataires « n’ont fait l’objet d’aucune
observation. Le nombre d’échantillons retrouvés dans le délai normal est
indiqué dans les tableaux qui accompagnent l'étude de la croissance sai¬
sonnière (troisième chapitre de ce travail).
Chacune des expériences s’étant déroulée dans un espace très étroi¬
tement circonscrit, les données obtenues concernent des populations bien
précises quoique, à l'inverse de ce qui a parfois élé fait au .sujet d’animaux
fixés ou peu mobiles, ce ne .soient pas les mêmes individus qui aient servi
de matériel tout au long dos observations.
Les premiers paragraphes de cette étude de la croissance anniieUe
Irailerniit des différentes espères de 'l'rochidae. Plusieurs populations de
Monodonla lineala (da Costa) «les côtes ilii Nord de la Bretagne et du l’ays
Basque seront comparées en vue de révéler, d'une part, les conséquences de
l'agitation, et, d'aiilre part, celles de la latitude sur la rroi.ssance de cette
espèce. I.es trois paragraphes suivants établiront des rapprochements
entre les fîiôftufH iimln7iV«/is (da Costa) du Non! de la b'rance et de la
côle basque, entre les Gibbula pennanti (Philippi) de Bretagne et du
Basque ainsi qu'entre ces deux c.spèces cl Gibbula cine.raria (Linnk)-
Source ; MNHN, Paris
CnOISSANCK DE LA COQt^ILI.E DES MOLLUSQUES
37
une série d’observalions sera consacrée à Lillorina saxalilis (Olivi), compa¬
raison de slations voisines ne difTérant que par le niveau cotidal, stations
plus ou moins agitées, stations du Pas-de-Calais et de Bretagne, relation
entre la maturité sexuelle et la croissance.
1“ Croissance de Monodonta lineata (da Costa)
J.,’élude de la croissance annuelle du bord de l’ouverture de la coquille
de Monodonta (ineala (da Costa) est constituée de deux études compa¬
ratives; tout d'abord celle de trois stations de la côte Nord de Bretagne
diversement exposées à l’agitation de l’eau, ensuite celle de trois stations
bretonnes et d’une station de la côte basque.
A. — Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de Monodonta
lineata (da Costa) dans trois stations de la côte Nord de Bretagne, diver¬
sement exposées à l'agitation de l'eau.
Ces trois stations se .siluenl d’une part, dans la région de Dinard, à la
Pointe du Moulinet et à Canraval, d’autre part dans le Finistère, à Roscofî.
Les stations de la Pointe du Moulinet et de Cancaval sont situées,
l’une à l’embouchure de la Rance et l’autre dans une anse à cinq kilomètres
de ta mer. lilles ont été sélectionnées pour les conditions très dilTérentes
qui y régnent, malgré la faible ciislancc qui les sépare. La Pointe du Mou¬
linet, bien que modérément battue, est parcourue par de forts courants
de marée; l’anse de La Richardais, que borde la Pointe de Cancaval, est
un cliirgisscmonL de la Rance, à l’abri rie l’agitation de la mer. Au Moulinet
la zone des marées est intégralement rocheuse, dos niveaux les plus bas
aux niveaux siipérieiii-s. A Cancaval. la station est située sur le liane de
l’anse envasée de La Richardais; seuls les niveaux supérieurs sont rocheux;
il s’agit de rocher en place, modérément incliné, aux cuvettes plus ou moins
envasées. Ce rocher s’enfonce dans la vase; la zone de contact est entourée
d’une, étroite ceinture de blocailles et cailloutis reposant sur la vase durcie.
La troisième station est située à Roscolî, sur le llauc oriental de la
Pointe de Bloscon; bien dégagée des écueils et dépôLs sédimentaires, peu
éloignée de la ligne balhymélrique des dix mètres, elle bénéficie d’un degré
d’agitation intermédiaire entre celui des deux stations précédentes. De
même «juc la station ilu Moulinet elle est rocheuse sur toute l’étendue du
domaine intercotUlal.
A la Pointe du Moulinet, les classes de laillc de plus grande fréquence
sont celles de 13 et 1 1 millimètres, la taille maximale est de 17 millimètres.
A Cancaval, les classes de plus grande fréquence sont celles de '23 à 25 mil¬
limètres, la taille maximale est de 30 millimètres. A RoscolT, ces deux
valeurs sont respectivement de 18 et de 22 millimètres. Ainsi, pour ces
données numériques, comme pour ragitation de l’eau, la station de Itoscoff
a une position intermédiaire entre les deux autres points.
Source : MNHN, Paris
38
JEAN M.
I.ARD
Les deux stations de la Pointe du Moulinet et de Cancaval étant plus
strictement soumises à un même climat leur rapprochement sera fait en
premier lieu. Les résultats de cette comparaison seront ensuite confrontés
avec les données obtenues à Hoscoiï.
a) Comparaison des populations de la Pointe du Moulinel el de Cancaval.
A la Pointe du Moulinet, la valeur de la croissance annuelle totale
a pu être établie pour les animaux de 9 à IG milliinotres (Tableau 1). Les
résultats obtenus montrent un étalement |)rogressif de. cette valeur en sens
inverse de la taille des spécimcn.s. Cette observation, valable pour la presque
totalité des populations de toutes espèces, est d’ailleurs peu surprenante,
elle ne sera pas reprise dans le cours de l’exposé. Les exemplaires de 9 milb"
mètres de diamètre ont, en un an, un accroissement du bord de la coquille
de 20 millimètres, ceux de 10 millimètres un accroissement de 17 millimètres,
ceux de 11 millimètres un accroi-ssement de 13,3 millimètres. On a ensuite
respectivement pour les exemplaires des classes de 12 millimètres, 13 milli¬
mètres, 11 millimètres, lu millimètres et IG millimètres des accroissements
de 10 millimètres, 6,2 millimètres, 4,1 millimètres, 3,1 millimètres et 2,5 mil¬
limètres.
Stations
filasses de taille (DlaniMre,
n niillimt'tres)
■J
II) 1 U
12
13
H 15
16
17
18 1!)
20 j 21
22-
23
21-
25
26-
29
Dlnard-I’ointc du
Moulinet
211
17 [i3.;t
10
6.2
■1,1 3,1
2,5
i
Hancc-Cancuval
25,0
21.»
10,2
6,7
•1,3
2.0
HoscolT
.30,0
2:i.-ljl8.9|l4,3
. .
■l,o| 3.11
_
s.™
1 j 26 ,o| 2 - 1.0
22.oj2(i,.5
15,0
Taulkau 1. — Viileur moyenne, en inilliinètres, de la croissaiiec iiMiiiiello, du bord é®
l’oiivcrLurc de la coquille de Moiunlonla linenla (da Costa), en clinque station «
pour eliaquc riassc de Liiillc.
A Lancaval, où les populations se caraclériseuL par leur très faible
densité ainsi ([ue par la très grande taille des animaux, le nombre d’exem¬
plaires récoltés est assez faible. Si ces animaux étaient répartis par classe
de taille de un inilliiiièlrc, cuninie cela a été fait du façon générale, chaque
lot serait réduit à uii petit nombre de spécimens et les variations indivitiuclles
entreraient trop on jeu, aussi a-t-il été jugé imüspeiisablc de regrouper
les classes par deux. Kneore cela n’a-t-il pas été siiHisant pour les idasses
de très petite taille et il a été imilspensable de regrouper les animaux de
14 à 19 millimètres pour lesquels la croissance aniiindle moyenne a été
établie globalement. Pour ces exemplaires, dont le diamètre est compris
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 39
entre 14 et 19 millimètres, la croissance annuelle du bord de la coquille
est légèrement supérieure à 20 millimètres. Pour les échantillons des classes
20-21 millimètres et 22-23 millimètres cette valeur tombe à 10,2 et 6,7 mil¬
limètres; pour la classe 24-25 millimètres elle n’est plus que de 4,3 mil¬
limètres. En ce qui concerne les catégories extrêmes, de très petite ou de
très grande taille, les données ne permettent que des évaluations. Les classes
inférieures à un diamètre de U millimètres auraient une croissance de
l'ordre de 35 millimètres par an, tandis que pour les classes comprises
entre 26 et 30 millimètres la croissance ne serait plus que de 2 millimètres,
voire encore plus faible.
Les valeurs du taux annuel de la eroissancc de la coquille de Monodonla
tineala (da Costa) obtenues à la Pointe du Moulinet et à Cancaval dif¬
fèrent en valeur absolue. lèn effet si les valeurs minimales constatées pour
les tailles les plus grandes sont très voisines il n’en est pas de même pour
les fortes valeurs correspondant aux tailles jeunes. Au Moulinet la croissance
la pins forte s’établit aux environs de 20 millimètres, tandis qu’à Cancaval
la valeur observée est voisine du double, 35 millimètres.
Cctlc (iilTérence n’est pas la .seule. En effet si l’on reprend les valeurs
des (leux stations concernant des animaux de même taille le contraste est
encore plus im))ortanL Les animaux pour lesquels nous avons des résultats
sur les deux chantiers sont ceux de 11 à 16 millimètres. Au Moulinet, ce
sont les plus gros pour lesquels nous avons des données, leur croissance
est minime, quelques millimètres par an, ils sont à la fin de leur exisfence,
leur croissance atteint .son minimum après un long ralentissement. A Can¬
caval, ce sont les plus petits que nous avons pu suivre avec régularité,
leur croissance est encore très forte, 21 millimètres, et va se poursuivre
longtemps encore à un rythme élevé.
1.a;s animaux de la station abritée de Cancaval semblent donc avan¬
tagés par rapport à ceux de la station exposée du Moulinet. Ils bénéficient
d’une croissance plus forte pour les petites classes de taille. De pins, au fil
de la vie des animaux, le ralentissement de l’accrois-sement serait moins
rapide (iiie dans la station de rcmbouctnire de la Rance. Ce ralentissement
progressif permettrait à la vitesse de croissance de se maintenir à un niveau
supérieur à ce qu’elle est au Moulinet. En outre, une fois ijii’ils ont atteint
et dépassé la taille maximale des animaux du Moulinet, les animaux de
Cancaval continuent de croître sans que le raleiiti-ssement s’accentue;
ce (|ui leur permet d’accéder à de plus grandes tailles.
b) Comparaison entre la vitesse de eroissance de la coquille de Monodonta
lincata (da Costa) 4 lioscoff et dans les deux stations de la région de
Dinard.
A RoscofT. la valeur de la croissance annuelle totale de la coquille de
Monodonla lineala (da Co.sta) a ])u être élablie pour six classes de taille;
ce sont les classes de 14 à 19 millimètres (Tableau 1). Pour les exemplaires
de 11 millimètres de diamètre l’accroissement annuel est de 23,4 millimètres,
tamlis (]iie pour le.s exemplaires de 19 millimètres il n’est que de 6,4 milli-
•nèlres soit à peine plus du quart. Les individus appartenant aux classes de
taille intermédiaire.s de 15, 16, 17 et 18 millimètres s’accroissent selon des
valeurs échelonnées entre celles notées ci-dessus, soit dans le même ordre :
Source : MUHU, Paris
^0
JEAN M. GAILLARD
18,9 millimètres, 14,3 millimètres, 10,9 millimètres et 9,4 millimètres. Les
données concernant les classes de taille des deux périodes extrêmes de la vie
de l’animal, pour lesquelles, du fait de récoltes trop peu nombreuses, la
croissance annuelle n’a pu être calculée, permettent cependant une
évaluation de celte valeur. Pour les catégories plus petites que H milli¬
mètres cette croissance n’est pas inférieure à 30 millimètres par an. Par
contre pour les classes supérieures à 19 millimètres de diamètre cette crois¬
sance annuelle est inférieure à 5 millimètres. Cependant il ne semble pas que
les animaux passent, avant leur mort, par une période d’existence sans
croissance de la coquille. Les spécimens des tailles les plus grandes qui ont pu
être observés manifestent une tendance à un accroissement minime,mais net.
Fig. 6. — P.voluÜon de la vitesse aimucllc de croissance de la coquille de .Monodonln
lincdlu (i)\ CosTv) en (onclinn do la taille des animaux. Stations de C.ancnval (A). ^
Pinard (Pointe du .Mouline!) (H), de Hosco/T (C.) et de .Socoa (1)). Fin aiiseisse. classes
(aille; en ordonnde. valeur .innuelle de la croissance.
Si l’on rapproche ces résultats de ceux relevés à Dinard et à Cancaval
on peut constater qu’ils s’inscrivent dans une position inlcrinédiaire qu*
correspond à l’agitation modérée de la station de HoscolT. Déjà les Uilf^’’
maximales et lc.s tailles de plus grande fréquence notées dans la station d
Finistère avaient une valeur intermédiaire entre les t'aleurs plus fortes
de Cancaval et les valeurs plus faibles du Moulinet, l^s valeurs de la
sance annuelle, aux diverses tailles, s’intercalent de même entre lcd
Source : MNHN, Paris
c;roissanci-: i>e i.a coquille des mollusques 41
équivalents enregistrés pour les deux autres stations bretonnes. Ainsi,
pour les exemplaires de diamètre inférieur à 14 millimètres on a une crois¬
sance (le 35 millimètres à Cancaval contre 30 millimètres à RoscofI et des
valeurs allant de 20 à 6,2 millimètres à la Pointe du Moulinet. Au fur et à
mesure de l’écoulement de la vie des animaux, le ralentissement se déroule
aussi régulièrement dans les trois stations et aboutit à des valeurs de quel-
(jues millimètres pour les animaux des tailles les plus grandes (fig. 6).
Ce rapprochement des résultats obtenus à Roscolf et dans les deux
chantiers de la région de Dinard montre donc la relation existant entre
la vitesse de croissance et le degré d’agitation de l’eau. Cette vitesse est
d’autant plus rapide que la station est plus calme. Cette vitesse accrue,
qui va de pair avec une taille limite plus importante, .se manifeste dès les
plus petites tailles. Toutefois, aux approches de la taille maximale on note
un taux de croissance extrêmement réduit, équivalent quelles que soient
les conditions et qui s’annule approximativement à l’ilge où les animaux
approchent de leur disparition.
CeL effet favorable des condiÜon.s abritées s’oppose aux résultats obtenus
•sur les I^aliîlles: en elTet M. Flscher-I^ieite (1911) comparant la croissance
dans deux populations de Palella vulgata de la même région, l’une sur la
cèle ouverte, soumise à une agitation normale, l’autre en Rance, balayée
par de forts courants, constatait (|ue ces animaux, bien ((u'atteigiiant une
taille maximale ideiilique, avaient une vitesse de croissance très dilîérente
puisque celle Laille était atteinte à 15 ans sur la chie et à 5 ans on Rance.
Ces travaux précisaient l’observation de HArroN qui avait indiqué (|uc les
vagues cl .lurtout les courants étaient favorables à la croissance. Cette dif¬
férence notée par Hation entre l’action des vagues et celle des courauls
u'esl pas suflisante pour expliquer la dissemblance des résultats obtenus
sur les Xlonodonla et sur les l’atelles. Elle peut seulement en atténuer la
rigueur. Cette discussion sera reprise dans les conclusions du présent chapitre
après que les données concernant une autre espèce, lAilorim saxalilis, auront
été rapporlces.
B. — Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de Monodonta
lineata (oa Costa) de trois populations bretonnes et d'une popuialion
basque.
Los Irois stations bretonnes sont celles de Dinard, Cancaval et Iloscoiï,
'lui ont fait l’objet du paragraphe précédent. La station basque est celle
de Socoa. Le point précis où les expériences ont été réalisées se situe à
que]qiie.s kilomètres au .Sud-Ouest de la localité rie Socoa. C’est une station
rocheii.se, exposée à la forte agitation de la chte basque. I^s animaux ont
des dimensions intermédiaires cuire celies observées à RoscolT et celles de la
Rointe du Moulinet, à Dinard. La laille de plus grande fréquence ut la laille
maximale sont respectivement de 15 et de 19 millimètres.
La valeur de raccniissemeuL annuel du bord de l’ouverture de la
rnquille de Afonodonhi linenln (i»a Costa) est connue à Socoa pour les ani-
'naux ai»parlenant aux classes de 12 à 16 millimètres (Tableau 1).
Elle .s’établit à 26 millimètres pour les animaux de 12 miJliinètres,
à 24 millimètres pour (ieux de 13 millimètres, à 22 millimètres pour ceux
de 14 milliinèlres, à 20,5 millimèlrcs pour ceux de 15 millimètres et à 17 mil-
Soürce : A1AJHW, ftiris
42
JKAN M. GAILLARD
limctres pour ceux de IC millimètres. lin ce qui concerne les animaux de
plus grandes dimensions, l’estimation ne comporte pas d’incertitude, la
valeur saisonnière manquante étant celle il’unc période de faible croissance.
Les animaux de celte classe s’accroissent de 15 millimèlres par an.
Des quatre populations étudiées ce sont celles de Roscoff et de Socoa
qui ont les animaux les plus voisins par leurs dimensions. II e.st donc préfé¬
rable de commencer la comparaison par ces deux stations.
L agitaUon de la mer est jiliis forle à Socoa qu'à Roscoiï. Ainsi que
cela vient d'ètre constaté sur les càtes bretonnes, un telle turbulence a pour
elTet de réduire la vitesse de croissance. Un devrait donc s’attendre à
ce que celle-ci soit plus faible à Socoa qu’à Roscoff. Par ailleurs, nous avons
vu qu’en Rretagne, les dimensions des
éclianlillons, qu’il s’agisse de taille de
plus grande fréquence ou de taille maxi¬
male, s’échelonnent panillèlementaux
vitesses de croissance observées; les
populations aux gros animaux ayant
un plus fort accroissement. Les popu¬
lations de Socoa étant composées
d’animaux plus petits que ceux de
Roscoff, c’est un second indice d’une
croissance plus faible à Socoa.
Or, si l’on rapproche les valeurs de
la croissance, obtenues à Socoa, de
celles notées à Roscoff, on observe bien
«ne croissance plus fcrte, à Roscoff
pour les classes de taille inférieures
à 15 millimètres. Mais il n’en est plus
de même pour les classes supérieures
à celte dimension. Il y a égalité dans
les deux stations pour la classe 15 mil¬
limètres, tandis ipie, pour les cla.sses
siiiiérieures, la croissance devient plus
forle à Socoa. Celte dilîérence est le
fait d un ralentissement beaucoup plus progressif dans la station basque.
Kn ciïet les animaux des classes Ri. 17 et IK millimètres continuent de s’y
accroître de façon importante alors que. à Roscoff, le taux de croissance
s’ainemiise très brutalement. Il en résulte ijiie plus la taille est grande,
plus la différence entre les valeurs de la croissance annuelle dans l'une et
I autre station va en augmentant. De 1,»> millimèlres (20,5 et 18.9) pour
les animaux de 15 millimètres celle dilTérciice passe à 2,7 (17 et 14.3) pour
ceux (le 1(5 millimètres, puis à 4,1 (15 et 10,1) pour ceux de 17 millimètres.
Ce.s (li/Térences apparais.sent encore plus importantes, en valeur relative,
si l’on observe qu’elles sont calculées à partir de données de jilus en plus
faibles. La figure 7 concrétise cette opposition entre le ralentissement de la
vitesse de crois-sance de la coquille de Monodonla lineala (i»a Cd-sta) à Ros-
colî et à Socoa. Sachant (pie la taille maximale à Roscoff est nctlement
supérieure (23 millimètres) à celle atteinte à Socoa (20 millimètres) on
pouvait s’attendre à ce ijiie, contrairement à ce (pii vient d’iHrc noté, lu
croissance s’y poursuive, sur im rythme rapide, jiisqn'à une plus grande
taille. Il semble que les animaux de Socoa aient un accroissement rapide
fia. 7. — Comparaison «‘ntre l'évo-
lulion <ic lii vitesse île rroissunce de la
coquille de Monodonla lineala (da Costa).
scion la taille «les animaux, à Hoscoll (A)
et à Socoa (IJ). En abscisse, classes de
laillc; en ordonnée, valeur annuelle de
la croissance.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DF. LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 43
jusqu’à une taille de 15 millimètres; une fois cette taille atteinte, après
une période de croissance légèrement moins rapide, ils disparaîtraient.
Far contre, ceux de Roscolï auraient un ralentissement prématuré suivi
d’une longue période de croissance à rythme ralenti. Cette croissance lente,
mais prolongée, les amènerait à disparaître à une taille supérieure à celle
où disparaissent les animaux de Socoa.
La comparaison entre la station basque et les stations de la région de
Dinard est plus délicate en raison des dimensions nettement plus faibles
des animaux de la Pointe du Moulinet et de celles beaucoup plus fortes de
ceux de Cancaval. Dans la première de ces localités la croissance est marquée,
même pour les animaux de petite taille, par des valeurs plus faibles que
celles notées à Socoa, ce (|ui confirme les résultats obtenus précédemment
par le rapprochement des observations de Roscolï et de la station basque.
A l’opposé, les valeurs pour Cancaval se situent à un niveau légèrement
supérieur. Mais les conditions extrêmement protégées de celte station
doivent être prises en considération. C’est à ces conditions particulières
qu’est attribuée la supériorité des données relevées en ce point. Les condi¬
tions favorables à leur croissance rencontrées par les animaux à Cancaval
compenseraient leur situalion géographique. Les stations de Roscolï, et
plus encore de Dinard, septentrionales, mais non protégées, sont donc plus
directemeiU comjiarables à Socoa pour la recherche de l’elïel de la latitude
sur la croi.ssance.
Four l’évolution de la vitesse de croissance au cours du vieillissement
des animaux on retrouve dans les deux stations de la région de Dinard
une identité complète avec les ob.scrvations faites à Ro-scolï. Dans ces trois
localités, le ralcntisscnieat se fait sentir précocement et se poursuit régu¬
lièrement. Il aboutit, à la fin de la vie de l’animal, à des valeurs de crois¬
sance très réduites. A l’opposé .Socoa se caractérise, comme cela a été noté
plus haut, par un ralentissement si modéré de la croi.ssance que les animaux
disparaissent alors que leur taux d’accroissement est encore très fort. Les
questions que pose cette disparition, en pleine pro.spérilé, des animaux de
Socoa seront envisagées dans le c.liapitrc suivant consacré à la longévité.
De celte comparaison entre la croissance de la coquille de Monodonla
linealn (da Costa), sur la côte basque et dans plusieurs stations de la côte
Nord de la Bretagne il re.ssort deux indications. I.’une concerne les valeurs
absolues atteintes par la croissance, l’autre, l’évolution de la vitesse de
croissance dans le cours de la vie de l’animal.
Pour ce qui a trait aux valeurs atteintes par la croissance il a été pos-
sihle de constater que malgré la forte agitation, qui est un élément défa¬
vorable, la croissance des animaux de Socoa est plus rapide que celle des
animaux de Roscoft et de Dinard. 11 semble donc que le climat méridional
<loive être considéré comme Irès favorable à la croissance de cette espèce.
C’est à ce climat méridional que la population de Socoa devrait le fort
niveau où se situe sa croissance par rapport aux stations bretonnes étu¬
diées comparativement.
Par ailleurs, pour l’évolution de la vitesse de croissance dans le cours
de la vie de l’animal, il semble que ta population de Socoa s’oppose aux
stations bretonnes par le fait que son taux de croissance demeure important
Source : MNHN, Paris
41
M. GAILLARD
jusqu’aux plus {'raiidcs classes de taille, jusqu'aux classes mêmes où la dis-
pariLion des animaux intervient. Ceci contraste avec les animaux bretons
dont la croissance manifeste un ralentissement progressif, très important,
qui aboutit à un acrroisseineiit minime pour les animaux des classes où la
disparition se pniduit.
2*’ Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille
dans deux populations de Cibbula umbilicalis (da Costa),
l'une du Nord de la France, l'autre de la côte basque.
l.a croissance annuelle du bord de la coquille de Gibbiila umbilicalis
(üA Costa) a été étudiée aux deux extrémités des côtes occidentales de la
France. l.es deux localités sont la Pointe de la Crèche, entre Boulogne-sur-
Mer et Wimereiix, dans le Nord de la France, d’une part, et la Pointe
Sainte-Barbe, à Sainl-Jean-dc-Luz. .sur la côte basque, d’autre part.
Les deux stations sont rocheuses et normalement exposées à l’agita-
tiüii de la mer. Les classes de taille de plus grande fréquence sont celles
de 13 et 14 millimètres à Wimereiix cl celles de 11 et 12 millimètres à .Sainl-
Jean-(le-Liiz. I^s classes maximale.s .sont respectivement celles de 18 et de
Il iniliiinètres. Déjà Ciusp et l'iscHicn-PioTTi': (lO.'jy) avaient noté que
les échantillons de la côte basque étaient plus jietits que ceux des côtes de
l'Atlantique situées plus au Nord (1).
I.a croissance aniuiellc du bord de l’ouverture de la coipiüle a pu être
calculée à Wimereux pour les c.xemptaircs des classes 10 à 17 millimètres,
à Sainl-.Iean-de-Luz pour ceux des classes ü à 13 millimètres. Pour la
première slalion Ie.s valeurs de la croissance, pour ces classes, sont res¬
pectivement de ‘22,0 milliiuèlres, 22,0 millimèlres, 21,4 millimètres, 22,2 mu*
limètres, I.'),8 millimètres, 15,G millimètres, 4,0 millimètres et 3,4 mu*
limèlres. Pour la seconde station ces taux sont, dans le même ordre, ‘Ja
■26,0 millimètres, 21.0 millimètres, 18.9 millimètres, 10,3 millimèlres et
5,1 millimètres.
Pour les animaux de petite taille, la croissance se réalise à une vitcs.se
très voisine dans les deux station-s, avec une légère plus-value pour la
localité méridionale. Ainsi, pour la classe 10 millimèlres ou note 21 milh*
mètres à Saint-.Ican-ile-Luz contre 22 millimètres à Wimereux. Mais
l’examen de révolution de cette croissance pour les classes suivantes dénoie
un ralenUsscincnt rapide sur la côte basque tandis (|u’im taux imporlan
se maintient dans le Nord. Aussi, dès la classe suivante la légère supé¬
riorité s’inverse au profil de la .station septentrionale et l’on a, du Nor
au Sud, 22 millimètres contre 18,9 millimètres pour la classe 11 millimètres,
21,4 millimètres contre 10,3 millimèlres pour la classe 12 millimèlres, 22,2mi *
limèlres contre 5.1 millimètres |)oiir la classe 13 millimètres. Ce u’ost que
(1) lî. PisciiBK-l’iKTTK (101)3) èlriicl peüf obsfrviilioii. l.a liiille il‘‘ (Hbhiila
licniis e»l plus petite au l'iijs-Hasipir (II-I2 inllllinttrcs) «ju’en IlretiiKnc (15-10 n“
mètres). Hile niiitmeiile (i aouvetiii ilniis le (lomaine à rnraclèrrs aepleiilrionuiix de
Oallce (13 millimèlres) sans utU-inclre toulcfoU les ilimeiisions des animaux bretons.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
45
au-delà de la classe 15 millimètres que des taux aussi faibles que celui-là
seront observés dans le Nord de la France. Dans cette région, bien que le
taux baisse progressivement, la modération de ce ralentissement permet
à la vitesse de croissance des animaux de rester très rapide jusqu'à cette
taille de 15 millimètres. Au-delà la chute est très violente et aboutit à un
rythme de croissance aussi réduit que celui noté plus haut pour la station
basque. C’est la persistance d'un rythme rapide jusqu’au moment où inter¬
vient la chute tardive qui permet aux animaux de la station septentrionale
d’atteindre une taille aussi importante. A l’opposé, les animaux de Socoa
manifestent un ralentissement précoce et continu qui les amène, alors
que leur taille est encore très réduite, à des taux de croissance minimes
qui nécessiteraient une longévité extraordinaire pour amener les animaux
aux dimensions des spécimens composant les populations du Nord de la
France (fig. 8).
Fig. 8. — {évolution de la vitesse annuelle de croissance de la coquille de Gibbala
umbUicalii (da Costa) en fonction de la taille des animaux. Stations de Wimereux (A)
et de Sainl-Jcan-dc-Luz (B). Kn abscisse, classes de taille; en ordonnt-e, valeur annuelle
de la croissance.
La croi.ssance de la coquille des animaux des populations septentrio¬
nales de Gibbula iimbilicalis (da Costa) sc caractérise par la persistance
d’un taux important, en dépit du vieillissement. La modération du ralen¬
tissement progressif permet aux animaux d’atteindre de grandes tailles
avant que la chute brutale de la vitesse de croissance, qui précède la mort,
n'intervienne. A l'opposé chez les populations ba.squcs on note un ralen¬
tissement précoce et rapide dont le résultat est la faible dimension atteinte
par les animaux.
MfiMoiiiEK DU Muséum. - Zoologib, i. XXXVlii. 4
Source : Mh}HN, Paris
3" Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille
de Gibbula pennanti (Philippi)
sur les côtes de Bretagne et sur les côtes du Pays Basque.
La croissance de la coquille de Gibbula pennanli (Philippi) a été étudiée
eu lirelagiie, d’une pari, et sur la côte basque, d’autre part. Les stations
prospectées en Hrctaqne sont celles de Hoc’hiliévec et de Cléder, dans la
région de Roscoff et celle de Saint-Enogat dans la région de Dinard. Sur
la côte basque ce sont les populations de Saint-.Ieau-dc-Luz et de Socoa
qui ont fait l’objet des observations.
Les matériaux de cette espèce ont été récoltés, en lin d’expérience,
avec un pourcentage de perte de beaucoup supérieur à celui constaté d’ordi¬
naire. C’e.st ce qui a jirovoijué la multiplication des localités étudiées dans
chacun des domaines côtiers envisagés.
Classes de taille
8
g
10
II
12
13
Gibbula cinrron'ti
Dinurd
14.0
n.g
8,U
9.0
5,0
Gibbula pennanli
Dinard
aG.o
a2,i)
21.8
18.1
15.9
Gibbula pennanli
KoscolT
ao.ü
31,3
19,:<
7.1
Gibbula pennanli
aider
31.0
28,6
17.0
6,1
Gibbula penrian/i
Saint-Jean-(le-l.u/
12,11
11,0
8,0
Gibbula pennanti
10,7
7,7
Tahleaü 2. — Vuicur moyenne, en mllliiuèlres, Ue la croissance iiiiiiuelie du bord dr
l’ouverture de la coquille de Gibbula cinerariti (I.tSNr.), en IJrelugne, el de Gibbula
priiiwnli (Pnii.ii'pi) en lirelagne et au Pays Hasque.
Les animaux des populations de HreLagne ont des dimensions supe*
Heures à celles des animaux des populations basques; c’est une observation
qui a été faite précédemment pour Gibbula umbilirali.i (da Costa). ^
Dinard la classe de plus grande fréquence est celle de 11-12
la classe de taille maximale est de 14 millimètres. A Roscofî-Hoc’hlliév®^
ces données sont de 14 et 16 millimètres; à Cléder. elles .sont de 13 et 15 md-
liraètres. La taille de plus grande fréquence est de 11 millimètres pour les
deux stations basques, leur classe de taille maximale est de 12 milüniètres
(Tableau 2).
Source : MNHN, Paris
CKOISSANCK DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
47
A Dinard, la valeur de la croissance annuelle du bord de l’ouverture
de la coquille est connue pour les classes de 9 à 13 millimètres. Dans les
deux stations de la région de RoscolT elle a pu être déterminée pour les
classc.s de 11 à H millimètres. Ces valeurs sont pour Dinard de 36 milli¬
mètres pour la classe 9 millimètres, de 3'2 millimètres pour la classe 10 mil¬
limètres, de 21,8 millimètres pour la classe 11 millimètres, de 18,4 milli¬
mètres pour la classe 12 millimètres et de 15,9 millimètres pour la classe
13 millimètres. A Roscon-Roc’hlliévec on a dans le même ordre pour les
classes 11 à 14 millimètres, 30 millimètres, 31,3 millimètres, 19,3 milli¬
mètres et 7,4 millimètres. Knfm à Cléder-Ann’Annec, pour les memes
classes de taille, on a 34,0 millimètres, 28,6 millimètres, 17,6 millimètres et
6,1 millimètres. Pour Sainl-Jean-
dc-Luz les valeurs connues
concernent les classes 10 à 12
millimètres, elles sont de 12,9
millimèlres. 11,0 millimètres
et 8,0 millimètres tandis qu'à
Socoa on a pour les classes
10 et 11 millimètres, 10,7 et
7,7 millimètres. Cette
juxtaposition des valeurs de la
croissance en Bretagne et au
Pays Basque permet de constater
l’énorme différence qui les sépare.
Cette croissance atteint, ou dé¬
passe, 30 millimètres dans toutes
les stations bretonnes, alors
qu’elle est loin d’atteindre la
moitié de cette valeur dans les
stations bas(|ues. Ces valeurs de la
iroissance annuelle de (iibbulii
/tennanli (Philippi) dans tes
trois stations bretonnes sont
les plus fortes valeurs observées
dans ce travail. Elles peuvent
être imputées à des phénomènes de divers ordres. Il ne peut s’agir d'un
caractère particulier à l’espèce en question, puisqu’en d’autres stations,
celles du Pays Basque, sa croissance y est bien moins forte. Il ne peut non
plus être question d’un caractère particulier à ces stations puisque les popu¬
lations d’autres espèces y ont une croissance normale. La présence de
catégories juvéniles, à forte croissance, dans les lots incriminés ne peut pas
être retenue, outre le fait que les éléments jeunes de Gibbula pennanli
(Pmilippi) sont assez difficiles à découvrir et très rares dans nos lots, le
seul examen des vitesses de croissance des animaux de toutes classes de
taille de Dinard, par exemple, montre que, même au voisinage de la taille
maximale, ce taux de croissance demeure supérieur à ce qu’il est à Saint-
•Ican-dc-Liiz ou à Socoa pour les animaux appartenant aux plus petites
classes de taille (fig. 9).
Il est difficile d’admettre que cette espèce méridionale bénélicie dans
de telles proportions d’un climat septentrional; elle est, en Bretagne, Irè.s
près de la limite Nord de son extension. II semble douteux que celle pros-
I L
Km. 9. — fivoluLion <le la vitesse annuelle
de iToissance de la coquille de üibbula
pennanli (Fiiiui'i>i) en [oiicUon de la taille des
animaux. Stations de Dinard (A), de Cléder
(B) et de Sainl-Jeaii-de-Lur. (C). Kii abscisse,
classes de taille; en ordonnée, valeur annuelle
de la croissance.
Source : MNHN, Paris
18
JEAN M. GAU.LAHD
porité puisse se rattacher directement aux conditions climatiques. Aussi
a-t-il paru plus vraisemblable de rapprocher la très forte croissance de
Gibbula pennanli (Piiu.im’i) du voisinage des champs de Fucacces et de
Laminaires, voisinage dont ne bénéficient que les populations bretonnes.
Au contraire la croi-ssance modérée des animaux de la côte basque va de pair
avec l’absence de ces vastes peuplements de Phéophycées dans ce secteur
côtier. Or ainsi (|ue l’ont déjà signalé plusieurs travaux (E. Fischeb-Pif-tte
et J. M. Gaillakd, 1956; K. Hakker, 1959) certaines populations de
Gibbula pennanli (Pnn.ipm) paraissent fortement inféodées à ces algues.
Gibbula pennanli n’est pas la seule espèce pour laquelle cette proximité
des l'ucacées semble bénélique. E. FisciiEK-PiErrE (1941) rapproche les
valeurs de la croissance concernant des populations de Palella vulyota
vivant ou non à proximité de ces Phéophycées. Il note ainsi la croissance
nettement plus forte des animaux bénéficiant de ce voisinage. Ceux-ci
atteignent 14, 20, 21, 30,5 et 36 millimètres à un, deux, trois, cinq et neuf ans
alors que sans l’ucacées les dimensions atteintes sont de 11,5, 15,.5, 19 et
25 millimètres à un, deux, trois et cin(( ans (la longévité est, elle aussi,
considérablement en augmentation). Ces expériences sont réalisées sur des
chantiers très voisins, l’un garni de petits cirripèdes, l’autre toujours sur
les cirripèdes mais à la limite des Fucacées. Pour les Coques, Kreger (1940)
constate un effet inverse. Il observe en elîet que la présence de Phanérogames
marines ou d’algues en quantité notable a un rôle négatif sur la croissance.
Il estime que ces organismes récoltent les détritus ou le plancton et jouent
ainsi un rôle concurrentiel vis-à-vis des animaux filtreurs. Ce raisonnement
de Kricger vient à l’appui de l'hypothèse avancée ici. Cette fixation des
éléments mobiles par les végétaux si elle nuit aii.x liltreurs est avantageuse
aux rApeurs que .sont les Gibbula pennanli.
4" Étude de la vitesse de croissance de la coquille
de Gibbula cineraria (Linné)
Une seule population de Gibbula cineraria (Linné) a fait l’objet d’obser¬
vations; c’est celle de la station des Grands Vidés à Dinard-Saint-Eiiogat.
La classe de plus grande fréquence est celle de 10 millimètres, la classe de
taille maximale de 13 millimètres. La valeur annuelle de la croissance du
bord de l’ouverture de la coquille a été calculée pour cinq classes de taille.
Elle s’élève à 14,0 millimètres pour la classe 8 millimètres, à 11,9 milh"
mètres pour la classe 9 millimètres, à 8,9 millimètres pour la classe 10 mil¬
limètres, à 9,0 millimètres pour la classe 11 millimètres et à 5,0 millimètres
pour la rla.sse 12 millimètres.
Celle espèce vit à un niveau très voisin de celui de Gibbula pennanli
(Philipi’i) mais on ne la trouve pas comme cette espèce sur les thalles mêmes
des Phéophycées. Elle se localise plutôt, et c’est le cas de la population
étudiée ici, à la face inférieure des blocs ou blocailles et dans le.s anfrac¬
tuosités de pans rocheux plus ou moins inclinés. Sa croissance est trfô
inférieure à celle de Gibbula pennanli (Pmi.ii*i*i). En valeur absolue elle
n'atteinl même pas la moitié des données concernant les populations bK'
tonnes de celle espèce. La comparaison avec la vitesse de croissance d
Source : MNHN, Paris
CROISSANCH DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
Gibbala ambilicalis (da Costa) qui vit dans le même secteur géographique
mais à un niveau supérieur amène à des conclusions identiques. Les données
que nous avons pour cette dernière espèce concernent le Nord de la France
et la côte basque ; mais leur parenté pour les classes de petites tailles permet
de comparer ces valeurs avec celles établies pour ctnerarfa. Pour la classe
10 millimètres les populations de Gibbala ambilicalis (da Costa) du Nord
ont une croissance de 22 millimètres, celles de la côte basque, 18,9 mil¬
limètres, pour Gibbala cineraria (Linné) nous avons noté 8,9 millimètres.
Les populations de Gibbala pour lesquelles une croissance aussi lente que
celle de Gibbala cineraria a été notée sont celles de Gibbala pennanti
(Pmi.ippi) des côtes basques. Le rapprochement de ces données permet
d’ob.servcr le parallélisme des valeurs maximales, et l’évolution identique
avec l’âge, de la croissance de ces populations. Les valeurs sont de 12,9 mil¬
limètres, 11,0 millimètres et 8,0 millimètres pour Gibbala pennanti
(Piiilipi'i) à Saint-Jean-de-Luz contre 14,0 millimètres, 11,9 millimètres,
8,9 millimètres, 9,0 millimètres et 5,0 millimètres, pour Gibbala cineraria
(Linné) à Dinard,
Si l’on examine rensemble des valeurs de la croissance obtenues poul¬
ies dilîérentes populations, du genre Gibbala, étudiées, il semble que les
taux réduits, notés pour Gibbala pennanti (Philippi) dans les stations
basques et pour Gibbala cineraria (Linné), à Dinard, puissent être oppo.sés
à ceux de Gibbala ambilicalis (da Costa) et à ceux des populations bre¬
tonnes de Gibbala pennanti (Philippi). Un paragraphe prochain, consacré
à Lillorina saxatilis (Olivi), décrira la croissance accélérée des populations
de haut niveau de cette espèce, il est permis d’ébaucher l’hypothèse que
Gibbala ambilicalis (da Costa) peuplant un domaine plus élevé est aussi
favorisée par rapport à Gibbala cineraria (Linné), tandis que, d’autre part,
les populations de Gibbala pennanti (Philippi) bretonnes bénéficieraient
quant à elles de la présence des champs de Phéophycées.
5" Croissance de Littorina saxatilis (Olivi)
l/extrCmc polymorphisme de Littorina laxalilis (Olivi) rend obligatoire pour
chaque population étudiée la précision de la variété à laquelle elle appartient. Ces variétés
seront décrites et llgurées dans le deuxième paragraphe du quatrième chapitre de ce
travail. Toutefois alln d'éviter d'.ivolr recours à celte partie du travail, en cours de consul¬
tation du présent chapitre, le nom de la variété y sera accompagné de quelques mots
indiquant le caractère essentiel de la coquille des animaux, des populations examinées.
Les populations de Littorina saxatilis (Oi-ivi) étudiées ici se répartissent
entre la côte Nord de la France, la région de Dinard et la région de Roscolï.
Deux stations ont été étudiées dans le Nord de la France, ce .sont :
le Gris-Nez et la iia.se de la jetée de la Crèche, à l’est de la rade de Roulogne-
sur-Mer. Dans la région de Dinard, une station, de niveau très élevé, a
été étudiée à la Pointe des Vidés à Saint-Enogal, deux stations, l’une à
Un niveau élevé, l’autre à un niveau moyen ont été choisies à la Pointe du
Moulinet, à l'embouchure de la Rance. Enfin, la quatrième station de ce
secteur est localisée à cinq kilomètres de l’embouchure de la Rance dans
station trè.s protégée de Cancaval. Dans le Finistère les localités se situent
l’une à RoscofT, sur la côte orientale de la Pointe de Bloscon au lieu-dit
Source : MNHN, Paris
50
JEAN M. GAII.LARD
Hoc’hllicvec; l'autre plus à i’Ouesl, au lieu-dit Ann’Annee, au Nord de
Cléder.
La comparaison d’un aussi grand nombre de stations ne pouvant âtrc
envisagée d'emblée, l’exposé sera morcelé et les stations regroupées pour
un certain nombre de comparaisons partielles.
Classes de taille (Diamètre de la coquille,
en millimètres
10
11
12
13
14
15
Gris-N'ez
12,8
12.8
12,8
10,4
6.5
3.5
Boulogne
19.6
16,4
23,2
16,8
15,8
12,2
12,0
12.0
Uinard-Salnt-Bnogal
I’2,5
13,6
11,5
7.7
5,3
Uiiiard-Lc Mouliiii-t,
niveau élevé
13,0
13.0
0,6
8,0
Ulnurd'Le Moulinet,
niveau moyen
8,8
:>,!
4.4
4,6
Cancavat
17.’2
14,5
16,0
11,7
3,7
2,8
2.1
Roscod-Roe’h lllévee
Iü,3
8,9
6.9
5.0
2.0
1.8 1
Cléder-Aim'Annec
16,0
14,6
11.1
11,6
9,3 1 3.7
3.7
Tabneau 3. — Voleur moyenne de la rroissance annuelle du bord de l’ouverture
de la coquille de Liltorino saxalillt (Ouvi).
L’examen des résultats obtenus à Dinard dans les deux chantiers de
la Pointe du Moulinet et dans le chantier de la Pointe du Vidé permettra
d’établir le rôle de la position cotidalc, occupée par les populations, sur leur
vitesse de croissance. Les données oblenue.s dans les localités plus ou moins
agitées du Gris-Nez, du Moulinet et de RoscolT, confrontées respecLivemen
à celles des stations protégées de Boulogne, de Laiicaval et de Cléder,
neront la possibilité d’examiner les rapports existant entre l’agitation
l’eau et raccroissement de la coquille. Les mêmes points opposés scion
leur latitude permettront une approche des rapports existant entre le clima
et la croissance. Iinlin dc.s observations faites dans lu majorité des station-'^
établiront les relations liant la maturité sexuelle et le taux de la croissance.
A. — Comparaison de stations voisines ne différant que par leur niveau cotidal.
11 s'agit de deux points situés à quehiues dizaines de mètres 1 un
l’autre, à la Pointe du Moulinet, à Üinard; l’un et l’autre sur rocher den^
sèment couvert de Cirripèdes. Les Lillorina saxatilis (Olivi) sont, da
l’un et l’autre cas, de petite taille (classe de taille maximale, 8 millinU'*''' ’
classe de plus grande fréquence, 5 millimètres). I.eur sculpture est du lyP
Source : MNHN, Paris
CROISSANCIC Hli LA COgi lLLK DES MOLLUSQUES
51
jugosa, caractérisé par des côtes aiguës, peu nombreuses; leur coloration
va du blanc jaunôtre au brunâtre. Le chantier de niveau élevé se localise
à la limite supérieure du domaine couvert densément par Chlhamalus
slellaliis (Poli). Le chantier de niveau moyen est placé à la limite inférieure
de la zone couverte densément d’une population mixte de Chthamaliis
stellatus (Poli) et de Balanus balanoides (Linné).
11 a été possible de calculer la valeur annuelle de la croissance des
classes de taille 4, 5 et 6 millimètres, dans les deux stations (Tableau 3).
Pour la plus élevée, la croissance annuelle moyenne pour ces catégories,
a été respectivement de 13,0 millimètres, 9,6 millimètres et S,0 millimètres,
tandis qu’au niveau moyen, elle n’était, pour les mêmes catégories, que
de 8,8 millimètres, 5,1 millimètres et 4,4 millimètres. Dans l’un et l’autre
cas, malgré l’aspect fragmentaire des résultats, qui n’ont permis de calculer
que la valeur annuelle de la classe 7 millimètres, au niveau moyen, il semble
pour les tailles supérieures, que la croissance se poursuive, quoique plus
ralentie encore, jusqu’à la disparition des animaux.
Ainsi les populations des niveaux supérieurs semblent bénéficier d’une
croissance plus rapide que celles localisées plus bas dans la zone interco-
lidale. La vitesse de croissance est inversement proportionnelle au temps
d’immersion, ce qui paraît étonnant, à première vue, pour des animaux
marins.
Une troisième population a été étudiée dans la même région. Sa loca-
lisalion, à un niveau supérieur à celui des deux chantiers qui viennent
d’Otre examinés, incite à faire le rapprochement des résultats obtenus.
Toutefois, la population en elle-même et la station différant nettement des
précédentes, il a paru préférable de ne l’introduire que plus tardivement
dans la comparaison.
11 s’agit d’une population de IMlorina saralilis (Olivi) située au-dessus
du domaine des Chlhamalus, ce qui déjà nuit à une comparaison parfaite;
elle appartient de plus à une variété de couleur particulière (var. rfiôra).
I^es échantillons sont plus grands que ceux des deux autres populations
(classe de plus grande fréquence : 6 millimètres, taille maximale : 9 milli-
mèlres). Celte station se situe à quelques kilomètres des précédentes à la
Pointe des Vidés de Saint-Knogat,
La croissance annuelle du bord de la coquille a été établie pour les
exemplaires ayant de 4 à 8 millimètres (Tableau 3). lülle est de 12,5 milli¬
mètres pour les exemplaires de la classe 4 millimètres, de 13,6 millimètres
(1) pour ceux de la classe 5 millimètres, de 11,5 millimètres pour ceux de
la classe 6 millimètres, de 7,7 millimètres pour ceux de la classe 7 millimètres
et de .5,3 millimètres pour ceux de la classe 8 millimètres. Ces valeurs se
révèlent être supérieures à celles du chantier le plus élevé du Moulinet.
Ainsi, l'étude de la croissance de la coquille de ces animaux, d’un chantier
situé sensiblement plus haut que le chantier le plus élevé du Moulinet,
renforce l’observation faite dans cette station. Les valeurs de la croissance
(1) l.n valeur de 13,6 millimètres notée pour la classe S milllmèlres ne peut passer
Inaperçue, elle est supérieure à la valeur qui la précède et vient b l’encontre du ralentisse¬
ment de la vitesse de croissance avec l'âge des animaux. Ce phénomène qui se inanifeslc
dans d'autres stations sera analysé ultérieurement.
Source : MNHN, Paris
52
JEAN M. GAILLARD
de dilîérenles populations de Lillorina saxalilis (Olivi) situées à des niveaux
cotidaux diiïérents s’échelonnent dans l’ordre même des ces niveaux coti-
daux. Plus une population occupe un niveau élevé, plus sa croissance est
rapide.
Déjà Berry (IDlil) a noté, pour la môme espèce, cet aspect favorable
à la croissance présenté par les niveaux cotidaux supérieurs. Mais il l’attri¬
buait aux conditions très particulières de la station qu’il étudiait, les animaux
des niveaux élevés y rencontrant des conditions permanentes de protection
contre la dessication supérieures à celles des niveaux inférieurs. Ce n’est
pas le cas ici. Les conditions sont à ce point de vue tout à fait normales, les
animaux des niveaux hauts sont de beaucoup plus exposés à la dessiccation.
Fischer-Piettf. (1941) notait une croissance équivalente pour les Palella
vulgata de niveaux diiïérents. Par ailleurs les auteurs (cf. Historique) ont
établi pour diverses espèces de Cirripèdes le rôle positif de la durée de
l’exondation dans certaines conditions. S’il paraît surprenant qu'un animal
marin rencontre des conditions plus favorables dans la partie supérieure
de la zone du domaine de balancement des marées qu'il habite, il faut
préciser pour Lillorina saxalilis que cette espèce poursuit une certaine activité
(copulation, déplacements) à marée basse (au moins, tant que l’humidité
demeure suffisante).
B. — Comparaison de stations situées dans le même domaine géographique
mais plus ou moins soumises à l'agitation ou aux courants.
Dans chacun des trois domaines prospectés, Finistère, région de Dinard
et Nord de la France, deux stations ont été choisies, l’une comme relati¬
vement exposée à l’agitation de la mer et aux courants, l’autre comme
relativement protégée. Dans la première catégorie se trouvent : dans le
Finistère, Roscoff-Hoc'hiliévec; dans la région de Dinard, les stations
de la Pointe du Moulinet; dans le Nord de la l'rance, le Gris-Nez. Dans
la seconde catégorie se trouvent : dans le Finistère, Cléder-Ann’Année;
dans la région de Dinard, la station extrêmement calme de Cancaval, enfin
dans le Nord de la France, la base de la jetée de la Crèche à Boulogne-sur-Mer.
Précisons que les qualificatifs « exposé » ou « calme » n’ont qu’une valeur
relative pour les deux stations d’une môme région.
a) Slalions finislériennes.
La station de Roc’hiliévec, située près de RoscofT, sur le flanc oriental
de la Pointe de Hloscon, n’est pas à proprement parler une station battue,
mais elle est localement parmi les points, d'accès pratique, qu'approche
l'isobathe 10 mètres, son rivage est assez abrupt, aucun écueil ne la sépare
de la mer ouverte. A Cléder-Ann’Annec le point choisi pour les chantie^
est au contraire localisé à l'abri d’un Ilot rocheux et du tombolo qui rcha
celui-ci à la côte, dans un .secteur de côte très sableux, d’estran étendu.
Dans les deux stations les coquilles ont une fine sculpture (variété
nidissima) et .sont approxiinalivement do môme taille (la classe de pins
grande fréquence est celle de 8 millimètres à Boscoiï, celle de 10 millim^’I^®®
à Cléder, la taille maximale esl de 13 millimètres dans les deux jmpulations)-
Source : AlfJHW, Paris
CnOISSANCE DK LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
53
La croissaace annuelle a pu être calculée pour les classes de taille
de 5 à 10 millimètres à Roscofî et pour celles de 6 à 12 millimètres à
Cléder (Tableau 3). Dans la première de ces stations la croissance annuelle
s’échelonne, selon les classes de taille, de 10,3 millimètres à 1,8 milli¬
mètre, avec pour valeurs intermédiaires, 8,9 millimètres, 6,9 millimètres.
Fio. 11). — révolution de la vitesse annuelle de croissance de la coquille de I.illarina
saxalilis (Olivi), en loncllon de la taille des animaux. Stations de Roscon-Hoc’hlliévec
(A) et de Cléder - Ann’Année (B). En abscisse, classes de taille; en ordonnée, valeur
annuelle de la croissance.
5,0 millimètres et 2,0 millimètres. Pour la seconde localité elle atteint,
selon les classes, entre 16,0 millimètres et 3,7 millimètres avec pour valeurs
intermédiaires 14,6 millimètres, 11,1 millimètres, 11,6 millimètres (1),
9,3 millimètres et 3,7 millimètres. La vitesse de croissance pour les
animaux des petites classes de taille est le double à Cléder de ce qu’elle
est à Roscoiï; soit 16,0 contre 8,9 pour la classe 6 millimètres, 14,6 contre
6,9 pour la classe 7 millimètre.s, 11,1 contre 5 pour la classe 6 milli¬
mètres. La proportion devient bien supérieure encore pour les animaux
des tailles supérieures, 11,6 contre 2 pour la classe 9 millimètres, 9,3 contre
1,8 pour la classe 10 millimètres. C’est au niveau de la classe 9 milli¬
mètres que se remarque l’important ralentissement de la croissance des
animaux de RoscofT, ralentissement qui ne se fera sentir qu’à partir de la
classe 11 millimètres à Cléder (fig. 10).
De l’étude de la vitesse de croissance de la coquille dans ces deux
localités il semble ressortir que la vitesse de croissance des animaux de
Cléder, station protégée de l’agitation, est, d'une part, nettement plus
importante que celle des animaux de Roscofî, pour les classes de petite
taille, et subit, d’autre part, un ralentissement de vieillissement beau¬
coup plus inociéré, ce qui pennet aux animaux d’accéder à des tailles
supérieures.
(1) Voir note iufrapagiiiatc page 51 et paragraphe D. — Hclallon entre la maturité
Sexuelle et la vitesse <le croissance, page 58.
Source : AlfJHM, Paris
51
JICAN M. (lAII.l.ARD
h) SIdlioris de lu région de Dinard.
La popiilalion de Lillorina saxalilis (Olivi) de ia pointe du Moulinet
a déjà fait l'objet de notre étude par niveaux cotidaux. Rappelons cependant
i|ue cette station se situe i Dinard, à l’einboucluire de la Rance et est, de
ce fait, balayée par de forts courants de marée. Au contraire, la station de
Cancaval se trouve en Haiicc, à cinq kilomètres de rcniboucbure, dans
une indentation, éloignée de tout courant, en retrait d’un épais banc sédi-
inentaire. Ce groupe de stations a déjà été utilisé pour une autre espèce
Monodonla lineata (da Costa), espèce avec laquelle une comparaison peut
de ce fait, être réalisée.
Les animaux de Dinard sont de très petite taille (classe de taille
maximale 8 millimètres, classe de plus grande frctincnce 5 millimètres)
et orné.s de côtes aiguës (var. jugosa). A l’opposé, ceux de Cancaval sont
de très grande taille (classe de taille maximale 15 millimètres, classe de
plus grande fréquence 15 millimètres) et leurs côtes sont aplaties
(var. compressa de la sous-espèce nigrolineata, selon Dautzenckho et
FismiER, 1912). Les premiers vivent sur rocher peu anfractueux couvert
<le Cirripèdes, les .seconds sur la face inférieure de blocailles formant une
bande très irrégulière dans la zone de contact entre le rocher in silu et le
banc de vase qui occupe le niveau inférieur. Seuls (|uclques très gros
spécimens se hasardent sur le rocher en place. Cette population de Cancaval
est localisée, mais assez abondante, de véritables «nichées)) de vingt ou trente
individus pouvant trouver place sous un bloc gros comme deux poings.
La densité des animaux du Moulinet est exceptionnelle puisqu’elle atteint
mille animaux au mètre carré. En rai-son de leur nombre les classes de taille
de Cancaval ont été regroupées.
La croissance annuelle est connue à Cancaval pour les animaux compris
dans les classes 5-7 millimètres, 8-9 millimètres, 10-11 millimètres, 12 mil"
liinètres, 13 millimètres, 11 millimètres et 15 millimètres (Tableau 3). EU®
s’élève respectivement pour chacune de ces catégories à 17,2 millimètres,
14,5 millimètres, 16 millimètres (1). 11,7 millimètres, 3,7 millimètres, 2,8 inil-
limèlres et 2,1 millimètres.
Ainsi, de 5 à 11 millimètres la croissance se maintient à un fort niveau,
une baisse sensible se fait sentir pour les spécimens de 12 millimètrc-s, 1®
niveau diminue plus nettement encore pour les individus de la classe 13 mil-
liinèlres, puis le ralentissement devient moins marqué pour les classes
14 et 15 millimètres. Four ces dernières se manifeste une croissance .sinon
importante du moins très nette puisqu’elle est de plusieurs millimètics
])ar an.
Il ii’cst pas utile de reprendre l’examen détaillé de la croissance des
populations de la Pointe du Moulinet, examen déjà fait précédemment
(page 50). Rappelons les valeurs obtenues dans les deux chantiers de cette
station. Au niveau élevé, pour la classe 4 millimètres, 13 millimètres; pour
la classe 5 millimètres, 9,(5 millimètres; pour la classe 6 millimètres, 8 mu-
liinètres. Au niveau moyen pour la classe 1 millimètres, 8,8 millimètres,
pour la classe 5 millimètres, 5,1 millimètres; pour la classe 6 millimètres.
(() V'üir iiutr [nrrapuKiiiali.- paj{c 51 et puraKniphe I). — Itelatirm c-nirc la inaUirUé
scxii.'llv l'I la viles»; <le croisBance. pane .58
Source : MNHN, Paris
cRoissANcr-; üe la coquille des mollusques 55
1,4 millimètres et pour la classe 7 millimètres, 4,6 millimètres. Soit im
échelonnement des valeurs allant de 13 millimètres à 4,4 millimètres à
opposer à un éventail beaucoup plus large à Cancaval puisque celui-ci
va de 17,2 à 2,1 millimètres; mais il faut préciser, sans que cela diminue
en rien le contraste, bien au contraire, que le nombre de valeurs intermé¬
diaires est bien plus grand à Cancaval qu’au Moulinet et qu’il le serait
bien plus encore si celles-ci n’avaient été regroupées. Du fait de la grande
différence de taille qui existe entre les animaux de Cancaval et ceux du
Moulinet, peu de classes de taille trouvent leur équivalent dans l’autre
station; on peut cependant comparer les animaux ayant entre 5 et 7 mil-
limèlres. Ils grandissent de 17,2 millimètres à Cancaval contre la moitié
de celle valeur au Moulinet - niveau élevé (8 et 9,6 millimètres) et le quart
au Moulinet - niveau moyen (4,4 et 5,1 millimètres). Lorsque les spécimens
de Cancaval atteignent et dépassent 12 millimètres leur croissance ralentit
très fortement sans tomber toutefois à un taux d’accroissement aussi faible
<(ue celui des animaux du Moulinet ayant une taille moitié moins grande.
Fio. 11. — ÊvoluUon de la vilessc annuelle de la croissance de la roquille du
l.iltorina saxatilis (Olivi) un fonction de la Laillu dus animaux. Stations du Dinard,
l’ointe du Moulinet (variété jugosa) niveau moyen (A) et niveau élevé (B); Slaliou de
Cancaval, ilanee (variété compressa) (C). lîii abscisse, classes de tnille; en ordonnée,
videur annuelle de la eroissimce.
La station abritée de Cancaval se révèle donc comme plus favorable
à une croissance rapide de la coquille de Littorina saxalilis (Olivi) que la
station du Moulinet exposée aux courants. On peut noter de plus, qu’au-
delà de la période de forte croissance, les animaux de Cancaval poursuivent
une longue existence marquée par une croissance ralentie; par contre,
au Moulinet, le ralentissement est beaucoup moins net, jamais les animaux
n’atteigncnl un taux d'accroissement aussi faible, ils disparais,sent avant
(lig. II).
Le fait essentiel de celte comparaison entre la croissance des animaux
du Moulinet (point exposé à de forts courants) et celle des animaux de
Cancaval (point extrêmement calme) est le taux plus élevé, dans cette
dernière station, de la vitesse de croissance de la coquille, caractère déjà
note pour les deux slalions fmislériennes.
Source : MNHN, Paris
56
JEAN M. G,\11.LARD
Celle plus grande importance du taux d’accroissement dans les stations
de mode protège avait déjà été notée précédemment pour Monodonla lineala
(da Costa). Ainsi pour ces deux espèces les animaux de la station abritée
de Cancaval .semblent avantagés pur rapport à ceux des stations exposées
aux courants. On retrouve au cours de la vie de lAttorina saxalilis (Olivi)
à Cancaval ce ralentissement très progressif de la croissance déjà signale
pour Monodonla lineala (oa Costa). Les animaux de grosse taille qm
composent les populations de Monodonla et de Lillorina de la station de
Cancaval devraient donc ces dimensions d’une part, à une croissance rapide,
dès le début de leur existence, d’autre part, à la persistance de fortes valeurs
de croissance alors que leur taille est déjà supérieure à celle des animaux
des stations de la côte ouverte. Cependant ces deux populations dilTèrent
profondément par leur densité. .'\Jonodonla lineala (im Costa) est très
clairsemé et l’on ne peut guère en trouver plus d’un individu par lô mètres
carrés tandis que Lillorina saxalilis (Oi.ivi) bien que localisé est extrêmement
dense (une dizaine d’échantillons sous un bloc couvrant un décimètre carré).
c) Slalions du Nord de la France.
Les populations de Lillorina saxalilis (Oi.ivi) étudiées dans le Nord
de la France sont celles du üris-Xez et de Boulogne-sur-Mer. Au Gris-Nez
la station choisie se situe sur de gros blocs de plusieurs mètres cubes .sans
aucune protection contre la mer. A Boulogne, au contraire, la station est
localisée à la base de la jetée de la Crèche qui ferme la rade vers l’Lst.
L’ensemble portuaire protège le flanc occidental des chantiers tandis qu'une
avancée rocheuse en protège le flanc oriental.
La classe de taille maximale est celle de 13 millimètres pour les deux
localités, mais elle est plus fréquemment alleintc à Boulogne qu’au Gris-Nez;
les classes de plus grande fréquence sont, à Boulogne celle des exemplaires
de 7-8 millimètres et an Gris-Nez celles de 5-7 millimètres (Tableau 3).
Dans les deux stations, la sculpture des coquilles est du type riidissima
caractérisé par des côtes nombreuses mais peu marquées et souvent
irrégulières.
La croissance annuelle a pu être calculée pour six classes de taille au
Gris-Nez, celles de 'l à 9 millimètres, et pour liuit classes de taille à Bou¬
logne, celles de .'i à 12 millimètres. Lc-s valeurs obtenues sont, pour la pre¬
mière de ces stations, cl respectivement pour chaque classe de taille, 12,8 mü*
limètrcs, 12,8 millimèlre.s, 12,8 millimètres, 10,1 millimètres, C,r) millimètres
et 3,5 millimètres. Pour la .seconde station ces valeurs .sont de lO.O milli¬
mètres, 16,4 millimètres, 23,2 millimètres (I), 16,8 millimètres, 15,8 mil¬
limètres, 12,2 millimètres, 12,0 millimèlres et 12,0 millimclres. Nous
retrouvons ici le même résultat (pie celui olnservé <lan.s les .stations des
deux .secteurs de la côte Nord de Bretagne. l.a crolssanrc de la cocjtiille
de Lillorina sa.ralilis (Oi.ivi) se fait .selon nn rythme jiliis rapide dans les
slalions abritées que dans les slalions battues.
La conclusion des observations faites à Dinant, puis dans la région de
BoscofT, se trouve donc vérifiée dans les stations du Nord de la i■'^lncc.
Qu’il .s’agisse de comparaison entre des |)oiiils exlrêmenient ilifTérents,
(t) Voir noie infrapafiinalc paKc 51 pI paruftruphe I). - Hi'liilloii l'iilrt In muUiril^
scxui-Ile rt lu vitutse de (Toissuncc, paxe 5K.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE I.A COQUILLE DES MOLLUSQUES
57
comme l’étaient la Pointe du Moulinet et Cancaval, ou de points dont l’oppo¬
sition est moins importante, comme ceux de RoscofT et de Cléder ou de
Boulogne et du Gris-Nez, les résultats sont les mêmes. Le mode battu ne
semble pas favorable à la croissance de Liliorina saxatUis (Olivi). C’est dans
les stations protégées que les plus fortes valeurs de la croissance sont notées.
C. — Comparaison de populations vivant sous des climats différents.
Ce sont des populations de Bretagne et du Nord de la France qui seront
l’objet de cette comparaison.
Les deux paragraphes précédents ont montré l’inlluence importante
Jouée par le niveau cotidal, d’une part, et par l’agitation, d’autre part,
sur la croissance de la coquille de Liliorina saxalilis (Olivi). Au moment
d’envisager la comparaison de populations vivant sous des climats différents
il .semble donc plus pratique de traiter séparément les stations abritées et les
stations battues ou parcourues par des courants. La digue de la Crèche,
à Boulogue-sur-Mer, Cancaval et le chantier protégé de Cléder feront l’objet
du premier exposé rapprochant les stations abritées. Le Gris-Nez, la Pointe
du Moulinet, à Dinard, et Roscofï-Roc’hlliévec seront comparées dans le
second paragraphe traitant des stations de mode battu. Précisons, en outre,
que c’est la station de niveau élevé du Moulinet dont les résultats figureront
ici. Elle est en ciïct située au niveau de plus grande abondance de l’espèce,
critère qui a présidé au choix de nos chantiers.
a) Slalions abritées.
Nous étudierons ces stations du Nord au Sud. A Boulogne les valeurs
de la croi.s.sance s’échelonnent de 19,6 à 12,0 millimètres. A Cancaval ces
limites sont de 17,2 et 2,1 millimètres. Enfin, à Cléder Ann’Annec ces valeurs
s’inlercaleut entre 1G,0 et 3,7 millimètres. Les valeurs maximales vont en
décroissant au fur et à mesure <]u’on examine les résultats de stations plus
méridionales. 11 est au.ssi po.ssible d’établir quelques rapprochements par
classes de taille. Ainsi, pour la classe 7 millimètres nous avons 23,2 mil¬
limètres à Boulogne, 17,2 millimètres à Cancaval et 14,6 millimètres à
Cléder; pour la classe 8 millimètres nous avons dans le même ordre
16,8 millimètres, 14,5 millimètres et 11,1 millimètres, enfin, pour la
clas.se 9 millimètres nous avons 15,8 millimètres, 14,5 millimètres et
11,6 millimètres.
Deux obscrsalions apparaissent à l’examen de ces données. La pre¬
mière concerne la plus forte croissance des populations les plus septen¬
trionales. La seconde porte sur le maintien dans les régions septentrionales
d’un fort niveau du taux de croissance tout au long de l’existence des ani¬
maux alors que plus au Sud on observe un important ralentissement dû au
vieillissement.
b) Slalions exposées.
Ces .slation.s sont du Nord au Sud, le Gris-Nez, la pointe du Moulinet
et Roscoll-Roc’hllièvec. Les valeurs de la croissance notées en ces trois
points s’éclielonnent entre 12,8 et 3,5 millimètres au Gris-Nez; entre 13
Source : MNHN, Paris
JKAN
(1AI1.LAKÜ
et 8 millimèlifs à la Pointe du Mouliiiel et entre 10,3 et 1,8 niillimètre-s
à HoscolT. Le rapprochement de ces valeurs ne permet pas de conclure à un
étalement des valeurs de la croissance en fonction de la localisation, en
latitude, des stations. Il semble (|ue les stations battues soient moins nette¬
ment soumises à l’influence climatique que ne le sont les stations de mode
abrité.
L’examen successif des valeurs de la croissance, en trois points protégés,
puis en trois points exposés du rivage, répartis le long des côtes de la Manche,
nous amène à plusieurs notions. Premièrement, il semble (jue les popu¬
lations septentrionales aient une croissance plus rapide que les populations
moins septentrionales; deuxièmement, cette inlluence, très sensible dans les
endroits protégés, l’est beaucoup moins, aux points battus; troisièmement,
le taux élevé de la croissance de la coquille dans les régions septentrionales
se maintient très longtemps dans la vie <Ie l’animal, alors (|ue, dans les
populations méridionales on constate un ralentissement de vieillissement
très important, les catégories de plus grande taille ayant une croissance
réduite à quelques millimètres par an. Cette persistance d’un fort taux
de croissance chez les spécimens de grande taille est valable en particulier
aux points calmes, mais, quoique atténuée, est nette aussi aux points
exposés du domaine septentrional.
D. — Relations entre maturité sexuelle et vitesse de croissance de la coquille.
Dans l’étude de la croissance de quatre espèces de Tn>cliidae. meiiee
précédemment, nous avons rencontre dans la presque totalité des cas une
diminution constante de la vitesse de croissance avec l’âge des animaux.
Ce ralentissement de vieillissement est si nonnal qu'il n'a pas paru néces¬
saire de s’y appesantir. Par contre, à plusieurs reprises, lors de l’étude de la
croissance de Lillorina saxatilis (Olivi), nous avons constaté (et signale
en note infrapaginale) la présence d’une classe de taille pour larpielle existait
une vitesse de croissance annuelle nettement plus forte, à la h)is que celle
de la classe supérieure, ce qui e.st nonnal, mais aussi que celle de la classe
inférieure, ce qui parait nécessiter une explication.
Ce soûl ; ft HoulotJiic, la dassu de dlamèlre 7 mlllinidres, |iour laquelle la croissance
est (le 23,2 mlllimilrcs alors qu'ellu n’étnll que de l(>,4 itillllmdres pour In classe imniè-
dlaleiiieut Inférieure; au Gris-Nez, In classe fi millimélres dont la croissnnrc est ideiiliqu*"
à celle de la dusse précédente: à Uinard, la classe b milliiuélrcs dont la croissaïu’e s’élève
a 13,d mllllmélrus contre 12,5 a lu riassv inférieure; a r.imciival lu dusse 10-11 inilliinélres,
dont tu croissunce est de lü millimètres contre 14,.5 inillimèlres à la dusse inférieure,
l'iilln, a Cléder, lu dassc !) millimètres pour laquelle la erolssiinco est de ll.fi tnillin'^t*’*'*'
contre ll.l mllllmèires pour l.i dusse imniétilalemeiit inférieure.
Les classes de taille pour lesquelles ce phénomène sc inanifeslc sont
loute.s bien supérieures à la dimension des Lillorina saxalilis venant
>• naître ». (le ne peut donc être leur passage de la vie en incubation à In
libre (jui provotjiie cette anomalie de la croissance. Par contre l’cxanie*'
des animaux a permis de déceler que la classe de taille pour la<iuelle
ralentissement de la croissance c.st constaté est celle pour laquelle la
sexuelle arrive à son aboutissement; celui-ci étant constaté soit par i'exis'
tence d'un pénis bien dcvelopiié, soit par la présence d’œufs ou de jeunes
incubés.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCK DK I.A COQriLLK DICS
I.1,ISQIKS
59
Les auteurs (cf. HisLurique) ont souvent mis en évidence l’antagonisme
existant entre la croissance et les activités sexuelles, qu’il s’agisse des
processus amenant les jeunes individus à l’état adulte ou des phénomènes
de maturité annuelle. (11 sera plus particulièrement question de ces derniers
dans le troisième chapitre consacré au rythme saisonnier de la croissance).
Cet antagonisme peut prendre des aspects divers; ainsi, Mooiu-:, constate
sur Littorina litlurea (1937) et sur Purpura lapiUus (1938) que la croissance
est arrêtée lorsque les animaux atteignent la maturité sexuelle et qu’il n’y
a plus ensuite qu’un épaississement du bord de l’ouverture de la coquille.
Il en va tout autrement dans le cas de Lillorina saxalüis. La croissance
se poursuit chez les animaux adultes selon des vitesses qui dilicrent avec
l’àge mais cet accroissement est toujours très net. Les jeunes appartenant
aux classes juvéniles, pour lesquels ni développement du pénis, ni présence
«l'ceufs ne peuvent être notés, grandissent fortement; ceux correspondant
aux clas-ses de taille pour lesquelles ces deux caractères apparaissent pour
la première fois ont un moindre accroissement; les classes de taille immé¬
diatement supérieures ont une croissance en accélération par rapport à la
catégorie précédente. Ce n’est que pour les spécimens des classes de taille
supérieure qu’inter\'ient le ralentissement dû au vieillissemenl.
CoNr.i.i'SioN nr chapithk
L’objet de ce premier chapitre u été l’étude, sur le terrain, de l’accrois¬
sement annuel des coquilles de Mollusques. Les animaux étudiés appar¬
tenaient tons à des espèces de Gastéropodes Prosobranches de la zone de
balancement des marées. domaine prospecté s’est étendu à plusieurs
points des cfites du Nord de la France, de la Bretagne et du Pays Basque.
Il en re.ssort que quelques éléments climaüques, écologiques et biologiques
semblent avoir une influence quantitative sur )a croissance; ce sont le
niveau cotidal des impulalions étudiées, le caractère plus ou moins exposé
à l’agitation de l'eau, la localisation des stations en latitude, la présence
dans le voisinage immédiat de certains éléments biologiques (Phéophycées),
en lin, l’apparition de la inalurilé -sexuelle.
1. Imporlance du niveau colidal.
L’examen de la croissance de plusieurs populations de Lillorina saxa-
lilis (Olivi), d’un même secteur côtier, permet de noter un taux d'autant
plus important que les animaux se localisent plus haut dans le domaine
intercoüdal. Par ailleurs, si l’on compare l’accroissement de Gibhula umbi-
licalis (üA Costa) et celui de Gibbula cineraria (Linnk) on constate, de
même, que la ])remière de ces espèces, qui peuple un niveau plus élevé, a
aus.si une croissance plus rapide que celle de la seconde.
2. — Rôle de Vagilatifin de l'eau.
La croissance, de Monodonla lineala (da Costa), sur la côte Nord de
Bretagne, où ont été faites les expériences à ce sujet, est favorisée dans les
endroits protégés. Les taux annuels maximaux observés à Cancaval, point
Source : MNHN, Paris
60
JEAN M. GAILLARD
très calme, sont supérieurs à eeux observés à la Pointe du Moulinet, à Dinard
ou à Roscoff, ils ont, de plus, l’avantage de se maintenir plus longtemps
dans le cours de la vie de l’animal et permettent donc aux animaux d'atteindre
des taille nettement supérieures.
En ce qui concerne Lillorinü saxalilis (Olivi), les animaux des stations
protégées, qu’il s’agisse de celles du l-'iiiistèrc, de la région de Dinard ou
du Nord de la I-’rance, grandissent plus vite que ceux des stations battues.
De plus, les effets du caractère plus ou moins septentrional du climat sur
la vitesse de croissance se font sentir de fa^ron plus nette dans les stations
calmes que dans les stations agitées.
Ces résultats mettant en évidence une action défavorable de l’agitation
sont en contradiction avec ceux notés par les auteurs (cf. Historique).
Cependant, il semble utile de dissocier les observations concernant des
organismes liltrants (Cirripèdes, Lamellibranches) du cas qui nous intéresse
ici et qui est celui d'animaux nlpant ou grattant. En effet, les mouvements
de l’eau ne peuvent que favoriser les animaux qui tirent leur alimentation
d’organismes ou de particules en suspension. Il n’en demeure pas moins
que le cas des Patelles (Haiton, 1938; Fischer-Piette, 1939 et 1941) ne
peut pas être séparé de celui des Monodiinla et des lÂtiorina. Néanmoins
une graduation peut être établie; les Patelles {Patella vulgala et PaUlla
aspera) sont favorisées par les mouvements de l’eau et en particulier par
les courants. Les Alonadonta ne montrent pas de valeurs maximales très
différentes en valeur absolue, tjuelle que soit l’agitation. Il y a surtout dans
leur cas une persistance plus prononcée des fortes valeurs juvéniles dans
les stations protégées. Enfin Lillorina saxalilis est nettement défavorisée
par l’agitation. Il e.st intéressant de noter les observations de Coe (1947)
qui évoque la possibilité que les tempêtes puissent intervenir sur la crois¬
sance de Tioela sliiUorum en réduisant le nombre d’heures consacrées a
l’alimentation; un certain degré d’agitation pourrait peut être avoir une
action identique .sur les espèces (jui nous intéressent ici. Selon les espèces,
cette action serait plus ou moins nette, d’où les différences observées. De
plus les animaux aussi hydrodynamiquc~s que les Patelles seraient proba¬
blement moins touchés par les remous ou les courants iiue les autre.s
Prosobranches.
3. — Melalion avec la lalilude des slalions.
Ce titre est en rapport avec le caractère plus ou moins méridional
des stations qui, parfois, et c’est le cas de la Manche, s’étagent cependant
plus nettement d’Est en Ouest que du Nord au Sud.
Les Monodonla lincala (da Costa) de Roscoff atteignent une taille
supérieure à celle des exemplaires de Socoa; cependant, après avoir grandi
plus rapidement que ceux de la station basque au début de leur vie adulte,
ils subissent ensuite un ralentissement qui les mène à un taux extrêmement
bas. Ce taux de croi-ssance réduit siillit toutefois aux animaux pour accéder
à de fortes tailles. Par contre, à Socoa, se maintient un accroissement plu*
rapide qui persiste jusqu'à la disparition des animaux. A Dinard, l’étude
d'une population, aux individus de taille bien inférieure à celle des deux
précédentes, a montré un schéma identique à celui ob.servé à Roscoff,
une période prolongée de croissance minime, mais nette, précéilant la mort
des animaux.
Source ; MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 61
Pour Gibbula umbilicalis (da Costa), aprà la période de forte crois¬
sance du début de la vie adulte, survient un ralentissement, plus tardif
et moins brutal dans le Nord que dans le Sud. Les animaux septentrionaux
atteignant une grande taille avant que la vitesse de croissance ne soit
très faible, ont ainsi de bien plus grandes dimensions que ceux du Pays
Basque.
Les Littorina saxatilis (Olivi) des populations septentrionales ont
une croissance annuelle supérieure à celle des animaux des stations de climat
plus méridional; ceci est très net dans les stations protégées, mais se révèle
bien plus atténué dans le.s stations de mode battu. De plus, ce taux accru
se maintient plus longtemps au cours de la vie de l’animal dans le Nord
que dans le Sud.
Pour ces trois espèces le résultat final est identique. Les animaux
.septentrionaux parviennent à des dimensions supérieures. Toutefois les
relations entre la latitude des stations et la vitesse de croissance
de la coquille ne se présentent pas sous un aspect aussi net, aussi
schématique.
Chez LiUorina saxalilis, il y a, dès le début de l’existence, une crois¬
sance supérieure dans le Nord; la persistance de ce taux rapide ne faitque
travailler dans le même sens. Chez Gibbula umbilicalis, les animaux des
stations incridionales ont une croissance plus active au début de leur vie
mais le ralentissement prématuré de ce taux, opposé au ralentissement
bien plus modéré observé dans les stations septentrionales corrige l’effet
de ce démarrage rapide. Enfin, pour Monodonta lineala, c’est le phénomène
inverse; la croissance, par le biais d’un moindre ralentissement, demeure
à un niveau élevé. C’est le seul fait de leur longévité bien plus grande qui
permet, par exemple, aux animaux de Roscoiï d’atteindre une taille nette¬
ment supérieure à celle des animaux de Socoa.
Déjà WiîYMOUTH et Thompson (1931), puis Weymouth, Magmii.lin
et UicH (1931) avaient constaté sur Cardium corbis et Siliqua palula, pour
les populations septentrionales, un cycle identique à celui de Gibbula
umbilicalis : un démarrage lent, un déclin progressif et une longue vie.
Cet a.spect est parallèle aux observations de Thorson (1936) au Groenland :
" slow growth and long life n. Par contre Dehnei. (1956), qui oppose la
croissance de Miililus californianus en Alaska et en Californie, et qui constate
que celte dernière station se montre plus favorable, évoque une
durée d’immersion différente pour conclure qu’un même poids de
matière vivante sécrète une masse coquillière identique dans les deux
régions.
Dans le cas de Monodonla liiteala, on peut considérer que l’action de
la latitude est favorable à un rythme plus rapide de formation de la coquille.
■1. — l^rèseiice des Pbéoplitjcées.
Les Gihtniln pennanti (Philippi) de Bretagne vivent dans le voisinage
de champs de Pliéophycées, et souvent sur les frondes des algues elles-mêmes.
Leur croissance est beaucoup plus forte que celle des animaux de la même
espèce du Pays Bas<iue où ces algues, mal représentées, ne jouent aucun
rôle bionomique. 11 semble que l’aspect florissant des populations septen-
Irionales de cette espèce, de répartition sensiblement méridionale, doive
être rattaché à la présence de ces champs d’algues brunes.
MftMciniKs m; - Zniii.ir.iE, I. XXXVI1I.
Source : MNHN, Paris
62
JEAN M. GAILLARD
5. — Rapport entre malurilé sexuelle et vitesse de croissance.
Dans le cours de la vie des animaux, la vitesse de croissance, maximale
chez les juvéniles, va ensuite en diminuant progressivement jusqu’à leur
mort. Toutefois, chez Liltorina saxalilis (Olivi) ce ralentissement se trouve
momentanément interrompu pour les animaux d’une certaine taille. Cette
période est celle où l'animal est arrivé à maturité sexuelle. L’élaboration
de cette maturité semblerait donc ralentir la croissance. L’aboutissement
de ce phénomène physiologique permettrait à la croissance de reprendre
un rythme plus rapide. Bien entendu, le ralentissement dû au vieillissement
intervient ensuite et suit son cours jusqu’à la disparition des animaux.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE II
ÉTUDE DE LA LONGÉVITÉ
DE MONODONTA LINEATA (DA COSTA),
GIBBULA UMBILICALIS (DA COSTA), GIBBULA PENNANTI (PHlUPPl).
GIBBULA CINERARIA (LINNÉ) ET LITTORINA SAXATILIS (OLlVl)
Sommaire
Préliminaires. — Technique.
1° Comparaison de la longévité de Monodonla lineala (da Costa) en diverses
stations bretonnes plus ou moins soumises à la force des courants et à
l'agitation.
2° Comparaison de la longévité des animaux des populations bretonnes
et des populations basques de Monodonla lineala (da Costa).
3° Comparaison de la longévité de Gibbula umbilicalis (da Costa) à Wime-
reux et à Saint-Jean-de-Luz.
4« Comparaison de la longévité de Gibbula pennanli (Philippi) sur les
côtes bretonnes et sur les côtes basques.
5® Longévité de Gibbula cineraria (Linné).
6® Comparai-son de la longévité dans des populations de Lillorina saxalilis
(Olivi) occupant des niveaux cotidaux difîérents d’une même localité.
7® Comparaison de la longévité dans des populations de Litiorina saxalilis
(Olivi) différemment soumises à l’agitation ou aux courants de marée.
a) Stations du Nord de la France,
i») Stations du Finistère.
8® Relation entre la longévité de Lillorina saxalilis (Olivi) et la latitude
des stations.
9® Longévité de Lillorina saxalilis (Olivi) à Dinard et à Cancaval.
Conclusion du chapitre.
Source : MNHN, Paris
64
JEAN M. GAILLARD
Préliminaihiîs
Les valeurs de l’accroissement annuel de la coquille, qui ont été établies
précédemment pour un certain nombre de populations des espèces choisies
pour ce travail, permettent de tenter une reconstitution de la formation
de la coquille parallèlement à l’àge des individus et une évaluation de la
longévité moyenne des animaux de ces populations. Avant de donner la
technique utilisée nous rappellerons les opérations réalisées précédemment.
Opérations antérieures
Rappelons tout d’abord que l’estimation de l’accroissement des
spécimens n’a pas été faite d’après l’augmentation de la longueur ou du
diamètre des échantillons, ainsi que l'avaient fait d’autres auteurs. C’est
la longueur de coquille néo-formée, pour chaque période d’expérience,
qui a été mesurée. Les operations successives ont consisté à passer des
valeurs, périodiques et individuelles, à des valeurs, périodiques et moyennes
pour chaque classe de taille, puis, de ces valeurs périodiques, à des valeurs
annuelles de la croissance de la coquille; celles-ci concernant toujours une
classe de taille précise, d’une population de l'espèce étudiée, en une station
donnée.
Technique
Nous avons établi pour chaque population quel peut être, en un an.
l'accroissement du bord de l’ouverture d’une coquille, de tel ou tel diamètre;
les valeurs obtenues doivent nous permetlrc, en les reportant, de proche
en proche, sur une coquille, à remplacement de diamètre correspondant,
d’évaluer l’àgc de cellc-cL C’est le principe qui est à la base de rétablissement
de la longévité des animaux et aussi de la détermination des dimensions
qui sont les leurs après tant ou tant d'années d'existence.
Pour le dernier tour de spire de la coquille le report est facile à opérer,
il .se fait le long de la ligne de plus grand diamètre, ligne sur laquelle les
mensurations ont été prises. Pour les tours suivants nous avons bénéficie
ici du fait que dans toutes les espèces considérées la ligne sutiiralc cor¬
respond à la ligne de plus grand diamètre, lin réalité le point de tangence
des tours n’est pas sur celte ligne; s’il l’était les coquilles auraient l’allure
de Planorbes. Il est légèrement en dessous de cctlc ligne. Mais, en raison
de l'épaisseur de la coquille, la ligne de suture se trouve déportée plu.s haut
et coïncide avec la ligne de plus grand diamètre du tour immédiatement
supérieur, ce qui a pu être vérifié sur des coquilles sciées (planche I).
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE ni-: la cc)Qrii,i.E des mollcsquics 65
Pratiquement, la ligne équatoriale-spirale de la coquille a été relevée
par photographie de la face apicale d’cchanlillons de chacune des popu¬
lations étudiées (planches II à VI). Ce cliché nous a fourni le tracé de la
ligne le long de laquelle nos mesures de croissance ont — en fait — été elTec-
tuées. Cette ligne a été relevée sur calque. Les points, correspondant aux
diainètrcs-liniitcs de chacune des classes de taille successives, ont pu être
repérés. Une règle métallique souple a été étalonnée à l’échelle de repro¬
duction des clichés. Son utilisation a permis de mesurer la longueur de la
partie coquillière séparant deux diamètres successifs. Connaissant ainsi la
longueur de coquille correspondant à une classe de taille et le taux annuel
de croissance de cette classe, il a été possible de connaître la durée nécessaire
à la sécrétion de cette bande de coquille.
Ces diverses opérations se traduisent par l’établissement, pour chacune
des populations, d’un tableau regroupant les éléments nécessaires aux
calculs et les résultats finaux. Ces tableaux comportent six colonnes verti¬
cales. Dans la première se trouve l’indication des classes de taille. Dans la
seconde colonne se succèdent, en face de chacune des classes de taille,
l’indication des limites de taille minimale et maximale de cette classe de
taille.
Dans la troisième colonne ligure, en regard de l’inclication de chaque
classe de taille et des limites de celle-ci, la valeur mesurée sur l’échantillon,
pris pour type (échantillon figuré dans les planches in fine), de la longueur
du .segment de spire figurant la ligne équatoriale ou la ligne suturale (selon
que l'on a affaire au tour externe ou à un tour interne de la coquille), dans
l'intervalle des limites de la classe de taille eu question. C’est-à-dire, par
exemple, la longueur de spire joignant les points de diamètre 9 millimètres
et de diamètre 10 millimètres (ceci pour la classe 9 millimètres) aisément
repérables sur le calque de la photographie. Dans la quatrième colonne est
reportée l’indication de la valeur annuelle de la croissance du bord de l’ou¬
verture de la coquille correspondant à cette classe; c’est en somme, la vitesse
en millimètres par an, à laquelle se développe cette ligne équatoriale. La
cinquième colonne n’est que le rapport de la longueur (colonne 3) à la vitesse
(colonne -1) et nous indique la durée nécessaire à la formation de la coquille
dans l’inlervalic des deux diamètres considérés; c’est-à-dire le temps mis
par l’animal pour accroître le diamètre de sa coquille de un millimètre.
La durée de la vie de l’animal est le total des durées successives, comme la
coquille est le total de tous ces segments juxtaposés. Ce total a été elTeclué
au fur et à mesure dans la sixième colonne de façon sommairement arrondie.
L’évaluation de l’ûge de l’animal, à la fin de chaque classe considérée a été
portée dans cette dernière colonne en face des classes de taille pour lesquelles
une valeur arrondie était possible. Afin de les rendre plus expressifs, ces
résultats ont été reportés sur les calques des coquilles dans les légendes des
planches II à VI.
Ces valeurs de la longévité sont établies à partir d’évaluations succes¬
sives : croissance périodique moyenne, croissance annuelle moyenne, durée
moyenne du passage d’uiie classe de taille à la suivante. Du fait de la suc-
ce.ssion de ces opérations et des imprécisions qu’elles entraînent, les résultats
ne représentent qu’im ordre de grandeur. Outre leur imprécision, ces valeurs
ne sont applicables, aux espèces en question, que dans les stations citées
et pour les années considérées. De quelques essais, antérieurs et postérieurs,
en des saisons variées, il semble qu’en fait les variations de la vitesse de
Source : MNHN, Paris
66
JEAN M. GAIU.ARD
croissance soient de faible amplitude d’une année sur l’autre, ce qui autorise
les calculs de longévité faits ici. Par contre, d’une population sur l’autre,
les résultats obtenus indiquent que d’assez fortes düTércnces sont pos¬
sibles. Ces différences ont pu être imputées à divers caractères locaux ou
régionaux du milieu. Mais l’inventaire des effets des éléments physico-
chimiques ou biologiques sur la croissance est loin d’être complet. Les
effets de certains éléments doivent au surplus pouvoir s’annuler ou s’addi¬
tionner. Ainsi, l’application à d’autres populations des résultats figurant
dans les prochains paragraphes devra-t-elle être faite avec prudence.
La longévité et les relations entre l’âge des individus et leurs dimen¬
sions seront successivement examinées en ce qui concerne Monodonla lineala
(da Costa), Gibbula nmbilicalis (da Costa), Gibbula pennanli (Phiuppi)»
Gibbula cineraria (Linné) et Lillorina saxalilis (Olivi). Pour chaque
espèce, seront donnés, le tableau de mesures et de données, dont il vient
d’être question, ainsi que les commentaires suggérés par la comparaison
des différentes populations d’une même espèce selon les conditions locales.
Les rapports entre la vitesse de la croissance et la longévité seront également
recherchés.
1° Comparaison de la longévité de Monodonta lineata (oa Costa)
en diverses stations bretonnes
plus ou moins soumises à la force des courants ou à l'agitation.
Les trois populations de Monodonla lineata (da Costa) comparées
ici sont celles de Cancaval et de la Pointe du Moulinet, dans la région de
Dinard, d’une part, cl celle de Roscoff, d’autre part. Nous rapprocherons
tout d'abord les résultats des deux premières, que ne séparent que quelques
kilomètres, et inclurons ensuite les résultats de la troisième station, plus
lointaine.
La comparaison des tableaux de données <lc Cancaval, station extrê¬
mement protégée, et de la station du Moulinet, (pie lèchent de forts courants
de marée, met en lumière de grosses dissemblances (Tableaux 4 et 5).
Celles-ci sont tout d’abord la conséquence des dimensions des spécimens.
La classe de taille 14 millimètres pour laquelle les animaux apparaissent
à l’observateur, à Cancaval, est celle où débute la disparition de ceux de
Dinard. A cette taille, les animaux de la station battue ont entre cinq ef
.six ans, ceux de Cancaval n’en ont (jiie deux (cette valeur lient compf®
de quelques données discontinues, recueillies sur des animaux voisins du
chantier lui-même et eleslinés â en assurer le peuplement; ces données
concernent les classes de taille 6 à 14 millimètres, elles établissent pour ces
animaux un taux de croissance supérieur d’une moitié à celui des échari-
tillons de 14 millimètres). Au-delà, à Cancaval, la croissance se poursuit
sur un rythme énorme. 21 millimètres par an pour les classes 14 à Ih. tandis
que, au Moulinet, les animaux de 11, 15 et 16 millimètres s’accroissent
respectivement de 4,1 millimètres, .'1,1 milliiuèlres et 2,5 millimètres. Les
animaux de 16 millimètres ont ainsi dix ans dans celle dernière localité
alors {[ii’il ii’a fallu que trois ans à ceux de Cancaval pour atteindre cette
taille. Celle-ci n’est d’ailleurs guère dépassée au Moulinet; mais, devant le
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
67
de
taille
Diamètres
délimitant
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
et suturalc
CCS diamètres
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
dans
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu'à 9
40,0
2 ans
2 ans
9
9 à 9.9
6,0
20,0
3 mois H
10
10 à 10,9
7,5
17,0
5 mois
11
11 à 11,9
7,5
13,3
6 mois
3 ans
12
12 à 12.9
8,0
10,0
9 mois
13
13 à 13,9
8,0
6,2
I an 4 mois
5 ans y.
14
14 à 14,9
8,0
4,1
2 ans
7 ans
15
15 à 15,9
7,0
3,1
2 ans
9 ans y.
16
16 à 16,9
non achevé
2,5
Tableau 4. — Age, aux ditlérentes tailles, de Monodonla lineola (da Costa) à Dlnard,
Pointe du Moulinet.
de
UiUe
Diamètres
délimitant
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
cl suturalc
CCS diamètres
Valeur
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
dans
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu'à 14
80.0
35,0
2 ans
2 ans
14-19
14 à 19,9
34,0
21.0
I an Vi
3 ans <4
20-21
20 à 21,9
18,0
10,2
2 ans
5 ans y*
22-23
22 à 23,9
22,0
6,7
3 ans
8 ans
24-25
24 à 25,9
24.0
4,3
5 ans H
14 ans
26-27
26 à 27,9
non achevé
légèrement
5 ans
19 ans
inférieure
28-29
28 à 29.9
presque nulle
Tableau 5. — Age, aux diftircnles tailles, de Monodonla lineata (da Costa) à Cancaval.
grand ralentissement de la croLssance, il est prudent d’admettre que certains
exemplaires puissent dépas.ser ce chifTre d’une ou deux années. Par contre,
à Cancaval, bien que le rythme se réduise aussi dans de fortes proportions,
la croissance se maintient à un taux suffisant pour permettre aux animaux
d’aboutir à de très fortes tailles. Plntre leur sixième et leur neuvième année
ils passent de 22 millimètres à 24 millimètres, entre leur dixième et quin¬
zième année ils passent de 24 millimètres à 26 millimètres. Au-delà, les
données recueillies sont plus rares, elles concernent des animaux excep¬
tionnels, elles permettent toutefois de supposer que les individus de 29 ou
30 millimètres pourraient avoir une vingtaine d’années.
De la comparaison de ces deux populations, on peut conclure que
l’ensemble des conditions réalisées en milieu abrité provoque, à la fois,
Source : MhlHN, Paris
JEAN M. GAlI.l.AKD
Cla&si-
de
lulllo
Diam^lrcs
déiimiliiiit
l-ongucur
de lu ligne
équutori aie
et suturule
CV6 diam&lres
Valeur
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
(ormalion
cct intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
Jusqu'à 10
50.0
1 an 8 mois
10
10 à 10,0
6,0
30,0
2 mois H
H
Il à 11,9
8.0
.30,0
2 mois 14
2 ans
n
12 à 12,9
5,0
30,0
2 mois
13
13 à 13,9
5.0
30,(1
9 mois
14
14 à 14,9
7.0
23,1
3 mois
15
15 à 15,9
8,0
18,0
5 mois
3 ans
I(i
IG à 16.9
7.0
14,3
C mois
17
17 à 17,9
7.0
10,9
8 mois
4 ans
IK
18 à 18,9
11.0
9,-1
1 an mois
5 ans ’a
19
19 à 19,9
11,0
0,1
2 ans
7 ans
20
20 à 20,9
non achevé
4,0
2 ans Vi
10 ans
21
21 à 21.9
3,0
Taulkav 6. — Age, aux dlllérenles Uilles, tle Monotlonla Uneata (oa Costa) à IXosculT,
Roc’h lli^ver.
une plus grande activité de croissance, et, une plus grande longévité. La
taille géante atteinte par les spécimens de Cancaval est, à la fois, une consé¬
quence de cette forte longévité et de cette croissance impartante.
La troisième population de Monodorila Uneata (da Costa) étudiée
est celle de RoscofT (Tableau 6). Elle atteint, à deux ans, un diamètre de
12 millimètres (contre 9 millimètres et 14 millimètres pour les stations
de la région de Dinard); à 3 ans, elle a 16 millimètres de diamètre (contre 12
et 18); à 4 ans, elle a 18 millimètres. Son diamètre s’accroît ensuite de un mil¬
limètre par an, puis d'un millimètre tous les deux ans. Elle mesure ainsi,
à six ans, 19 millimètres (contre 14 et 22 millimètres dans les autres localités)
puis, à huit ans, 20 millimètres (contre 15 et 23 millimètres) et, à plus de
dix ans elle atteint 21 millimètres. Cet âge et cette taille ne sont pas ses
maxima mais ne sont pas couramment dépassè.s.
Les diamètres successifs, pour les divers âges, prennent régulièrement
une position intermédiaire entre ceux donnés pour les deux stations précé¬
demment étudiées. L’âge maximum, tout en étant plus voisin de la station
du Moulinet, se situe aussi entre les deux valeurs obtenues dams la région
de Dinard. Si l’on se rapporte aux conditions écologiques de la station
roscovite, elles aussi intermédiaires, mais plus proches de celles de la Pointe
du Moulinet que de celles de Cancaval, on peut considérer que l'hypothèse
selon laquelle Monodonla Uneata (da Costa) bénéficie, dans les station*
protégées, d'un accroissement accéléré et d'une plus grande longévité se
trouve confirmée par l’examen de cette troisième localité.
De l’étude de la croissance de la coquille de Monodanta Uneata (da Costa)
dans trois stations diversement exposées, il ressort que la longévité est
d’autant plus grande, dans cette espèce, que l’agitation et les courants de
marée sont plus modérés. Cette observation est en accord avec les fai*®
Source : MNHN, Paris
CKOISSANCE DE LA COQ! ]
S MOLLUSQUES
69
notés dans la même région, sur Palella oiilgala Linné, par E. Fischer-
PiETTE. En effet cet auteur observait que les animaux d’un point norma¬
lement agité de la mer ouverte avaient une longévité de seize ans tandis
que ceux de la Pointe de Cancaval, soumis à de forts courants de marée ne
dépassaient pas cinq années (les animaux des deux stations culminent à
une taille identique d’environ 25 millimètres). Les valeurs obtenues ici
pour Monodonla lineala, tout en étant du môme ordre de grandeur sont
toutefois nettement supérieures à celles notées pour Paiella inUgala puis¬
qu’elles s’échelonnent de 10 à 20 ans contre 5 à 16 ans.
2” Comparaison de la longévité des animaux,
des populations bretonnes et des populations basques
de Monodonta lineata (oa Costa)
D’après les observations réalisées, les animaux de Socoa ne semblent
pas dépasser l’âge de cinq ans (Tableau 7); or, dans les stations bretonnes
que nous venons d’examiner, nous avons noté des âges voisins du double
(l)inard, à la Pointe du Moulinet et RoscofT, à Roc’hlliévec), voire du triple
(Cancaval). Il est évident que la forte agitation qui règne le plus souvent
sur la côte basque doit être mise en cause au premier chef; les violents coups
de mer doivent décimer les populations. Si l'on précise que les stations de
Monodonla lineala (da Costa) de cette région, subissent périodiquement
de très fortes diminutions de densité, voire de presque disparition temporaire,
la présomption s’accentue d’autant plus. Mais, ainsi que l'étude de la vitesse
annuelle de la croissance nous en a déjà donné l’impression, il semble que
toute l’explication ne réside pas dans ce phénomène. En effet, ayant suivi,
pour le présent travail, des populations précises pendant plus d’une année,
et, ayant pu les voir péricliter, il n’est pas apparu que les animaux de forte
lie
tuilk-
Diamètre»
délimitant
Loi] loueur
de la ligne
équatoriale
et suturalc
ces di.iinfctres
annuelle
cruisgancc
chaque classe
nécessaire
à la
lurmuUuii
cet Intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu'à 12
55,0
2 ans
2 ans
12
12 à 12,11
0,9
20,0
3 mois
13
13 à 13.9
7.0
24,0
3 mois
14
14 à 14.9
7,0
22,0
3 mois
15
15 à 15,9
7,0
20,5
3 mois
3 ans
16
16 à 16,9
7.0
17,0
2 mois
17
17 à 17,9
9.0
15.0
7 mois
4 ans
18
18 à 18,9
9,0
15,0
7 mois
J .>r« U,
1»
19 à 19,9
1)011 achevé
15.0
Tahurau 7. — Age, aux cliltérentcs luillcs, de Muiiudonlu lineala (da (2(>bta) à Socoa.
Source : MNHN, Paris
70
JEAN M. GAILLARD
taille aient disparu plus vite que les autres. De plus, les dimensions atteintes
à Socoa sont voisines de celles observées à RoscolT et supérieures à celles
de la population de Dinard; ce qui ne semble pas correspondre à une popu¬
lation dont les animaux sera ent éliminés avant d’avoir atteint les grandes
tailles. Enfin, il faut noter le rythme très modéré selon lequel se réalise
le ralentissement de la croissance lié au vieillissement, 30 millimètres,
23,4 millimètres, 18,9 millimètres, 14,3 millimètres et 10,9 millimètres
étaient les valeurs observées à Roscoff, soit des écarts supérieurs à 4 mil¬
limètres entre les classes successives. A l’opposé, 26 millimètres, 24 millimètres,
Fio. 12. '— Relation entre l’âae et la taille chez Monnilnnla lineala (da Costa),
Stations de Cancaval, Rance (A), Oinard, Pointe du Moulinet (IJ), RoscolT, Roc’liIliévec(C)
et Socoa (ü). l£n abscisse, nombre d’années; en ordonnée, di.imètres surccsslTs.
valeurs pour Socoa, soit des ccarLs de l’ordre de 2 millimètres (Pig. 12). H
semble que la faible longévité, observée à .Socoa, doive donc être rapprochée,
non seulement de la forte agitation destructrice, mais aussi, d’autres éléments,
probablement climatiques, qui seraient à l’origine de la persistance d’une
forte vitesse de croissance jusqu’à la disparition des animaux. 11 semble
par contre peu probable que les Monodonla lineala (da Costa) observés
à Socoa ne soient que les représentants, juvéniles ou adullcs-jciines, de
populations dont les individus de plus grande taille auraient été éliminés
par les coups de mer, hypothèse <}ue la disparition des animaux à une taille
où ils ont encore une très forte croissance rendait pourtant .séduisante (!)•
Ainsi, deux éléments s'associent, au Pays Basque, pour raccourcir la durée
de la vie des animaux; d’une part, l’agitation dont nous avons vu l'effet
(1) Noktii (11154) conslulant les tailles clIlTércntcs .'illcintcs pur les animaux àe
diverses populations de Lillorina phnaris et Lillorina sciiliilnla réalise une série li’rssals
qui metleiil en évidence de façon extrêmement nette la moindre résistance à rarruche*
nient des liullvidus des plus Krandes tailles. Il explique ainsi tu possibilité qu’ont les ani¬
maux des points calmes d’atteindre une Uille supérieure.
Source ; MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
71
(biologique et non uniquement physique) en Bretagne, déjà, d’autre part,
le climat plus méridional. Le résultat de cette double influence pourrait être
une population aux individus de petite taille; il n’en est pas ainsi, en effet,
la persistance d’une forte vitesse de croissance, tout au long de la vie des
animaux, jusqu’à leur disparition, compense cette double action. Ce fort
taux d’accroissement chez les animaux de la plus grande classe de taiïîê
est un phénomène qui semble peu frequent, au moins dans les groupes
qu’aborde cette étude.
3° Comparaison de la longévité de Gibbula umbilicalis (da Costa)
à Wimereux et à Saint-Jean-de-Luz.
Nous avons vu précédemment qu’il n’y avait pas de différence notable
entre les vitesses de croissance repcctives des classes de taille extrêmes de
Gibbula umbilicalis (da Costa) de Wimereux et de Saint-Jean-de-Luz. Par
contre, l’évolution entre ces limites n’était pas la même. Les échantillons de
Wimereux étant plus grands, le nombre des classes, et de ce fait, le nombre
des valeurs intermédiaires était aussi plus important dans la station septen¬
trionale. Ceci sc traduisait par l’existence de fortes valeurs d’accroissement
pour les animaux de taille déjà relativement grande. Les résultats obtenus
pour la longévité ne font que compléter ces données (Tableaux 8 et 9).
Les animaux acquièrent un diamètre de 12 millimètres en trois ans à Saint-
Jean-de-Luz comme à Wimereux, mais, au-delà, un décallage va apparaître
puis aller en augmentant. A quatre ans, les exemplaires basques ont 13 mil¬
limètres, alors que ceux du Pa.s-de-Calais en ont quatorze; à cinq ans, pour
la première localité, le diamètre est de 13,5 millimètres, il est déjà de 15 mil¬
limètres dans la seconde; à six ans on a respeclivement 14 et 16 millimètres.
Cet âge ne semble guère dépassé à Sainl-Jean-de-Luz tandis que, pour-
de
taille
DinniMres
délimitant
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
cl suturalc
CCS diamètres
Valeur
anniK'lIe
de la
croissance
chaque classe
nécessaire
à lu
torniation
dans
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusciu'à 9
40,0
2 ans
2 ans
[)
fl à 9,9
6,0
26,0
3 mois
lü
10 i) 10,9
G.ü
21,0
3 mois
11
Il à 11,9
9,0
18.9
6 mois
3 ans
n
12 à 12,9
12.0
10,3
1 an 2 mois
4 ans
13 A 13,9
10.0
5,1
2 ans
6 ans
M
14 à 14.9
non achevé
Tablkao 8. — Age, aux UKTérenlcs tailles, de Gibbula umbilicalis (oa Costa)
i> Sainl-Jcaii-Uc-Luz
Source : MhlHN, Paris
72
JEAN M. UAILLARD
Classe
de
tiilllo
Diamètres
délimitnnt
Longueur
de la ligne
équatoriale
et suturale
ces diamètres
uimuei le
croissance
chaque classe
Durée
nécessaire
& la
formation
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu'à 10
55,0
2 ans H
2 ans >A
10
10 à 10,6
7,0
22,0
4 mois
U
Il à 11,9
7,0
22,0
4 mois
3 ans
12
12 à 12,9
8,0
21,4
4 mois
13
13 à 13,9
10,0
22,2
6 mois
4 <in<
14
14 à 14,9
10,0
15,8
8 mois
15
15 à 15,9
13,0
15,6
10 mois
5 ans ’t
16
IB à 16,9
11,0
4,6
3 ans
8 ans y*
17
17 à 17,9
non achevé
3,4
Tableau 9. — Age, aux didfreiilcs tailles, de OibhuUt umbiliciilis (da Costa) à Wimereux.
suivant leur vie et leur croissance, les animaux de Wimereux atteignent
17 millimètres entre huit et neuf ans.
L’influence plus septentrionale du climat de Wimereux semble avoir
pour résultat, en ce qui concerne Gibbiila umbilicalis (im Costa), outre
une diminution moins rapide de la vitesse de croissance, une plus grande
longévité; ces deux avantages se combinant pour donner aux animaux la
possibilité d’accéder à des dimensions supérieures. Mais, pour cette espèce,
nous bénéficion-s des données obtenues par Williams (1964) sur les cfttes
du Pays de Galles. Selon cet auteur, les animaux atteignent un diamètre
de 12,5 à 13,5 millimètres à deux ans et ont au moins 13,5 millimètres à
trois ans. Ces tailles sont, à âge égal, supérieures à celles notées à Wimereux.
Ces résultats obtenus dans une station plus septentrionale s’inscrivent bien
dans la ligne des conclusions tirées des observations faites à W'imereiix
et Saint-Jean-de-Luz, concluant à une plus grande taille, à âge égal, des
animaux septentrionaux.
Fiu, 13. '— llclntlon entre l'âge et la taille clicr. Glbbtiln umblliealit (da (^osta)-
Stations de Wiiiu-rrux (A) et de Suint-Jran>de-Liir. (1)). Kn uUcUse, nombre d’années:
en ordonnée, diamètres sucrcssils.
Source : Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
73
4° Comparaison de la longévité de Gibbula pennanti (Philippi)
sur les côtes bretonnes et sur les côtes basques.
Dans le chapitre consacré à l’étude de la vitesse de croissance, une
nette opposition s’était révélée entre les stations bretonnes et les stations
basques de Gibbula pennanti (Philippi); les premières étant caractérisées
par un taux de croissance annuelle anormalement élevé. L’examen de la
longévité des individus des mêmes populations sera fait selon un plan guidé
par cette observation. Les populations bretonnes puis les populations
basques étant traitées successivement puis comparées.
Les animaux de Dinard ont besoin de deux ans pour atteindre un
diamètre de 11 millimètres; au même âge ceux des populations fmistériennes
Classe
<lc
taille
ülamëtrcs
délimitant
cette
Longueur
de la ligne
équatoriale
et suturale
cet diamètres
Valeur
annuelle
de la
croissance
chaque classe
Durée
nécessaire
à la
formation
dans
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
Jusqu'à 9
50,0
1 an ■/;
9
U à 9,9
8,0
36,0
2 mois ti
10
10 à 10,9
8,0
32,0
3 mois
2 ans '
II
Il à n.9
10,0
21,8
G mois
12
12 à 12,9
7,0
18,4
4 mois ' j
3 ans 1
i:{
13 à 13,9
7,0
15,9
5 mol.
3 ans >1 1
Taiu.eau 10. — Age, aux «lifTércnlos tatlles, de (iibbala prnnanli (Pinui'pi) à Dtnard,
Saiul-l^nogal, Les Vidés.
de
taille
Diamètres
délimitant
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
cl suturale
ces diamètres
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
fonnalion
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu'à 11
57,0
1 an Yi
II
11 à 11,9
7,0
34.0
2 mois
12
12 à 12,9
8,0
28,6
3 innis i;,
13
13 à 13,9
10,0
17,6
7 mois
14
14 à 14,9
15 à 15,9
11,0
8.0
non achevé
6,1
2 ans
Tableau II, — .\gc, aux différentes tailles, de Gibbuln pennanti (Pim.Lii'i) à Cléder,
Ann’Anncf.
Source : MNHN, Paris
74
JEAN M. GAILLARD
ont déjà 13 millimclres (Tableaux 10 et 11). A trois ans les coquilles de
Dinard atteignent 13 millimètres cependant que celles de Cléder-Ann'Annec
en ont 14,5. Les animaux de Dinard ne semblent guère dépasser quatre ans,
ceux de Cléder vivraient une année de plus. Ces dilTérenccs sont nettes;
elles ne sont pas très importantes.
Classe
de
taille
Diamètres
délimitant
Longueur
de la ligne
équatoriale
et suturalu
CCS diamètres
annuelle
de la
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
dans
chaque classe
Jusqu'à 10
60,0
entre 18 et 20
3 ans
3 ans
10
10 à 10,9
9.0
10,7
11 mois
4 ans
11
Il à 11,9
9,0
7.7
1 an 2 mois
5 ans
12
12 à 12,9
9,0
entre 5 et G
1 an Ü
6 ans H
Tahloau
12. — Age
aux dilTérentcs
tailles, de Oibbula pennanli (Piiiuppi) à Socoa.
Longueur
Valeur
Durée
Age
...
Diamèlrts
de la ligne
annuelle
nécessaire
des animaux
de
délimitant
équatoriale
de la
à la
ayant la taille
1 ill
celte
et suturale
croissance
formation
maximale
classe
entre
pour
dans
ces diamètres
chaque classe
cet intervalle
chaque classe
j’usqu’à 10
65,0
20,0
3 ans
3 ans
10
10 à 10,9
9,0
12,9
9 mois
11
11 à 11.9
8,0
11,0
a moiR
4 ans Vt
12
12 à 12,9
non achevé
8.0
1 an
5 ans y*
Tablbau 13. — Age, aux dillérenles tailles, de Gibbala pennanli (Philippi)
SaliiL-Jcan-dc-Luz.
Sur la côte basque, d’après les données fournies par quelques échantillons
de diamètre inférieur à 10 millimètres, les animaux de trois ans auraient
10 millimètres, aussi bien à Socoa qu'à Saint-Jean-de-Luz (Tableaux 12 et 13).
A Socoa, le diamètre s’accroît ensuite de un millimètre par an; .soit un dia¬
mètre de 11 millimètres à quatre ans, de 12 millimètres à cinq ans. Au-delà
un ralentissement se produit, ce n’est qu'à plus de .six ans et demi que le
diamètre 13 millimètres est atteint. Les animaux ne dépasseraient guère
l’ûge de sept ans. A Saint-Jean-de-Luz, la croissance est légèrement plu®
rapide; les animaux auraient un diamètre de 13 millimètres en moins de six
ans. Les dilTérenccs enregistrées entre les deux stations basques sont du mèm®
ordre que celles qui avaient été notées entre les stations bretonnes. Il reste
à comparer les résultats obtenus dans les deux domaines géographiques.
Nous ne retrouvons pas ici, entre les stations bretonnes et les stations
basques, une opposition aussi catégorique que celle observée au sujet de la
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 75
vitesse de croissance. En effet, il n’y a pas plus de dilTérence, entre les
résultats de Cléder-Ann’Annec et ceux de Saint-Jean-de-Luz, qu’il n’y en
avait, entre ceux de Saint-Jean-de-Luz et de Socoa, d’une part, et entre
ceux de Cléder et de Dinard, d’autre part (fig. 14). Toutefois, les populations
bretonnes, dont nous avions constaté la plus forte vitesse de croissance, ont
en commun une longévité inférieure à celle des populations basques à crois¬
sance ralentie. Ainsi, la longévité accrue tendrait à équilibrer la déficience
de l’accroissement. Cependant, cette plus grande longévité des animaux
basques est insulTisantc pour compenser leur moindre croissance annuelle;
ils n'atteignent pas d’aussi grandes dimensions que les animaux bretons.
Cette constatation vient à l’appui de l’observation formulée précédemment
opposant la faible différence qui sépare les longévités réciproques des deux
groupes de populations au net contraste des vitesses de croissance. La plus
grande longévité des exemplaires du Pays Basque tout en œuvrant pour
corriger le déficit de la croissance n’est pas sufiisamment marquée pour que
les deux groupes de populations atteignent des dimensions équivalentes.
n —
l-'ia. 14. — riclalion entre râ«e cl ta taille chez üibbula pennanli (PniLirpi). .Stations
de Dinard (A), Ciéder (B), Sainl-.Iean*de*Luz (C) et Socoa (D). Bn abscisse, nombre
d'années; en ordonnée, diamètres successifs.
Ixs observations de E. Fischer-Pieitk (1941) sur les Patelle.s vivant
au voisinage immédiat des Fucus avaient abouti à un résultat analogue
au nôtre quant au rythme plus rapide de l’accroissement de la coquille
chez de telles populations. Mais le parallélisme ne va pas au-delà. A cette
vitesse accrue s’associe chez Palclla une plus forte longévité. 11 n'en va pas
de même ici, puisque, malgré une forte atténuation des dissemblances
observées scion que les animaux sont ou non à proximité des Fucacées, il
n’en demeure pas moins que la longévité varie dans le .sens opposé à celui
où évolue la vitesse de croissance. Il faut remarquer que dans le cas des
Patelles, il s’agit seulement de diiïérences locales et d'animaux vivant dans
le voisinage des Fucacées, tandis que dans celui des Gibbula pennanli il
s’agit de.différenccs entre populations plus éloignées et d’animaux vivant
sur les Fucacées etles-inéine-s.
La croissance accélérée des Gibbula pennanli (Philirpi) de Bretagne
avait été mise en rapport avec le voisinage et le grand développement des
prairies de Phéophycées. Il semble que la faible longévité de ces animaux
doive plutôt être considérée comme une conséquence de cette accélération
de la croissance, accélération qui, traduisant une physiologie plus active
est à l’origine d'une usure plus précoce.
Source : MNHN, Paris
7fi
JEAN M. GAILLAHD
5'^ Longévité de Gibbula dneraria (Linn^)
Gihhiila dneraria (Linné) n’a fait l'objet d’observations que dans la ré¬
gion de Dinard, plus précisément à la Pointe des Vidés, à Saint-Enogat. Les
animaux atteignent un diamètre de 11 millimètres à cinq ans. puis 12 milii'
de
taille
Diaiiiitres
déllmltanl
cette
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
et suturaîe
ces diumèircs
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu'à 3
10,0
2 ans ■/,
2 ans y.
H
8 à 8.9
8,0
14,0
7 mois
9
9 à 9.9
9,0
11,9
9 mois
4 ans
10
10 à 10.9
10,0
8.9
14 mois
5 uns
II
tl à 11,9
11,0
9,0
1-1
6 ans
12
12 à 12,9
11,0
5,0
2 uns
8 ans
13
13 à 13,9
non achevé
5,0
2 ans
10 ans
Tahlbau 14. — .\j{e, aux dillircntcs tailles, de Cibbuta emeran'a (Linné) à Dinard,
Saint-l-^nogat, Les Vidés.
mètres à six ans, 13 millimètres à huit ans. Ils disparaissent ayant une dizaine
d’années sans que leur diamètre dépasse I f millimètres (Tableau 14).
• =.-1_^_i_^_1_ ^^^^_I
0 1 2 3 4 9 0 7 a 9
Fio. 15. — Hi-lallon entre l’âKe Pt L taille chez Gibbiita emeranVi (Li.nné) à Dinard.
iCn abscisse, nombre d’uniices; en ordonnée, diamètres successifs.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
77
Ces valeurs sont à rapprocher de celles notées pour Oibbula umbilicalis
(da Costa) dans te Nord de la France; si la longévité observée dans les deux
populations est identique, il n’en est pas de même pour les dimensions des
échantillons car les Gibbula imbilicalis de Wimereux sont de grande taille.
Par contre, aussi bien les Gibbula umbilicalis du Pays Basque que les Gibbula
pennanli de toutes les stations examinées ont une longévité bien moindre.
L’hypothèse ébauchée au sujet du taux annuel d’accroissement des animaux
de ce groupe de populations peut être adaptée à cette nouvelle série de
remarques. Les populations de Gibbula pennanli (Philippi) auraient leur
activité physiologique accrue au Pays Basque, par les conditions climatiques,
en Bretagne, par le bénéfice tiré de la présence des Phéophycées. Par contre,
Gibbula cineraria (Linné), dans la population bretonne où elle a été suivie,
ne bénéficiant ni d’un climat méridional, ni du voisinage des champs d’algues
brunes, se trouverait dans les conditions d’une vie à rythme lent, auquel
correspondrait une vie prolongée.
6'' Comparaison de la longévité dans des populations
de Liitorina saxatiUs (Olivi)
occupant des niveaux cotidaux différents d'une même localité.
La connaissance de l’accroissement annuel de la coquille de Liitorina
saxalilis (Olivi), en trois stations voisines, mais de niveau cotidal différent,
dans la région de Dinard, permet de rechercher l’influence de cette situation
sur la longévité des animaux. Les deux stations les plus voisines sont toutes
deux localisées au Moulinet, à quelques dizaines de mètres de distance.
Les classes de taille de plus grande fréquence sont, pour les deux populations,
celles de 4 et 5 millimètres. Les tailles maximales observées sont légèrement
moins fortes au niveau élevé, où elles n’atteignent pas couramment 8 mil¬
limètres, qu’au niveau moyen, où cette taille est dépassée. A. ces tailles
maximales, approximaÜveinent équivalentes, correspondent des âges très
de
taille
dèllmllaiil
I.OIIdUOUI'
équalurialo
cl sulurale
m diamtlres
annuelle
de la
croissance
chaque classe
Durée
nécessaire
à la
formation
cet intervalle
Age
des animanx
ayant la taille
niaxiniale
chaque classe
^ à -l.U
Ü.3
8.8
2 ans 3 niuis
3 ans
5
5 à 3.'.)
3.5
5,1
t an
4 ans
0
l) h 6,y
•1.5
1.4
1 an
h ans
7
7 <1 7.y
5
1,(*
1 an
6 ans
H
8 à 8,9
non m'liev>i
(7 ans)
Taulbau 13. — .\Ke, aux ilillèrpnles lailles. de Liitorina saxalilis (Olivi) à Uinmd,
l’oiiilc du Moulinet, niveau moyen.
MfiMOinKS ni MisêfM. - ZODLOGIK, 1. XXXVIII. S
Source : MNHN, Paris
78
JEAN M. GAILLARD
Classe
de
taille
Diamètres
délimitant
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
et sulurale
ees diamètres
Valeur
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à ia
formation
cet intervalle
Age
des animaux
ayant ia taille
chaque classe
jusqu'à 3
15,0
3
3 à 3,9
5,0
13,0
5 mois
4 à 4,9
4,0
13,0
4 mois
5
5 à 5,9
4,0
9,6
5 mois
2 ans
6
6 à 6,9
4,5
8,0
7 mois
3 ans
7
7 à 7,9
5.0
non achevé
plus faible
4 ans
Tadleau 16. — Ages, aux dilTércntcs tailles, de Liltorina saxatilis (Olivi) à Oinard,
Pointe du Moulinet, niveau élevé.
difTérents (Tableaux 15 et 16). Les animaux du niveau élevé ont 8 milli¬
mètres au bout de quatre années, alors que ceux du niveau moyen mettent
six ans pour acquérir cette dimension. Celle-ci n’étant d’ailleurs pas la
taille maximale des animaux de cette population, il est probable que certains
individus dépassent cet âge et atteignent sept ans. La troisième station,
celle de Saint-Enogat, se situe à un niveau supérieur aux deux précédentes.
Comme il fallait s’y attendre, la longévité y est légèrement inférieure, soit,
trois ans et demi ou quatre ans (Tableau 17).
Ainsi la comparaison de trois chantiers de Lillorina snxalilis (Olivi)
amène à conclure à une relation entre la longévité des mollusques et leur
localisation colidale. Pour Lillorina saxalilis (Olivi) les animaux sembleraient
bénéficier d’une longévité, d’autant plus grande, qu’ils sont situés plus bas
dans le domaine intercolidal. Cette observation est un corollaire de celle
i L
J_I
Fio. 16. — Hclallon entre l’âge et la taille chez Lillorina saxnlllls (Olivi), Stalienï
de Dlnard, Pointe du .Moulinet, niveau moyen (A) et niveau élevé (ü) et Sainl-PnogaL
niveau supérieur (C). lîn abscisse, nombre d’années; en ordonnée, dlnmétres successifs-
Source : MhlHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
79
notée pour la vitesse de croissance qui est au contraire d’autant plus grande,
pour cette espèce, que les animaux sont localisés plus haut.
Classe
de
taille
Diamètres
délimitant
cette
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
et suturale
ces diamètres
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu'à 4
20,0
1 an y.
4
4 à 4,9
6,0
12,5
6 mois
2 ans
5
5 à 5,9
5.5
13,6
5 mois
6
a à 6.9
4.5
11,5
4 mois y»
3 ans
7
7 à 7,9
5,0
7,7
8 mois
3 ans Ü
Tadlkau 17. — Age, aux (iilTérentcs tailles, de Lillorina saxatilis (Ouvi) à Dinard,
Saitit-Etiogat, Les Vidés, niveau supérieur.
7° Comparaison de la longévité dans des populations
de Litiorina saxatilis (Olivi)
différemment soumises à l'agitation ou aux courants de marée.
Les stations protégées de Boulogne-sur-Mer et de Cléder-Ann’Annec
sont opposées aux stations exposées du Gris-Nez et de Roscofî-Roc’h lliévec.
La comparaison portera tout d’abord sur les deux stations du Nord, puis
sur celles du Finistère.
a) Stations du Nord de la France.
Dans la population du Gris-Nez, la classe de taille de plus grande
fréquence est celle de 6 millimètres et la taille maximale de 12 millimètres
lùo. 17. — Rclalion entre l’âge et la taille chez Litiorina saxalilis (Ouvi). Stations
de Boulognc-sur-.Mcr (A) et du Gris-Nez (li). En abscisse, nombre d'années; en ordonnée,
diamètres successils.
Source : MhtHN, Paris
80
JfîAN M.
lie
taille
DiamHrcs
üélimilaiU
cette
l.oiigueur
<lc lu ligne
ilquatorlale
et sulurale
ces diamètres
Valeur
annuelle
de la
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
cet intervalle
Age
(les animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
4
jusqu'à 4
4 à 4,9
20,0
6,0
12.8
5 mois
1 an y.
5
5 à 5,9
6,0
12,8
5 mois %
2 ans Vt
6
6 à 6,9
6.0
■ 2.8
5 mois Vt
8 ans
7
7 ù 7.9
6.0
10.4
7 mois
3 ans Vi
S
8 à 8.9
7.0
(i,.-)
1 an
4 ans
9
9 à 9.9
7,0
8.5
2 ans
6 ans 'h
10
U
10 à 10,9
11 à 11,9
7,0
probablement
plus faible
8 ans >/>
10 ans
Tablbau 18. — Age, aux diflérenlcs tailles, tie Lllturinu Kax<ililii (Oi.ivi) au Gris-Nw.
(Tableau 18). A Boulogne-sur-Mer, ces classes sont respectivement de 8 mil¬
limètres et de 12 millimètres (Tableau 19). Ainsi, malgré des tailles maxi¬
males équivalentes, les animaux de Boulogne sont en moyenne plus grands
que ceux du Gris-Nez. Ces deux populations appartiennent l’une et l’autre
à la variété rtidissima, aux côtes fines et nombreuses.
Les Lillorina saxalilis (Olivi) du GrLs-Nez atteignent un diamètre
de 10 millimètres à plus de six ans, tandis que ceux de même diamètre,
n’ont que la moitié de cet âge, à Boulogne. De même, dans les deux
stations, c’est respectivement à huit ans et à trois ans et demi que les
animaux ont un diamètre de 11 millimètres. Il semble que les animaux
de Boulogne ne dépassent pa.s cinq ans, tandis que ceux du Gris-Nez
atteignent au moins dix ans.
rie
taille
Diamètres
(léliinitiiiiL
de la ligne
équatoriale
cl sulurale
ces diamètres
annuelle
de la
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
cet Intervalle
Age
lies animaux
ayant la taille
maximale
dans
chaque classe
jusqu'à 5
25.0
5
5 à 5.9
6,0
19.6
8 mois ^2
1 an Vt
6
6 à 6,9
6,0
18,1
1 mois y%
7
7 à 7,9
7.0
28,2
3 mois ^2
H
8 à 8,9
6,0
16,8
4 mois ^
2 ans 'A
9
9 à 9,9
7,0
15,8
5 mois Vs
3 uns
10
10 à 10,9
6.0
12.2
6 mois
3 uns h
11
11 à 11,9
3,0
12,0
6 mois
4 ans
12
12 à 12,9
12,0
6 muls
-1 ans a
Tableau 19. — Age, aux dlltérentes taille», lie Lilleirliui saxalilis (OljvO ^
üoulogne-sur-Mcr.
Source : MNHN, Paris
CnOISSANCK DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 81
Ainsi, dans le chantier protégé de Boulogne, les animaux sont plus grands
que ceux du Gris-Nez, bien que leur longévité soit moindre.
b) Slalions du Finistère.
La station de Roc’h lliévec, sur la côte orientale de la Pointe deBluscon,
à Roscofl, bien qu’elle ne mérite pas à proprement parler le qualificatif
de « battu », est néanmoins nettement plus exposée que ne l’est le chantier
choisi à Cléder-Ann’Annec pour ces expériences. Dans les deux stations
les coquilles ont une fine sculpture (variété rudissima) et des dimensions
peu différentes. A Roc’h lliévec la classe de plus grande fréquence est celle
de 8 millimètres, la taille maximale de 13 millimètres (Tableau 20). A
Cléder, c’est la classe 10 millimètres qui est celle de plus grande fréquence,
la taille maximale étant de 13 millimètres (Tableau 21).
de
taille
Diamètres
délimitant
Longueur
de la ligne
équatoriale
et suturale
CCS diamètres
Valeur
annuelle
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
cet intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
5
Jusqu'à 5
5 à 5,9
25,0
6,0
10,3
7 mnk
2 ans
6
6 à 6,9
6,0
8,9
8 mois
3 ans
7
7 à 7,9
6,0
6,9
n mois
4 ans
8
8 à 8,9
7,0
5,0
1 an 9
5 ans
9
g à 9,9
8,0
2.0
4 ans
9 ans
10
10 à 10,9
6,0
1,8
3 ans
12 ans
11
11 à 11,9
5,0
minime
15 ans
Tableau 20. — Age, aux différcHles tailles, de Lilloritia saxalitis (Olivi)
à Moscou, Roc'biliévcc.
de
taille
Diamètres
délimitant
cette
classe
Longueur
de la ligne
équatoriale
cl suturale
ces diamètres
Valeur
croissance
chaque classe
nécessaire
à la
formation
dans
cet intervalle
d
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusqu’à 6
30,0
2 ans
6
6 à 6,9
7,0
16,0
5 mois
7
7 à 7,9
6.0
14,6
5 mois
8
a à 8,9
8.0
11,1
9 mois
9
9 à 9.9
7,0
11,6
R m„U
1
10 à 10,9
6,0
9,3
8 mois
5 ans
U
11 à 11,9
5,0
3.7
1 an H
12
12 à 12,9
5.0
3,7
8 ans
13
13 à 13,9
5,0
minime
10 ans
Taulkau 21. — Age, aux dltTércnles tailles, de Liltorina saxalUis (Ouvi)
A Cléder, Anii'Année.
Source : MNHN, Paris
82
JEAN M. GAILLARD
Les animaux de Roscoff atteignent 9 millimètres de diamètre à cinq ans,
11 millimètres à 12 ans. A Cléder, ils ont 9 millimètres avant quatre ans,
11 millimètres à cinq ans et 12 millimètres à moins de sept ans. Ainsi, les
animaux de cette dernière station qui aboutissent à la taille maximale,
locale, bien supérieure à celle atteinte par les échantillons de Roscoff,
n’auraient pourtant guère plus de dix ans.
Fio. 18. — Relation entre l’âge et la taille chcï Ullorina saxalilis (Ouvi). Station»
de Ro»colT, Hoe'h lliévcc (A) cl de Cléder, Ann’Annec (B). Kn abscisse, nombre d'années;
en ordonnée, diamètres successils.
Les animaux de la station calme de Cléder s’opposent donc à ceux de la
station plus exposée de Roscoff par leur plus grande taille et par leur moindre
longévité.
De l’examen de ces deux groupes de stations, il semble ressortir que
les animaux des stations exposées aux courants bénéficient d’une plus grande
longévité. Cette vie prolongée n'a cependant pas comme résultat l'accession
des animaux à des tailles supérieures. Au contraire, car cette longévité
est assortie d’un rythme de croissance plus lent. Les tailles intermédiaires,
aussi bien que la taille maximale, sont atteintes plus précocement dans
les stations de mode abrite, la mort y intervient aussi plus rapidement.
8" Relation entre la longévité de Littorina saxatilis (Olivi)
et la latitude des stations.
Dans le paragraphe précédent, deux groupes de stations, l'un du Nord
de la France, l’autre de la région de Roscoff, ont été comparés. Cela a permis
d’établir que dans chacune des régions la longévité était plus grande dans
les stations de mode battu que dans les stations calmes. Mais les valeurs
absolues établies pour ces quatre points dénotent, par ailleurs, que la
longévité est plus grande, dans les stations de la région de Roscoff, que
dans les stations, de même type, de la région du Nord. Les animaux du
Gris-Nez ont une longévité légèrement inférieure à celle des animaux de
Roscoff; il semble qu’ils ne dépassent guère dix ans alors (jiie ceux de la
station finistéricnne atteignent quinze ans. Quant aux animaux de Bou-
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 83
logne, leur longévité est moindre que celle des animaux de Cléder, cinq ans
contre dix ans. Ainsi, il semble que le caractère septentrional du climat ne
favorise pas une forte longévité chez Littorina saxalilis (Olivi). Ce rôle
du climat est très net dans les localités abritées. La différence entre la
longévité, à Boulogne et à Cléder, apparaît ainsi notable. Par contre ce rôle
est beaucoup moins net pour les stations battues et le contraste entre le
Gris-Nez et Roscoff est beaucoup plus réduit. Cette atténuation de l’effet
du climat septentrional avait déjà été notée pour la croissance annuelle
de cette espèce. Les populations des stations calmes subissent plus stric¬
tement les conditions climatiques régionales que ne le font les stations
battues. Pour ces dernières, l’influence maritime temporisatrice joue un
rôle important. Les vagues et les embruns réduisent ou annulent la période
durant laquelle les animaux sont soumis au climat aérien. A l'opposé, dans
les stations calmes, les eaux peu agitées, peu renouvelées (au moins momen¬
tanément) baignant les animaux, peuvent localement, prendre une tem¬
pérature plus proche de celle de l’air. Il est d’ailleurs possible et probable
que l’agitation de l’eau provoque la turbulence de l’air sus-jacent et que
ses caractéristiques elles-mêmes en soient modifiées.
9° Longévité de Littorina saxatiiis (OllVl)
à Cancaval et à Dinard.
Les deux paragraphes précédents ont permis d’établir le rôle de la
latitude et de l’agitation sur la longévité de Lillorina saxalilis (Olivi).
Ces observations portaient sur des populations de la région de Roscoff
et du Nord de la France. Ces populations avaient l’avantage d’être compo¬
sées d’animaux dont la coquille appartenait au même type morphologique,
celui de la variété nidissima. Deux autres populations ont été étudiées,
toutes deux dans la région de Dinard; ce sont des populations appartenant
à deux types morphologiques différents, à la fois, entre eux, et de celui
Classe
(le
taille
Dlaniitrcs
délimilant
Longueur
de lu ligue
équatoriale
cl suturalc
ciilrc
CCS diamètres
Valeur
annuelle
de la
croissance
chaque classe
Durée
nécessaire
à la
formation
ccl intervalle
Age
des animaux
ayant la taille
maximale
chaque classe
jusiju’à 6
25.0
6-7
5 à 7.9
17.0
17,2
1 an
8-9
8 à 9.9
12.0
14.5
10 mois
3 ans
10-11
10 à 11,9
13,0
16,0
10 mois
12
12 à 12.9
7,0
11,7
7 mois
4 ans Vi
13
13 à 13,9
6.0
3,7
21 mois
14
I l à 14,0
6.0
2,8
27 mois
8 ans
15
15 à 15,9
6,0
2.1
3 ans
11 uns
Tableau 22. — Age. aux üiftérunlcs tailles, de Lillorina snxalilis (Olivi) à Cancaval.
Source : MNHN, Paris
84
JKAN M. GAILLARD
des animaux de Roscofî et du Pas-de-Calais. La population de la station
agitée du Moulinet appartient à la forme jugosa, caractérisée par sa taille
réduite et ses côtes peu nombreuses et aiguës; la population de Cancaval
appartient à la variété compressa, caractérisée par sa grande taille et ses
côtes aplaties. Les formes rudissima, jugosa et compressa sont classées par
les auteurs dans trois sous-espèces différentes; ce sont respectivement les
sous-espèces radis, jugosa et nigrolineala.
l'io. 19. — Relation entre l’âRc et la taille chez IMIorina saxalllis (Olivi). Stations
de Cancaval, Rance (A),Dinard, Pointe du Moulinet, niveau élevé (B) et niveau moyen
(C). Kn abscisse, nombre d’annévs; en or<Ionnée, diamètres successifs.
La longévité des populations du Moulinet a été établie à sept ans,
pour les animaux du niveau moyen, à quatre ans pour les animaux du
niveau élevé. Les animaux de Cancaval dépassent onze ans (Tableau 22).
Alors que l’on avait constaté antérieurement que les populations des
stations agitées avaient une longévité supérieure, on se trouve ici devant
des résultats inverses. Ces résultats sont diamétralement opposés à ceux
acquis sur la variété rudissima. Les résultats obtenus sur l’un et l’autre
de ces chantiers ne peuvent pas être rattachés aux données obtenues dans
le Nord ou dans la région de Roscoff. Dans le quatrième chapitre de ce
travail figurera l’historique d’un certain nombre de travaux cherchant à
établir des subdivisions profondes dans le groupe Liltorina saxalilis- R
.semble qu’au nombre des caractères différentiels, devant faire l’objet de
recherches dirigées dans ce sens, doive figurer l’étude de la croissance et de
la longévité de ces diverses subdivisions .systématiques de lAllorina saxa¬
lilis (Olivi).
Conclusion du chapitre
Un certain nombre d’éléments écologiques ou climatiques semblent
avoir une action .sur la longévité des animaux des diver-ses espèces de
Gastéropodes étudiés dans ce chapitre. Ces cléments sont le niveau cotida
Source : MNHN, Paris
CIÎOISSANCI-: ÜE LA. COQl'ILI.E DES MOLLUSQUES 85
tle.s stations, la plus ou moins grande agitation de l’eau, la latitude des
localités. Enfin un élément biologique, lui-même dépendant des conditions
rencontrées, la présence de vastes peuplements de Pliéophycées, paraît
agir, indirectement, sur la longévité des populations qui lui sont inféodées.
1. — Niveau colidal.
Les observations faites sur des populations de Lillorina saxalilis (Olivi),
vivant à différents niveaux cotidaux, dans une même localité, ont montré
que les populations des niveaux inférieurs bénéficient d’une plus grande
longévité.
2. — Agilalion.
Les effets de l'agitation de l’eau semblent différer selon que l'on observe
Monodonla lineala (Trochidae) ou Littorina saxalilis. Pour les Trochidae,
le mode battu est nuisible à la longévité, de même qu’il nuisait à la vitesse
de croissance. Les stations protégées permettent aux animaux d’acquérir
une plus grande taille et de vivre plus longtemps. Par contre, pour Littorina
saxalilis var. rudissima l’effet est inverse, les animaux des points calmes
ont une croissance plus rapide que ceux des points battu.s, mais, ils ont une
moins grande longévité. C’est déjà le résultat auquel Hatton (1938) et
Fischer-Piette (1941 et 1948) étaient arrivés pour Palella vulgaia (Linné).
3. — Lalilude des slations.
Le caractère méridional du climat basque semble rendre la vie de
Monodonla lineala (da Costa) plus courte qu'elle ne l’est sous le climat
breton. A cette brièveté de la vie s’associe un ralentissement très ménagé
de la croissance au fur et à mesure du vieillissement; la conséquence de cette
double influence est la disparition des animaux alors que leur rythme de
croissance est encore très important.
Pour Gibbula umbilicalis (da Costa), l'influence méridionale se mani¬
feste, de même, par une diminution de la longévité; mais l’effet sur la
vitesse de croissance est moindre; si la chute de la vitesse de croissance,
duc à l'âge, se trouve retardée, sous le climat basque, elle ne l’est que dans
des proportions équivalentes à l'allongement de la vie, aussi, les animaux
de cette région ont-ils, à l’approche de leur disparition, une croissance aussi
ralentie que celle des animaux bretons.
Gibbula pennanli (Philippi) s’oppose aux deux espèces précédentes
par une longévité supérieure au Pays Basque. Mais, contrairement à ce
qui se produit pour Gibbula umbilicalis (da Costa) cette grande longévité
ne compense pas l’énorme différence existant entre la croissance accélérée
des animaux bretons et la croissance ralentie des animaux basques. Aussi,
les animaux basques sont-ils loin d’atteindre les dimensions des animaux
bretons.
L’exemple de, Gibbula pennanli, dont les populations basques ont un
rythme de croissance moins rapide et une longévité plus grande que celles
des stations plus .septentrionales, est extrêmement intéressant. Les résultats
auxquels nous arrivons en ce qui les concerne sont absolument à l’opposé
de ceux obtenus, tant ici, pour les autres espèces, que dans les publications
Source : MNHN, Paris
JEAN M. GAILLARD
des auteurs. Weymouth et Thompson (1931), pour Cardium corbis et
Weymouth, Macmillin et Ricii (1931), pour Siliqaa palula aboutissent à
une croissance plus rapide et une moindre longévité en Californie qu’en
Alaska. De même, Thobson (1936), comparant la croissance des Lamelli¬
branches du Groenland avec celle d’espèces plus méridionales, arrive au
même résultat. Chez Gibbula pennanli, les variations respective.s, parallèles
mais de sens opposé, de la vitesse de croissance et de la longévité manifestent
bien l’étroite interdépendance de ces deux données. Le paragraphe suivant
résume l’hypothèse proposée au sujet de ces populations basques et bre¬
tonnes de Gibbula pennanli.
4. — Présence des Phéophycées.
La grande longévité et la faible vitesse de croissance des Gibbula
pennanli (Philippi) du Pays Basque s’opposent à la longévité plus réduite
et à la croissance plus rapide des populations bretonnes de cette espèce.
Cette plus grande longévité pourrait être une conséquence du rythme plus
ralenti selon lequel s’opèrent la croissance et, probablement aussi, d’autres
mécanismes physiologiques. A l’inverse, les animaux de Bretagne, à crois¬
sance « exagérément » rapide, sembleraient user leurs capacités vitales
plus rapidement.
Stations
Années successives
1 + 2
10
au-delà
de 10
Dinard
du
Moulinet
niveau moyen
50
22
12
8
niveau élevé
70
21
niveau supérieur
65
30
Nord
France
Gris-Nez
40
20
15
5.5
-
Boulogne-
55
25
18
3
Région
de RoscofI
Roe’h lUévec
40
14
11
8
6
4,5
3
3
se poursuit
ralentie
jusqu’à
15 ans
Cléder
Ann’Anncc
38
19
15
11
9
6,5
4,5
Gannival
38
22
17
12
7.5
5,5
3,3
_J
Taülbau 23. — Uonnant, pour les diverses populations de I.iltorina saxnlitis t'ludi<S<!»i
le pourcentage exprimant le rapport entre la longueur de coquille réalisée au cours
de chacune des années successives et la longueur totale de lu coquille, (il s'agit de
la coquille ■ déroulée >, dont la longueur est mesurée le long de la ligne équatoriale
et sulurale.)
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 87
examinées
Stations
Années successives
1 -f 2
»
10
au-delà
de 10
Monodonla
Uneata
Dinard
Le Moulinet
44
18
11
6,5
5,5
4,5
3,2
3
Cancaval
45
12
8,5
5,5
4,5
4
3.5
2.2
1,5
se poursuit
ralentie
jusqu'à
19 ans
RoscofI
Roe’h Iliévec
45
18
9.5
7,3
5.5
5
4
3,2
3
Socoa
50
21
14
13
Gibbula
umbiticalis
Saint-Jean-
48
28
12
7,2
4,8
Wimereux
36
18
18
12,5
4
2.5
Cibbula
pennanli
Saint-Enogat
75
22
Cléder
Ann’Anncc
73
17
6
4
Socoa
46
20
12,5
9
7
6
Saint-Jean-
50
24
15
10
1 ^
5|
Dinard
30
16
13,5
10
10
6,7
5,6
5,6
Tableau 24. — Donnant, pour les espèces de Trochidae étudiées, le pourcentage exprimant
le rapport entre la longueur de roquille réalisée au cours de chacune des années succes¬
sives et la longueur totale de la coquille. (11 s’agit de la coquille ■ déroulée ■, dont
la longueur est mesurée le long de la ligne équatoriale et sulurale.)
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE III
ÉTUDE DE LA CROISSANCE SAISONNIÈRE DE LA COQUILLE
DE MONODONTA LINEATA (da Costa),
GIBBULA UMB/LICALIS (DA COSTA),
GIBBULA PENNANTI (PHILIPPI), GIBBULA CINERARIA (LINNÉ)
ET LITTORINA SAXATILIS (Olivi)
Sommaire
Préliminaires.
1® Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Monodonta
lineala (da Costa) sur la côte Nord de Bretagne et sur la côte basque.
A. — Démarrage printanier de la croissance de la coquille, pré¬
cocité de ce phénomène sur la côte basque.
B. — Évolution de la vitesse de croissance au cours du printemps,
rôle du cycle sexuel dans le ralentissement de la croissance
observé en mai et juin.
C. — Période de forte croissance estivale.
D. — Passage à la période de repos hivernal, indépendance de la
durée de la période d’activité vis-à-vis des conditions cli¬
matiques,
2® Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Gibbula
iimbilicalix (da Costa) sur la côte du Nord de la France et sur la côte
basque.
A. — Démarrage printanier de la croissance.
B. - Évolution de la vitesse de croissance au cours du printemps
et au début de l’été.
C. — Période de forte croissance estivale.
D. — Passage à la période de repos hivernal.
3® Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Gibbula
pennanli (Philippi) sur la côte bretonne et sur la côte basque.
A. — Stations bretonnes.
B. — Stations basques.
d® Croissance saisonnière de la coquille de Gibbula cinernria (Linné).
Source : Mh}HN, Paris
90
JEAN M. GAILLARD
5° Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Litlorina
saxalilis (Olivi) en diverses stations des côtes françaises.
A. — Période de forte croissance automnale.
B. — Ralentissement hivernal de la croissance.
C. — Brièveté de la reprise de la croissance à la fin de l’hiver.
D. — Baisse progressive de la vitesse de croissance peu après le
début du printemps.
E. — Êtagement des valeurs estivales en fonction du caractère
plus ou moins septentrional des stations.
Conclusion du chapitre.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
91
Préliminaires
Les conditions climatiques, subies par les diverses populations des
espèces étudiées dans ce travail, étant essentiellement variables au cours
de l’année, il était intéressant de connaître, non seulement la croissance
annuelle totale de la coquille, mais aussi, la répartition rie cet accroissement
entre les diverses périodes de l’année.
La technique adoptée, utilisant des expériences successives de quelques
semaines chacune, se succédant tout au long de l’année, se prêtait bien
à l’approche du problème. Il aurait été avantageux que ces période,s soient
équivalentes, eu durée, et simultanées dans les divers points des côtes de
France prospectés. En fait, cela était impossible pour une seule personne.
Les marées de vive-eau ont été utilisées pour visiter successivement les
côtes du Pas-de-Calais, de la Bretagne et du Pays Basque (les deux centres
bretons de Dinard et de RoscofT ont toujours été visités au cours d’une
même vive-eau). Certaines périodes de vive-eau, ne présentant pas un
coeflicient sufiisant pour permettre la visite des chantiers de niveau infé¬
rieur, ont été totalement abandonnées (1). Cela a eu pour elTet la prolon¬
gation du stage de.s animaux en observation et une inégalité plus prononcée
de la durée des expériences successives. En fait, cette durée varie de un à
deux mois. Les valeurs représentatives de l’accroissement des animaux,
obtenues pour chacune des périodes, n'étant plus directement comparables,
il a été décidé de les remplacer dans cet office par la valeur ramenée à
trente jours de la croissance pendant cette période. Ce sont donc ces nafeurs
moi/ennes de la croissance du bord de Vouverlure de la coquille, pour trente
jours, exprimées en millimètres, qui se trouvent mentionnées dans les
tableaux accompagnant les exposés. Chacune de ces valeurs correspond
à une classe de taille précise.
Des graphiques ont été établis afin de rendre perceptible d’un seul
coup d’œil l’évolution de la vitesse de croissance au cours de l’année. Il
serait tentant de les remplacer par une courbe. Plus proche de la réalité,
dans son principe, celle-ci aurait un inconvénient énorme qui y a fait
renoncer, elle exigerait une part d’interprétation subjective. C’est pourquoi
il a paru préférable de s’arrêter au graphique par paliers. Chacun de ces
paliers représente, pour chacune des périodes et pour la classe indiquée,
d’une part, le taux moyen de la croissance (en ordonnée), et, d’autre part,
la durée sur laquelle cette moyenne a été observée (en abscisse).
Les trois premiers paragraphes examineront, comparativement, le cycle
annuel de la croissance de la coquille de Monodonla lineala (da Costa) dans
des populations bretonnes et basques, de Gibbula umbilicalis (da Costa) des
côtes françaises du Pas-de-Calais et du Pays Basque, de Gibbula pennanti
(Philippi) de plusieurs localités du Nord de la Bretagne et de la côte basque.
(1) Voir le calendrier des marées de vivc-cau mises à profll page 32
Source : MNHN, Paris
92
JEAN M. GAILLARD
Une quatrième espèce de Trochiclac, Gihbula dneraria (Linné) sera ensuite
étudiée, en Bretagne seulement. Knfin, le cycle de Litlorina saxalilis (Olivi)
fera l’objet d’observations tant sur les côtes du Nord de la France que sur
celles du Nord de la Bretagne, dans des conditions écologiques variées.
10 Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille
de Monodonta lineata (da Costa),
sur la côte Nord de la Bretagne et sur la côte basque.
Les données faisant l'objet de cette étude de la croissance saisonnière
de la coquille de Monodonta lineata (da Costa) concernent les populations
d’une station de la région de Dinard, d’une station finistérienne et d’une
station de la côte basque. La station de la région de Dinard est la Pointe
du Moulinet. Celle du Finistère est située à BoscolT, au lieu-dit Roc’hiliévec,
sur la côte orientale de la Pointe de Bloscon. La station basque se trouve
sur la côte ouverte à quelques kilomètres au Sud de Socoa.
L’examen des graphiques (Fig. 20) et des tableaux (25, 26 et 27)
amène une première observation : la vitesse de croissance varie de façon
Dates de marquage et de récolte
et nombre d’échantillons
Classes de taille
(Dian)6trc de la coquille en millimètres)
pour chaque période
10
U
12
13
14
15
16
17
12 avril au 8 juin 1060
32
2,6
1,4
0,8
0.5
0,4
0,4
11 juin au 10 juillet
26
1,4
0,8
11,2
0,1
0,5
0,1
16 juillet au 1'' septembre
50
2,3
2,1
1,3
0,8
0.7
0,4
2 septembre au 19 oclobre
53
1.5
0,7
0,6
0,6
0,4
20 oclobre au 15 décembre
64
1,8
1,5
1,4
1.0
0.8
0,6
0,3
0.2
0.1
16 décembre au 12 février 1961
79
0,02
0,1
0,1
0,1
0,1
0.1
0,03
0
13 février au 31 mars
50
0,6
0,5
0,3
0,3
0,2
0,2
0,3
l'f avril au 28 mal
32
1.3
0,9
0.7
0,4
0,2
0.1
29 mai au 11 juillet
57
1,0
0,9
0,4
0,2
0,01
0
0,1
12 juillet au 21 aoAl
36
2.1
2.1
1.1
0.8
0,0
25 août au 11 octobre
11
2,4
1.2
1.5
1,0
0,8
Tableau 25. — Valeur moyenne tle lu croissance du bord de l’ouvcrLurc de la coquille
de Monodonta lineata, en trente jours, en mlllliiiètrcs, à Dlimrd, l’ointe du Moulinet-
Source : MNHN, Paris
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d'échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille (Diamètre de la coquille, en millimètres)
9
10
11
12
13
.4
15
16
n
18
19
20
21
20 juillet au 4 septembre 1960
86
4,0
3,4
2,5
2,0
1,7
1,3
0,6
5 septembre au 25 octobre
72
4,1
3,4
2,6
2,6
2,1
1,6
0,8
26 octobre au 20 décembre
74
2,0
2,3
2,1
2,2
2,0
1.4
1,4
1,4
1,2
1,1
0,6
0,6
0,4
21 décembre au 18 février 1961
82
1.1
1,2
0,5
0,5
0,6
0,3
0,2
0,2
0,08
0,05
19 févTier au 4 avril
80
1,1
0,6
0,6
0,3
0,2
0,08
0,05
0,02
0,05
5 avril au 31 mai
72
2,8
2,6
1,8
1,3
0,9
0,6
0,4
0,15
juin au 14 juillet
94
3,3
1,9
1,0
0,5
0,2
0,05
0,09
0,03
0
15 juillet au 29 août
33
4,3
4,5
3,6
2,9
2,1
1,0
0,6
31 août au 12 octobre
70
2,9
2,5
2,4
1,6
1,2
1,1
Tableau 26. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l'ouverture de la coquille de Monodonla Uneala,
en trente jours, en millimètres, à Roscofl.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d’échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille (Diamètre de la coquille, en millimètres)
6
8
9
10
■>
12
13
15
16
17
18
19
10 août au 20 septembre 1960
11
3,2
4,1
1.5
3.9
2,9
2,4
21 septembre au 3 novembre
34
1,6
1.6
1 7
0
5 novembre au 3 Janvier 1961
27
0,6
0,05
0,2
0.2
0,4
6 Janvier au 2 mars
40
1.1
1,3
0,8
1,3
1,0
0,2
0,3
0,5
0,4
3 mars au 3 mai
66
4,0
3,8
3,5
1.6
2,0
2,0
2,0
2,0
1.4
4 mai au 13 Juin
23
3,1
2.4
3,0
1,6
0,9
0,8
1,0
16 jnin au 28 JuiUet
9
6,8
0,5
3,9
2,6
1,5
2,6
Tableau 27. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l’ouverture de la coquille de ^^onndonla lineata,
en trente Jours, en millimètres, à Soroa.
Source ; MNHN, Paris
GROISSANCK DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 95
très marquée selon les saisons. Une seconde remarque s’impose ; une indé¬
niable parenté existe entre l’évolution de ia vitesse de croissance, au cours
de l’année, dans les trois stations étudiées. Cette deuxième observation
a servi de guide à l’établissement du plan de cette étude. Au lieu d’examiner,
tour à tour, les trois localités, il a paru plus intére.ssant d’envisager,
successivement, les diverses phases du cycle annuel; chacune de
celles-ci faisant l'objet d’observations simultanées sur les trois chantiers.
5»pt. ocl- noï. déc. )»nv. lév. murs avril mai juin iuil. aoOt saut. cct.
Fio. 20. — Vartalions saisonnières fie la vitesse <le croissance de la coquille de
Monodonta lineala (nx Costa). De haut eu bas, à Dinard (A), Roscolt (B) et Soeoa <C).
Bn ordonnée, valeur de la croissance en trente jours, en niQUmètres. Pour chaque station
plusieurs tracés sont donnés, chacun d'eux correspond aux animaux d'une classe de taille.
I.a valeur de celle-ci (diamètre fie la coquille, en milUmèlres) est indiquée au-dessus de
l’extrémité gauche des lignes.
Sfjorce ; MUHhl, Paris
96
JEAN M. GAILLAKD
Nous étudierons tout d’abord le démarrage printanier de la croissance,
puis le ralentissement momentané qui intervient, en mai ou juin, selon les
localités. Le troisième paragraphe sera consacré à la période de forte crois¬
sance estivale. Enfin l’observation du passage à la période de repos hivernal
fera l’objet de la dernière partie.
A. — Démarrage printanier de la croissance de la coquille, précocité de ce
phénomène sur la côte basque.
L’hiver est marqué dans toutes les stations par un arrêt presque total
de la croissance. Aprè.s cette période d’extrême ralentissement intervient
un démarrage très rapide. Nous comparerons d'abord les stations de Roscoft
et de Socoa.
A Roscofï, pour la période s’achevant au début du mois d’avril nous
ne notons aucune augmentation de la vitesse de croissance par rapport à
la période précédente. Seuls les spécimens de taille égale ou inférieure à
12 millimètres ont alors une croissance supérieure à un millimètre pour
trente jours. Pour les classes 13, 14 et 15 millimètres cette croissance e.st
voisine de un demi-millimètre. Pour les classes supérieures elle est inférieure
à deux dixièmes de millimètre. Par contre, dès la période suivante, qui
s'étend du 5 avril au 31 mai, on assiste à une accélération spectaculaire;
selon les classes de taille, la croissance passe de 1,1 millimètre à 2,8 milli¬
mètres; de 0,6 millimètre à 2,6 millimètres; de 0.3 millimètre à 1,3 millimètre;
de 0,08 millimètre à 0,6 millimètre. Toutes les valeurs sont au moins lar¬
gement doublées, souvent triplées ou quadruplées.
La technique adoptée ne permet pas île dater avec précision ce démar¬
rage. Toutefois, l’examen du mouvement général de l’évolution au cours
de l’année peut donner une indication. La période précédant ce démarrage
a les valeurs les plus faible.s de l’année; il semble donc peu probable qu’il y
ait eu une reprise, si légère soit-elle, pour la dite période (jui s’achève à la
fin du mois de mars. Est-il possible de se rendre compte si la période au
cours de laquelle se manifeste le démarrage ne comporte que des jours à
crois.sance accélérée, ou bien si, à .son tout début, elle concerne des jours à
croissance nulle? Cela est plus délicat. Mais les valeurs observées étant
cependant de l’ordre de grandeur des fortes valeurs cstivale.s, il paraît peu
vraisemblable que de nombreuses journées à croissance nulle y soient
incluses. A notre avis le démarrage de la croissance a dû se faire, à Roscoff,
dans les tout premiers jours d’avril.
A Socoa, pour la période s’achevant le 2 mars, nous avons déjà quelques
signes de reprise de la croissance, passages de 0,6 millimètre à 0,8 millimètre
pour la clas.se 9 millimètres; de 0,05 millimètre à 0,2 millimètre pour la
classe 13 millimètres; de 0,2 à 0,3 millimètre pour la classe 14 millimètres;
de 0,2 à 0,5 millimètre pour la classe 15 millimètres. Mais cette accélération
est minime en comparaison des ré.sultats observés à la fin de la période
Suivante. La croissance des classes inférieures à la classe 14 millimètres
dépa.sse alors 3 millimètres et celle des classes de plus grande taille est
rarement inférieure à deux millimètres. En fait, si l’on tient compte de la
légère augmentation observée dès la période couvrant les mois de janvier
et février, il .semble qu’à Socoa la reprise de la croissance ait débuté dès les
derniers jours du mois de février.
Source ; MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 97
De la comparaison, des dates de démarrage de la croissance, à Roscofî
et à Socoa, il ressort que cette reprise se produit un mois plus tôt sur la
côte basque que sur la côte bretonne. Ceci ne saurait étonner en raison des
différences climatiques existant entre les deux régions.
Les dates de visite des chantiers de Roscoff et de Dinard sont très
voisines, aussi les comparaisons sont plus directes que dans le cas précédent.
Les animaux récoltés à Dinard, à la fin du mois de mars, manifestent un
début de reprise de leur croissance; ce qui n’était pas apparu, à Roscoff,
pour la période correspondante. Il semble donc que la reprise de la crois¬
sance ait été, à Dinard, légèrement plus précoce qu’à Roscoff. L’écart est
faible, il est hors de proportions avec celui observé entre les stations du
Finistère et de la côte basque.
B. — Évolution de la vitesse de croissance au cours du printemps, rôle du cycle
sexuel dans le ralentissement observé en mai-juin.
Qu’il s’agisse de Socoa, sur la côte basque, de Roscoff ou de Dinard,
sur la côte Nord de Bretagne, on constate, au tout début du printemps,
une importante reprise de la croissance après l’arrêt presque total de l'hiver.
De la môme façon, quelques semaines plus tard, un important ralentissement
se produit dans la formation de la coquille. Cette chute du taux de crois¬
sance n’est pas subie également par toutes les classes de taille. Pour les
animaux les plus gros, l’accroissement n’est que très légèrement supérieur
à ce qu’il avait été en hiver, par contre, au fur et à mesure que l’on considère
des classes plus juvéniles, le ralentissement devient moins important. Pour
les classes des plus petites tailles, à Roscoff, on ne constate même plus
aucun ralentissement.
Trois ordres de phénomènes ont semblé devoir être examinés pour
expliquer ce ralentissement inattendu de la croissance intervenant .sitôt
après le démarrage printanier : la climatologie dans son sens le plus large
(aérien, marin, local, régional...), l’alimentation et la sexualité.
a) Climatoloqie.
Monodonla lineala (da Costa), bien qu’étant un animal marin, passe
plus de temps dans l’air qu’en immersion. Il est impossible d’estimer les
infiucnces que la température de l’air ou de l’eau de mer peuvent réci¬
proquement avoir sur son organisme. Pour le domaine marin, les variations
ne sont jamais brutales, les oscillations ne sont ni fortes ni rapides. Aussi
semble-WI peu probable qu’elles puissent être invoquées présentement.
Les valeurs de la température de l’eau, relevées à marée basse, sont alors
de M® à Socoa (début avril) et de II” à Roscoff (début mai). Pour le
domaine aérien il est possible de suivre l’évolution générale du temps grâce
aux « Bulletins décadaires » publiés en supplément au « Résumé mensuel
du temps en France » par les .services de la Météorologie Nationale. Nous
avons recherché .si, au cours de la période rendue remarquable par ce ralen¬
tissement de la croissance, ou bien légèrement avant cette période, un
à-coup de l’un au moins des éléments météorologiques (températures maxi¬
males, moyennes et minimales, insolation, précipitations) ne se manifestait
pas à la fois, en Bretagne et sur la côte basque. Rien de tel ne se constate :
Source : MNHN, Paris
JEAN M. OAILI.ARD
aucune baisse de température, ni manque d'insolation, ni abondance de
précipitations. Tout au plu.s peut-on noter un parallélisme entre les deux
domaines géographiques puiscjue dans l’un comme dans l’autre la tempé¬
rature moyenne devient alors supérieure à 13® 5 (première décade d’avril
pour le Pays Basque, première décade de mai pour HoscolT),
b) Alimenlalion.
L’examen de contenus intestinaux a donné, à plusieurs reprises au cours
de l’année, des résultats identiques qualitativement et quantitativement.
Il n’est pas apparu qu’une période de Jeûne puisse être à l’origine de ce
ralentissement de la croissance. Qualitativement, les contenus intestinaux
se sont révélés identiques : une masse verdâtre comportant très peu d'élé¬
ments reconnaissables. L’aspect des stations, rochers Iis.scs et nus sur
lesquels aucune végétation macroscopique n’existe d’un bout à l’autre
de l’année, fait plutôt penser que les animaux doivent y racler un dépôt
fait de débris d'algues déjà fort dissociés. Quanlilativemeiit, la masse des
contenus intestinaux avait un volume identique à toutes les .saison-s. Ainsi,
qu’il s’agisse de la quantité ou de la qualité, l'alimcntalion ne paraît pas
devoir être la cause de ce ralentissement de la croissance.
c) Sexualité.
A chacune des visites, des animaux ont été prélevés en vue d’une étude
sommaire des gonades. Cet examen a été pratiqué sur les spécimens de
Roscoll et de Socoa. Il a permis de noter que, dans les deux stations, cette
période de ralentissement de la croissance de la coquille est celle à la fin de
laquelle a pu être notée une réduction du nombre d’individus femelles
ayant les gonades très gonflées d’ovules. Ln elTet, c'est au début de mai à
Socoa, et, en lin mai à Roscofî, que la totalité des individus femelles est
ainsi chargée d’éléments reproducteurs. I^s exemplaires, précédemment
marques, récoltés à ces dates, témoignent une reprise de croissance as.sez
notable. Mais, au passage suivant, on remarque à la fois une baisse de la
vitesse de croissance (pour la période début mai/mi-jiiin à Socoa et début
jiiin/mi-juillet à RoscolT) et i’apparition d’un contingent, un tiers environ,
de femelles avec très peu ou aucun ovule, groupe probablement formé
d'individus précoces ayant déjà effectué la plus grande partie de leur ponte.
Ainsi, il semble que des trois éléments examinés (climat, nourriture,
sexualité), comme pouvant être cause de ce ralentissement de la crois.sance,
la période de lin de maturation des ovules et de début de la ponte doive
être retenue au moins comme la principale. Toutefois, cette étape du cycle
sexuel pourrait elle-même être en rapport avec l’évolution de la température
de l’air. Ainsi que cela a été noté, celle-ci est alors la même dans les deux
localités (13® 5 température de la première décade d’avril au Pays Basque
et de la première décade de mai à RoscolT). Il lu* serait pas invraisemblable,
que, chez cette espèce qui passe plus de temps en émersion qu’en immersion,
la température de l’air ait im rôle aussi important sur le déroulement du
cycle sexuel, que la température de l’eau.
Ces observations ont fait l'objet d’une note préliminaire (GAii.i.ARt>'
1963). Wii-i.iAMS (1964) les a étendues à lÂUorina lillorea. Il signale pour
celte espèce un ralentissemenl ou un arrêt (no growth, growlh depressed)
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
pendant la période durant laquelle les animaux atteignent leur maturité
sexuelle et précise que l’efïet inhibiteur des phénomènes sexuels sur la
croissance est plus prononcé chez les jeunes. Malgré leur croissance ralentie
les exemplaires les plus gros et les plus vieux manifestent une accélé¬
ration de l’accroissement de la coquille immédiatement après la ponte. Ce
phénomène se retrouve selon différents processus (cf. Historique); les obser¬
vations ou raisonnements des auteurs amènent parfois ceux-ci à des conclu¬
sions opposées. Ainsi Barnes et Barnes (1954), étudiant la croissance de
Balanus balanoides, Balanus balanus elBalanus crenalus, constatent qu’après
un maximum de croissance au printemps et au début de l’été, il y a un arrêt
estival (plus ou moins marqué selon les espèces) et ces auteurs l’attribuent
à un manque de nourriture. Par contre, Coe (1947) conclut, pour 2'ivela
slulloruin, que le ralentissement observé par lui au mois d’août intervient
alors que les conditions de température et d’alimentation sont convenables,
et ne peut donc être attribué qu’à des phénomènes d’ordre sexuel.
Orton (1928 b) note, pour Pa(eZ/a vulyata, que les jeunes ont une croissance
continue, mais, qu'ensuite, « a post-breeding shcll growing period is general
in spriug and early summer n. Dans un autre travail le même auteur (1928 a)
peut chiffrer les données concernant Ostrea edulis. Il décrit l’antagonLsme
régissant les rapports de la croissance et de la reproduction. Dès que la
température dépasse 50 “l’ (10 ®C) il y a au printemps démarrage de la
croissance, au-dessus de 00 "F (15 *C) la physiologie s’oriente vers la repro¬
duction (sans croissance de la coquille). Lorsque, en automne, le seuil des
57 ®F (12 “C) est à nouveau passé, il y a démarrage de la croissance. Il semble
donc, malgré quelques observations contradictoires, que l’antagonisme
entre la croissance et la reproduction soit un phénomène général, peut être
masqué parfois par le rôle de la température et de l’alimentation.
C. — Période de forte croissance estivale.
A Roscofl, nous avons des données pour sept classes de taille. Pour
les plus petits exemplaires (classes 13 et 14 millimètres) la croissance, pour
trente jours,’ en été, est de plus de 4,0 millimètres. Pour les plus gros
spécimens (classe de 20 et 21 millimètres) elle n’est que de 1,2 millimètres,
dans le cas le plus favorable; c’est-à-dire très nettement inférieure au tiers
de la première valeur. Les classes de taille intermédiaires ont des valeurs
de la croissance s'intercallant entre ces deux extrêmes, soit, par exemple,
allant de 3,4 à .3,6 millimètres pour la classe 15 millimètres, de 2,5 à 2,9 mil¬
limètres pour la classe 16 millimètres, de 2,0 ou 2,1 millimètres pour la
classe 17 millimètres, de 1,0 à 1,7 millimètres pour la classe 18 millimètres.
Pendant la même période, à Socoa, les valeurs de la croissance, pour
trente jours, sont très voisines de celles notées à Roscofî, pour les classes
correspondantes. Ainsi, pour les classes I I à 17 millimètres qui s’étaient
accrues de 4,0 millimètres, 3,4 millimètres, 2,5 millimètres et 2,0 milli¬
mètres en 1960 à Roscoff, on a, à Socoa, les valeurs suivantes : 4,1 milli-
mètre.s, 3,9 millimètres, 2,9 millimètres cl 2,4 millimètres. Très peu éloignées
Tune de l’autre, ces deux gammes n’en dénotent pas moins, à taille égale,
une vitesse de croissance légèrement plus forte au Pays Basque. Les valeurs
notées pour la même période à Dinard se situent à un niveau nettement
inférieur à celui établi à Hoscolî.
Source : MNHN, Paris
100
JEAN M. GAILLARD
D, — Passage à la période de repos hivernal. — indépendance de la durée de
la période d'activité vis-à-vis des conditions climatiques.
On a remarqué dans e paragraphe « A. — Démarrage printanier de la
croissance « la précocité du démarrage de la croissance, au printemps, sur
la côte basque; cela paraissait logique en raison des conditions climatiques
plus clémentes qui régnent alors au Pays Basque, en comparaison de celles
régnant en Bretagne. De la même façon, lors de la chute de la vitesse de
croissance, en automne, on observe une antériorité du phénomène de Socoa
sur celui de Roscofl; ce qui, par contre, est en contradiction avec les condi¬
tions climatiques. Ainsi, pour la période couvrant les mois de septembre
et octobre, à Roscofl, on note les plus fortes valeurs de l’année. Ce n’est
que pour la période suivante, couvrant le mois de novembre et une grande
partie du mois de décembre, que se manifeste un accroissement nettement
inférieur. A Socoa, dès la période qui va du 21 septembre au 3 novembre,
la croissance est déjà en forte régression par rapport aux valeurs estivales.
Le ralentissement est donc plus précoce sur la côte basque qu’en Bretagne.
Le décallage de quelques semaines, observé pour le démarrage de printemps
de la croissance, .se trouve donc maintenu pour le ralentissement de l’accrois¬
sement. Mais il n'est plus possible pour ce ralentissement d'évoquer
l'influence de conditions climatiques.
Si l'on considère l’ensemble de ces périodes de forte et de faible crois¬
sance, on peut remarquer que les dates de début et de fin sont toutes, à
Socoa, décallées vers le début de l’année, par rapport à ce qu’elles sont à
Roscoff; mais qu’elles délimitent des périodes de durée égale quelle que
soit la station comsidérée. Les périodes de forte et de faible croissance ont
une durée sensiblement équivalente, entre elles et dans les deux stations.
Ainsi, le caractère plus méridional du climat semblerait provoquer, dans le
cas de la formation de la coquille de Monodonla lineala (da Costa), non pas
un étalement de la période de croissance, en rapport avec la durée prolongée
des conditions favorables, mais plutôt un déplacement de cette période
qui devient plus précoce tant dans son déclanchement que dans son arrêt.
Ces phénomènes pourraient faire supposer que le rythme de la température
est plus important en lui-mème que les valeurs absolues réellement subies.
Cependant Loosanoff et Nomejko (1949) ont montré que chez Oslrea
virginica, dont l’arrêt de croissance est hivernal, si les animaux sont main¬
tenus à une température supérieure à celle du point d’hibernation (élevage
en eau de mer chaude, courante), la croissance se poursuit au ccEur de
l’hiver, en môme temps d’ailleurs que la gamétogenèse.
2" Étude comparée de la croissance saisonnière
de la coquille de Gibbula umbilicalis (da Costa)
sur la côte du Nord de la France et sur la côte basque.
L’évolution de la vitesse de croissance de GibbiUa umbilicalis (da Costa)
a été suivie durant une année, à Wiinereux, et à Saint-Jean-de-Luz. A
Wimereux, deux classes de taille fouriiisseut des données complètes; ce
Source : MNHN, Paris
CROISSANŒ DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 101
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d’échantillons
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
pour chaque période
10
11
12
13
11
15
16
17-18
4 octobre au
22 novembre 1060
71
2.0
2.5
1,9
1,9
2.0
1,5
0,6
0.3
23 novembre au
28 janvier 1061
82
0,2
0,2
0,2
0,1
0,04
0,01
0
0
0
19 janvier au 14 mars
73
0,2
0,08
0,1
0,00
0,1
0,01
0
0
16 mar
au 15 mal
38
2,2
2,2
2,2
2,0
1,2
0
17 mai
au 18 Juin
11
2,8
3,6
0,3
29 juin
au 12 août
22
2,4
2,1
2.3
0.4
0
0
13 août
au27septembre
46
4,0
4.5
2.9
3,5
1,3
1,7
Tablisau 28. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l’ouverture de la coquille de
Gibbula iimbiticatis, en trente jours, en millimètres, à Wiracreux.
sont les classes 12 et 13 millimètres. A Saint-Jean-de-Luz ce sont les trois
classes 11, 12 et 13 millimètres (Tableaux 28 et 29, fig. 21).
Dans les deux stations, on retrouve une évolution saisonnière identique
à celle notée pour Monodonla Uneata (da Costa) : forte croissance estivale,
Dates de marquage
et de récolte
et nusnbre d’échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en mllllmèlres)
10
11
12
13-14
21 septembre au 2 novembre 1960
80
5.0
2,8
2.3
0,8
0,5
4 novembre au 4 janvier 1961
73
0,8
0,6
0,6
0,2
0,2
5 janvier au 1" mars
67
1.2
0,5
0,4
0,5
3 mars au 4 mai
35
1.7
1,1
0.8
5 mai au 14 juin
55
4,8
3.4
0,7
0.7
0.3
15 juin au 29 juillet
6
4,7
2.2
0.7
30 juillet au 20 septembre
26
1,2
0,9
0,7
Tableau 29. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l’ouverture de la coquille
de Gibbuta umbilicalis (da Costa), en trente jours, en millimètres, à Saint-Jean-de-Luz.
Source : MNHN, Paris
102
JEAN M. GAILLARD
arrêt presque total en hiver, démarrage printanier, vite suivi d'iin net
ralentissement temporaire, avant l’accélération qui conduit aux valeurs
(le la belle saison.
L’examen se fera sur un plan identique à celui établi pour Monodonla
lineala (da Costa). Il comprendra successivement l’étude de chacune des
phases du cycle annuel; les observations seront données comparativement
pour les deux stations.
I
t*v.
sept. oc<-
l'io. 21. — Variations saisonnières de )a vitesse de croissance de la cocjuille de
Oibbula umbiticatis (da Costa). De haut en bas, à Wirnureux (A) cl à Saiut-Jcun-
dc-Luz (U). En ordonnée, valeur de la croissance pour trente jours, en niillimèlrcs. Pour
chaque station plusieurs tracés sont donnés, chacun d'eux correspond aux animaux d'une
classe de taille. La valeur de celle-ci (diamètre de la coquille, en millimèirrs) est Indiquée
au-dessus de l'extrémité (tanche des lignes.
A. — Démarrage printanier de la croissance.
A Wimereux, on note, pour les animaux mis en expérience à la mi-mars,
une croissance bien supérieure à celle de l’hiver. A la période défavorable,
Source : Mh}HN, Paris
ciioissAScr-; de la coquille des mollusques 103
pour les classes les moins touchées, l’accroissement était inférieur ou égal à
deux dixièmes de millimètre, il devient pour la période couvrant les mois do
mars et avril, supérieur à deux millimètres, soit dix fois la valeur précédente.
La date réelle de cette reprise ne peut guère être antérieure à notre
expérience car les valeurs hivernales, presque imlles, ne peuvent guère
inclure de données concernant des jours de forte croissance. Si, par contre,
le démarrage était postérieur à notre visite de la mi-mars, il ne serait pas
possible de s’en rendre compte. Aussi il est seulement permis de penser que
cette reprise de la croissance se fait au plus tôt le 15 mars et a de fortes
chances d’être légèrement postérieure à cette date.
A Saint-Jean-de-Luz les observations ont été faites au début du mois
de mars. Mais il faut noter que les résultats obtenus pour la période pré¬
cédente étaient déjà en hausse sur les valeurs minimales de l'hiver. Il est
donc permis de penser que ce démarrage de la croissance est nettement
antérieur au début du mois de mars, et doit être lixé dans la seconde quin¬
zaine de février.
Ainsi, un écart de un mois semble exister entre le démarrage de la
croissance à Wimereux et à Saint-Jean-de-Luz.
En valeur absolue, comme en valeur relative, l’accélération de la
croissance est moins importante à Saint-Jean-de-Luz qu'elle ne l’est à
Wimereux. Dans la station basque, les proportions entre les valeurs notées
pour la fin de l’hiver et le printemps vont du simple au double; ceci est
loin des proportions notées pour Boulogne qui allaient de un à dix. Cependant
cette observation est atténuée par le fait qu’à l’arrêt, presque total, de la
croissance, observé à Wimereux, à la saison froide, correspondent, au
Pays Basque, des valeurs qui, quoique faibles, sont relativement bien supé¬
rieures. Mais cette compensation n'est pas tout à fait suflisante puisque
les valeurs printanières qui s'échelonnent de 2,2 millimètres à 1,2 millimètre
à Wimereux, s’établissent entre 1,7 et 0,8 millimètre |à Saint-Jean-de-Luz.
B. — Évolution de la vitesse de croissance au cours du printemps et au début
de l'été.
Il a été établi (jue le démarrage de la croissance subissait un écart de
un mois entre Boulogne et Saint-Jean-de-Luz. Il semble que l'apparition
de la chute printanière du taux d’accroissement se produise avec un déca¬
lage identique, soif, au mois de mai, à Saint-.Iean-de-Liiz et, en juin-juillet,
à Wimereux.
I.es observations concernant la mise en évidence des motits de ce
ralentissement ont été menées de la même façon que pour l'espèce précédente.
Le.s conditions climatiques ou ralimeiitalion ne .semblent pas être en cause.
L’examen des gonades n’a pas apporté une réponse aussi nette que
«lans le cas de Monodonla lineata (da Costa). A Wimereux, nous avons trouvé
l’activité des glandes sexuelles limitée à la période s’étendant de juillet à
octobre, tandis que, à Saint-Jean-de-Luz, elle n’est apparue ralentie que de
janvier à mars. Ces dates peuvent être rapprochées de celles auxquelles se
produit le ralentissement de la croissance. Dans les deux cas, la période
de ralentis.sement corre.spond à celle où la reprise du cycle génital est déjà
l)ien avancée.
Source : MNHN, Paris
104
JEAN M. GAILLARD
C. — Période de forte croissance estivale.
Les valeurs de la croissance pour trente jours, en été, s’échelonnent,
à Wimereux, de 4,0 millimètres à 1,7 millimètre pour les échantillons des
clas.ses de taille de 12 à 18 millimètre.s; tandis que, à Saint-Jean-de-Liiz,
elles vont de 4,7 à 0,7 millimètres pour les classes do 11 à 13 millimètres.
Le rapprochement des données des classes 12 et 13 millimètres pour
lescpielles des résultats existent dans les deux stations, donne 4,0 et 4,5 mil¬
limètres dans la station du Pas-de-Calais, contre 2,2 et 0,7 millimètres sur
la côte basque.
Ces deux groupes de valeurs rappellent les résultats obtenus au sujet
de la valeur annuelle. Il avait, en cfTet, été noté alors, que les Gibbala umbi-
licalis (i)A Costa) septentrionales se caractérisent par la persistance d’un
taux de croissance important chez des animaux ayant dépassé les classes
de grandes fréquences.
D. — Passage à la période de repos hivernal.
Les minima hivernaux s’échelonnent, au Pays Flasque, entre 0,8 et
0,2 millimètre pourlescla-ssesdeO à 13 millimètres. A Wimereux, leurs valeurs
sont bien inférieures puisque l'on a 0,2 millimètre, soit le quart de la donnée
basque, pour la classe 9 millimètres; la même valeur est notée pour les
classes 10 et 11 millimètres; on a 0,1 millimètre, pour la classe de 12 milli¬
mètres, 0,04 millimètre, pour la classe 13 millimètres (pour laquelle on
avait noté 0.2 à Saint-Jean-de-Luz) puis, pour les classes supérieures, des
valeurs presque nulles ou nulles.
Ainsi, la saison la plus froide se manifeste, dans la station du Pas-de-
Calais, par un arrêt presque total de la croissance pour les animaux d’une
taille supérieure à 13 millimètres et par des valeurs aotableineat plus faibles
que celles observées au Pays Basque, pour les autres animaux.
Étude comparée de la croissance de la coquille
de Gibbula pennanti (Philippi)
sur la côte bretonne et sur la côte basque.
Gibbula pennanti (Philippi) s’est révélé être un matériel très défavo¬
rable pour notre travail. C’est la seule des espèces traitées pour laquelle le
nombre des animaux retrouvés en fin d’expériences ait été coii-sidérablement
réiluit. 11 y a trois raisons à cela. Tout d'abord, elle est localisée dans le bas de
la zone des marées, de ce fait, une partie des exemplaires descendant quelque
peu plus bas que le ni%'cau des chantiers échappe ensuite à la récolte. La
seconde raison est sa localisation, en Bretagne, dans les prairies de Phéo-
phycces, la recherche y est plus aléatoire que sur ic rocher. I-infin, au Pays
Basque, la mer est fréquemment agitée; si, en une seule occasion il a été
tiillirile de parvenir jusqu'aux chantiers, la récolte des animaux marqués
n’en a pas moins été très souvent gênée par l’agitation de la surface de l'eau.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
105
La conséquence de ces difficultés a été le petit nombre de spécimens
récoltés; les lots n’ont que rarement dépassé une quinzaine d’échantillons,
parfois ils sont tombés à moins de dix. Cela a été un gros inconvénient pour
l’étude des variations saisonnières et a interdit des observations aussi
précises que celles faites sur les autres espèces. Aussi ces observations seront
d’ordre plus général. Elles ne concerneront que la répartition des périodes
de forte et de faible croissance. Toutefois, la grande opposition observée
entre les stations bretonnes et les stations basques quant aux valeurs de la
croissance annuelle totale se manifestera ici avec autant d’importance.
A. — Stations bretonnes.
Dans les stations bretonnes de Dinard-Saint-Enogat, de Roscofï-
Roc’h Iliévec et de Cléder-Ann’Année, la croissance, à peu près nulle en
décembre et en janvier, reprend très légèrement dès le mois de mars
(Tableaux 30, 31 et 32; fig. 22 et 23). Elle s’établit alors, selon les classes,
entre un minimum de quelques dixièmes de millimètre et un millimètre.
Au cours de la période incluant le mois d’avril, un saut plus important est
accompli et des valeurs supérieures à deux millimètres sont atteintes par
les exemplaires de 12 millimètres, dans les deux stations du Finistère. Les
échantillons de taille supérieure n’ont encore, à cette saison, qu’une crois¬
sance plus limitée en valeur absolue bien que la reprise soit déjà perceptible
par rapport aux valeurs notées pour la période précédente. Dès le mois de
liâtes de inurquiigc
et de récolte
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
pour chaque période
8
9
10
n
12
13-14
28 février au 14 avril 196U
19
1,2
0,9
0,7
0,6
13 avril au 10 juin
13
3,9
3.4
3,3
2.8
2,3
lü juin au 12 juilU-l
10
7,7
6,7
3.8
2.3
2.3
13 juillet au 5 septembre
13
6,8
5,2
■1,1
4,7
6 septembre au 21 octobre
10
6,0
2,7
2,0
0,3
22 octobre au 17 décembre
U
1.0
0.7
0,6
18 décembre au 14 février 1961
40
0,06
0,06
0,02
0,01
0
16 février au 31 mars
46
0.1
0,9
0,7
0,2
0,1
0,05
2 avril au 29 mai
C
1.6
1,1
l.l
Tableau 30. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l'ouverture de la coquille
de Gibbula pennanli, en trente jours, en nilllimètres, à Dinard, Salot-Enogat, Les Vidés
Source : MNHU, Paris
106 JEAN M. GAII.l.Aitl)
Date» de niarqua{!c
et de récolte
cl nombre d’échantillons mesurables
pour chuque période
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
10
11
12
13
14
15
16
26 octobre au 20 décembre i 960
12
0,5
0,4
0,2
0
21 décembre au 18 lévrier 1961
10
0,05
0,05
0,02
0,05
19 février au 4 avril
16
0,9
0,4
0,4
0,2
3 avril au 31 niai
2,8
3,1
1,6
0,5
1*’ juin au 13 juilIcL
15
5,5
4,3
5,2
3,3
1.6
0,1
0,9
15 juillet au 29 août
2,5
3.9
1,3
0,2
31 août au 12 octobre
10
8,2
2,7
0,9
0
Taulüau 31. — Vuleur moyenne de la croissance du bord de l'ouverlure de la coquille
de Oibbiila pennanli, en trente jours, en milUmttres. à Hoseotl,
Dates de marquage
et de récolte
cl nombre d’échantillons mesurables
pour chaque période
(Diamètre de
Classes de taille
la coquille, c
millimètres)
10
il
12
13
14
15
26 octobre au 20 décembre 1960
14
0,6
0,5
0.1
0,2
23 décembre ou 17 février 1961
12
0,05
0
0
18 février au 3 avril
18
0,5
0.7
0,4
0,1
5 avril au 1*' Juin
11
2,5
1,6
0,7
0
2 juin au lljuillel
12
7,1
6,7
1,6
1,1
0,5
16 juillet au 29 août
21
7.8
6,9
6,2
0,2
0.7
30 août au 13 octobre
9
6,1
4,5
2,2
1,9
1,9
Tablkau 32. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l’ouverture de lu coquille
de Oibbula pennanii, en trente Jours, en mUiiniiMrcs, à ClWer. Ann’Aniiee.
juin et jusqu’au mois de septembre s’établissent de fortes valeurs atteignant
— en particulier pour les plus petites classes de taille — jusqu'à six ou
huit millimètres en trente jours. La période de ralentissement temporaire
de la croissance observée chez Monodonia lineala (oa Costa) et Oibbulo
umbilicalis (da Costa), dans le cours du printemps ou au début de l’été,
aurait lieu, pour Gibbula pennanli (Piui.ii’Pi), de la mi-juillet à la mi-août,
Source : MNHN, Paris
CROISSANCli DR LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
107
sur les côtes du Finistère. On la note par exemple, sur les tableaux, pour
la classe 14, à Cléder ou pour la classe 12, à Roscofï. Nous ne la retrouvons
pas pour toutes les classes de taille. Ceci n’est pas surprenant. En efîet,
intervenant beaucoup plus tardivement, ce phénomène, au lieu de coïncider
avec les croissances moyennes du printemps, se superpose aux très fortes
valeurs de l’été. Il n’esl pas étonnant, dans ces conditions, qu’il soit le plus
souvent compensé par l’accélération de ces fortes croissances et n’appa-
J_L L
lJ^^1
1*10. 22. — Variations saisonnières de la vitesse de croissance de la coquille de
Gibbala pennanli (Piiilippi), à Üinard-Saint-Enogat, Pointe des Vidés. En ordonnée,
valeur de la croissance pour trente Jours, en millimètres. Trois tracés sont donnés. Chacun
d'eux correspond aux animaux d’une classe de taille. La valeur de ccllc-ci {diamètre de
la coquille, en millimètres) est Indiquée à l'extrémité gauche des lignes,
misse plus que de façon irrégulière. Ainsi, à Cléder, il ne figure que pour
la classe 14 millimètres; c'est une classe assez âgée, pour laquelle le niveau
de la croissance n’est pas très élevé; le ralentissement s’y fait donc immé¬
diatement sentir. Par contre, pour les classes de 12 et 13 millimètres, qui
sont des classes de forte croissance, le ralentissement saisonnier est tota¬
lement masqué par l’accélération de la croissance.
B. — Stations basques.
Au Pays Basque, l’ordre de succession des diverses phases de forte
et de faible croissance est identique à celui observé jusque-là pour les
autres espèces ou pour les autres stations de Gibbula pennanti (Philippi)
Source : Paris
JEAN M. GAILLARD
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d'échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille
(Diamètre de la coquille
en millimètres)
10
11
12
21 septembre au 2 novembre 1960
30
1.3
1,6
4 novembre au 4 janvier 1961
10
0,02
0,3
6 janvier au 1" mars
9
2.2
0,4
0,6
0,3
3 mars au 4 mai
26
3,2
2,3
1,7
5 mai au 14 juin
40
5,2
0.8
0,4
0,3
15 juin au 29 juillet
13
0,3
0,1
30 juillet au 20 septembre
9
1,3
0,9
0,7
Tableau 33. —' Valeur moyetme de la croissance du bord de l'ouverture de la coquille
de Oibbula pennanli, en trente jours, en millimètres, à Saint-Jean-de-Luz.
(Tableaux 33 et 34, fig. 23). Ce schéma théorique présente cependant
pour les stations de Gibbula pennanli (Philippi) de la côte basque une carac¬
téristique nouvelle : c'est le fait que le maximum annuel de la croissance
ne se situe pas en saison estivale, comme cela était le cas jusque-là pour
Dates (te marquage
et (le récolte
cl nombre d’échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille
(Diamètre de la coquille)
10
11
12
10 août au 20 septembre 1960
27
3,0
1.0
0,2
0
21 septembre au 3 novembre
14
0.1
0,3
0.1
5 novembre ou 3 janvier 1961
4
0,01
0,05
4 janvier au 1^' mars
8
0,4
0,6
3 mars au 3 mai
30
1,5
0,7
0,7
4 mal au 13 juin
59
3,2
0,6
0,9
16 juin au 28 juillet
11
0
1,0
0,04
30 juillet au 22 septembre
3
1,2
1,2
Tableau 34. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l’ouverture de la coquille
de Gibbula pennanli, en trente jours, en millimètres, à Socoa.
Source : MhlHN, Paris
CROISSANCE •
l COQUILLE DES MOLLUSQUES
109
Monodonla Uneaia (da Costa), pour Gibbula ambilicalis (da Costa) et
surtout pour les populations bretonnes de Gibbula pennanli (Philippi).
Le maximum de la croissance pour cette espèce à Saint-Jean-de-Luz et à
Socoa a lieu au printemps. La reprise printanière, après l’arrêt hivernal,
se déroule de la même façon que pour les populations bretonnes. Elle débute
avant la fin du mois de février, ainsi qu’en font foi les valeurs, nettement
en hausse, observées dans la période qui prend fin dans les tout premiers
jours de mars. En valeur absolue, elle peut atteindre un niveau identique
®
aoQI I*p(. od. no». déc, J.nv, fév. mar» avtcl mai juin Juit. août aant. oci,
Fig. 23. — Variations saisonnières de la vitesse de croissance de la coquille de
Gibbula pennanli (FiiiLinpi), üe haut en bas, à Cléder et à Saint-Jean-de-Luz. lîn ordonnée,
valeur de la croissance pour trente jours, en millimètres. l’our chaque station plusieurs
tracés sont donnés, chacun d’eux correspond aux animaux d'une classe de taille. La valeur
de celle-ci (diamètre de la coquille, en millimètres) est indiquée à l’extrémité gauche des
lignes.
-MfiMüinEB DO Muséum. - Zoüi.oc:e, 1. XXXVlll. g
Source : MbJHN, Paris
nu
JEAN M. liAU-LAIlD
à celui noté à UoscolT et ù ClciJer, soit deux ou trois millimètres. Celle
accélération n’est que temporaire et le ralentissement dû à la maturation
des éléments sexuels lui succède. Mais après celui-ci il ne se produit pas,
dans les populations de Gibbula pennanti (Philippi) du Pays Basque,
une reprise aussi importante que celles qui avaient été notées jusque-là.
Cette seconde accélération printanière est très modérée, elle est inférieure
à la première. Jamais, au cours de l’été, les animaux n’auront une croissance
aussi forte que celle du début du printemps. Si l’on compare les valeurs de
l’accroissement en août et septenjbre, en Bretagne., d’une part, et, au Pays
Basque, d’autre part, le contraste est net; à des valeurs de cinq ou six mil-
limclres s’opposent des valeurs de un ou deux millimètres seulement. Les
fortes différences, constatées précédemment entre le niveau annuel de la
croissance chez Gibbula pcnnanli (Piulippi) en BreLagnc et sur la côte
basque, sont essentiellement le résultat de rinégulité de la croissance estivale
des animaux bretons et basque.s. Les valeurs de la croissance notées pour
les autres périodes de l’année sont très voisines dans les deux régions. Ainsi,
construit sur le même schéma (jue le cycle annuel des autres espèces, le
cycle de la croissance saisonnière des populations bas(|ue.s de Gihhula
pennanti ( Phii-ippi) s’en distingue par un iiiaxiimim annuel printanier.
Il est important de remarquer que cette opposition caractérise non pas
l’espèce Gibbula pcnnanli mais seulement les populations bas<jues de cette
espèce dont les populations bretonnes ont un maximum estival.
4" Croissance saisonnière de la coquille de Gibbula cineraria (Linné)
La croissance de la coquille de Gibbula cineraria (Linné) n’a été
suivie qu’à Dinard (Tableau 3.'>, fig. 24). Les obsciA’alions montreat,
après riiiver, une reprise printanière progressive. Les plus fortes valeurs
se situent au mois de mai. Après ce maximum le ralentissement se fait, de
façon continue, tout au long de l’été et de l’automne, pour aboutir aux
valeurs minimales du mois de janvier.
La date exacte du démarrage printanier de la croissance est dilTicilc
à lixer. Il semble qu’il ne soit pas précoce. Il ne .se fait pas sentir pour les
expériences s’étendant dn 17 décembre au 11 février 1901 tpii fournissent les
plus faibles résultats notés. Pour la période suivante, portant sur la .seconde
quinzaine de février et sur le mois de mars, les valeurs notées ne sont encore
que de quelques dixièmes de millimètre. Hn mars-avril, nous avons des
valeurs bien supérieures puisqu’elles atteignent, et même dépassent, deux
millimètres. Ces dernières valeurs sont des intermédiaires vers celles du mois
de iiiiii; ou note alors, du 1.5 avril au 9 juin, un taux de croissance pour trcnie
jours de 4,0 millimètres pour les échantillons de la classe 8 millimètres, cepen¬
dant que les valeurs obtenues pour les autres classes sont supérieures à deux
millimètres. Mais ces fortes valeurs sont de courte durée. La période cou¬
vrant la seconde quinzaine de juin et la première quinzaine de juillet est
déjà en très forte régression; elle est approximativement équivalente à celle
(lu mois de mars. Ce ralentis.sement se poursuit ensuite par étapes régulières.
Ainsi la classe 9 millimctres que nous jirendrons pour exemple passe successi¬
vement de 3,9 millimètres de croissance pour trente jours, au mois de
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQI ILLE DES MOLLUSQUES
11!
Uates de marquage
et de récolte
cl nombre d’échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
7
8
0
10
11
12
13
2« février au 14 avril 1960
22
4,0
2,1
1.7
1,9
0,7
1.2
15 avril au 9 juin
16
4,6
3,9
2.5
2,9
1,0
2,7
lü juin au 12 juillet
in
1,9
2.4
0,9
1.7
1.4
13 juillet au 4 septembre
37
0.7
0.8
1,2
0,6
0.3
5 septembre an 20 octobre
24
0,4
0,05
0,05
0,02
22 octobre au 17 décembre
29
1,0
0,1
0
0
0
17 décembre au 14 février 1961
38
0,06
0,02
0,02
0
0.03
16 février au 31 mars
30
0,6
0,3
0,4
0.2
0,07
Tableau 35. — Valeur cnoyeiiue de la cruissancc du bord de t’ouverlure de la coquille de
Oibbula cinerorfo, en trente jours, en inillimttrcs, à Dinard, Saint-Enogat, Les Vidés.
mai, à 1,9 millimètre, en juin-juillet, à 0,7 millimètre en août, à 0,1 en
novembre, pour atteindre, enlin, la valeur minimale de 0,02 en janvier (1).
LüïlI_I_ I I I I I I I h». I I I
mar. avril mal jull. aoM sapl. ocl. nov. d*e. |anv. f*v. nvan avrri
l■'lo. 24. — Variations saisonnières de la vitesse de croissance de la coquille do
Gibbula cineraria (Linniv), à Dinard-Saint-Enogat, Pointe des Vidés. En ordonnée, valeur
de la croissance pour trente jours, en millimètres. Trois tracés sont donnés. Chacun d’eux
correspond aux animaux d’une classe de taille. La valeur de celle-ci (diamètre de la coquille,
on millimètres) est indiquée au-dessus de l’extrémité gauche des lignes.
(I) Cette valeur moyenne inllmc traduit l’existence d’individus n’ayant subi aucun
accroissement et de quelques individus s'étant très faiblement accrus.
Source : Mh}HN, Paris
112
JEAN M. GAILLARD
V. Fretter et A. Graham (1962) indiquent que Gibbula cineraria
(Linné) se reproduit toute l'année (Plymouth). De l’examen de gonades
effectué à chacune de nos visites il ressort qu’effectivcment nous avons
trouvé, à tous nos passages, un fort pourcentage d'animaux ayant des
ovules bien développés. Ces observations n’ont pas porté sur un assez grand
nombre de spécimens pour qu’il soit possible d’estimer si une période de
diminution d’activité existe à une quelconque saison. Aussi, l’observation
d'une accentuation temporaire du ralentissement de la croissance, pour la
période du 10 juin au 12 juillet, concernant la seule classe 11 millimètres
ne peut-elle être mise qu’avec doute en relation avec le cycle sexuel.
5° Étude comparée de la croissance saisonnière
de la coquille de Littorina saxatilis (Ouvi)
en diverses stations des côtes françaises.
Trois groupes de stations ont été étudiés. Le premier réunit les localités
des côtes du Nord de la France, ce sont le Gris-Nez et Boulogne-sur-Mer.
Le second concerne la région de Dinard, les populations choisies sont celles
de difîérents niveaux cotidaux à la Pointe du Moulinet, à Dinard. Enfin
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d’échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille
(Diamètre de ta coquille, en millimètres)
4
5
7
8
Toutes
classes
16 mars au 24 avril 1960
42
1,5
1.6
1,5
1,6
0,6
1,5
25 avril au ti Juillet
25
1,0
2,0
0,8
1,0
0,6
i,i
9 juillet au 5 uelobrc
8
4,2
1,2
0,2
0,6
5 octobre au 24 novembre
43
2,0
1,9
2.0
1.7
1.4
0,9
1.8
25 novembre au 20 Janvier 196)
32
1,3
1.4
1,3
0.4
1.2
21 Janvier au 15 mars
72
1.6
1.4
1.4
1,0
0,8
1,3
16 mars au 16 mal
68
0.7
0,8
0,7
0,9
0,2
0,3
0,7
17 mai au 29 Juin
46
0,3
0.4
0,4
0,1
0,4
30 Juin au 12 août
46
0.2
0,4
0,6
0,2
0,3
0,5
13 août au 28 septembre
45
0,9
1.1
1,0
0,8
1.6
Taducau 3C. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l'ouvcrlure de la coquill<î
de Lillorina saxatilis (Olivi), en trente Jours, en iiiillimètrcs, au Gris-Nez.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 113
le troisième groupe comprend les stations de la côte du Finistère, la Pointe
de Blüscon à RoscofT et le lieu-dit Ann’Annec au nord de Clèder (Tableaux 36
à 42, fig. 25).
L’examen global du rythme suivi par la vitesse de croissance dans
l’ensemble des stations montre une nette similitude entre les cycles annuels
des diverses populations. On observe une période de forte croissance en
novembre et décembre. Une baisse intervient ensuite. Celle-ci est en partie
compensée par la reprise printanière, à la suite de laquelle un ralentissement
progressif amène aux minima estivaux. Ce cycle est valable pour toutes
les stations, mais, l’examen détaillé de chacune des populations amène à
constater un certain nombre d’écarts. Ces écarts sont des valeurs anormale¬
ment élevées ou anormalement basses perturbant l’évolution de la vitesse
de croissance. Chacun d’eux est localisé dans l’espace et dans le temps.
Localisé dans l’espace car il se manifeste dans une station précise, sans
que les autres stations, môme les plus voisines, en soient touchées. Localisé
dans le temps car leur durée est limitée. Ils apparaissent à l’une de nos
visites, mais ne sont plus perceptibles à la visite suivante. Ils intéressent
toutes les classes de taille du chantier. Ils ont été figurés sur les graphiques
(en pointillé, pour les poussées de croissance; en points alignés verticalement
pour les déficits).
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d’échantillons mesurables
pour chaque période
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
10
11
12
Toutes
classes
4 octobre au 22 novembre 1960
36
0,8
2,3
1.7
2,4
1.1
1,3
1.8
23 novembre au 18 janvier 1961
77
1,8
1,9
2.2
1,C
1,6
1,3
1.7
2.7
1,8
19 janvier au 14 mars
85
2.6
2,6
2,5
2,1
2,0
1,9
1,6
2,3
16 mars au IS mal
64
2,1
1.6
1.4
1,6
1.5
1.6
1,3
1.3
1.5
17 mai au 28 juin
12
0,9
3,0
0.9
0,1)
0,6
0,9
29 juin au 12 aotll
23
0,9
1,2
1,0
1.0
0,3
1.0
13 uodt au 28 septembre
"
1,9
0,3
1.8
0.8 ,
0.11
1.2
Taiilkau 37. — Valeurs tnoyctinps de la croissance du bord de l'ouverture de la coquille
de Lillorina iaxalilis (Olivi), eu trente jours, en millimètres, à Boulogne-sur-Mer,
Fort de la (Irèehe.
Pour rendre les comparaisons plus faciles, les graphiques concernant
l’ensemble des stations de Lillorina saxalilis (Olivi) ont été simplifiés. Au
lieu de représenter plusieurs classes de taille, chacune par une ligne, il a
.semblé utile de ne tracer qu'une seule ligne. Elle représente la vitesse moyenne
pour les individus de toutes classes de taille. Cette donnée a été obtenue à
partir des valeurs individuelles et non à partir des moyennes par classe
Source : MNHN, Paris
lli
JliAN M. GAILLARD
déjà connues. En pratique, le total de toutes les valeurs individuelles mesu¬
rées sur un chantier, pour une période précise, a été divisé par le nombre
de spécimens. La valeur moyenne ain.si obtenue a été ensuite ramenée à
son équivalent pour trente jours pour tenir compte de la durée variable des
diverses expériences.
Les paragraphes successifs étudieront la période de forte croissance
automnale, puis le ralentissement hivernal et la brève reprise de croissance
de la fin de l’hiver. Ils envisageront ensuite la baisse progressive de la
vitcs.se de croissance, peu après le début du printemps, et enfin rétagement
des valeurs estivales en fonction du caractère plus ou moins septentrional
des stations.
A. — Période de forte croissance automnale.
C’est au cours des mois d’octobre, de novembre et de décembre que se
produit le plus fort accroissement de l’année. Dams les stations du Nord
de la France, les valeurs maximales de la croissance pour trente jours, pour
Dates de marquage
et de récolte
cl nombre d’échantillons mesurables
pour chaque période
Liasses de taille
(Diamètre de lu coquille, en millimètres)
3
*
5
(> 7
8
classes
28 février au 12 avril 1960
22
0.2
2.0
2,6
2.» 1
2.4
13 avril au 10 juin
63
0,6
0,4
0,3
0,4
0,4
10 juin au 13 juillet
42
0.4
0,4
0,2
0.08
0.3
14 juillet au 4 septembre
67
0,6
0.6
0,5
0,4
0.2
0,2
".4
4 septembre au 19 octobre
36
1,0
1.4
1,7
1.9
0.5
0,06
1.3
20 oelübrc au 17 décembre
46
1,4
1.8
2,3
2,0
1.4
1.9
17 décembre au 14 février 1961
78
1,9
1,7
1,6
I.t
0,9
t,l
15 février au 31 mars
73
1,3
1.5
1,3
1.0
0,6
1,1
1 -r avril au 28 mal
15
0,5
0,4
0,7
0,4
0.5
29 mai au 10 juillet
51
0,4
0,5
0,5
0,2
0,1
U
0,1
It juillet au 25 août
44
0,3
0,3
0,3
0.1
0,06
0,3
27 août au tO octobre
34
0,7
0.7
0,3
0,06 ’ 0,7
Tableau 38. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l'ouvcrlure de la coquille
de Lillorina saxalîlis (Olivi), en trente Jours, en iiilllimètres, à Ulnard, I.cs Vidés,
niveau supérieur.
Source : MNHhi, Paris
cnoissANci-: de i.a cogriu-E des mollusqi'ks
115
les individus de toutes tailles, s’établissent alors à 1,8 millimètre. Dans
la région de Dinard, nous avons trois chantiers de niveau cotidal différent :
une station de niveau supérieur à la Pointe des Vidés, à Saint-Enogat;
une station de niveau élevé et une station de niveau moyen, toutes deux à la
Pointe du Moulinet. I.æs valeurs observées du 20 octobre à la mi-décembre
pour ces trois stations, s’échelonnent selon leur position sur le rivage. La
station la plus élevée a une valeur très voisine de celles observées dans les
stations du Nord de la France, 1.9 millimètre. La station suivante, celle
des niveaux élevés du Moulinet, a une croissance de 1,4 millimètre. Enfin
le troisième chantier, celui situé le plus bas, a une croissance de 1,0 mil¬
limètre (1). On retrouve ici réchelonnement des valeurs de la croissance
en fonction du niveau cotidal, déjà noté au sujet de la croissance annuelle
totale. A Roscoff-Roc’h Iliévec la croissance, pour trente jours, pour la
période du 26 octobre au 20 décembre, pour toutes classes de taille, s’établit
à 1,2 millimètre; tandis que, à Cléder, elle, est de 1,7 millimètre.
DaU'S (le inurqua^c
cl de récolte
cl nombre d’échanlillons mesurables
pour c haque période
Classes de taille
(Diamètre de In coquille, en millimètres)
3
»
Toutes
U juin au 11) juillet 1960
28
it.6
0..3
0
0
0
0,2
15 juillet au !•' septembre
80
1,9
1.2
0,7
0,1
0
0.9
2 septembre au 19 octobre
82
0.9
0.8
0,6
0,4
0,2
0.7
20 octobre au U> décembre
64
1.7
1.4
0,8
1,4
16 déeembreau 12 février 1961
20
0,8
1,0
1.1
1,0
13 février au 31 mars
68
1.7
1,2
1,3
1.2
1« avril au 28 mai
27
1,0
0.8
0,6
0.8
0,8
29 mai au 11 juillet
58
0.5
0,6
0,3
0.05
0
0.4
12 juillet au 24 août
47
0,7
0.7
0,2
0,5
0
0.5
25 août au 11 octobre
63
2.3
1.2
0,6
0.3
0
0,8
I'ableau 39. — Valeur iiioycDiie de la croissance du bord de l’ouverlure de la coquille
de I.iltnrina saxalilis (Ouvi), en trente Jours, en millimètres. A Dinard, Pointe du
Moulinet, niveau élevé.
(1) Toutefois il faut siRiialer raecroissemcnl anormal, par son excès d’importance,
observé au cours de la période précédente, sur ce chantier de niveau moyen, le plus bas
étudié pour Ullorlim saxalilis (Oud’i). Les autres étapes du cycle de cc chantier se dérou¬
lant très parallèlement avec le cycle des autres chantiers, il ne semble pas qu’on puisse
interpréter cette autlincntallaii anormale comme une précocité de la saison de forte
croissance. Le fait qu’elle ne se produise pas à nouveau l’année suivante en indique
d’ailleurs l’aspect exceptionnel.
Source ; MNHN, Paris
116 JEAN M. GAILLARD
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d'échantillons mesurables
pour chaque période
Classe de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
5
7
8
Toutes
classes
12 juin au 10 juillet 1060
25
0,1
0,05
0,4
0,5
0,4
0,4
16 juillet au 1*' septembre
51
0,4
0,9
1,1
0,9
0,6
0
0,7
10 scpleinbrc au 17 octobre
50
1,9
1,5
l.t
1,7
20 octobre au 15 décembre
36
0,7
1.2
1.1
0,3
0.4
1,0
16 décembre au 12févrlcrl901
41
0,7
0,4
0,3
0,5
13 février au 31 mars
69
1,8
0,8
0,6
1.0
0
1,5
0,6
1" avril au 28 mal
36
0,6
0,3
0,4
1,6
0,4
29 mai au 11 juillet
47
0,6
0,3
0,08
0,3
0,4
0.2
12 juillet au 24 août
18
0.6
0,4
0,2
0.2
0.1
0,3
25 août au 11 octobre
29
0,3
1.1
0,3
0
0,7
Tadlbau 40. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l'ouverture de la coquille
de LUlorina saxalilis (Ouvi), en trente jours, en niilllmètres, à Dlnard, Pointe du
Moulinet, niveau moyen.
Les valeurs de la croissance automnale notées dans les trois domaines
géographiques étudiés ne traduisent pas une nette influence de la localisation
en latitude des stations. Les dilTérences locales, entre chantiers s’opposant
écologiquement, sont apparues plus fortes que les différences entre les
régions de climats différents.
B. — Ralentissement hivernal de la croissance.
A la suite des fortes valeurs de l’automne se produit un ralentissement
assez net qui correspond aux semaines les plus froides de l’année. Toutefois
ce n’est qu'un ralentissement, car, si dans toutes les stations, les valeurs
moyennes de la croissance en trente jours baissent de deux à six dixièmes
de millimètre (à l’exception de Boulogne-sur-Mer où le taux de la période
précédente sc maintient), il faut noter que la croissance demeure cependant
à un niveau très important. Elle est supérieure ou égale à un millimètre
pour les stations du Nord de la France ci pour les staiions de niveau élevé
de Dinard, ainsi qu’à Cléder-Ann’Annec; elle .se situe aux environs d’un
demi-millimètre, à Dinard, au niveau moyen, et à Roscolî. On peut remarquer
qu’outre les stations du Pas-de-Calais, les chantiers où se maintiennent les
taux de croissance les plus farts .sont, soit à un niveau élevé, soit dans une
localité calme, deux caractères facilitant l'installation de conditions sai-
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 117
Dates de marquage
et de récolte
et nombre d'échantillons
mesurables
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
6
10
11
Toutes
Classes
26 octobre au
20 décembre 1960
38
1.8
1,6
1,5
1,3
0,5
0,2
0
1,2
21 décembre au
18 février 1961
49
...
>,3
1.1
0,7
0,2
0,2
0
0,7
19 février au 4 avril
56
0,8
0,3
0,3
0,3
0,2
0
0
0,3
5 avril au 31 mai
46
0,5
0,6
0,4
0,2
0.2
0,3
0,4
1" juin au 15 juillet
52
0.2
0,4
0.3
0,3
0,1
0,04
0,3
16 juillet au 30 août
43
0.6
0,2
0,05
0,1
0
0
0,2
0,1
31 août au 12 octobre
47
0,7
0,4
0,1
0,1
0
0,1
0,2
Tablëau 41. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l'ouverture de la coquille
de Liltorina suxalifi* <Ouvi), en trente jours, en niillimèlres, à Roscoll.
sonnières hivernales. Dans toutes les stations, ces valeurs de la croissance
sont encore parmi les plus fortes observées dans l’année, et très voisines du
Dates de marquage
et de récolte
Classes de taille
(Diamètre de la coquille, en millimètres)
mesurables
«
10
U
12
Toutes
Classes
27 octobre au
22 décembre 1960
46
2,4
1,3
1,8
2,1
0,9
0,9
1,7
23 décembre au
17 février 1961
38
1,6
...
...
...
0,5
...
18 février au 3 avril
42
1,2
1,2
1,1
1,0
0,8
0,1
0,1
0,8
5 avril uu 1'^ juin
46
1,3
1,6
1,1
...
1.1
0,6
0,3
0,9
2 juin uu 14 juillet
3,2
1,0
0,4
0,7
0,4
0,1
0,03
0,06
0,3
16 juillet au 29 août
57
0,5
0,4
0,3
0,2
0,04
0
0.3
30 août au 13 octobre
44
0,9
1,6
1.5
0,9
1,2
0,5
0,04
0,1
0,8
Tahuîao 42. — Valeur moyenne de la croissance du bord de l'ouverture de la coquille
de Lillorina saralUis (Olivi), en trente jours, en millimètres, à Cléder, Aiin'Anncc.
Source : Mh}HN, Paris
118
JEAN M. CAII-LABD
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE Üi; I,A COQl'ILLE DES MOLLUSQUES 119
niaxiinum annuel noté à la période précédente. Ainsi, après un maximum
automnal de la croissance, s’observe, dans toutes les stations prospectées,
une légère baisse hivernale.
C. — Brièveté de la reprise de la croissance à la fin de l'hiver.
Chez Liüorina saxalilis (Olivi) l’accélération printanière de la croissance
n’est ni importante, ni générale, ni de longue durée. Elle n’est pas importante,
en ellet, la valeur de la croissance pour trente jours, calculée pour l’ensomble
des classes de tailles, n’augmente qu’cxceptionnellement de plus de trois
dixiémes de millimètre; Boulogne est la seule station où cette accélération
atteint un demi-millimètre. Elle n’est pas générale, les populations chez
lesquelles elle u'a pas été observée sont trop nombreuses pour être consi¬
dérées comme des exceptions, ainsi au chantier de niveau supérieur de
Diiiard, comme à Cléder et à Hoscolî (1), on note une baisse. Cette reprise
n’est pas de longue durée; dans l’ensemble des chantiers, après avoir été
notée pour la période incluant le mois de mars, elle est suivie immédiatement
d’une longue période de ralentissement, qui se poursuit, sans discontinuité,
jusqu’aux valeurs minimale.s de l’été.
D. — Baisse progressive de la vitesse de croissance, peu après le début du
printemps.
La vitesse de croissance de la coquille de Liiiorinn saxalilis (Olivi)
va en diminuant, du mois d’avril au mois de juillet, dans toutes les régions
examinées (2). Pendant cette longue période les résultats, qui se succèdent,
apportent des valeurs do la croissance de plus en plus faibles. Elles abou¬
tissent aux minima estivaux.
E. — Étagement des valeurs estivales en fonction du caractère plus ou moins
septentrional des stations.
L’accroissement, en trente jours, pour toutes classes de taille, est
respectivement de 0,5 et 1,0 millimètre au Gris-Nez et à Bonlogne-sur-Mer,
pour la période incluant le mois de juillet et la première quinzaine d’août 1961.
(1) Il est à noter, toutefois, pour les deux stations nnistérieunes. que cette baisse
temporaire est suivie, en avril-mai, d'une hausse, hausse que l’on pourrait considérer
comme une reprise printanière plus tardive. La position RéoKraphique de ces stations
cadre, assez mai, avec cette interprétation.
(2) Nous avons indiqué dans la note ci-dessiis qu'une accélération temporaire se
manifestail en avril-mai à Cléder et è Hoscoff. [Cite consULue une exception à la régula¬
rité de la baisse oliservée en avril.
Fin. 25. — Varlalions saisonnières de la vitesse de eroissanre de la coquille de
Ullorina saxalilis (Ouivi). De haut en bas. ati Gris-Nez (A), à UouIofine-sur-Mer
ib), à Dinard, niveau moyen (C), niveau élevé (D) et niveau supérieur (IC), i
boseoJI (F) cl à tCléder (G). (Tîn ordonnée, valeur de la croissance, pour treille jours,
en millimètres.) Dans ce tableau c'est la valeur moyenne pour toutes classes de taille
qui a été donnée.
Source : MUHN, Paris
120
JF.AN M. ÜAII.LAHD
11 est, à Dinard, de 0,3 millimètre ou 0,.5 milliniclre, selon le niveau cotidal
des chantiers, de la mi-juillet à la lin août. Pour Roscoff et Cdéder il s’élève
à 0,1 et 0,3 millimètre, entre la mi-juillet et la mi-août. L’énoncé de ces
résultats dans l’ordre géographique des stations montre un échelonnement
des valeurs en fonction de la situation des localités. Ain.si, il semble que
pour la sai.son la plus chaude de l’année le taux de croissance de IJltorina
saxalilis (Oi.ivi) demeure plus important, en valeur absolue, dans le Nord
de la France qu’en Bretagne. Le caractère septentrional de certaines stations
serait donc un avantage pour les po])ulations de cette espèce dont le rythme
de la croissance estivale demeurerait appréciable à la saison des plus fortes
chaleurs, tandis que dans les stations de climat plus méridional l’accrois-
seincnt serait plus réduit.
CONCI-USION DU CHAPITRK
Les obsorvalions, (|iii ont fait l'objet des deux premiers chapitres,
consacrés à la valeur de la croissance annuelle de la coquille et à la longévité
des animaux, ont permis de noter d’importantes difTércnces entre les popu¬
lations des diverses espèces étudiées, selon les conditions climatiques on
écologiques au.xquclles elles étaient exposées. Par contre, il n’a pas semblé
que les valeurs absolues, notées dans l’un ou l'autre ca.s, varient beaucoup
d'une espèce à une autre. De toutes façoim, ces variations spéciliques se
sont révélées beaucoup moins importantes que les variations écologique.s.
11 n’en est pas de même pour le présent chapitre qui étudie le rythme
saisonnier de la croissance. Les observations concernant des variations
écologiques y tiennent beaucoup moins de place que celles notées entre
groupes systématiques différents. C’c.st pourquoi, dans cette conclusion,
les diverses espèces de Trochidae feront l’objet d’un premier paragraphe
tandis que Litlorina saxalilis (Oi.ivi) sera Irailce dans le second.
1. — Cycle de la croissance .saisonnière chez les quatre espèces de Trochidae.
Pour toutes ces espèces on observe un minimum hivernal de la crois¬
sance suivi d’une reprise printanière. Pour les autres périodes de l’année
les ililTérentes espèces, ou populations de celle-ci, présentent des caractères
particuliers. Le cycle typique se poursuit, après le minimum hivernal et
i’accéiération printanière, par un ralentissement momentané corrospoiulant
à la saison de maturation des glandes génitales. Viennent ensuite les valeurs
maximales de l’été. C’est le cycle qui est suivi par Monodonla linenla
(iJA Costa), par Gihbttla nmbilicalis (oa Costa) et par les poiuilalions
bretonnes de Gibbula pennanli (Phii.U’I’I). Pour les autres aiiimatix étudiés
on constate des modifications plus ou moins importantes de ce cycle de
base. Ainsi, les populations basques de Gibbula pennanli (Piiii.n*i’i) se
caraelérisent par un maximum annuel printanier dû au fait ((ii'après le
ralentissement provoque par la maturation des gonudes, l’accélération
est trop faible pour compenser ce ralentissement, (liiez Gibbula cincraria
(Linni-;). on a un cycle directement dérivé de celui des Gibbula pennanli
(Piin.ii'Pi) ba.sques. C’est une acccnlualioii de la faililesse de la croissance
estivale. Pour cette espèce, après le démarrage printanier, le raientisscmenl
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 121
n’est pas momentané mais continu à travers l’été et l’automne jusqu’au
minimum hivernal.
Il semble que ces divers types de cycles soient sous la dépendance du
développement sexuel des animaux. Kn elTot, la reproduction de certaines
espèces (Monodonla lineaia, Gibbiila iimhilicalh, Gibbula pennanlij est
saisonnière taudis que celle de certaines autres (Gibbula cineraria) dure
toute l’année. Mais parmi les premières la durée de la période de repos est
très variable et est en relation avec les conditions climatiques subies
(Gibbula umbilicalis). La phase de l’activité sexuelle qui provoquerait le
ralentis-sement de la croissance est la lin de la période de maturation des
gonades. L’importance de son retentissement sur le taux de croissance
dépend essentiellement de la valeur absolue de celui-ci au moment ou cette
inilucnce agit. Ainsi, chez Monodonla lineaia (da Costa) et Gibbula umbi¬
licalis (da Costa) elle se manifeste alors que la croissance vient juste de
reprendre après l'iiiver, aussi ses effets sont très nets. Par contre, chez
Gibbula pennanli (Puilipi’i), en Bretagne, elle est beaucoup plus tardive
et se trouve contrebalancée par les très fortes valeurs déjà atteintes par
la croissance. Four Gibbula cineraria (Linné) qui se reproduit toute l’année,
cette action continue est peut-être à l’origine du ralentissement qui marque
la croissance estivale.
Un certain nombre de relations peuvent être notées entre les éléments
du milieu extérieur et le cycle saisonnier de la croissance. La principale
de ces relations concerne le démarrage printanier. Kn elTet, pour une même
espèce, il intervient plus ou moins précocement selon que la population
est .soumise à un climat jilus ou moins méridional. Par contre, la fin de la
période e.stivale de forte croissance semble indépendante des conditions
climatiques. Ainsi, les populations de Monodonla lineaia (da Costa) du
Pays Basijue, pour lesiiuelles le démarrage a été antérieur à celui des popu¬
lations bretonnes, ont un ralentissement automnal lui aussi précoce. Il en
est de même pour les populations bretonnes de Gibbula umbilicalis (da Costa)
dont les dates de début et de fin de la période de forte croissance sont plus
précoces que celles des populations du Nord de la France de la même espèce.
L’influence extérieure se fait aussi sentir sur les valeurs absolues notées.
Bien que la sécrétion coquillière ait Heu toute l’aimée, le taux hivernal de la
croissance est beaucoup plus réduit dans certaines populations <jue dans
d’autres; ainsi, en hiver, les Gibbula umbilicalis (da Costa) du Nord de la
France sont presque à l’état de repos total tandis que celles des côtes basques
ont un accroissement relativement important.
2. — Cycle de la croissance saisonnière chez Lillorina saxalilis (Olivi).
Le cycle de la croissance de la coquille de Lillorina saxalilis (Olivi)
s’oppose à celui des dilTcrentes espèces de Trochidae. Alors que ces dernières
ont un minimum hivernal, c’est en novembre et décembre que se .situent,
pour Lillorina saxalilis (Oi.ivi), les plus fortes valeurs annuelles. Alors
que les premières ont, au moins typiquement, un maximum estival, c’est
à la période la plus chaude de l’été que la croissance de Lillorina saxalilis
(Olivi) est à son taux le plus bas.
Ces maxima du début de l’iiivcr varient, en valeur absolue, en fonction
des conditions écologiques locales (niveau cotidal, agitation), par contre,
il ne semble pas que la position en latitude intervienne.
Source : MNHN, Paris
122
JKAN M. ÜAILI.A
A la période, la plus froide de l'année l'accrois-semenl de la coquille es!
légèrement inférieur au maximum annuel. Contrairement à ce qui a été
noté pour ce maximum il semble que cette valeur hivernale soit en étroit
rapport avec la localisation en latitude des localités. Cela n’est pas étonnant
car ce sont alors les températures les plus froides qui se manifestent.
L’accroissement est d’autant plus grand que la station est nordique, située
à un niveau cotidal élevé et protégée de l'agitation, tous caractères qui
vont de pair avec un aspect climatique hivernal continental.
Les valeurs estivales de la croissance de. la coquille sont les plus faibles
de l'année. Elles s’échelonnent selon la localisation des stations en latitude.
Encore fortes dans le Nord, elles sont plus faibles à Dinard et plus faibles
encore à Iloscoff et Cléder.
I..e rapprochement, dans ce travail, d’un groupe de V’roc/n'dae et <ruiie
espèce de LUlorinidae a mis en évidence un rythme de croissance tout à
fait différent dans l’un et l’autre groupe. Le premier comprend des espèces
considérées, d’après leur distribution, comme étant à afiinités sepLenlrio-
nales, c’est le cas de Gibbula cineraria (Linné) et Gibbula iimbilicalis
(da Costa), et d’autres de caractère plutôt méridional, ce sont Gibbula
pennanli (Piiilippi) et Monodonla lineala (da Costa). Toutes ces espèces
se sont, en fait, trouvées avoir plus de points communs entre elles qu’avec
Lidorina saxatilis (Oi.ivi) dont la répartition est voisine, pourtant, de celle
des espèces de Trochidae dites septentrionales. De l'examen de ces cycles
annuels, il ressort que toutes les espèces de Trochidae citées ici doivent
plutôt être considérées comme favorisées par la saison estivale, ce qui est
un caractère méridional, tandis que Lillorina saxalUis (Oi.ivi), favorisée
par la saison froide, serait plutôt d’allinités septentrionales. Toutefois,
i'exameii des résultats au.xquels les auteurs ayant opéré sur d’autres espèces
sont parvenus et l’extrême variété des cycles rapportés par eux (cf. Ilislo-
riqiie) incite à tempérer la rigueur de ces conclusions. Bien (pi’ayant l’avan¬
tage d'avoir porté sur des populations souvent fort éloignées, ces observatioiLs
ne couvrent néanmoins qu’un petit nombre d’espèces, et les iloniaines
géographiques et écologiques considérés sont loin d’avoir l’extension de
ceux habités par chacune des especes. Par ailleurs, les données météoro¬
logiques diffèrent profondément d’une année sur l’autre. I.es expériences
de Loo.sanoI'K et Nomrjk» (1919) ont montré qu’il sullisnit (pie l’eau dans
laquelle les O.ilrea virginica passaient l’iiiver soit chaulTée pour que la
croissance ne présente pas l’arrôt hivernal normal aux animaux de cette
espèce. Il est possible que des circonstances naturelles puissent exception¬
nellement annuler des seuils biologiques Imbituels. CoE cl Fox (1912) notent
ainsi pour Mylilus californianus un mlcnlisscment estival de la croissance
lorsque la température dépasse 20®; mais il peut arriver c[ue cette tempé¬
rature ne soit pas atteinte, les animaux manifestent alors une croissance
très forte (toutes les autres conditions ét.nnt optimales) à une saison où le
minimum annuel est habituellement attendu. Le rythme de la croissance,
en chaque saison, tend ainsi à être la résultante de diverses influence-s,
influence de la température (variations et seuils), intluence de la nourriture,
influence du cycle sexuel.
Source : MNHN, Paris
CHAPITRE IV
ASPECT QUALITATIF DE LA CROISSANCE DE LA COQUILLE
INFLUENCE DU MILIEU SUR LA MORPHOLOGIE DE LA COQUILLE
DE LITTORINA SAXATILIS (Ouvi)
Sommaire
I® Le polymorphisme de Liltorina saxatilis (Oi.ivi).
2“ Les divers aspects de la sculpture de la coquille de Liltorina saxalilis
(Olivi) et leurs rapports avec le degré d'agitation de l’eau.
A. — Définition des types de sculpture.
B. — Relations entre le type de sculpture et le degré d’agitation
de l’eau.
3° Étude du passage de la coquille juvénile à la coquille adulte de Liltorina
saxatilis (Olivi) variété jugosa.
A. — Stations.
B. — Animaux de la zone supérieure.
C. — Animaux de la zone moyenne.
D. — Observations.
4® Élevages et transferts d’adultes.
A. — Élevages » in vitro ».
B. — Expériences de transferts sur le terrain.
C. — Observations.
5** Élevages u in vitro » de Litlorina saxatilis (Olivi) juvéniles.
Conclusions du chapitkk.
Source : MNHN, Paris
124
JEAN M. GAILLARD
Les trois chapitres précédents ont envisagé l'aspect quantitatif sous
lequel se manifestait l’inlluence du milieu sur la croissance. Le présent
chapitre aborde l’aspect qualitatif de la formation de la coquille. Un certain
nombre de travaux a déjà été public au sujet du rhle éventuel du milieu
sur la morphologie de la coquille de certaines espèces de Mollusques. Le
compte rendu de ces travaux a fait l’objet de l’un des exposés historiques
donnés au début de ce travail. Aucun de ceux-ci n’aborde une espèce
pourtant très polymorphe, Lillorina saxalilis (üi-ivi). Les variétés de celle-ci
ont cependant été l’objet de recherches descriptives approfondies qui seront
rappelées dans le premier paragraphe. Ce n'est que récemment que, la répar¬
tition de chacun des types morphologiques étant étudiée de plus près, on
se rendit compte des rapports étroits existant entre certains aspects des
animaux de cette espèce et divers éléments climatiques ou écologiques.
Le deuxième paragraphe, qui rapporte ces résultats, est le dernier de ceux
qui ont pour but d’introduire la série d’expériences tentées ici et qui
constituent la partie originale de ce chapitre.
Les essais ont tous porté sur les rapports établis entre la sculpture des
coquilles et l’agitation de l’eau; ils ont cherché à mettre en évidence une ac¬
tion directe et immédiate du milieu sur la morphologie des parties de co(}uil-
les nouvellement sécrétées, tant chez l’adulte que chez les formes juvéniles.
Ces expériences sont décrites dans trois paragraphes. Le premier étudie
le passage de la coquille juvénile lisse à la coquille fortement sculptée; le
deuxième rapporte une série d'essais de transferts et d’élevages d’adultes
et le troisième traite des élevages de juvéniles au Laboratoire.
I" Le polymorphisme de Littorina saxatilis (Olivi)
Lillorina saxalilis (Olivi) est une espèce très polymorphe. Celte varia¬
bilité porte aussi bien sur des caractères de la coquille que sur des caractères
du corps de l'animal.
Le polymorphisme de la coquille a déjà été noté dans de nombreuses
publications. Dautzenheho et Fischer (1912) sont les premiers à avoir
tenté de coordonner, <ie hiérarchiser même, les nombreux aspects décrits
soit précédemment, soit par eux. Une véritable monographie sur cette
question a été intercalée par ces auteurs dans leur étude des « Mollusques
provenant des campagnes de [‘Hirondelle et de la Princesse Alice dans les
Mers du Nord ». Les descriptions et les illustrations que renferme ce travail
fournissent un important point de. départ. Tout un cadre systématique de
sous-espèces, de variétés et de variétés de couleur y est édifié qui se base
sur les proportions générales des coquilles, sur l'allure et le nombre de tours
de spire, sur l’épahsseur du test, sur la présence de côtes plus ou moins
aiguës, arrondies ou aplaties, plus ou moins nombreuses, plus ou moins
régulières, sur les variations de coloration qui vont du blanc au blanchâtre,
au jaune, à l’orangé, au rouge, au gris, au brun, avec toutes sortes d’inter-
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQl'ILLE DES MOLLUSQUES 125
médiaires, la présence de taches, de lignes dont la disposition et la régularité
fournissent elles-mêmes de nombreux aspects.
Cet inventaire, qui n’était pas loin d’être eomplet, était une pre¬
mière étape indispensable. Dans une seconde étape, E. Fischer-Pieti i;,
•I .M. Gaillard, B.-L. James et C. Jouin ont eu pour but dans une série de
publications (1960,1961, 1963 et 1964) de décrire la répartition géographique
et écologique de ces différents aspects et de déterminer dans quelle mesure
il est possible d’établir un rapport entre certains éléments du milieu externe
et certains aspects morphologiques de la coquille.
Ce travail est loin d’être achevé, toutefois, plusieurs observations
d’ordre général s’en détachent.
a) Aux grandes différences qui se manifestent d'un individu à l’autre
de lJUorina saxalilis (Olivi) se superpose une non moins grande variabilité
des populations entre elles. Il existe en effet des populations homogènes
formées d’individus d’une seule variété, des populations mixtes formées
de plusieurs variétés, parmi lesquelles il faut distinguer celles qui comprennent
à la fois ces variétés et leurs intermédiaires et celles dont les intermédiaires
sont absents. Enfui il existe des populations hétérogènes dans lesquelles de
plus ou moins nombreuses variétés sont représentées.
Ces populations peuvent régner sur des domaines variables allant de
régions géographiques étendues à des espaces limités à quelques dizaines
de mètres carrés.
b) La distribution de certains types morphologiques semble corres¬
pondre à des domaines géographiques ou écologiques précis. De cet ordre
d’observations est l’existence, en Galice, d’un type de coquilles dont les sillons
intercostaux sont parcourus d’une ligne colorée (var. lineala). Cette région
est encadrée de domaines étendus, dans lesquels, au fur et à mesure qu’on
s’éloigne vers le Sud ou vers le Nord-Est, l’aspect Hneala se dégrade, en
particulier par interruption des lignes colorées (var. inlemipta). L’existence
en Galice d’un climat quelque peu septentrional, encadré de régions aux
caractères plus méridionaux, peut être avancée comme explication. Un
autre exemple est l’aspect plus ou moins costulé des coquilles selon le degré
d’agitation de l’eau des stations qu’elles peuplent. C’est d’ailleuLs cette
observation qui sera la base de la partie expérimentale du présent travail.
Mais il faut préciser que, l’une comme l’autre, ces deux hypothèses, concer¬
nant la répartition des aspects à linéoles colorées et à sculpture aiguë, se
heurtent à l’existence, d’exceptions qui viennent les battre en brèche.
c) Les ré.sultaLs obtenus, comme les difficultés rencontrées, amènent
à approfondir de plus en plus les observations en augmentant le nombre
des points de comparaison, les observations anatomiques ou biologiques
complétant les observations conchyliologiqucs. Ils conduisent, de plus,
à envisager l’extension du domaine géographique considéré, mais là l’effort
est de taille si l’on songe que Lilhrina saxalilis (Olivi) s’étend, en Europe,
de la Nouvelle-Zemble aux Açores, en Amérique, de la côte septentrionale
du Canada conlineatal jusqu’au Sud du New .Jersey et que plusieurs stations
isolées existent en Méditerranée.
.MlîMOIIIES l>ll MlSÊI M. - ZOOLtWIE. t. XXXVIll,
Source : MNHN, Paris
126
JEAN M. ÜAILEAnn
Les travaux ayant abordé l’étude des subdivisions internes de l’espèce
Lillorina saxatilis (Olivi), sous des aspects autres que celui de la coquille,
sont ceux de C. Deyglun et de B.-L. James.
Dès 1955, C. Deyglun, dans un travail non publié, était amenée à
conclure à la possibilité de l’isolement spécifique d'une forme classée par
Daitizenberg et Fischer comme une sous-espèce de Lillorina saxatilis
(Olivi); il s’agit de Lillorina nigrolineala (Gray). C. Deyglun se basait
sur les faits suivants, mis en évidence par elle-même dans la région de
Roscofî : Lillorina nigrolineala (Gray) est ovipare alors que Lillorina
saxalilis (Olivi) est vivipare, ce qui entraîne des modifications anatomiques;
l’ordre d’apparition de la maturité sexuelle, dans l’un et l’autre sexe, est
différent dans les deux espèces; la morphologie des dents radulaires n’est
pas la même dans les deux formes; les deux coquilles n’ont pas d’inter¬
médiaires; leur distribution dans la zone cotidale est différente.
C’est un travail conçu dans le même esprit mais reprenant l’ensemble
du groupe Lillorina saxalilis (Olivi) sur de nombreux points des côtes
de Grande-Bretagne qu’entreprend B.-L. James. Les résultats de se.s travaux
ne sont que partiellement publiés (Fischer-Pieite, Gaillard et James, 1964
et James, 1964). 11 a pu établir des coupures dans le vaste ensemble réuni
sous le nom de Lillorina saxalilis (Olivi). Celles-ci sont basées sur le nombre
de glandes péiiiales, sur la disposition de ces glandes, sur la pigmentation
du mufle et des tentacules céphaliques, sur (les dimensions des coquilles
embryonnaires et sur la morphologie des coquilles adultes. Malheureusement
ce travail n'examine pas particulièrement le cas de Lillorina nigrolineala
(Gray). Par ailleurs les premiers essais semblent indiquer que les résultats
de James ne s’appliquent pas directement aux animaux des côtes françaises.
Les difficultés proviennent d’une variabilité plus grande, sur le continent,
des types, reconnus en Angleterre, et de l’existence de types différents.
2" Les divers aspects de la sculpture de la coquille
de Littorina saxatilis (Olivi)
et leurs rapports avec le degré d'agitation de l'eau.
Le présent travail n’abordera qu’un des aspects de la variabilité de la
coquille de Lillorina saxalilis (Olivi), celui de la sculpture cl de ses rapports
avec le caractère plus ou inoiius agité du milieu. Il sera tout d’abord néces¬
saire de définir les différents aspects présentés par cette sculpture et de
rappeler les observations faites au sujet de la répartition des populations
présentant ces différents aspects.
A. — Définition des types de sculpture.
La sculpture de Lillorina saxalilis (Oi.ivi) est uniquement formée de
côtes spirales, continues; la variabilité porte sur le nombre, la loealisalioHi
la régularité, l’importance du saillant de ces côtes. Klles peuvent être aiguës,
arrondies ou coiffées d’un méplat. Klles sont l’un des caractères essentiels
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
127
pour rétablissement des sous-espèces ou variétés. Ce sont les noms de ces
groupes systématiques qui nous serviront pour nommer les aspects de la
sculpture utilisés ici.
a) Riidis.
Coquille particulièrement lisse, les côtes spirales peu nombreuses et
peu marquées sont localisées, le plus souvent, à la partie inférieure et à la
partie supérieure du tour; la partie équatoriale de celui-ci demeure alors
lisse sur une grande hauteur.
b) liiidissima.
Cet aspect se caractérise par la présence, sur toute la hauteur du tour,
de côtes faibles, nombreuses, souvent inégales en importance. Les inter¬
médiaires avec la forme précédente sont nombreux et fréquents. Cette forme
est très largement répandue.
c) Jugosa.
Il s’agit d’exemplaires ayant en général une taille réduite. Ils sont carac¬
térisés par des côtes très saillantes, souvent aiguës, peu nombreuses. Cette
sculpture présente des aspects intermédiaires avec la précédente par aug¬
mentation du nombre des côtes et amenuisement du saillant de celles-ci.
d) Compressa.
Les côtes sont élargies, séparées par des sillons profonds, aux flancs
subverticaux. Parfois arrondi, le sommet des côtes est souvent aplati et
parcouru par une légère cannelure axiale. Il faut citer ici l’existence d’une
forme à laquelle la variété compressa a été rattachée par Dautzenberg
et Fischer c’est la sous-espèce nigrolineala. Nous avons dit précédemment
comment, se basant sur .sa morphologie, sa biologie, sa répartition,
C. Deyglun a abouti à la conclusion que cette forme se distinguait des
autres populations de Lillorina saxalilis (Olivi) observées par elle dans la
région de Roscofl. La proposition de C. Deyglun semble se limiter à la
fonne typique Lillorina nigrolineala (Gray).
6. — Relations entre le type de sculpture et le degré d'agitation de l'eau.
Une étroite corrélation, entre les mouvements de l’eau (agitation ou
courants) et le développement de la sculpture, a pu être établie en de nom¬
breux cas. Ainsi, en Bretagne, sur les bords de la Rance (E. Fischer-Piette
et J. M. Gaillard, lOfiO) aux points les plus abrités et en particulier dans
toute la région amont régnent les radis, à la sculpture réduite; aux endroits
moins abrités, on rencontre des rudissima ou des compressa, tandis qu’à
l’embouchure ou sur les avancées rocheuses balayées par les courants se
trouvent les jugosa à la sculpture aiguë. En Espagne, dans la Ria de Vigo,
.sans que les deux types extrêmes soient aussi nettement représentés que
Source : MNHN, Paris
128
JEAN M. GAIIXARD
dans la Rance (I), révolution t>énérule est la même. L'examen des popu¬
lations de Lillorina saxatilis (ülivi) d'un grand nombre de points battus des
côtes ibériques (E. Fiscuer-Pigtte, J. M. GAii.i.Ani) et C. Jouin, 1961)
ainsi que celui des populations des points abrités des côtes françaises et
ibériques (E. Fischeb-Piette et J. M. Gaii.i.ari), 1961) ne dénote que
quelques exceptions, telles que Noja, en Espagne et Portimao au l’ortugal,
à cette relation agitation-sculpture.
C’est la relation entre les divers types de sculpture et le degré d’agi¬
tation de l’eau qui est l’objet de la partie originale de ce chapitre.
L'expérimentation a été menée selon deux voies : au laboratoire, d’une
part, sur le terrain, d’autre part. Elle a porté tour à tour sur les animaux
adultes et sur les juvéniles, et a été réalisée dans les secteurs côtiers voisins
des stations biologiques de Diiiard et de Roscoiï.
3» Étude du passage de la coquille juvénile
à la coquille adulte de Littorina saxatilis (Olivi)
variété jugosa.
A la sortie de la cavité palléale de sa mère, la jeune Lillorina saxalili!^
(Olivi) porte une coquille absolument dépourvue de toute trace de costu-
lation spirale. C’est le passage, de. ce type de coquille à la coquille aux côtes
aiguës de la variété juyosa qui sera étudié dans deux chantiers, de niveau
cotidal différent, de. la Pointe du Moulinet. Nous aborderons successivement
la description des stations puis celle des populations de chacun des deux
chantiers.
A. — Stations.
Les observations ont été faites à Dinard, à la Pointe du Moulinet,
à l’embouchure de la Rance. C’est une station de la côte ouverte, parcourue
au surplus par les forts courants de marée qui pénètrent dams i’estiiaire
ou en sortent. Dans celte station, le rocher est modérément anfractueux,
la couverture de petits Cirripèdes est très dense. Deux niveaux de récoltes
ont été choisis, aussi distants verticalement que possible et aussi voisins
d’aspect que possible. Le chantier supérieur est .situé vers le haut rie la
zone densément couverte de Chlluimalus slellalus Poli; le chantier inférieur,
vers le bas de la zone densément couverte de pu]>ulations mixtes de lialaniis
balanoides Linné et de Clithamaius slrllalUH Pou. A chacun de ces niveaux,
une surface sans anfractuosités, légèrement déclive, a clé sélectionnée.
Pendant un cycle annuel, à des intervalles de quatre à six semaines, en
période de vive-eau, des IJtlorines ont été récoltées. Dans le but de recueillir
des spécimens juvéniles, les Cirripèdes ont été grattés, à chaque passage,
sur un carré de un décimètre de côté. Les jeunes Lillorina saxatilis (Oi.ivi)
ont été cherchées, à la loupe binoculaire, dans les débris de nalamts et de
Chihamalus.
(1) Précisons que lu variété compresua n'intcrvlcnl pas 'tans la Ria de ViRo.
Source ; MNHN, Paris
CROISSANCK 1>K I.A CÜQl'II.LE DES JtOI.H’SQUES 120
B. — Animaux de la zone supérieure (Niveau supérieur des populations denses
de Chthamalus stellatus Poli).
La coquille des animaux nouveau-nés est lisse et a un <ieini-millimètre
de longueur. .Ius([u’à un millimètre, elle demeure translucide tandis que
chez certains spécimens des costulalions apparaissent. Leur relief est d’abord
inümc, il sc développe progressivement. Le nombre des costulatioiis n’est
pas le même chez tous les individus. 11 oscille entre quatre et dix. Lorsqu'il
est réduit à quatre ou cinq eûtes on reconnaît déjà dans leur disposition
la forme jugosa. Par contre, chez les échantillons dont le nombre de côtes
est plus grand, tant que ces côtes ont un relief peu marqué, l’apparence
est tout à fait celle de la variété rudissima. .Au-delà de un iniliünètre et
jusqu’à environ trois millimètres de longueur la costiilaliun apjiaraît chez
tous les échantillons et va en s’accentuant, tandis que la coquille s’opacifie.
Progressivement les côtes prennent leur contour aigu. Les spécimens chez
le.s(|iiels elles sont nombreuses ne donnent plus du tout l’apparence rudiasiina
mais plutôt un aspect intermédiaire entre cette variété et jugosa, aspect
existant d’ailleurs à l’état adulte dans cette station. C.ette coexistence,
dès les formes les plus jeunes sur lesquelles la sculpture commence à se
<lessiner, d’échantillons appartenant strictement à la variété jugosa et
d’autres ayant une tendance à s’en éloigner en direction de la variété rudis¬
sima, nous a incite à rechercher si le passage de i’un à l’autre de ces aspects
pouvait être observé sur un même exemplaire. Malgré l'étude de nombreux
lots souvent abondants il ne .semble pas qu'il y ait de tels passages. Les
animaux appartenant à l’iin ou l’autre type sont reconnaissables dès
l’apparition des premières ébauches de sculpture. (Cependant le passage
du milieu protégé que constitue le test des Cirripèdes au milieu
extérieur met les Litlorines plus directement en contact avec l’agi¬
tation de l'eau. On aurait pu s’attendre à ce que ce phénomène soit
à l’origine d’un changement dans la sculpture des coquilles. Les indi¬
vidus de taille moyenne, dont les tours juvéniles sont intacts, ne
montrent dans leur sctilplure qu'une évolution vers la réalisation du
type que l’on y devine dès l’apparition des premières traces de côtes. Les
individus aux côtes peu nombreuses évoluent, par accentuation de ces
côtes vers le type jugosa tandis que ceux qui en ont davantage s’en
éloignent d’autant plus que leur costulalion est plus dense et font partie
de ce groupe des jugosa adénué par augmenlaiion du nombre des côtes.
Ainsi il .semble que, même chez les juvéniles, il n’y ait pas de possibilité
d’action du milieu sur le type de sculpture.
l’arallMcnieiil à l’évolution de ta sculpture on assiste à une évolution rte lu colo¬
ration lies coquilles. Bnin-corné chez les juvéniles, elle passe, entre un et trois millimètres
par une grande diversification de l'aspect coloré (coloration uniforme, systèmes variés
lie lianes plus ou moins complètes, plus ou moins régulières, en relation avec la sculpture
ou bleu tout à fait indépendantes de celle-ci). Les éch.inlillons de teinte uniforme ne
représentent alors qu'un cinquième des lots.
.Au-delà lie trois miliimètrcs, les proportions des individus des deux catégories
s'inversent. Il s'agit d’une évolution de la majorité des exemplaires pourvus d'un système
de coloration, qui deviennent de teinte uniforme. Il ne s’agit pas d’ime disparition ou
d'un arrêt de la croissance de ces seuls exemplaires. (Celte disparidon ou cet arrêt de
la croissance donnerait en elTel la prépondérance aux éclianlillons de leinic uniforme.)
O sont les exemplaires dolés d’nn système de coloration qui rtevicniicnl de teinte iini-
forine. Otto histoire demeure lisibie, un cerlain Lem|>s, sur les liuirs juvéniles des animaux
ayant quelques mllllnièli'es.
Source : MNHN, Paris
130
JEAN M. GAII-LAnO
C. — Animaux de la zone moyenne (Niveau inférieur des populations denses
et mixtes de Balanus balanoides LtNNé et Chthamalus stellatus Pou}-
Les populations de Litlorina saxalilis (Olivi) de ce niveau sont iden¬
tiques à celles du niveau supérieur. Toutefois l’apparition des premières
traces de sculpture y est beaucoup plus précoce. Alors qu’au niveau des
Chthamalus les individus de moins de un millimètre portant des traces de
sculpture étaient rares, au niveau inférieur c’est la totalité des spécimens
qui a atteint ce degré à une taille nettement inférieure, que l’on peut estimer
à huit dixièmes de millimètre.
i.es observations concernant la coloration des coquilles juvéniles et son évolution
parallMemcnt avec la croissance sont identiques à celles notées précédemment.
D. — Observations.
Un caractère précis oppose de façon nette ces deux populations de
Lillorina saxalilis que ne séparent que quelques dizaines de mètres; l’appa¬
rition de la sculpture se fait plus précocement dans les poitulations du niveau
inférieur. Dans ces dernières les animaux ne purtaiil aucune trace de
sculpture .sont rares et de taille à peine supérieure à celle des animaux
nouveau-nés. Ceci nous a incité à examiner de plus près les conditions
précises dans lesquelles vivaient les deux groupes d'animaux.
Au niveau supérieur, les populations de Chthamalus stellalus P<>i.i
.sont très denses, les individus jointifs. Cependant de nombreux individus
morts demeurent en place, cratères béants dans lesquels sc réfugient les
jeunes Lillorina saxalilis (Oi,ivi) ainsi que cela est connu. Au cours des
dix-huit mois pendant lesquels ont eu lieu les récoltes il n’y eut pas nu fort
peu de fixation de Cirripèdes dans cette zone. Les décimètre.s carrés de
terrain grattés demeurèrent nu.s. La ponte de la lin de l’été HMiü fut-elle
nulle ou très faible ? Toujours est-il qu’aucune fixation n’intervenant, les
emplacements vacants restèrent inoccupés, (ieci n’est peut-être pas rare
et favorise l’existence de loges protectrices pour les jeunes LiLlorines.
Au niveau inférieur, il n'en a pas été de même. Au cours des deux
printemps durant lesquels ces chantiers furent suivis, les espaces de roche
dégarnis de Cirripèdes furent très rapidement recouverts; souvent dans le
mois même qui suivait. De fait, un examen plus approfondi montrait qu’à
ce niveau il n’y avait aucun test ouvert aux f.ittorines et que celles-ci
étaient logées dans les esp.aces libres entre les Cirripèdes, dans les dièdres
formés par deux tests voisins. C'est là une protection bien inférieure à celle
proposée aux populations du chantier supérieur.
Ainsi, de l’examen de ces deux séries de prélèvements, cfTeclués en
deux points, d’une, même dédivilé rocheuse inlcrcotidalc, (pie ne .sépare
aucune discontinuité apparente, il ressort que, selon le niveau cotidal e.t les
conditions locales qui y régnent, l’apparition de la sciil|)tiire de la coquille
de Lillorina saxalilis (()i.ivi) est plus ou moins précoce. Un première approxi¬
mation, il semble (pie ce soit la rencontre de. l'animal avec les conditions
externes d’agitation qui provoijue l’apparilion de celte sciiliitiire. Les
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 131
animaux du niveau inférieur, mis en contact plus précocement avec ce
milieu, acquièrent ainsi plus tôt leur costulation que les animaux du niveau
supérieur qui bénéiicient plus longtemps de la protection des Cirripèdes.
Des essais in vitro mettront cette hypothèse à l’épreuve.
Une autre conclusion provisoire résulte de l’étude des coquilles juvé¬
niles. IXans l’un et l’autre des chantiers, il est apparu qu’une fois établi sur
une coquille un type de sculpture est definitif. L’examen d’échantillons de
taille moyenne a permis de suivre l’évolution de la costulation, de son
apparition jusqu’à son achèvement, sur un certain nombre de spécimens
de nos lots. Celle-ci se développe progressivement, avec régularité, sans que
l'on constate aucun à-coup (or, la presque totalité de ces animaux, en par¬
ticulier au niveau supérieur, doit à un moment donné de son existence
passer d’une situation abritée à une situation exposée). Dès les premières
ébauches le type de sculpture est reconnaissable. Il n’est jamais apparu
qu’il SC modifie ensuite autrement que dans le sens de sa réalisation.
(léveloppcmcnt des côtes s’accentue, leur nombre et leur disposition ne
varient pas. 11 semble donc que le type auquel appartient l’animal ne puisse
être remis en cause. C’est ce que des expériences chercheront à établir tant
sur des juvéniles que sur des adultes.
4‘' Élevages et transferts d'adultes.
Le premier but de ces expériences est de répondre à la question : une
fois qu’un type de sculpture est apparu sur une coquille est-il susceptible
de modification sous l'influence du milieu extérieur?
Les essais ont consisté à réunir, dans des conditions externes identiques,
des lots d’origine diiïérente, et, après quelques semaines, à comparer la
sculpture des parties de coijuillc néo-formée et celle des parties plus anciennes.
Les expériences ont été menées selon deux processus. D’une part, des
élevages au laboratoire ont permis de réunir, dans des conditions de vie,
factices, mais identiques pour tous, des exemplaires de populations à carac¬
tères opposés. D’autre part, sur le terrain, des éléments autochtones et des
éléments transférés ont grandi côte à côte pendant quelques semaines.
Le marquage des animaux introduits a permis de les identifier avec assurance
et de repérer les zones de la coquille formées depuis le déplacement. La
croissance d’animaux de deux types différents a ainsi pu être comparée
dans des conditions identiijues pour l’un et pour l’autre.
A. — Élevages « in vitro ».
Les élevages d’adiiUes ont été réalisés dans des bacs de plastique de
25 centimètres de longueur .sur 18 centiniètre.s de largeur et 12 centimètres
de hauteur. La nourriture a été fournie par introduction quotidienne dans
les bacs de blocs rocheux prélevés sur la grève à un niveau habité par
Liilorina saxatilis (Di.ivi). I,cs essais d’autres régimes alimentaires (grat¬
tages de rocher, algues, fonds de cuvettes inlercolidales) ont donné de moins
bons résultats.
Source : Paris
132
JliAN M. G.\II.L.\fU)
Ces élevages ont, eu général, une durée, de trois à quatre semaines,
suffisante pour que l'appréciation du type de sculpture des parties de
coquilles récemment formées soit aisée.
Les essais suivants ont été réalisés :
1" Animaux de ia l’ointe du Moulinet (niveau élevé), de seulpture jiigosii. ayant
de 1,2 à 3,3 ram. mis en élevaac- du 25 mars au ü uvrii lüfiü; ayant do 3,5 à 5 mm, iiiis
en élevage du 25 murs au 9 avril 1963; ayant de 2,7 à U mm, mis en élevage du 11 juillet
au 8 août 1903.
2" Animaux de la l’ointe du Moulinet (niveau moyen), de sculpture jiigoia, ayant
de 1.2 il 5 mm, mis en élevage du 26 mars au 9 avril 1963.
3® Animaux de Diiiard (Itaie du Prieuré), de sculpture riiitissima, ayant rie 3 à 15 mm.
mis en élevage du 13 au 25 avril 1963.
4® Animaux rie Caneaval (dans la Haie rie l,a Riclianlais), rie sculpture compressa.
ayant de 4 A 29 mm, mis en élevage du 12 au 21 avril 1963.
Ces expériences ont toutes donné un résultat identique. Quel que soit
le type de sculpture des animaux mis en expérience, ce type se maintient
dans les parties de coquille nouvellement formées. L’élevage dans des bacs.
o(i toutes les conditions de calme sont réalisées, d’exemplaires récoltés
sur des points agités et ayant une sculpture /«i/osa, typique de ces secteurs,
n’a jamais provoqué chez ces animaux ta formation d’une bande de coquille
dans laquelle on puisse déceler la moindre atténuation de la costulation,
la moindre tendance à la variété ritdissima. caractéristique des points
plus abrites. Il semble que les conditions de calme ne soient pas suffisantes
pour provoquer une modification dans l’aspect morphologique de la coquille
de Liüorina saxalüis (Oi.ivi). Il faut noter cependant que l’élevage in
vitro ne réalise que l’un des aspects des stations de mode protégé. Il est
possible que la sculpture de IJttorina saxalilis (Olivi) soit en relation avec
un aspect secondaire des stations calmes (sédimentation, caractère par¬
ticulier des eaux, élément biologique...).
B. — Expériences de transferts sur le terrain.
Les expériences sur le terrain ont sur les élevages m vitro l’avantage
d’apporter de moindres perturbations aux conditions d’existence des
animaux. Eu ce qui concerne les animaux qui font l'objet de ce travail,
leur mise en route a rencontré de gros obstacles pour le repérage et l’iden¬
tification des animaux de trop petite taille; ces difficultés nous ont contraint
à renoncer à expérimenter sur les formes juvéniles. Les transferts dont
il sera rendu compte ici ne concernent donc que des animaux adaite.s.
Le principe de ces essais a consisté à introduire, parmi une population
d’un type morphologique déterminé, des animaux d’un type morphologique
différent; le but étant de déterminer si les conditions extérieures étaient
directement et immédiatement responsables de la morphologie observée,
ce qui .se serait traduit par un changement des caractères conchyliologiqiies
des animaux introduits.
marquage du bord de l'ouverture de la coquille des animaux intro¬
duits a permis de comparer, à la fin de l’expérience, la partie de coquille
fonnée dans ces nouvelles conditions et les parties anciennes réalisées dans
celles de la station d’origine.
Source : MNHN, Paris
CHOISS.WCK DE LA CUQCJLLE DES MOLLfSOl-KS
133
a) Transferts d'animaux dans une station de mode ai/itc.
Une première série de transferts a consisté à introduire des échantillons
de la variété rudissima (dont la sculpture légère est caractéristique des
stations modérément agitées) dans des stations habitées par des populations
de la variété jugasa (dont la sculpture aiguë caractérise les points exposés
à l’agitation ou aux courants). Ainsi des animaux, ayant vécu jusque-là
dans des stations modérément agitées et ayant un type de sculpture cor¬
respondant à ces stations, ont été amenés à vivre quelques semaines dans
un milieu nettement agité.
Les essais suivants ont été réalisés ;
1' Anhiiüux do Hoscolî (dcvaiil le Laboratoire), ayant do 7 à V2 mm, mis en expo-
rioiice à Beg-en-b’ry du 15 avril au 31 mai 1961.
2« .\nimaux de Dinard (S^nt-Rnogat. platlcr du Vidé), ayant de 7 à 10 mm, mis
en expérience à Beg-oii-I-ry du 31 mai au 13 juillet 1961.
3“ Animaux de Cancaval (les viviers), ayant de 7 à 15 mm. mis en expérience il
Beg-en-Fry du 31 mal au 13 juillet 1961.
Les stations de RoscofT (devant le Laboratoire), Dinard (Platier des
Vidés de Saint-Knogat) et (iancaval (dans les viviers) sont modérément
exposées à l’agitation. Dans chacun des secteurs où elles se situent leur
po.sition est en retrait des points exposés à l’agitation même locale. Ce sont
cependant des stations pleinement maritimes. Leurs populations sont for¬
mée.? d’animaux de taille moyenne dont la sculpture appartient nettement
à la variété rudissima.
La station d’accueil, Bcg-en-Fiy, est située sur une côte très ouverte,
très exposée à l’agitation. Les populations autochtones sont de la variété
jtigosa.
Le.s résultats des trois essais sont absolument nets : aucun changement
ne peut être constaté dans la sculpture des animaux. Celle-ci ne manifeste
aucune tendance à prendre les caractères des populations autochtones.
Chaque animal continue à sécréter une coquille ayant le même aspect que
celle qu’il sécrétait avant le transfert.
b) Transferts d’animaux vers des stations moins exposées à Vagilalion.
L’expérience contraire à la précédente, consistant à introduire des
animaux de stations battues, ayant une sculpture du type jugosa, parmi
des populations à sculpture rudissima, sur des stations moins exposées
que leurs stations d’origine, a aussi été tentée.
Les essais suivants ont été réalisés :
Série a :
1” Animaux de Dinard (Holnle du Moulinet), ayant de 4,5 b 8 mm, mU en élevage
du 5 avril au !•' juin 1U6I à Cléder-Aim'.Xnnec.
2” Animaux de Dinard (Pointe du .Moulinet), ayant de 3.5 à 5 nnn, mis en élevage
du D'iiiin au 14 juillet 1961 à Uoscoll-Boc'li Hiévec.
3" Animaux de Beg-en-Pry, ayant de 3,5 à 7 mm, mis en élevage du 19 avril au
M juillet 1961 ù Uoscolt-Koc'h iliévee.
Source : MNHN, Paris
134
JlîAN M. GAILLARD
Série b :
4® Animaux île Bcg-en-Kry, ayant de 4 à 8 mm, mis en idevagc du 19 avril au 2 juin
1961 à Roscolï (lie Verte).
5® Animaux de Beg-cn-Fry, ayant de 4 à 7 mm, mis en élevage du 20 avril au 2 juin
1961 à Roscotl (devant le Laboratoire).
6® Animaux de Dliiard (l’ointe du Moulinet), ayant de 3,5 ù 6 mm. mis en élevage
du 1*' juin au 14 juillet 1961 à Cléder (point en retrait).
Pour ces séries d’essais, des animaux ont été recueillis à la Pointe du
Moulinet (à Dinard) et à Beg-en-Fry. Ce sont deux stations exposées, la
première à un fort courant, la seconde à l'agitation. Les populations de
LUlorina saxalilis (Olivi) des d’eux stations appartiennent à la variété
jugoaa. Elles ont été déposées à Ro.scolT et à Cléder Ann’Annec, d’une part
dans des points où l’agitation modérée de la localité peut se manifester,
d'autre part dans des points des mêmes stations nettement protégés de
l’agitation. Les animaux autochtones de la première série ont le type
rudissima, ceux de la seconde, quoique rattachables à la même variété,
ont une nette tendance à la variété rudis caractéristique des points très
abrités.
Les résultats obtenus dans ces essais sont identiques à ceux rapportés
pour les expériences de sens inverse. Aucune modification de la sculpture
des coquilles n'inteivient après ces déplacements. Aucune trace d'un
amoindrissement du relief de la costulation ne peut être constatée. Le
transfert d'animaux de sculpture jugosa dans des points calmes comme celui
d’individus peu costulés dans des points battus ne peuvent suffire à pro¬
voquer une modification du type de sculpture de la coquille précédemment
établi.
c) Transferts d’animaux de la variété compressa.
Les deux séries d'expériences décrites dans les paragraphes précédents
concernaient des animaux des variétés jugosa et rudissima dont la répartition
semble dépendre nettement de l’agitation de l’eau. Un Iroi.sième type de
sculpture a fait l’objet d’une série d’essais; c’est le type con}pressa. Les
limites de son extension et ses exigences écologiques sont mal connues.
Scs affinités avec la sous-espèce nigrolincata, que plusieurs caractcre.s isolent
de l’ensemble LUlorina saxalilis, ont été rappelées précédemment. Cette
forme semble, au moins dans la région de Uinard, .se cantonner dans les
secteurs côtiers de mode protégé.
Les essais suivants ont été réalisés :
1® Aniiniiux de (lanciival (diins l'Aiisi' du Lu Richardais), ayant de 7 ù 17 mm,
mis en élvvngc du 1°' Juin au 14 juillet 1961 à (lIddcr-Ann’Anncc.
2® Animaux do Cancaval (dans l'Anse de !,a Illcliardals). ayant de 7 à 17 mni.
mis en l'ieviigc du l®' juin nu 14 Juillet à HosrtilT-Koc'h Iliévcc.
3° Aniniiiux de Cancaval (dans l’Anse de Lu Richardais). ayant do 7 à 17 min,
mis en élevage A Dinard (l’ointe du .Moulinet) du 27 uoAl au 10 octobre 1961.
4° Animaux de Cancaval (dans l'Anse de La Richurdais), ayant de 7 à 17 mm,
mis en élevage à Reg-en-l-'ry, du 31 mal au 13 juillet 1961.
5" Animaux de Cancaval (dans l’.Anse de La Richardiiis). uyaiil île 7 à 17
mis en élevage A Cancaval (l’ointe avancée), du 3o mal au 10 juillet 1961.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 135
Tous les spécimens mis en expérience ont été récoltés à Cancaval,
dans l’anse de La Richardais. C’est un point extrêmement abrité. Une
partie des animaux a été transférée sur des points battus tels que la Pointe
du Moulinet, Beg-en-Fry et la Pointe de Cancaval, localité très voisine
de leur lieu d’origine, formée par une avancée rocheuse qui barrant en partie
la Rance est léchée par de fort courants de marée. D’autres transferts ont
été effectues dans des stations modérément agitées; ce sont celles de Roscoff-
Roe’h lliévec et de Cléder-Ann’Annec.
Ces essais ont abouti à un résultat analogue à ceux des deux séries
précédentes. Aucune modification de la sculpture des coquilles n’a été
constatée à la suite du séjour des animaux sur des points écologiquement
différents de leur station d’origine.
C. — Observations.
Après un déplacement de quelques semaines, la coquille néo-formée
a suilisammenl d'importance pour qu’il soit possible d’en reconnaître
le type de sculpture. Or celui-ci, dans tous les essais effectués ne manifeste
aucun changement par rapport au type observé avant le déplacement de
population. Il semble t|u’un changement de milieu extérieur ne puisse pas
provoquer de façon immédiate une modification de l’aspect de la sculpture
de la coquille. Les résultats obtenus dans cette série d’expériences confirment
les observations faites lors de l’étude des juvéniles. Il avait alors semblé
que, même peu après ses débuts, la sculpture n’évoluait que dans le sens
de la réalisation plus parfaite des côtes déjà ébauchées. Il n’était pas apparu
qu’un exemplaire dont les premiers tours sont du type jiigosa, puisse par
multiplication du nombre des côtes, devenir ensuite rndissima ou même
acquérir un aspect intermédiaire entre les deux variétés. De même les
expériences de déplacement de populations ont montré que, quelles que
.soient les conditions extérieures qui leur sont imposées par les transferts,
les exemplaires adultes poursuivent la réalisation de nouvelles parties de
leur coquille semblables à celles qu’ils réalisaient auparavant. Ainsi, il ne
semble pas qu’il y ait aucune malléabilité, il ne paraît pas qu’il y ait aucune
possibilité de voir le type de sculpture de la coquille se modifier .sous
l’influence directe et immédiate du milieu extérieur.
5" Élevages «in vitro y> de Littorina saxatilis (Olivi) juvéniles.
Ce sont de jeunes lAllorina saxalilis (Olivi) réeoltées dans des grat¬
tages de Clilhainaliis sldlalus Poli sur le chantier du niveau élevé de la
Pointe du Moulinet, à Dinard, qui ont été mises en élevage. La tecliniciuc
adoptée est la suivante. Après tri, à la loupe binoculaire, seuls les animaux,
dont la coquille a une longueur inférieure à un millimètre et est indemne
de toute costulalion, sont conservés. Ils sont placés sur un bloc rocheux
d’un volume approximatif de un décimètre cube, recueilli, dans l’heure
même, sur la grève, à un niveau ])euplé par Lillorina saxalilis (Olivi);
le bloc lui-même est mis dans un bac de 2.) centimètres de longueur, 18 cen¬
timètres de largeur cl 12 centimètres de hauteur. Lorsque les animaux ont
commencé à ramper .sur le rocher, l'eau est ajoutée avec précaution, de
Source : MNHN, Paris
m
JEAN M. CAILUARU
façon à ce que les animaux ne soient pas entraînés, jusqu'à ce que le bloc
soit à demi immerge. Après quelques tâtonnements, la solution, qui a semblé
la meilleure, a consisté à laisser ensuite les bacs dans une salle, hors
d’atteinte des rayons du soleil, non chauffée, en espaçant au maximum les
manipulations. Ces conditions ont permis d’observer la croissance des coquil¬
les; leur aspect est tout à fait normal. II n’a toutefois pas été tenu compte
de ces résultats pour une étude quantitative de la vitesse de croissance.
Les animaux ont été mis en élevage le 1®^ octobre 1963. f.'état de la
sculpture des coquilles a été examiné le 5 février et le 16 septembre 1964.
Le compte rendu de ces examens est donné dans le tableau 43. Pour chacune
des classes de taille considérées le nombre d’échantillons dont la sculpture
peut être rapportée au type jugosa, au type rudmima ou à un état inter¬
médiaire entre cos deux variétés, est indiqué.
Tailte attcinlo
ô février I9ü l
(on millimètres)
Liai (le la sculpture au 5 février IflOI
rurfiMima
jiigosa
atténué
jiigosu
1,0 à 1.5
«
1,5 2.0
12
10
■>
1
2.0 2.5
1
•2
■>
—
2,5 3,0
—
Taille atteinte
16 septembre 1964
(en niillirnètres)
I^lat (le la
sculpture au 16 seplembre 1961
rilrflsi/mfi
jugoxn
atténué
augmentation
(lu nombre
de cfltes
atténué
moindre
développement
des cflles
jiigosa
1,0 à 1,5
2
1,5 à 2.0
1
—
—
2.0 2,.')
1
6
5
1
2,5 3.0
—
(>
2
—
3,0 à 3.5
—
I
2
2
—
3,5 i 4,0
—
—
—
2
—
4,5
'
Tadlkau 43. — Lillorina saxalitis, lilcvagcs in t'ilro de ronnes juvéniles.
L’examen du premier tableau, donnant les résultats observés après
4 mois d’élevage, dénote une grande variabilité de taille. Kn effet, les
échantillons mis en élevage avaient entre 0,1 millimètre et un millimètre,
or, en février, les tailles s'échelonnent entre un millimètre et trois milli¬
mètres et demi. La variabilité dans l’état atteint par la sculpture est aussi
Source : MhiHN, Paris
l nOlSSANCK UK LA CüQl ILLE DES MOLLUSQUES V.M
grande. Elle est éqiiivaicnlc, quant à ses limites, à celle des populations
libres. En effet, on rencontre à la fois, des exemplaires lisses et des exemplaires
chez lesquels la sculpture jiigosa est déjà bien réalisée. Cependant la pro¬
portion d’individus indiquant déjà une nette tendance au type jinjosa
est beaucoup plus importante parmi les populations rencontrées sur le
terrain que parmi celles ayant effectué leur croissance in vitro. Il semblerait
donc que l’observation, faite sur le terrain, qui avait pennis de constater
un retard dans l’apparition de la sculpture chez les animaux du niveau
supérieur, mieux protégés contre l’agitation, dans leur plus jeune âge du
moins, que ceux du niveau inférieur, se renouvelle ici. Il semble que les
conditions de calme, réalisées par l’clevagc in vitro, ralentissent l’appa¬
rition de la sculpture aiguë du type jugosa. Ce ralentissement est d’ailleurs
très net sur les exemplaires de petite taille. La sculpture n’atteint un état
de développement identique que sur des échantillons de dimensions nettement
supérieures. Les figures 7 et 8 de la planche Vil illustrent cette observation.
Elles représentent des animaux ayant effectué leur crois-sancc in vitro, à
l’abri de toute agitation. Leur sculpture est, de beaucoup, plus modérée,
malgré leur taille nettement supérieure, que celle des figures 2, 5 et 6 dont
la croissance s’est effectuée sur le terrain.
1j2 second tableau confirme ces observations. Après une année d’élevage
la majorité des animaux a atteint ou dépassé la taille limite pour la(}uelle,
sur les chantiers d’origine, la sculpture de la coquille possède pleinement
l'aspect définitif du type jugosa. Or, chez les animaux en élevage, cet état
de. sculpture n’est réalisé que chez un nombre restreint d’individus. Pour
les autres animaux, ou bien un type de sculpture différent, le type rudissima,
est apparu, ou bien un type intermédiaire entre Jugosa et nidissma s’est
instauré. L’ohservatioii faite précédemment au sujet des clichés de la
planche Vil peut être renouvelée ici : on n’obser\’e une. sculpture nette et
comparable à celle des animaux recueillis dans la nature que sur des
spécimens dont la coquille a déjà plusieurs millimètres (fig. 13 et I I), alors
qu’à une taille inférieure à un millimètre (fig. 2 et 6) les exemplaires recueillis
sur k* terrain ont déjà une costulation bien développée.
Les expériences d’élevages d’animaux juvéniles, dans les conditions
de calme que permettent de réaliser les expériences in vitro, n’ont pas
))ermis d’obtenir la formation de coquilles du type de celles qui se forment,
dans la nature, daiLS les points calmes. Elles ont seulement abouti à la for¬
mation de coquilles à sculpture plus ou moins atténuée. Une autre obser¬
vation a trait au caractère plus tardif de l’apparition de cette costulation.
Déjà l'c.xaineii de formes juvéniles récoltées sur le terrain avait montré que
celte apparition est plus ou moins précoce selon les possibilités de protection
contre l’agitation rencontrées par les animaux. L’élevage in vilro a. de la
même fa^on, retardé cette apparition. Il semble donc que rexpérience
naturelle réalisée ù la Pointe du MoiilineL et montrant l’opposition existant
entre les animaux bénéficiant de l’abri des Cirripèdes et ceux exposés à
l’agitation, et l’expérience d’élevage au Laboratoire apportent des résultats
concordants. La prolongation de la période d’existence en milieu protégé
va à l’encontre de la précocité de l’apparition de la sculpture. Cependant
ces conditions de calme sont tout à fait insuffisantes pour obtenir de façon
immédiate chez les adultes, comme chez les juvéniles, la persistance, tolale
de l’absence de sculpture. Les caractères parentaux réapparaissent plus
tardivement, sont plus longtemps atténués, mais ils sont déterminants.
Source : MNHN, Paris
138
JEAN M. GAILLARD
Conclusion du chapitre
Lillorina saxaiilis (Olivi) est le plus polymorphe des Prosobranches
intercotidaux des côtes européennes. De récentes publications ont amené
à constater que ia répartition de certaines variétés semblait obéir aux
conditions climatiques ou écologiques. Les expériences dont le compte rendu
a été fait dans ce chapitre ont trait aux rapports existant entre la dis¬
tribution de quelques variétés et le degré d’agitation de l’eau dans les stations
visitées. Elles portent plus particulièrement sur la variété jiigosa, à costu-
lation aiguë, qui peuple les points battus ou parcourus par des courants
et sur la variété rndissima, à sculpture plus fine, qui habite les stations
moins agitées.
Des transferts d’animaux, de l’un des types, dans des stations peuplées
par des individus de l’autre catégorie, ont permis de constater qu’après
leur installation les animaux continuaient de sécréter une coquille tout
à fait identique à celle de la période de leur vie précédant le déplacement.
De môme, l’élevage en Laboratoire d’animaux originaires de stations battues
n’a abouti à aucune diminution de leur costulation. Ainsi, il semble que le
type de sculpture produit par l’animal ne soit pas modifiable chez l’adulte
sous l’action directe et immédiate des conditions du milieu.
L’étude des coquilles juvéniles de deux niveaux cotidaux d’une station
battue a montré que l’apparition de la sculpture était plus tardive au niveau
supérieur, où les animaux avaient la possibilité de se réfugier dans les
lests vides de Cirripèdes, qu’au niveau inférieur où ils sont plus précocement
au contact de l’agitation de l’eau. Par ailleurs, l’élevage, au Laboratoire,
de formes juvéniles, encore lisses, dont les parents ont une forte sculpture,
permet d'observer, d’une part, une tendance à la réalisation d’un plus
grand nombre de coquilles à sculpture atténuée, d’autre part, un net retard
dans l'apparition de la costulation.
Source : MNHhl, Paris
CHOISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
139
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Les divers aspects sous lesquels se présentent les populations animales
ou végétales, qui peuplent la zone inlercotidale, sont le résultat d’interactions
d’éléments physico-chimiques et biologiques du milieu dans lequel elles
vivent. Les publications des quarante dernières années, consacrées à l’éco¬
logie, ont déjà établi de nombreuses relations de dépendance entre ces éléments
et l'état de prospérité présenté par des espèces données, dans des stations
précises. Or l’état de prospérité d'une espèce peut être apprécié de multiples
façons. On peut considérer ainsi, qu’une forte densité de population ou
bien la présence d’animaux de grande taille, traduisent un état florissant,
on peut aussi se fier à la pérennité des populations ou à leur aptitude à
accroître le domaine habité par elles. Ces divers aspects ne sont en réalité
que la traduction de phénomènes moins apparents. La forte densité vient-
elle de pontes abondantes, de développements sans perte ou d’une grande
longévité ? La grande taille des spécimens est-elle due à une croissance
rapide ou à une longue existence '? Est-ce une forte résistance des adultes
ou un bon rythme de reproduction qui assurent la pérennité des stations ?
Il a paru intéressant de chercher à approcher de plus près les mécanismes
qui permettent la réalisation des aspects constatés. C’est l’étude de la
vitesse de croissance de la coquille qui a été le pivot de ces obseivations.
Elle a été examinée sous deux aspects, valeur annuelle de la croissance et
cycle .saisonnier de cette croissance. La connaissance du premier de ces
éléments, pour les animaux de plusieurs classes de taille, a permis d’établir
la longévité des animaux des populations étudiées. Certaines relations
entre ces trois données, croiA'.s'ance annuelle, cycle saisonnier, longévilé, d’une
part, et les éléments écologi(|ues ou climatiques, d’autre part, ont pu être
établies. Elles ont fait l’objet des trois chapitres consacrés respectivement
à chacune d'entre elles.
Un élément de prospérité des espèces, plus rarement évoqué, est leur
capacité à réaliser l’ensemble des variétés sous lesquelles elles ont la poten¬
tialité de se présenter; capacité qui est beaucoup plus grande dans les sec¬
teurs de l’aire de répartition où les conditions les plus favorables à leur
existence sont réunies. Ceci m’a incité à réaliser quelques expériences sur
les modalités selon lesquelles Lillorina saxatilis (Ouvi), espèce très poly¬
morphe, réalise un de ses aspects particulièrement en rapport avec les stations
de mode battu. Les résultats de ces essais ont fait l'objet du quatrième
chapitre.
Chacun des quatre chapitres, passés en revue ci-dessus, ayant fait
''«bjet de conclusions partielles données directement à sa suite, les obser-
valions seront reprises ici isolément pour chaque élément climatique,
physique ou biologique dont racLion a pu être notée. Le renvoi aux pages
du texte sera fait en marge, afin de faciliter le recours aux détails de l’exposé.
Source : AI/VHtJ, Paris
50- 52
77-79
37-41
66-69
52-57
79-82
51- 56
8;i-86
123-138
HD JRW M. (SAILLARD
Cet exposé abordera successivement l’examen des elTets du niveau
cotidal des populations, celui du r61e de l’agitalion, riiiHuence de la situation
des stations en iatitude, enfin, celle d’éléments biologiciues tels que la
présence d’autres organismes ou les phénomènes sexuels des animaux eux-
mêmes.
L’élude comparée de la croissance selon les niveaux cotidaux a été
entreprise pour Lillorina saxalilis (Olivi). Klle a permis de constater, pour
les populations de cette espèce, que les animaux avaient, d’une part, un
rythme de la croissance de la coquille d'autant plus rapide que leur niveau
était plus élevé, d’autre part, qu’à cette croissance rapide, correspondait
une moindre longévité.
1^ deuxième élément, dont l’interwntion a paru importante, est
l’agitation de l’eau. Son elTct a pu être suivi sur plusieurs espèces, l’our
Monodonta lineala (da Costa), les stations de mode abrité sont favorables,
la croissance s’y maintient, jusqu’à une plus grande taille, à un taux sus¬
ceptible d’autoriser une augmentation notable des dimensions dc.s animaux.
Ceux-ci bénélicient, d’ailleurs, dans les stations calmes d’une plus grande
longévité. L’efîcl de la turbulence e.st donc négatif pour Monodoiila lineala
tant en ce qui concerne ta vitesse de croissance, que pour la longévité. Cet
effet est aussi négatif dans le cas de Lillorina sasatilis (Ouvi) var. rudissima,
pour qui la vitesse de croissance est plus forte dans les stations protégées.
Mais le rapport entre l’agitation de l’eau et la longévité n’esl plus le même.
Alors que dans le cas de Monodonta l’agitation est néfaste à la longévité
tout autant qu’à la vitesse de croissance, pour Lillorina saxalilis, var. rudis¬
sima, les animaux des points calmes ont une croissance plus rapide mais
ils ont une vie moins longue. Les observ’alions ayant porté sur des types
morphologiques de celte espece, autres que celui de la variété rudissima,
montrent une hétérogénéité dans leur réponse à l’agitation. C’est ainsi
que les animaux de Cancaval, station très protégée, qui appartiennent
à la variété compressa, ont une croissance plus rapide et une plus grande
longévité que ceux de la Pointe du Moulinet, parcourue de forts courants,
qui appartiennent à la variété jugosa. Ainsi, si l’agitation semble néfaste
à toutes les variétés pour la vitesse de croissance, elle ne l’est qu’à ccrlaincs
d’entre elles pour la longévité.
Les expériences réalisées, sur le rûle éventuel de l’agitation sur la
morphologie, et plus précisément sur la sculpture de la coquille de Lillorina
saTalilis, semblent indiquer que les conditions calmes sont susceptibles
de retariicr l'apparition de la sculjiture aiguë typique des points battus-
Les conditions prolégécs peuvent allémicr de façon plus ou poins provisoire
cette costulatioii. Llles ne permettent pas d'obtenir (|ue les animaux, nés
de parents fortement costulés, soient aussi finement sculptés que les animaux
des populations autochtones des stations de mode abrité.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 141
La position en latitude, le climat plus ou moins septentrioual ou méri¬
dional des populations étudiées, apparaissent comme ayant des effets
importants sur la croissance des animaux. Les comparaisons ont été faites
entre des populations du Nord de la France, de Bretagne et de la côte basque.
Les Monodonla lineata des populations bretonnes s’opposent à celles de la
station basque de Socoa, premièrement, par leur taux de croissance moins
41-44 élevé, deuxièmement par une évolution très différente de la vitesse de la
croissance au cours de la vie des animaux. En Bretagne, après une période
de forte croissance, on observe un ralentissement progressif et continu.
La disparition des échantillons coïncide avec l’annulation du taux de
l’accroissement. A l’opposé, les animaux basques dont la croissance, pour
les classes de petite taille, est légèrement moins forte, ont, tout au long de
leur existence, un taux rapide; ils disparaissent alors que leur croissance
est encore très forte en valeur absolue. La longévité varie dans des limites
69-71 très larges. Les animaux à forte croissance prolongée de la côte basque
ont une disparition plus précoce que celle des animaux bretons.
Pour Gibbula umbiîicaîis {da Costa) dont la répartition géographique
est plus septentrionale que celle de Monodonla lineala (da Costa), ce sont
44-45 les populations du Nord de la France dont la croissance et la longévité
71-72 sont favorisées par rapport à celles des populations basques.
On retrouve pour Lillorina saxalilis (Olivi), autre espèce septentrio¬
nale, les influences favorables du climat froid sur l’importance de la crois-
67-58 sance annuelle; ceci est particulièrement net dans les stations de mode
protégé, tandis que, dans les stations de mode battu, la différenciation
selon le climat est très minimisée. Par contre, on ne retrouve pas, pour
Lillorina saxalilis, l’avantage noté pour Gibbula umbiîicaîis d’une plus forte
longévité des animaux des populations septentrionales. Il est apparu que
c’est l’inverse qui se produit; les individus des populations du Nord de la
82-83 France ont une existence plus brève que ceux des stations bretonnes
examinées.
Bien que le cycle de la croissance au cours des saisons ne semble pas
différer selon les latitudes, les valeurs absolues, saisonnières, notées, sont
quant à elles, influencées par la position géographique occupée par les
populations. Dans leur majorité ces comparaisons ne fournissent que le
reflet des relations déjà établies au sujet de la croissance annuelle. Leur
rapprochement n’a donc pas un intérêt particulier puisque cette croissance
a été étudiée. Cependant les populations de Gibbula umbiîicaîis du Pays
Basque se sont révélées intéressantes par le fort taux de croissance qui sc
maintient pour elles durant l’hiver, alors qu’à la même saison celui-ci est
104 à peu près nul dans les stations du Nord de la France. Si l’on rapproche
cette observation de celle concernant les plus fortes valeurs annuelles de la
croissance qui sont justement celles des populations septentrionales, elle
peut paraître imprévue. A la même saison. Lillorina saxalilis a une réaction
Uf) inverse et ce sont les stations du Nord qui ont les valeurs de la croissance
, les plus fortes. Ce sont d'ailleurs ces populations qui, à la période estivale.
^9-120 la plus défavorable en tous lieux pour cette espèce, ont encore la plus forte
croissance.
Cette comparaison entre Gibbula umbiîicaîis et Lillorina saxalilis
n’est que l’expression d’une opposition plus générale qui existe entre cette
dernière espèce et l’ensemble des Trochidae étudiés ici. Les quatre espèces
(le cette famille ont un cycle extrêmement voisin, marqué par un minimum
nu - Zooi/xîib. l. XXXVIII. 10
Source : MNHN, Paris
110-112
107-110
99 et 104
105-107
114-11(5
116-119
119-120
96-97
100
46-48
73-75
142 JEAN M. GAILLARD
hivernal de la croissance, suivi d’une reprise printanière. La durée de la
période de forte croissance est variable selon les espèces. Pour Gibbula
cineraria (Linné) et pour les populations basques de Gibbula pennanli
(Philippi), après un maximum printanier, la croissance n’atteint plus
de fortes valeurs au cours de l’été; pour Monodonta lineala, Gibbula umbi-
licalis et les populations bretonnes de Gibbula pennanli le maximum est
estival.
A l’opposé, le cycle annuel de la croissance, chez Litlorina saxalilis,
est marqué par un maximum en novembre et décembre, une légère baisse
à la période la plus froide de l’année et un minimum à la période la plus
chaude.
Ainsi, de l’étude des cycles de croissance de ces espèces il semble que
les Trochidac, dont les fortes croissances sont printanières ou estivales,
puissent être considérées, quelle que soit la répartition géographique de
chacune d’elles, comme d’allinités méridionales, tandis que Litlorina saxa¬
lilis, dont la croissance maximale est hivernale, serait d’afTinités septen¬
trionales.
La succession, au cours de l’année, des phases de forte et de faible
croissance est en relation avec l’évolution de la température; ainsi, pour
Monodonla lineala, le déclenchement du démarrage printanier est plus
précoce à Socoa qu’à RoscofT. Par contre, le ralentissement automnal semble
indépendant du milieu extérieur; il se produit, dans les deux localités, après
une durée équivalente de cette période de forte croissance. Ayant débuté
plus précocement au Pays Basque celle-ci s’y achève avec la même pré¬
cocité, bien que les conditions climatiques soient encore notoirement plus
clémentes que celles de la station bretonne où l’accroissement se maintient
à un taux élevé.
Un problème particulier s’est trouvé posé par Gibbula pennanli
(Philippi). Il semble que dans le cas de cette espece ce ne soit pas un
élément climatique ou écologique mais un élément biologique qui inter¬
vienne sur la vitesse de croissance ou la longévité. Eu effet, les populations
des deux régions prospectées : Bretagne et côte basque ont des réactions
totalement différentes. Les Gibbula pennanli de Bretagne ont une très
forte croissance, plus forte, en valeur absolue, que celle de la plupart des
autres populations de toutes espèces examinées dans ce travail. Les
Gibbula pennanli des côtes basques ont par contre un taux de croissance
parmi les plus faibles observés. En Bretagne la longévité est réduite, elle
est beaucoup plus grande sur la côte basque. 11 semble que ce soit le biotope
particulier habité par cette espèce dans les stations bretonnes étudiées
qui doive être tenu pour responsable de ces différences importantes. En
effet, dans ces stations bretonnes, les populations de Gibbula pennanli sont
en étroit rapport avec les Phéophycées; elles vivent sur les frondes ou à
l’abri des champs de Fucus du bas de la zone cotidale. Or le Pays Basque,
pratiquement dépourvu de tels peuplements de Fucales, n’offre pas de
telles possibilités aux populations de cette espèce. Ces conditions favorables
seraient à l’origine de la forte croissance observée en Bretagne; la faible
longévité, correspondrait à une usure prématurée résultant de cette grande
activité physiologique.
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES
143
Un autre élément biologique agit sur la vitesse de l’accroissement de
la coquille, c’est l’ensemble des phénomènes sexuels. Ils interviennent,
d’une part, lors de la maturation sexuelle des animaux et se manifestent
alors par un taux de croissance réduit pour les animaux de la classe de
taille pour laquelle le développement des gonades se produit, et, d’autre
part, lors de la gamétogenèse annuelle, à laquelle correspond une baisse
momentanée du taux de croissance pour l’ensemble des adultes. Le premier
56-59 phénomène a été étudié pour Liltorina saxalüis, le second a été parti¬
culièrement mis en évidence pour les espèces ayant une saison de ponte
98-99 trè.s limitée et en particulier chez Monodonta lineala et Gibbula umbilicalis
et 103 pour qui ce ralentissement intervenant sur une vitesse de croissance
printanière, encore relativement faible, est de ce fait, particulièrement
perceptible.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
TABLE DES MATIÈRES
Introduction. 1
Historique. 4
Animaux étudiés et stations prospectées. 25
Chapitre premier
Ëludc (le la croissance unnuellu de la coquille de MomdoiUa Hneala (da Costa),
üibbata umbilicalis (da Costa), Gibbula pennanli (Philippi), Gibbuta cineraria
(Linné) et Lillorina saxalilis (Olivi). 33
Préliminaires. — Technique. 34
1“ Croissance de il/onodonla lincala (da Costa). 37
A. — Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de Monodonta
Uneata (da Costa) dans trois stations de la cOte Nord de Bretagne,
diversement exposées à l’agitation de l'eau. 37
li. — Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de Monodonta
Uneata (da Costa) de trois populations bretonnes et d’une popu¬
lation basque. 41
2’’ Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille dans deux populations
de Gibbula umbilicalis (da Costa) l'une du Nord de la France, l'autre de la
cdte basque. 44
3° Comparaison de la vitesse de croissance de la coquille de Gibbula pennanti
(Philippi) sur les côtes de Bretagne et sur les côtes du Pays Basque. ... 40
4° Étude de la vitesse de croissance de la coquille de Gibbula cineraria (Linné). 48
5° Croissance de Lillorina saxalilis (Olivi) . 49
A. — Comparaison de stations voisines ne diilérant que par leur niveau
colldal. 50
K, — Comparaison de stations situées dans le môme domaine géogra¬
phique, mais plus ou moins soumises à l'agitation ou aux courants. 52
a) Stations flnlst^iennes. 52
b) Stations de la région de Dlnard. 54
c) Stations du Nord de la France . .56
C. — Comparaison de populations vivant sous des climats différents. . 57
a) Stations abritées . 57
ô) Stations exposées. 57
H, — Relations entre maturité sexuelle et vitesse de (roissance de lu
coquille. 58
Source : MhlHN, Paris
154
JEAN M. GAILLARD
OlAPITRE II
Élude de la longévité de Monodunla iimala (da Costa), üibbula umbilicalis
(OA Costa), Gibbula pennanlt (Pniuppi), Cibbtila cineraria (Linné) cl J.illorina
$axaUlis (Olivi) . üJ
pRÉLIMINAIUES. - TECKNIQLÎK. fW
1® Comparaison de la longévité de Monodonta lineata (ha Costa) en diverses
stations bretonnes plus ou moins soumises à lu force des courants ou il
l’agitation. 6ü
2® Comparaison de la longévité des animaux des populations bretonnes et des
populations basques de Monodunla lineu/u (da Costa). 01)
3® Comparaison de la longévité de Gibbula iimbUicalis (da Costa) à Wimereux
et à Saint-Jean-de-Luz. 71
4° Comparaison de la longévité de Gibbula peiinanti (Piiiuippi) sur les côtes
bretonnes et sur les côtes basques. 73
5® Longévité de Gibbula cineraria (Linné). 76
6® Comparaison de la longévité dans des populations de Lillorina saxalilis
(Olivi) occupant des niveaux colidaux diflérents d'une même localité. . . 77
7® Comparaison de la longévité dans des populations de UUorina saxatilh
(Olivi) difléremmciit soumises à l'agitation ou aux courants de marée . . 79
O) Stations du Nord de la France. 79
6) .Stations du Finistère. 81
8® Heialion entre la longévité de Lillorina saxalilis (Üi.ivi) et In latitude des
stations. 82
9® Longévité de Lillorina saxalilis (ülivi) è Dlnard et à Cancoval. 83
Conclusion du ciiAPiTRii II. 84
Chapitre III
lUudc de la croissance saisonnière de In coquille de Monodoiila lincala
(da Costa), Gibbula umbllicalis (da Costa), Gibbula pennanli (I'hilippi), Gibbula
cincroria (Linné) et Lillorina saxalilis (Olivi) . 89
rRÉLIMINAIRES . 91
1° Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Monodonla
/ineala (UA Costa) sur la côte Nord deBrctagne et sur la côte ba.squB- ... 92
A. — Démarrage printanier de lu croissance de la coquille, précocité de ce
phénomène sur lu côte basque. 96
U. — Évolution de la vitesse de croissance uu cours du printemps, rôle
du cycle sexuel dans le ralentissement observé en mai cl juin . . 97
C. — Période de forte croissance estivale. 99
O. — Passage à la période de repos hivernal, indépendance de la durée de
la période d'activité vis-à-vis des conditions climatiques. 199
2® Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Gibbula umbi-
licalis (da Costa) sur In côte du Nord de la France et sur la rôle basque. 199
A. — Démarrage printanier de la croissance. 102
n. — Évolution de la vitesse de croissance nu cours du printemps et au
début de l’été. 103
C. — Période de forte croissance estivale. 104
D. - - Passage à la période de repos hivernai . 104
Source : MNHN, Paris
CROISSANCE DE LA COQUILLE DES MOLLUSQUES 155
Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Oibbula
pennanti (Philippi) sur la cdle bretonne et sur la côte basque. 104
A. — Stations bretonnes. IO5
B. — Stations basques. 107
4® Croissance saisonnière de la coquille de Ci'ôèK/n eineron'a (Linné) .... no
5® Étude comparée de la croissance saisonnière de la coquille de Lilloriita
sorali/is (Olivi) en diverses stations des côtes françaises. 112
A. — Période de forte croissance automnale. 114
U. — Halenlissement hivernal de la croissance. 116
C. — Brièveté de la reprise de la croissance à la lin de l’hiver. 119
L). — Baisse progressive de la vitesse de croissance peu après le début du
printemps. 119
lî. — Étagoment des valeurs estivales en fonction du caractère plus ou
moins septentrional des stations. II9
Conclusion nu chapitrb 111. 120
Aspect quaütalif de la croissance de la coquille. Inilueiicc <lu iiiillcu sur l:i
morphologie de la coquille de LiMorina saiofi/is (Olivi). 123
1® Le polymorphisme de LiWorfna .soiofiVis (Ouvi). 124
2° J.CS divers aspects de la sculpture de la coquille de LUIorina saxalilis (Olivi)
et leurs rapports avec le degré d’agitation de l'eau. 126
A. — Définition des types de sculpture. 126
B. — Helations entre le type de sculpture et le degré d’agitation de l’eau. 127
3® Étude du passage de la coquille juvénile à la coquille adulte de LUIorina
saxatilis (Olivi) variété jugosa . 128
A. — Stations. 128
B. — Animaux de la zone supérieure. 129
C. — Animaux de la zone moyenne. 130
I). — Observations . 130
4® Élevage cl transferts d’adultes. 131
A. — Élevages « l'n lu'fro » . 131
B. — Expériences de transferts sur le lerrnin. 132
C. — Observations . 135
5® Élevages t in oitro • île l.iltorina saxalilis (Olivi) juvéniles. 135
Conclusion du chapitre IV. 138
Résumé kt conclusions oénéhales. 139
lilBLIOORAPIIIi: 145
1" Croissance de In coquille chez les Gastéropodes Rrosobranches. M5
2" Autres travaux sur lu croissance (l’ulmonés, Lamellibranches, Cirripèdes) . 147
3» Relations entre les éléments du milieu et la morphologie de la coquille des
Mollusques. 160
4" .Autres publiealiims citées . 152
TaBLI! DIM MATIÈRES . 153
Source ; MfJHM, Paris
Achevé U’imprimer le 30 Novembre 1965.
Prinied in France.
Le Directeur-Cirant : l’rofcsseur Chabaüo.
t, 9. ni« de Flcunu. Pari» (6«).
Source : MNHN, Paris
PLANCHES
Source : MNHN, Paris
Flanche 1
Coupes longitudinales
A gauche, '
en haut : Monodonta lineala (da Costa).
en bas : Littorina saxalilit (Ouvi).
A droite, «
!n haut : Gibbuta cineraria (Linné).
1 centre : Cibàula pennanli (Philippi).
en bas ; Gibbula umbilicalis (da Costa),
Source : Mh}HN, Paris
Mémoires du Muséum. Série A. Tome XXXVIII.
Pl.vnche I
Coupes longitudinales
Source : MNHN, Paris
PI. II. — Évaluation de l'âge chez Monodonta lineala (da Costa)
Source : MNHN, Paris
Mémoires du Muséum. Série A. Tome XXXVIII.
Planche II
Monodnnia tineala (da Costa)
Source : Mh}HN, Paris
PI III. — Évaluation de l'âge chez GIbbula eineraria (A)
et chez Oibbula umbilicalis (B et O)
Source : MNHN, Paris
Mémoires du Muséum, Série A. Tome XXXVIII.
Planche III
CiWufa eineraria (Linné) et Gibbala umhilwatis (o\ Costa)
Source : Mh}HN, Paris
Source : MUHhi, Paris
Mémoires du Muséum. Série A. Tome XXXVIII.
Planche IV
Oibbtila pennanli (Philippi)
Source : MNHN, Paris
: MNHN, Paris
Mémoires du Muséum. Série A. Tome XXXVIII.
Planche V
Litiorina saxalilis (Olivi)
Boulogne- sur-Mer
“■ Évaluation de l'àge chez Littorina saxalilis (Ouv:)
Source : MNHN, Paris
Mémoires du Muséum. Série A. Tome XXXVIII.
Planche VI
l.illorina saxatllis (Olivi)
Source : MNHN, Paris
Planche VII
Sur fond clair : Lillorino $oxolilis (Olivi), formes juvéniles (clichés Jacques Six).
Fig. 1 et 2. — Dlnard, Pointe du Moulinet, niveau moyen, animaux récoltés sur C/if/ia-
malus tiellatus et Balanus balanoides.
Fig. 3. 4, 5 et 6. — Pinard, Pointe du Moulinet, niveau supérieur, animaux récoltés sur
Chlhamalus siettalus.
Fig. 7. 3, 9 et 10. — Pinard, Pointe du Moulinet, niveau supérieur. Ces animaux avalent
entre un demi-millimètre et un millimètre, à leur récolte le 27 septembre 1963, date
à laquelle Us ont été mis en élevage in vilro jusqu’au 24 mars 1964.
Fig. 11, 12, 13 et 14. — Pinard, Pointe du Moulinet, niveau supérieur. Ces animaux
avalent entre un demi-mllllmèlre et un millimètre, à leur récolte le 27 septembre 1963,
date à laquelle ils ont été mis en élevage in vitro jusqu'au 17 septembre 1964.
Sur fond noir ; Lillorina saxatilis (Olivi), variétés de sculpture.
En haut, de gauche à droite ;
var. lugosa, Cancaval. pointe avancée,
var. comprtssa, Cancaval. dans l’Anse de La Hichardais.
var. rudis. Moulin Beauchet.
En bas. de gauche à droite :
intermédiaires entre rudissimo et jugosa, Pinard, Haie du Prieuré.
Source : MUHhi, Paris
Mémoires du Muséum. Série A. Tome XXXVIII.
Planche VU
^ A ^
' T 3
8
■ ^
# 40
5 mm
LUtorina saxatilis (Olivi)
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source.: MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris