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MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A - Zoologie
TOME LVIII
FASCICULE 3 ET DERNIER
Albert RAYNAUD et Claude PIEAU
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DES PREMIERS STADES
DE LA FORMATION DES ORGANES COPULATEURS
CHEZ LES REPTILES
Publié avec le concours financier du C. N. R. S.
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V e )
1970
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Il ^
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A, tome LVIII, fasc. 3 et dernier
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DES PREMIERS STADES
, DE LA FORMATION DES ORGANES COPULATEURS
CHEZ LES REPTILES
par
Albert RAYNAUD et Claude PIEAU
SOMMAIRE
Pages
I. — Introduction et historique. 144
II. — Matériel et méthodes. 144
III. — La formation des ébauches phalliques chez l’embryon d’Orvet ( Anguis fragilis L.) . 146
IV. — Le développement des ébauches phalliques chez l’embryon de Lézard vert (Lacerta
viridis Laur.) . 153
V. — Le développement de la région cloacale et des ébauches phalliques de l’embryon
de Couleuvre tessellée (Tropidonotus tessellata Laur.) . 156
VI. — Le développement de l’ébauche phallique chez l’embryon de Tortue mauresque
(Testudo iberica Schr. ou Tertudo graeca L.) . 165
VII. — Discussion. 173
VIII. — Résumé. 184
IX. — Bibliographie. 186
0 564 013 6
144
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
I. — INTRODUCTION ET HISTORIQUE
De longue date, les Anatomistes se sont interrogés sur les similitudes de structure et d’origine
pouvant exister entre les organes copulateurs pairs (hémi-pénis) des Lézards et des Serpents et le
pénis impair des Chéloniens, des Crocodiliens, des Oiseaux et des Mammifères ; de nombreuses hypo¬
thèses, fondées sur la constitution de ces organes, chez l’adulte, ont été formulées pour essayer
d’établir des homologies entre eux. C’est à Fleischmann A. et à ses élèves que l’on doit (1902) d’avoir
replacé ce problème sur son véritable terrain, c’est-à-dire de l’avoir abordé sous l’angle embryolo¬
gique ; on trouvera dans l’étude de Unterhôssel P., celle de Hellmuth K. et les considérations géné¬
rales développées par Fleischmann A. (1902), l’apport essentiel de ces auteurs : des homologies
peuvent être établies entre les deux types, pair et impair, de l’organe copulateur des Vertébrés, en
considérant que le phallus dérive, dans tous les cas, de la lèvre orale du cloaque. Nous discuterons
cette conclusion à la fin de ce travail ; notons seulement que Fleischmann et ses collaborateurs n’ont
pas disposé de stades embryologique précoces, pour les Reptiles qu’ils ont étudiés ; il en est résulté
des imprécisions dans leurs descriptions et leurs interprétations. Beuchelt H. (1936) a repris, chez
deux espèces de Serpents, l’étude embryologique de Unterhôssel P. (ici aussi, les stades jeunes n’ont
pas été étudiés ; le premier embryon de Couleuvre [Natrix natrix ] examiné mesurait 4 mm de
longueur) et envisagé, en outre, le problème, sous l’angle des corrélations phylogénétiques ; il conclut
à une homologie complète entre les hémi-pénis et le pénis impair et à une filiation entre les organes
de copulation des Amniotes, à partir du dispositif musculaire de copulation réalisé chez les Gymno-
phiones (selon une conception s’appuyant sur les observations de Marcus H. et Tonutti E. [1931]
et de Tonutti E. [1931]). A côté de ces travaux essentiels, d’autres publications ont été consacrées
à la morphogenèse des phallus, chez des espèces particulières de Reptiles ; on en trouvera la liste
dans le paragraphe consacré à la discussion de nos résultats.
Depuis plusieurs années, le développement de l’appareil génital de jeunes embryons de Reptiles
est étudié dans notre laboratoire ; nous avons réuni, dans le présent travail, les résultats que nous
avons obtenus dans l’étude de la formation du relief du cloaque et de la morphogenèse du phallus
chez l’Orvet, le Lézard vert, la CoulemTe tessellée (Raynaud A., 1963, a, b, c, 1967, 1968) et chez
la Tortue mauresque (Pieau C., 1967, 1968) ; après une description séparée de la morphogenèse
phallique chez ces quatre espèces de Reptiles, nous confrontons nos résultats en étudiant compa¬
rativement les principaux stades du développement des organes copulateurs chez l’Orvet et le Lézard
vert, d’une part, chez la Tortue, de l’autre ; ceci nous conduit à envisager des homologies entre les
ébauches des organes copulateurs des Reptiles plagiotrèmes et le pénis impair de l’espèce de cyclo-
trème étudiée ici.
Le travail actuel complète, en apportant des données nouvelles sur l’évolution du relief de la
région cloacale externe et sur le mode de développement des ébauches phalliques de quatre espèces
de Reptiles, l’étude précédente (Raynaud A., Pieau C. et Raynaud J., 1968), publiée dans cette
même revue, consacrée à l’embryologie des chambres cloacales chez l’Orvet.
H. — MATÉRIEL ET MÉTHODES
Tous les embryons utilisés dans ce travail proviennent d’œufs de Reptiles élevés au laboratoire.
Les Orvets sont élevés dans de grands terrariums où ils sont nourris avec de petites limaces et des
vers de terre ; le procédé de prélèvement des œufs dans les oviductes de la mère et les méthodes de
fixation des embryons ont été indiqués antérieurement (Raynaud A., 1962) ; une centaine d’embryons
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
145
de cette espèce ont été utilisés pour étudier le relief du cloaque à divers stades du développement
et la formation des ébauches phalliques (examen externe à la loupe binoculaire et étude histologique
sur coupes sériées). En ce qui concerne les Lézards verts (Laccrta viridis Laur.), nos premiers élevages
ont été faits dans de grandes cages de bois, à parois grillagées ; depuis deux ans, ces Reptiles sont
élevés dans un large terrarium extérieur, à parois grillagées, doublées de tôle sur une hauteur d’un
mètre ; le sol est semé de graminées et planté d’arbustes ; cette partie extérieure communique avec
une salle située à l’intérieur d’un bâtiment et chauffée ; le sol de cette pièce est garni d’une épaisse
couche de sable maintenu légèrement humide et c’est là que viennent pondre les Lézards au début
du mois de juin, derrière la façade vitrée (exposée au sud) ; il est facile de repérer les trous faits par
les Lézards dans le sable, au moment de la ponte, de récolter les œufs et de dater la ponte ; les œufs
sont mis à incuber sur coton humide dans des cristallisoirs placés dans des étuves réglées à 26-27 °C ;
une cinquantaine d’embryons de Lézards verts ont été utilisés pour observer l’évolution de la région
cloacale (examen externe et coupes histologiques sériées).
Les embryons de Couleuvre tessellée (Tropidonotus tessellata) étudiés dans ce travail proviennent
de Couleuvres capturées en Italie du Nord, dans les régions de Bologne et de Ferrare (au cours de
missions C.N.R.S. effectuées par l’un de nous (*) et élevées au laboratoire (Raynaud A., 1966) ;
ces Couleuvres sont placées dans un grand terrarium extérieur contenant un vaste bassin dans lequel
elles viennent nager et capturer les poissons (Carassins, Vairons, Goujons) dont elles se nourrissent ;
cette partie extérieure communique avec une salle chauffée comportant un refuge pour l’hivernage
et un sol sablé ; les pontes ont lieu à la fin du mois de juillet et au cours du mois d’août ; les œufs
sont déposés par la femelle dans les herbes du refuge, agglutinés en grappe de 8 à 13 œufs ; ils
sont blancs, cylindriques et mesurent 30 à 33 mm selon leur grand axe et 15 à 18 mm de diamètre
transversal (Raynaud A., 1966) ; ces œufs sont mis à incuber sur du coton humide, dans des cris¬
tallisoirs de verre placés dans des étuves réglées à 26-27 °C ; ils ont été sacrifiés à des délais variables,
depuis le moment de la ponte et les embryons ont été fixés en employant la même technique que
celle utilisée pour l’embryon d’Orvet. Pour l’étude des stades précoces de l’embryologie (embryons
d’un poids inférieur à 50 mg), les œufs ont été prélevés dans l’utérus maternel.
Les embryons de Tortue étudiés ici proviennent d’œufs pondus au laboratoire, par des Tortues
venant d’Afrique du Nord ; il s’agit de la Tortue mauresque (Tesludo iberica Schreiber ou Testudo
graeca Linné). Ces Tortues sont élevées dans de grands terrariums extérieurs dans lesquels ont été
construits des abris vitrés leur servant de refuge pour la nuit et par mauvais temps (ces abris sont
alors chauffés) ; nous leur donnons une nourriture variée : végétaux verts cultivés dans le jardin du
laboratoire (salades, choux, oseilles) ou poussant spontanément dans la nature (luzernes, trèfles,
vesses, feuilles et fleurs de robiniers, fleurs de genêts, pissenlits, laiterons, liserons, quelques cruci¬
fères), fruits (tomates, pêches, etc.). Les pontes ont lieu au cours des mois de mai, juin et juillet ;
les œufs, au nombre de 1 à 6 par ponte, déposés dans la terre des terrariums ou dans le sable des abris
vitrés, sont récoltés le jour même de la ponte ; ils sont numérotés et mis en incubation sur du coton
légèrement humide, dans des cristallisoirs partiellement recouverts par une plaque de verre. Les
embryons étudiés dans ce travail — une cinquantaine — se sont développés à une température
comprise entre 26 et 28 °C ; ils ont été sacrifiés entre le 18 e et le 87 e jour (éclosion) de l’incubation ;
leur région cloacale a été examinée à la loupe binoculaire, dessinée et étudiée sur coupes histologiques
sériées.
Les observations que nous avons faites chez Anguis frugilis, Lucerta viridis, Tropidonotus
tessellata et Testudo graeca ont été complétées et contrôlées par l’examen d’embryons de Lacerta sicula
et de Vipera aspis.
(*) Nous remercions tout particulièrement MM. Biaggi et Barilli, de Bologne, qui nous ont donné tous les renseigne¬
ments nécessaires pour capturer cette espèce de Couleuvre, et MM. L., B., R. et O. Donatti, de Minerbio, qui nous
ont conduits sur les lieux où vit la Couleuvre tessellée, nous ont initiés à sa capture et ont, souvent, collaboré activement
à nos chasses.
Source : MMHN, Paris
146
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
DI. — LA FORMATION DES ÉBAUCHES PHALLIQUES
CHEZ L’EMBRYON D’ORVET
(Anguis Jragilis L.)
C’est chez les très jeunes embryons mesurant de 3,8 à 5 mm de longueur (et ayant une longueur
de tête de 1,5 mm) (*) que la somatopleure commence à s’épaissir dans la région troncale postérieure,
à un niveau correspondant à celui auquel la base du bourgeon allantoïdien se sépare de l’ébauche de
l'urodaeum : là, le mésoderme somatopleural prolifère des cellules qui se superposent en trois à quatre
assises dans l’épaisseur de la pariétopleure, sans soulever l’épiblaste ; le grand axe de ces cellules
est orienté perpendiculairement à la surface de la paroi latérale du corps ; ces épaississements, droit
et gauche, se situent dans la région de la partie postérieure de la crête de Wolff.
Chez les embryons un peu plus développés, mesurant de 4,5 à 5,5 mm de longueur (possédant
de 60 à 70 somites et un bourgeon allantoïdien de 0,5 mm de longueur) (**), l’épaississement de la
pariétopleure dans la région postérieure — droite et gauche — du tronc soulève, légèrement, l’épi¬
blaste : à l’examen externe, on discerne, maintenant, sur les côtés latéraux de la future région cloacale,
un petit renflement blanchâtre en forme de calotte sphérique (photographie a, planche I) ; il a été
désigné, dans des travaux antérieurs (Raynaud A., 1963 a, c) par les termes de « renflement latéral
de la région cloacale » ou plus simplement « renflement cloacal latéral ». Ce renflement est formé
par la superposition de 6 à 10 assises de cellules basophiles à noyau turgescent, riche en chromatine,
proliférées par le mésoderme somatopleural ; ces assises cellulaires mésoblastiques superposées, arrivent
au contact de l’épiblaste (photographie a, planche III). Cette prolifération du feuillet mésodermique
somatopleural n’affecte que la moitié dorsale de ce feuillet ; en direction ventrale, elle cesse avant
l’endroit où s’effectue le reploiement latéro-externe de cette paroi du corps pour former l’amnios
et avant la réunion de cette paroi avec le mésenchyme de la paroi allantoïdienne (photographie a,
planche III) ; elle se situe de part et d’autre de la partie supérieure de la chambre urodaeale et un
peu plus dorsalement ; elle s’arrête du côté caudal, à mi-hauteur de cette chambre, niveau auquel
se terminent les lames latérales en formant le fond, caudal, du coelome interne. A ce stade, le renfle¬
ment latéral de la paroi du corps, dans la région cloacale, mesure de 50 à 70 ^ d’épaisseur.
Chez les embryons un peu plus développés, mesurant de 5 à 6 mm de longueur (***), le renflement
latéral de la région cloacale a augmenté de volume (photographie b, planche I) : sur les coupes trans¬
versales de la région du tronc, à hauteur de l’urodaeum, la paroi latérale du corps apparaît formée de
10 à 15 assises de cellules basophiles, à noyau turgescent, étagées entre le feuillet pariétopleural des
lames latérales et l’épiblaste (photographie b, planche III) ; elle est, ainsi, fortement convexe vers
l’extérieur. Du côté interne, dorsal, les cellules de cet épaississement sont en contact avec les extré¬
mités ventrales de trois somites et à partir de ce stade, et pendant une courte période du dévelop¬
pement, ces somites essaiment quelques cellules dans la base dorsale de ce renflement cloacal latéral.
L’extension de ce renflement est un peu plus considérable qu’au stade précédent : sur les coupes trans¬
versales, il se présente sous forme d’un croissant, sa plus grande épaisseur (75 |x) se situant au milieu
de la paroi latérale du corps à un niveau correspondant à la mi-hauteur de la chambre urodaeale ;
là, les coupes transversales montrent que les cellules basophiles, à noyau turgescent, qui forment le
renflement, s’étendent assez loin du côté ventral, puisqu’on en retrouve quelques assises (de deux à
quatre) logées sous l’épiblaste, dans l’angle formé par ce dernier et chaque bord latéral de la chambre
(*) Chez ccs embryons, le corps n’est pas pigmenté, l’œil n’est pas pigmenté ; le bourgeon allantoïdien mesure de 0,3
à 0,7 mm.
(**) Chez ces embryons, ni la paroi du corps, ni l’œil, ne sont pigmentés (embryons de Orv. 342).
(***) Chez ces embryons, l’œil est légèrement pigmenté et l’allantoïde a la forme d’un petit sac ovoïde mesurant de 1,5 à
1,8 mm de longueur, selon son grand axe (embryons de Orv. 345 et quelques embryons de Orv. 190).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
147
urodaeale (photographie b, planche III). On constate, en outre, que le mésothélium somatopleural
continue de proliférer des cellules qui s’ajoutent à celles déjà contenues dans le renflement et il en
prolifère, aussi, dans cette direction latéro-ventrale, presque ventrale (ceci s’observe, encore, à une
courte distance de l’urodaeum) (photographie b. planche III). Dans le sens cranio-caudal, ce renfle¬
ment qui commence au niveau transversal où s’effectue la jonction de l’allantoïde et de l’urodaeum
s’étend jusqu’au niveau transversal auquel les canaux de Wolff s’ouvrent dans la paroi dorsale et
postérieure de l’urodaeum.
Les artères allantoïdiennes quittent l’aorte, passent au-dessous du fond de la cavité coelomique
interne, se recourbent cranialement et cheminent le long du bord de la somatopleure, c’est-à-dire
sur le bord interne, médian, du renflement latéral, puis se dirigent cranio-ventralement, tout en
continuant à cheminer dans la pariétopleure.
C’est à un stade de développement proche de ce dernier mais légèrement plus avancé, que le
renflement cloacal est devenu nettement saillant, sur les bords latéraux de la région cloacale ; ceci
s’observe (photographie b, planche I) chez les embryons dont l’allantoïde atteint de 2 à 2,5 mm de
longueur ; ce renflement avait été observé, antérieurement par Keibel F. (1902, in Hertwig O.,
1906) chez des embryons d’Orvet à ce stade (fig. 32, d et e, p. 88, de Keibel F., d’après Nicolas) ;
mais Keibel F. l’avait interprété comme représentant l’ébauche du phallus, alors qu’il ne représente,
à ce stade, que l’ébauche du membre postérieur ; l’examen histologique montre (photographie c,
planche III) que ce renflement s’est fortement hypertrophié : il atteint 150 à 160 (i d’épaisseur dans
sa partie la plus saillante ; il est formé par la superposition de 15 à 20 assises de grandes cellules légère¬
ment basophiles à noyau turgescent, ovoïde ou sphérique, contenant un large nucléole ; ces cellules
sont très serrées et fréquemment en mitose ; les bords latéraux du renflement s’abaissent progres¬
sivement et du côté ventral, arrivent au voisinage de l’urodaeum ; dans cette région, les coupes
montrent (photographie d, planche III) que ces grandes cellules qui se teintent légèrement par la
pyronine, et dont le noyau est turgescent, s’étendent, sous l’épiblaste, jusqu’à proximité des bords
latéraux de l’urodaeum. Les limites du renflement cloacal latéral à ce stade sont les suivantes : dans
le sens transversal, il s’étend depuis les bords de l’urodaeum jusqu’au bord ventral des somites, dans
sa plus grande extension transversale ; dans le sens cranio-caudal, il se termine à hauteur de la partie
postérieure de l’urodaeum tandis qu’il s’étend en direction craniale, en diminuant progressivement
d’épaisseur, jusqu’au niveau où la tige de l’allantoïde se sépare de la chambre urodaeale ; à ce niveau,
la pariétopleure est encore renflée sur une certaine hauteur, mais elle est formée, principalement,
de petites cellules mésenchymateuses largement séparées ; il n’existe plus, sous l’épiblaste, que deux
ou trois assises de cellules basophiles, à noyau turgescent ; mais, à l’examen externe de l’embryon,
on constate que ce renflement mésenchymateux s’étend encore cranialement, en s’amincissant pro¬
gressivement, et du côté médian, il passe insensiblement en la paroi ventrale du corps, mésenchy¬
mateuse, dans laquelle chemine le pédicule de l’allantoïde. Chez les embryons de ce stade, ce renfle¬
ment latéral représente l’ébauche du membre postérieur ; les ébauches phalliques et celles de la lèvre
craniale du cloaque ne sont pas formées.
A un stade un peu plus avancé (embryons dont l’allantoïde atteint 4 à 5 mm de longueur),
les renflements latéraux droit et gauche, de la région cloacale, encadrent à la façon des branches
d’un Y, la base de la queue (fig. 1 a du texte) ; ils se prolongent en avant dans la paroi mésenchy¬
mateuse contenant le pédicule de l’allantoïde (formant la paroi ventrale du corps en cette région)
jusqu’au point où l’amnios se replie au-dessous de l’allantoïde ; cette zone mésenchymateuse est
légèrement renflée en avant du renflement latéral (fig. 1 b du texte) : cette dilatation se situe à l’empla¬
cement où se soulèvera, bientôt, la lèvre craniale du cloaque.
C’est chez les embryons pesant environ 35 mg (chez lesquels l’allantoïde a la forme d’un sac
de 5 à 6 mm de longueur) que le premier soulèvement des ébauches phalliques devient apparent ;
le relief de la région cloacale à ce stade est représenté sur les dessins des figures 2 et 3 du texte, la
photographie c de la planche I et la photographie a de la planche II se rapportant à des embryons
pesant de 35 à 40 mg ; l’emplacement occupé par la paroi ventrale de l’urodacum (visible, par trans¬
parence, sous l’épiblaste) est entouré par une série de bourrelets : du côté cranial, deux surélévations.
Source : MNHN, Paris
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A. RAYNAUD ET C. PIEAU
Figure 1 : Vue caudale (a) et latérale droite (b) d’un jeune embryon d’Orvet (Orv. 722) dont l’allantoïde mesure 4,5 mm
de longueur. De part et d’autre de la base de la queue (q.) sectionnée, on aperçoit les renflements latéraux (r.l.) ; sur le
dessin b, on distingue un léger soulèvement, en avant du renflement latéral ; il est situé à l’emplacement où se soulèvera,
ultérieurement, la lèvre craniale du cloaque (all.o. : allantoïde ouverte ; amn. : amnios ; a.v. : aire vasculaire ; c. : corps
de l’embryon ; f. amn. : partie du feuillet amniotique qui entourait les spires de la queue ; r.l. : renflement latéral ;
v. : vitellus) (Gr. = 21,5).
en continuité sur la ligne médiane, forment l’ébauche de la lèvre craniale du cloaque ; au-dessous
d’elles, deux petits monticules (un droit et un gauche), situés de part et d’autre de la membrane cloa-
cale, représentent les ébauches phalliques ; contigu au bord latéral de la lèvre craniale du cloaque
et de chaque ébauche phallique, un petit bourrelet saillant constitue, de chaque côté, l’ébauche du
membre postérieur. Tous ces soulèvements sont voisins et ne sont séparés l’un de l’autre que par
des sillons, des dépressions étroites et peu profondes et, à ce stade, leur proximité donne l’impression
(photographie a, planche II) d’une surélévation d’ensemble, recourbée sur les côtés, du bord cranial
et des bords latéraux de la région cloacale.
L’examen histologique apporte d’autres renseignements : le premier soulèvement des ébauches
phalliques se présente sous forme de deux petites saillies [é.ph.] de la paroi ventrale du corps situées,
chacune, de part et d’autre de la moitié craniale de la chambre urodaeale (photographie a,
planche IV) ; le bord latéral de cette saillie est contigu au bord médio-ventral de la partie craniale de
l’ébauche du membre postérieur (photographies b et c, planche IV) et, plus caudalement, l’ébauche
phallique et l’ébauche du membre postérieur se rejoignent. Du côté cranial, un léger méplat sépare
l’ébauche phallique de l’ébauche de la lèvre craniale du cloaque. Les coupes histologiques montrent
que chez les embryons de ce stade (30 à 40 mg), l’ébauche du membre postérieur est formée d’un
amas dense de cellules mésoblastiques d’origine somatopleurale, légèrement basophiles, recouvert
à son extrémité apicale par un épiblaste surélevé, formant une crête apicale rudimentaire ; l’ébauche
phallique présente une structure mixte (photographies b et c, planche IV) : dans sa partie centrale,
elle est formée par des celhdes mésoblastiques peu serrées ; sur son bord ventral, au contraire, existent
cinq à six assises de cellules à noyau sphérique, à cytoplasme légèrement basophile, serrées les unes
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
149
Figure 2 : Vue ventrale de la partie postérieure du corps d’un jeune embryon d’Orvet pesant 38,6 mg. Autour de l’empla¬
cement de la membrane cloacale se sont formées plusieurs surélévations : en avant, l’ébauche de la lèvre craniale du
cloaque (é.l.cr.cl.) ; de part et d’autre de la membrane cloacale, les ébauches phalliques (é.org.g.ext.) ; et, sur les côtés,
les ébauches des membres postérieurs (é.m.p.), auxquelles aboutit une étroite crête rubannée (cr.), reste de la crête
de Wolff (Gr. = 24).
Figure 3 : Région cloacale d’un embryon d’Orvet de 6,5 mm de longueur. De part et d’autre de l’emplacement de l'uro-
daeum (cmpl.Ur.), deux petits bourrelets se sont formés, constituant les ébauches phalliques (é.org.g.ext.) ; les bords
dorso-latéraux de ces ébauches se relient aux ébauches, situées plus dorsalement, des membres postérieurs (é.m.p.) ;
en avant de l’emplacement de l'urodaeum, la lèvre craniale du cloaque (é.l.cr.cl.) est ébauchée, sous forme d’une saillie
transversale qu’une dépression médiane fait paraître paire (q. : queue) (Gr. = 24).
contre les autres, disposées sous l’épiblaste ; ces cellules qui sont, du côté latéral, en continuité avec
celles de l’ébauche du membre, ont été proliférées au stade précédent, en même temps que celles
de l’ébauche du membre, par le feuillet mésodermique somatopleural ; elles étaient, alors, venues
s’étaler sous l’épiblaste jusqu’à proximité de la paroi latérale de l’urodaeum. Quant à l’ébauche de
la lèvre craniale du cloaque (les coupes histologiques montrent une formation transversale, continue,
présentant une légère dépression sur la ligne médio-ventrale), elle dérive d’un épaississement trans¬
versal de la paroi ventrale du corps, cranialement par rapport à l’urodaeum (cette paroi du corps
englobe la base de la tige de l’allantoïde) (*) ; la lèvre craniale du cloaque est formée d’un tissu méso¬
blastique assez lâche ; la densité cellulaire va en décroissant dans le sens cranio-caudal. Le soulève¬
ment de l’ébauche de la lèvre craniale du cloaque est contemporain de celui des ébauches phalliques.
A un stade un peu plus avancé du développement (embryons pesant de 50 à 60 mg), les diffé¬
rentes ébauches de la région cloacale se sont allongées et donnent à cette région un relief caractéris¬
tique (photographies b et c, planche II et fig. 4 du texte) :
o) Les ébauches des membres postérieurs [é.m.p.] s’écartent progressivement des autres ébauches
et se situent plus dorsalement.
(*) Chez les embryons dont le bourgeon allantoldien atteint 0,5 mm de longueur, la paroi ventrale du corps se forme
juste en arrière de la base de l’allantoïde, par rapprochement et fusion des deux côtés latéraux de la somatopleure ;
les replis amniotiques fusionnent sur cette ligne de contact et, se séparant de cette paroi, l’amnios englobera à la fois
la partie postérieure du tronc et la queue. Le point de réunion des pariétopleures se situe à hauteur de l’urodaeum ;
au cours des stades ultérieurs, la tige de l’allantoïde s'incorpore à la paroi ventrale, mésenchymateuse, du corps jusqu’à
l'ombilic.
Source : MNHN, Paris
150
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
b) La lèvre craniale du cloaque forme un bourrelet rectiligne, transversal, qui ne présente qu’une
légère dépression médiane sur son bord caudal.
c) Les deux ébauches phalliques se sont hypertrophiées et forment maintenant deux monticules
saillants disposés de part et d’autre de la membrane urodaeale.
d) Enfin, deux nouvelles ébauches sont venues s’adjoindre aux précédentes ; ce sont les ébauches,
paires, de la lèvre caudale du cloaque, qui apparaissent sous forme de deux petits soulèvements
transversaux placés en arrière de l’urodaeum ; elles ne tarderont pas à se rejoindre et à former un
bourrelet impair, médian.
Figure 4 : Région cloacale d’un embryon d’Orvet de 60 mg (dessin à la chambre claire) ; (é.l.c.cl. : ébauche de la lèvTe
caudale du cloaque ; é.l.cr.cl. : ébauche de la lèvre craniale du cloaque ; é.m.p. : ébauche du membre postérieur ;
é.or.g.ext.dr. : ébauche du phallus droit ; q. : queue) (Gr. = 23,5).
Ces trois groupes d’ébauches (lèvre craniale du cloaque, ébauches phalliques, lèvre caudale
du cloaque) entourent, maintenant, à la façon d’un rempart, l’aire de la paroi ventrale du corps au
centre de laquelle se trouve la membrane cloacale (urodaeale) ; le creux ainsi délimité constitue le
proctodaeum.
Au stade de 70 à 80 mg, lèvres craniale et caudale du cloaque sont bien développées, légèrement
courbées autour du proctodaeum et, entre leurs extrémités latérales, s’élèvent les ébauches phalliques
qui ont pris la forme de deux petits bourgeons cylindriques, à partie distale légèrement renflée
(photographie d, planche II).
A partir de ce stade, l’ébauche phallique est formée ; elle va être progressivement modelée
pour acquérir ses caractéristiques morphologiques essentielles ; les principales phases de cette mor-
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
151
phogenèse ont été décrites dans des travaux antérieurs (Raynaud A., 1963 a et b; Raynaud A.,
Pieau C. et Raynaud J., 1968) ; elles comportent :
«) Un allongement du phallus et la formation d’une protubérance latérale à sa base (photographie e,
planche II).
b) Le creusement, au stade de 110-120 mg, d’un sillon, encore court, sur la face médiane, bientôt
dirigée caudalement, de chaque phallus (photographie e, planche II et fig. 5 a et 6 du texte) ;
ce sillon est l’ébauche du sillon spermatique ; il est situé dans le prolongement de la gouttière
formée par les côtés latéraux, rapprochés, des lèvres, craniale et caudale, du cloaque.
c) Une dilatation de la moitié dorsale supérieure du phallus ; cette moitié vient recouvrir légèrement
la moitié ventrale de l’organe ; le sillon spermatique se localise entre ces deux parties et se pro¬
longe, sur la face caudale du phallus, jusqu’à l’extrémité de l’organe (fig. 5 b du texte).
d) Le soulèvement de deux saillies à la pointe de chaque phallus, de part et d’autre de l’extrémité
du sillon spermatique et l’apparition de stries transversales sur les côtés de l’organe (embryons de
250 à 400 mg).
L’examen histologique des phallus, dont les grandes étapes du modelage externe viennent
d’être résumées, permet de préciser les phases successives de la différenciation des constituants tissu¬
laires de ces organes.
Au cours des stades du développement compris entre 40 et 60 mg, une prolifération de l’épithé¬
lium coelomique du fond du cul-de-sac coelomique caudal essaime des cellules dans la paroi ventrale
du corps à hauteur des deux soulèvements formant la lèvre craniale du cloaque ; ces deux soulève¬
ments deviennent plus denses, plus épais, ainsi que la zone médiane qui les sépare et l’ensemble de
la paroi ventrale à ce niveau se soulève en un bourrelet transversal, saillant, formant la lèvre craniale
du cloaque (photographie c, planche II de ce travail ; voir aussi les figures 7 et 8 d’un travail antérieur
[Raynaud A., 1963]) ; il est difficile de déterminer si une partie de ces cellules, nouvellement pro¬
liférées, pénètre, ou non, dans l’ébauche phallique ; par contre, un grand nombre de ces cellules
s’accumulent autour de l’urodaeum, formant une enveloppe dense autour de cette chambre cloacale.
Chez les embryons pesant de 60 à 65 mg, l’ébauche phallique (photographie a, planche V) est
principalement constituée par un aggrégat, dense, de petites cellules mésodermiques, situées sous
l’épibla8te, dans la partie distale du bourgeon phallique ; ccs cellules proviennent d’une multiplication
des assises cellulaires basophiles sous-épiblastiques, des stades antérieurs ; en dessous d’elles existe
un mésenchyme lâche ; dans la partie postérieure de l’ébauche phallique commence à se former une
condensation cellulaire, juste au-dessous des assises cellulaires denses : elle est formée de cellules
à noyau légèrement hypertrophié, groupées en un amas de forme cylindrique qui peut être suivi sur
quelques coupes, en direction caudale, puis se fond dans une condensation cellulaire plus étendue
et moins dense, située dans la partie basale, postérieure, de l’ébauche phallique ; à ce stade, une conden¬
sation cellulaire très nette existe, également, dans l’axe de chacune des ébauches, paires, de la lèvre
caudale du cloaque ; sa base se relie au tissu conjonctif situé dans l’axe de la queue.
Au stade de 70 mg, les phallus ont la forme de simples bourgeons à extrémité renflée ; dans
leur partie apicale existe encore, sous l’épiblaste, des couches de cellules mésodermiques serrées,
denses ; mais sur les bords latéraux de l’ébauche, ce tissu mésodermique est devenu plus lâche, ses
cellules sont séparées par de larges espaces clairs ; la condensation cellulaire cylindrique formée au
stade précédent est mieux développée ; ses cellules, des myoblastes, sont orientées parallèlement :
cette condensation représente le début de la différenciation du grand muscle rétracteur du phallus.
Chez les embryons de 80 mg, la forme des phallus ne s’est guère modifiée et la structure interne
de l’organe n’a guère évolué ; toutefois, on note le début de la formation de la protubérance latérale
basale (un amas très dense, de cellules mésodermiques soulève, là, l’épiblaste) (photographie b,
planche V) ; le faisceau du muscle rétracteur est maintenant bien apparent (photographies b et c.
Source : MNHN, Paris
152 A. RAYNAUD ET C. PIEAU
Figure 5 : Région cloacale d’embryons d’Orvet :
a : Embryon pesant 120 mg ; dans les phallus, le sillon spermatique (s.sp.) est en formation et une protubérance
latérale (prot.l.b.) s’est développée dans la partie basale de l’organe ; la partie formée du sillon spermatique prolonge
la rigole proctodaeale formée par les bords latéraux des lèvres craniales (l.cr.cl.) et caudale (l.c.cl.) du cloaque (cl.)
b : Embryon de 220 mg ; ici, le sillon spermatique est complètement formé (ph.dr. et ph.g. : phallus droit et phallus
gauche) (Gr. = 23,5).
c : Embryon de 400 mg (E3 Orv. 432) : région cloacale en vue d’ensemble à droite ; phallus droit, à gauche sur le des¬
sin : noter la position du sillon spermatique, les saillies apicales et la dépression incurvée à la partie dorsale du
sommet du phallus (Gr. = 25).
d : Embryon de 285 mg (E7 Orv. 429) ; vue latérale du phallus droit ; noter les sillons formés par les invaginations
de l’épiblaste sur les parties latérales antérieures du phallus (Gr. = 25).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
153
planche V) ; enfin, il y a de nombreuses mitoses dans les cellules mésodermiques du phallus (photo¬
graphie c, planche V).
Les différenciations tissulaires, à l’intérieur des ébauches phalliques, s’accusent progressive¬
ment : chez les fœtus de 120 mg, le sillon spermatique commence à se former (dessin de la figure 5 a
du texte et photographie e de la planche V) ; d’autre part, un autre faisceau musculaire lisse pénètre,
par le côté latéral de la base du phallus, à l’intérieur de cet organe et ses fibres se répartissent dans
l’espace situé entre le muscle rétracteur et le bord latéro-ventral de l’organe (photographies d et e,
planche V).
Chez les embryons de 160 mg, les phallus ont acquis (photographies f et g, planche V) les carac¬
téristiques essentielles de structure : les faisceaux musculaires du puissant muscle rétracteur traversent
l’organe parallèlement à son grand axe et se subdivisent, à sa partie apicale, en deux branches, de
part et d’autre d’une protéburance médiane de la paroi supérieure ; du côté ventral (caudal) du grand
muscle rétracteur, un second faisceau musculaire lisse pénètre dans la base de l’organe et se résout
en fibres, au sein d’un tissu conjonctif assez dense parcouru par des capillaires (photographie f,
planche Y) ; une bande de tissu conjonctif dense, prolongement de celui des lèvres du cloaque (pho¬
tographie a, planche VI), suit le trajet du sillon spermatique et recouvre ce sillon, dorsalement ;
l’épiblaste forme sur les parois médiane et ventrale de l’extrémité du phallus, des invaginations
délimitant des sillons annulaires (photographies a et b, planche VI).
Aux stades ultérieurs (embryons pesant de 300 à 500 mg), l’examen histologique des hémi¬
pénis montre que le muscle rétracteur principal est entouré d’un tissu conjonctif extrêmement lâche
et par des espaces lacunaires permettant une grande mobilité du muscle par rapport aux tissus qui
l’environnent (photographie c, planche VI) ; entourant en fer à cheval le sillon spermatique, il existe
des assises de tissu conjonctif dense (photographie c, planche VI) ; mais surtout, de part et d’autre
du sillon, est disposé un tissu de structure caverneuse, aréolaire, très riche en capillaires et petits
vaisseaux sanguins (photographie d, planche VI) ; c’est un lacis vasculaire à éléments anastomosés
et ramifiés, séparés par des trabécules de tissu conjonctif ; certains de ces trabécules ont l’aspect
de villosités comportant des cellules musculaires lisses et qui pénètrent dans les espaces sanguins
et doivent jouer un rôle pour faciliter l’afflux du sang ou maintenir la pression sanguine dans le phallus,
lors de l’accouplement ; l’ensemble de ce tissu forme une sorte de corps spongieux qui occupe un volume
important dans le phallus et fait de ce dernier un organe pouvant aisément se gonfler sous l’afflux
du sang.
Les étapes tardives de cette morphogenèse de l’ébauche phallique ont été illustrées dans un
travail antérieur (Raynaud A., Pieau C. et Raynaud J., 1968) ; nous renvoyons le lecteur à cette
publication et nous ne faisons figurer ici que des représentations de la morphologie des phallus aux
stades de 120, 220 et 400 mg (fig. 5, a, b, c du texte).
Rappelons enfin que, pendant toute la durée de la vie fœtale, la morphogenèse des phallus
s’effectue d’une manière semblable chez les fœtus des deux sexes ; ce n’est qu’en examinant un
nombre assez grand d’embryons, aux approches du terme, que l’on observera que les phallus mâles
sont, en général, un peu plus développés que ceux des femelles et que leur sillon spermatique est plus
ouvert ; mais ces différences sont faibles.
IV. — LE DÉVELOPPEMENT DES ÉBAUCHES PHALLIQUES
CHEZ L’EMBRYON DE LÉZARD VERT
(Lacerta viridis Laur.)
Chez les embryons au 11 e jour de l’incubation (embryons de 4,2 mm de longueur [distance
courbure cervicale-courbure caudale] et de 6 mm de distance sommet du mésencéphale-courbure
caudale) dont le membre antérieur mesure 1 à 1,2 mm de longueur, le champ cloacal, entre la base
de la tige de l’allantoïde et la base de la queue est à peu près plat ; à l’examen extefne, à la loupe
Source : MNHN, Paris
154
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
binoculaire, on ne distingue pas de surélévation nette (fig. 6 a du texte) ; cependant, l’examen histo¬
logique apporte les indications suivantes : dans la partie craniale du champ cloacal, la paroi ventrale
du corps, dans laquelle chemine la tige de l’allantoïde flanquée des artères allantoïdiennes, est épaisse
et formée d’un tissu mésenchymateux lâche recouvert par l’épiblaste ; cette paroi, qui se soulèvera
plus tard, pour former la lèvre craniale du cloaque est, pour le moment, une aire transversale de tissu,
impaire, mais présentant une petite dépression sur son bord ventral, dans le plan sagittal médian ;
un peu plus caudalement, de part et d’autre de la chambre urodaeale, la paroi ventrale du corps
forme une petite saillie ; chacune de ces deux saillies est située entre la base du membre postérieur
et l’urodaeum : elles représentent les ébauches phalliques ; leur structure rappelle celle des ébauches
phalliques des embryons d’Orvet ; en effet, dans leur partie ventrale sont disposées, sous l’épiblaste,
plusieurs assises de cellules basophiles qui, sur le côté latéral, sont en continuité avec les cellules
qui forment la majeure partie du membre postérieur ; sous ces assises, on trouve un tissu conjonctif
embryonnaire lâche, parcouru par des capillaires (photographie a, planche VII).
Les ébauches phalliques de l’embryon de Lézard vert apparaissent donc, sous forme de deux
petites surélévations disposées de part et d’autre de la membrane urodaeale ; elles occupent la même
position et ont la même structure que celles de l’embryon d’Orvet ; au moment de leur premier sou¬
lèvement, l’ébauche de la future lèvre craniale du cloaque ne fait pas encore saillie. Au stade suivant
(12 à 13 jours d’incubation) (embryons de 6 mm de distance courbure craniale-courbure caudale,
dont l’ébauche du membre antérieur mesure de 1,5 à 1,6 mm de longueur), l’ébauche de la lèvre
craniale du cloaque commence à faire saillie (fig. 6 6 et c du texte) ; cette ébauche se forme à partir
de la paroi ventrale du corps, au niveau transversal correspondant à celui de l’insertion des membres
postérieurs (fig. 6 c du texte) et cette paroi ventrale se renfle de part et d’autre de la ligne médiane
en deux soulèvements oblongs, largement en continuité dans le plan médian (photographie b,
planche VII) ; ces renflements sont formés d’un tissu mésenchymateux lâche ; un peu plus caudale¬
ment, les renflements de la lèvre cloacale craniale s’atténuent et un méplat sépare ces ébauches des
deux monticules phalliques devenus maintenant plus apparents (*) (fig. 6 c du texte et photographie c,
planche VII). A un stade un peu plus avancé (embryons dont le membre antérieur mesure de 1,6
à 1,7 mm de longueur), les deux lobes de la lèvre craniale et les ébauches phalliques sont devenus
un peu plus saillants (photographies d et e, planche VII) et commencent à former une surélévation
délimitant une partie interne (l’ébauche du proctodaeum) au centre de laquelle fait saillie une crête
allongée dans le plan sagittal médian (fig. 6 d du texte) ; cette crête est formée par l’avancée de l’arête
-ventrale de la partie supérieure de l’urodaeum (qui présente, en section transversale, une forme
triangulaire, une pointe du triangle étant dirigée ventralement dans le plan sagittal médian et sou¬
levant l’épiblaste).
Chez les embryons plus âgés, dont le membre antérieur, au stade de palette, mesure 2 mm de
longueur, le relief du cloaque a acquis ses caractères essentiels (fig. 6 e du texte) : les ébauches phal¬
liques, en continuité, par leur base, avec les bords latéro-ventraux de la lèvre craniale du cloaque,
forment un rempart en fer à cheval entourant le proctodaeum ; celui-ci est presque complètement
circonscrit par une surélévation circulaire, car deux nouvelles petites saillies, nées en arrière des
ébauches phalliques et représentant les ébauches de la lèvre caudale du cloaque ont pris naissance
à ce stade. La disposition ainsi réalisée est voisine de celle observée chez l’embryon d’Orvet au stade
de 50 mg.
Au centre du proctodaeum, allongée dans le plan sagittal médian, se trouve la crête épiblastique
recouvrant la pointe ventrale de l’urodaeum et la membrane cloacale.
(*) Les divers embryons examinés offrent des variations quant au degré de soulèvement de la lèvre craniale du cloaque
et des ébauches phalliques : nous avons observé un soulèvement de la lèvre craniale chez un embryon dont l’ébauche
du membre antérieur ne mesure que 1,2 mm de longueur. Par contre, les ébauches phalliques ne sont pas encore
nettement saillantes chez deux embryons dont le membre antérieur mesure 1,5 mm de longueur.
Source : MNHN, Paris
e
Figure 6 : Dessins, à la chambre claire, de la région cloacale, d’embryons de Lacer la viridis, montrant l’acquisition
du relief de cette région et la formation des ébauches paires de la lèvre craniale du cloaque (é.l.cr.cl.) et des ébauches
phalliques (é.ph.) (m.cl. : membrane cloacale ; p.o. : pédicule ombilical ; p.p. : patte postérieure ; q. : queue).
Dessin a : Chez un embryon de 4,2 mm de longueur (dont l’ébauche du membre antérieur mesure 1 mm), le champ
cloacal, entre le pédicule ombilical et la base de la queue, est à peu près plat (Gr. = 21,5).
Dessins b et c : Chez deux embryons de 6 mm de longueur (dont le membre antérieur mesure 1,5 mm [embryon du
dessin 6] et 1,6 mm de longueur [embryon du dessin c]), deux légers soulèvements, dans la partie craniale du champ
cloacal, traduisent l’apparition de la lèvre craniale du cloaque ; les ébauches phalliques (é.ph.), encore peu apparentes
chez l’embryon représenté sur le dessin b, sont bien visibles chez l’embryon dont la région cloacale est représentée
sur le dessin c (Gr. = 20,5).
Dessin d : Région cloacale, d’un embryon de 7 mm de longueur (dont le membre antérieur droit mesure 1,7 mm) ;
les ébauches paires de la lèvre craniale du cloaque sont bien formées ; les ébauches phalliques (é.ph.) sont repré¬
sentées par deux petits soulèvements situés en arrière des renflements de la lèvre craniale du cloaque et de part
et d’autre de la membrane cloacale (m.cl.) (Gr. = 22,5).
Dessin e : Région cloacale d’un embryon de Lézard vert, dont les membres ont la forme d’une palette, à bord régu¬
lièrement courbe (les rayons des doigts ne sont pas indiqués ; la longueur du membre antérieur est voisine de 2 mm),
les ébauches phalliques sont unies par leur base, à l’ébauche de la lèvre craniale du cloaque ; les ébauches, paires;
de la lèvre caudale du cloaque (é.l.c.cl.) commencent à se soulever ; l’ensemble de ces formations en relief délimite
le proctodaeum, dont le centre est occupé par la membrane cloacale (Gr. = 22,5).
Source : MNHN, Paris
156
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
A ce stade, la lèvre craniale du cloaque présente encore une disposition bilobée, car une dépres¬
sion assez accusée, dans le plan saggital médian, sépare dans leur partie médio-ventrale, les deux
renflements, soulèvements de cette partie de la paroi ventrale du corps.
A un stade ultérieur (embryons de 7 à 8 mm de longueur [distance courbure craniale-courbure
caudale]), les phallus ont pris la forme de petites massues, de 0,5 mm de longueur, faisant saillie
hors du proctodaeum, serrées l’une contre l’autre, de part et d’autre de la membrane cloacale (pho¬
tographie f, planche VII) et entourées par le repli circulaire continu formé par les lèvres du cloaque.
L’évolution ultérieure des phallus dans les deux sexes et son contrôle par l’hormone femelle ont été
décrits dans un autre travail (Raynaud A., 1967).
Nous avons complété et contrôlé les observations précédentes par l’étude histologique de jeunes
embryons de Lacerta sicula ; chez cette espèce, l’évolution de la région cloacale est en tous points
comparable à celle de Lacerta viridis : les ébauches phalliques apparaissent le 8 e jour de l’incubation
(à 26-27°) chez des embryons mesurant 4,6 à 5 mm de distance courbure cervicale-courbure caudale ;
ce sont deux petites surélévations de la paroi du corps situées de part et d’autre de la membrane
cloacale ; les lèvres du cloaque sont des épaississements mésenchymateux de la paroi du corps,
initialement bilobés, qui se forment en avant (lèvre craniale), puis en arrière (lèvre caudale) de la
membrane cloacale ; au cours de leur développement, elles forment un repli circulaire continu qui
entoure, puis recouvre, les ébauches phalliques.
V. — LE DÉVELOPPEMENT DE LA RÉGION CLOACALE
ET DES ÉBAUCHES PHALLIQUES
DE L’EMBRYON DE COULEUVRE TESSELÉE
(Tropidonotus tessellata Laur.)
Chez les très jeunes embryons, mesurant de 3 à 5 mm de longueur (*), on n’observe rien de
particulier dans les parois de la région cloacale : le mésoderme somatopleural est formé de deux à
trois assises de cellules ; il n’a pas proliféré et la pariétopleure ne s’est pas épaissie.
Chez les embryons pesant de 30 à 50 mg, on constate que, dans la région troncale postérieure,
la pariétopleure s’épaissit de part et d’autre de la chambre cloacale (photographies a et b, planche VIII)
et forme un renflement visible extérieurement, le renflement latéral cloacal ; les coupes histologiques
(photographies c et d, planche VIII) montrent qu’à ce stade, cet épaississement pariétopleural est
constitué par des cellules mésenchymateuses banales (dont certaines paraissent provenir de la région
dorsale du corps), auxquelles s’adjoignent des cellules proliférées par le mésoderme somatopleural ;
il existe de nombreuses mitoses dans ce feuillet mésodermique ; et du côté latéral, il ne présente pas
de limite, ses cellules s’étagent en plusieurs assises qui s’enfoncent, irrégulièrement, dans le renflement
latéral ; quand on compare cet aspect histologique à celui du renflement latéral de l’embryon d’Orvet,
on constate que chez ce dernier, la prolifération du mésoderme somatopleural est plus accentuée
et que les cellules qui en sont issues forment un amas homogène ; mais, par sa position et son mode
de formation, le renflement latéral cloacal de l’embryon de Couleuvre est semblable à celui de
l’embryon d’Orvet (comparer les photographies a et b de la planche VIII aux photographies a et b
( *) Chez ces embryons, l'ceil n'est pas encore pigmenté ; le cristallin a la forme d'une sphère creuse ; le bourgeon maxillaire
supérieur, encore très court, arrive à proximité du bord interne de l’œil ; le creux olfactif est largement ouvert, en
forme de cupule ; en arrière de l’arc hyoïdien, on distingue deux arcs branchiaux.
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
157
de la planche III). A l’intérieur de cet épaississement de la pariétopleure, les cellules continuent à
se multiplier ; et chez les embryons pesant de 80 à 100 mg, chaque épaississement forme une protu¬
bérance marquée d’environ 0,5 mm de diamètre, déjà allongée caudalement, sur les côtés de la région
cloacale (photographies a et b de la planche IX, b et c de la planche X et dessins des figures 7 a et
b du texte).
L’examen externe des embryons pesant de 80 à 100 mg (photographies a et b de la planche IX,
dessins a et b de la figure 7 du texte) révèle un certain nombre de particularités dans la région où
est situé cet épaississement latéral cloacal ; là, la face dorsale du tronc présente une courbure moins
accentuée et il existe cinq à six somites (ce sont les somites S170 à Si76) qui sont plus larges et plus courts
que ceux qui les précèdent ou qui les suivent (*) (il y a, environ, 230 somites chez les embryons à ce
stade) ; d’autre part, le bord ventral de deux somites arrive au contact du bord dorsal du renflement
latéral (l’extrémité ventrale d’un autre somite — précédant les deux ci-dessus mentionnés — se
recourbe et se dirige vers le bord cranial de la base du renflement latéral).
L’examen histologique montre que, chez les embryons pesant de 80 à 100 mg, deux somites
envoient un prolongement ventral qui pénètre dans le renflement latéral ; ces renflements présentent
(photogaphies b, c, d de la planche X) la structure suivante : leur bord externe est régulièrement
courbe ; l’épiblaste qui les recouvre est légèrement épaissi sur toute sa surface ; il n’existe pas, ici,
d’épaississement épiblastique localisé (crête apicale) comme on en trouve sur la partie dorsale du
renflement latéral de l’embryon d’Orvet ; les cellules qui constituent le renflement latéral cloacal
de l’embryon de Couleuvre sont disposées sans ordre et leur noyau a une forme irrégulière ; de plus,
surtout dans la moitié antérieure du renflement, elles sont séparées par des espaces clairs, une substance
intercellulaire liquide et par des capillaires sanguins assez nombreux ; dans la moitié postérieure de
l’ébauche, les cellules sont plus serrées. A hauteur du renflement, deux somites présentent des modi¬
fications : leur paroi ventrale n’est pas repliée du côté médian, elle est allongée dans le prolongement
du corps principal du somite, en direction dorso-ventrale ; elle pénètre dans la partie dorsale du ren¬
flement latéral et elle essaime des cellules dans cette partie, cellules orientées en travées divergeant
depuis l’extrémité ventrale du somite ; ce n’est que dans la partie postérieure du somite que le bord
ventral se recourbe et referme le somite, du côté médian. Des deux somites qui présentent des modi¬
fications, l’un pénètre dans la moitié antérieure du renflement latéral cloacal, l’autre dans la base
dorsale de la moitié postérieure de ce renflement (les deux somites précédant ceux-ci et les deux qui
les suivent présentent également des modifications, leur bord ventral est moins recourbé que nor¬
malement, mais ils n’essaiment pas de cellules à leur extrémité ventrale).
Chez les embryons pesant de 95 à 120 mg, le renflement latéral cloacal est resté convexe du
côté externe et régulièrement courbe dans sa moitié antérieure ; dans sa partie postérieure, par contre,
il est devenu plus saillant et il forme maintenant une protubérance marquée, à la fois dans le sens
latéral et dans le sens caudal : elle commence, en effet, à s’allonger, nettement, vers l’arrière, paral¬
lèlement à l’axe de la queue, dans cette région, pour former l’ébauche de l’organe copulateur. A ce
stade, les somites situés à hauteur du renflement latéral cloacal présentent les mêmes aspects qu’aux
stades précédents ; ainsi, chez un embryon de 116 mg, nous avons constaté que les trois somites pré¬
cédant l’ébauche phallique devenaient progressivement plus larges ; le quatrième somite, situé à
hauteur de la base de l’ébauche phallique est très large et il en est de même des deux suivants qui
sont placés en arrière de l’ébauche. L’examen histologique montre que la moitié antérieure du ren¬
flement est formée d’un tissu assez lâche ; par contre, dans la moitié postérieure, saillante, la densité
cellulaire est plus forte et les cellules se multiplient activement ; sur une coupe, à ce niveau (pho-
(*) Le fait que cinq à six somites présentent, dans cette région, des modifications comparables (raccourcissement et élar¬
gissement dans le sens longitudinal) signifie-t-il qu’autrefois, chez les ancêtres de ces Couleuvres, ces somites prenaient
part à la constitution d’une structure plus étendue que le renflement latéral actuel ? Cette hypothèse concorderait
avec l’observation qui montre que chez les embryons étudiés ici, quatre nerfs spinaux atteignent le renflement cloacal
et que le trajet des deux nerfs les plus postérieurs, est fortement incurvé cranialement pour atteindre l’ébauche
phallique.
Source : MNHN, Paris
I 1 mm. |
Figure 7 : Dessins à la chambre claire de la région postérieure du corps de jeunes embryons de Couleuvre tessellée
(Tropidonolus tessellata) montrant la formation du rebef de la région cloacale et le développement des ébauches phal¬
liques (Gr. = 24 pour les quatre dessins).
a : Embryon de 80 mg ; sur les côtés latéraux de la région cloacale, l’épaississement pariétopleural commence à
s’allonger caudalement, pour former l’ébauche phallique (é.ph.) (q. : queue, sectionnée).
b : Embryon femelle de 190 mg ; l’ébauche phallique (é.ph.) est bien individualisée et l’ébauche de la lèvre craniale
du cloaque (é.l.cr.cl.) (seule, la moitié droite de cette ébauche est visible sur ce dessin) commence à se soulever
(q. : queue sectionnée).
-e et d : Vues latérale et ventrale de la région cloacale d’un embryon mâle, un peu plus développé que le précédent
(ici, la narine externe est formée et il n’y a plus d’encoche, en dessous d’elle, à la lèvre supérieure, l’œil est pigmenté,
mais le corps n’est pas encore pigmenté ; les écailles ne sont pas formées). Les ébauches, paires, de la lèvre craniale
du cloaque (é.l.cr.cl.) sont formées mais sont encore séparées sur la ligne médiane ; les ébauches phalliques (é.ph.)
atteignent 0,6 mm de longueur et elles proéminent de part et d’autre de la membrane cloacale (m.cl.) (q. : queue,
sectionnée).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
159
tographies b et c, planche X), on voit que l’épiblaste qui recouvre cette partie saillante est plus épais
qu’ailleurs et qu’il existe, encore, un prolongement d’un somite qui essaime des cellules dans la base
de l’ébauche phallique ; de nombreuses cellules sont en prolifération dans l’extrémité ventrale du somite
et de nombreuses mitoses s’observent aussi parmi les cellules qui dérivent du somite et forment des
travées divergeant depuis l’extrémité ventrale du somite ; l’aspect général de cette coupe rappelle
celui de l’ébauche du membre postérieur des jeunes embryons d’Orvet ; d’autre part, il existe deux
épaississements épiblastiques lenticulaires sur le bord ventral de cette partie saillante de l’ébauche
phallique (l’un d’eux est indiqué par une flèche sur la photographie c de la planche X) ; ils sont situés
à un niveau transversal qui correspond à celui de la pénétration maximum du somite dans la base
de la partie saillante de l’ébauclie ; et cette pénétration du somite se situe à un niveau transversal
correspondant, approximativement, à celui auquel l’extrémité caudale du canal de Wolff s’ouvre
dans l’urodaeum. L’ébauche phallique de la Couleuvre occupe donc, sur la partie latérale de la région
cloacale, un emplacement semblable à celui qu’occupe, chez l’embryon d’Orvet, l’ébauche du membre
postérieur (ceci apparaît avec plus de netteté sur les dessins des figures 8, 9 et 10 du texte se rappor¬
tant à des embryons plus âgés) ; d’autre part, comme l’ébauche du membre de l’Orvet, l’ébauche
phallique de la Couleuvre est délimitée, à sa base, par un pli de l’épiblaste et les coupes passant à
ce niveau donnent, pour les deux types d’ébauches, des images histologiques semblables ; mais la
structure interne des deux ébauches est différente, ainsi que leur axe de croissance (l’ébauche du
membre postérieur de l’Orvet croît, d’abord, en direction latérale, l’ébauche phallique de la Couleuvre
s’allonge en direction postérieure).
Chez les embryons de 150 mg, les ébauches phalliques se sont allongées en direction caudale
(fig. 8 et 9 du texte) ; elles forment chacune une saillie latérale qui reste rattachée à la paroi du corps
sur presque toute sa longueur, sauf à son extrémité caudale (fig. 8 du texte) ; à ce stade, la partie
antérieure du renflement latéral de la région cloacale ne fait presque plus saillie. Les coupes histolo¬
giques montrent, en outre, que, de la pointe ventrale du somite qui pénètre dans la base de l’ébauche
phallique, part un faisceau divergent de travées cellulaires qui s’enfoncent dans la base de l’ébauche ;
il s’agit vraisemblablement là de myoblastes, séparés par des capillaires.
Au stade de 180 à 200 mg (*), les ébauches phalliques ont pris la forme de bourgeons assez volu¬
mineux à large base, à partie distale plus étroite et cylindrique dont l’axe est dirigé caudalement ;
elles mesurent environ 0,8 mm de longueur ; elles font saillie sur les côtés latéraux de la région cloacale
(photographies c, d, e, planche IX et reconstruction reproduite sur la figure 10 du texte) mais sont
encore rattachées à la paroi du corps sur une grande partie de leur longueur ; ces photographies et
cette reconstruction montrent que la base de l’ébauche phallique se prolonge en direction dorsale et
arrive à proximité du bord ventral de deux somites ; ce prolongement fait légèrement saillie sur le
côté latéral de la base du phallus et est bien visible sur les photographies d et e de la planche IX ;
d’autre part, entre les stades de 150 à 180 mg, les ébauches, paires, de la lèvre craniale du cloaque
commencent à se soulever, chacune sous forme d’un bourrelet disposé transversalement, contre le
bord cranial de l’ébauche phallique (photographies c et d, planche IX et dessins c et d de la figure 7
du texte) ; en même temps, un léger soulèvement commence à se former sur le bord latéral de la partie
caudale de la base de l’ébauche phallique. L’examen histologique montre que l’ébauche phallique forme
une protubérance sur la paroi latérale du corps, à hauteur de l’urodaeum et en dessous (postérieure¬
ment) de cette chambre ; sa base est située à une certaine distance des bords latéraux de l’urodaeum
(photographies a et b, planche XI) ; l’ébauche phallique est recouverte par un épiblaste assez mince
et elle est formée d’un amas de petites cellules mésodermiques indifférenciées séparées par une sub¬
stance interstitielle liquide ; dans la partie distale de l’ébauche, elles sont groupées en un amas dense ;
(*) A ces stades, les embryons ne sont pas encore pigmentés ; l’ceil est pigmenté et de taille relativement réduite ; les creux
olfactifs sont fermés mais une petite encoche dans le bord de la mâchoire supérieure marque l’emplacement qu’ils
occupaient antérieurement ; au-dessus de la pointe de l’encoche, une dépression marque l’emplacement de la narine
externe en train de se délimiter.
0 564 013 6 2
Source : MNHN, Paris
160
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
dans la base de l’ébauche pénètre l’extrémité d’un somite ; cette extrémité se prolonge par des travées
de cellules à noyau ovoïde ou sphérique, plus volumineux que celui des autres cellules de l’ébauche
et à cytoplasme plus abondant ; ces travées sont bien apparentes dans la partie axiale de l’ébauche ;
leurs cellules se multiplient activement, par mitose ; elles pénètrent dans la partie cylindrique de
l’ébauche, mais n’atteignent pas son extrémité distale. L’examen microscopique montre que la saillie
latérale présente sur la base de l’ébauche phallique est située sur le côté latéral du prolongement
du somite (*).
Figures 8 et 9 : Reconstructions graphiques, en vue perspective, effectuées selon la méthode de Lison, de la partie
postérieure du tronc d’un embryon de Tropidonolus tessellata pesant 144 mg (E 76 Tr.t) ( 8 : en vue latéro-dorsale,
9 : en vue latéro-ventrale) ; ces reconstructions montrent la position des ébauches phalliques (é.ph.) par rapport à
la position de la chambre urodaeale (dont la limite [l.ch.Ur.] est indiquée par un trait discontinu sur la figure 9) et
leur allongement en direction caudale (ail. : allantoïde ; Ao. : aorte ; ch. : chorde dorsale ; c. : coelome ; I. : intestin
postérieur ; m.cl. : membrane cloacale ; t.n. : tube nerveux) (Gr. = 120).
*) A ce stade, quelques particularités ont été observées dans l’épiblaste de l’ébauche phallique : ce sont de très petites
excroissances résultant de la prolifération d’un petit groupe de cellules superficielles de l’épiblaste ; elles forment,
chacune, un petit nodule constitué d’une dizaine à une trentaine de cellules, qui fait saillie à la surface de l'épiblaste.
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
161
Au stade de 250 mg, l’ébauche phallique est bien constituée, allongée en direction ventro-
caudale ; sa base est restée large et présente une protubérance latérale, niais sa partie distale s’est
amincie ; les deux ébauches font saillie, de part et d’autre de la région cloacale (photographie f,
planche IX et dessins c et d de la figure 7 du texte) ; le champ cloacal est légèrement soulevé ; la mem¬
brane cloacale constituée par la juxtaposition de la paroi ventrale de l’urodaeum et de l’épiblaste
sus-jacent n’est pas encore résorbée ; et à ce stade, l’urodaeum paraît dilaté par un liquide ; les
ébauches, encore paires, de la lèvre craniale du cloaque font saillie au-dessus de la base craniale des
phallus ; les ébauches de la lèvre caudale du cloaque ne sont pas formées. L’examen histologique
montre que l’ébauche phallique est composée d’un tissu dense, dont les cellules se multiplient active¬
ment ; le faisceau de cellules disposé axialement, décrit au stade précédent, est maintenant bien déve¬
loppé ; son point de départ est situé à proximité de l’extrémité ventrale du somite ; ses cellules se
multiplient toujours activement, mais quelques pycnoses sont aussi présentes et des nerfs suivent
son trajet ; le sillon spermatique n’est pas encore formé ; du côté médian, la base de l’ébauche se rat¬
tache à la paroi ventrale du corps, toujours à une certaine distance du bord latéral de la membrane
cloacale. Au total, quatre nerfs spinaux innervent l’ébauche phallique, à ce stade : deux (les plus
2.
Source : MNHN, Paris
162
L. RAYNAUD ET C. PIEAU
Figure 10 : Reconstruction graphique, en vue perspective, effectuée selon la méthode de Lison, de la partie postérieure
du tronc, d’un embryon de Tropidonolus lesseUala de 190 mg (E 12 Tr.t.) ; l’ébauche phallique gauche (é.ph.g.) seul
visible, a la forme d’un appendice allongé longitudinalement sur le côté latéral de la région cloacale (ail. : allantoïde
Ao. : aorte ; ch. : chorde dorsale ; c. : coelome ; I. : intestin postérieur ; l.ch.Ur. : limite de la chambre urodaeale
m.cl. : membrane cloacale ; t.n. : tube nerveux) (Gr. = 107).
craniaux des quatre) pénètrent dans la partie latérale de la base de l’ébauche et le plus caudal des
deux envoie des ramifications vers la partie interne de l’cbauche : les deux nerfs suivants atteignent
la région axiale de la partie saillante de l’ébauche et se prolongent à l’intérieur de cette partie ; un
cinquième nerf, à trajet très incurvé cranialement, se dirige vers la partie postérieure de la base de
1 ’ébauche.
Source : MNHN, Paris
Figure 11 : Régions cloacales d’embryons de Couleuvre tessellée :
a : Vue ventrale montrant les ébauches phalliques (é.ph.) chez un embryon mâle pesant 761 mg et mesurant 10,6 cm
de l’extrémité du museau au cloaque, 13 cm de longueur totale (après fixation dans le mélange de Bouin) ; des
petites papilles (p.) apparaissent à la surface des ébauches phalliques (Gr. = 18).
b : Vue ventrale montrant les restes des ébauches phalliques (r.é.ph.) chez un embryon femelle pesant (après fixa¬
tion) 875 mg et mesurant 10,5 cm de l’extrémité du museau au cloaque, 13 cm de longueur totale (é.l.cl. : ébauche
de la lèvre du cloaque ; m.cl. : membrane cloacale) (Gr. = 18).
c : Vue latérale montrant les ébauches phalliques (é.ph.) chez un embryon mâle pesant 1 250 mg et mesurant 12,2 cm
de l’extrémité du museau au cloaque, 3,1 cm du cloaque à l’extrémité de la queue (après fixation) (p. : papilles :
8.sp. : sillon spermatique) (Gr. = 18).
d : Vue ventro-caudale montrant les ébauches phalliques (é.ph.) chez un viobryon mâle pesant 2.080 g et mesurant
13,7 cm de l’extrémité du museau au cloaque, 17,4 cm de longueur totale (avant fixation) ; noter que les ébauches
phalliques sont hérissées de nombreuses papilles (p.) et que leur sommet est invaginé (s.sp. : sillon spermatique ;
q. : queue) (Gr. = 15).
Source : MNHN, Paris
164
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
Chez les embryons plus âgés, des différenciations sexuelles apparaissent dans les ébauches
phalliques.
Chez les embryons mâles de 300 mg, les phallus atteignent 1,3 mm de longueur ; ils sont allongés,
saillants en direction ventro-caudale et des renflements et des dépressions modèlent leur paroi (pho¬
tographie g de la planche IX).
Chez les embryons mâles de 6 cm de longueur (distance extrémité du museau-cloaque), les phallus
ont leur base très rapprochée de part et d’autre de la membrane cloacale ; le sillon spermatique est
formé sur une grande partie de la paroi médiane et caudale du phallus ; il débute près du bord latéral
de la membrane cloacale ; dans la partie interne du phallus, le faisceau musculaire axial est bien
différencié ; du bord latéral de la base du phallus naît un cordon épithélial, ébauche de la glande
qui s’enfonce dans le tissu situé en arrière du cloaque.
Chez les fœtus mâles de 10 cm de longueur (pesant environ 750 mg), les phallus ont acquis
leur configuration générale caractéristique (photographie d, planche XI), avec un grand faisceau
musculaire axial (ébauche du muscle rétracteur) plongé dans un tissu conjonctif lâche, un sillon
Figure 12 : Vue du côté latéral droit de la région postérieure du tronc d’un jeune embryon de Vipera aspis pesant (après
fixation au Bouin), 180,5 mg (embryon dont la partie postérieure du corps était enroulée en trois tours de spires héli¬
coïdales ; œil pigmenté, narine formée) ; le phallus (ph.) atteint 0,5 mm de longueur ; sa pointe est dirigée caudalement ;
à sa base, du côté latéral, existent deux petites saillies (s.l.b.) et la partie postérieure courbée, de ce qu'il reste de la
crête de Wolff (cr.) se termine à hauteur de ces saillies ; la lèvre craniale du cloaque (é.l.cr.cl.) s’ébauche (Gr. = 25).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
165
spermatique bien formé et diverses différenciations dermiques et épiblastiques (saillies apicales,
invaginations épiblastiques, condensations dermiques, etc.) (fig. 11 a du texte). L’ébauche glandulaire
(glande de Retzius ou « sac anal ») issue du bord latéral de la base de chaque phallus a pris une forme
cylindrique et sa partie distale dilatée est disposée longitudinalement à côté de la glande correspon¬
dante, et toutes deux s’enfoncent dans les tissus situés en arrière du cloaque. Au cours du dernier
tiers du développement dans l’œuf, les phallus des embryons de sexe mâle ont pris une forme bilobée
et leur surface présente une ornementation très riche en petites papilles (fig. 11, c et d du texte).
Les phallus des embryons femelles commencent à régresser au stade d’environ 250 mg ; ils ont
alors atteint une longueur de 0,7 à 0,8 mm et une organisation générale semblable à celle du phallus
des embryons mâles du même âge ; l’examen histologique montre que les cellules mésodermiques du
phallus des embryons femelles présentent, à partir de ce stade, des pycnoses ; celles-ci sont parti¬
culièrement nombreuses dans le faisceau cellulaire axial, ébauche du muscle rétracteur, et dans la
partie distale du phallus. Ce processus de destruction s’accentue ensuite et, chez les fœtus femelles
pesant 300 mg, la plus grande partie de l’ébauche du muscle rétracteur est nécrosée et une grande
partie des cellules de l’extrémité distale du phallus a dégénéré (il est à noter que l’on observe un petit
nombre de pycnoses dans les tissus homologues du phallus de l’embryon mâle). Chez l’embryon
femelle de 10 cm de longueur totale (pesant de 700 à 800 mg), les phallus sont réduits à de petits
vestiges situés sur les côtés latéraux du cloaque (fig. 11 b du texte).
Ajoutons que chez les embryons de Vipera aspis de 8 mm de longueur totale (partie postérieure
du corps non déroulée, dont l’œil est légèrement pigmenté et le creux olfactif en forme de cupule encore
largement ouverte), nous avons observé la formation d’un épaississement de la somatopleure dans
la région postérieure de la crête de Wolff, semblable à celui qui se constitue chez la Couleuvre ; c’est
de la partie postérieure de ce renflement que naît l’ébauche phallique qui, à des stades précoces de
son développement, présente (fig. 12 du texte) une disposition et une morphologie voisines de celles
du phallus de la Couleuvre.
VI. — LE DÉVELOPPEMENT DE L’ÉBAUCHE PHALLIQUE
CHEZ L’EMBRYON DE TORTUE MAURESQUE
(Testudo iberica Schr. ou Testudo graeca L.)
L’examen externe de la région cloacale d’un embryon de 18 jours, possédant 30 paires de somites
montre que de part et d’autre d’une petite crête médio-ventrale, à la partie caudale de laquelle on
aperçoit par transparence la lumière de l’urodaeum, la paroi du corps est épaissie et légèrement ren¬
flée. Cet épaississement est dû à l’accumulation, sous l’épiblaste, de trois à quatre assises de cellules
basophiles proliférées par l’épithélium coelomique sous-jacent (photographies a et b, planche XII) ;
la plus grande partie de ces cellules semble provenir du mésoderme somatopleural ; les plus médianes
(légèrement moins basophiles, venant au contact des bords latéro-ventraux de la chambre cloacale)
paraissent, cependant, issues d’une prolifération de l’épithélium qui borde médianement et ventra-
lement la cavité coelomique. La crête médiane longe le bord ventral de la partie craniale de l’uro-
daeum et est constituée, là, par du mésenchyme lâche (photographie a, planche XII) ; elle s’élargit
caudalement à hauteur de la membrane cloacale. Chez les embryons de 18-19 jours, possédant de
30 à 40 paires de somites, les ébauches des membres postérieurs s’individualisent dans la partie dorsale
des renflements latéraux de la région cloacale : le champ cloacal se trouve ainsi bien délimité laté¬
ralement entre la base de ces ébauches ; il apparaît alors (photographies c et d, planche XII) comme
Source : MNHN, Paris
166
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
un épaississement de la paroi du corps constitué par du mésenchyme lâche et par des cellules qui,
latéralement, sont serrées les unes contre les autres, sous l’épiblaste, en deux ou trois assises de même
caractère basophile que les cellules accumulées sous l’épiblaste des ébauches des membres postérieurs ;
médianement, ces cellules sont moins serrées, moins basophiles et semblent migrer vers la ligne
médiane (*). Les cellules basophiles ont été proliférées au stade précédent par la somatopleure
(photographies a et b, planche XII), la plus grande partie d’entre elles est entrée dans la constitution
des ébauches des membres postérieurs, mais une petite partie, ventrale, est restée sur les bords laté¬
raux du champ cloacal ; l’extension, du côté médian, de ce matériel basophile, est difficile à préciser :
à certains endroits, il semble se rapprocher très près de la crête mésenchymateuse médiane, à d’autres,
il en paraît plus éloigné et prolongé médianement par uue plus grande quantité de matériel moins
basophile. D’où provient ce dernier matériel ? Il est possible qu’une partie provienne d’une division
des cellules basophiles qui, en migrant vers la crête médiane, ont perdu leur basophilie accentuée,
mais il semble qu’il soit issu, principalement, d’une prolifération de l’épithélium coelomique qui
entoure, sur les côtés, la tige de l’allantoïde (bord ventro-médian de la cavité coelomique).
L’ébauche phallique apparaît chez des embryons possédant une quarantaine de paires de somites,
âgés d’une vingtaine de jours et dont la partie externe de l’allantoïde a pris la forme d’un sac sphérique
mesurant 3 à 5 mm de diamètre. Chez ces embryons, le champ cloacal présente la morphologie repré¬
sentée sur les figures 13 a et 13 b du texte : en avant de la membrane cloacale, au travers de laquelle
la lumière de l’urodaeum apparaît comme une ligne sombre [é.s.ur. : ébauche du sillon urodaeal],
la paroi du corps s’épaissit suivant une bande transversale recourbée en direction latéro-caudale ;
dans la région médio-ventrale de cette bande se soulève un monticule, le monticule cloacal (**) ;
deux parties plus claires, situées de part et d’autre de la partie craniale de l’ébauche du sillon urodaeal,
se distinguent en arrière de ce monticule : ce sont des amas cellulaires pairs [a.c.p.] vus par transpa¬
rence au travers de l’épiblaste ; l’espace situé entre ces amas et la queue apparaît comme légèrement
déprimé [a.l. : aires latérales] ; les bords latéraux du champ cloacal, également clairs, représentent
les ébauches, paires, de la lèvre du cloaque [é.l.cl.]. Les photographies e et f, planche XII représentent
des coupes transversales, légèrement obliques, passant par le monticule cloacal (photographie e,
planche XII) et par un des amas pairs (photographie f, planche XII) du champ cloacal d’un embryon
du même stade que celui représenté sur les figures 13 a et 13 b du texte ; on voit que ces deux parties
du champ cloacal présentent une structure mésenchymateuse mais que la densité des cellules est
plus élevée dans la deuxième que dans la première ; comme au stade précédent (comparer avec la
photographie c), des cellules basophiles sont accumulées sous l’épiblaste des bords latéraux (princi¬
palement au niveau des ébauches de la lèvre du cloaque) du champ cloacal ; l’étude histologique nous
montre, en outre, que les parties légèrement déprimées (aires latérales du champ cloacal) sont consti¬
tuées par un mésenchyme lâche.
A partir de quel matériel le soulèvement du monticule cloacal s’est-il effectué ? Bien que les
mitoses y soient moins nombreuses qu’au stade précédent, on note que l’épithélium coelomique,
situé de part et d’autre du pédicule de l’allantoïde et de l’urodaeum, continue à proliférer des cellules
qui se dirigent vers le bord médio-ventral de l’embryon ; de plus, dans les cellules qui, médio-ventra-
lement, prolongent les rangées de cellules basophiles accumulées sous l’épiblaste des bords du champ
cloacal (et qui ont été également proliférées par la même partie de l’épithélium coelomique), on
observe d’assez nombreuses mitoses : les cellules nouvellement formées semblent migrer vers la partie
médiane du champ cloacal. L’accumulation de toutes ces cellules (qui peuvent comprendre des cel-
(*) A l’examen externe, cet épaississement de la paroi ventrale du corps apparaît comme deux renflements situés de part
et d’autre de la crête médiane, renflements que l’un de nous a appelé « bourrelets latéro-obliques » (Pieau C., 1967).
(**) Dans une note préliminaire, l’un de nous a appelé ce monticule « tubercule génital » (Pieau C., 1967) ; le terme « tuber¬
cule génital » étant, pour la majorité des auteurs, synonyme d’ébauche phallique, nous lui préférons celui de « mon¬
ticule cloacal », car ce monticule ne représente qu’une partie de l’ébauche phallique de la Tortue (Pieau C., 1968).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
167
Figure 13 : Vues ventrale (a) et latéro-ventrale (6) du champ cloacal d'un emhryon de Tortue mauresque mesurant
9 mm de longueur et possédant 40 paires de somites. En avant de la membrane cloacale, au travers de laquelle la lumière
de l’urodaeum apparaît comme une ligne sombre (é.s.ur. : ébauche du sillon urodaeal), le champ cloacal est soulevé
en un monticule, le monticule cloacal (m.c.) ; en arrière de ce monticule, de part et d’autre de la membrane cloacale,
on distingue par transparence deux amas cellulaires (a.c.p. : amas cellulaires pairs) et deux aires plus sombres, légèrement
déprimées, constituées par un matériel moins dense (a.l. : aires latérales) ; les bords latéraux du champ cloacal, clairs,
représentent les ébauches de la lèvre du cloaque (é.Ld.) (ail. : allantoïde ; é.m.p. : ébauche du membre postérieur ;
q. : queue) (Gr. = 35,6).
Source : MNHN, Paris
168
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
Iules provenant de la division du matériel basophile des bords du champ cloacal) provoque le sou¬
lèvement du monticule cloacal.
Aux stades suivants, chez des embryons âgés de 20 à 23 jours, possédant de 41 à 45 paires de
somites et pesant de 40 à 50 mg, le monticule cloacal et les amas cellulaires pairs deviennent pro¬
gressivement plus saillants, tandis que les parties latéro-caudales du champ cloacal apparaissent
toujours comme des aires légèrement déprimées (fig. 14, 15 a et 15 b du texte et photographies a,
b et c, planche XIII) ; latéralement, les ébauches de la lèvre du cloaque s’individualisent et forment
des bourrelets de plus en plus distincts. Sur les coupes histologiques, on observe une nouvelle proli¬
fération importante de l’épithélium qui borde ventralement la partie caudale, devenue étroite, de
la cavité coelomique (photographies a et c, planche XIII) : ces cellules forment deux amas denses,
un de chaque côté, qui tranchent sur le fond épars, mésenchymateux du monticule cloacal et des
amas cellulaires pairs ; ils sont situés sous l’épiblaste des parties latérales de ces territoires et à leur
contact, l’épiblaste s’est légèrement déprimé (photographie b, planche XIII). Au stade de 80 mg,
chez des embryons de 25 jours, les cellules, nouvellement proliférées par la somatopleure, se sont
groupées en deux amas situés de part et d’autre de l’urodaeum et unis entre eux par un pont cel¬
lulaire (photographie e, planche XIII) ; la prolifération de l’épithélium coelomique se poursuit cau-
dalement, au niveau des aires latérales du champ cloacal (photographie f, planche XIII), aires qui,
progressivement, vont devenir plus denses, se gonfler et. s’intégrer aux autres territoires (monticule
cloacal et amas cellulaires pairs) du champ cloacal. Ainsi se constitue peu à peu un organe unique
composé par ces trois territoires : « monticule cloacal », « amas cellulaires pairs », « aires latérales »
que nous avons distingués dans le champ cloacal de l’embryon de 40 somites. Cet organe est l’ébauche
phallique ; il s’est donc soulevé à partir de la quasi-totalité du champ cloacal dont les bords latéraux
Figure 14 : Vue latéro-ventrale du champ cloacal d’un embryon un peu plus développé que celui représenté sur la
figure 13. Le monticule cloacal devient saillant (mêmes abréviations que pour la figure 13) (Gr. = 35,6).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPÜLATEURS CHEZ LES REPTILES
169
Figure 15 : Vues ventrale (a) et caudale (6) du champ cloacal d’embryons de Tortue mauresque mesurant 9 mm de
longueur et possédant respectivement 44 paires (15 a) et 41 paires de somites (15 6). Le monticule cloacal forme une
saillie de plus en plus importante et, avec les territoires situés de part et d’autre de l’ébauche du sillon urodaeal (aires
latérales et amas cellulaires pairs), se distingue de plus en plus nettement des ébauches de la lèvre du cloaque (é.l.cl.)
Gr. = 35,6).
constituent les ébauches de la lèvre du cloaque ; sur sa face ventrale, est appliqué l’urodaeum qui,
après résorption de la membrane cloacale, formera un sillon, le « sillon urodaeal » ou « sillon séminal ».
Cette résorption de la membrane cloacale débute, chez l’embryon de 80 mg, dans la partie
craniale de l’ébauche phallique, à un niveau où la cavité urodaeale est large et peu profonde (photo¬
graphie d, planche XIII). Aux stades de 120-140 mg, chez des embryons possédant une ébauche
de carapace de 6 à 7 mm de longueur (fig. 16 du texte et photographies a, b et c, planche XIV), Ja
membrane cloacale s’est résorbée sur toute sa longueur et laisse apparaître nettement le sillon urodaeal
sur la face ventrale de l’ébauche phallique ; dans sa partie distale, ce sillon est élargi et peu profond
(comparer la photographie a, planche XIV à la photographie d, planche XIII) : il forme une aire
déprimée, de forme triangulaire, au milieu de laquelle on distingue une saillie ; cette dépression est
tapissée par l’épithélium du sillon urodaeal p.ur. : lame urodaeale] (fig. 16 du texte) et la saillie médiane,
constituée par du mésenchyme, divise le sillon urodaeal en deux parties (photographies a et b,
planche XIV). A l’endroit où se produit cette bifurcation du sillon urodaeal, les parties latérales de
l’ébauche phallique, qui forment deux bourrelets longitudinaux partiellement recouverts par l’épi¬
thélium urodaeal reployé à l’extérieur, commencent à se développer en deux lobes no.] (fig. 16 du texte
et photographie b, planche XIV). Autour de l’ébauche phallique, l’ébauche de la lèvre du cloaque
forme maintenant un rempart presque continu qui, déjà, recouvre caudalement une partie de l’ébauche
phallique ; ce rempart est constitué par du mésenchyme lâche au sein duquel se différencie, dans
chacune de ses parties latérales, un muscle.
Source : MNHN, Paris
170
A. RAYNAUD ET C. PXEAU
Figure 16 : Champ cloacal d’un embryon de Tortue mauresque pesant 130 mg et dont l’ébauche du bouclier de la carapace
mesure 6 mm de longueur. L’ébauche phallique s’est constituée à partir de la quasi-totalité du champ cloacal : monticule
cloacal (m.c.) et territoires situés de part et d’autre de la membrane cloacale ; cette membrane s’est résorbée et sur
la face ventrale de l’ébauche phallique existe maintenant un sillon tapissé par l’épithélium urodaeal (s.ur. : sillon uro-
daeal) ; cranialement, ce sillon est large, peu profond (là, l’épithélium urodaeal apparaît extérieurement sous la forme
d’une lame triangulaire, l.ur. : lame urodaeale) et bifurqué ; à l’endroit de cette bifurcation, qui est due à la formation
d’une petite saillie médiane de mésenchyme (s.m.), prennent naissance deux lobes (lo.) à partir des bords du sillon
urodaeal. L’ébauche de la lèvre du cloaque (é.l.cl.) forme maintenant un bourrelet annulaire autour de l’ébauche phal¬
lique (é.pl. : ébauches des plaques du plastron) (Gr. — 35,6).
Dans les tissus de l’ébauche phallique commencent à se différencier plusieurs régions qui sont :
dans le monticule cloacal, un tissu mésenchymateux lâche, avec des vaisseaux sanguins, tissu entouré
par des cellules basophiles accumulées sous l’épiblaste ; autour du sillon séminal et sur les bords
du phallus, une faible épaisseur d’un tissu relativement lâche ; latéro-dorsalement à ce sillon, deux
amas de cellules très serrées, unis par un pont de cellules identiques : ce sont les ébauches des « corps
fibreux » du pénis qui se constituent à partir du matériel proliféré par la somatopleure, depuis le
stade de 40-50 mg ; au milieu des parties latérales de l’ébauche phallique, sous les ébauches des corps
fibreux, un tissu plus lâche au sein duquel apparaissent de larges espaces sanguins qui confèrent à
ce tissu une structure caverneuse (*). Ces différenciations, assez nettes au niveau de la partie caudale
du sillon séminal (photographie c, planche XIV), le sont beaucoup moins, à ce stade, dans sa partie
(*) Remarquons là que ce corps fibreux et ce tissu caverneux vont, en arrière de l'ébauche pénienne, s’étendre le long
d’une partie de la gouttière urogénitale de l’urodaeum.
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
171
craniale (photographie a, planche XIV). Elles vont s’accentuer au cours du développement ultérieur
de l’ébauche phallique, développement que nous illustrons par les figures 17, 18 et 19 du texte pour
la morphologie externe de l’ébauche et par les photographies d à h, planche XIV, pour sa structure.
Extérieurement, on voit que l’ébauche de la lèvre du cloaque forme bientôt un bourrelet circulaire
continu autour de l’ébauche phallique (fig. 17 du texte, relative à un embryon pesant 360 mg, dont
la carapace mesure 11 mm de longueur) ; en se développant, ce bourrelet entoure bientôt une grande
partie de l’ébauche phallique (fig. 18 du texte, relative à un embryon pesant 1,875 g dont la carapace
mesure 18 mm de longueur), puis, la recouvre entièrement (fig. 19 du texte, embryon pesant 4,893 g
dont la carapace mesure 23 mm de longueur) ; sur la face ventrale de l’ébauche phallique, l’aire trian¬
gulaire où se situe la lame urodaeale s’élargit et les lobes qui s’ébauchaient aux stades de 120-140 mg
s’allongent puis se recourbent latéralement ; de plus, un bourrelet du phallus, en forme de fer à cheval,
se développe progressivement autour de cette région constituée par la lame urodaeale et par les
lobes.
Figure 17 : Vue ventro-caudale de l’ébauche phallique (é.ph.) chez un embryon de Tortue mauresque pesant 360 mg et
dont le bouclier de la carapace mesure 11 mm de longueur. L’ébauche phallique a pris une forme conique ; un bourrelet
s’ébauche autour de la lame urodaeale (l.ur.) qui s’est élargie et des lobes (lo.) qui se développent à l’endroit de la
bifurcation du sillon urodaeal (s.ur.). L’ébauche de la lèvre du cloaque (é.l.cl.) entoure partiellement la base du phallus
(Gr. = 35,6).
Sur les coupes histologiques, on voit se différencier, en plus des muscles de la lèvre du cloaque,
deux faisceaux musculaires qui s’insèrent sur les ébauches des corps fibreux dans la partie moyenne
de l’ébauche pénienne (photographie d, planche XIV) ; la différenciation des corps fibreux et du tissu
caverneux se poursuit : les corps fibreux qui, au niveau de la gouttière urogénitale de l’urodaeum,
forment deux masses distinctes sont, dans la partie caudale et moyenne du pénis, unis par un pont
Source : MNHN, Paris
172
i. RAYNAUD ET C. PIEAU
Figure 18 : Ébauche phallique (é.ph.) d’un embryon de Tortue mauresque pesant 1,875 g et dont le bouclier de la cara¬
pace mesure 18 m m de longueur. Pour mettre en évidence l’ébauche phallique qui était presque entièrement recouverte
par la lèvre du cloaque (l.cl.), nous avons fendu médio-dorsalement l’urodaeum (Ur.) et la queue, puis écarté les lèvres
de la fente. Noter que les lobes (lo.) se sont allongés et recourbés latéralement et que le bourrelet qui s’ébauchait au
stade de 360 mg (fig. 17) s’est développé autour de ces lobes et de la lame urodaeale (l.ur.) (Gr. = 35,6).
cellulaire de même nature (photographies d et h, planche XIV) et forment dans sa partie antérieure
(région des lobes et de la lame urodaeale, photographies e, f, g, planche XIV), une plaque fibreuse
unique qui se termine en pointe dans l’extrémité libre du pénis ; le tissu caverneux longe ventralement
les corps fibreux ; comme eux, il débute au niveau de la gouttière urogénitale puis, borde de chaque
côté le sillon séminal du pénis (photographies d, h, planche XIV), il pénètre dans chaque lobe (photo¬
graphie g, planche XIV) et forme une masse unique dans la pointe du pénis (photographie e,
planche XIV) (*).
(*) Ce corps fibreux et ce tissu caverneux, caractéristiques du pénis des Chéloniens, ont été décrits chez les jeunes et chez
les adultes, par de nombreux auteurs (Bojanus L. H., 1819 ; Treviranus, 1827 ; Müller J., 1838 ; Rathke H., 1848 ;
Schneider J., 1873 ; Gadow H., 1887 ; Hoffmann C. K., 1890 ; Von Moller F., 1899 : Gecenbaur C., 1901 ;
Schmidtgen O., 1907 ; Stefan Y., 1963).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
m
é.ph.
Figure 19 : Ébauche phallique (é.ph.) d’un embryon de Tortue mauresque pesant 4,893 g et dont le bouclier de la cara¬
pace mesure 23 mm. L’cbauche phallique était entièrement recouverte par la lèvre du cloaque (l.cl.), nous l’avons mise
en évidence de la même façon que chez l’embryon de 1,875 g (fig. 18). Noter le développement du bourrelet (b.é.ph.)
de l’ébauche phallique qui forme un repli à la base des lobes (lo.) (Gr. = 35,6).
VII. — DISCUSSION
Cette étude d’embryologie descriptive a permis de mettre en évidence un certain nombre de
/aits ; ceux-ci conduisent à élaborer des interprétations et à établir des homologies entre les ébauches
des organes copulateurs des divers ordres de Reptiles.
A) Chez les embryons d’Orvet (Anguis fragilis L.) et de diverses espèces du genre Lacerta,
les ébauches phalliques prennent naissance sous forme de deux petits soulèvements de la pproi ventrale
Source : MNHN, Paris
174
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
du corps, dans la région cloacale, de part et d’autre de la membrane cloacale ; ces saillies sont formées
d’un amas de cellules mésodermiques, recouvert par l’épiblaste ; l’examen microscopique montre
que dans ces ébauches, il existe quelques assises de cellules sous-épiblastiques qui proviennent d’une
prolifération du feuillet mésodermique somatopleural et présentent les mêmes caractères histologiques
que les cellules qui constituent l’ébauclic du membre postérieur et sont en continuité avec elles.
L’ébauche de la lèvre craniale du cloaque se forme également à partir d’une zone transversale
de la paroi ventrale du corps, dans la région cloacale, un peu en avant des ébauches phalliques ; ce
segment transversal de la paroi ventrale s’épaissit, se renfle de part et d’autre du plan sagittal médian
eu formant deux protubérances ; celles-ci restent toujours unies dans le plan médian et, plus tard,
l'ensemble de ce segment est soulevé en totalité, en un bourrelet transversal impair.
Les ébauches de la lèvre caudale du cloaque prennent naissance après les deux précédentes,
sous forme de deux petites surélévations, de part et d’autre de la base de la queue ; elles ne lardent
pas à se réunir en une formation impaire.
Un des premiers problèmes posés par cette étude réside en la possibilité ou en la non-possi¬
bilité de distinguer, aux stades précoces du développement, les ébauches phalliques, de l’ébauche de
la lèvre craniale du cloaque : appartiennent-elles à une même formation, à partir de laquelle, elles
s’individualiseraient progressivement ou constituent-elles, dès l’origine, «les formations distinctes ;
toutes deux dérivent de la paroi ventrale du corps, dans la région cloacale et à certains stades du
développement (photographie a, planche II), le bord antérieur et les bords latéraux du champ cloacal
sont soulevés en un rempart continu, en forme de fer à cheval, unissant l’ébauche de la lèvre craniale
du cloaque, les ébauches phalliques et l’ébauche du membre postérieur. C’est sans doute une telle
configuration qui a conduit aux interprétations qui font des ébauches phalliques, une partie de l’ébauche
de la lèvre craniale du cloaque. C’est ainsi que Fleischmann (1902) (et son collaborateur Unter-
hôssel) admettent que les ébauches phalliques des Reptiles plagiotrèmes dérivent des bords latéraux
de la lèvre orale (craniale) du cloaque. Dufaure J.-P. (1966), chez l’embryon de Lacerta vivipara
et Dufaure J.-P. et Chevalier M. (1968), chez l’embryon de Chamaeleo bitaeniatus, décrivent
l’apparition de deux bourrelets longitudinaux (ou de deux crêtes longitudinales) placés précocement,
de part et d’autre de la membrane cloacale ; aux dépens de chacun de ces bourrelets se différen¬
cieraient une moitié de la lèvre craniale du cloaque et l’hémi-pénis correspondant.
Nous pensons, néanmoins, que dès leur première apparition, ébauches phalliques et ébauche
de la lèvre craniale du cloaque sont distinctes ; ceci pour les raisons suivantes :
a) Le soulèvement des ébauches phalliques n’est pas lié à celui de la lèvre craniale du cloaque ; si
la première saillie de ces deux ébauches est à peu près simultanée chez l’Orvet, par contre, chez
les Lézards et la Couleuvre, les ébauches phalliques commencent à se soulever avant que l’ébauche
de la lcvre craniale n’ait commencé à devenir saillante.
b) Même quand le soulèvement des deux ébauches s’effectue simultanément, le renflement de l’ébauche
phallique est, à l’origine, séparé de celui de la moitié correspondante de la lèvre craniale du cloaque
par un méplat ou un petit sillon (*) ; ces renflements naissant toutefois très près l’un de l’autre
ont leur base en continuité et bientôt, à mesure que le développement progresse, ils se trouvent
unis par leurs bords latéraux ; c’est ainsi que se constitue le rempart, en forme de fer à cheval,
qui délimite une partie interne, le proctodaeum ; et quand les ébauches de la lèvre caudale du
cloaque sont soulevées, les ébauches phalliques sont insérées entre les bords latéraux de la lèvre
craniale et de la lèvre caudale du cloaque.
c) D’autre part, la constitution de ces ébauches diffère : la lèvre craniale du cloaque est, en majeure
partie, formée d’un tissu mésenchymateux lâche ; ce n’est que sur ses bords latéraux que l’on
. (*) Et parfois, très tôt, au stade du renflement cloacal latéral, le territoire dans lequel se formera plus tard la livre craniale
apparaît en avant du renflement latéral (fig. 4 b du texte).
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
175
observe quelques cellules basophiles ; dans les ébauches phalliques, au contraire, plusieurs assises
de cellules basophiles (en continuité, sur le bord latéral du phallus, avec celles de l’ébauche du
membre postérieur) sont disposées sous l’épiblaste.
d) Enfin, chez les jeunes embryons de Lézard vert traités par une hormone œstrogène (Raynaüd A.,
1965, 1967 ; Raynaud A. et Raynaud J., 1965), on constate que les petits bourrelets [r.é.ph.]
représentant les ébauches phalliques arrêtées dans leur développement sont séparés des deux
renflements, eux-mêmes légèrement réduits, représentant l’ébauche de la lèvre craniale du cloaque
(fig. 20 du texte).
Figure 20 : Dessins, à la chambre claire, de la région cloacale de deux embryons de Lacerla viridis âges de vingt et un jours,
appartenant à la meme ponte, a : embryon mâle témoin, ayant reçu, au stade de sept jours, une injection d’huile
d’arachide ; 6 : embryon femelle traité, au stade de sept jours, par 20pg de benzoate d'œstradiol en solution dans l’huile
d’arachide ; noter l’état rudimentaire des ébauches phalliques (r.é.ph.) de cet embryon et leur position latérale (é.l.cr.cl. :
ébauches de la lèvre craniale du cloaque ; é.l.c.cl. : ébauches de la lèvre caudale du cloaque ; p. : patte postérieure ;
q. : base de la queue [sectionnée]) (Gr. = 23).
(Ici, l’embryon traité, dont le cloaque a été dessiné, était de sexe femelle, mais chez plusieurs embryons mâles de la
même ponte, traités [dans les mêmes conditions] par l’œstradiol, le champ cloacal présentait exactement la même
configuration.)
Ces diverses constatations plaident en faveur de la distinction, à l’origine, de l’ébauche phal¬
lique et de l’ébauche de la lèvre craniale du cloaque.
B) L’étude embryologique a montré que chez les embryons de Tropidonotus tessellata pesant
de 30 à 50 mg, un épaississement de la pariétopleure se forme sur les côtés latéraux de la région tron-
cale postérieure ; cet épaississement est dû, en partie, à la prolifération des cellules du feuillet méso¬
dermique somatopleural qui viennent s’adjoindre à des cellules mésenchymateuses venues de la région
dorsale ; cette prolifération mésodermique somatopleurale est moins intense chez l’embryon de
Couleuvre que chez l’embryon d’Orvet ou de Lézard (comparer les photographies b, c, d de la
planche VIII aux photographies b et c de la planche III) ; dans l’épaississement pariétopleural ainsi
formé, chez l’embryon de Couleuvre, les cellules sont moins denses, plus polymorphes, que dans l’épais¬
sissement pariétopleural correspondant de l’embryon d’Orvet ; dès leur origine, ces deux épaississe-
0 564 013 6 3
Source : MNHN, Paris
176
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
ments offrent un aspect histologique différent. Chez les embryons de Couleuvre, pesant de 80 à
100 mg, l’épaississement pariétopleural s’est étendu et il forme un renflement latéral, visible exté¬
rieurement, de chaque côté de la région cloacale ; à ces stades, deux somites pénètrent dans la partie
dorsale de ce renflement et essaiment des cellules dans cette pointe ; l’un pénètre dans la partie supé¬
rieure, l’autre dans la partie postérieure du renflement.
Il se constitue donc, chez le jeune embryon de Couleuvre tessellée, de chaque côté de la région
cloacale, un renflement latéral qui, par son mode de formation, sa position, ses relations avec les
somites, est comparable au renflement latéral qui se forme, au même emplacement, chez l’embryon
d’Orvet (comparer les photographies a et b des planches III et VIII) ; ces deux renflements diffèrent,
cependant, par la morphologie des cellules qui les constituent.
Chez le jeune embryon d’Orvet, de la partie dorso-latérale de chaque renflement cloacal latéral,
va naître l’ébauche du membre postérieur, tandis que des cellules appartenant au bord médian de
chaque renflement vont s’intégrer à l’ébauche phallique qui va se soulever près du bord médian de
l’ébauche du membre postérieur. Chez l’embryon de Couleuvre tessellée, c’est de la région postérieure
du renflement latéral que naît l’ébauche phallique ; cette ébauche se forme donc à un emplacement
différent (plus latéral et plus postérieur) de celui d’où prend naissance chez l’embryon d’Orvet,
l’ébauche phallique.
D’autre part, la base dorsale de l’ébauche phallique de la Couleuvre tessellée est au contact
du bord ventral des somites et c’est dans cette base que pénètrent les cellules essaimées par les
somites (photographies c et d de la planche X) ; l’examen histologique suggère donc que, dans l’ébauche
phallique de la Couleuvre, s’incorporent des constituants cellulaires (cellules provenant du mésoderme
somatopleural et cellules essaimées par un somite) dont les homologues, chez l’embryon d’Orvet,
participent à la constitution de l’ébauche du membre postérieur ; ces constituants participent-ils,
chez la Couleuvre, à l’édification du phallus complètement développé ? Il est difficile de répondre,
avec certitude, à cette question ; dans ces phallus qui, par leur position, leur rattachement à la paroi
latérale du corps, évoquent, au cours de leur premier développement, la silhouette d’appendices
rappelant des ébauches de membres postérieurs (fig. 8 à 10 du texte), l’examen histologique montre
que les cellules proliférées par le somite pénètrent assez profondément dans la partie postérieure
du renflement latéral ; aux stades ultérieurs, il existe dans la base de l’ébauche phallique, des travées
cellulaires qui divergent depuis l’extrémité ventrale du somite et pourraient donc provenir de la
prolifération somitique ; l’expérimentation (destruction des somites, marquage des cellules qui en
dérivent) sera nécessaire pour décider si les cellules essaimées par le somite participent ou non à
l’édification définitive du phallus. Il est possible que l’ébauche phallique de la Couleuvre comporte
une partie du matériel cellulaire qui aurait pu servir à l’édification des membres postérieurs, matériel
qui est resté disponible du fait du non-développement des membres (*). A côté des similitudes existant
entre ces deux types d’ébauches (phalliques et des membres postérieurs), nous avons noté des diffé¬
rences dans leur structure interne ; il s’y ajoute le fait que dans la jeune ébauche phallique, l’épais¬
sissement épiblastique apical que l’on trouve toujours à l’apex (du côté latéral) de l’ébauche du
membre, fait défaut ; par contre, il existe un ou deux épaississements épiblastiques lenticulaires situés
sur le côté ventral de l’ébauche (photographie c, planche X) ; et, d’autre part, tandis que l’ébauche
du membre postérieur de l’embryon d’Orvet croît d’abord en direction latérale, l’ébauche phallique
de la Couleuvre s’allonge en direction caudale.
Au cours d’une description antérieure (Raynaud A., 1968) et dans ce travail, on a attiré l’atten¬
tion sur le fait que les ébauches phalliques de la Couleuvre commencent à se développer avant que
les ébauches (paires) de la lèvre craniale du cloaque ne soient formées ; c’est là, une observation qui
(*) La position de l’ébauche phallique, plus latérale chez l’embryon de Couleuvre que chez l’Orvet et les Lézards, est
remarquable ; elle est certainement hée à l'absence de membre : s’agit-il d’un déplacement latéral qui s’est effectué
corrélativement à la régression de membre ou a-t-elle été réalisée d’emblée, dès l’origine, à la suite d’un non-dévelop¬
pement des membres ?
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
177
s’ajoute aux précédentes et prouve qu’il est inexact de considérer les phallus (comme l’ont fait
Unterhôssel P. et Fleischmann A. [1902]) comme des dérivés de la lèvre orale du cloaque ; ce
n’est qu’aux stades plus avancés du développement que les ébauches phalliques viennent faire corps
avec la lèvre orale du cloaque qui se soulève et s’étend en surface.
C) Nous arrivons maintenant à l’un des problèmes les plus importants et les plus discutés de
l’embryologie reptilienne comparée : peut-on établir des homologies entre le pénis unique des Reptiles
cyclotrèmes et les deux hémi-pénis des plagiotrèmes ? Les solutions proposées par différents auteurs,
pour essayer de résoudre ce problème, reposent, surtout, sur la comparaison de la structure des organes
copulateurs des animaux juvéniles ou adultes ; sur le plan embryologique, les interprétations de
Fleischmann A. et de ses collaborateurs (1902, 1907) restent, en général, imprécises, car ni Unter¬
hôssel P., ni Hellmuth K. n’ont disposé de stades suffisamment jeunes d’embryons de Lézards,
de Serpents et de Tortues pour pouvoir comparer le relief des champs cloacaux, au moment auquel
s’effectuait le premier soulèvement des ébauches phalliques (aucun dessin de ces champs n’a été
donné, à ces stades précoces, par ces auteurs) ; et dans le travail plus récent de Beuchelt H. (1936),
le premier stade embryonnaire étudié est celui d’un embryon de Couleuvre à coUier âgé de 15 jours
(d’incubation, après la ponte) mesurant 4 cm de longueur : les ébauches péniennes sont déjà constituées,
ont une forme de bourgeon fixé au corps par un pédoncule.
L’étude que nous venons d’effectuer nous permet d’étudier, comparativement, le champ cloacal
de très jeunes embryons d’Orvet et de Lézard (4 à 6 mm de longueur) et le champ cloacal de jeunes
embryons (de 40 à 45 somites, pesant de 35 à 40 mg) de Tortue mauresque : cette étude, qui fournit
des données nouvelles, va nous placer au cœur du problème des homologies entre les hémi-pénis
des plagiotrèmes et le pénis des cyclotrèmes.
Si l’on suit les diverses étapes de la formation du pénis de la Tortue, on constate qu’aux tout
premiers stades de son développement, le champ cloacal présente certaines similitudes avec celui des
Lézards et de l’Orvet : chez l’embryon de Tortue mauresque d’environ 40 somites (fig. 13 à 15 du
texte), on voit qu’entre les ébauches des membres postérieurs, en avant de l’ébauche du sillon urodaeal,
la paroi ventrale du corps forme (fig. 13 a et b du texte) une bande de tissu légèrement épaissi, dis¬
posée transversalement et recourbée en direction caudale, sur ses côtés latéraux (*) ; les coupes
histologiques montrent que cette bande de tissu est comparable à celle qui forme la lèvre craniale
du cloaque des Reptiles plagiotrèmes : cette bande est formée d’un tissu mésenchymateux lâche,
un peu plus dense sur son bord ventral ; d’autre part, l’amas de cellules mésodermiques basophiles
qui forme, de chaque côté, l’essentiel de l’ébauche du membre postérieur, à ce stade, déborde sur les
côtés internes de la base de ces membres et quelques assises de ces cellules viennent se placer sous
l’épiblaste, sur les bords ventro-latéraux de la paroi du corps, dans cette région, en formant une mince
couche légèrement basophile, comme cela se produit chez l’Orvet et le Lézard ; de plus, la tige de
l’allantoïde chemine, en direction longitudinale, dans la partie interne et dans le plan médian, de
cette partie de la paroi du corps (comparer la photographie c de la planche XII à la photographie b
de la planche VII). D’autre part, la cavité urodaeale est située dans le plan sagittal médian, à l’intérieur
du reph incurvé que dessine cette bande de tissu ; pour ces raisons, il nous apparaît justifié d’homo-
loguer cette bande tissulaire incurvée (partie de la paroi ventrale du corps qui, à ce stade, limite
cranialement, le champ cloacal de l’embryon de la Tortue), à la lèvre craniale du cloaque des embryons
d’Orvet et de Lézard (comparer le dessin de la figure 13 a du texte, à la photographie b de la planche II
se rapportant à un embryon d’Orvet de 50 mg, aux dessins des figures 3 et 4 du texte se rapportant
à des embryons d’Orvet de 40 et de 60 mg et aux dessins c et d de la figure 6 du texte se rapportant
à des embryons de Lacerta viridis de 6 et de 7 mm de longueur).
(*) En arrière de cette région transversale de la paroi cloacale, on aperçoit, par transparence, à travers Pépiblaste, deux
amas de cellules serrées (a.c.p., sur le dessin de la figure 13 a du texte).
Source : MNHN, Paris
178
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
Or, chez l’embryon de Tortue mauresque, le monticule saillant, impair médian (monticule
cloacal) qui va former une grande partie de l’organe copulateur, naît à partir de la région médio-
ventrale de cette partie de la paroi ventrale du corps, c’est-à-dire à partir de la zone médio-ventrale
du territoire qui correspond à la lèvre craniale du cloaque des embryons d’Orvet et de Lézard (*).
C’est là une disposition qui n’existe pas chez les embryons d’Orvet et de Lézard ; chez ces derniers,
les ébauches phalliques naissent sous forme de deux petits monticules situés, symétriquement, de
part et d’autre de l’urodaeum et dont la base est contigüe et en continuité avec les bords latéraux
de la lèvre craniale du cloaque. Pour ne pas tenter des homologies de détail trop hasardeuses, nous
nous contenterons de noter, ici, que les monticules phalliques des Lézards et de l’Orvet se forment
à partir d’aires latérales du champ cloacal situées de part et d’autre de la partie postérieure de la
membrane cloacale ; les aires latérales du champ cloacal de l’embryon de Tortue correspondant
topographiquement aux aires des ébauches phalliques de l’Orvet seront incorporées aux côtés ventro-
latéraux de l’organe copulateur en développement ; c’est, en effet, l’ensemble du champ cloacal qui,
chez l’embryon de Tortue mauresque, va se soulever, au cours du développement, pour former l’organe
copulateur (fig. 16 et 17 du texte). Quant aux bourrelets longitudinaux que nous avons vus se former
chez l’embryon de Tortue, aux stades de 50 à 80 mg (22 à 25 jours d’incubation) et qui se disposent
de part et d’autre du sillon urodaeal et formeront plus tard les deux lobes [lo.] (fig. 16 à 19 du texte)
placés à l’extrémité de ce sillon, ils pourraient correspondre aux ébauches des deux lobes qui font
légèrement saillie à l’extrémité de chaque hémi-pénis des fœtus d’Orvet (fig. 5 d du texte et photo¬
graphie e, planche VI).
En résumé, si l’on veut tenter d’établir des homologies entre l’ébauche de l’organe copulateur
impair de la Tortue mauresque (cyclotrème) et les ébauches des hémi-pénis des plagiotrèmes (ici.
Orvet et Lézards vert et des murailles), on doit se limiter, dans l’état actuel des données de l’embryo¬
logie, aux conclusions suivantes :
a) L’extrémité de l’organe copulateur de la Tortue, sa partie centrale et dorsale proviennent d’une
partie de la paroi ventrale du corps correspondant, topographiquement, à la région médio-ventrale
de la lèvre craniale du cloaque des Lacertiens.
(*) La comparaison des figures 13 a et 4 du texte met bien en évidence cette correspondance ; mais pour obtenir une
précision complémentaire, nous avons mesuré chez divers embryons (sur des dessins à la chambre claire, sur des
reconstructions de la région cloacale, et aussi en dénombrant les coupes sériées de cette partie du corps) la distance (d)
qui sépare le bord cranial de la lèvre craniale du cloaque, du bord cranial de la membrane cloacale et également le
diamètre total (D) du champ cloacal le long de la ligne sagittale médiane. Nous avons effectué cette mesure chez quatre
embryons et avons obtenu les résultats suivants :
Embryon d’Orvct de 6 mm.
d
G*)
D
<H)
d
D
300
460
3,2
5
Embrvon de Lézard vert de 6 mm.
435
700
3,1
5
Embryon de Tortue mauresque de 9 mm (41 paires
de somites).
305
500
5
Embryon de Tortue mauresque de 10 mm (45 paires
de somites).
380
590
Ainsi, chez l’embryon de Tortue, la partie antérieure du champ cloacal, partie qui comprend le monticule cloacal,
occupe la même position et la même étendue relative, dans ce champ, que la lèvre craniale du cloaque des Lacertiens.
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
179
b) C’est tout le champ cloacal qui participe à la formation du pénis de la Tortue ; les ébauches
phalliques des plagiotrèmes ne se constituent qu’à partir d’aires limitées (aires latérales) de ce
champ. L’organe copulateur de la Tortue est donc plus complet, plus complexe que les hémi-pénis
des Lacertiens ; et chaque hémi-pénis ne semble correspondre qu’à une partie (ventro-latérale)
de l’organe copulateur de la Tortue.
c) Ce qui différencie essentiellement, aux stades précoces, le champ cloacal des cyclotrèmes, du
champ cloacal des plagiotrèmes, c’est le soulèvement impair et médian du monticule cloacal qui
se produit chez les cyclotrèmes ; ce soulèvement entraîne celui de toute la paroi cloacale située
en arrière (caudalement) de ce monticule et lui donne une position inclinée ; ceci doit avoir pour
conséquence, à la fois l’allongement, dans le sens cranio-caudal, de l’urodaeum (prélude à la
formation du sillon urodaeal) et l’étirement des aires latérales situées de part et d’autre de ce conduit
urodaeal ; c’est probablement à ce mouvement qu’est due la juxtaposition de chaque côté de ce
conduit, des aires tissulaires correspondant aux territoires qui, chez les plagiotrèmes, donnent
naissance aux ébauches phalliques (qui se développent à une certaine distance de l’urodaeum
et croissent, d’abord, perpendiculairement à la surface du champ urodaeal).
d) Il est possible que les deux lobes ventraux oblongs disposés de part et d’autre de la partie craniale
du sillon urodaeal, du phallus du fœtus de Tortue, correspondent aux petites protubérances qui
font saillie à l’extrémité du phallus des fœtus d’Orvet (ces formations sont probablement destinées
à jouer un rôle pendant la copulation pour faciliter la pénétration du sperme dans les voies géni¬
tales femelles).
Les interprétations et les tentatives d’homologie qui viennent d’être élaborées ne sont valables
que si la constitution du champ cloacal de l’embryon de Tortue et celles de l’embryon d’Orvet ou
de Lézard, au stade auquel nous les avons comparés, sont semblables. Une réserve doit être faite,
à ce sujet, pour les tissus sous-épiblastiques, car nous ignorons à peu près tout des mouvements
cellulaires et tissulaires qui, aux stades antérieurs, ont abouti à la mise en place des ébauches pré¬
somptives, dans le champ cloacal en formation. A ce sujet, nous avons constaté que, chez les jeunes
embryons d’Orvet et de Lézard vert, une partie des cellules provenant de la prolifération du feuillet
mésodermique somatopleural s’étendait, à proximité de la base du membre postérieur, sur les bords
latéraux de la paroi ventrale du corps ; la plus grande partie de ce matériel va former les assises les
plus ventrales, sous-épiblastiques, de chaque ébauche phallique. L’un de nous avait envisagé (Ray¬
naud A., 1963) la possibilité que chez les embryons des Reptiles cyclotrèmes, ces assises cellulaires
basophiles viennent confluer dans le plan sagittal médian, en avant de la chambre cloacale, pour
participer à la formation d’un organe copulateur impair, médian ; selon cette conception, chaque
hémi-pénis des plagiotrèmes pourrait représenter une moitié latérale ou une partie d’une moitié
latérale du pénis impair des cyclotrèmes. Au cours de cette étude embryologique, nous avons recherché
des indices des ces mouvements cellulaires présumés.
Nous avons cherché, en premier lieu, les causes du soulèvement médian du tubercule génital
de l’embryon de Tortue : là où il va se former, la paroi ventrale du corps est constituée, d’abord,
par un tissu mésenchymateux lâche ; ensuite, on voit des cellules provenant d’une prolifération de
l’épithélium coelomique à ce niveau (fond caudal du coelome interne) qui s’accumulent entre la tige
de l’allantoïde et l’épiblaste, en même temps que s’adjoignent à ce matériel, des éléments venus des
côtés latéraux, c’est-à-dire de la région où se situe l’extrémité médiane du matériel cellulaire baso¬
phile (matériel qui est en continuité, du côté latéral, avec l’amas de cellules basophiles qui forme
l’ébauche du membre postérieur). Le matériel cellulaire ainsi réuni dans le plan médian se multiplie,
soulève l’épiblaste et forme une saillie, le monticule cloacal.
En vue de l’hypothèse envisagée, il était important de déterminer si du matériel cellulaire baso¬
phile, prolongement latéral du matériel basophile de l’ébauche du membre, participait à la formation
du pénis de la Tortue ; il existe, effectivement, une migration vers la ligne médiane, de cellules dis¬
posées latéralement, de part et d’autre de cette ligne ; ces cellules, placées latéralement, sont situées
Source : MNHN, Paris
180
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
à l’endroit où se termine le matériel basophile en relation avec le membre ; proviennent-elles de ces
amas basophiles ? Il est difficile d’en décider ; elles sont en effet moins basophiles que les précédentes
mais peut-être perdent-elles ce caractère en se multipliant et en migrant du côté médian ; et effec¬
tivement, dans l’amas cellulaire médian qui va former le monticule cloacal, il n’existe pas de baso¬
philie particulière. Des méthodes de marquage cellulaire devront être utilisées pour pouvoir décider,
sans équivoque, de l’origine du matériel cellulaire qui forme la partie initiale du pénis de la Tortue.
D’un autre côté, l’examen des coupes histologiques sériées de la région cloacale de jeunes
embryons d’Orvet et de Lézard vert nous a montré que le matériel basophile, prolongeant latérale¬
ment celui des membres, était principalement accumulé de part et d’autre de la partie postérieure
de la membrane cloacale, là où se soulèveront les ébauches phalliques ; si ce matériel proliférait et
tentait de migrer vers le plan sagittal médian, il ne pourrait le faire car, à ce niveau, l’urodaeum est
accolé à l’épiblaste et il n’y a pas de place entre la paroi urodaeale ventrale et l’épiblaste pour le
passage et l’accumulation de cellules ; et à un niveau légèrement antérieur, on ne trouve qu’une mince
assise de cellules basophiles situées sur les bords latéraux (loin du plan médian) de la lèvre craniale
du cloaque ; par contre, chez l’embryon de Tortue, en avant de la membrane cloacale, le matériel
cellulaire basophile est plus abondant sur les côtés latéraux de la paroi du corps que chez l’Orvet
et le Lézard, et là, ce matériel peut migrer du côté médian car à ce niveau, il y a un assez large espace
entre le bord ventral de l’urodaeum et l’épiblaste pour que des cellules puissent s’y accumuler. La
répartition du matériel basophile, dans le champ cloacal de ces trois espèces de Reptiles, nous apparaît
différente à ces stades du développement ; cette répartition devra faire l’objet d’une étude détaillée,
ainsi, d’ailleurs, que celle d’autres constituants histochimiques du champ cloacal chez les trois espèces
de Reptiles.
Actuellement, nous retiendrons de notre étude les faits suivants :
a) L’origine exacte des éléments cellulaires qui forment le monticule cloacal n’a pu être déterminée ;
il semble qu’une grande partie de ces éléments proviennent d’une prolifération récente de la
somatopleure ; mais comme il existe aussi une migration de cellules d’origine latérale, vers la ligne
médiane, il est possible, également, qu’une partie du matériel basophile prolongeant celui de
l’ébauche des membres participe au soulèvement et à la constitution du monticule cloacal.
b) Chez les embryons d’Orvet et de Lézard vert, il ne se produit pas de migration cellulaire, des
côtés latéraux du champ cloacal, vers la ligne médiane.
Pour ces raisons, il nous paraît vraisemblable de considérer le pénis de la Tortue comme un
organe composite, plus complexe que le phallus des plagiotrèmes, comme nous l’avions aussi envisagé
à la suite d’une étude de la morphogenèse cloacale chez l’Orvet (Raynaud A., Pieau C. et Raynaud J.,
1968) : une partie du matériel basophile homologue à celui qui forme les ébauches phalliques des
plagiotrèmes a pu participer à la constitution du monticule cloacal ; mais, à ce monticule (qui est né
dans la région antérieure médiane du champ cloacal), se sont adjointes les autres parties du champ
cloacal et c’est ainsi le champ cloacal entier qui a participé à la formation du pénis de la Tortue
(formation qui a mis en œuvre des mouvements tissulaires qui ne s’observent pas chez les plagio¬
trèmes).
Notons, toutefois, que l’étude actuelle se limite à celle de la morphogenèse de l’organe copulateur
d’une seule espèce de Reptile cyclotrème et il est possible que l’étude d’embryons appartenant à
d’autres espèces de Tortue et à diverses espèces de Crocodiles révèle d’autres aspects de la morpho¬
genèse cloacale, plus proches que ceux de la Tortue mauresque, des stades de la formation du cloaque
des Lacertiens ; il serait possible que ces stades présumés permettent, alors, d’établir des homologies
plus précises entre les ébauches des phallus des Lézards et l’ébauche du pénis impair des Cyclotrèmes
et des autres Vertébrés (Oiseaux, Mammifères). Actuellement, ces intermédiaires font défaut ; et peut-
être n’ont-ils existé que chez des espèces depuis longtemps disparues. Étant donné ces lacunes, une
certaine réserve s’impose dans nos interprétations.
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ
REPTILES
181
Si l’on étudie maintenant, comparativement, non plus le relief du champ cloacal à un stade
précoce, mais les stades ultérieurs du développement des phallus chez l’Orvet et le Lézard, d’une part,
la Tortue, de l’autre, quelques constatations s’imposent :
a) Nous voyons se former, dans les phallus de l’embryon d’Orvet ou de Lézard, un abondant tissu
à structure caverneuse dont les larges espaces sanguins se creusent et se remplissent de sang entre
les stades de 160 et 200 mg. Un corps caverneux bien développé, riche en fibres élastiques et en
vaisseaux à revêtement épithélial, existe aussi dans les hémi-pénis des autres Lézards (Wopke K.,
1931) ; ce tissu caverneux qui occupe un grand volume dans le phallus, principalement de part et
d’autre du sillon spermatique, ventralement par rapport au muscle rétracteur fait du phallus
des plagiotrèmes, un organe spongieux, particulièrement dilatable.
Il se forme, aussi, chez l’embryon de Tortue mauresque, aux stades de 130 à 140 mg, un tissu
à structure caverneuse qui se situe sur les côtés latéraux de l’urodaeum ; mais il occupe ici, dans le
pénis, un volume beaucoup plus réduit que n’en occupe le tissu semblable chez l’embryon d’Orvet.
b) Nous voyons prendre naissance, chez l’embryon de Tortue mauresque (pesant de 40 à 50 mg),
une prolifération accentuée de l’épithélium coelomique (feuillet mésodermique somatopleural)
dans la partie caudale du coelome interne ; les cellules ainsi essaimées s’enfoncent dans les parois
du cloaque, de part et d’autre de l’urodaeum ; chez l’embryon de 25 jours d’incubation (pesant
80 mg), ces cellules se groupent de part et d’autre du sillon urodaeal en deux amas cylindriques
(un de chaque côté) représentant les ébauches du corps fibreux du pénis ; ces deux condensations
cellulaires sont réunies par une bande transversale, du même tissu fibreux, située dorsalement
par rapport à l’urodaeum ; dans la partie distale du phallus, les deux ébauches se ré unis sent, en
un corps fibreux médian présentant une concavité ventrale et qui se termine en pointe à l’extrémité
du phallus.
Chez les embryons d’Orvet ou de Lacerta viridis, nous n’avons pu déceler une prolifération aussi
nette, de l’épithélium du fond caudal du coelome, qui pourrait donner naissance à l’équivalent
des corps fibreux de l’embryon de Tortue ; nous avons cependant observé la formation d’une bande
de tissu conjonctif embryonnaire serré situé dorsalement par rapport au sillon spermatique, mais
ce tissu est beaucoup moins dense que celui qui va former les corps fibreux du pénis de la Tortue ;
il ne comporte qu’un petit nombre (5 à 10) d’assises cellulaires et il doit avoir une origine diffé¬
rente ; à notre avis, ces deux tissus ne sont probablement pas homologues.
c) A partir du stade de 60 mg commence à se différencier, chez l’embryon d’Orvet, le grand muscle
rétracteur du pénis qui traversera le phallus jusqu’à son extrémité et occupera une grande place
dans cet organe (à partir du stade de 250 mg, par exemple) ; il ne s’insère pas sur le tissu conjonctif
dense entourant le sillon spermatique, mais longe ce tissu et va se fixer à l’extrémité du phallus ;
par contre, un faisceau de muscles lisses pénètre dans la base du phallus et ses fibres se dispersent
dans le tissu caverneux et dans le tissu conjonctif dense. Chez l’embryon de Tortue mauresque,
il n’existe pas, dans le phallus, d’équivalent du grand muscle rétracteur de l’hémi-pénis des
Lacertiens, mais deux larges faisceaux musculaires se différencient au stade de 140 mg et vont
s’insérer sur la base des deux moitiés du corps fibreux ; il existe, également, deux faisceaux mus¬
culaires qui pénètrent dans les lèvres entourant le pénis ; il est possible que les faisceaux muscu¬
laires lisses s’insérant sur les corps fibreux de l’embryon de Tortue soient homologues à l’un des
deux faisceaux musculaires du phallus de l’embryon d’Orvet.
Nous devons confronter, maintenant, nos observations et nos interprétations à celles des
auteurs qui ont, déjà, abordé ces problèmes.
Deux courants différents existent, dans la littérature, en ce qui concerne les homologies qui
peuvent exister entre les hémi-pénis des Reptiles plagiotrèmes et le pénis impair des Reptiles cyclo-
trèmes, des Oiseaux et des Mammifères.
Source : MNHN, Paris
182
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
D’une part, une série d’auteurs, depuis Boas I.E.V. (1891), Gegenbaur C. (1901), etc., jusqu’à
Geriiardt U. (1933), sont de l’avis que les deux types d’organe copulateur se sont formés indépen¬
damment, ne sont pas comparables et ne peuvent donc dériver l’un de l’autre.
D’autre part, d’autres chercheurs pensent que le pénis impair et les hémi-pénis sont des organes
homologues : pour Gadow H. (1887), l’organe copulateur des Chéloniens et des Crocodiliens a été
formé, à l’origine, par la fusion de deux ébauches paires. Fleischmann et ses élèves (1902) ont
recherché l’homologie entre ces deux types d’organe et pensent l’avoir trouvée en admettant que
pénis et hémi-pénis dérivent tous deux de la lèvre craniale du cloaque ; toutefois, une certaine réserve
se fait jour dans les interprétations de Fleischmann, quelques années plus tard (1907) (*). Après
une étude de stades (déjà tardifs) du développement des phallus de la Couleuvre à collier et de la
Vipère berus, et de la structure de ces organes, Beuchelt H. (1936) conclut à une homologie complote
entre les hémi-pénis et le pénis : il décrit en effet, chez l’embryon de Serpent, un corpus fibrosum qui,
issu de la lèvre craniale du cloaque, pénètre dans chaque hémi-pénis (**) ; il fait remarquer, d’autre
part, qu’un tissu spongieux se développe, en liaison avec ce corps fibreux, aussi bien dans le phallus
de la Couleuvre que dans le pénis des cyclotrèmes ; dès lors, ajoute-t-il, si l’on rapproche, du côté
médian, les deux hémi-pénis des Serpents jusqu’à la jonction, sur la ligne médiane, des sillons sémi¬
naux, on obtient un seul pénis comportant un corpus fibrosum formé de deux ébauches paires, un
sillon séminal central et, de part et d’autre de celui-ci, un massif de tissu spongieux ; ainsi, l’union
des deux hémi-pénis des plagiotrèmes donnerait naissance à un organe copulateur impair dont la
morphologie correspondrait totalement à celle du pénis des cyclotrèmes (Beuchelt H., 1936) (***).
L’étude embryologique que nous venons d’effectuer ne nous permet pas d’accepter sans réserves,
la conclusion de Beuchelt. Au cours de la formation du phallus de la Tortue, nous avons vu appa¬
raître des mouvements, des différenciations qui ne s’observent pas dans les ébauches phalliques des
plagiotrèmes : le soulèvement impair médian du monticule cloacal, l’allongement de l’urodaeum
dans le sens longitudinal, la prolifération accentuée, au stade de 40 mg, de l’épithélium coelomique,
pour former le corps fibreux, etc. Il est possible que ces différenciations représentent une étape nouvelle
de la morphogenèse phallique, l’acquisition de structures donnant au pénis une configuration qui se
rapproche de celle du pénis des mammifères ; d’autre part, nous avons noté l’acquisition, par les
ébauches phalliques de l’Orvet ou du Lézard, de caractéristiques qui ne se retrouvent pas, ou ne se
(*) L’interprétation de Fleischmann A. (1902) est en grande partie basée sur les observations faites par ses élèves
(Unterhossel, Hellmuth) chez les embryons de Lézards et Serpents, d'une part. Tortues et Crocodiles de l’autre ;
comme nous l’avons rappelé dans l’introduction de ce travail, ces observations sont incomplètes car les auteurs ne
disposaient pas des stades précoces du développement de ces embryons et leurs interprétations et parfois leurs obser¬
vations sont inexactes. En ce qui concerne la morphogenèse externe du cloaque d'Emys lutaria, Hellmuth semble
avoir confondu ébauche pénienne et lèvre craniale du cloaque et il suppose, à tort, que les deux petits lobules qui se
trouvent sur la face ventrale du pénis, de part et d’autre de l’extrémité distale du sillon urodaeal, représentent les
ébauches phalliques formées les premières à la base de la lèvre craniale du cloaque.
(**) Fleck O. (1910) mentionne aussi la présence d’un corpus fibrosum dans le pénis du Gecko (Plalydaclylus ann.).
(***) Gadow H. (1877) avait, déjà, suggéré que la réunion des ébauches des deux hémi-pénis des plagiotrèmes puisse conduire
à l’organe copulateur impair des plagiotrèmes. Il envisageait aussi que le type primitif des organes copulateurs ait
pu être représenté, autrefois, par une simple hypertrophie des bords latéraux du proctodaeum ; chez les Lézards et
les Serpents, ces ébauches d’organes phalliques se seraient écartées l’une de l’autre et auraient évolué en hémi-pénis.
Nous ajouterons que l’on pourrait, aussi, théoriquement, envisager que les ébauches des hémi-pénis des plagiotrèmes
aient pris naissance, à la suite d’une sorte de subdivision, de « fissuration », dans le plan sagittal médian, d’un champ
cloacal primitif hypothétique qui, normalement, aurait été capable de donner naissance à un pénis médian impair ;
mais ce champ cloacal primitif aurait été dépourvu de certaines des capacités de différenciation qui se manifestent
dans le champ cloacal des cyclotrèmes actuels ; de plus, au cours de cette subdivision, le territoire sagittal médian
situé en avant de l’urodaeum aurait pu être détruit ou déplacé ; mais cette hypothèse ne rend pas parfaitement
compte du soulèvement des ébauches des hémi-pénis dans les parties latérales du champ cloacal et, d’autre part,
elle ne s’accorde pas très bien avec l’observation de la complication progressive (et de la fermeture de plus en plus
étendue du sillon séminal à la base caudale du phallus) dans la série des Vertébrés amniotes.
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
183
retrouvent qu’à un faible degré dans le pénis de la Tortue : le grand muscle rétracteur, traversant
le phallus jusqu’à son éxtrémité distale, la présence d’un très abondant tissu à structure caver¬
neuse, etc. Nous ne pouvons dire si les différences que nous venons de mentionner sont des diffé¬
rences de structure fondamentales ou seulement des variations, des diversifications secondaires,
en rapport avec la physiologie de l’accouplement.
Ainsi, s’il ne fait pas de doute que dans la structure du pénis cyclotrème, on retrouve les cons¬
tituants essentiels des deux hémi-pénis des plagiotrèmes réunis de part et d’autre de la ligne sagittale
médiane (et l’embryologie du champ cloacal très jeune apporte une base solide à cette conception,
ainsi, d’ailleurs, que l’étude de la musculature, de l’innervation, de la vascularisation des phallus
chez les adultes), il nous paraît cependant plus exact de voir dans le pénis impair, un organe plus
complexe que celui qui serait formé par le simple accolement de deux hémi-pénis ; le pénis impair de
la Tortue présente des différenciations qui n’existaient pas dans l’hémi-pénis des plagiotrèmes ; au
cours de son édification sont intervenus des processus morphogénétiques nouveaux qui sc situent,
peut-être, dans l’axe d’une évolution dirigée vers la morphogenèse phallique des Mammifères.
Ajoutons que Beuchelt H. (1936) considère, en outre, que les pénis des Amniotes peuvent dériver
des dispositifs de copulation réalisés chez les Gvmnophioncs (Beuchelt reprend ici la conception
de Tonutti E. [1931] et de Marcus et Tonutti [1931] en la modifiant légèrement) : au lieu d’une
évolution divergente en deux directions menant l’une au pénis, l’autre aux hémi-pénis, à partir d’une
forme commune ( Chthonerpeton-Siphonops —Cyclotrème et Chthonerpeton-Hypogeophis -
Plagiotrème), Beuchelt admet seulement deux variantes d’un même mode d’édification du pénis ;
il fait, d’autre part, remarquer — à juste titre — que chez Hypogeophis, le système musculaire homo¬
logue aux phallus est ébauché à partir de deux bourgeons ecto-mésodermiques naissant sur les bords
latéraux de l’anus et qu’ils ne migrent à leur position définitive (sur la paroi dorsale interne du cloaque)
qu’au moment où se constitue le cloaque définitif.
Beaucoup d’autres auteurs (Muller J. [1830, 1838], Boas I.E.V. [1891], Gegenbaur C. [1901],
Mesenheimer J. [1921]) ont abordé le problème de ces homologies de structure, au cours de travaux
plus anciens ; il n’y a pas lien de discuter ici toutes les opinions formulées ; le lecteur les trouvera
mentionnées dans les publications de Fleischmann A. (1902), Tonutti E. (1931), Beuchelt H. (1936),
Gerhardt U. (1933).
A côté des auteurs que nous venons de citer, qui se sont préoccupés de la phylogénie des organes
copulateurs, il faut citer un certain nombre de recherches embryologiques qui n’ont eu pour objet
que d’établir les étapes de la morphogenèse phallique chez des espèces particulières : mentionnons
seulement, ici, les travaux de Treadwell A. L. (1891) chez deux espèces de Serpents, de Ostrou-
moff A. (1893) qui concluait que les « plis cloacaux » délimitant le vestibule du cloaque chez l’embryon
de Lacerta muralis vont former, à la fois, les ébauches phalliques et la lèvre craniale et caudale du
cloaque ; ceux de Fleck O. (1910) qui pensait que chez le Gecko, l’ébauche phallique naissait de la lèvre
cloacale caudale. Dufaure J.-P. (1961,1966) a décrit le développement des ébauches phalliques chez
l’embryon de Lézard vivipare (Lacerta vivipara J.) et Dufaure J.-P. et Chevalier M. ont, plus
récemment (1967), apporté des documents sur l’organogenèse phallique chez Chamaeleo bitaeniatus
et Mabuia megalura et l’un de nous (Pieau C., 1968), quelques données sur le développement des
phallus, chez les embryons de Lacerta sicula.
I/examen détaillé de toutes les données éparses dans la littérature montre que bien des diver¬
gences et des lacunes persistent dans nos connaissances sur la morphogenèse et la structure des organes
copulateurs des Reptiles. Ce n’est que lorsqu’une connaissance précise du mode de formation de ces
organes et de leur configuration miscroscopique aura été acquise (par les méthodes de l’embryologie
descriptive, de l’histochimie et des méthodes expérimentales) que les divers problèmes évoqués dans
ce travail pourront recevoir une réponse et que des homologies précises pourront être établies avec
certitude entre les deux types, pair et impair, des organes copulateurs.
Source : MNHN, Paris
184
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
Vin. — RÉSUMÉ
Ce travail est consacré à l’étude de la formation et du développement des organes copulateurs
chez des embryons appartenant à quatre espèces de Reptiles : Orvet (Anguis fragilis L.), Lézard
vert (Lacerta viridis Laur.), Couleuvre tessellée (Tropidonotus tessellata Laur.) et Tortue mauresque
(Tesludo graeca L.) ; il est fondé sur l’examen morphologique externe et sur l’étude histologique de
la région cloacale de 230 embryons.
I. — Chez les embryons d’Orvet et de Lézard vert, les ébauches phalliques naissent sous forme
de petits soulèvements de la paroi ventrale du corps, situés de part et d’autre de la membrane cloa¬
cale ; elles sont constituées par l’épiblaste qui recouvre un amas de cellules proliférées par le méso-
derme somatopleural et ayant le même caractère basophile que les cellules constituant les ébauches
des membres postérieurs et avec lesquelles elles sont en continuité ; leur base est contigüe à l’ébauche
de la lèvre craniale du cloaque qui se forme, en avant de la membrane cloacale, à partir d’un épais¬
sissement transversal de la paroi ventrale du corps ; cet épaississement est initialement renflé en deux
protubérances situées de part et d’autre du plan sagittal médian et est constitué par du mésenchyme
lâche. Un abondant tissu à structure caverneuse, disposé de part et d’autre du sillon spermatique
et un grand muscle rétracteur inséré à l’extrémité du phallus se différencient, au cours du dévelop¬
pement, dans chacune des ébauches phalliques, en même temps que d’autres différenciations se mani¬
festent dans l’épiblaste.
II. — Chez les embryons de Couleuvre tessellée, il se constitue également un renflement latéral
sur les côtés de la région cloacale, par suite de la prolifération du feuillet mésodermique somatopleural ;
deux somites pénètrent assez profondément dans la moitié dorsale de chaque renflement et essaiment
des cellules à leur intérieur ; les ébauches phalliques se forment à partir de la région postérieure de
chacun de ces renflements et croissent en direction caudale. Il est possible que l’ébauche phallique
de la Couleuvre comporte une partie du matériel cellulaire qui aurait pu servir à l’édification du membre
postérieur et qui serait, ici, resté disponible, du fait du non-développement des membres.
III. — Chez les embryons de Tortue mauresque, l’ébauche phallique apparaît d’abord comme
un soulèvement médian impair (« monticule cloacal »), du territoire situé en avant de la membrane
cloacale ; ce soulèvement entraîne celui de tout le champ cloacal dont les parties latérales, situées
de part et d’autre de la membrane cloacale, s’intégrent presque entièrement au monticule cloacal
pour former le phallus. Seuls, les bords latéraux du champ cloacal ne participent pas à l’édification
du phallus : ils représentent les ébauches de la lèvre du cloaque. Le sillon séminal, situé sur la face
ventrale du phallus, est la partie ventro-caudale de l’urodaeum qui s’est ouverte à l’extérieur après
résorption de la membrane cloacale ; il est bordé latéralement par du tissu caverneux et dorsalement
par le corps fibreux qui se forment à partir de deux proliférations de l’épithélium de la partie caudale
du coelome interne. Au cours du développement, se différencient deux faisceaux musculaires lisses
qui s’insèrent sur la base du corps fibreux.
IV. — L’étude comparative des champs cloacaux de jeunes embryons d’Orvet, de Lézard vert
et de Tortue mauresque conduit aux constatations suivantes :
а) L’extrémité de l’organe copulateur de la Tortue, sa partie centrale et dorsale, proviennent d’une
partie de la paroi ventrale du corps correspondant topographiquement à la région médio-ventrale
du cloaque des Lacertiens.
б) C’est tout le champ cloacal qui participe à la formation du pénis de la Tortue ; par contre, les
ébauches phalliques des Reptiles plagiotrèmes ne se constituent qu’à partir d’aires limitées (aires
Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPULATEURS CHEZ LES REPTILES
185
latérales) de ce champ ; chaque hémi-pénis ne correspondrait donc qu’à une partie (ventro-latérale)
de l’organe copulateur de la Tortue.
L’étude des stades ultérieurs du développement montre qu’il se forme, chez l’embryon de
Tortue de 40 à 50 mg, une prolifération de l’épithélium coelomique qui donne naissance à deux
ébauches, paires, d’un volumineux corps fibreux ; on n’a pas observé de prolifération comparable
chez les embryons d’Orvet et de Lézard. Chez ces derniers, il se constitue dans le phallus un abondant
tissu à structure caverneuse permettant à ces organes de se dilater sous l’afflux du sang ; il se forme,
également chez eux, un long muscle rétracteur qui traverse tout le phallus et s’insère à son extrémité.
Ainsi, si l’on retrouve dans le pénis de l’embryon de Tortue des constituants des hémi-pénis
des Reptiles plagiotrèmes, situés de part et d’autre de la ligne sagittale médiane (ligne occupée par
le sillon urodaeal) — et l’étude comparative des champs cloacaux des jeunes embryons rend bien
compte de ces homologies — le pénis impair des cyclotrèmes nous apparaît comme un organe ayant
une structure plus complexe que celle d’un organe copulateur qui serait formé par la simple union,
sur la ligne médiane, de deux hémi-pénis.
Institut Pasteur (Service d’Embryologie expérimentale, SANNOIS, 95 - Val-d’Oise),
186
A. RAYNAUD ET C. PIEAU
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Source : MNHN, Paris
FORMATION DES ORGANES COPÜLATEURS CHEZ LES REPTILES
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
LISTE DES ABRÉVIATIONS UTILISÉES DANS LES FIGURES DU TEXTE
ET DANS LES PLANCHES PHOTOGRAPHIQUES
a.c.d.
a.c.p.
ai.
ail.
all.o.
Ao.
art.ail.
b.é.ph.
ch.
cl.
c.W.
é.c.f.
éJ.c.d.
é.l.d.
é.l.cr.cl.
é.m.ant.
é.m.p.
é.org.g.ext.
é.ph.
é.ph.g.
é.pl.
é.p.b.
é.s.sp.
é.s.ur.
empl.Ur.
ép.
ép.m.s.
f.amn.
f. m.l.
g. ur.g.
i.ép.
amas cellulaires denses
amas cellulaires pairs
amas denses de cellules mésoblastiques
aire latérale
allantoïde
allantoïde ouverte
amnios
artère allantoïdienne
aire vasculaire
bourrelet de l’ébauche phallique
corps de l’embryon, ou cœlome, ou cœur
chorde
cloaque
cellules mésodermiques somatopleurales
crête de Wolff
crête médiane
cellules somitiques
canal de Wolff
ébauche du corps fibreux
ébauche de la lèvre caudale du cloaque
ébauche de la lèvre du cloaque
ébauche de la lèvre craniale du cloaque
ébauche du membre antérieur
ébauche du membre postérieur
ébauche phallique
ébauche phallique
ébauche du phallus droit et
ébauche du phallus gauche
ébauche du plastron
ébauche de la protubérance basale du phallus
ébauche du sillon spermatique
ébauche du sillon urodaeal
emplacement de l’urodaeum
épiblaste
épaississement du mésoderme somatopleural
feuillet amniotique
faisceau musculaire lisse
gouttière uro-génitale
invaginations épiblastiques
intestin
I.d.
1-c.cl.
l.ch.Ur.
lo.
l.ur.
m. cl.
m.l.
m.I.cl.
o.Ur.
P-
pa.
ph.
ph.g.
pr.
q-
r.é.ph.
r. pr.
S.
s. ap.
s.Lb.
s. sp.
t. c. et t.ca.
t.c.d.
t.n.
Ur.
lèvre du cloaque
lèvre caudale du cloaque
limite de la chambre urodaeale
lèvre craniale du cloaque
lame urodaeale
mésonéphros
monticule cloacal
membrane cloacale
mésenchyme lâche
muscle de la lèvre du cloaque
muscle rétracteur
mésoderme somatopleural
ouverture urodaeale
papilles ou patte
pariétopleure
phallus
phallus droit
phallus gauche
pédicule ombilical
patte postérieure
proctodaeum
protubérance latéro-basale du phallus
rudiment de l’ébauche phallique
renflement latéral
renflement latéral de la région cloacale
rigole proctodaeale
somite
saillie apicale
saillie latérale du phallus
saillie latéro-basale du phallus
saillie mésenchymateuse
sillon spermatique
sillon urodaeal
tissu caverneux
tissu conjonctif dense
tube nerveux
urodaeum
vitellus ou vaisseaux sanguins
Source : MNHN, Paris
PLANCHES
0 564 013 6
Source : MNHN,•Paris
Planche I
Photographies de jeunes embryons d’Orvet (Anguis fragilis L.) montrant le développement du renflement latéral (r.l.)
de la région cloacale (photographies a et 6) et la différenciation des ébauches du membre postérieur (é.m.p.) et du phal¬
lus (é.ph.) à partir de ce renflement (photographie c).
a : Embryon de 5,2 mm de longueur (E8 Orv. 342) dont le bourgeon allantoîdien mesure 0,5 mm de longueur (Gr. = 16).
b : Embryon de 5 mm de longueur dont le bourgeon allantoîdien mesure 2 mm de longueur (Gr. — 12).
c : Embryon de 6,5 mm de distance courbure cervicale-courbure caudale (mesure prise sur l’embryon enroulé ; déroulé,
il mesurait 20 mm) (E3 Orv. 49). Noter la terminaison de la partie caudale de la crête de Wolff (cr.) contre la base
de l’ébauche du membre postérieur (é.m.p. : ébauche du membre postérieur) (Gr. = 13).
(ail. : allantoïde : a.v. : aire vasculaire ; c. : cœur ; é.l.cr.cl. : ébauche de la lèvre craniale du cloaque ; é.m.ant. : ébauche
du membre antérieur ; q. : queue).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME LVIII. — FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE I
Source : MNHN, Paris
Planche II
Vue ventrale (ou ventro-latérale) de la région eloacale de jeunes embryons d’Orvet, montrant l’évolution du relief
de cette région et les principaux stades de la formation des ébauches phalliques (é.ph.).
a : Embryon de 40 mg (Gr. - 15).
b et c : Embryon de 51,6 mg (b, Gr. = 22,5 et c, Gr. = 26).
d : Embryon de 68 mg (Gr. = 23,5).
e : Embryon de 128 mg (Gr. = 22).
(é.I.c.cl. : ébauche de la lèvre caudale du cloaque ; é.l.cr.cl. : ébauche de la lèvre craniale du cloaque ; é.m.p. : ébauche du
membre postérieur ; é.ph. : ébauche phallique ; é.s.sp. : ébauche du sillon spermatique ; pr. : proctodaeum ; pr.l.b. : pro¬
tubérance latérale basale du phallus ; q. : queue).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. - TOME LVIII. — FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE II
Source : MNHN,1 > aris
Planche III
Section transversale à hauteur de l’extrémité postérieure du tronc d’un jeune embryon d’Orvet (Anguis fragilis)
(E12 Orv. 342) de 4,6 mm de longueur (distance courbure cervicale-courbure caudale), dont le bourgeon allantoïdien
mesure 0,5 mm de longueur ; on aperçoit l’épaississement (ép.m.s.) du feuillet mésodermique somatopleural formant,
de chaque côté, le renflement latéral de la région cloacale (ail. : allantoïde ; amn. : amnios ; c. : coelome ; c.W. : canal
de Wolff ; art.ail. : artère allantoïdienne ; I. : intestin postérieur : S. : somite ; t.n. : tube nerveux) (Gr. = 97).
Section transversale de l’extrémité postérieure du tronc, à hauteur de l’urodaeum, d’un jeune embryon d’Orvet de
5,5 mm de longueur, dont le bourgeon allantoïdien mesure 1,6 mm (E9 Orv. 345) ; l’épaississement de la somato-
pleure (ép.m.s.) détermine un renflement courbe de la paroi latérale du tronc à ce niveau et s’étend jusque sur les côtés
de l’urodacum (Ur.) (art.ail. : artère allantoïdienne ; Ao. : aorte ; c. : coelome ; c.W. : canal de Wolff ; ép. : épiblaste ;
S. : somite ; t.n. : tube nerveux) (Gr. = 154).
Section transversale, à hauteur de la chambre cloacale (Ur. : urodaeum) d’un jeune embryon d'Orvet de 5,2 mm de
longueur, dont le bourgeon allantoïdien mesure 2 mm de longueur (E2 Orv. 190) : le renflement latéral (r.l.) est devenu
proéminent (Ao. : aorte ; c. : coelome ; c.W. : canal de Wolff : S. : somite ; t.n. : tube nerveux) (Gr. = 97).
Vue à un plus fort grossissement, du renflement latéral droit, de la région cloacale de l’embryon dont une coupe est
reproduite sur la figure précédente ; noter que la prolifération du mésoderme somatopleural (m.s.) s’étend jusque sur
les bords de l’urodaeum (Ur.) et qu’il y a là, accumulées entre le coelome, la paroi latérale de l’urodaeum et l’épiblaste,
des cellules d’origine mésodermique somatopleurale semblables à celles qui forment l’ébauche du membre (majeure
partie du renflement latéral) ; noter, aussi, qu’un somite (S.) essaime quelques cellules dans la base dorsale du renfle¬
ment latéral (c. : coelome ; c.W. : canal de Wolff ; c.m.s. : cellules mésodermiques somatopleurales ; S. : somite)
(Gr. = 154).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. - TOME LVIII. - FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE III
Planche IV
Coupes histologiques transversales à travers la région cloacale de jeunes embryons d’Orvet montrant la formation
des ébauches phalliques (é.ph.) et les rapports entre ces ébauches et celles des membres postérieurs (é.m.p.).
a : Embryon de 6 mm de longueur dont l’allantoïde a la forme d’un sac de 5,5 mm de longueur. De part et d’autre de
la chambre urodaeale (Ur.) se sont formées deux petites surélévations représentant les ébauches phalliques (é.ph.) ;
elles sont au contact de la partie craniale de l’ébauche du membre postérieur (é.m.p.) ; seules les ébauches du côté
gauche sont intéressées par cette coupe (Ao. : aorte ; c. : coelome ; m. : mésonéphros) (Gr. = 61).
6 : Vue à un plus fort grossissement de l’ébauche phallique gauche de l’embryon précédent. Noter la grande densité
cellulaire dans la partie ventrale, sous-épiblastique, de l’ébauche phallique (é.ph.) et la contiguité entre cette dernière
et l’ébauche du membre postérieur (é.m.p.) (pa. : pariétopleure) (Gr. = 119).
c : Embryon de 6,5 mm de longueur. Noter ici également la juxtaposition des ébauches phalliques et du membre postérieur
qui ne sont séparés, du côté ventral, que par une légère dépression (se reporter au dessin de la morphologie externe
de la région cloacale de cet embryon, planche II) ; l’artère allantoïdienne (art.ail.) chemine entre les bases de l’ébauche
phallique et de l’ébauche du membre postérieur (Gr. = 93).
d : Embryon de 50 mg (mêmes abréviations que pour les figures précédentes) (Gr. = 174).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. — TOME LVIII. — FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE IV
Source : MNHN, Paris
Planche V
Coupes histologiques à travers les phallus d’embryons d’Orvet.
a : Ébauche phallique droite d’un embryon de 55 mg ; noter l’amas dense de cellules mésoblastiques (a.d.m.) sous l’épi-
blaste (art.ail. : artère allantoldienne) (Gr. = 87).
6 et c : Sections, selon leur axe, des phallus gauches de deux embryons pesant 78 mg ; noter la formation du grand muscle
rétracteur (m.r.) qui traverse le phallus parallèlement à son grand axe et sa bifurcation (photographie c) à son extré¬
mité distale ; noter également le début de la formation de la protubérance (é.pr.b.) sur la partie latérale de la base
du phallus (Gr. = 87 pour la photographie b et 80 pour la photographie c).
de te: Sections de la partie basale (d) et de la partie distale ( e ) du phallus d’un embryon de 130 mg ; noter la pénétra¬
tion d’un autre faisceau musculaire, lisse, (f.m.l.) dans la base du phallus et le début de la formation du sillon sper¬
matique (s.sp.) (m.r. : muscle rétracteur) (Gr. = 87).
/ et g : Sections sagittales à travers les phallus de deux embryons (El et Eli Orv. 208) de 160 mg ; ces photographies
montrent la structure générale des hémi-pénis à ce stade de leur développement : grand développement du muscle
rétracteur (m.r.) ; présence d’un tissu conjonctif dense (t.c.d.) qui s’étend de la lèvre craniale dans le phallus et se
dispose au-dessus du sillon spermatique (s.sp.) ; invaginations épiblastiques (i.ép.). Sur la photographie /. on aperçoit
la base d’un faisceau musculaire lisse secondaire qui pénètre dans le phallus parallèlement au grand muscle rétracteur
et dont les fibres se mêlent au tissu conjonctif dense qui entoure le sillon spermatique; (s.ap. : saillie apicale) (Gr. = 87
pour la photographie f et 80 pour la photographie g).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. - TOME LVIII. - FASCICULE 3 ET DERNIER.
Source : MNHN, Paris
Planche VI
Coupes histologiques à travers les phallus d’embryons d’Orvet.
et b : Embryons de 160 mg ; sur la photographie a, on aperçoit la rigole proctodaeale (r.pr.) formée par l’accolement
des parties latérales des lèvres craniale et caudale du cloaque (l.cr.cl. et l.c.cl.) ; cette rigole prolonge l’ouverture uro-
daeale (o.Ur.) (la membrane cloacale [m.cl.] est en partie résorbée) et elle s’étend jusqu’à la base du phallus où elle
se continue par le sillon spermatique. Dans la partie distale du phallus, Pépiblastc a formé des invaginations (i.ép.)
constituant des sillons annulaires (Gr. = 104).
Embryon de 64 mm de longueur (250 mg) ; le grand muscle rétracteur (m.r.) est maintenant entouré d’un tissu très
lâche et de lacunes ; autour du sillon spermatique (s.sp.) s’est disposé, en fer à cheval, le tissu conjonctif dense (t.c.d.)
et, de part et d’autre de ce sillon, existe un tissu de structure caverneuse (t.ca.) (Gr. = 100).
Embryon de 250, 9 mg ; coupe transversale d’un phallus : on aperçoit au centre le grand muscle rétracteur (m.r.)
et les espaces lacunaires qui l’entourent ; de part et d’autre du sillon spermatique (s.sp.) est disposé le tissu caver¬
neux (t.ca.) avec des vaisseaux (v.) gorgés de sang (Gr. = 104).
Section tangentielle de l’extrémité apicale d’un
trois saillies apicales (s.ap.) proéminent dans un
(Gr. = 104.)
phallus d’un embryon au voisinage du terme de la vie intra-utérine :
espace creux incurvé, à la pointe du phallus (s.sp. : sillon spermatique)
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM.
TOME LVIII. - FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE VI
Source : MNHN, Paris
Planche VII
a : Section transversale de la région cloacale d’un jeune embryon de Lacerla viridis de 4,2 mm de longueur ; à côté de
la base du membre postérieur (é.m.p.), la paroi ventrale du corps commence à se soulever en un petit monticule repré¬
sentant une ébauche phallique (é.ph.) (art. ail. : artère allantoïdienne ; Ur. : urodaeum) (Gr. — 105).
b et c : Deux sections transversales de la région cloacale d'un jeune embryon de Lacerla viridis dont l’ébauche du membre
antérieur mesure 1,5 mm de longueur. En 6, la coupe intéresse l’ébauche de la lèvre craniale du cloaque (é.l.cr.cl.),
lèvre formée par la paroi ventrale du corps soulevée de part et d’autre du plan médian ; en c, la coupe intéresse les
ébauches phalliques (é.ph.) (ail. : allantoïde ; art. ail. : artère allantoïdienne ; I. : intestin ; é.m.p. : ébauche du membre
postérieur) (Gr. = 63).
de te: Deux sections transversales de la région cloacale d’un embryon de Lacerla viridis dont le membre antérieur
mesure 1,6 mm de longueur ; en d, la coupe intéresse la lèvre craniale du cloaque avec ses deux renflements (é.l.cr.cl.) ;
en e, les ébauches phalliques (é.ph.) qui font saillie de part et d’autre de l’urodaeum (Ur.) (art.ail. : artère allantoï¬
dienne ; c. : coelome ; I. : intestin postérieur) (Gr. = 63).
/ : Section transversale à hauteur de la région cloacale, d’un jeune embryon de Lacerla viridis, pesant 83 mg ; les deux
ébauches phalliques (é.ph.) forment deux bourgeons cylindriques, légèrement renflés à leur partie distale, faisant saillie
de part et d’autre de la membrane cloacale ; noter la première différenciation du muscle rétracteur dans l’axe de chaque
phallus (Gr. = 63).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES
MUSÉUM. — TOME LVIII. — FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE VII
Source : MNHN, Paris
Planche VIII
: Coupe transversale de la région troncale postérieure, à hauteur de la chambre cloacale (Cl.), d’un embryon de Tro-
pidonolus tessellata, pesant 58 mg ; la coupe montre l’épaississement de la pariétopleure (pa.), épaississement qui forme
un renflement visible extérieurement sur les parois latérales de la région cloacale (c. : coelome ; c.W. : canal de Wolfl' ;
S. : somite ; t.n. : tube nerveux ; v. : vaisseau sanguin) (Gr. = 98).
: Vue, à un plus fort grossissement (Gr. = 226) de l’épaississement pariétopleural de l’embryon précédent (mêmes
abréviations que pour la figure précédente et m.s. : mésoderme somatopleural).
et d : Coupes histologiques transversales à travers l’épaississement de la paroi latérale du corps, dans la région troncale
postérieure de deux embryons de Tropidonolus tessellata pesant de 30 à 40 mg (l’embryon dont provient la coupe repré¬
sentée sur la photographie d pesait 32 mg) ; ces photographies montrent que la prolifération du mésoderme somato¬
pleural (m.s.) contribue à l’épaississement de la pariétopleure (mêmes abréviations que pour les figures précédentes
et, en outre, ép. : épiblaste) (Gr. = 370 pour la photographie c et Gr. = 243 pour la photographie d).
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PLANCHE VIII
0 564 013 6
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Planche IX
et b : Vue latérale du renflement latéral de la région cloacale (r.l.c.) d’un embryon de Tropidonotus tessellata pesant,
environ, 80 mg. Noter les modifications de position et l’élargissement des somites à hauteur du renflement latéral
(Gr. = 18,5 pour la photographie a et 22 pour la photographie 6).
de te: Vues latéro-ventrales de l’ébauche phallique droite (ph.) d’un embryon de Tropidonotus tessellata pesant
195 mg ; le prolongement, en direction dorsale, du bord latéral de la base du phallus forme une saillie latérale (s.l.),
bien visible sur les photographies de te; le bourrelet transversal (l.cr.cl.), disposé le long du bord cranial de l’ébauche
phallique (photographies c et d) représente la moitié droite de l’ébauche paire, de la lèvre craniale du cloaque (Gr. = 17
pour la photographie c et Gr. = 13 pour les photographies d et e).
et g : Vues latéro-ventrales des ébauches phalliques d’embryons de Tropidonotus tessellata pesant respectivement 250 mg
(photographie f) et 290 mg (photographie g) (Gr. = 13 pour les deux photographies).
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FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE IX
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Planche X
a : Section transversale de la région troncale postérieure d’un embryon de Tropidonotus tessellata pesant environ 80 mg ;
la coupe intéresse la partie antérieure des renflements latéraux (r.l.c.) de la région cloacale (Ao. : aorte ; c. : coelomc ;
Cl. : chambre cloacale ; c.W. : canal de Wolff ; S. : somite ; t.n. : tube nerveux) (Gr. = 116).
b : Section transversale de la région troncale postérieure d’un embryon de Tropidonotus tessellata pesant 95 mg ; la coupe
intéresse la partie postérieure du renflement latéral gauche (r.l.c.) de la région cloacale ; cette région est en train de
s’allonger caudalement pour former l’ébauche phallique (é.ph.) ; on voit qu’un somite (S.) se prolonge dans la partie
dorsale du renflement latéral (Ao.:. aorte ; c.W. : extrémité postérieure du canal de Wolff ; Cl. : cloaque ; t.n. : tube
nerveux) (Gr. = 112).
c et d : Vues à un plus fort grossissement (Gr. = 178 pour la photographie c et Gr. = 516 pour la photographie d) des
relations existant entre le somite et la partie postérieure du renflement cloacal (partie qui donne naissance à l’ébauche
phallique [é.ph.]) chez un embryon de Tropidonotus tessellata de 95 mg. Ces photographies montrent que l’extrémité
ventrale du somite (S.), dont les cellules se multiplient activement, essaime des cellules dans la partie dorsale du ren¬
flement latéral ; la flèche indique la position de l’épaississement épiblastique, sur le bord ventral de ce renflement
(Cl. : chambre cloacale [futur urodaeum] ; c.W. : extrémité postérieure du canal de Wolff droit ; c.s. : cellules essai-
mées par le somite).
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DU
3 ET
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Planche XI
Sections histologiques de la région cloacale et des ébauches phalliques d’embryons de Tropidonolus lessellala.
et b : Région cloacale et partie basale (a) et moyenne (6) des ébauches phalliques de deux embryons pesant respec¬
tivement 144 et 190 mg. Noter la large chambre urodaeale (Ur.) et l’écartement, en direction latérale, des ébauches
phaUiques (é.ph.) (c.W. : canal de Wolff) (Gr. = 91 pour la photographie a et 71 pour la photographie b).
: Phallus gauche d’un embryon de 290 mg ; noter la différenciation du grand muscle rétracteur (m.r.) (Ur. : urodaeum)
(Gr. = 116).
: Coupe histologique, dans un plan longitudinal, du phallus droit d’un embryon mâle de 102 mm de longueur, (de
l’extrémité du museau au cloaque) ; noter le grand muscle rétracteur (m.r.) qui, comme chez les Orvets et les Lézards,
traverse tout le phallus et est entouré d’un tissu mésenchymateux très lâche (m.l.) ; des différenciations papillaires
dermiques apparaissent (s.sp. : sillon spermatique ; v. : vaisseaux) (Gr. = 66).
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PLANCHE XI
lîSTïiT
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Planche XII
Coupes transversales de la région cloacale d’embryons de Tortue mauresque.
: Embryon de 18 jours possédant 30 paires de somites. La coupe passe par l’urodaeum (Ur.), un peu en avant de la
membrane cloacale : on voit que la paroi du corps s’est épaissie en deux renflements latéraux (r.l.) constitués par plu¬
sieurs assises de cellules basophiles et situés de part et d’autre d’une petite crête médiane (cr.m.) de mésenchyme
lâche (Gr. = 95).
: Agrandissement du renflement latéral gauche de la figure a montrant que les cellules basophiles, situées sous l’épi-
blaste, proviennent d’une prolifération de l’épithélium coelomique (c. : coelome) ; noter que médianement, près de l’uro¬
daeum (Ur.), les cellules sont un peu moins serrées et moins basophiles (c.W. : canal de Wolff) (Gr. = 223).
et d : Embryon de 19 jours, possédant 37 paires de somites. Sur la figure c, la coupe passe par l’allantoïde (ail.) un peu
avant sa jonction avec l’intestin (I.) : sous l’épiblaste des bords latéraux du champ cloacal est accumulé le même maté¬
riel basophile que sous Pépiblaste des ébauches des membres postérieurs (é.m.p.) ; du côté médian, les cellules situées
sous l’épiblaste sont moins serrées et moins basophiles. Sur la figure d, la coupe passe par l’urodaeum (Ur.), au niveau
de la membrane cloacale (m.cl.) et par l’extrémité postérieure de l’ébauche du membre postérieur gauche : noter
qu’entre cette ébauche et Purodaenm, Pépiblaste est déprimé et le tissu sous-jacent est lâche (c. : coelome ; c.W. :
canal de Wolff) (Gr. = 67).
et f : Embryon de 21 jours, possédant 40 paires de somites. En avant de la membrane cloacale, le champ cloacal s’est
soulevé en un monticule, le monticule cloacal (m.c.) qui est constitué par un tissu mésenchymateux lâche, sauf sur
ses bords latéraux où s’est accumulé du matériel basophile dense (fig. e). En arrière de ce monticule, de part et d’autre
de la partie craniale de l’urodaem (Ur.), les cellules sont plus denses et forment deux amas (a.c.p. : amas cellulaires
pairs) qu’on parvient à distinguer, à ce niveau, de l’ébauche de la lèvre du cloaque (é.l.cl.) se formant à partir des bords
latéraux du champ cloacal (fig. /) (Gr. = 67).
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MÉMOIRES
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PLANCHE XII
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Planche XIII
Coupes transversales de la région cloacale d’embryons de Tortue mauresque.
b et c : Embryon de 22 jours, pesant 45 mg et possédant 45 paires de somites. Sur la figure a, la coupe passe par le
monticule cloacal (m.c.) devenu nettement distinct des ébauches de la lèvre du cloaque (é.l.cl.) ; noter qu’à ce niveau,
l’épithélium coelomique prolifère des cellules qui s’accumulent en deux amas denses (a.c.d.) de part et d’autre de
l’urodaeum (Ur.). Cette prolifération de l’épithélium coelomique apparaît nettement sur la figure c; et sur la figure b,
située un peu avant la membrane cloacale, on voit que les amas cellulaires denses (a.c.d.) viennent s’accoler à Pépiblaste
qui, à cet endroit, est déprimé (côté gauche de la photographie) (Gr. = 81, fig. a et 6 et 289, fig. c).
e et f : Embryon de 25 jours, pesant 80 mg, dont la carapace s’ébauche. Coupes de l’ébauche phallique (é.ph.) passant
au niveau de la partie antérieure (fig. d ), de la partie moyenne (fig. e) et de la partie postérieure (fig./) de la membrane
cloacale (m.cl.). En d, l’urodaeum (Ur.) est large, peu profond, et la membrane cloacale se résorbe ; en e, la membrane
cloacale est mince, l’urodaeum est plus profond et les amas cellulaires denses se sont répartis en deux amas sur son
bord dorsal ; ces amas représentent les ébauches des corps fibreux (é.c.f.) ; en /, l’épithélium de la partie caudale du
coelome (c.) continue à proliférer des cellules qui se groupent en amas denses (a.c.d.) (q. : queue) (Gr. = 81).
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FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE XIII
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Planche XIV
Coupes transversales de l'ébauche phallique d’embryons de Tortue mauresque.
,6ete: Embryon de 32 jours, pesant 142 mg, dont le bouclier de l’ébauche de la carapace mesure 7 mm de longueur.
La membrane cloacale est résorbée et l’urodaeum forme maintenant un sillon (s.ur. : sillon urodaeal) sur la face
ventrale de l’ébauche phallique. En a, le sillon est très large et l’épithélium urodaeal qui le tapisse forme une large
lame (l.ur. : lame urodaeale) ; en 6, la coupe, un peu plus caudale, passe à l’endroit où le sillon urodaeal se bifurque
par suite de la formation d’une petite saillie mésenchymateuse (s.m.) médiane ; deux lobes (lo.) s’ébauchent sur les
bords de ce sillon ; en c, coupe passant par la partie moyenne du sillon urodaeal, on voit se différencier le muscle de
la lèvre du cloaque (m.l.cl.) ainsi que les corps fibreux (é.c.f.) et le tissu caverneux (t.c.) du pénis.
: Embryon de 34 jours, pesant 270 mg, dont le bouclier de l’ébauche de la carapace mesure 8 mm de longueur ; on
observe la même structure que sur la figure c et, en plus, deux faisceaux musculaires lisses (f.m.l.) qui s’insèrent sur
les ébauches des corps fibreux (é.c.f.).
/, g et h : Embryon de 54 jours, pesant 3,075 g, dont le bouclier de la carapace mesure 22 mm de longueur. Coupes
intéressant différentes parties du pénis : e, sa pointe, au niveau de la lame urodaeale (l.ur.) ; / et g, sa partie moyenne
au niveau des lobes (lo.) et de la bifurcation du sillon urodaeal : un bourrelet de l’ébauche phallique (b.é.ph.) s’est
développé autour de cette région ; h, sa partie caudale. Noter la disposition de l’ébauche du corps fibreux (é.c.f.) et
du tissu caverneux (t.c.) dans ces différentes parties (Gr. = 55).
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TOME LYTII. - FASCICULE 3 ET DERNIER.
PLANCHE XIV
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