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MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME XL
FASCICULE 3
M.-C. SAINT GIRONS
LE RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
CHEZ LES MAMMIFÈRES HOLARCTIQUES
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1966
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
U
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL DHISTOIRE NATURELLE
Série A, Zoologie. Tome XL. Fascicule 3. — 1966.
LE RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ CHEZ LES
MAMMIFERES HOLARCTIQUES
par
Marie-Charlotte SAINT GIRONS
Laboratoire d’Ecologie générale du Muséum, Brunoy
INTRODUCTION
L’existence d’un rythme d’activité circadien, c’est-à-dire d’une
durée approximative de 24 heures, a été reconnue depuis longtemps
chez les animaux. On sait, par exemple, que la plupart des Rongeurs
sont nocturnes, que l’envol des Chauves-Souris a lieu au coucher du
soleil, que les Ecureuils circulent dans la journée. De nombreux travaux
ont été consacrés à ce problème, plus particulièrement chez les Inver¬
tébrés où l’expérimentation peut s’effectuer sur un grand nombre d’indi¬
vidus maintenus dans des conditions standards. L'étude du rythme
des Mammifères est plus difficile et, souvent, moins précise. Les données
que nous possédons résultent d’observations dans la nature ou au
laboratoire.
Les premières sont le fait de naturalistes de terrain. Etant donné
la difficulté d’étude des animaux dans le milieu naturel, elles sont en
général très fragmentaires, mais leur valeur est indiscutable.
Le second type d’observations concerne soit des animaux sauvages
maintenus dans des conditions semi-naturelles, soit des espèces dites
de laboratoire, c’est-à-dire essentiellement les races albinos de Souris
et de Rats ainsi que le Hamster doré. Les recherches concernant les
espèces sauvages, si elles sont effectuées dans de bonnes conditions,
se rapprochent beaucoup des observations sur le terrain. Lorsque les
expériences sont conduites avec soin et que leur durée englobe les varia¬
tions cycliques annuelles, ces études sont sans doute les plus intéressantes
et les plus complètes que l'on puisse effectuer, mais elles ont toujours
besoin d’être sévèrement contrôlées par l’observation directe dans la
nature. Les recherches chez des animaux de laboratoire se poursuivent
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XL. 7
Source : MNHN, Paris
102
M.-C. SAINT GIRONS
généralement dans des conditions bien particulières et sont destinées
à connaître non les caractéristiques de l’activité normale, mais plutôt
les modifications expérimentales de l’intensité ou de l’horaire. C’est
ainsi qu’on peut étudier l’influence de la température ou de la période
d’éclairement chez des organismes maintenus par ailleurs en conditions
constantes. Ces travaux ne sont pas, dans la plupart des cas, l’œuvre
de naturalistes, mais de physiologistes s’intéressant plus au problème
qu’au matériel utilisé.
Au cours des dernières décades, plusieurs mises au point ont été
publiées : Jores (1937), Kalabukhov (1940), Calhoun (1945 a. 1946),
Harker (1958), Bünning (1958), Cloudsley-Thomson (1961), Aschoff
(1962). Elles portent soit sur l’ensemble du règne animal et végétal,
soit plus spécialement sur les rythmes circadiens observés chez les ani¬
maux. Des physiologistes ont également publié plusieurs mises au
point concernant moins l’activité motrice que les rythmes circadiens
des différentes fonctions chez l’homme et les animaux de laboratoire
(Kleitman, 1949 ; Malberg, 1959 ; Simonnet, 1964 ; Reinberg et
Ghata, 1964). Deux réunions internationales rassemblant des biologis¬
tes, des physiologistes, des mathématiciens et des physiciens intéressés
par ces problèmes se sont tenues l’une en 1960 à Cold Spring Harbor
(U S A.), l’autre, en 1964, à Feldafing (Allemagne), sans parler d’un
grand nombre de réunions d’une portée moindre. Les rythmes d’activité
des petits Mammifères ont été en particulier étudiés dans des conditions
expérimentales au Max-Planck-Institut, à Erling-Andechs, par Aschoff
et ses collaborateurs (Allemagne) et par DeCoursey et Rawson aux
Etats-Unis. A la suite de travaux poursuivis pendant plusieurs années,
les caractéristiques fondamentales des rythmes de l’activité des petits
Mammifères sont connues. L’influence de l’intensité lumineuse et celle
de la durée des périodes alternativement éclairées et obscures (1) ont
été en particulier très étudiées. Les stimuli déclenchant l’apparition
d’un rythme circadien chez des animaux maintenus par ailleurs en
conditions constantes, les repères astronomiques permettant les « remises
à l’heure » sont parfaitement définis. Ces données expérimentales per¬
mettent d’intégrer dans un cadre précis et limité les observations for¬
tuites faites dans la nature, aussi bien que celles effectuées au laboratoire
dans des conditions écologiques voisines des conditions naturelles.
L’activité des Mammifères est principalement réglée par des facteurs
cosmiques constitués par les heures du lever et du coucher du soleil
qui déterminent pour une région donnée, à une date donnée, les durées
respectives des périodes d’éclairement et d’obscurité. Dans l’ensemble,
le coucher du soleil pour les espèces nocturnes, le lever du soleil pour
les espèces diurnes, constituent des « donneurs de temps » (2) sur l’horaire
(1) Pour désigner ce dernier phénomène, on utilise généralement les abréviations
suivantes : L.D. = alternance de lumière (lighting) et d obscurité (darkness) ; cette
abréviation est suivie de 2 chiffres, par exemple L.D. 6-18 signifie : période lumineuse
de 6 heures alternant avec une période d’obscurité de 18 heures. Si aucun chiffre n’est
précisé, c’est que chaque période est égale à 12 heures. L.L. signifie lumière constante ;
D.D. signifie obscurité constante.
(2) Le terme consacré par l’usage international est ■ Zeitgeber » ; nous l’utiliserons
dans cette étude.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L'ACTIVITÉ
103
desquels les individus règlent leur activité (Aschoff, 1964a). Le fait
que l’activité spontanée des animaux continue à suivre un rythme
voisin de 24 heures, avec chaque jour un léger décalage, lorsque les
conditions lumineuses demeurent constantes (expériences dites de libre
cours) (1) est une observation dont l’importance quant à l’origine endogène
des rythmes n’échappera à personne. Ce n’est pas notre propos de l’étu¬
dier ici (2). Nous n’envisagerons que les rythmes dans des conditions
naturelles.
De nombreux facteurs modifient la durée, l’intensité et l’horaire de
l’activité des Mammifères. Les uns sont d'ordre écologique (luminosité,
pluviosité, température, vent, pression barométrique, changement dans
les conditions atmosphériques, nourriture disponible, action des préda¬
teurs), les autres d’ordre éthologique et physiologique (relations intraspé-
cifiques, activité sexuelle, âge, sexe).
Au rythme fondamental, centré sur 24 heures, viennent habituelle¬
ment se superposer d’autres rythmes, à court terme, qui correspondent
à des rythmes de métabolisme et qui, pour les petits Mammifères, sont
d'une durée d'une ou, tout au plus, de quelques heures. Ce sont des
rythmes sous-jacents dont l’existence n’est pas toujours aisée à mettre
en évidence (Durup, 1957). De plus, au cours du cycle annuel intervien¬
nent des fluctuations saisonnières qui modifient considérablement l’ac¬
tivité. C’est pourquoi, l’étude du rythme circadien d’une espèce ne doit
pas consister seulement en « sondages » poursuivis pendant un laps de
temps limité.
Ayant eu la possibilité d'étudier plusieurs espèces de petits Mammi¬
fères sauvages au laboratoire et d'observer conjointement les mêmes
espèces dans la nature, nous avons cru utile de faire le point des connais¬
sances dans ce domaine, en insistant sur l’aspect écologique du problème
et en nous intéressant plus à l’animal dans son milieu normal qu’au
problème théorique du rythme circadien de l’activité.
MÉTHODES ET TECHNIQUES
Suivant les espèces étudiées et suivant les problèmes posés, les obser¬
vations se font soit dans la nature, soit au laboratoire.
Observations dans la nature
Nous l'avons déjà dit, ces observations sont souvent fortuites. Elles
sont aussi parfois le fruit de longues années de recherches dans un bio¬
tope particulier par un naturaliste patient. Dans ce cas, ce sont surtout
les espèces diurnes de moyenne et de grande taille qui sont étudiées,
(1) Les Anglo-Saxons utilisent le terme de • free running ■ maintenant consacré
par l’usage.
(2) Voir Aschoff (1963) pour l’exposé de ce problème.
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104
M.-C. SAINT GIRONS
ainsi que les Chauves-Souris dont les heures régulières d'envol ont
depuis longtemps attiré l’attention. Les petites espèces, particulièrement
si elles sont nocturnes et souterraines, échappent à peu près complè¬
tement à ce genre d’observation. Une bonne méthode d’étude directe
des espèces nocturnes dans la nature utilise l’éclairage par radiations
infra-rouges expérimenté d'abord par Southern et coll. (1946) chez
Rattus norvegicus en conditions naturelles. Cette méthode a été ulté¬
rieurement utilisée par d'autres naturalistes (Cox et Kruger, 1955 ;
Bubenik, 1961).
Dans la nature, il est possible d'enregistrer 1 horaire des rentrées et
des sorties d’un animal en plaçant à l’orifice du terrier un tambour de
Marey dont les mouvements s'inscrivent sur un cylindre enregistreur,
mais l'appareil, fragile et encombrant, ne peut servir que pour des
espèces de petite taille. Un actographe électrique a fourni à Spencer
(1939) de bons résultats. Petter (1961) a utilisé un appareil du même
type pour l'étude de l’activité chez des Rongeurs désertiques. Des obser¬
vations très intéressantes ont été faites par O. P. Pearson (1959, 1960 a
et 1960 6) sur l’activité nocturne de petits Rongeurs américains en
plaçant le long des trajets régulièrement suivis par les animaux une
caméra synchronisée avec un flash électronique enregistrant ainsi chaque
passage (voir aussi Osterberg, 1962). Calhoun (1963) a placé une
cellule photo-électrique à l’endroit où des Rats devaient traverser une
barrière pour obtenir leur nourriture. Un appareil de ce type a servi à
Nyholm (1957) pour enregistrer l'horaire des sorties et des retours au
gîte de certaines Chauves-Souris. Pour étudier les déplacements de
petits Mammifères souterrains, Godfrey-Crowcroft (1954) a utilisé
le marquage des animaux par isotopes radioactifs. Les déplacements
des individus à l'intérieur des terriers sont ensuite repérés à l’aide d’un
compteur Geiger. Cette méthode a donné à l’auteur de bons résultats
aussi bien chez des Rongeurs (Microtus agrestis) que chez des Insecti¬
vores (Talpa europaea). Elle a ensuite été utilisée par d’autres natura¬
listes (Pendleton, 1956; Hamar et coll., 1964). Mayer (1957) place à
l’entrée des terriers des surfaces enduites de noir de fumée. Les animaux
y impriment la trace de leurs pattes et on peut obtenir ainsi des indi¬
cations sur l’intensité des passages, mais il faut vérifier très fréquem¬
ment l’appareillage et les données fournies ne sont pas d’une grande
précision.
Au cours d’expériences de piégeages dans la nature pour connaître
la densité et la répartition des espèces les mieux représentées, on obtient
souvent des indications très intéressantes sur l’activité (Elton et coll.,
1931 ; Hamilton, 1937 ; L.E. Brown, 1956 ; Jansky et Hanak, 1960 ;
Buchalczyk, 1964) ainsi que sur l’influence des divers facteurs écolo¬
giques. Si les pièges sont contrôlés régulièrement et si on prend soin
de noter en même temps les conditions atmosphériques, le nombre d’ani¬
maux capturés dans des conditions précises donne une idée sans doute
très proche de la vérité de l'horaire de l’activité et de l’influence exercée
par les facteurs climatiques (Saint Girons, 19576). Certains auteurs
se sont fondés sur la consommation de la nourriture pour appré¬
cier l’activité des animaux (Chitty et Shorten, 1946, chez Rattus
norvegicus).
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
105
Observations au laboratoire
Dans la majorité des cas, c’est la durée, l’horaire et l'intensité de
l’activité locomotrice qu’il importe de connaître. II est généralement
difficile de différencier, par les méthodes classiques d’enregistrement en
actographe, les divers formes de l’activité : période de nourriture, soins
de toilette, exploration de la cage par exemple. Le plus souvent on ne
peut y parvenir qu'en utilisant conjointement l’observation directe de
l’animal pendant au moins un nycthémère et l’enregistrement actogra-
phique (voir cependant le dispositif à relais magnétiques de Newbury,
1956).
Les actographes peuvent être de différentes sortes et les modèles
proposés sont nombreux. Ils se rapportent à trois types principaux.
Enregistrement de l’activité locomotrice spontanée
A l’intérieur d’une cage de grandes dimensions, on introduit une
roue munie d'un compte tours, ou de tout autre mécanisme, permettant
d'enregistrer l’heure à laquelle l’animal pénètre dans le tourniquet,
celle où il le quitte, ainsi que le nombre de rotations qu’il lui imprime
par unité de temps (Stewart, 1898). Cette méthode a l’avantage de
mettre en évidence à la fois l’intensité et la durée de l’activité. Par
contre, les mouvements de l’animal en dehors de la roue, en particulier
dans l’abri, ne sont pas enregistrés. De plus, Colton (1933) étudiant
l’activité de Neotoma mexicana, a montré que les animaux peuvent faire
mouvoir la roue à l’aide de leurs pattes sans y pénétrer. C’est donc une
cause d’erreur possible, non en ce qui concerne l’horaire mais l'intensité
de l’activité.
Enregistrement de l’horaire de l’activité
Les sorties et les rentrées dans l’abri, ainsi que les mouvements à
l’intérieur de celui-ci sont les seules données enregistrées. Plusieurs
dispositifs peuvent être utilisés suivant qu’on place l’abri sur des capsules
de Marey dont les modifications sont transmises à une aiguille, ou bien
des contacts électriques enregistrant un « top » chaque fois qu’un passage
a lieu à l’entrée du terrier artificiel (Harned et coll., 1952 ; Durup et
Saint Girons, 1958 ; Shipton et coll., 1959 ; Rawson, 1960). Dans le
cas d’un dispositif de ce genre, le sol de la cage, à l’extérieur de l’abri,
peut être aménagé de manière à reconstituer un micro-biotope analogue
à celui que l’animal fréquente dans la nature et, pour les animaux sau¬
vages, cette considération est importante. C’est le type d’actographe
que nous utilisons.
Source : MNHN, Paris
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M.-C. SAINT GIRONS
Enregistrement de l'activité totale
On peut également enregistrer tous les déplacements de l’animal à
l’intérieur de la cage par des contacts électriques judicieusement placés
(Karlson, 1950) ou tout autre dispositif permettant de suivre les
évolutions’de l’animal à l’intérieur de la cage (Szymanski, 1914 et 1918 ;
Clarke et Hawkins, 1957 ; Nielsen, 1957 ; Crowcroft, 1959).
Bien entendu, la combinaison de plusieurs de ces dispositifs de base
est possible (Calhoun, 1946).
Il est recommandé de fournir aux animaux une cage de dimensions
spacieuses ou, en cas d’impossibilité, d’agrandir artificiellement le domaine
vital en aménageant l’intérieur de la cage (tourniquet, touffes de plan¬
tes, pierres etc.). Des études faites chez Mus musculus, Apodemus sylva-
ticus et Clelhrionomys glareolus ont montré que le caractère rythmique
de l'activité disparaît dans une cage de petite taille (Zollhauser, 1958 ;
Durup et Saint Girons, 1958).
D’autre part, l'adjonction d’un tourniquet augmente l’intensité de
l’activité. 11 n’est peut-être pas indispensable de maintenir les cages
dans des pièces pourvues d’une bonne insonorisation. Les bruits exté¬
rieurs ne modifient pas l’activité de Clelhrionomys glareolus et Clethrio-
nomys rufocanus (Durup et Saint Girons, 1958 ; A. M. Pearson, 1962).
Les dispositifs que nous venons de passer très brièvement en revue
sont valables surtout pour les petites espèces (Rongeurs et Insectivores).
Si l’on s’adresse à des animaux de plus grande taille, il est souvent
difficile d’obtenir des enregistrements réguliers. Les Carnivores supportent
en général mal la captivité dans de petites cages. On peut, soit les obser¬
ver dans la nature, soit utiliser des appâts dispersés, reliés à des appa¬
reils photographiques que l’animal déclenche lorsqu’il dévore l’appât.
Ces procédés sont peu utilisables dans la pratique et d’un rendement
faible. Pour le Blaireau, Meles meles, Canivenc et coll. (1960) ont utilisé
un émetteur radio à transistor inclus sous la peau du dos de l’animal.
Des antennes reçoivent les signaux émis à chaque passage et les inscri¬
vent sur des bandes d’enregistrement. Cette méthode peut être utilisée
pour des espèces de grande taille vivant en semi-liberté. Pour les Ongulés,
l’observation peut se faire dans de grands enclos avec postes d’observation
judicieusement distribués, sur des animaux munis ou non d'un acto-
phone (Bubenik, 1960 et 1961 ; Bubenik et Lochman, 1956).
L’étude de l’activité d’une espèce ne peut s'entreprendre que si l’on
possède une bonne connaissance de la biologie de l’animal dans les condi¬
tions naturelles. Dans ce cas, on saura quelle est la méthode d’enregis¬
trement la mieux adaptée à la taille, au genre de vie, aux réactions des
individus par rapport à la captivité.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
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ETUDE PAR ESPECE
RONGEURS
Parmi les Mammifères étudiés au laboratoire ou dans la nature, ce
sont les Rongeurs qui fournissent le contingent le plus important et
c’est sur eux que nous possédons le plus de données. Les Rongeurs sont
en effet généralement de petite taille et supportent bien la captivité.
De plus, leur approvisionnement en nourriture ne pose pas de problèmes
difficiles.
La plupart des Rongeurs sont nocturnes, ou principalement noctur¬
nes, avec quelques exceptions (Ecureuils, Spermophiles, Marmottes).
Le rythme de l’activité est polyphasique : à l’intérieur du nycthémère,
des phases de repos alternent avec des phases d’activité suivant un horaire
régulier. La pointe d’activité maximale se situe le plus souvent au cou¬
cher du soleil. Ce maximum est suivi d’un repos relatif puis d’un second
maximum d’activité, moins accentué que le premier, précédant le lever
du soleil. Ces rythmes possèdent donc le caractère d’un bigéminisme :
le maximum secondaire suit le maximum principal d’un intervalle de
moins de 12 heures (Calhoun, 1945 a ; Aschoff, 1957).
Sciuridae
Sciurus vulgaris.
Les Ecureuils sont des animaux arboricoles et diurnes pour lesquels
nous possédons un certain nombre d’observations dans la nature et
peu dans des conditions expérimentales. Dans le Bocage atlantique où
les Ecureuils sont nombreux, nous avons pu observer l’activité d’un
groupe d’individus. La figure 1 met en évidence la présence de deux
périodes d’activité maximale, la principale au cours des premières heures
de la matinée, la seconde, moins importante, avant le coucher du soleil ;
mais on peut voir des animaux à toutes les heures de la journée. Par
contre, aucune sortie n'a été observée pendant la nuit. Shorten (1954),
étudiant en Angleterre l’activité de Sciurus vulgaris et d’une espèce
américaine introduite, Sciurus carolinensis, a également noté que toute
l'activité était concentrée au cours de la journée. L’auteur indique que
l’activité maximale a lieu au lever du soleil mais a remarqué une brève
phase active au moment de midi, puis un repos au cours de l’après-
midi et un regain d’activité peu avant le coucher du soleil. Les résultats
de Shorten s’accordent avec ceux de Hicks (1949) concernant une
espèce américaine, Sciurus niger. Cet animal présente également une
Source : MNHN, Paris
M.-C. SAINT GIRONS
activité diurne avec trois maxima ; l’un coïncide avec le lever du soleil,
il y en a en général un autre dans le courant de la journée (sauf pendant
les jours chauds du printemps et de l’été) et un dernier en fin d’après-
midi.
15
10
5
0 6 12 18h
p,o 1 _ Activité de Sciurus vulgaris dans la nature.
Abscisses : temps en heures ; ordonnées, nombre de sorties observées.
Par contre, l’existence de deux maxima d’activité seulement au
cours du nycthémère a été trouvée chez deux autres Sciuridées : Hamil-
ton (1939 a) a montré que Tamiasciurus hudsonicus manifeste deux
pointes d’activité, une après le lever du soleil, l’autre avant son coucher.
Ces résultats ont été confirmés par Layne (1954) qui a observé que,
dans la nature, l’activité la plus intense apparaît dans les deux heures
qui suivent le lever du soleil et avant le crépuscule. Ces auteurs n’ont
pas observé d’activité nocturne. Chez un Ecureuil d’Afrique du Nord,
Atlantoxerus gelulus, l’activité pendant l’été est uniquement diurne
(Saint Girons, 1953). La première pointe a lieu vers 9 heures du matin,
la seconde vers 15 heures. Les animaux ne sont pas actifs pendant les
heures chaudes du milieu du jour ni au cours de la nuit (fig. 2).
6 12 16 Oh
p IO 2. Représentation schématique de l'horaire d 'Atlantoxerus gelulus, dans la nature,
en été.
Cilellus, Marmota.
D’après Ivanov (1957), Cilellus pygmaeus a deux pointes d’activité,
une le matin, une seconde le soir.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
109
On peut voir les Marmottes à toute heure de la journée hors de leurs
terriers. Dans les Alpes, Zelenka (1965) a observé que Marmota mar-
mota quitte son terrier à l’aube et rentre au crépuscule. Les périodes
de repos, à l’intérieur du terrier ou au soleil, alternent avec les périodes
d’activité. On observe vers midi un repos relatif.
Glaucomys volans.
L’Ecureuil volant américain est au contraire nocturne en toutes
saisons. Il commence à circuler peu après le coucher du soleil et reste
actif pendant la période d’obscurité (DeCoursey, 1960 a ; Graefe, 1961).
Tamias striatus.
Cet Ecureuil américain est diurne, avec deux maxima, l’un à l’aube,
le second dans l’après-midi (Graefe, 1961). Cet horaire rappelle celui
des Ecureuils du genre Sciurus.
Gliridae
Glis glis.
Hainard (1961) a observé en été, en montagne, un Loir actif dans
un buisson de 9 heures à 14 heures. Thomson (1952) note que, en Angle¬
terre où il a été introduit, il peut parfois être observé dans le courant
de la journée dans les maisons, les bois et les jardins (voir aussi Kônig,
1960). Cependant, les naturalistes s’accordent pour estimer que, dans
les conditions naturelles, une activité diurne est exceptionnelle. Les
Loirs sont actifs pendant la nuit.
Mai
5
10
15
20
12 16 20 0 4 8 12h.
Fig. 3. — Actogrammes de Glis glis femelle, en mai, au laboratoire. Les lignes obliques
figurent les heures du coucher et du lever du soleil.
Abscisses : temps en heures ; ordonnées date.
Source : AANHN, Paris
110
M.-C. SAINT GIRONS
Les observations au laboratoire le confirment (Ostermann, 1956 ;
Saint Girons, 1959). Le maximum d’activité se situe au début de la
période d’obscurité. L’étude de deux femelles en actographe a montré
que entre 19 heures et 2 heures, l’activité est presque continue. On
observe ensuite un émiettement des phases actives. Celles-ci deviennent
courtes et alternent avec des périodes de repos à l’intérieur de l’abri
(fig. 3). A 7 heures, environ, les individus rentrent dans les refuges
(Saint Girons, 1959). Une activité diurne, si elle est rare, n’est pas
exceptionnelle au laboratoire. Ostermann (1956) l’a observée au prin¬
temps et en été. Nos observations ont confirmé les siennes. Au cours
de l’hibernation, les réveils auraient lieu, d’après Ostermann (1956)
dans la seconde moitié de la nuit. Chez le Loir, comme chez les autres
Gliridés, nous avons enregistré des périodes spontanées d'activité débu¬
tant au contraire à la fin de l’après-midi ou au cours de la première
moitié de la nuit.
Muscardinus avellanarius.
Wachtendorf (1951) a pu observer les sorties du nid chez plusieurs
individus dans la nature. Elles s’effectuent vers 20 heures en juillet,
18 heures en septembre et octobre. Hainard (1961) indique que, parfois,
on peut voir le Muscardin dans la journée.
En actographe, au laboratoire, Ostermann (1956) a confirmé que
le Muscardin est nocturne. Nous avons pu garder un adulte pendant
plusieurs semaines, au printemps. L’activité débute après le coucher
du soleil (vers 20 heures au mois de mai) et se termine avant le jour
(vers 3 heures). Cette période d’activité nocturne semble très régulière ;
il existe aussi une faible activité diurne avec une période de repos nette
vers 12 heures (fig. 4). On a l’impression que le rythme de l’activité de
12 18 0 6 12 h
Fig 4 — Actogrammes de Muscardinus avellanarius, en mai, au laboratoire.
Abscisses : temps en heures ; ordonnées : date.
ce petit Gliridae , tout en restant régulier, est moins net que celui des
autres espèces de la même famille. Chez le Muscardin, comme chez le
Lérot, nous avons observé des périodes d’inactivité complète au cours
de l’été (inédit).
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
111
Eliomys quercinus.
Les observations de Lérots dans la nature sont rares. Cette espèce
est tout à fait nocturne. Nous n’avons observé qu’une seule fois une
activité diurne chez un animal en montagne, encore était-ce peu avant
le coucher du soleil. Les observations de Hainard (1961) confirment
N
12 18 0 6 12h
Fio. 5. — Actogramme d’Eliomus quercinus dans la nature, en mai (d’après les données
de Hainard, 1961).
les nôtres. Ce bon observateur n’a jamais vu de Lérots en activité dans
la journée. La figure 5 indique, d’après les données de Hainard, l’horaire
d’un animal, dans la nature, au mois de mai. Cet horaire correspond
tout à fait à celui que nous avions observé en actographe au laboratoire
pendant le même mois de l’année (fig. 6).
12 18 0 6 12h
Fio. 6. — Actogrammes d'Eliomys quercinus femelle, au laboratoire, les 1, 2, 3 et 5 mai.
Les analyses de l’horaire du Lérot au laboratoire montrent que cet
animal est nocturne avec un maximum d’activité au coucher du soleil
Source : MNHN, Paris
112
M.-C. SAINT GIRONS
(Ostermann, 1956 ; Saint Girons, 1960 a et 1962). Cependant, une
activité diurne irrégulière peut se manifester au printemps. Au cours
de l’hiver, le Lérot hiberne comme tous les Gliridae européens, mais
son sommeil est coupé de périodes d’activité spontanée. Les réveils ont
lieu dans l’après-midi, les animaux rentrent dans leurs terriers avant
minuit (Saint Girons, 1965). Ils gardent donc, même après des périodes
de sommeil prolongé, un horaire dont le « Zeitgeber » reste le coucher
du soleil. La figure 7 indique, pour le mois d'avril, l’horaire de l’activité
chez un Lérot femelle. Un phénomène qui n’a pas attiré, semble-t-il,
l’attention des naturalistes, est celui des périodes d’inactivité totale
associées à une hypothermie réversible au cours de l’été, chez des ani¬
maux adultes et dans de bonnes conditions. Des études récentes ont
montré que, loin d’être exceptionnelles, ces périodes d’inactivité sont
la règle (Ambid, 1964 ; Gabe et coll., 1963).
Dryomys niledula.
Dans la nature, le Lérotin est nocturne. Angermann (1963) a étudié
cette espèce en Europe orientale et remarqué que, en juin-juillet, le
Lérotin quittait son nid entre 21 heures et 22 heures et rentrait à l’aube.
Fio. 8 — Actogrammes «le Dryomys niledula, au laboratoire, en mai.
Abscisses : temps en heures ; ordonnées : date.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
113
En Israël, Nevo et Amir (1961 et 1964) avaient fait les mêmes constata¬
tions mais notaient, en outre, quelques observations d’activité diurne.
En actographe au laboratoire, le Lérotin est un animal essentielle¬
ment nocturne (Saint Girons et Lenkiewicz, 1965). Il sort au coucher
du soleil et rentre une heure environ avant l’aube (fig. 8). Le maximum
d’activité se manifeste vers 22 heures, le minimum au cours des pre¬
mières heures de la matinée. Au printemps, l’animal montre une certaine
activité diurne suivant un horaire très fluctuant (voir également Kala-
bukhov, 1964). Comme le Lérot, le Lérotin se réveille au cours de l’hiber¬
nation ; ces périodes d’activité se manifestent la nuit mais débutent
vers 17 heures en novembre, vers 16 heures en décembre, janvier et
février. La liaison persiste donc avec le rythme solaire. En Israël, où
le Lérotin ne tombe que très rarement en léthargie, Nevo et Amir
(1964) ont noté que les brèves périodes d'hypothermie réversible de
l’hiver se manifestent habituellement au cours de la journée.
Capromyidae
Myocaslor coypus.
Wittkopf (1956) a montré que, chez le Ragondin, l’activité débute
vers 5 heures et se termine vers 22 heures. Lomnicki (1957) a observé
cette espèce dans des conditions de semi-liberté et a confirmé les obser¬
vations précédentes de Wittkopf. Il existe en 24 heures un nombre
variable de périodes actives, d’une durée totale de 5 heures (fig. 9).
6 12 18 0 6
Fig. 9. Actogrammes de Myocaslor coypus en conditions naturelles (extrait de
Lomnicki, 1957).
Cricetidae
Peromyscus, Reithrodontomys.
M. S. Johnson (1926) et Belmey (1936) ont constaté une activité
surtout nocturne chez Peromyscus leucopus et Peromyscus maniculatus.
Peromyscus leucopus manifeste une certaine activité diurne lorsque le
sol de la cage est recouvert d’une importante quantité de neige ou encore
Source : MNHN, Paris
114
[,-C. SAINT GIRONS
quand la nourriture est insuffisante. O. P. Pearson (1959), dans la nature,
n'a enregistré que pendant la nuit des passages de Peromyscus truei
et Peromyscus maniculalus devant des caméras placées le long des
« passées ».
Par cette même méthode, O. P. Pearson (1959, 1960 b) a noté la
répartition horaire de 1 753 passages de Iieithrodontomys megalotis.
L’espèce est crépusculaire et nocturne.
Sigmodon hispidus.
Les auteurs américains ne sont pas d’accord en ce qui concerne l’acti¬
vité de cette espèce. Calhoun (1945 b), rapportant les observations
dans la nature de ses prédécesseurs, écrit que Sigmodon hispidus passe
pour strictement diurne dans l’état de Panama, diurne et nocturne au
Texas, crépusculaire en Géorgie. Calhoun a capturé des individus
dans la partie septentrionale de l'aire de répartition de l'espèce et les
a placés en actographes. Trois formes de l’activité ont été étudiées :
6 12 18 0 6 n
P, 0 10 _ Schéma de l'activité de Sigmodon hispidus mâle. En traits pleins : activité
dans un tourniquet ; en traits discontinus : activité i> l'emplacement de nourriture.
Abscisses : temps en heures ; ordonnées : index d’activité (extrait de Calhoun,
1945*).
l’activité locomotrice spontanée à l’aide d’un tourniquet, l’activité sur
le lieu de nourriture, les mouvements à l’intérieur de l’abri. Dans ces
conditions, les animaux sont nocturnes. Le premier maximum se mani¬
feste peu après le coucher du soleil, il est suivi d’un repos vers minuit et
d’une seconde pointe à l’aube. L’activité à l’emplacement de nourriture
précède, dans la plupart des cas, l’activité dans le tourniquet (fig. 10).
Cricetus cricelus.
Des observations au laboratoire nous ont montré que le Hamster
gris est un animal crépusculaire et nocturne mais une activité diurne,
particulièrement au printemps, n’est pas exceptionnelle. Comme les
Gliridae, il s’endort pendant l’hiver mais entrecoupe sa léthargie de
périodes d’activité qui ont lieu pendant la nuit.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
115
Lenunus lemmus.
Myllymaki et ses collaborateurs (1962) ont pu observer, dans le
nord de la Scandinavie, des Lemmings traversant un cours d’eau lors
d’une migration. Aucun individu n’a été vu durant la journée. Les
passages se sont tous effectués entre 21 heures et 5 heures du matin,
avec un maximum vers minuit. Pourtant, pendant les pullulations, on
observe des animaux dans la journée.
12 18 0 6 12h
Fig. 11. — Schéma de l’activité de Lemmus lemmus, mâle et femelle, au laboratoire,
en conditions lumineuses normales. En traits pleins : pendant la première quinzaine
d'octobre ; en traits discontinus : pendant la seconde quinzaine de ce mois. Les traits
horizontaux indiquent les heures d’obscurité à Helsinki aux dates considérées (d'après
Heinanen, extrait de Myllymaki et coll., 1962).
Les observations au laboratoire par les mêmes auteurs coïncident
parfaitement avec celles faites dans la nature. En captivité, les Lemmings
sont principalement nocturnes avec une pointe d’activité très nette
au coucher du soleil et un repos au cours de la journée, mais une activité
diurne n’est pas exceptionnelle (fig. 11).
Source : MNHN, Paris
M.-C. SAINT GIRONS
Clelhrionomys glareolus.
Des recherches dans la nature (L. E. Brown, 1956 ; Curry-Lindahl,
1959) ont montré que le Campagnol roussâtre était plus diurne que
nocturne. Mais au cours de piégeages systématiques en Bretagne, il nous
est rarement arrivé de capturer des Campagnols dans la journée. Cepen¬
dant en Europe centrale (Moravie méridionale), nous avons vu à plusieurs
reprises, en juin, des Campagnols roussâtres en activité pendant le jour.
Dans la région de Bialowieza, en été, l’activité diurne est importante.
Cependant, au mois d’août, les Campagnols roussâtres sont principale¬
ment nocturnes (Buchalczyk, 1964).
Des études en actographe (Durup et Saint Girons, 1958 ; Saint
Girons, 1960 b et 1961 ; Saint Girons et Durup, 1962) nous ont montré
que les Campagnols roussâtres sont principalement mais non exclusive¬
ment nocturnes. La tendance à une activité diurne est plus forte au prin¬
temps qu’à n’importe quelle autre saison de l'année et les femelles sont
nettement plus diurnes que les mâles. Nos observations sont en accord
avec celles de Miller (1955) et de A. M. Pearson (1962). Par contre,
Fig 12. — Actogrammes <le Clelhrionomys glareolus mâle en juillet, au laboratoire.
Abscisses : temps en heures ; ordonnées : date.
Ostermann (1956) a observé que c’est au cours de l’hiver que les Cam¬
pagnols roussâtres sont les plus diurnes, tandis que leur activité au cours
de l’été est principalement nocturne. Il est possible que des conditions
différentes d’expérience expliquent ces contradictions. Kowalski (1949)
a également noté en actographe la prédominance d’une activité nocturne
(63% environ). Quoiqu’il en soit, les auteurs sont d’accord pour mettre
en évidence l’existence de deux périodes principales de l’activité en
relation avec les heures du coucher et du lever du soleil. La figure 12
montre, pour le mois de juillet, la répartition de l’activité chez un mâle
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
117
en actographe. L’actogramme du Campagnol roussâtre, comme celui
de la plupart des micro-Mammifères, est la résultante de deux phéno¬
mènes : le rythme nycthéméral lié aux variations des heures du lever
et du coucher du soleil et un rythme à court terme. Celui-ci a été égale¬
ment mis en évidence par Kowalski (1949). Les problèmes relatifs
aux rythmes à court terme seront évoqués plus en détail ci-dessous
(p. 170).
Clethrionomys ru/ocanus.
Il est intéressant de comparer l’activité du Campagnol roussâtre et
celle du Campagnol de Sundevall. La localisation de cette dernière
espèce dans les hautes latitudes l’expose à des conditions de luminosité
continue (été) ou d’obscurité constante (hiver) séparées par des périodes
intermédiaires où les heures du lever et du coucher du soleil varient
très rapidement. Ces conditions ne peuvent être réalisées qu’expérimen-
talement chez les espèces plus méridionales. Les travaux de Peiponen
(1962) montrent qu’en juillet et septembre, dans des conditions de
semi-liberté, les animaux sont actifs aussi bien de jour que de nuit.
Cet auteur a pu suivre les modifications saisonnières de l’activité
chez des individus en actographes soumis à des longueurs d’éclairement
analogues à celles du plein air. En juin, juillet et août, les individus sont
actifs de jour et de nuit. En lumière continue, il ne semble pas s’établir
12 16 20 2-4 A 8 12
Août
Septembre
lLü-lLU
12 16 20 24 4 8 12
de rythme de 24 heures net. Il faut attendre le début d’août pour que
s’installe un rythme circadien tranché. Les animaux présentent un
maximum d’activité vers 2 heures (fin de la période obscure), un second
vers 8 heures. Au cours du mois d'août, le rythme devient de plus en
Mémoires du Muséum. — Zoologie, l. XI.. 8
Source : MNHN, Paris
118
M.-C. SAINT GIRONS
plus net. L’activité est maximale pendant la nuit. La seconde pointe
de 8 heures du matin s’émousse. L’heure du maximum d’activité tend
à avancer et se situe sensiblement au milieu de la période nocturne.
Dans la première moitié de septembre, les animaux sont presque uni¬
quement nocturnes. On peut donc conclure des études de Peiponen
que les Campagnols de Sundevall ont une activité de préférence nocturne
dans les conditions d’alternance du jour et de la nuit (L. D.) et que,
en lumière continue, leur rythme est profondément perturbé (fig. 13).
Arvicola ierrestris.
Ce Campagnol est actif de jour et de nuit. Van Wijngaarden
(1954), étudiant cette espèce en Hollande, a remarqué que les sorties
sont fréquentes surtout dans la soirée entre 16 heures et 21 heures.
D’après les données de cet auteur, on trouve :
de 21 h à 4 h : 7,2% des animaux en activité
de 4 h à 9 h : 17,6% ». » »
de 9 h à 16 h : 37,9% ...»
de 16 h à 21 h : 43,1% ...»
Ces données montrent que, bien que pouvant être actifs de jour
comme de nuit, les Campagnols ont un rythme circadien net et sont
principalement diurnes. Bernard (1959), en Belgique, signale qu’Arvi-
cola ierreslris Ierrestris est actif de jour comme de nuit tandis qu’ Arvicola
Ierrestris shermann est uniquement nocturne.
Arvicola sapidus.
Le Campagnol aquatique peut également être observé de jour comme
de nuit. En Bretagne, il est plutôt diurne. Pas très actifs au lever du
soleil, sauf en été, les animaux ont deux périodes d’activité assez nette¬
ment marquées, l’une à la fin de la matinée, l’autre dans la première
moitié de l’après-midi. Pendant les heures chaudes du milieu du jour,
en été, la plupart des animaux sont dans leurs terriers. L’activité est
importante dans l’après-midi ; au crépuscule, presque tous les individus
ont disparu. D’après nos observations, on trouve :
de 4 h à 9 h : 22 % d’animaux en activité
de 9 h à 16 h : 58,5% » »
de 16 h à 21 h : 34,5%
Dans la nature, nous n’avons observé que rarement les Campagnols
aquatiques en activité pendant la nuit mais des appâts placés le soir à
l’entrée des terriers avaient le plus souvent disparu le lendemain matin
(inédit).
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
119
Ondatra zibethicus.
Les données concernant cette espèce sont peu nombreuses. Cependant
Darchen (1964) a publié quelques observations sur le rythme de l’acti¬
vité du Rat musqué en semi-liberté. Cet animal est principalement
nocturne. Son rythme présente un caractère bimodal avec deux maxima
d’activité, l’un au coucher, l’autre au lever du soleil. Au cours de la
journée, l’activité est très faible. Nous avons, à deux reprises, observé
des Rats musqués en activité dans la nature à la fin de l’après-midi.
Microtus güntheri.
Le rythme de l’activité de ce Rongeur des régions sèches a été étudié
par Bodenheimer (1956). Il est principalement nocturne, mais des
sorties dans la journée ne sont pas exceptionnelles. Le maximum d’acti¬
vité se situe au coucher du soleil.
Microtus arvalis.
Le rythme circadien de l’activité du Campagnol des champs se rap¬
proche beaucoup de celui du Campagnol roussâtre. Dans la nature, les
Campagnols des champs sont actifs de jour comme de nuit mais avec
un maximum d’activité nocturne.
Les facilités d’élevage de cette espèce ont permis à Durup (1956 a
et b) et à Ostermann (1956) de montrer que le rythme d’activité est
polyphasique. Comme chez le Campagnol roussâtre, Ostermann cons¬
tate que l’activité diurne est nettement plus élevée en hiver et que, pen¬
dant cette saison, les individus sont plutôt diurnes. Les travaux de Durup
ne le montrent pas. Ce dernier a noté que le nombre de phases (activité-
repos) est de 8 à 10 par nycthémère au cours des 4 premiers mois de
l’année. La phase la plus constante en horaire et durée est celle qui
suit le lever du soleil. Au printemps, le nombre des phases diminue.
Microtus agrestis.
Le rythme de l’activité du Campagnol agreste est peu différent de
celui du Campagnol des champs. L. E. Brown (1956) a observé que,
dans la nature, ce Campagnol est actif de jour comme de nuit. Dans nos
piégeages en Bretagne, nous n’avons jamais capturé cette espèce pendant
la journée.
Davis (1933) a montré qu’au laboratoire, cet animal est surtout noc¬
turne. II existe deux pointes principales d’activité, l’une au coucher,
l’autre au lever du soleil (fig. 14). Le rythme est polyphasique. Erkinaro
(1961) a poursuivi chez cette espèce un travail fort intéressant puisque
les animaux dont il enregistrait l’activité étaient exposés aux variations
normales de la lumière à Helsinki. Il a mis en évidence des fluctuations
profondes du schéma de l'activité suivant les saisons. Les animaux sont
Source : MNHN, Paris
120
M.-C. SAINT GIRONS
actifs de jour et de nuit comme dans les latitudes plus méridionales
mais le schéma de l’activité s’inverse complètement au cours de l’année!
Le maximum se manifeste pendant l’après-midi en janvier, tôt dans la
matinée en mai-juin. Le minimum d’activité est situé dans les premières
50
40
30
12 18 0 6 12 h
Fio. 14. — Durée moyenne, par heures, de l’activité de 12 individus de Microtui anr,*n„
en lumière normale, du 15 au 26 novembre. y s,,s >
Abscisses : temps en heures ; ordonnées : durée moyenne en minutes fri’a^x
les données de Davis, 1933). ' a a P rès
heures de la matinée en janvier, à la
fin de l’après-midi en mai-juin. La
répartition de l’activité est bimodale
(bigéminisme) seulement en mars,
avril, septembre et novembre, sans
que le phénomène soit jamais très
apparent.
Les observations faites aux
Etats-Unis chez les Campagnols du
genre Microtus montrent que ces ani¬
maux ont, dans la nature comme en
actographe, un rythme voisin de
celui des Campagnols européens. Ils
sont diurnes et nocturnes avec un
maximum d'activité au crépuscule
(Hatfield, 1935 ; Hamilton, 1937;
Calhoun, 1945 b ; O. P. Pearson,
1959 et 1960 a). Nous empruntons
5 12 18 0 6
o. 15. — Schéma de l’activité de Mi
crolus ochrogasler mâle. En traits
pleins, activité dans un tourniquet*
en traits discontinus : activité à l’em ’
placement de nourriture.
Abscisses : temps en heures •
ordonnées : indice d’activité (extrait
de Calhoun, 1945ft). ' ratt
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE INACTIVITÉ
121
la figure 15 au travail que Calhoun (1945 b) a consacré à Microlus
ochrogaster. Chez Microtus calijornicus, 6 077 observations, en toutes
saisons, montrent que ce Campagnol est diurne et nocturne (O.P.
Pearson, 1960 a). Une analyse saisonnière des résultats montre que,
si les individus sont actifs de jour comme de nuit en automne, en hi¬
ver et au printemps, la plus grande partie de l’activité est concentrée,
au cours de l’été, dans les 4 heures qui suivent le lever du soleil. Il exis¬
te en outre en cette saison des maxima secondaires peu avant le cré¬
puscule et au milieu de la nuit.
Pitymgs sublerraneus.
Le Campagnol souterrain est un animal nocturne. D'après Smirnov
(1962), rapporté par Gebczynski (1964), 75,47% de l’activité se mani¬
feste pendant la nuit.
Meriones shawi.
L’activité de cette espèce a été étudiée par Bodenheimer (1949-
1956). Les individus sont nocturnes, avec un maximum d’activité au
coucher du soleil, un second, moins accentué, à l'aube. Il existe des
variations saisonnières. Une activité diurne importante se manifeste en
hiver. En été, les individus sont uniquement nocturnes. Le printemps
j | | l ~—~ — M ■ 1
12 18 0 6 12h
Fio. 16. — Schéma des variations saisonnières de l’activité chez Meriones shawi (extrait
de Bodenheimeh, 1956).
et l’automne sont des périodes de transition (fig. 16). Dans la nature,
Petter (1961) a remarqué que les Mériones des régions sèches (Meriones
Source : MNHN, Paris
122
M.-C. SAINT GIRONS
libycus, Meriones shawi et Meriones vinogradovi) sont surtout nocturnes
mais peuvent également être vues dans la journée. Par contre, Meriones
crassus et Meriones persicus n’apparaissent qu’au crépuscule (1).
Spalacidae
Spalax leucodon.
Un article récent (Hamar et coll., 1964) donne quelques renseigne¬
ments sur l’activité de cette espèce dans la nature et au laboratoire. Les
animaux sont actifs de jour comme de nuit, montrant une activité
polyphasique et arythmique qui n’est pas sans rappeler celle observée
chez Talpa europaea. Les auteurs estiment que la nécessité pour l’animal
de consommer une grande quantité de nourriture peut déterminer cette
forme apériodique de l’activité.
Muridae
Micromys minutus.
Des observations dans la nature montrent que le Rat des moissons
est actif de jour et de nuit. En terrarium, pour peu qu’il soit bien nourri
et dispose d’un espace suffisamment grand, il est uniquement nocturne.
Octobre
5
10
15
20
25
42 16 20 0 A 8
8
12h.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
123
au moins en octobre (Saint Girons, 1959). Il quitte son abri nettement
après le coucher du soleil et présente au cours de la nuit 5 bouffées
d’activité d’une durée de 45 minutes environ. Il existe deux maxima
d’intensité, l’un peu avant minuit, le second, plus faible, vers 5 heures
du matin. La rentrée s'effectue à l’aube (fig. 17).
Apodemus sylvaticus.
Le Mulot gris est un animal nocturne dont l’activité dans la nature
a été étudiée en particulier par Elton et coll. (1931) et par L. E. Brown
(1956). En France, il est exceptionnel de capturer cette espèce pendant
le jour. Cependant, dans la région méditerranéenne et en montagne,
nous avons parfois observé en été des animaux circulant dans la journée.
Une brève note d’HouèovA (1961) rend compte de l’activité d’une
femelle en lactation, dans la nature. Au cours de 43 heures consécutives
d’observation, du 29 au 31 juillet, en Tchécoslovaquie, l’auteur a observé
seulement 2 sorties du terrier par 24 heures : une longue débutant avant
le coucher du soleil, une brève à l’aube. Aucune activité diurne à l’exté¬
rieur de l’abri n’a été notée (fig. 18).
3. 18. — Actogra:
nature, en juillet
■ier - Mars ^
: : ■ ;
’iV
i V?
ÎW/tv
IV.Wÿi!
■■ ■■ V.\ ",
A. syl. ç
12 16 20 0 4 8 12h.
Fig. 19. — Actogrammes d 'Apodemus sylualicus femelle au laboratoire, en février-mars.
Abscisses : temps en heures; ordonnées : date.
Source : MNHN, Paris
124
M.-C. SAINT GIRONS
Les recherches au laboratoire ont confirmé les observations dans la
nature (Miller, 1955 ; Ostermann, 195C ; Zollhauser, 1958 ; Saint
Girons, 1959). Le caractère bimodal de l’activité n’apparaît pas de
façon très nette dans les actogrammes. Le maximum se manifeste peu
après le coucher du soleil. L’activité est ensuite polyphasique. Les indi¬
vidus rentrent dans leurs abris avant le lever du soleil (fig. 19 et 23).
Apodemus flauicollis.
Le Mulot fauve est une espèce très proche de la précédente. Les
caractéristiques fondamentales de son rythme d’activité sont voisines.
Le Mulot fauve est également nocturne (Buchalczyk, 1964) et son
activité est polyphasique. Kalabukhov (1939) signale que, dans des
conditions normales, les rythmes des deux espèces sont presque iden-
Janvier
Fig. 20. _ Actogrammes il'Apodemus flavicollis mâle, au laboratoire, en janvier :
' cf. fig. 19.
tiques. Ostermann (1956) n’a pas, lui non plus, trouvé de différences
essentielles. Un mâle conservé en actographe en hiver et au printemps
a montré un rythme polyphasique avec un maximum d’activité après
le coucher du soleil (Saint Girons, 1959) (fig. 20).
Apodemus agrarius est également nocturne (Smirnov, 1960, in
Grodzinski, 1963).
Lemniscomys barbarus.
Le Rat rayé d’Afrique du Nord est une des rares espèces de Muridés
dont l’activité est plutôt diurne. Nous l’avons fréquemment observé
dans la nature. Au laboratoire, l’activité est polyphasique, suivant un
horaire régulier (Lenkiéwic.z et Saint Girons, 1964). Il y a trois périodes
actives par nycthémère : la première débute en général 3 heures avant
le coucher du soleil, sa durée est de 4 heures environ ; la seconde phase
active, nettement plus irrégulière, dure un peu plus de 2 heures et se
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
125
manifeste vers minuit ; la troisième ne semble pas lice à l’horaire du
lever du soleil, elle dure 3 heures environ et s’effectue dans la matinée.
12 18 0 6 12h
Fie. 21. — Représentation schématique «1e l’activité de Lemniscomys barbants au
laboratoire, en mars (M) et en décembre (D).
L'horaire change suivant les saisons, la phase d’activité nocturne semble
beaucoup plus régulière en hiver. Quand les nuits sont courtes, l’activité
nocturne est faible. Les actogrammes suggèrent l’existence d’un rythme
à court terme d’une durée voisine de 8 heures (fig. 21).
Rallus norvegicus.
Nous ne rendons compte ici que des observations qui ont été faites
dans la nature ou en semi-liberté. Le Rat albinos est l’animal de labo¬
ratoire qui a permis d’étudier l’influence des différents facteurs du milieu
sur l’intensité et l’horaire de l’activité locomotrice. Mais souvent les
physiologistes ont un peu perdu de vue l’animal pour n’envisager que
îe « problème » et leurs observations ne tiennent pas compte du genre
de vie des animaux dans la nature (voir les travaux de Slonaker,
Szymanski, Richter, Shirley, Browman) (1). Le Surmulot est un
Fio. 22. — Représentation schématique de l'activité de Rallus norucgicus. En traits
pleins : rythme moyen ; en traits discontinus : rythme des individus de rang social
inférieur ; en pointillé : rythme des individus de rang social élevé (extrait de Calhoun,
1963).
(1) Dans le volume que Mun.n (1950) a consacré à la psychologie du Rat de labora¬
toire, un chapitre (pp. 52-83) traite des problèmes liés à l'activité locomotrice. Ce volume
se termine par une importante bigliographie.
Source : MNHN, Paris
126
M.-C.
INT GIRONS
animal nocturne dont l’activité débute au coucher du soleil (Calhoun,
1945-1946-1963 ; Chitty et Southern, 1954). En liberté, les individus
ont un rythme nettement bimodal (Calhoun, 1963). D’après cet auteur,
il existe deux pointes d’activité, la principale peu après le coucher du
soleil, la seconde, nettement moins importante, avant le lever du soleil
(fig- 22).
Mus musculus.
Les Souris sont des animaux crépusculaires et nocturnes. D’après
Southern (1955), les Souris ont un rythme de nourriture bien marqué
avec un seul maximum diurne, avant le crépuscule et un autre, juste
après l'aube mais la principale pointe d’activité apparaît 4 heures environ
après la tombée de la nuit. Zollhauser (1958) a étudié les rythmes
de l’activité chez Mus musculus capturé dans la nature et, conjointe¬
ment, chez la mutation albinos. Chez les deux formes, l’activité est
p 10 . 23. _ Actogrammes annuels schématiques de Apodemus sylualicus (en haut) et
de Mus musculus (en bas).
Abscisses : temps en heures ; ordonnées : mois (extrait de Zollhauser, 1958).
principalement nocturne. Après une importante phase active au coucher
du soleil, les animaux montrent une phase de repos relatif puis une
seconde phase active à l’aube (fig. 23). L’horaire de la forme albinos
est beaucoup moins régulier ainsi que le montrent les actogrammes
schématiques publiés par l’auteur. On trouve dans les travaux de
Nothdurft et de ses collaborateurs de nombreux renseignements
concernant l’activité des Souris au laboratoire (voir également Wolf,
1930).
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
127
INSECTIVORES
Si les observations aussi bien dans la nature qu’en captivité sont
relativement nombreuses en ce qui concerne les Rongeurs, il n’en est
pas de même lorsqu’il s’agit des Insectivores. Ceux-ci supportent mal
la captivité et ont besoin de nourriture fraîche à intervalles rapprochés.
Les conditions expérimentales ne sont pas standardisées et les résultats
des divers auteurs ne concordent pas toujours. Nous pensons que, d’une
part les rythmes de l’activité des petits Insectivores sont extrêmement
plastiques (adaptations rapides aux conditions écologiques) et que,
d’autre part, les schémas fondamentaux intrinsèques sont souvent
masqués par des rythmes métaboliques généralement à très court terme.
Chez la plupart des espèces étudiées dans de bonnes conditions, les
observateurs ont mis en évidence un rythme circadien de l’activité
présentant un maximum nocturne. Ce phénomène n’a pu être observé
chez les très petites espèces mais des mesures plus précises permettraient
peut-être de le mettre en évidence.
Erinaceidae
Erinaceus europaeus.
Dans la nature, comme en captivité, le Hérisson est nocturne (Herter,
1934). D’après cet auteur, le Hérisson manifeste trois périodes princi¬
pales d’activité : de 18 à 20 h 30 (la plus intense), de 0 h 30 à 2 h 30 et
de 4 h à 5 h 30 au cours desquelles l’activité est plus réduite (fig. 24).
12 18 0 6 12 h
Fio. 24. — Représentation schématique de l’activité d 'Erinaceus europaeus, (d’après
les données de Herter, 1934).
Dans l’ouest de la France, l’activité peut se prolonger dans les premières
heures de la matinée. L’activité diurne est exceptionnelle. Cependant,
nous avons pu observer des individus dans la matinée au mois de novem¬
bre, occupés à préparer leurs refuges d’hibernation. En hiver, on peut
parfois rencontrer des Hérissons circulant de jour. Il s’agit souvent
d’individus réveillés par une période de froid vif, ou dérangés dans leurs
abris d'hivernage. Pendant le sommeil hivernal, le Hérisson présente,
en captivité, des périodes actives qui se situent toujours au cours de la
nuit.
Source : MNHN, Paris
128
M.-C. SAINT GIRONS
Soricidae
Sorex araneus.
On peut observer des Musaraignes dans la nature aussi bien de jour
que de nuit. Au cours des piégeages, il n'est pas rare de capturer ces
micro-insectivores pendant la journée mais les prises sont beaucoup
plus nombreuses durant les heures qui suivent immédiatement le coucher
du soleil. Millais (1904) a noté, en Angleterre, l'existence d'une activité
diurne chez Sorex araneus. Hainakd (1961) écrit qu'on entend cette
Musaraigne de jour comme de nuit. Curry-Lindahl (1959) indique que,
en Suède, la Musaraigne est sourtout capturée la nuit. Jansky et Hanak
(1960) ont fait la même observation dans le sud de la Bohème où, sauf
au printemps, Sorex araneus est beaucoup plus nocturne (maximum
d’activité vers 19 h) que diurne. De même, chez une espèce américaine,
Sorex ornatus, O. P. Pearson (1959) a observé dans la nature une acti¬
vité presque uniquement nocturne avec un maximum au coucher du
soleil.
L’activité en actographe au laboratoire est surtout connue par les
travaux de Crowcroet (1952, 1954, 1957). En captivité, les Musaraignes
présentent un rythme bimodal de l’activité avec un maximum au cré¬
puscule et un maximum secondaire dans la matinée. Dans le courant
de l'après-midi, l'activité est faible mais non nulle. Elle est de type
polyphasique.
Sorex minutus.
Le cycle d’activité de la Musaraigne pygmée est très voisin de celui
de la Musaraigne commune. Les animaux sont actifs de jour et de nuit.
En montagne (Pyrénées centrales), au cours de l’été, nous avons capturé
autant d’individus de cette espèce au cours des dernières heures de
l’après-midi que pendant la nuit. Curry-Lindahl (1959), en Suède, a
capturé la Musaraigne pygmée surtout pendant la nuit. Jansky et
Hanak (1960), dans le sud de la Bohême, ont observé que cette espèce
est uniquement nocturne en automne et principalement nocturne au
cours des autres saisons, à l’exception du mois d'avril où l’activité est
surtout diurne.
Crowcroft (1953) a mis en évidence chez un adulte en actographe
l'existence d’un rythme circadien présentant beaucoup d’analogies avec
celui de Sorex araneus, mais le maximum de l’activité apparaît pendant
le jour et non pendant la nuit. Comme la Musaraigne commune, la
Musaraigne pygmée manifeste des bouffées d’activité se suivant d’après
un horaire qui ne semble pas très régulier. Les observations de Crow¬
croft confirment celles deTupiKovA (1949) qui a remarqué, en captivité,
une activité apériodique chez cette espèce comme chez Sorex araneus.
Sorex tsherskii.
Cette très petite espèce (2,4 g pour une femelle adulte) a été étudiée
par Blagosklonov (1957). L’animal dort environ 78 fois dans la journée.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
129
Chaque période de repos dure en moyenne 9 minutes (maximum 38 minu¬
tes). La durée d’une période active est d’environ 9,4 minutes. Les inter¬
valles entre deux périodes de nourriture atteignent en moyenne 10 minutes
et ne dépassent jamais 55 minutes. L'auteur a recensé au cours du
nycthémère 121 périodes de nourriture dont la durée totale atteint en
moyenne 3 heures 43 minutes. Aucune périodicité circadienne n’a pu
être mise en évidence.
Neomys fodiens.
Hainard (1961) note qu'on peut observer la Crossope de jour comme
de nuit. Au cours de nos piégeages, nous n’avons capturé aucun individu
pendant la journée mais plutôt immédiatement avant le lever du soleil.
Van Mourir (in verbis) a rencontré, dans la nature, des Crossopes en
activité juste après le lever du soleil.
Selon Crowcroft (1954), en captivité, les Crossopes sont actives
de jour et de nuit. La pointe principale de l’activité correspond à l’aube
et une période de repos lui fait suite au cours de la matinée. Les phases
« activité-repos » sont plus longues que celles observées chez les Musa¬
raignes et les Crocidures et peuvent atteindre 3-4 heures. Tupikova
(1949) a également remarqué une activité acyclique chez cet animal
en captivité.
Blarina brevicauda.
Cette espèce américaine a été étudiée par Osterberg (1962). Au
printemps, les individus ont deux périodes d’activité nocturne : la
première 4 heures après le coucher du soleil, la seconde avant l’aube.
En automne, l’horaire est différent ; l'activité diurne est importante
et la principale période active se manifeste au crépuscule.
Crocidura russula.
Dans la nature, les Crocidures sont moins volontiers diurnes que
les Musaraignes mais on peut les capturer dans les pièges tendus pendant
le jour. Cependant, les captures sont nettement plus nombreuses au
coucher du soleil.
L’activité d’un couple de Crocidures a été étudiée au laboratoire
(Saint Girons, 1959). Les observations faites sur ces animaux ne
coïncident pas avec ce que l’on connaît de l’activité des Soricidés en
Europe d’après les travaux de Crowcroft. Ceci est peut-être dû à des
conditions expérimentales différentes, en particulier en ce qui concerne
la nourriture. En novembre et décembre, le mâle du couple est unique¬
ment nocturne, tandis que la femelle présente une activité diurne plus
faible que l’activité nocturne mais non négligeable. La pointe de l’acti¬
vité pour les deux individus se situe dans les premières heures de la nuit.
Un second maximum apparaît à l’aube. Au cours de la nuit, le mâle
Source : MNHN, Paris
130
M.-C. SAINT GIRONS
présente, en moyenne, 11 courtes phases actives, d’une durée voisine
de 20 minutes. La femelle montre, au contraire, une vingtaine de phases
d’activité au cours du nycthémère, d’une durée voisine de 10 minutes
chacune. Les animaux sont en activité pendant plus de 3 heures sur 24
(fig. 25 et 26).
Fio. 25. — Répartition de l’activité
au cours du nycthémère, chez
Crocidura russula mâle, en novem¬
bre, au laboratoire. Les flèches
correspondent aux heures du cou¬
cher et du lever du soleil.
Abscisses : temps en heures ;
ordonnées : pourcentage.
12 16 20 0 4 8 I2h.
p IG 26. _ Actogrammes de Crocidura russula mâle, en novembre-décembre, au
laboratoire. , , .
Abscisses : temps en heures ; ordonnées : date.
Chez Crocidura suaueolens en captivité, Tupikova (1949) a remarqué
une activité acyclique. Hamilton (1944) a fait les mêmes observations
chez Cryptotis parva.
Suncus etruscus.
Une femelle adulte a été maintenue en captivité pendant plusieurs
mois (Saint Girons, 1957 a). Aucun rythme nycthéméral de l’activité
n’a pu être mis en évidence. Les sorties sont courtes (une dizaine de
minutes environ). La principale activité est la recherche et la consom-
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE l’ACTIVITÉ
131
mation de la nourriture. Aucune pointe d’activité à l'aube ou au crépus¬
cule n’a pu être mise en évidence. Kahmann et Altner (1956) pensent
que, en Corse, la Pachyure étrusque est plutôt nocturne.
Talpidae
Talpa europaea.
L’activité périodique et régulière des Taupes est connue de tous les
campagnards. Les animaux sont en mouvement aussi bien de jour que
de nuit. L’activité semble sous la dépendance de facteurs nutritionnels.
Godet (1951) a remarqué que l'activité des individus, par temps clair,
débute avec le lever du soleil dans la région de Rennes (Bretagne). Il
semble que cette ponctualité soit due aux mouvements des Invertébrés
(Vers de terre) qui sont eux-mêmes réglés par la lumière. Le « Zeitgeber »
du lever du soleil ne jouerait donc que de façon indirecte. Grâce aux
travaux de Godfrey-Crowcroft (1955) on sait que les Taupes, en
Angleterre, ont un rythme de 8 heures, se décomposant de la manière
suivante : 3 heures et demie de repos, 1 heure et demie de terrassement,
le reste de mouvement.
Chez une Taupe américaine, Condylura cristata, Hamilton (1931) a
également remarqué une activité diurne et nocturne. Chez une autre
espèce, Parascalops breweri, le même auteur (1939 b) a observé des
animaux actifs de jour et de nuit, sans rythme circadien très apparent
mais présentant cependant plus de la moitié de leur activité pendant
la durée du jour (voir aussi Sc.heffer, 1913 ; Arlton, 1936).
Il est donc vraisemblable que, chez les Taupes, des rythmes de méta¬
bolisme de plusieurs heures sont la règle. La première période de nourri¬
ture détermine plus ou moins l’horaire des périodes suivantes. La remise
à l’heure pourrait être constituée par une période d’abondance de la
nourriture, elle-même en rapport avec le mouvement solaire.
CHEIROPTERES
Les Chauves-Souris sont nocturnes et leur activité est liée aux heures
du coucher et du lever du soleil, ainsi que l’ont montré les études au
laboratoire comme dans la nature.
Myotis myotis.
On doit à Kowalski (1955) une étude soigneuse du rythme de l’acti¬
vité chez Myotis myotis, au laboratoire. Dans des conditions de lumino¬
sité normales, si les individus sont nourris au début de la période obscure,
les Murins ont une période active au coucher du soleil, une seconde.
Source : MNHN, Paris
132
M.-C. SAINT GIRONS
nettement moins importante, à l'aube. La durée totale de l’activité
atteint environ 5 heures, le bigéminisme du rythme est manifeste. Ces
données confirment les observations dans la nature effectuées chez
cette espèce, en Suisse, par Mislin (1912). D’après Kuhn (cité par Her-
ter, 1958), Myotis myolis serait actif de 18 heures à 5 heures avec deux
maxima, l’un à 19 heures, l'autre, plus intense, à 0 heures (voir également
DeCoursey et DeCoursey, 1964).
Le laps de temps séparant le coucher du soleil du départ des animaux
hors de leurs abris varie avec les espèces (Altum, 1872). La liaison entre
l’arrivée sur les lieux de chasse et le coucher du soleil a pu être établie
chez plusieurs espèces (Altum, 1872 ; Eisentraut, 1952 ; Harmata,
1960). Il convient cependant de noter l’existence de différences indivi¬
duelles importantes. D’après Harmata (1960), dans une région forestière
polonaise, près de Cracovie, la première espèce qui se manifeste après
le coucher du soleil est Nyctalus noctula, suivie par Rhinolophus hippo-
sideros puis Myotis myotis et Myotis mystacinus. Pipislrellus pipistrellus
et Eplesicus serotinus sont les dernières à apparaître, ce qui correspond,
pour ces deux espèces, aux données de Altum (1872) et aux observations
de Krzanowski (1959 b) pour Nyctalus noctula. Brosset (in verbis) (1) a
remarqué que, en France, en Espagne et en Afrique du Nord, les Pipis-
. > t
-
-
12 18 0 6 12 h
Fig. 27. — Représentation très schématique de l'horaire de quatre espèces de Chauves-
Souris : 1. Myolis daubentoni ; 2, Myolis myolis : 3, Myolis mystacinus ; I, Plecotus
aurilus (d'après les données de Kuhn, cité par Hiîhtkk, 1958).
trelles apparaissent au contraire les premières, suivies de près par les
Sérotines et les Nodules. Peut-être s’agit-il d'une variation en rapport
avec des conditions climatiques plus méridionales. D’après les données
que Gaisler (1963) a recueillies dans la nature sur l’activité de Rhino¬
lophus hipposideros, il semble qu’il existe des variations individuelles
de l’horaire. Herter (1958) résumant une série d’observations dues à
Kuhn montre que chez 4 espèces (Myotis daubentoni, Myotis myotis,
Myotis mystacinus et Plecotus aurilus) l'activité débute vers 18 heures
et se termine vers 5 heures chez les Murins et 7 heures chez l'Oreillard.
Chez ces 4 espèces, il y a 2 maxima d’activité, l’un peu après l’envol.
(I) A. Brosset a bien voulu nous Taire bénéficier de sa vaste expérience de l'écologie
des Chauves-Souris. Nous sommes heureux de l’en remercier ici.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
133
le second, plus accentué, vers minuit (fig. 27). L’activité de ces espèces
est donc également bimodale mais l’horaire diffère de celui des Rongeurs
en ce sens que le premier maximum est plus faible que le second.
L’activité n’est pas continue au cours de la nuit et les périodes de
chasse alternent avec les phases de repos à l’intérieur des abris (Ryberg,
1947 ; Nyholm, 1957 ; Kolb, 1957 ; Gaisler, 1963). Certaines espèces
peuvent parfois être observées de jour, en particulier Nyctalus noclula
(Ryberg, 1947 ; Lôhrl, 1955 ; Krzanowski, 1959 b).
L’étude de l’activité des Chéiroptères au laboratoire a montré que,
chez des Vespertilionidés américains des genres Pipistrellus et Myotis,
il existait un rythme circadien de l’activité indépendant des conditions
atmosphériques et même de la nourriture (Griffin et Welsh, 1937).
Ces données ont été confirmées par Kowalski (1955) chez Myotis myotis
et par Herter (1958). D’après Kowalski, le rythme circadien de
l’activité persiste en D.D., chez le grand Murin, quel que soit l’horaire
du dépôt de nourriture. C'est aussi l’avis de Gaisler (1963) qui pense
que, chez Rhinolophus hipposideros vivant au fond de grottes où les
conditions microclimatiques sont relativement constantes, le réveil est
dû à un stimulus endogène, ensuite l’intensité lumineuse perçue à l’en¬
trée de la grotte, lors du vol de reconnaissance qui suit le réveil, peut
agir comme stimulus secondaire. Une observation du comportement
des Chéiroptères lors d'une éclipse solaire vient corroborer cette hypo¬
thèse ; les Chauve-Souris ne sortaient pas pendant la période d’obscur¬
cissement (Krzanowski, 1959 a).
CARNIVORES
Les Carnivores sont des espèces principalement nocturnes pour
lesquelles nous possédons peu de données car leur observation est géné¬
ralement fortuite. Une activité diurne n’est cependant pas exceptionnelle.
Dans une région de Bretagne, où la faune était entièrement protégée,
nous avons vu des Renards chasser en plein jour et observé souvent des
Belettes et des Hermines.
Canidae
Alopex lagopus.
Chez le Renard blanc, Tembrock (1958) a observé un rythme circa¬
dien de l’activité présentant un caractère bimodal très apparent. Il
existe un maximum d’activité au coucher du soleil et un second, souvent
plus accentué, à l’aube. L’après-midi est une période de repos (23% de
l’activité pendant la journée). En hiver, l’activité diurne est plus impor¬
tante que pendant l’été ; on observe un maximum d’activité en avril,
un minimum en automne. A. .T. Marshall (1938) n’a observé aucune
périodicité chez cette espèce dans la nature, au cours de l'été.
Mémoires ou Muséum. Zoologie, t. XL. 9
Source : MNHN, Paris
134
M.-C. SAINT GIRONS
Vulpes vulpes.
Tembrock (1958) a observé un rythme circadien de l’activité chez
le Renard. D’après cet auteur, le maximum principal se manifeste au
coucher du soleil. Il existe un maximum secondaire au milieu de la nuit,
un troisième à l’aube. Au cours de la journée, l’activité est moins impor¬
tante mais atteint 38% environ du total. Il existe des variations saison¬
nières, le maximum d’activité se situant en janvier, le minimum en
avril et pendant l’été. On observe une reprise de l’activité en automne.
Mustelidae
On voit souvent des Belettes (Mustela nivalis) pendant le jour. 11
en est de même des Hermines (Mustela erminea). Herter (1958), résu¬
mant les observations de Rauch sur cette espèce, indique que l’activité
est faible entre 16 heures et 1 heure et qu’il existe deux maxima, l’un
vers 3 heures, l’autre vers 11 heures. W. H. Marshall (1936) écrit qu’en
hiver le Vison américain (Mustela vison) est surtout actif au crépuscule
et à l’aube. Mais on peut également observer des animaux au milieu de
la journée.
Meles meles.
L’activité du Blaireau dans la nature est connue par les travaux de
Neal (1948). Des observations très attentives en Angleterre ont permis
à cet auteur de constater que les animaux sont nocturnes en toute saison
et que leur sortie s’effectue peu de temps après le coucher du soleil.
Bonnin-Lafargue et Canivenc (1961) ont fait la même constatation
mais ont, en outre, remarqué que l’activité des Blaireaux se décompose
en trois phases : une phase initiale au cours de laquelle les animaux
effectuent de courts va-et-vient près de l'entrée du terrier, une phase
médiane, très stable, pendant laquelle les Blaireaux circulent loin de
leurs abris, probablement à la recherche de leur nourriture, une phase
terminale analogue à la première (1). Hainard (1961) a mis en évidence,
en Suisse, la corrélation entre l’activité des Blaireaux et les heures du
coucher et du lever du soleil. Ses observations complètent et confirment
en tous points celles de Neal.
(1) Ce schéma d'activité est, semble-t-U, valable pour l'ensemble des Mammifères
On Pobserve aussi bien en captivité que dans la nature.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN
l’activité
135
ARTIODACTYLES
L’activité des Ruminants diffère essentiellement de celle des autres
Mammifères en ce sens qu’une partie importante du nycthémère est
consacrée à la rumination, le reste se partageant entre le repos et la
recherche de la nourriture. En étudiant les périodes de sommeil chez
les Ruminants, Balch (1955) a noté qu’on trouve des périodes peu nom¬
breuses de sommeil très léger. Le repos a lieu surtout la nuit. Au cours
du nycthémère, la rumination occupe une série de périodes qui durent
normalement moins d’une heure. Le temps total de rumination peut
atteindre 9 heures et varie avec le régime. Celle-ci est parfois concentrée
dans les heures d’obscurité. Il ne semble pas possible que le sommeil
apparaisse pendant les périodes de rumination étant donné la position
de l’animal (thorax dressé). Balch a remarqué que le sommeil était de
type polyphasique et qu’il existait des variations saisonnières de l’acti¬
vité, liées aux changements de durée du jour et de la nuit.
Cervidae
Cervus elaphus.
Les observations dans la nature sont dues surtout à Darling (1946).
En Ecosse, les Cerfs sont principalement nocturnes. Ils sont actifs au
début de la matinée puis montrent une période de repos entre 10 heures
et 15 heures, souvent interrompue par de brèves périodes de nourriture
entre 13 heures et 14 heures. Ils recommencent à paître au crépuscule
et ont une seconde période de repos tard dans la soirée.
12 18 Oh
Fio. 28. — Activité de Capreolus capreolus. Actogramme linéaire de Fulleh (1928).
R = rumination ; L = locomotion ; P — pâture (extrait de Bubenik, 1960).
Bubenik et Lochmann (1956) ont montré que, chez le Cerf, des
temps de pâture longs sont suivis de longs repos puis de temps de rumi¬
nation très courts. Par contre, d’après ces auteurs, les Chevreuils,
Capreolus capreolus, en semi-captivité, manifestent des temps de pâture
courts, suivis immédiatement de temps de rumination beaucoup plus
Source : MNHN, Paris
136
l.-C. SAINT GIRONS
longs Bubenik (1960) a pu mettre en évidence, chez le Chevreuil, le
caractère bimodal de l’activité. Celle-ci est egalement en relation avec
le coucher et le lever du soleil et varie suivant les saisons (fig. 28).
Cervus canadensis.
Cette espèce a été étudiée en liberté dans le Wyoming (Altmann,
1952). L'activité se répartit de la façon suivante :
4 h - 7 h
7 h -15 h
15 h - 16 h 30
16 h 30 - 20 h
20 h - 21 h 30
21 h 30 - 4 h
Pâturage sur les hauteurs ;
Repos, rumination, pâturage, repos dans les bois épais et leurs
clairières ;
Déplacements vers les pâturage de prairie et les mares pour boire ;
Pâturage dans les prés ;
Pâturage sur les pentes des collines ;
Repos et gîte sur les pentes.
D’après l’auteur, on peut estimer grossièrement le temps imparti a
chaque type de comportement de la façon suivante :
Déplacements 21 %
Pâturage 48 %
Repos, rumination,
I.échagc, jeux, boisson 31%
LES FACTEURS DE L’ACTIVITÉ
Comme l’ont montré un certain nombre de travaux récents, les
rythmes circadiens sont d’origine endogène (voir dans Aschoff, 1963,
un exposé de cette question). Mais les organismes, dans la nature, ne
vivent pas en milieu constant et homogène. Bien au contraire, les condi¬
tions du milieu sont essentiellement fluctuantes. Les modalités du rythme
circadien subissent des variations. Celles-ci s’exercent sur la durée de
la période, l’horaire des divers phénomènes et l’intensité de leur manifes¬
tation. Les variations du milieu peuvent être classées en deux catégories
suivant leur nature accidentelle ou saisonnière. Les variations acciden¬
telles sont fortes mais de courtes durées. C’est le cas, par exemple, d’une
averse ou d’une dépression orageuse. L'activité des animaux se trouve
modifiée pendant le passage du phénomène mais ces modifications,
bien qu’accentuées parfois, n’influent pas sur le schéma général du rythme
circadien. Quelques heures après, les animaux reprennent leur activité
normale. Il n’en est pas de même des variations saisonnières lentes et
en particulier de l’évolution de la photopériode. Ces variations ont une
influence beaucoup moins brutale mais très profonde. Elles peuvent
modifier complètement les horaires. Certaines espèces sont diurnes à
une saison et nocturnes au cours d’une autre.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE l’aCTIVITÉ
137
Les variations d’origine exogène, accidentelles ou saisonnières, ne
constituent pas les seuls facteurs modifiant les rythmes circadiens. L’âge
et le sexe, par exemple, influent aussi sur l’activité, en particulier sur
son intensité. Les modifications apportées par ces facteurs éthologiques
endogènes sont généralement lentes et peu spectaculaires, à l'exception
de celles liées à l’œstrus des femelles chez certaines espèces.
Dans le chapitre qui suit, nous nous proposons d’envisager succes¬
sivement les facteurs écologiques et éthologiques ainsi que leur influence
sur l’activité des diverses espèces.
I. — FACTEURS ÉCOLOGIQUES
Intensité lumineuse
La luminosité semble le facteur exogène le plus important de l'horaire
des Mammifères (1). Pour chaque espèce, l’horaire dépend d'un seuil
de l’intensité lumineuse atteint au début et à la fin de l’activité. Dans
la nature, l’intensité lumineuse dépend des heures du coucher et du
lever du soleil, c'est pourquoi l’étude de l’influence de la lumière sur
le rythme de l’activité nous semble inséparable de celle de la durée du
jour. La période d’éclairement agit comme « Zeitgeber » pour la majorité
des phénomènes où une périodicité circadienne a été mise en évidence.
Cette influence ne se borne pas aux rythmes de l’activité spontanée,
elle s’exerce également sur de nombreux phénomènes physiologiques.
Nous citerons, par exemple, les conclusions d’HALBERG et Visscher
(1954) concernant les variations nycthémérales de la température rectale
et du nombre des éosinophiles dans le sang circulant chez Mus musculus :
« Under physiologie circonstances and as far as mice are concerned,
lighting appears to be the dominant extrinsic synchroniser of the intrinsic
partly adrenal mechanisms of daily periodicity » (voir les travaux de
Halberg, 1959 et 1960, concernant cette question). L’existence d’un
rythme de sensibilité à la lumière a été mise en évidence par DeCoursey
(1960 a, 1960 b) chez des Rongeurs. L’importance de la luminosité étant
bien établie, nous nous proposons d'envisager son action sur l’horaire
de l’activité et sur son intensité.
Espèces nocturnes
L’influence du déclin de la luminosité, au coucher du soleil, est parti¬
culièrement nette chez les espèces nocturnes. Neal (1948) et Hainard
(1961) ont montré que les sorties crépusculaires du Blaireau sont liées à
l’heure du coucher du soleil. Celles de l’Ecureuil américain, Glaucomys
(1) Voir, par exemple : Ascuorr (1954. 1959), Rawson (1959) et l'importance donnée
à la lumière dans le chapitre consacré aux Mammifères de l'ouvrage de Cloudsley-Tiiom-
son (1961).
Source : MNHN, Paris
138
M.-C. SAINT GIRONS
volans, le sont également (DeCoursey, 1960 a). Il en est de même pour
les différentes espèces que nous avons pu étudier aussi bien au laboratoire
dans des conditions lumineuses naturelles (Eliomys quercinus, Clethrio-
nomiis glareolus , Dryomys niledula) qu'en semi liberté (Apodemus sylva-
ticus) ainsi que le montre la figure 29. La liaison entre l’heure du coucher
Fig 29. — Liaison entre le début de l'activité crépusculaire et le coucher du soleil chez
' Apodemus sylvalicus en semi-liberté.
Abscisses : mois ; ordonnées : heures.
du soleil et l’envol des Chauves-Souris a été remarquée par tous les
auteurs qui ont étudié ces animaux et il n’est pas indispensable de s’éten¬
dre ici sur cette notion, maintenant communément admise (citons, pour
les espèces européennes, les travaux de Altum, 1872; Eisentraut,
1952 ; et les deux articles récents de Harmata, 1960 et Gaisler, 1963).
Dans l'ensemble, les espèces nocturnes ont généralement une pointe
d’activité au coucher du soleil (Cloudsley-Thomson, 1961). On peut se
demander comment les Mammifères nocturnes et souterrains perçoivent
les stimuli lumineux réglant leur activité. Des observations précises ont
montré chez les espèces étudiées avec soin que la sortie principale était
précédée d’un séjour à l’entrée du terrier ou de l’abri au cours duquel
l’animal semble très attentif et ne se livre apparemment à aucune acti¬
vité particulière. Après un temps plus ou moins long, il rentre dans
son abri et la sortie définitive n’a lieu que quelques instants plus tard.
Nous avons observé régulièrement ce phénomène chez les espèces étudiées
au laboratoire, Rongeurs et Insectivores. HoliSova (1961) l'a remarqué
dans la nature chez Apodemus sylualicus. Gaisler (1963) l’a constaté
également chez des Chauves-Souris (voir également Twente, 1955 ;
Sluiter et van Heerdt, 1957). Les observations de Bonnin-Lafargue
et Canivenc (1961) comme celles de Hainard (1961) montrent qu’il
existe aussi chez le Blaireau. On peut se demander si ces brèves sorties,
suivies généralement de retours au gîte, ne sont pas des sortes d’explo-
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
139
ration de l’animal, durant lesquelles il enregistre les conditions atmos¬
phériques et particulièrement lumineuses. La sortie définitive ne se
produit que quand les conditions lumineuses optimales sont atteintes.
Elles sont en rapport avec l’état du ciel. La figure 30 montre, chez
Fig. 30. — Actogrammes d’une femelle d’Eliomys quercinus à la fin de mai. Remarquer
les brèves sorties précédant l’activité crépusculaire.
Eliomys quercinus, l’existence pendant plusieurs jours consécutifs de
ces petites sorties d’exploration avant que ne débute la longue phase
active du coucher du soleil. En ce qui concerne les Chauves-Souris
cavernicoles, une hypothèse différente a été émise par Allison (1937).
Cet auteur estime que le signal déclenchant l’envol crépusculaire pour¬
rait être l’appel d’air créé dans les grottes par le refroidissement de la
température extérieure à la tombée de la nuit. Le courant d’air pour¬
rait, dans certains cas, être perçu par les individus dans le fond de la
grotte, il serait donc le moyen terme unissant le coucher du soleil à
l’envol des Chauves-Souris. Les variations de Pécoclimat au fond des
grottes sont très atténuées aussi cette hypothèse, pour séduisante qu’elle
soit, demanderait confirmation.
Fio. 31. — Relations entre l’état <lu ciel et la sortie crépusculaire chez Eliomys quercinus
au laboratoire.
En blanc : ciel clair ; en pointillés : ciel couvert sans pluie ; en noir : pluie.
La quantité de lumière perçue par les animaux à l’entrée de leurs
terriers dépend de la couverture de nuages. Une étude faite au labora-
Source : MNHN, Paris
140
M.-C. SAINT GIRONS
Loire nous a permis de constater chez quatre espèces de Rongeurs (Apode-
mus tlavicollis, Meriones crassus, Clelhrionomys glarcolus et Eliomys
quercinus) que l'horaire des sorties est réglé par l'intensité lumineuse.
Plus la luminosité est faible, plus les individus ont, toutes choses égales
par ailleurs, tendance à quitter leurs abris plus précocement (Saint
Girons, I960 a, 1962). Pendant 13 jours du mois d'août, nous avons
noté l’état du ciel au moment de la sortie crépusculaire d 'Eliomys quer¬
cinus au laboratoire. Le tableau suivant résume les observations :
Heure moyenne de la sortie du soir pendant cette période .
Heure moyenne de la sortie par ciel clair (6 jours) .
Heure moyenne de la sortie par ciel couvert sans pluie (3 jours)
Heure moyenne de la sortie par ciel couvert avec pluie (4 jours)
La sortie la plus tardive (19 h 20) correspond à un ciel dégagé, la plus
précoce (17 h 25) à une pluie orageuse (fig. 31). Chez. Glaucomys volans,
DeCoursey (1960 a) a remarqué que les sorties crépusculaires sont plus
précoces lorsque le ciel est nuageux. Pourtant, Vietinghoff-Riesch
(1955) pense que les sorties crépusculaires des Loirs, Glis glis , sont
dues à la faim et ne dépendent pas de l’intensité lumineuse.
Ce sont les horaires des Chauves-Souris qui ont été, de ce point de vue,
les plus .étudiés. L’inducnce de l'intensité lumineuse chez les Chéiroptères
a été mise en évidence par L. Hansen (1946) chez différentes espèces.
Les Chauves-Souris quittent leurs abris d’autant plus tôt que le ciel est
plus couvert. Eptesicus serolinus s’envole 27 minutes après le coucher
du soleil, en moyenne, par ciel clair et 11 minutes seulement, si le ciel
est couvert. Nyctalus noctula, par ciel clair, s'envole 22 minutes après
le coucher du soleil, 5 minutes après seulement si le ciel est couvert.
Pipistrellus pipistrellus quitte son abri 19 minutes après le coucher du
soleil par ciel clair et 8 minutes après par ciel couvert. Chez Myotis
daubentoni, la liaison est moins apparente puisque l’envol a lieu 44 minu¬
tes après le coucher du soleil par temps clair et 40 minutes seulement
par temps couvert. Notons que l’influence de la nébulosité est d’autant
plus apparente que l’espèce a l’habitude de quitter tôt son abri, au moment
où il existe encore un peu de clarté ; Myotis daubentoni s’envole quand
la nuit est pratiquement tombée, on comprend dès lors que, pour cette
espèce, la couverture de nuages joue un rôle plus réduit.
Church (1957) n’a pu mettre en évidence chez Pipistrellus pipis¬
trellus une nette corrélation entre la couverture de nuages et l’heure
d’envol des animaux, mais pense que la luminosité est un facteur impor¬
tant. Chez une autre espèce de Pipistrelle, Pipistrellus mimus, en Inde,
Prakash (1962) a observé que, par temps nuageux, les individus sortent
plus tôt. Par contre, Venables (1943) avait, comme Church, noté que,
chez Pipistrellus pipistrellus, la présence de gros nuages ne semble pas
avoir d’importance sur l’heure de la sortie nocturne.
Malgré ces observations contradictoires en ce qui concerne les Pipis¬
trelles, on peut admettre que, plus le ciel est couvert, plus les espèces
nocturnes sortent tôt. Elles répondent, semble-t-il, à un seuil lumineux
perceptible à l’entrée de l'abri quelque temps avant la sortie définitive.
La luminosité joue également un rôle dans l’horaire de la rentrée
18 h 17
18 h 27
18 h 22
18 h
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L'ACTIVITÉ
141
dans l’abri des espèces nocturnes. L. Hansen (1946) l’a étudié chez les
Chauves-Souris. Chez Eplesicus serotinus, la rentrée par ciel clair se
produit en moyenne 65 minutes avant le lever du soleil et par ciel cou¬
vert 55 minutes seulement avant. Chez Nyctalus noctula, la rentrée
s’effectue 33 minutes avant le lever du soleil par ciel clair et 22 minutes
par ciel couvert. Chez Pipislrellus pipistrellus, la rentrée dans les gîtes
diurnes se fait 39 minutes avant par ciel clair et 17 minutes seulement
par ciel couvert. Il existe donc une influence manifeste des stimuli lumi¬
neux sur l’horaire de ces espèces puisque les individus retardent leur
retour au gîte jusqu’à ce que, semble-t-il, l’intensité lumineuse atteigne
un certain seuil.
Espèces diurnes
Les Mammifères diurnes sont également sensibles aux variations de
l’intensité lumineuse.
Dans la nature, les Marmottes, Marmota marmota, adaptent leur
horaire aux variations du lever et du coucher du soleil. Le tableau ci-
dessous indique, d’après Zelenka (1965) les heures de sorties des abris
et de rentrées définitives pendant la période d’activité.
Sortie
Rentrée
Fin juillet
Fin août
Fin septembre
entre 5 h 35 et 7 h 10
entre 6 h 15 et 7 h 20
entre 7 h 15 et 8 h 15
entre 18 h 50 et 20 h
entre 18 h 05 et 19 h 25
entre 12 h 30 et 16 h
L’influence de l’intensité lumineuse a été particulièrement étudiée
chez les Ecureuils. Dans l’ensemble, la nébulosité agit comme facteur
limitatif. C’est ce qui ressort en particulier des travaux de Hicks (1949)
concernant Sciurus niger. Chez le Spermophile, Citellus pygmaeus,
Ivanov (1957) a noté une activité biphasique diurne avec prédomi¬
nance le matin et le soir, l’intensité lumineuse jouant pendant ces périodes
un rôle important comme stimulus signal dans la régulation du rythme.
Une autre observation montrant bien l’influence des stimuli lumineux
sur l’activité des animaux diurnes a été faite par Modin (1956) en Ukraine,
pendant une éclipse de soleil. Quand l’obscurité s’est installée, Cilellus
suslika et Marmota bobax ont regagné leurs abris alors que ces espèces
sont normalement diurnes.
Les espèces diurnes ont généralement une pointe d’activité au lever
du soleil (Cloudsley-Thomson, 1961).
Variations saisonnières de l’activité
Chez toutes les espèces étudiées, soit dans la nature, soit en captivité,
et maintenues pendant au moins un an dans de bonnes conditions, les
auteurs ont remarqué l’existence de changements périodiques progressifs
dans l’horaire, la durée et l’intensité de l’activité. Ces variations saison-
Source : MNHN, Paris
142
M.-C. SAINT GIRONS
nières sont en relation évidente avec les fluctuations de la période d’éclai¬
rement. Nous voulons insister sur l’importance de longues séries d'obser¬
vations. Des espèces principalement diurnes à une saison deviennent
principalement nocturnes au cours d'une autre période de l’année (1)
et c’est là sans doute qu’il faut rechercher la raison de contradictions
entre des auteurs qui ont travaillé sur les mêmes espèces mais à des
époques différentes. Cependant, si l’on considère les variations saison¬
nières de l'activité chez plusieurs especes, on peut mettre en évidence
certains caractères du rythme saisonnier qui se retrouvent des unes aux
autres. Les principaux travaux ayant trait aux variations saisonnières
des rythmes de l'activité locomotrice des Mammifères holarctiques,
dans des conditions naturelles ou semi-naturelles, ont été effectués sur
les espèces suivantes :
Sciurus niger (Hicks, 1919).
Glaucomys volans (DeCoursey, 1960 a).
Glis glis (Ostermann, 1956 ; Saint Girons, 1959).
Eliomys quercinus (Ostermann, 1956 ; Saint Girons, 1960 a).
Dryomys niledula (Saint Girons et Lenkiewicz, 1965).
Heithrodonlomys megalolis (Pearson, 1960 b).
Clelhrionomys glareolus (Ostermann, 1956 ; Saint Girons, 1960 b,
1961).
Clethrionomys rufocanus (Peiponen, 1962).
Microlus arvalis (Durup, 1956 ; Ostermann, 1956).
Microlus agrestis (Erkinaro, 1961).
Microlus californicus (Pearson, 1960 a).
Apodemus sylvalicus (Ostermann, 1956 ; Zollhauser, 1958).
Apodemus flavicollis (Ostermann, 1956).
Mus musculus (Zollhauser, 1958).
Myolis myotis (Mislin, 1912).
Vulpes vulpes (Tembrock, 1958).
Alopex lagopus (Tembrock, 1958).
Meles meles (Neal, 1948).
Cervus elaphus (Darling, 1946).
Ceruus canadensis (Altmann, 1952).
L’importance de la durée de l’éclairement sur l’activité a fait l’objet
de nombreuses recherches dans des conditions expérimentales. Les
résultats obtenus dans des expériences rigoureusement contrôlées aident
à comprendre les phénomènes observés dans la nature. Des animaux
ont été maintenus dans des conditions artificielles d’éclairement continu
(L.L.) ou d’obscurité permanente (D.D.), toutes les autres conditions
du milieu étant constantes. Ces expériences ont été faites chez des
Rongeurs, en particulier des Souris (voir les travaux de Aschoff), des
Rats (Herring et Brody, 1938 ; Browman, 1936-1937 ; F. A. Brown
et ses collaborateurs, 1956-1959 ; Foi.k, 1959), des Cricetidae du genre
(1) Pittkndrioh (1ÜG1) et Abchoff (1964 a) ont étudié les rapports entre les varia¬
tions de la photopériode et les changements saisonniers des rythmes circadiens.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
143
Peromyscus (M. S. Johnson, 1926 et 1939 ; Rawson, 1959), des Hamsters
dorés et un Ecureuil américain (DeCoursey, 1960 a, 1960 b, 1961 et
1964). Lorsque les individus de ces espèces nocturnes sont maintenus
dans des conditions de luminosité constantes, le rythme est profondé¬
ment perturbé. Il existe encore une périodicité mais l’heure du début
de l'activité ainsi que celle à laquelle se produit le maximum se déplacent
et ont tendance à apparaître plus tardivement chaque jour, la période
par conséquent s’allonge et dépasse 24 heures (voir par exemple les
travaux de Herter, 1934, chez le Hérisson). Par contre, lorsque des
espèces, normalement nocturnes, sont placées à l’obscurité constante,
l’alternance des phases de repos et d’activité demeure très nette mais
les animaux ont tendance à avancer l’horaire de leurs différentes activités.
La période du rythme se raccourcit donc. Ces phénomènes sont exacte¬
ment inversés pour les espèces diurnes. Ces expériences de « free running »,
outre l’intérêt qu’elles présentent dans l’étude de l’origine endogène
des rythmes circadiens, mettent en évidence la liaison très étroite entre
les changements dans les conditions d’éclairement agissant comme sti-
muli signaux et l’horaire de l’activité. Lorsque les animaux sont main¬
tenus dans des conditions lumineuses constantes, un unique signal,
même très bref, peut jouer le rôle de « Zeitgeber », à condition que ce
signal se produise à une heure convenable car l’existence d’un rythme de
sensibilité aux conditions lumineuses a été mise en évidence (De Coursey,
1960 a et 1960 b).
La durée des périodes d’éclairement et d’obscurité dans les hautes
latitudes variant beaucoup, l’observation des changements saisonniers
de l’activité y est particulièrement intéressante. Peiponen (1962) a
étudié Clethrionomys rufocanus dans l’Arctique. L’auteur constate que
l’activité au cours de l’été, c’est-à-dire au moment où il fait jour conti¬
nuellement, ne semble pas présenter un horaire régulier. Ces observations
ont été faites aussi bien dans la nature qu’au laboratoire dans des condi¬
tions lumineuses analogues. Dans la seconde moitié de juillet, le soleil
commence à descendre au-dessous de l’horizon pendant plus d’une heure
chaque nuit mais ce n’est qu’au mois d’août que l’on voit se dessiner
un horaire net, la concentration de l’activité se manifestant pendant les
heures d'obscurité. En Finlande (latitude d’Helsinki), Erkinaro (1961)
a étudié le rythme du Campagnol agreste, Microtus agrestis, dans des
conditions lumineuses normales. D’après cet auteur, le Campagnol
agreste est actif aussi bien de jour que de nuit, avec un maximum d'ac¬
tivité diurne en janvier, février et mars. En avril et mai, période des
nuits courtes, l’activité est presque également répartie sur l’ensemble
du nycthémère. Par contre, dès le mois de juin, elle a tendance à se
concentrer au cours des heures de la nuit. En août, les animaux sont
presque uniquement nocturnes. En septembre, ils le sont déjà nettement
moins et en novembre on ne distingue pas de rythme net. Au mois de
décembre, les individus redeviennent principalement diurnes.
De l'étude des modifications saisonnières du rythme de l’activité
chez ces deux Campagnols des régions arctiques, on peut tirer la conclu¬
sion que les changements rapides des conditions lumineuses affectent
profondément les rythmes normaux. La luminosité constante ou presque
constante se traduit par un bouleversement tel qu’aucun rythme circa-
Source : MNHN, Paris
144
M.-C. SAINT GIRONS
dien de l'activité ne peut être mis en évidence (1). L’apparition d’une
période d’obscurité coïncide avec une concentration de l’activité au cours
de cette période et cette concentration est d’autant plus nette que la
longueur du jour se rapproche de celle de la nuit. Si la durée de la nuit
augmente, on observe un bouleversement du rythme et une disparition
de la périodicité. Par contre, en obscurité constante ou presque cons¬
tante, le rythme circadien est maintenu mais l'activité est concentrée
pendant les heures correspondant à la période d’éclairement dans les
latitudes méridionales.
Le Lièvre d’Amérique du Nord est crépusculaire et nocturne (Keith,
1964). Le maximum de l’activité se manifeste vers 23 heures. Plus la
durée de la période obscure augmente, plus les individus ont tendance à
concentrer leur activité entre 20 h 30 et 1 h 30 (38% d’activité durant
cette période à la mi-juin, 74% à la fin d’août).
Il est intéressant de comparer les modifications saisonnières d’espèces
voisines dans des latitudes plus méridionales où les variations annuelles
de la photopériode sont plus atténuées. Chez Clethrionomys glareolus,
Ostermann (1956) a obtenu, en Allemagne, des résultats qui semblent
absolument conformes à ceux observés par Erkinaro chez le Campagnol
agreste. C'est-à-dire qu’au printemps les animaux n'ont pas de rythme
circadien net, en été ils sont principalement nocturnes, en automne
l’activité est irrégulière et en hiver, ils sont principalement diurnes.
Nos résultats dans la région parisienne sont différents en ce qui concerne
l’activité diurne hivernale (Saint Girons, 1960 b , 1961). Nous avons
bien remarqué une activité principalement nocturne au cours de l’été
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Fio. 32. — Variations saisonnières du pourcentage de l'activité diurne chez Clethrionomys
glareolus au laboratoire.
tandis qu’en hiver les animaux sortent volontiers dans la journée ;
mais c’est au printemps que nous avons noté le maximum d’activité
diurne, lié, à notre avis, à la période d’activité sexuelle (fig. 32). Nos
observations dans la nature en Bretagne ont confirmé les données recueil-
(1) Rappelons que, au coi
périodicité circadienne chez le
a constaté le même phénomène
urs de l'été. Marsh ai. i. (1938) n’a pu observer aucune
Renard polaire. Dans les mêmes conditions, cet auteur
chez le Phoque marbré (Phoca hispiita).
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
145
lies au laboratoire. Nous n’avons pas capturé plus de Campagnols dans
la journée en hiver qu’en été. Miller (1955) en soumettant des Campa¬
gnols roussâtres au laboratoire à des durées de jour variables avait remar¬
qué que les animaux, pour une durée d’éclairement de 16 heures, mani¬
festaient 51,4% de leur activité pendant le jour. Si la durée du jour
était de 12 heures, l’activité diurne n’atteignait plus que 33% du total
et, pour un jour de 8 heures, cette activité était seulement de 28%.
A.M. Pearson (1962) a soumis des mâles et des femelles de deux Cam¬
pagnols, Clethrionomgs glareolus et Clelhrionomys ru/ocanus à des durées
d’éclairement variables (18 heures, 12 heures et 6 heures). Il a remarqué,
chez les deux espèces et pour les deux sexes, une diminution de l’activité
diurne parallèle à la diminution de la durée du jour. Dans le tableau sui¬
vant, nous donnons parallèlement les résultats de Miller, de Pearson
et les nôtres :
Durée de % de l'activité diurne
l'éclairement
C. glareolus C. ru/ocanus
18 heures
16 heures
12 heures
8 heures
Pearson
Miller
Saint Girons
Pearson
Miller
Saint Girons
Miller
Saint Girons
6 heures
Pearson
cf 57,7
9 71,6
51,4
cf 26
9 40,5
cf 26,3
9 45,8
33
28
Cf 14,5
9 33,7
cf 16,1
9 21,4
Nos résultats confirment donc, dans l’ensemble, les données de
Miller et de Pearson plutôt que celles d'OsTERMANN.
Chez Microlus arvalis, en Allemagne, Ostermann (1956) a remarqué
une évolution du rythme saisonnier de l’activité parallèle à celle de
Clelhrionomys glareolus : pendant l’hiver, les individus sont principale¬
ment diurnes alors qu’au cours de l’été, leur activité est concentrée
surtout au cours de la période d’obscurité, le printemps et l’automne
étant des saisons intermédiaires, sans rythme nycthéméral bien défini.
Dans les schémas publiés par Durup (1956 b), l'activité diurne de Micro¬
lus arvalis dans la région parisienne, en hiver, ne semble pas dépasser
50% du total. Ce qui apparaît surtout, c’est l'aspect polycyclique de
l'activité.
Il semble que les Muridés (AIus musculus, Apodemus sylvaticus,
Apodemus flavicollis) manifestent moins de variations saisonnières que
les Campagnols. C’est du moins ce qui ressort des travaux de Ostermann
(1956) et de Zollhauser (1958). Les Mulots et les Souris sont, en effet,
des animaux franchement nocturnes, bien qu’occasionnellement on
puisse observer Apodemus flavicollis pendant le jour, dans la nature
comme en actographe (Saint Girons, 1959). L’activité est concentrée
Source : MNHN, Paris
146
M.-C. SAINT GIRONS
en toutes saisons dans les heures d’obscurité et, pendant l’été, les périodes
actives sont plus courtes et plus régulières qu'au cours de l’hiver, saison
pendant laquelle la régularité des maxima et des minima est moins
apparente.
Il existe peu d’observations dans la nature relatives aux variations
saisonnières de l’horaire chez les Mammifères diurnes. Dans l’ouest de
la France, nous avons fait quelques observations concernant l’horaire
de l’Ecureuil roux, Sciurus vulgaris. Au printemps, les Ecureuils sont
actifs surtout dans la matinée, avec une pointe au lever du soleil. Ils
ont une seconde période active en fin d'après-midi. En été, le maximum
se manifeste entre 8 h et 9 h. 11 existe une période d’activité au milieu
de la journée, au moins dans l’ouest de la France où la chaleur n’est
jamais excessive. En automne, on peut voir des animaux en activité à
peu près à toutes les heures du jour, avec un maximum au début de la
matinée. En hiver, le rythme est nettement bimodal, il existe deux
maxima, l’un vers 7 heures, le second vers 13 heures (fig. 33). Ces varia-
0 6 12 18 0
Fia. 33. — Représentation schématique des variations saisonnières de l’activité chez
deux espèces d’Ecureuils : S.n. = Sciurus niger (d’après les données de Hicks, 1949) ;
S.v. = Sciurus vulgaris.
tions saisonnières de l'horaire rappellent celles observées par Hicks
(1949) chez Sciurus niger. Cet auteur a également mis en évidence
l’existence de deux périodes principales d’activité, au début de la mati¬
née et dans l’après-midi. La période de repos du milieu de la journée,
plus nette chez l’Ecureuil américain, en été, est peut-être en relation
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ 147
avec des conditions climatiques différentes (fig. 33). Hainard (1961) a
également remarqué qu’en hiver les Ecureuils roux sont surtout actifs
dans la matinée. On peut même parfois les voir avant le lever du soleil.
Hicks (1949), chez Sciurus niger, a noté que l’activité est sensiblement
plus importante en automne qu’au cours des autres saisons. Elle est la
plus faible au printemps et en été. Les mois pendant lesquels l’activité
est très forte sont : décembre, novembre, octobre et janvier. L’activité
est au contraire faible en juillet, mai et juin. Chez Spalax leucodon,
Hamar et coll. (1964) ont montré que l’activité est plus intense au
printemps et en été qu’au cours de l'automne.
Certains auteurs ont observé les modifications de l’horaire et de
l’intensité de l’activité chez des Mammifères nocturnes en faisant varier
expérimentalement la durée des périodes alternativement lumineuses
et obscures. R. M. Hansen (1957) a montré par cette méthode que
l'allongement de la période d’éclairement se manifeste, chez Dicroslonyx
groenlandicus, par une diminution dans l’intensité de l'activité. Pendant
les périodes d’alternance L.D., les individus n’ont aucun rythme nocturne
significatif. Kowalski (1949), chez Clethrionomys glareolus, a observé
une diminution de l’activité lorsque les animaux sont placés en lumière
constante (L.L.) en outre, le rythme circadien s’estompe. En obscurité
constante (D.D.) au contraire, l'activité augmente et le rythme persiste.
Chez Apodemus flavicollis, le même auteur a remarqué qu’en lumière
constante les changements sont encore plus accentués que chez le Cam¬
pagnol roussâtre. Dans certains cas, on assiste à une importante chute
de l’activité spontanée et à une disparition de la monophasie. L’auteur
a pu, de cette façon, mettre en évidence un rythme polyphasique lié
selon toute vraisemblance à un rythme de métabolisme à court terme.
Dans d’autres cas, les Mulots ont manifesté une période d’activité de
durée inchangée, se produisant de jour en jour plus tardivement (free
running). En obscurité continue, ces Mulots ont gardé leur rythme
normal d’activité en raccourcissant chaque jour la période (1). Chez
des Chauves-Souris (Myotis et Pipislrellus), Griffin et Welsh (1937),
en D.D., les conditions de température et d’humidité étant maintenues
constantes, ont observé un maintien de l’horaire de l’activité, sauf
chez un exemplaire de Pipistrelle pour lequel le signal de l’activité était
le dépôt de nourriture. Kowalski (1955) a fait la même observation
chez Myotis myotis.
Trois faits principaux se dégagent de ces quelques notes :
— Le rythme circadien persiste chez des individus normalement
nocturnes placés en obscurité constante. Dans certains cas, l’intensité
de l’activité augmente ;
— En lumière constante, le rythme est d’autant plus perturbé que
l’espèce est plus nocturne (cf. Apodemus flavicollis), cependant, il en
subsiste des traces ;
(1) Des phénomènes «lu même ordre ont été constatés chez un Reptile saharien,
Aspis cerastes, normalement nocturne <|ui. eu D.D., a gardé un rythme légèrement rac¬
courci et en L.L. a. au contraire, manifesté une totale irrégularité apparente. Les périodes
d'activité n’apparaissent pas liées à un horaire circadien mais à des périodes de méta¬
bolisme d’une durée de S h 40 environ (I L Saint Girons, 1959).
Source : MNHN, Paris
148
M.-C. SAINT GIRONS
__ Le maintien en conditions constantes (L.L. ou D.D.) permet
dans certains cas l’apparition de rythmes à court terme qui, dans les
conditions normales, étaient souvent masqués par le rythme nycthéméral.
Chez les petits Mammifères nocturnes, la lumière agit donc comme
facteur limitatif. Le rythme de l’activité est beaucoup plus bouleversé
J FMAMJJASOND
llllim.ill
IV
lli.ili.mi
J FMAMJJASOND
en luminosité constante qu’en obscurité constante. Quant à l’influence
de la durée de la période lumineuse sur l’intensité de l’activité, elle est
difficile à apprécier car des facteurs sexuels saisonniers interviennent.
Ils déterminent chez les mâles un accroissement de l’activité dès la ftn
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L'ACTIVITÉ
149
de l’hiver tandis que les femelles subissent des modifications suivant
qu’elles sont gravides ou en lactation. Les variations saisonnières dans
l’intensité de l’activité ont été vérifiées chez des Rongeurs sauvages
(Ostermann, 1956 ; Saint Girons, 1960 a et b, 1961 ; Saint Girons
et Lenkiewicz, 1965) aussi bien que chez le Rat au laboratoire (Hitch¬
cock, 1925). Nous donnons quelques exemples dans la figure 34. Chez
certaines espèces (Ecureuils par exemple), la constitution des réserves
d’automne peut également jouer un rôle dans l’augmentation de l’in¬
tensité de l’activité pendant cette période. Miller (1955) a d’ailleurs
démontré qu’un raccourcissement de la période d'éclairement détermi¬
nait le comportement d’amassement chez le Campagnol roussâtre,
Clethrionomys glareolus et le Mulot, Apodemus sylvalicus.
L’intensité lumineuse joue aussi un rôle important chez les animaux
maintenus en éclairage permanent (L.L.). Si on fait varier l’intensité
lumineuse, on remarque des changements dans la durée de la période
du rythme autonome et dans le rapport : Durée de l'activité/Durée du
repos. Lorsque l’intensité lumineuse s’accroît, les espèces nocturnes
augmentent la durée de leur période et raccourcissent celle de leur activité.
Les phénomènes inverses se manifestent chez les espèces diurnes. Les
expériences ont été faites chez trois espèces nocturnes : Mus musculus,
Glaucomys volans et Mesocricetus auratus (Aschoff, 1964 a et b). On
trouve dans Wever (1964) une analyse mathématique détaillée de ce
problème.
Variations saisonnières chez les hibernants
L’étude du rythme nycthéméral de l’activité chez les hibernants
est particulièrement intéressante. Ces animaux passent à jeun, dans le
fond de leurs abris, donc soustraits aux variations quotidiennes de la
luminosité et même, dans une certaine mesure, de la température, des
périodes qui peuvent dépasser plusieurs dizaines de jours au milieu de
l’hiver.
Au cours de leur vie active, pendant l’été, les Mammifères hibernants
nocturnes obéissent aux mêmes stimuli que les non hibernants. Nos
recherches ont porté particulièrement sur l'activité du Lérot, Eliomys
quercinus (Saint Girons, 1960 a, 1962, 1965 ; Gabe et coll. 1963).
Chez tous les Mammifères hibernants, le sommeil léthargique est
entrecoupé de réveils périodiques irréguliers, suivant un horaire rela¬
tivement fixe, de telle sorte que les hibernants nocturnes se réveillent
spontanément la nuit et les hibernants diurnes se réveillent sponta¬
nément pendant la journée.
Les Chauves-Souris s’éveillent très souvent au cours de l’hiver et,
suivant les auteurs, peuvent même quitter leurs abris et chasser à
l’extérieur. Les travaux de Coward (1906-1907) apportent quelques
précisions intéressantes sur l’activité hivernale, des Chéiroptères et en
particulier des Rhinolophes (Rhinolophus hipposideros et Rhinolophus
ferrum-equinum). Verschuren (1949) étudiant en Belgique les dépla¬
cements hivernaux des Chauves-Souris, a observé que ceux-ci s’eiTec-
tuaienl la nuit. D’autres auteurs ont confirmé ces observations (Gruet
Mémoires du Muséum. — Zooi.ogie, I. XI.. 10
Source : MNHN, Paris
150
M.-C. SAINT GIRONS
„ ,q49- Hoopeu et Hooper, 1956; van Nieuwenhoven,
ΫS°mÎ3’ake" (1959) a montre que, chez Myotis Inci/ujn» et Epies,eus
1956). MEN*KE, 1 ^ continue à fonctionner à une période voisine
/meus, 1 horl »e' , animaux sont en hibernation à des températures
de 24.heures qmmd^amr i_ ^ , a températur e des individus
extérieures de a » mettre en évidence des variations dans la durée
rb* 1 la périodicité theFmique inter,le. Celle-ci est égalé à 24 heures au
début de“hibernation, nettement plus longue au milieu de la période
début de ! n estime que, dans l’horaire des reveils spontanés
de som r I T i.' h Sernation, la variation circadienne de la température n’a
en cours d hibernation,^ ^ chauves . SouriS( Rawson
n^ttavâtt trouvé un raccourcissement de la période d’activité en D D.
(19 Tp sommeil léthargique que nous avons pu observer en France chez
, t' «Tsnèces de Rongeurs est profond. Les Lérots, ElwmiJS que reinus,
Pl “rS^^^ J*"» 1> 5 "»" de P artie I <le l>Prtn-mldi. 11
se reveulent g rtnmmus niledula (fig. 3o). Nous n avons aucune
oîsertation personnelle concernant des hibernants habituellement
« 16 16 20 22 0 2 < 6 » « 12h
F,o 35. - Horaire de, réveil, spontané, êtes on exemplaire de Drpomy, nileiMo
C “ r *Ab?eU,“ b f r W 1»>»“ I ordonnée, : daté. Iss réveil,.
diurnes Ceoendant, aux Etats-Unis, Folk et Fabeand (1957) ont
orn.'.é chez un Spermophile, des réveils spontanés nettement plus
remarque . ^ ' onrs de la période d’éclairement. Il semble donc
«U- qû” S le Lob (Glis plis), Ostermann (1956) a observé
d “ rcïeils pendant la seconde moitié de la nuit. Au cours de nos expé¬
riences, les'hibernants nocturnes en aetographes se réveillaient en Un
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
151
d’après-midi (Eliomys quercinus, Glis glis, Dryomys niledula, Muscar-
dinus avellanarius, Cricelus cricetus, Erinaceus europaeus : Saint Girons,
1960 a , 1962, 1965 ; Gabe el coll., 1963 ; Saint Girons et Lenkiewicz,
1965).
Les réveils spontanés au cours de l’hibernation sont en relation avec
la température extérieure (Gabe et coll., 1963). Cependant, les Lérots
placés dans des conditions de température et d'obscurité constante se
réveillent également à la fin de l’après-midi. Les Lérots hibernants, dans
des conditions normales de luminosité et de température, ont tendance à
s’éveiller de plus en plus tôt jusqu'au mois de janvier environ. Cette
tendance s'inverse peu après le solstice d’hiver et les animaux s’éveillent
au contraire de plus en plus tardivement de telle sorte que leurs périodes
d’activité sont ainsi ajustées au rythme solaire (Saint Girons, 1965).
Folk et coll. (1958), étudiant l’activité de Cilellus pendant l'hibernation,
ont formulé une hypothèse suivant laquelle, pendant la léthargie, des
phases régulières de sommeil profond alterneraient avec des phases de
sommeil plus léger ; la durée approximative de ces phases serait de
12 heures. Dans ces conditions, quand le cycle lumineux ou les stimuli
responsables du réveil coïncident avec la phase de sommeil léger, l’animal
peut s’éveiller. Cette hypothèse est séduisante. On peut d’autre part
envisager que, lors de son premier réveil en cours d’hibernation, l’animal
exposé aux conditions de luminosité normales a pris des repaires de
temps (Zeitgeber) qu'il utilise lors du réveil suivant. Si celui-ci n’est
pas trop éloigné, il gardera un horaire relativement adapté à celui du
soleil. Si par contre, ce réveil est assez éloigné comme cela se produit
généralement au milieu de l’hiver où les Lérots peuvent souvent rester
plus de 20 jours endormis, on peut admettre que les repaires seront
plus flous et l’horaire moins bien adapté.
Nous pouvons donc conclure que la périodicité lumineuse reste,
semble-t-il, le facteur exogène le plus important réglant l’horaire de
l'activité des Mammifères au cours du sommeil hivernal.
Un autre phénomène est particulièrement net chez les espèces qui
présentent un sommeil léthargique. Nous avons vu que le début de
l’activité nocturne est lié de façon étroite au coucher du soleil, l’inten¬
sité lumineuse agissant comme stimulus régulier apprécié par les indi¬
vidus à l’entrée de l’abri. L’horaire du début de l’activité évolue donc
avec les saisons et logiquement il devrait être rigoureusement parallèle
à la variation annuelle du coucher du soleil (ou du lever pour les espèces
diurnes). C’est en effet ce qui se passe très régulièrement chez les petits
Rongeurs non hibernants. La figure publiée par DeCoursey (1960 a)
montrant la liaison entre le coucher du soleil et la sortie de Glaucomys
volans au cours de l’année est particulièrement significative. Il n’en est
pas tout à fait de même en ce qui concerne les hibernants. La figure 36
indique chez une femelle de Lérot, Eliomys quercinus, étudiée au labo¬
ratoire, la liaison existant entre la sortie crépusculaire et le coucher du
soleil. On voit que l’adaptation n’est pas parfaite puisqu’au printemps
et en automne, le début de l’activité a lieu après le coucher du soleil
alors que, pendant l’été, il le précède. D’autre part, on observe un retard
d’environ un mois dans le point d’inflexion de la courbe de l’heure du
début des sorties par rapport à celle du coucher du soleil. Tout se passe
Source : MNHN, Paris
152
M.-C. SAINT GIRONS
comme si l’animal subissait un temps de latence avant de s’adapter
aux changements du rythme solaire. Nous avons fait des constatations
analogues chez Dryomys nitedula (Saint Girons et Lenkiewicz, 1965).
Des observations analogues ont été faites chez certaines espèces de
Chauves-Souris : Griffin et Welsh (1937) chez Myotis et Pipistrellus ;
Mislin (1912) chez Myotis myotis ; Vcnables (1943) chez Pipistrellus
pipistrellus ; Eisentraut (1952) chez Pipistrellus pipistrellus et Eptesicus
serotinus ; Twente (1955) chez Myotis velifer ; Prakash (1962) chez
Pipistrellus mimus (1).
Fig. 36. Relations entre la sortie crépusculaire et le coucher du soleil chez Eliomys
9U£r< Abscisses : mois ; ordonnées : temps (en minutes) séparant les deux phéno¬
mènes. Les valeurs sont positives si la sortie suit le coucher du soleil, négatives dans
le cas contraire.
Il nous semble donc possible d’écrire que l’adaptation au « Zeitgeber »
n’est ni parfaite, ni immédiate, chez les Mammifères hibernants. Nous
ne pouvons, pour l’instant, proposer d’explication à ce phénomène.
Humidité atmosphérique, pluie, neige
L’humidité atmosphérique et les précipitations jouent sur l’activité
un rôle direct. La teneur de l’air en vapeur d’eau est en liaison avec
l’intensité lumineuse. La nébulosité exerce une influence marquée sur
l’horaire et l’intensité de l’activité comme nous l’avons vu ci-dessus.
Il n’est pas toujours aisé de dissocier ces deux facteurs du climat : lumi¬
nosité et humidité.
(1) D’après les travaux de Nbai. (1918) et Hainard (1961), le phénomène existe
également chez le Blaireau, Meles melrs.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE l’ACTIVITÉ
153
Au cours de piégeages dans l’ouest de la France, nous avons remarqué
qu’une augmentation de l’humidité relative de l’air ne diminuait pas
le nombre des captures chez Apodemus sylualicus, Clethrionomys glareolus
et Microlus agrestis. Ceci confirmait les observations de L. E. Brown
(1956) effectuées dans les mêmes conditions. Nous avons remarqué
qu'une pluie fine augmente le nombre de captures mais il est difficile
dans ce cas de savoir si cet accroissement de l’activité est lié à l’humi¬
dité de l’atmosphère ou, ce qui va de pair, à la réduction des amplitudes
thermiques journalières (Saint Girons, 1957 b). Une pluie légère déter¬
mine presque toujours une augmentation du nombre des captures chez
Peromyscus polionolus (Gentry et Odum, 1957) et Blarina brevicauda
(Osterberg, 1962). Chez le Campagnol aquatique, Arvicola sapidus,
nous avons remarqué une influence nette mais indirecte de la pluviosité.
Lorsque la pluie est suffisamment forte pour troubler la surface de l’eau,
les Campagnols aquatiques ne quittent pas leurs abris (Saint Girons,
1957 b). Nous avons émis l’hypothèse que ce repos était dû à la difficulté
pour les animaux de trouver leur nourriture submergée dans l’eau agitée
par la pluie. D'après Kryltsov (1954), Microlus socialis ne quitterait
pas son terrier par forte pluie.
Chez l’Ecureuil européen, Sciurus vulgaris, nous n’avons pas remar¬
qué d’influence nette de la pluie sur l’activité lorsque les précipitations
étaient faibles (crachin breton) mais les fortes averses limitent les mou¬
vements. Hicks (1949) chez une espèce américaine, Sciurus niger, avait
de même noté la faible influence des pluies légères et du brouillard et
l'importance des fortes précipitations. De même chez Tamiasciurus
hudsonicus, Layne (1954) a observé une recrudescence de l’activité
pendant ou juste après une légère pluie. De fortes averses empêchent
les Marmottes, Marrnola marmola, de quitter leurs terriers mais le brouil¬
lard ne les gêne pas (Zelenka, 1965).
Chez les Chauves-Souris, Prakash (1962) a noté l’activité de Pipis-
trellus mimus par temps de bruine mais cette espèce ne quitte pas son
abri les soirs de pluie et le regagne si un orage survient. Gaisler (1963)
a montré chez Rhinolophus hipposideros une indifférence totale par
rapport à une pluie fine mais une pluie persistante et d'intensité moyenne
diminue notablement la durée de l’activité. Pendant les fortes averses
les animaux ne sortent pas. Church (1957) a observé une diminution
de l’activité par temps humide chez Pipislrellus pipislrellus.
On peut donc conclure de ces quelques observations qu’une faible
pluviosité ne gêne pas l’activité des espèces diurnes et nocturnes. Elle
peut même dans certains cas (petits Rongeurs nocturnes) la stimuler.
Par contre, les pluies continues ou les fortes averses agissent comme
facteur limitatif.
La couverture de neige joue un double rôle : elle augmente l’humidité
du sol et protège du refroidissement par radiation. Les chutes de neige
déterminent plutôt une augmentation de l’activité. C’est ainsi que, chez
Peromyscus leucopus, Belmey (1936) a montré que des individus en
semi-liberté présentaient une activité diurne non négligeable lorsque les
cages où les animaux étaient élevés contenaient une grande quantité
de neige. Rotschild (1956) a observé que, chez Clethrionomys glareolus,
d’épaisses chutes de neige durant l'hiver déterminent un accroissement
Source : MNHN, Paris
154
M.-C. SAINT GIRONS
, a, l'activité. Johnson et Hendmkson (1958) capturaient plus
”? tab „w,s dé Sillcitogus floridanus lorsque la neige recouvrait le sol.
d exemplaires de zyiv y </. : cr hicks (1949) a remarque que
Chez l'Ecureuil am n ■ 4 isseT diminue l'activité à un moindre
la neige, si elle n P P P jurus l, u dsonicm est plus actif
Sanrou'V^ap^ “ne légère chute de neige mais toute activité
cesse après une f Rationsontrent que la neige n’est pas, du moins
CeS de l'activité. Il resterait à
chez certaines p ’ issement de l’activité n’est pas en liaison avec,
déterminer si '“ lté , es animaux de se procurer de la nourri-
par exempte, la 0 p clle de neige recouvre le sol. Ceci expliquerait
ture si une ™P°'“ n “„ c ,„ T " “ r mJLage. Nous ne possédons pas de
l'augmentation dra s ap^ ^ J inomi . nc dont l'étude serait intéressante.
«est possible qu'il existe des espèces indifférentes aux précipitations.
Uestpossin jl é qlle ] e s„ rm ulot, Fatlus noruejicus, dans
5» conditions naturelles,lie manilestail aucune réaction aux conditions
hygrométriques.
Température
Bien que les variations thermiques jouent dans l'activité des ani¬
maux .uAèle^
Sont étudié les Mammifères dans la nature ont noté l'action de la
température sur la durée et l'horaire des rythmes circadiens de 1 activité,
tempérai „ des piégeages systématiques, a montre
diminution du nombre des captures en liaison avec la baisse de la
température chez Apoiemm syluatious et Clelh,imorny, ylareolm. Chez
Snuseus polionolL, Genthv et OntiM (1957) ont obtenu un nombre
™rtionnellement plus important de captures pendant les nuits
Tuageuses à température moyenne que pendant les nuits froides et claires
Sue aucune couverture de nuages ne modère la perte de chaleur du
soTpar rayonnement. Rodf. (1929, 1934) a étudié 1 influence des varia¬
tions atmosphériques sur le fouissement chez Mus musmlm Apodemm
Meus et Apodcmus ftmicMs. L'i,liens,té du creusement ne semble
pas en rapport avec les variations de la température de 1 air. Par contre,
fe creusement augmente lorsque la température s accroît à a surface
du sol ou juste en-dessous, là où les galeries sont habituellement creusées.
Tiens ce cas, c'est la durée de l'insolation à la surface du sol qui déter¬
mine l'échauffement de la couche superflu,elle et 1 augmentation du
fouissement. Chez Faltus norvégien, dans les conditions naturelles, une
mention de la température induit, dans 1 ensemble, une diminution
d Tëtirité (clÙÔvl 1963). Les variations thermiques jouent un rôle
'"’ XTpdiLs ouercinus et la durée de l'activité augmente en fonction
T , température (SAINT Girons, 1960 a). Chez un Rongeur diurne
d‘AfîiqM du Nord, Lemniscomys barbarus, le froid affecte peu l'horaire
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L'ACTIVITÉ
155
mais la durée de l’activité diminue très sensiblement quand la tempé¬
rature s’abaisse et les périodes d'activité ont tendance à se fragmenter
(Lenkiewicz et Saint Girons, 1964). Ces constatations sont en accord
avec celles de Zollhauser (1958) chez Mus musculus et Apodemus
sylvaticus. Cet auteur constate une liaison directe entre l’augmentation
de la température et l’accroissement de l’activité ; un froid modéré a
l’effet opposé. Par contre, un froid intense augmente l’activité. A basses
températures, on observe une alternance rapide des périodes d’activité
et des périodes de repos. Mc Cleary et Morgan (1946) ont montré
que chez le Rat au laboratoire, l’intensité du comportement d’amas¬
sement varie en fonction inverse de la température. Chez les hibernants,
la température joue également un rôle dans la fréquence des réveils
spontanés au cours de l’hibernation. Des recherches effectuées chez
Eliomys quercinus ont montré que les animaux en léthargie s’éveillent
de préférence lorsque la température de l’air augmente (Gabe et coll.,
1963).
Les variations thermiques peuvent également influencer l’horaire de
l’activité chez les petits Rongeurs. Calhoun (1945 b), étudiant le rythme
de l’activité de Microtus ochrogasler et Sigmodon hispidus au laboratoire,
a mis en évidence l’influence de la température. Hatfield (1935) étudiant
dans la nature un Campagnol américain, Microtus californicus, a remar¬
qué que cette espèce, normalement nocturne en plaine, peut présenter
une certaine activité diurne en montagne quand la température est
plus fraîche. L’auteur en conclut que le rythme d’activité peut être
modifié par les conditions locales de température. Le même auteur, en
1940, a remarqué chez d’autres espèces américaines, Microtus pennsyl-
oanicus et Peromyscus maniculatus, une diminution de l’activité en
liaison directe avec la température. En même temps, la consommation
de nourriture augmente. Microtus pennsylvanicus, par exemple, se nourrit
toutes les 2 ou 4 heures pour des températures comprises entre 0° et
28 °C. Cette périodicité disparaît à 30 °C. A une température voisine
de 0°, la périodicité se maintient mais la longueur de chaque bouffée
d'activité est considérablement raccourcie. Ces constatations sont à
rapprocher de celles effectuées chez des Muridés par Zollhauser (1958)
et Lenkiewicz et Saint Girons (1964). Chez Microtus socialis, Kryltsov
(1954) a observé par temps couvert et froid, une répartition de l’activité
sur l’ensemble du nycthémère avec pourtant une préférence nocturne.
Quand des jours beaux et chauds alternent avec des gelées nocturnes,
les Campagnols sont plus actifs pendant le jour. Lors d’un temps variable,
l'activité diurne esL presque égale ou légèrement supérieure à l’activité
nocturne. La durée totale des sorties augmente nettement quand la
température décroît. Cette dernière observation semble en contradic¬
tion avec la majorité des constatations faites dans la nature, mais il
est possible qu’il s’agisse de températures très froides, obligeant les
individus à augmenter leur activité pour se réchauffer (voir à ce sujet
Zollhauser, 1958) et à trouver une plus grande quantité de nourri¬
ture pour assurer leur thermo-régulation. Cette contradiction n’est donc
peut-être qu’apparente. Les recherches que nous avons pu faire dans
la région bretonne concernent essentiellement l’influence de la tempé¬
rature atmosphérique sur le nombre moyen de captures chez Apodemus
Source : MNHN, Paris
156
SAINT GIRONS
sylvaticus, Clethrionomys glareolus et Microtus agrestis. Lorsque la
température moyenne augmente de 2° à 9 °C, le nombre de captures
s'accroît parallèlement puis il se stabilise pour des températures moyen¬
nes plus élevées. Si la température minimale de la nuit augmente (obser¬
vations effectuées entre 0° et 16 °C) le nombre des captures de petits
Rongeurs augmente. Par contre, les variations de la température maxi¬
male (observations effectuées entre 5° et 20 °C), ne semblent pas se
refléter sur le nombre des captures. Nous avons trouvé une relation
entre le nombre des captures et l’amplitude thermique au cours des
24 heures précédentes. Lorsque les amplitudes thermiques sont accen¬
tuées, c’est-à-dire lorsque les nuits claires et fraîches alternent avec
des journées chaudes et ensoleillées, le nombre des captures diminue.
Le plus grand nombre de captures se produit lorsque les amplitudes
thermiques sont faibles ou nulles c’est-à-dire, en Bretagne, essentielle¬
ment par temps pluvieux. Dans ce cas, il est difficile d’attribuer le rôle
déterminant à la température ou à la pluviosité. Il semble que ces deux
facteurs du « temps » ne peuvent être dissociés (Saint Girons, 1957 b).
Chez le Lérot, Eliomys quercinus, plus la température s’élève, plus le
activité nocturne . , , . , .....
rapport : - . ... ,. augmente, c est-a-dire que les individus
activité diurne
concentrent leur activité pendant les heures d’obscurité.
On peut penser que, vu leur genre de vie, les Ecureuils sont plus
dépendants de la température que les Mammifères souterrains. En
Bretagne, nous avons au contraire remarqué une relative indépendance
de Sciurus uulgaris par rapport à la température. 70% des sorties obser¬
vées correspondaient à des températures atmosphériques variant entre
9° et 18 °C. Aucune activité n’a été observée lorsque la température
dépassait 25 °C. Par contre, le froid ne semble pas limiter beaucoup
l’activité puisque les sorties ont été constatées alors que le thermomètre
indiquait 2 ou 3 °C au-dessous de 0 °C. Chez Tamiasciurus hudsonicus,
en Alaska, Benton (1958) a observé que l'activité augmente pendant
l’hiver lorsque la température s’élève. La même observation a été faite
par Layne (1954). DeCoursey (1960 a) a remarqué que, dans des
conditions d’obscurité permanente les fluctuations cycliques de la tem¬
pérature ne modifiaient pas le rythme libre chez Glaucomys volans.
Dans quelques cas cependant, on observe une inhibition de l’activité
pendant les périodes chaudes. Browman (1943) a maintenu des Rats
albinos dans des conditions lumineuses constantes (L.L. d’une part,
D.D. d’autre part). Il a remarqué que les variations thermiques nycthé¬
mérales jouent le rôle de « Zeitgeber ». Le maximum d’activité apparaît
en période fraîche chez les femelles adultes normales. Il semble donc
que la température soit un facteur du rythme circadien de l’activité
beaucoup moins déterminant que la lumière mais pourtant non
négligeable.
Chez le Rat musqué, Ondrata zibelhicus, espèce ordinairement noc¬
turne, Darchen (1964) a noté en semi-liberté une activité diurne lorsque
le temps est froid et ensoleillé. 11 émet l’hypothèse que les individus
se chauffent au soleil. Par contre, l’activité diminue par forte gelée.
L’influence de la température sur l’activité des Insectivores et des
Chéiroptères a également été étudiée par différents auteurs. L’activité
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L*ACTIVITÉ 157
des Musaraignes, Sorex araneus et Sorex minutus, diminue lorsque la
température est basse (Rotschild, 1956). Au laboratoire, l’intensité de
l’activité augmente parallèlement à la température chez le grand Murin,
Myotis myolis (Kowalski, 1955). Church (1957) a montré que Pipis-
Irellus pipistrellus ne sort pas par temps froid. Nyholm (1957) a décrit
chez Myolis mystacinus, des départs individuels de l’abri pendant la
journée au cours du printemps et de l’automne. Il pense qu’il s’agit là
d’une adaptation au climat froid de la Finlande qui oblige les animaux
à chasser pendant les heures les plus chaudes au moment où les Insectes
servant de nourriture sont actifs.
W. H. Marshall (1936) a remarqué, chez le Vison américain, Muslela
vison, une absence d’activité durant les périodes de basses températures
qui suivent les chutes de neige. Altmann (1952) a mis en évidence chez
le Cerf d’Amérique du Nord, Cervus canadensis, l’importance de la tem¬
pérature dans les déplacements des hardes. Les individus semblent
rechercher la fraîcheur à l’abri des forêts pendant les heures chaudes
de la journée.
Les données que nous avons résumées ci-dessus montrent que, dans
l’ensemble, les fortes chaleurs comme les froids vifs limitent l’activité.
Il semble d’autre part qu’un abaissement considérable de la tempéra¬
ture joue en sens contraire en augmentant l’activité des animaux. Dans
ce cas, les individus se nourrissent plus souvent et leurs périodes activité-
repos se succèdent plus rapidement. Chez les hibernants, les réveils
au cours de la léthargie se produisent quand la température augmente
mais un refroidissement brutal peut également déterminer un réveil
(Gabe et coll., 1963, chez Eliomys quercinus ; Gruet et Dufour, 1949,
chez des Chauves-Souris cavernicoles). Il semble que les Mammifères
soient d’autant plus actifs que les températures extérieures sont plus
proches de celles de leurs abris. On peut constater en effet que les petits
Rongeurs nocturnes, par exemple, subissent dans leurs galeries des varia¬
tions microclimaliques atténuées et retardées. Ils quittent ces terriers
sensiblement au moment où les conditions de la température extérieure
sont les mêmes que dans les galeries. Ils regagnent leurs abris au moment
où, en sens inverse, les deux courbes thermiques se recoupent (fig. 37).
Il convient de noter que ces dernières observations ont été faites dans
le bocage de l'ouest de la France et qu’il existe bien entendu, des varia¬
tions importantes en latitude et en altitude.
Vent
Les relations entre l’intensité du vent et l'activité ont surtout été
étudiées chez les Rongeurs arboricoles (Ecureuils) et les Chauves-Souris.
Dans l’ouest de la France, nous avons remarqué que seul un vent
fort limite l’activité de l’Ecureuil, Sciurus vulgaris. D'après Hicks
(1949), l’activité de Sciurus niger est inversement proportionnelle à la
vitesse du vent. Cette observation a été confirmée par les travaux de
Layne (1954) concernant une autre espèce américaine, Tamiasciurus
Source : MNHN, Paris
158
M.-C. SAINT GIRONS
hudsonicus, chez laquelle un vent fort limite également l’activité. Dans
ces conditions, les individus passent plus de temps sur le sol ou dans les
endroits abrités.
Flr -i- _ Horaire schématique de l’activité de Clethrionomys glareolus par rapport à
la température, dans l’ouest de la France. En traits continus : température de l’air
en traits discontinus : température d’une galerie à 20 cm de profondeur.
Le vent limite l’activité des Chauves-Souris ainsi que l’ont observé,
par exemple, Church (1957) chez Pipislrellus pipistrellus et Gaisler
(1963) chez Rhinolophus hipposideros. On trouve dans le travail de
L. Hansen (1946) des précisions intéressantes concernant l’influence du
vent sur l’horaire de l’envol crépusculaire et du retour au gîte matinal
chez Eplesicus serotinus, Myotis daubentoni et Pipistrellus pipistrellus.
Chez ces trois espèces, les sorties crépusculaires sont d’autant plus pré¬
coces que le temps est calme.
Nous ne connaissons pas de travaux relatifs à 1 influence du vent
sur l’activité des Rongeurs souterrains. Au cours d’expérience de pié¬
geages dans l’ouest de la France, nous n’avons pas remarqué que le
vent même fort, limitait le nombre de captures de Apodemus sylvalicus.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
159
Clelhriononujs glareulus et Microtus agreslis. Toutes choses égales par
ailleurs, nous avons effectué un nombre moyen de capture de 3,3 par
nuit de vent modéré et de 2,3 par nuit de calme. Par contre, l’influence
du vent sur l’activité à’Arvicola sapidus, le Campagnol aquatique,
nous semble évidente. On n’observe jamais de Campagnols dans l’eau
lorsque celle-ci est agitée par un vent assez fort (Saint Girons, 1957 b).
Chez les Cervidés, une forte brise, surtout si elle est fraîche, favorise
l’activité en diminuant le nombre des Insectes piqueurs (Altmann,
1952).
Dans l’ensemble, il résulte de ces observations, que le vent agit comme
facteur limitatif de l’activité. Ceci peut s’expliquer aisément chez les
Chauves-Souris qui, par temps de grand vent, trouvent sans doute
moins d'insectes au cours des chasses nocturnes et éprouvent également
de la difficulté à voler et à localiser les proies. Chez l’Ecureuil, les dépla¬
cements dans les arbres sont rendus plus difficiles si ceux-ci sont agités.
De plus, on peut penser que, chez les Rongeurs macrosmates, le vent,
dispersant les odeurs, rend la localisation de la nourriture plus difficile.
Il convient toutefois de noter que, sous la végétation, à la surface du
sol, l’action du vent est très limitée. Quant au Campagnol aquatique,
nous pensons que l'agitation de l’eau ne lui permet pas de repérer sa
nourriture submergée et, de ce fait, limite son activité. Il est également
possible que les déplacements dans l’eau soient rendus plus difficiles
quand celle-ci est agitée. Sharp et Sharp (1956), en étudiant l’activité
de Procyon lotor, dans le Nebraska, ont remarqué que les individus de
cette espèce possèdent un sens aigu de l'approche du danger pendant
les nuits calmes et le perdent pendant les nuits de vent.
Pression barométrique
Nous ne connaissons que peu de travaux concernant les rapports
entre l’activité des Mammifères et la pression barométrique. Johnson
et Hendrickson (1958) rapportent que les captures de Sylvilagus
floridanus sont plus fréquentes durant les périodes d'augmentation ou
de chute de la pression barométrique que pendant les périodes où celle-ci
demeure constante. Chez la même espèce, ces auteurs ont mis en relation
la valeur de la pression barométrique relevée à minuit et le nombre
d’animaux capturés dans les pièges au cours de la nuit. Ils ont remarqué
que le nombre des captures était légèrement plus important au cours
des nuits où la pression barométrique était élevée.
On doit à Prakash (1960) une curieuse observation concernant la
disparition d’une Pipistrelle asiatique, Pipistrellus mimus, dans l’heure
qui précède un fort orage que rien ne fait prévoir, sauf la chute du
baromètre. L’auteur ne fournit aucune explication, mais il est possible
que la rentrée des Chauves-Souris dans leurs refuges soit en rapport
avec la baisse brutale et accentuée de la pression atmosphérique. Sharp
et Sharp (1956) ont observé des phénomènes analogues chez Procyon
lotor.
Source : MNHN, Paris
160
M.-C. SAINT GIRONS
„„ sait eue la pression atmosphérique présente des variations au
° ,o, nvethémère (de Mautonne, 1932). Elle est minimale a la fin
d°.Ta 5 nu“t p y uis pSse par un maximum entre 8 heures et 10 taure, baisse
de la nuit pui P U ^ sec0Iul maximum en fin de soiree. On peut
4 ”° muer aue P dans l’ensemble, l’activité des petits Rongeurs débute
nment’lumaximum de fin de journée et se termine juste apres le
au Certaines espèces ont au début de la matinée une
Xs" d™c“v'té ”cMbrionom»s placenta). 11 s’agit peut-être là d’une
simple coïncidence mais le problème mériterait peut-être de retenir
l'attention des naturalistes.
T ouclaues observations effectuées chez les Mammifères laissent
oenser que lhnlluence de la pression atmosphérique n’est peut-être pas
ESeable. Dans l'ensemble, une augmentation dans la pression atmos¬
phérique correspond à une intensification de l’aet.vite tandis qu une
diminution se traduit par un repos relatif.
Changements dans les conditions atmosphériques
Nous avons vu que les divers éléments du milieu climatique dans
leouel évoluent les Mammifères sont capables d'agir directement sur
f intensité et l’horaire de l’activité. Certaines observations conduisent à
penser que des changements de ce. facteurs dans 1 un ou 1 autre sens
influeraient également sur l'activité.
Tous les naturalistes ont pu remarquer l’abondance relative des
animaux visibles après une averse succédant à une longue secheresse.
Altmann (1952) a noté, cher Cernas canarien s,s, des changements
importants dans* les déplacements au moment des orages, de la pluie,
dXrésil ou d’autres changements marques dans les conditions atmos¬
phériques Gentbv et Odum (1957) au cours de piegeages chez Peromgs-
ras nolionofiis, ont remarqué une diminution du nombre de captures
orsque les conditions atmosphériques restaient inchangées pendant une
néHorie de 3 tours. Les observations que nous avons pu faire a propos
des captures * de Rongeurs dans l’ouest de la France confirment les
données de ces auteurs. Cher l’Ecureuil américain Tamiasciuriis hu riso-
? ... HsviLTON (1939 a) a observé que les individus étaient très actifs
piste avant lés°tourmentes de neige ci\avne (1954) écrit qu’une période
ékV, Th. succédant à une période froide stimule l'activité de cette espèce.
Comme “ou l’avons déjà noté, Johnson et Henoiuckson (1958), chez
sSavm floridantis, ont pu établir une relation positive entre le succès
du piégeage et les périodes accompagnant ou précédant immédiatement
une élévation barométrique.
Il est donc possible que tout changement agisse sur l’activité, géné¬
ralement en la stimulant. Dans beaucoup de cas (pluie après un temps
...par exemple) l’augmentation de l’activité est probablement en
rapport avec la nourriture disponible ou les besoins des animaux en eau.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
161
Nourriture
Petter (1961) a noté qu’une activité nocturne va généralement de
pair avec une alimentation granivore chez les Rongeurs sahariens. En
région tempérée, les Muridés granivores sont presque exclusivement
nocturnes (Apodemus). Par contre, les espèces se nourrissant princi¬
palement des parties vertes des plantes sont à la fois diurnes et nocturnes
(Microtus, Clethrionomys).
Décembre
12 16 20 0 4 8 12h.
Fig. 38. — Actogrammes d'un exemplaire de Micromys minulus disposant de nourri¬
ture seulement dans la journée, du 13 au 20 décembre, normalement approvisionné
ensuite. Comparer avec la ligure 17.
L’influence de la nourriture sur l’horaire et l’intensité de l’activité
a été observée aussi bien dans la nature qu’en captivité. Kleitman
(1949) a montré que la nourriture constituait avec les conditions lumi¬
neuses, le facteur exogène réglant l’horaire des rythmes circadiens
aussi bien que celui des rythmes à court terme (voir aussi Richter,
1927, chez le Rat de laboratoire et les travaux de Nothdurft et de ses
collaborateurs chez la Souris). Nous avons pu mettre en évidence l’im¬
portance de la nourriture chez plusieurs espèces en actographe.
Une série d’observations a été effectuée chez le Rat des moissons,
Micromys minutus, le Campagnol roussâtre, Clethrionomys glareolus et
la Crocidure, Crocidura russula. On peut les résumer comme suit : les
animaux bien nourris montrent un rythme d’activité principalement
nocturne, suivant un horaire régulier ; au contraire, les individus peu
nourris montrent un allongement de la période d’activité et les individus
qui étaient nocturnes peuvent montrer une activité diurne très accen-
Source : MNHN, Paris
162
M.-C. SAINT GIRONS
■ /frt 18 191 C’est là que se trouve, à notre avis, l’explication de
l'activité uniquement nocturne que nous avions observée chez Crocidura
1 activité u q classiqucment , ce t animal est donne comme aussi
russula, alors q ’ t ’ n esl possible que, très bien nourris, les
î’ 1 '” ,î ”"Z expériences soient uniquement nocturnes. En changeant
va du dépôt de là nourriture (le malin au lieu de l'après-midi) et
enfant*toute nourriture pendant la unit, nous avons obtenu chez cette
ïïpèce comme chez Mtcromps minutas, un tout autre aspect du rythme
Décembre
6 4
! f. ■ 1 * -■
■ i i ■ a ■
• s ■ ■
39 _ Autogrammes d'un individu de Cnrld»™ russulo dl.,,o„«t d. nourritur.
imiquemmt San. I. )■* Comp.rer avec la Ht» »
de l'activité. Les Crocidnres sont devenues à la fois diurnes et nocturnes
11 convient toutefois d'observer que, bien que très plastique, le schéma
de Sivité n'a pas été complètement bouleverse. Les individus sont
eàrles sortis pendant la journée, mais ils n ont pas cesse tonte activité
nocturne pour concentrer leurs mouvement, pendant la période au cours
ràmieUe ils pouvaient disposer de nourriture. De plus, apres cette
ae r moissons, en conditions redevenues normales, a
SLTvé une acüvUé ZZ non négiigeable (Saint G.BONS, 1959).
No supposons que le schéma endogène de leur activité est pr.ncipa-
toient nocturne mais que leur grand besoin de nourriture dû a eur
..Noli.me élevé les . oblige ■ à chercher, de jour comme de nuit, leur
™nStire dans la nature lorsque celle-ci n'est pas extrêmement abon¬
dant” On verra plus loin que, chez des Chauves-Souris, Kowai.sk.
il955) a fait des observations analogues.
l'influence de la nourriture sur le rythme d'activité a surtout été
étudiée chez le Rat albinos fRatlus norvégien*). Lorsqu'il est bien nourri,
. 0,1 U une activité principalement nocturne. Si la nourriture devient
6 ' i meut aussi ètre^aclif de jour (Cmitty et Shorten, 1946 ; Chitty
Tsoiithern 1954). Ceci confirme les résultats de Shirley (1928 a)
oui avait remarqué l'absence presque totale de rythme circadien de
Paàtivité chez des Rats peu nourris. En ce qui concerne les relations
, : l'intensité de l'activité locomotrice et la nourriture, Anderson
TZ , TH <1927). dtés par Ca,.»oun (1915 u. 1946). ont remarqué que
les Rats insuffisamment nourris ne montrent pas de changements dans
intensité de l'activité. SrnoNc. (1957) a mis en relation 1 intensité de
'activité et la privation de nourriture. Ses résultats ne sont pas très
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN
l'activité
163
concluants. Il semble exister des variations individuelles importantes.
Cet auteur a pu mettre en évidence l’activité plus grande des femelles
affamées par rapport aux mâles. Richter (1922) a observé l’activité
chez des Rats privés de nourriture mais approvisionnés en eau. Pendant
les -3 premiers jours de jeûne, l'activité augmente. Elle diminue ensuite
progressivement et cesse le huitième jour. Chez Sigmodon hispidus, au
laboratoire, Calhou.n (1945 b) a montré que l'activité spontanée dans
un tourniquet change peu chez des animaux sous-alimentés pendant
5 jours puis laissés sans nourriture pendant trois autres. L’activité
augmente nettement à l'emplacement de nourriture ainsi qu'à l’intérieur
du nid.
Les observations sur le Rat au laboratoire nous renseignent surtout
sur l’importance de la nourriture par rapport à l’intensité de l’activité.
Celles faites dans la nature (et confirmées en actographe) mettent
généralement l'accent sur l’influence de la nourriture sur l’horaire de
l’activité.
En étudiant, dans la nature, l’activité de Microtus californicus,
O. P. Pearson (1960 a) a remarqué que ces Campagnols, sans distinction
de sexe ou d’âge, sont actifs à toute heure du jour et de la nuit, en
automne, en hiver et au printemps. Par contre, pendant l’été, la plus
grande partie de l’activité est concentrée dans les 4 heures qui suivent le
lever du soleil. L'activité estivale n’est contrôlée ni par la lumière, ni
par la température, ni par l’évaporation mais, d’après l’auteur, elle est
probablement déterminée par la possibilité pour les animaux de se
procurer de la rosée dans les premières heures de la matinée (voir aussi
le travail de Nichter, 1957 sur Dipodomgs panamintinus). Chez Microlus
socialis, Kryltsov (1954) a noté que, lorsque les conditions alimentaires
deviennent moins bonnes, l’activité diurne augmente. Chez le Campagnol
aquatique, Arvicola sapidus, on observe des sorties courtes et peu nom¬
breuses lorsque la nourriture est proche et abondante ; si au contraire
les animaux ne peuvent se procurer la nourriture qu’avec une certaine
difficulté, les sorties sont nettement plus longues et la durée totale de
l’activité augmente (Saint Girons, 1957 b). La nourriture joue également
un rôle dans les réveils spontanés des hibernants, au cours du sommeil
léthargique. Des Lérots abondamment approvisionnés en nourriture au
cours de l’hiver s’éveillent plus souvent que les témoins privés de
nourriture.
L’influence de la nourriture semble plus importante sur l’activité
des Insectivores que sur celle des Rongeurs. Godet (1951) a mis en
évidence le rôle de la nourriture dans l’horaire de la première période
active des Taupes, Talpa europaea. Chez une espèce américaine, Arlton
(1936) avait également remarqué les relations entre l’activité des Taupes
et les déplacements verticaux des Vers de terre. Miller et Bond (1960)
notent également que l’activité de fouissement chez Thomomys talpoides
(Rongeur Geomyidae) semble en relation avec la nourriture et la saison
d’accouplement et non les précipitations.
Chez les Chauves-Souris, Altum (1872) considère que la quantité
d’insectes nocturnes apparaissant au cours des différentes saisons de
l'année peut être un facteur important affectant l'horaire de l’envol
crépusculaire. Mislin (1942) estime que les conditions atmosphériques
Source : MNHN, Paris
164
M.-C. SAINT GIRONS
et la quantité d’insectes sont les facteurs principaux gouvernant l’acti¬
vité nocturne de Myolis myolis. Gaisler (1963) fait remarquer que,
lorsque les Insectes sont rares, au printemps et en automne, les individus
de certaines espèces peuvent chasser même en plein jour. Un tel compor¬
tement a, par exemple, été observé chez Nyclalus noctula par Ryberg
(1947) et LoHRi- (1955). Nyholm (1957) a observé une activité diurne
chez Myolis nujslacinus au début et à la fin de l’été. En juin, cette
Chauve-Souris est nocturne. Des sorties diurnes chez ces espèces seraient
peut-être en rapport avec leurs besoins en nourriture. Kowalski (1955)
a remarqué que le rythme de l'activité est profondément perturbé
lorsque les individus de Myolis myolis sont alTamés. Il a également
noté l’importance chez cette espèce, de l’heure du dépôt de la nourri¬
ture en captivité. Nourris au début de la période obscure, des animaux
en conditions L.D. normales ont, comme nous l'avons indiqué plus haut,
deux périodes d'activité, la principale au coucher du soleil, une seconde
plus faible au lever du soleil (fig. 40). Si les Murins sont nourris au début
12 16 0 6 12 h
p 10 4 q_ _ Changements dus à l'heure du dépfit de nourriture (flèches) dans l’horaire
de Myolis myolis (d'après les données de Kowalski, 1955).
de la période lumineuse, le rythme est bouleversé. Une importante période
d’activité apparaît après le dépôt de la nourriture, une seconde, moins
nette, au coucher du soleil (voir aussi Shirley, 1928, chez lïallus norvé¬
gien-, Saint Girons, 1959, chez Crocidura russula et Micromys minulus).
Outre la quantité de nourriture, la composition de celle-ci joue
également un rôle. Grodzinski (1962-1963) étudiant l’activité de Apo-
demus agrarius, Clelhrionomys glareolus et Microlus agreslis a montré
que, lorsque le régime est pauvre en calories, le rythme est beaucoup
moins régulier. Il est nettement plus tranché quand le régime a un haut
pouvoir calorifique. Slonaker (1912 a) a montré que les Rats omnivores
vivent plus longtemps que les végétariens, sont en meilleure santé,
pèsent plus lourd et manifestent 5 fois plus d’activité environ.
Ces observations montrent que, si un animal ne dispose que d'une
quantité insuffisante de nourriture, ou d'un régime à faible pouvoir
calorifique, il peut ne plus observer une périodicité circadienne de
l’activité. Dans les actographes, où les animaux sont généralement
bien nourris, ils montrent sans doute leurs préférences endogènes pour
un type ou l'autre d'horaire (diurne, nocturne, crépusculaire, etc.).
Par contre, il peut arriver que, dans la nature, ne trouvant pas à leur
disposition une grande quantité de nourriture, ils manifestent une
activité apériodique. Ceci est peut-être particulièrement net dans les
régions à hivers froids. Dans ces conditions, on conçoit que les animaux
deviennent aussi bien diurnes que nocturnes. Par contre, en Bretagne,
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
165
où la température descend rarement au-dessous de 0 °C, les Mammifères
trouvent de la nourriture toute l’annce et il est possible qu’ils puissent
demeurer nocturnes ce qui expliquerait les différences trouvées dans les
observations concernant les mêmes espèces en Bretagne et en Europe
centrale ou orientale.
Prédateurs, concurrents
Dans certains cas, les prédateurs peuvent jouer un rôle en limitant
les sorties de leurs proies. Bien que ces relations soient difficiles à analy¬
ser, on trouve cependant quelques observations intéressantes dans la
bibliographie relative aux Mammifères.
Chez une Taupe américaine, Parascalops breweri, Hamilton (1939 b)
a remarqué une activité un peu plus accentuée pendant la journée
que pendant la nuit. Il attribue ce phénomène à l’action des prédateurs
qui se fait plus sentir au cours de la nuit, lorsque les animaux sortent
pour chercher leur nourriture.
Andrzejewski et Olszewski (1963), étudiant les relations interspé¬
cifiques entre Apodemus flavicollis et Clethrionomys glareolus, ont
remarqué que les Mulots attaquent les Campagnols lorsque les deux
espèces se rencontrent sur un terrain donné, par exemple un dépôt de
nourriture. Ce phénomène peut avoir une influence sur l’horaire de ces
espèces lorsqu'elles occupent les mêmes biotopes. En Afrique du Nord,
le Mulot, Apodemus sylvalicus, rentre également en concurrence avec
un autre Muridé, Lemniscomys barbarus, vis-à-vis duquel il se montre
agressif (Ducrot, in verbis). Il est possible que cette concurrence pré¬
sente quelque rapport avec l’horaire des deux espèces. Le Mulot est
uniquement nocturne, le Rat rayé, Lemniscomys barbarus, est princi¬
palement diurne.
Hamilton (1937) avait émis une hypothèse analogue en ce qui
concerne l’activité de Microius pennsylvanicus. Ces observations sont
sans doute à rapprocher de celles de Kryltsov (1954) qui a montré que,
chez Microius socialis , les sorties diurnes sont plus fréquentes quand
la végétation permet à l’animal de suivre des couloirs abrités. Dans ce
cas, il nous semble que deux phénomènes peuvent jouer, d’abord la pro¬
tection vis-à-vis des prédateurs et ensuite le désir de l’animal, géné¬
ralement photophobe, de demeurer à la pénombre.
Altmann (1952) a noté l'importance de la présence des Insectes
dans les déplacements de Ceruus canadensis. L’absence de Moustiques
et de Mouches peut jouer un rôle important dans les retours en fin de
journée aux pâturages des collines.
n. — FACTEURS ÉTHOLOGIQUES ET PHYSIOLOGIQUES
Même lorsque les conditions du milieu restent constantes, on observe
dans l’activité des Mammifères, des variations qui sont en rapport avec
Mémoires du Muséum. — Zoologie, t. XL. 11
Source : MNHN, Paris
166
M.-C. SAINT GIRONS
le sexe, l'âge, l'activité sexuelle ou l’état de santé des individus. L’acti¬
vité d'un spécimen isolé diffère aussi de celle d'un animal intégré dans un
groupe et, chez les espèces sociales, la place d’un individu dans la hiérar¬
chie conditionne plus ou moins l’horaire et l'intensité de son activité.
Sexe
Toutes conditions égales par ailleurs, il existe généralement une
différence dans l'horaire des mâles et des femelles d’une même espèce.
Chez les petits Mammifères, l'activité des femelles est plus irrégulière
que celle des mâles. Elles ont, au cours de 24 heures, un nombre plus
grand de bouffées d’activité et de périodes de repos. Ces observations
ont été faites chez Clethrionomys rufocanus (Peiponen, 1962). Elles
ont confirmé les résultats que nous avions obtenus chez Crocidura russula
et Clethrionomys glareolus (Saint Girons, 1959, 1960 b, 1961). Chez
certaines espèces, principalement nocturnes, les femelles sont plus diurnes
que les mâles (Saint Girons, 1960 b, 1961 ; A. M. Pearson, 1962 chez
Clethrionomys glareolus). C’est le cas inverse qui se produit chez d’autres
espèces (A. M. Pearson, 1962, chez Clethrionomys rufocanus).
L’intensité de l'activité peut aussi varier avec le sexe. Hitchcock
(1925) a remarqué que, chez le Rat, au laboratoire, l’activité des mâles
atteint seulement 56% de celle des femelles. C'est ce qui se passe aussi
chez Clethrionomys rufocanus (A. M. Pearson, 1962) alors que chez
l’espèce voisine, Clethrionomys glareolus, les mâles sont plus actifs que
les femelles (Saint Girons, 1960 b, 1961 ; A.M. Pearson, 1962).
Il semble qu’on ne puisse pas tirer de conclusion générale de ces
observations très fragmentaires. On peut retenir simplement que des
différences existent entre l’horaire et l’intensité de l’activité chez les
deux sexes mais que ces différences ne s’exercent pas toujours dans le
même sens et constituent selon toute vraisemblance un caractère spé¬
cifique.
Age
L’influence de l’âge sur l’activité a été mise en évidence chez les
Rongeurs de laboratoire.
Calhoun (1945 a, 1946) a montré que la tendance a une activité
nocturne se développe avec l’âge chez Rattus norvegicus (voir également
les travaux de Slonaker, 1912 b, et de Richter, 1922, 1927). Nous
résumons brièvement ces données.
Au moment du sevrage, les jeunes Rats sont seulement légèrement
nocturnes ; ils peuvent être en activité pendant presque toute la durée
des 24 heures. A partir du 8® mois, toute l’activité est concentrée pendant
les heures de la nuit. Ce phénomène se poursuit pendant les 11 premiers
mois mais ensuite la période d’activité se trouve peu à peu décalée de
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
167
plusieurs heures. C’est ainsi que l’activité s’effectue entre 19 heures et
3 heures le 11 e mois, entre 15 heures et 3 heures au cours du 21 e mois.
La perte de la rythmicité s’accentue le 24 e mois jusque peu avant la
mort par sénilité, époque au cours de laquelle l’activité est à peu près
arythmique. Durant la vieillesse, les bouffées d’activité sont courtes et
séparées par de longues périodes de repos.
L’âge auquel se manifeste le maximum d’activité varie selon les
auteurs entre le 75 e et le 390 e jour. Il convient de préciser que ce maximum
se produit toujours pendant la période où les Rats sont très nocturnes
avec un rythme bien tranché.
Les observations de Zoi.lhauser (1958) concernant les Souris de
laboratoire confirment celles qui ont été faites chez les Rats. Les Souris
acquièrent leur rythme bimodal normal avec l’âge, l’activité des jeunes
est arythmique. Des Souris âgées de 16 jours sont actives sans maximum
net pendant toute la durée du jour, à l’exception de quelques heures
au cours de la matinée. A 18 jours, les animaux commencent à concen¬
trer leur activité dans l’après-midi et la nuit. A 5 semaines, les Souris
ont acquis un rythme circadien net comportant deux périodes d’activité
maximale, l’une au coucher du soleil, la seconde vers minuit, avec un
repos très accentué vers 21 heures et une faible activité matinale. Layne
(1954) a observé chez les adultes de Tamiasciurus hudsonicus, une
activité diurne suivant un rythme bimodal (2 maxima, le premier dans
les 2 heures qui suivent le lever du soleil, le second avant le crépuscule).
Cet auteur a constaté que l’horaire des jeunes semble moins régulier
que celui des adultes au cours du mois qui suit le départ du nid. Au
printemps et en été, les jeunes, âgés de 12 à 14 semaines, se nourrissent
à toute heure du jour.
L’absence de rythme circadien chez les nouveau-nés est maintenant
une notion bien établie. Il est possible que, chez les individus très jeunes,
les besoins en nourriture à intervalles rapprochés déterminent la prédo¬
minance des rythmes de métabolisme à court terme sur le rythme circa¬
dien de l’activité. Ce dernier ne peut s’établir vraiment que chez les
adultes dont les besoins en nourriture sont moins impérieux. L’évolu¬
tion est très progressive et on peut penser que l’ouverture des yeux
d’une part, la sortie des terriers d’autre part, jouent un rôle non négli¬
geable dans la concentration de l’activité à l’intérieur d'une période
donnée. Les nouveau-nés adoptent les horaires d'activité de leurs parents
ainsi que l’ont montré les travaux de Johnson (1926) chez deux espèces
de Peromyscus. Des jeunes nés et maintenus en D.D. avec leurs parents
adoptent la périodicité de ceux-ci, même si elle n’est pas en phase avec
la photopériode théorique.
L’absence de périodicité accompagne aussi la sénilité. Il est facile
de le constater dans les élevages. Il est possible que, chez certaines
espèces, les individus âgés recherchent à l’extérieur des conditions
microclimatiques qu’ils ne trouvent pas dans leurs terriers. C’est ainsi
qu’une Pachyure étrusque, Suncus elruscus, très âgée, passait une grande
partie du nycthémère hors de son abri, sous une lampe chauffante. Il
n’en était pas de même auparavant (Saint Girons, 1957 a). Nous avons
fait des observations analogues chez Clethrionomys glareolus.
Il convient de remarquer que le mauvais état de santé a le même
Source : MNHN , Paris
168
M.-C. SAINT GIRONS
effet sur l’horaire de l'activité. Dans nos élevages, lorsqu’un animal
adulte présente une arythmie prolongée de l'activité, il succombe géné¬
ralement en quelques jours. Des observations de ce type ont été faites
particulièrement chez Crocidura russula cl Clethrionomys glareolus , mais
il est vraisemblable que de tels phénomènes existent également chez
d’autres espèces. De plus, les individus malades sont généralement
chassés du terrier qu’ils occupent ou même le quittent lorsqu’ils n’y
sont pas contraints. Nous en avons fait l’observation chez Apodemus
(Dollfus et Saint Girons, 1958) et Eliomys quercinus en particulier.
Cycle sexuel
Après les études de Long et Evans (1922), les physiologistes se sont
préoccupés de l’influence du cycle œstrien sur l’activité spontanée.
Wang (1923) a le premier mis en rapport les deux phénomènes et montré
que l'activité d’une femelle de Hat en œstrus était plus de 10 fois supé¬
rieure à celle de la même espèce en dioestrus.
Slonaker (1924) a systématiquement étudié, chez le Hat au labo¬
ratoire, les relations entre le cycle sexuel et l’activité. Chez les femelles,
l’activité augmente au moment de l’œstrus et diminue pendant la
gestation et la lactation. D’autres auteurs ont montré que la castration
des mâles détermine une baisse de l’activité (notamment Hoskins,
1925) ; celle-ci augmente si on implante une partie d'ovaire à un castrat
(Wang et coll., 1925). L'influence de la périodicité lumineuse sur l’œstrus
et l’activité du Hat albinos a également été étudiée par Browman
(1936, 1937, 1944).
Chez le Rat, lorsqu’une femelle est en œstrus dans une cage où
cohabitent plusieurs adultes, son activité augmente et, par contre coup,
celle des mâles. Il semble donc que, dans ce cas, ce soit les chaleurs de
la femelle qui déterminent l’augmentation de l'activité des individus
du groupe. D’autre part, une femelle en œstrus peut devenir partielle¬
ment diurne et l’horaire des mâles se trouve modifié dans le même sens.
De tels phénomènes ont été observés également dans la nature. Calhoun
(1963) chez des Rats en liberté a remarqué que le rythme de l’activité
qui est en général bimodal perd sa régularité si, dans une population,
on observe une augmentation de l’activité sexuelle ; un accroissement
du nombre des femelles en lactation produit le même phénomène.
Chez Thomomys talpoïdes, Miller et Bond (1960) ont remarqué une
faible activité de fouissement en juin et juillet. Elle augmente en août
et, d’après les auteurs, cette évolution semble liée à la saison d’accou¬
plement et à la nourriture. Chez des Mammifères captifs, on observe
généralement une augmentation de l’activité pendant la saison normale
de reproduction. Chez Clethrionomys glareolus, nous n’avons pu mettre
en évidence une liaison entre l’œstrus des femelles isolées et l’activité.
Slonaker (1925 a ; 1925 b) avait noté chez le Rat que l'œstrus se mani¬
festait par une augmentation dans l’intensité de l’activité locomotrice
sans que la durée de la période active soit augmentée. Or c’est cette
durée que nous enregistrons.
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
169
Chez les Chauves-Souris, Brosset (1965) a remarqué que les femelles
gravides ou allaitantes quittent leurs gîtes diurnes avant les autres
individus de la même colonie.
Facteurs sociaux
Les caractéristiques de l'activité d’un groupe ne sont pas identiques
à celles observées chez des individus isolés. Chez des Rongeurs, les
sorties des animaux groupés sont généralement plus précoces que celles
des individus isolés (Saint Girons, 1962). Zollhauser (1958) a remar¬
qué une augmentation de l’activité chez Mus musculus et Apodemus
sylvalicus mis en couples. Le groupement par familles détermine une
nouvelle augmentation. Chez Eliomys quercinus, si on place dans un
grand terrarium où un individu vit en actographe, une autre cage conte¬
nant un animal, l’activité augmente beaucoup au cours des premières
24 heures puis retrouve progressivement son taux antérieur. La suppres¬
sion du second individu ne détermine pas une baisse notable de l’activité.
Il semble que, dans ce cas, la « facilitation sociale » ne soit pas durable
lorsque des stimuli auditifs, olfactifs et visuels seulement sont en jeu.
Il faudrait, vraisemblablement, y ajouter des stimuli de contact.
Calhoun (1963) a observé, chez le Rat (Raltus noruegicus) en liberté,
que l’augmentation du nombre des mâles matures ou de celui des jeunes
détermine une arythmicité de l'activité. Ces phénomènes peuvent s’expli¬
quer ainsi : d’une part, les jeunes n’ont pas, comme nous l’avons vu,
de rythme circadien de l’activité, d’autre part, on peut penser que
l’arrivée d’un certain nombre de jeunes mâles venant d’atteindre leur
maturité sexuelle est capable de susciter des combats avec les vieux
individus et une poursuite des femelles en œstrus, bref une multiplica¬
tion des contacts sociaux.
Le rang social d’un individu dans la hiérarchie agit aussi sur son
activité. Chez les Rats, les individus de rang social élevé ont générale¬
ment un rythme circadien de l’activité particulièrement net avec une
bimodalité manifeste. Une activité arythmique caractérise au contraire
les animaux qui occupent un rang inférieur dans la hiérarchie. Calhoun
(1963) a remarqué qu'ils sont obligés de fréquenter les lieux de nourri¬
ture lorsque les dominants sont partis (fig. 22). Andrzejewski et coll.
(1959) ont montré que, dans une population confinée de Souris, les mâles
dominants sont plus susceptibles de se faire prendre dans les pièges que
les mâles de rang inférieur. Les femelles sont prises au hasard. Southern
(1955) avait fait la même observation en ce qui concerne Apodemus
sylvalicus. Il est possible que ce phénomène soit dû au fait que les mâles
dominants circulent plus et plus loin que les individus de rang inférieur
et les femelles.
De même, les individus de rang inférieur sont, semble-t-il, plus
inquiets, ont un repos moins profond que les dominants. Kummer
(1957), étudiant le comportement de femelles adultes de Papio hama-
dryas, a remarqué que la fréquence des mouvements pendant le sommeil
était inversement proportionnelle au rang social.
Source : MNHN, Paris
170
M.-C. SAINT GIRONS
On peut donc conclure que, dans l’ensemble, ce sont les individus
de rang social élevé qui manifestent le rythme le plus régulier et, suivant
les espèces, concentrent leur activité pendant les heures de nuit ou de
jour. Par contre, les individus de rang social inférieur ont un horaire
beaucoup moins régulier. Celui-ci peut même être complètement inversé,
les dominés ne pouvant atteindre les sources de nourriture que lorsque
les mâles de rang social élevé sont partis.
LES RYTHMES D’UNE PÉRIODE DIFFÉRENTE
DE 24 HEURES
Rythmes à court terme
La plupart des auteurs qui ont observé des Mammifères en acto-
graphes pendant un laps de temps suffisamment prolongé ont remarqué
l’existence de rythmes à court terme qu'ils ont rapporté à des rythmes
de métabolisme. Nous donnons, dans le tableau suivant, un résumé
des observations concernant ce problème.
TABLEAU I
DURÉE
ESPÈCES
AUTEURS ANNÉES
3/4 d’h à 1 h 1/2
2 h
Sorex tsherskii
Crocidura russula
Apodemus syloaticus
Mus musculus
Sorex arareus
Sorex minutus
Micromys minutus
Apodemus fîavicollis
Eliomys quercinus
Haltus norvegicus
Clethrionomys glareolus
Blagosklonov
Saint Girons
Southern
Crowcroft
Saint Girons
S7.YMANSKI
Saint Girons
2 h-4 h
3 h
3 h-4 h
4 h
8 h
Microlus agrestis
Microtus aroalis
Neomys Iodiens
Meriones
Talpa europaea
Lemniscomys barbarus
Durup
Crowcroft
Bodenheimer
Godfrf.y-Crowcroft
Saint Girons
1959
1960a
1918
19606
1961
1933
1956a
1953
1956
1955
Inédit
Les rythmes de métabolisme sont d’une durée plus longue chez les
Rongeurs que chez les Insectivores de même taille et, d’autre part,
plus l’espèce est petite, plus les rythmes sont courts (cf. Sorex tsherskii
et Talpa europaea). Il est très fréquent d'observer la mort des petits
Insectivores dans des pièges quelques heures seulement après leur
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE l’ACTIVITÉ
171
capture. Les auteurs considèrent généralement qu’il s’agit d’une mort
par inanition. Ce n’est pas notre avis car, au cours de nos expériences,
des petits Insectivores ont très bien supporté des jeûnes de 12 heures
environ. La mort rapide dans les pièges semble plutôt en relation avec
le choc de la capture chez ces espèces particulièrement fragiles.
Les observations que nous avons pu faire chez Clethrionomys glareolus
tendent à montrer que les femelles ont un rythme à court terme plus
net et plus régulier que les mâles. Chez ce Campagnol, le rythme circa¬
dien de l’activité est, au contraire, plus régulier chez les mâles que
chez les femelles et nous avons émis l’hypothèse suivant laquelle les
femelles étaient plus dépendantes que les mâles des rythmes à court
terme, ce qui explique leur horaire moins étroitement lié aux facteurs
extrinsèques du rythme circadien. Il n’existe pas, à notre connaissance,
de travaux se rapportant à cette question chez les petits Mammifères.
Chez la femelle du Campagnol roussâtre, nous avons remarqué que le
rythme sous-jacent à court terme est plus apparent en hiver que pendant
le reste de l’année. D’autre part, la période du rythme semble légèrement
plus longue en été. Il convient de noter qu’il existe des variations indi¬
viduelles importantes : deux mâles dans des conditions identiques ont
manifesté l’un un rythme à court terme de 2 heures environ, l’autre
un rythme d’une durée approximative de 3 heures (Durup et Saint
Girons, 1958). Les données de A. M. Pearson (1962) confirment les
nôtres sur ce point. Comme l'a montré Davis (1933) chez Microtus
agrestis, les rythmes à court terme se maintiennent en obscurité constante.
Nous pouvons conclure qu'en se superposant aux rythmes circadiens,
les rythmes à court terme masquent parfois la régularité de l’horaire.
Il semble qu’il existe un conflit dans les manifestations de ces rythmes
et que l’actogramme, au moins chez les micro-Mammifères, exprime la
résultante de ce conflit. Lorsque le rythme circadien de l’activité domine
(Lérots, Campagnols roussâtres en été), les animaux présentent un horaire
très net de l’activité. Si les rythmes à court terme prennent une plus
grande importance (petits Insectivores, Campagnols roussâtres femelles),
le rythme circadien est moins net.
Rythmes lunaires
L’étude de l’importance des rythmes lunaires dans l’activité des
organismes vivants est surtout due à F. A. Brown et à ses collaborateurs.
Quelques auteurs se sont intéressés à ces questions, en observant
les Mammifères dans des conditions naturelles ou semi-naturelles. C’est
ainsi que Calhoun (1963) a remarqué que Ratlus noroegicus a normale¬
ment un rythme bimodal nocturne influencé par le cycle lunaire. Les
Rats qui sortent d’ordinaire dans la seconde partie de la nuit restent
au repos pendant cette période lorsque la lune est pleine. Dans ce cas,
c’est l’intensité lumineuse qui joue probablement un rôle inhibiteur.
L’influence du clair de lune sur l'activité des Mammifères à la surface
du sol a été mise en évidence par Gentry et Odum (1957) chez Pero-
myscus polionotus.
Source : MNHN , Paris
172
M.-C. SAINT GIRONS
0. P. Pearson (I960 b), en observant dans la nature l’activité de
deux Rongeurs américains, l’un nocturne (Reilhrodontomys megalotis),
l’autre diurne et nocturne (Microtus cali/ornicus), a remarqué chez ces
deux espèces une réduction de l’activité pendant les nuits de pleine
lune. Par contre, chez des Ongulés, Buss et Harbert (1950) ont noté
une importante diminution dans le nombre des animaux aux emplace¬
ments de léchage pendant les nuits de nouvelle lune. Ces observations
dans la nature montrent certes l'influence des phases lunaires mais il
semble que celle-ci s’exerce par l’intermédiaire de l’intensité lumineuse.
Les animaux nocturnes sont moins actifs pendant les nuits claires, les
animaux diurnes pourraient, au contraire, présenter quelque activité
quand la lune est pleine.
Des observations effectuées dans des conditions expérimentales
seraient nécessaires pour déceler l’influence éventuelle d’une période
extrinsèque de 28 jours sur l’activité. F. A. Brown et ses collaborateurs
(1956) ont mis en évidence l’existence d'un rythme lunaire chez le Rat
maintenu en conditions constantes. Le rythme circadien de l’activité
est en relation avec la longueur du jour lunaire. Les animaux sont plus
actifs lorsque la lune est au nadir et leur activité baisse quand elle
monte au zénith. F. A. Brown et Terracini (1959) ont montré que des
Rats albinos en conditions d’éclairage constant (L.L.) déployaient une
activité forte pendant les heures où la lune était au-dessous de l’horizon
et faible lorsqu'elle était au-dessus. Ils ont également démontré l’influence
du rythme lunaire chez Mus musculus (Terracini et Brown, 1962).
Nous avons étudié le Lérot, Eliomys quercinus, au laboratoire dans
des conditions aussi proches que possible de la nature c’est-à-dire que
les individus étaient soumis aux variations nycthémérales de la lumino¬
sité et de la température. Dans ces conditions, nous n’avons pu mettre
en évidence une influence du stade de la lune sur la durée de l’activité.
Par contre, il existe peut-être une relation entre l’heure de la sortie
crépusculaire et la phase de la lune. Les sorties semblent d’autant plus
précoces que la lune est pleine. Au moment de la nouvelle lune, les ani¬
maux sortent plus tard (Saint Girons, 1960 a). Nous ne pensons pas
que la luminosité puisse jouer un rôle dans ce cas car les actographes
étaient placés dans des terrariums proches d’une fenêtre, en pleine ville
et, au moment de la sortie crépusculaire, les lumières des immeubles
masquaient complètement l’influence du clair de lune. Une autre obser¬
vation a été effectuée chez Clethrionomys glareolus. La phase de la lune
exerce, semble-t-il, une influence sur la durée de l’activité diurne. Celle-ci
diminue pendant la période de pleine lune et augmente pendant la
période de nouvelle lune, chez les deux sexes. Ces relations sont parti¬
culièrement nettes en automne.
En dehors des travaux de F. A. Brown, nous ne connaissons pas
d’études systématiques, concernant les Mammifères, relatives à ce
problème qui mériterait de retenir l’attention. Il convient pourtant de
noter que l’influence du jour lunaire est beaucoup moins importante
que celle du jour solaire et ne saurait en aucun cas la masquer. Même
les quelques observations que nous venons de citer ne présentent, à
notre avis, que des caractères indicatifs. Il est très probable que, dans
la nature, si la phase de la lune joue un rôle, c’est simplement par la
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L'ACTIVITÉ
173
quantité de lumière qui atteint la surface du sol. S'il existe un autre
effet d'origine cosmique, sa traduction n’apparaît pas dans les obser¬
vations classiques.
Conclusions
L’activité locomotrice spontanée des Mammifères suit un rythme
circadien, c’est-à-dire d’une durée voisine de 24 heures. Cependant, la
complexité des facteurs agissant sur ce rythme est si grande que de
nombreuses combinaisons sont possibles.
L’horaire et l’intensité de l’activité sont réglés par des facteurs innés
endogènes et par des facteurs écologiques exogènes.
Facteurs endogènes innés.
Le facteur inné le plus important concerne les réactions spécifiques
vis-à-vis de la photopériode. Il existe des espèces photophobes (Apode-
mus sylvaticus), des espèces photophiles (Sciurus vulgaris) et des espèces
apparemment indifférentes (Microtus agreslis, Sorex araneus). Ce facteur
inné règle de façon stricte l’horaire des individus de la première et de
la seconde catégorie, aussi bien dans la nature qu’au laboratoire. On
peut modifier expérimentalement cet horaire en décalant ou même en
inversant les heures d'éclairement. Les individus s’adaptent rapidement
aux nouvelles conditions d’éclairement ; leur périodicité peut, dans ce
cas, ne plus être en phase avec la périodicité lumineuse extérieure.
La période des rythmes de métabolisme à court terme constitue un
facteur inné dont l’influence sur l’horaire de l’activité est très grande.
La durée de celte période est spécifique, avec de larges variations indi¬
viduelles. Les rythmes à court terme déterminent des « bouffées d'acti¬
vité » se succédant suivant un horaire relativement régulier. Ces « bouf¬
fées » se succèdent rapidement chez les petits Insectivores alors que,
pour les grands Mammifères (Cervidés) la période circadienne de l'activité
avoisine peut-être celle des rythmes de métabolisme. Suivant leurs
réactions spécifiques innées aux facteurs lumineux, les Mammifères
réagissent différemment aux impulsions créées par les rythmes à court
terme. Chez les espèces photophobes, les rythmes à court terme ne se
manifestent extérieurement que pendant la phase d’obscurité ; pendant
la phase d’éclairement, ces rythmes sous-jacents sont complètement
inhibés (Apodemus) ou ne donnent lieu qu’à une agitation réduite à
l’intérieur des abris, sans reprise véritable de l’activité (Eliomys). Les
phénomènes sont exactement inversés chez les espèces photophiles.
Chez les espèces indifférentes, les rythmes à court terme se manifestent
pendant toute la durée de la période de 24 heures (Talpa, Lemniscomgs)
et continuent à se produire en conditions constantes (Microtus agrestis
en obscurité constante). Cependant, la plupart des espèces ne sont pas
totalement indifférentes et manifestent une préférence pour un type
Source : MNHN, Paris
174
M.-C. SAINT GIRONS
.■ tiH TiliitAi diurne ou plutôt noolurne. Les rythmes à court terme
d activi P . cours de cette p hase préférentielle.
? “Lie annuel des individus peut également être considéré, dans
„„ sens large, comme un fadeur inné. 11 agi! sur l'horaire et surtout sur
“ “ ité de l'activité. Trois stimuli sont parmi les plus importants :
e cvcle sexuel saisonnier, la constitution des reserves et le sommeil
léthargique. Dans la région holarcüque, la reproduction des Mammi-
..I saisonnière. Il ne faut pas oublier que les périodes d œstrus des
femelles ï ntervaTles très rapprochés cher les Rongeurs de laboratoire
constituent un artefact. Dans la nature, les femelles normales qui entrent
en chaleur sont immédiatement couvertes et. sauf elles les especes
à implantation retardée, la gestation débuté sur le champ. Les périodes
de reproduction se traduisent cher, la plupart des especes par une augmen-
de l'intensité de l'activité et de la duree des phases actives Le
comportement d'amassement (réserves d'automne) est spécifique. Il est
déclenché par des stimuli extérieurs, mais certaines espèces ne le mani¬
festent jamais. La réaction au stimulus déclenchant la constitution des
réserves (diminution de la durée du jour) est donc un phénomène inne
spécifique 11 en est de môme en ce qui concerne le sommeil léthargique.
Sernaiion, c'est-à-dire l'hypothermie réversible avec absence de
tome activité locomotrice, se produit même lorsque les stimuli extérieurs
sont supprimés. La reprise spontanée de l'activlte pendant de courtes
périodes au cours de l'hibernation, est aussi un phénomène d origine
endogène puisqu'il peut sc produire en l'absence de stimuli thermiques,
lumineux et auditifs (Eliomjs querclnm).
Facteurs écologiques (exogènes).
l'intensité lumineuse est le facteur écologique le plus important
modifiant l'horaire de l'activité des individus. Chaque espèce semble
nhéir à un . seuil. de l'intensité lumineuse agissant comme stimulus
siunal sur l'horaire du début et de la fin de l'activité. L'mlensite lumineuse
à une heure donnée est liée aux variations de la photopériode. Les condi¬
tions expérimentales aussi bien que celles réalisées normalement dans
lés régions arctiques, ont permis d'étudier l'activité spontanée des ani¬
maux dans des conditions constantes. Le caractère rythmique de l'acti¬
vité chez des animaux photophobes placés en éclairage permanent,
est profondément bouleversé et peut même disparaître. Par contre. Il
se maintient lorsque ces mêmes animaux sont places en obscurité cons¬
tante Des phénomènes exactement inverses se produisent chez les
esnècés diurnes. Dans les régions holarctiques, toutes les especes mani¬
festent (tes variations saisonnières de l'horaire et de 1 intensité de l'acti¬
vité Les modifications de l'horaire sont plus accentuées chez les espèces
nordiques ou, pour une même espèce, dans les populations les plus
S0p Doutées Lecteurs climatiques (température, vent, pluie, etc.) influent
aussi sur la durée et l'intensité de l’activité, mais surtout à l’occasion
de leurs variations brusques. ......... .
Il semble que l'influence, si manifeste, de la photopenode, ait conduit
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
175
les naturalistes à minimiser l’importance de la nourriture dans les moda¬
lités du rythme d’activité. Les petits Insectivores qui ont un métabolisme
élevé se nourrissent à intervalles rapprochés et semblent consacrer un
temps considérable à la recherche de leur nourriture. Ils ont des rythmes
à court terme d’une période faible. Si leur taille est plus forte (Taupe),
la durée des rythmes de métabolisme augmente. Ce phénomène a été
remarqué également chez des Rongeurs. Si la nourriture est plétho¬
rique, l’activité demeure polyphasique à l’intérieur du nycthémère et
elle est, suivant les réactions des espèces vis-à-vis de la lumière, concen¬
trée pendant les heures du jour ou celles de la nuit. Si, au contraire, la
nourriture est plus rare, l’activité ne se trouve pas rassemblée au cours
d’une partie déterminée du nycthémère et des espèces ordinairement
nocturnes peuvent être observées pendant le jour également. Les hiber¬
nants ne semblent pas manifester une activité apériodique au moment
où la nourriture se fait rare (fin de l'automne). Il est probable que le
manque de nourriture joue, comme l’abaissement de la température,
un rôle important dans l’entrée en léthargie de ces espèces, puisqu’à
certaines périodes de l’année, celle-ci peut être induite par la seule
privation de nourriture. Nous savons que certains Rongeurs sont uni¬
quement diurnes, d’autres uniquement nocturnes, d’autres diurnes et
nocturnes avec seulement une préférence pour l’une ou l’autre période.
Il convient d’insister sur le fait que les Rongeurs à activité tranchée
sont des granivores. Au contraire, les espèces se nourrissant principa¬
lement des parties vertes et des racines des plantes sont actifs de jour
et de nuit. Il est possible que l’apport énergétique constitué par les
graines, nettement plus important que celui des parties aqueuses des
plantes, permette aux granivores de consacrer un temps moins long
à la recherche de la nourriture. L’abondance aussi bien que la qualité
de la nourriture jouent donc un rôle dans l’horaire des différentes espèces.
La complexité des facteurs influant sur l’horaire et l’intensité de
l’activité dans les conditions naturelles est telle que l’analyse ne peut
s’effectuer qu’avec le plus grand soin. Trop souvent, des résultats contra¬
dictoires sont dus à des périodes d’observation trop brèves ou encore à
une méconnaissance des facteurs écologiques. Pour toutes ces raisons,
les observations dans la nature et au laboratoire devraient toujours
s’étayer et se contrôler mutuellement.
En dernière analyse, il apparaît que les actogrammes obtenus soit
dans la nature, soit au laboratoire, expriment la résultante de plusieurs
phénomènes :
— Les réactions spécifiques, endogènes, aux conditions lumineuses,
en liaison étroite avec la photopériode ;
— Les rythmes de métabolisme endogènes à court terme, en liaison
avec la nourriture ;
— Les modifications saisonnières de l’activité, liées au cycle annuel
du système endocrinien (hibernation, cycle sexuel) ;
— Les modifications accidentelles du milieu, dues à des variations
brusques et passagères des conditions météorologiques ;
— Les modifications lentes du milieu, dues aux variations saison¬
nières de la photopériode.
Source : MNHN, Paris
176
SAINT GIRONS
RÉSUMÉ
Les études concernant l’activité locomotrice spontanée des Mammi¬
fères ont montré que ces animaux observent un rythme d’une période
voisine de 24 heures. L’activité est polyphasique, c’est-à-dire qu’au
cours d’un nycthémère plusieurs bouffées d'activité alternent avec des
périodes de repos. La plupart des Mammifères ont chaque jour deux
périodes d’activité maximale.
L'horaire de l’activité varie avec les espèces.
Rongeurs. - Les Rongeurs de la région holarclique sont le plus
souvent crépusculaires et nocturnes. Certaines espèces ne sont qu’excep-
tionnellemenl observées dans la journée ; ce sont surtout des Gliridae
et des Muridae (Glis , Eliomys, Apotlemus). IVautres espèces présentent
un maximum d’activité nocturne mais aussi une activité non négli¬
geable au cours de la journée, c'est le cas des Cricetidae ( Clethrionomys ,
Microtus). Quelques espèces sont diurnes (la plupart des Sciuridae :
Sciurus, Cilellus, Atlantoxerus). L’activité de certaines espèces essen¬
tiellement souterraines ne semble pas étroitement liée à un rythme
circadien (Spalax).
Insectivores. L’activité des Insectivores est plus irrégulière que
celle des Rongeurs. Elle présente un caractère polyphasique très accentué
et les phases « activité-repos » sont d’autant plus nombreuses que la
taille des animaux est plus réduite. Les très petits Insectivores semblent
arythmiques (Suncus elruscus, Sorex Ischerskii). L’activité uniquement
nocturne du Hérisson est également polyphasique.
Chéiroptères. — Les Chauves-Souris sont nocturnes (à l’exception
de quelques espèces crépusculaires) suivant un horaire régulier. Leur
activité est polyphasique avec un ou deux maxima au cours de la nuit.
Chez les Carnivores et les Artiodactyles, les différences de taille et
de mode de vie entre les espèces sont très importantes et il est difficile
de donner des règles générales. Il existe des espèces nocturnes, des espèces
crépusculaires et nocturnes, d'autres semblent indifférentes.
Les facteurs endogènes et exogènes, innés et acquis, sont étudiés
séparément.
Le schéma de l’activité n'est rigide que dans des conditions expéri¬
mentales. Dans la nature, les facteurs du milieu varient avec les saisons.
La durée respective du jour et de la nuit est le principal synchroniseur
du rythme circadien, les variations de l’horaire sont donc plus accentuées
dans les zones arctiques. D’autres facteurs écologiques jouent aussi un
rôle important. La pluie et le vent sont des facteurs limitatifs. Les tem¬
pératures extrêmes limitent également l'activité. Le rôle de la pression
barométrique n’est pas encore bien élucidé. La seconde place dans les
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE INACTIVITÉ
177
facteurs influant sur l’horaire et l’intensité de l’activité spontanée revient
à la nourriture. L'abondance de la nourriture disponible et la composi¬
tion du régime agissent aussi bien sur les manifestations des rythmes
circadiens que sur celles des rythmes à court terme. Certains facteurs
éthologiques (sexe, âge, état sexuel, position dans la hiérarchie du
groupe) modifient également le rythme. Le rythme le plus net et le plus
régulier s’observe toujours chez les jeunes mâles adultes de rang social
élevé.
SUMMAKY
Studies on the spontaneous locomotive activity of Mammals revealed
these animais observe a rhythm of about 24-hours. Their activity is
polyphasic ; that means that, during 24-hours, several peaks of activity
are alternated by repose periods. Most mammals hâve at least two periods
of maximum activity every day. The timing of the activity varies with
the different species.
Rodentia. — The rodents of the holarctic région are mostly active
during twilight and during the night. Certain species are only seen excep-
tionnally during the day, viz Gliridae and Muridae ( Glis, Eliomgs, Apode-
mus). Other species show their greatest activity during the night but
also a not to neglect activity during the day, this is for instance in
Cricetidae (Clelhrionomys, Microlus). Some species are only active during
the day (most Sciuridae : Sciurus, Citellus, Atlantoxerus). The activity
of certain burrowing species does not seem to be corrélated strickly to a
circadian rhythm (Spalax).
Insectivora. — The activity pattern of insectivores is less regular
than that of rodents. The pattern shows a very pronounced polyphasic
characteristic and the phases "activity-repose” are more over, the more
numerous the more the size of the animais is reduced. Very small insec¬
tivores (shrews) seem to be nonrhythmic (Suncus elruscus, Sorex Ischer-
skii), The only nocturnal activity of the Hedgehog (Erinaceus europaeus)
is also polyphasic.
Chiroptera. — Bats are nocturnal (a few species which start to
hunt during the beginning of twilight excepted) and they follow a
regular timing. Their activity is polyphasic with one or two maximum
activity periods during the night.
Carnivora and Artiodactyla. — In Carnivores and the "even-
toed” ungulates the différences in size and the différences in way of live
between the species in each group are very important and it is therefore
very diflicult to give general rules concerning their activity. There are
strickly nocturnal species, animais active during twilight and the night
and species which seem to be active during the day as well as during the
night.
In the paper, the endogeneous and exogeneous factors, innate or
acquired, are discussed separately.
The diagram of the activity is only fixed in experimental conditions.
In nature, the ecological factors inducing the activity pattern, change
Source : MNHN, Paris
178
M.-C. SAINT GIRONS
with the seasons. The respective duration of the day and the night
are the principal synchronisators of the circadian rhythm ; the variations
of the timing are therefore the most accentuated in arctic régions. But
also other ecological factors play important rôles. Rain and wind are
often limiting factors for the activity. Whether or not the atmospheric
pressure has an importance is not known yet. The second most important
place among the factors which influence the timing and the intensity
of the spontaneous activity, is due to the need of food. The amount of
available food and the composition of it act as well as on the phenomena
of the circadian rhythms as on the symptoms of the secondary short-
during rhythms. Certain ethological factors (sex, âge, sexual condition,
social rank) modify also the activity rhythm. The most clear and most
regular pattern is always seen in young adult males of high social rank.
Source : MNHN, Paris
- RYTHME CIRCADIEN DE L*ACTIVITÉ
179
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Source : MNHN, Paris
186
M.-C. SAINT GIRONS
TABLE DES MATIERES
Introduction.
MÉTHODES ET TECHNIQUES .
Observations dans la nature
Observations au laboratoire
Etude par espèces .
Rongeurs :
Sciurus vutgaris .
C.ilellus, Mar muta .
Glaticomys valons .
Tamias slrialus .
Glis glis .
Muscardinus avellanarius . .
Eliomys quereinus ..
Dryumys mledula .
Myocastor coypus .
Peromyscus, Heithrodontomys
Sigmodon hispidus .
Cricelus cricetus .
Lemmus lemmus .
Clelhrionomys glareolus .
Ctethrionomgs rufocanus
Arvicola lerreslris .
Arvicola sapidus .
Ondatra ribethicus .
Microtus güntheri .
Microlus arvalis .
Microtus agrestis .
Pitymys subterraneus .
Meriones shawi .
Spalax leucodon .
Micromys minutas .
Apodemus sulvaticus .
Apodemus ftavicolhs .
Lenmiscomys bar bar us
Rattus norvegicus .
Mus musculus .
Insectivores :
Erinaceus europaeus .
Sorex araneus .
Sorex minutus .
Sorex tsherskii .
Neomys fodiens .
Blarina brevicauda .
Crocidura russula .
Suncus etruscus .
Talpa europaea .
Chéiroptères :
Myolis myolis .
101
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131
Source : MNHN, Paris
RYTHME CIRCADIEN DE L’ACTIVITÉ
187
Carnivores :
Alopex lagopus
Vulpes vulpes .
Mustelidae
Meles meles ...
Artiodactyles :
Cerous elaphus . 135
Cerous canadensis . 136
Les facteurs de l'activité
136
Facteurs écologiques :
Intensité lumineuse.
Humidité atmosphérique, pluie, neige .
Température.
Vent.
Pression barométrique .
Changements dans les conditions atmosphériques.
Nourriture .
Prédateurs, concurrents .
Facteurs éthologiques et physiologiques :
Sexe .
Age .
Cycle sexuel.
Facteurs sociaux .
Les rythmes d'une période différente de 24 heures
170
Rythmes à court terme
Rythmes lunaires.
Conclusion ...
Résumé.
Summary .
Bibliographie.
Printed in France
Achevé d'imprimer le 30 juin 1966
Pierre André imp., 3, rue Leverrier, Paris 6«
Dépôt légal : 2» Trimestre 1966
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris