MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série A, Zoologie
TOME LX
FASCICULE 3
R. BOULOUARD
SUR LE ROLE DE LA FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE
C.WF.7. LE MAMMIFÈRE HOMÉOTHERME PERMANENT
SOUMIS AU FROID
ET CHEZ LE MAMMIFÈRE HIBERNANT
AU COURS DU SOMMEIL HIVERNAL
Étude sur le Rat, le Cobaye, le Lérot, (Eliomys quercinus L.)
et le Hérisson (Erinaceus europaeus L.)
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
38, rue Geofïroy-Saint-Hilaire (V e )
1969
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Série A. Zoologie. Tome LX. Fascicule 3. — 1969
SUR LE RÔLE DE LA FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE
CHEZ LE MAMMIFÈRE HOMÉOTHERME PERMANENT
SOUMIS AU FROID
ET CHEZ LE MAMMIFÈRE HIBERNANT
AU COURS DU SOMMEIL HIVERNAL
Étude sur le Rat, le Cobaye, le Lérot (Eliomys quercinus L.)
et le Hérisson (Erinaceus europaeus L.)
par
Raymond BOULOUARD
Laboratoire de Physiologie générale et comparée du Muséum National d'Histoire Naturelle ;
Laboratoire d.endocrinologie comparée associé au C.N.R.S.
7, rue Cuvier. Paris (5")
SOMMAIRE
Introduction générale. 79
Matériels et méthodes. 80
A. — Animaux et conditions d’élevage. 80
B. — Conditions expérimentales. 81
C. — Méthodes de mesures. 82
D. — Caractérisations et dosages de la 18-hydroxy-ll-désoxycorticostérone chez le Rat, des 17-hy-
droxycorticostéroïdes et de la corticostérone chez le Lérot et le Hérisson. 87
PREMIÈRE PARTIE
Action du froid sur la fonction corticosurrénalienne
chez le mammifère homéotherme permanent (Rat, Cobaye)
Introduction.
Chap. I. — Action de l’exposition au froid sur l’activité corticosurrénalienne chez le Rat
A. — Évolution du poids de la surrénale et du poids corporel.
B. — Évolution de la teneur des corticostéroïdes dans le plasma.
C. — Évolution quantitative et qualitative de l’activité sécrétrice de la surrénale.
D. — Évolution de l’activité corticosurrénalienne en fonction du poids corporel.
E. — Discussion
F. — Conclusions
93
94
94
98
101
103
105
106
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
78
r«*P IL - Action de l'exposition au Jeûne et au froid sur l’activité corticosurrénalienne chez le Rat
et le Cobaye .».
A. — Action du Jeûne et du Iroid chez le Rat.
1) Étude inoivo .
2) Étude in vitro .
B. — Action du jeûne et du froid chez le Cobaye.
G. — Discussion .
D. — Conclusions .
106
107
107
110
115
117
118
Chap IIL - Étude des variations de la sécrétion ou de la teneur plasmatique de la 18-hydroxy-U-
déso^cortlcostérone par rapporté la corticostérone chez le Rat soumis à diverses conditions expé-
A. — Influence de l’anesthésie à l’éther sur le taux plasmatique de la 18.OH.DOC et de la corticostérone
B. — Action de la mise en hypothermie sur le taux plasmatique de la 18.OH.DOC et de la corticostérone
C. — Influence de la thyroïdectomie sur la teneur plasmatique de la 18.OH.DOC et de la cortico¬
stérone chez le Rat soumis au froid.
D. — Étude de la liaison de la corticostérone et de la 18.OH.DOC avec les protéines plasmatiques
E. _Influence du régime alimentaire sur la sécrétion de la 18.OH.DOC et de la corticostérone.
F. — Conclusions.
118
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Conclusions de la première partie
128
DEUXIÈME PARTIE
Étude de la fonction corticosurrénalienne chez le mammifère homéotherme hibernant
au cours du sommeil hivernal. Étude sur le Lérot et le Hérisson
Introduction . 129
Chap. L — Étude de l’évolution du poids corporel et de la périodicité des phases de sommeil durant
l’hibernation chez le Lérot et le Hérisson. 130
A. — Étude sur le Lérot . 131
B. — Étude sur le Hérisson . 137
C. — Conclusions . 140
Chap. II. — Activité corticosurrénalienne au cours du sommeil hivernal chez le Lérot et le Hérisson.. 141
A. — Activité corticosurrénalienne durant la phase léthargique et le réveil consécutif chez le Lérot et
le Hérisson . ... 141
1) Action du réveil sur le taux des corticostéroîdes plasmatiques. 112
а) Cas du Lérot. 142
б) Cas du Hérisson. 143
c) Discussion. 144
2) Action du réveil sur l’activité sécrétrice de la surrénale au cours de l’hibernation chez le Lérot. 146
a) Activité sécrétrice de la corticosurrénale au cours de la phase léthargique. 146
b) Activité sécrétrice de la corticosurrénale consécutive au réveil. 446
c) Activité sécrétrice de la corticosurrénale au cours du réveil. 447
a) Discussion. 147
3) Conclusions . 149
^ leïérot < 4 ua ^ at '* et quantitatif de l’activité corticosurrénalienne au cours de l’hibernation chez ^
1) Aspect qualitatif de l’activité corticosiuTénalienne ..................... 149
2) Aspect quantitatif de l’activité corticosurrénalienne. 151
3) Conclusions. .. 153
n ~ ü égU ! all ° n de 1,actlvlté corticosurrénalienne au cours de l’hibernation chez le Lérot et le Hérisson 153
D. — Conclusions . 156
Discussion générale.
Conclusions générales
Bibliographie .
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT
79
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Chez l’homéotherme soumis brutalement à l’action du froid, la lutte pour survivre est
essentiellement, dans sa première phase, un problème de thermogénèse. Selon la température
où l’animal séjourne avant la mise au froid et suivant la sévérité de ce dernier, il y a une plus
ou moins grande augmentation de la production de chaleur par l’organisme. Seuls, parmi les
mammifères, les hibernants font exception à cette règle. Ils possèdent la faculté remarquable
de pouvoir arrêter leur thermogénèse et tomber en léthargie, en présence de certaines conditions
défavorables de température et d’alimentation.
L’intervention des glandes endocrines dans les mécanismes de la thermogénèse est admise
depuis longtemps, l’animal hypophysectomisé ne survit que placé à une température proche de
la neutralité thermique.
Plus particulièrement, il est classiquement reconnu que l’exposition au froid détermine un
accroissement de l’activité corticosurrénalienne, tout au moins chez le mammifère de petite
taille (Rat, Cobaye...).
Par contre, le comportement fondamentalement différent des hibernants devant les condi¬
tions écologiques agressives sévissant en hiver, semblait impliquer, au moment où nous avons
abordé cette étude, une mise au repos du système endocrinien, à l’exception probable du
pancréas et des parathyroïdes.
L’apparition de méthodes biochimiques d’investigation de la fonction corticosurrénalienne
nous a permis d’envisager une approche plus précise de ces problèmes très généralement abordés
auparavant par des tests indirects de mesure. Il nous est apparu alors logique de penser que la
confrontation des données sur les variations qualitatives et quantitatives de l’activité cortico¬
surrénalienne au cours de ces deux réponses physiologiques divergentes chez l’homéotherme
permanent et chez l’homéotherme hibernant, nous permettrait de mettre plus aisément en
évidence certaines caractéristiques du rôle de la fonction corticosurrénalienne dans les phéno¬
mènes d’adaptation aux variations de la dépense énergétique chez les mammifères en général.
Cette étude comprendra deux parties : l’une consacrée à l’examen de l’action du froid sur
l’activité corticosurrénalienne chez le mammifère homéotherme permanent, l’autre traitant de
l’activité corticosurrénalienne chez le mammifère hibernant au cours du sommeil hivernal.
Un court rappel des données bibliographiques sera effectué lors de l’introduction de chaque
partie ou chapitre.
ABRÉVIATIONS UTILISÉES
— 18-hydroxy-ll-désoxycorticostérone = 18.OH.DOC
— 18-hydroxycorticostérone = 18.0H.B
— 17-hydroxycorticostéroïdes = 17.OH.Cs
— A.C.T.H. = hormone corticotrope
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R. BOULOUARD
MATÉRIEL ET MÉTHODES
A. - ANIMAUX UTILISÉS ET CONDITIONS D’ÉLEVAGE
Les Rats de souche Wistar sont élevés à l’animalerie du laboratoire à une température de
de 22 ± 2 °C. Ils sont nourris avec un régime équilibré (aliment cuit Rats/Souris U.A.R.).
Ces animaux reçoivent 2 fois par semaine un supplément de salade et de carotte et 1 fois de
l'huile de foie de morue. Nos expériences ont toujours été effectuées sur des lots de rats mâles
de même âge.
2. — Cobaye
Nous avons utilisé un lot homogène de Cobayes mâles âgés de 3 mois au moment du sacrifice.
Ils ont été gardés durant 45 jours à une température de 24 ± 4 °C et nourris par un régime du
commerce (aliment composé complet vitaminisé A, D, C et B 2 pour Cobaye-Sorolabo). Ces
animaux ont reçu journellement un supplément de carotte et de luzerne.
3. — Hérisson
Ces animaux sont capturés au mois de décembre, généralement en état d’hibernation, dans
leur milieu naturel en Dordogne. Ils sont alors expédiés au laboratoire et, après une stabulation
de 24 à 48 heures dans les conditions de température extérieure, ils sont mis individuellement
à la chambre froide (5 °C) sans nourriture et sans eau de boisson.
Quelques Hérissons ont été capturés à divers moments du cycle annuel d’activité dans la
région parisienne. Ils sont gardés en captivité dans une grande cage à l’extérieur du laboratoire.
Ils sont nourris par un régime à base de viande de bœuf hachée à laquelle est ajoutée une purée
de pommes de terre et de carottes mélangées avec du lait et un peu de son. Du foie de bœuf leur
est fourni deux fois par semaine.
Ces animaux sont capturés dans la nature, généralement au printemps et en automne. Ils
proviennent de diverses régions : Pas-de-Calais, Franche-Comté, Brie et Vosges. Ils sont gardés
groupés dans de grandes cages (4 x 3 x 3 m) situées à l’extérieur du laboratoire.
nntc-hT+I lssent ainsi les variations naturelles de température et d’éclairement et ils ont la
Hî!1 î K„ Un L aCtl ^ é P h y sit I ue relativement libre. La présence de nombreuses boîtes-abris
car( ii\ 1S ’ x 2 0 X 30 cm ou 30 x 30 x 50 cm, percées d’un trou et contenant du coton
éviter tonton Jü- Un refu 8 e , et Permet un libre choix dans l’association des groupes. Ceci peut
RaDDelons mie le Va P?. rtie ’ influence éventuelle d’agressions d’ordre socio-psychologique,
active est donnée à vn*? m, ® rou P e dans nature. La nourriture, durant la phase de vie
tournesol En décembre"^' ?] C COm P rend des fruits variés, du pain d’épices, de la viande et du
mis isolém “ t à la chambre froide (5 »C). Celle-ci est
sommeil hivernal. ^ ^ & d autres flns > ce Qui évite toute perturbation éventuelle du
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT
81
B. — CONDITIONS EXPÉRIMENTALES
1. — Anesthésie
Les Rats sont anesthésiés à l’animalerie par injection intrapéritoniale de Nembutal (10 mg
pour 100 g de poids corporel). Cette dose importante procure une anesthésie très rapide et permet
d’éviter, dans la mesure du possible, l’effet d’un choc émotif sur le taux plasmatique des
corticostéroïdes.
La dose de Nembutal utilisée pour endormir les Lérots en activité, est plus importante
(15 à 20 mg/100 g). Le Lérot hibernant est sacrifié sans anesthésie préalable.
Les Cobayes et les Hérissons sont anesthésiés par l’éther.
Remarquons que les effets d’un simple choc émotif ou de l’anesthésie à l’éther, qui se réper¬
cutent si rapidement sur l’activité corticosurrénalienne chez le rat d’élevage (chap. III), ne
paraissent pas se manifester chez le Lérot et le Hérisson (tableaux 19 et 20). En effet, chez le
Hérisson, après une anesthésie à l’éther prolongée (20 min.), le taux des corticostéroïdes plas¬
matiques peut être très faible. De même chez le Lérot sacrifié au cours du sommeil hivernal
après un réveil, le taux des corticostéroïdes, malgré l’agression provoquée par la capture de
l’animal réveillé, est identique à celui existant chez l’animal en léthargie dont l’activité corti¬
cosurrénalienne est sinon nulle, tout au moins si faible qu’elle n’est pas mesurable (chap. II,
2 e partie). Ces résultats sont en accord avec les observations de Woods (1953 à 1957) sur le
Rat sauvage.
2. — Prélèvement du sang
Le sang est prélevé au cœur et recueilli sur héparine. Le plasma est séparé par centrifugation
dans un délai toujours inférieur à 5 minutes. Les plasmas de 3 à 4 Rats ou de 4 à 5 Lérots sont
groupés pour effectuer les divers dosages. Ces dosages sont effectués sur le plasma d’un animal
dans le cas du Cobaye et du Hérisson.
3. — Incubation des surrénales in vitro
Nous avons utilisé la méthode de Saffran et Schally (1955). Après anesthésie et saignée
de l’animal, les surrénales sont prélevées, débarrassées de leurs tissus graisseux, pesées, coupées
en quatre parties, et mises à pré-incuber par paire dans 1,5 ml de solution Krebs Ringer bicar¬
bonate contenant 200 mg de glucose pour 100 ml et fraîchement saturée d’un mélange carbogène
dans les proportions de 93% O 2 et 7% CO 2 .
La pré-incubation et l’incubation sont successivement effectuées durant 1 et 2 heures dans
un incubateur type Dubnoff à 37 °C sous atmosphère du mélange carbogène saturé d’eau. Le
liquide de pré-incubation prélevé après 1 heure, est remplacé par 1,4 ml de Krebs Ringer frais,
plus 0,1 ml d’une solution acétique (0,05 N) d’A.C.T.H. Organon correspondant à 30 mU
(50 mU dans le cas du Lérot) par paire de surrénales. 0,2 à 0,4 ml de liquide de pré-incubation
ou d’incubation sont utilisés pour le dosage de la corticostérone, 1 ml permet le dosage des
17-hydroxycorticostéroïdes dans le cas des hibernants ou de la 18 -hydroxy-ll-désoxycorti-
costérone dans le cas du Rat.
Les teneurs en corticostéroïdes du liquide de pré-incubation reflètent l’activité sécrétrice
de la glande in vivo au moment du sacrifice (Schônbaum et Casselman, 1958 ; Van der Vies,
1960 ; Eschaute, Demeester et Lacroix, 1961 ; De Wied, Van der Wal et Van Goch, 1965).
Nos résultats sont en parfait accord avec cette conclusion (voir fig. 8 dans le cas du Lérot et
tableau 7 dans le cas du Rat).
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
Les teneurs en corticostéroides du liquide d'incubation représentent la capacité de réponse
in nilro de le surrénale à une stimulation par l’A.C.T.H.
C. - MÉTHODES DE MESURES
1. — Dosage de la corticostérone
La corticostérone est dosée par fluorescence en milieu sulfurique selon la méthode de Silber
et coll. (1958), modifiée par Guillemin et coll. (1959). Toutefois, la fluorescence est mesurée
20 minutes après l’addition de l’acide sulfurique 30 N au lieu des 30 à 40 minutes indiquées par
les auteurs. En effet, nous avons remarqué que l’intensité de la fluorescence évolue avec le temps
d’une façon différente selon que la réaction est effectuée sur de l’hormone pure ou sur un extrait
plasmatique (Boulouard et Fontaine, 1964). Le même fait a été observé par Spencer-Peet
et coll. (1965). Ce phénomène est particulièrement accentué si le mélange plasma-chloroforme
est agité énergiquement et s’il se forme une émulsion (fig. 1). L’extrait chloroformique du plasma
pure. luü0n de la nuorescence en fonction du temps sur un extrait de plasma de Rat et sur de la corticostérone
rentes lors du dotace df P réalab ^ e ’ a l’isooctane, une ou plusieurs substances interl
développement de la fluorescenc'eTe ”“ oresc ™ ce - Remarquons que la cinétique i
du mélange SO.H,-eau nu a i Pnn i J? corticostérone dépend de la nature et des proportio
l’acide sulfurique utilisé, variable suivant fcsTots réaCti ° n ‘ Elle dépend aussi de la qualité
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 83
La fluorescence maximale de la corticostérone, dans nos conditions expérimentales, est stable
entre 20 à 40 minutes (fig. 1). Une mesure à 20 minutes minimise donc l’importance de la
fluorescence interférente dans le dosage.
S=.“ï 8WSS-.
Fia. 2. — Filtration sur Séphadex G 200 de 10 ml de plasma de Rat anesthésié à l’éther.
La filtration du plasma sur gel Sephadex G 200, nous permet de préciser la nature de la, ou
des substances interférentes (cette technique est décrite dans le paragraphe suivant). Après
filtration de 10 ml de plasma de Rat, nous mesurons la fluorescence associée à chaque fraction
éluée. Nous constatons que 3 pics de fluorescences sont présents dans la zone d’élution des pro-
Tableau 1. — Evolution en fonction du temps de la fluorescence d’un extrait brut de plasma ou de lipoprotéines par
comparaison avec la corticostérone pure.
* Echelle du galvanomètre fixée arbitrairement à 80.
Source : MNHN, Paris
B. BOULOUARD
Fio. 4. — Filtration sur Séphadex G 200 de 10 ml de plasma de Batte contenant 3,4 ag de corticostéronc endogène et
auquel est ajouté 1,35 ag de corticostérone radioactive.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT 85
téines, pics A, B et C (fig. 2). Seule la fluorescence associée au pic A évolue, dans le temps, de
façon identique à celle de la corticostérone pure. Par contre, la fluorescence des pics B et C
augmente avec le temps. La présence d’une opalescence correspondant aux fractions éluées dans
la zone du pic C, nous a suggéré que les lipoprotéines plasmatiques pouvaient être responsables
de cette fluorescence parasite. Effectivement, les p et a lipoprotéines, séparées par ultra-centri¬
fugation selon un protocole expérimental décrit par Etienne et coll. (1963), fluorescent et cette
fluorescence augmente avec le temps (tableau 1). La filtration sur gel du plasma résiduel, montre
alors la disparition quasi totale des pics B et C sans modification du pic A (fig. 3). De même,
l’addition de corticostérone marquée à du plasma qui est ensuite filtré sur Sephadex G 2(M)!
montre que la radioactivité est alors associée au pic A, à l’exclusion des pics B et C (fig. 4)!
Seule une très légère fraction de la radioactivité, inférieure à 1%, est présente dans la zone
d’élution des sels. Elle représente la corticostérone libre, non liée aux protéines plasmatiques.
La corticostérone liée aux protéines plasmatiques est donc uniquement associée au pic A et la
filtration du plasma sur gel Sephadex G 200 nous permet d’éliminer les substances associées aux
lipoprotéines responsables de la fluorescence parasite interférant dans le dosage de la cortico¬
stérone plasmatique.
A l’aide de cette technique de filtration, nous avons effectué diverses mesures de la cortico¬
stérone liée au pic A et libre sur du plasma de Rat normal ou soumis à différentes agressions.
Les teneurs plasmatiques ainsi obtenues, comparées à celles fournies par le dosage direct sur le
même plasma, nous indiquent que la valeur en équivalent de corticostérone de la fluorescence
interférente ne varie pas sensiblement au cours de ces expériences (tableau 2). Elle est égale
Dosage direct
Sephadex
G 200
Rats témoins
19,2
11,5
7,7
Rats anesthésiés à
l’éther
30,4
24,1
6,3
Rats anesthésiés 2 Fois
à l'éther
47,5
40,2
7,3
Rats soumis <8 h.
32,3
22,9
9.4
Rats soumis 72 "■
42,6
3«
6,0
Rats soumis 18 jours
au froid
17,3
10,5
6.8
Tableau 2. — Mesures de la teneur en corticostérone du plasma (pg/lOO ml) chez le Rat soumis à diverses conditions
expérimentales soit après dosage direct sur le plasma, soit après filtration sur Séphadex G 200 (partie libre + partie
liée aux protéines).
en moyenne à 7,2 pg d’équivalent de corticostérone pour 100 ml de plasma. Cette valeur est
très voisine de la fluorescence résiduelle obtenue chez le Rat, 24 et 48 heures après surrénalec¬
tomie ou hypophysectomie (Guillemin et coll., 1958 ; Donoso, 1961).
Il apparaît ainsi que, malgré son manque de spécificité, cette méthode de dosage simple
et rapide de la corticostérone plasmatique proposée par Silber et coll. peut être valablement
utilisée chez le Rat, les valeurs alors obtenues étant simplement accrues d’une quantité qui
peut être considérée comme constante, quelles que soient les conditions physiologiques de
l’animal.
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
Nous avons utilisé cette méthode de dosage dans le cas du Lérot et du Hérisson. Chez ces
espèces où l’hydrocortisone est l’hormone corticosurrénalienne prépondérante (paragr. D, p. 90),
il est évident que les teneurs plasmatiques en « corticostérone » mesurées, ne sont qu’un reflet
assez lointain des valeurs réelles. Elles ne sont données qu’à titre indicatif du sens des variations
de la corticostéroïdémie (la fluorescence de l’hydrocortisone est égale au 1/5 de celle de la
corticostérone).
Nous avons aussi appliqué cette méthode pour mesurer la corticostérone sécrétée par la
surrénale incubée in vitro. Nous constatons alors, sur un extrait du liquide d'incubation, que
l’évolution de la fluorescence dans le temps est identique à celle de la corticostérone pure. De
même la mesure par chromatographie sur papier de la corticostérone contenue dans ces extraits,
est en parfait accord avec les résultats obtenus par mesure directe.
2. — Etude de la liaison des corticostéroïdes
AVEC LES PROTÉINES PLASMATIQUES
Nous avons utilisé la technique de filtration du plasma sur gel Sephadex G 200 (Boulouard
et Fontaine, 1964). Les colonnes de Sephadex de 2 cm de diamètre et de 110 cm de longueur
sont préparées et utilisées selon Flodin et Killander (1962). Elles sont développées à une
température de 4 °C, par une solution de NH 4 HCO s 0,1 M, chaque fraction recueillie ayant un
volume de 10,4 ml. La concentration en protéines de l’eflluent est estimée par mesure de l’ab¬
sorption à 276 mu ; la position des sels (coefficient d’exclusion : 1) est estimée par mesure de la
conductivité. La corticostérone a été dosée sur 5 ml de chaque fraction et la 18-hydroxy-ll-
désoxycorticostérone sur 10 ml de 2 fractions successives (cf. méthodes de dosages).
L'emploi de cette méthode est justifié par l’étude du comportement de la corticostérone
endogène du plasma lors de la filtration sur gel, déjà décrite dans le paragraphe précédent
(fig. 2, 3 et 4).
La corticostérone endogène liée, ou la corticostérone radioactive ajoutée au plasma, sont
associées à une fraction définie se plaçant, après filtration sur G 200, entre les pics de protéines
7 S et 4 S. La position de l’hydrocortisone radioactive ajoutée au plasma humain est identique.
Notons qu’au cours de la filtration sur Sephadex G 200 de plasma de Rat, il n’y a pas de disso¬
ciation de la corticostérone liée contrairement à ce que nous avons observé dans le cas du plasma
humain. La corticostérone pure, placée sur la colonne en solution à 9 °/oo de NaCl et 4 °/oo de
méthanol, est légèrement plus retardée que les sels. De même, dans les expériences réalisées
avec du plasma, c'est dans cette zone que l’on retrouve un pic faible de corticostérone libre.
3. — Dosage des 17-hydroxycorticostéroïdes
et de la 18-hydroxy-II-désoxycorticostérone (18.OH.DOC)
Nous avons utilisé la méthode de Nelson et Samuels (1952). Les résultats obtenus sont
excellents à condition d’observer scrupuleusement les conditions établies par les auteurs,
Eik-Nes, Nelson et Samuels (1953). Un des points délicats de cette méthode nous parait
être l’activation du Florisil à 600 °C pendant 4 heures. Cette température ne doit pas varier
sensiblement. Dans ces conditions, la récupération de l’hydrocortisone ajoutée au plasma est
très voisine de 100%. De même, la pureté du chloroforme et du méthanol utilisés, doit être
rigoureuse.
Les plasmas de 3 à 4 Rats ou de 4 à 5 Lérots sont groupés pour effectuer chaque dosage.
4. — Chromatographie sur papier
Nous avons utilisé la technique de chromatographie sur papier dans divers systèmes de
solvants selon les formules de Bush (1952) ou de Burton et coll. (1951). Par ailleurs, le système
méthylcyclobexane/diméthyl formamide proposé par Touchtone et coll. (1959), nous est
Source : MNHN, Paris
I
1
5
toluène/propylène gîycol, 40 h à 27
Source : MNHN, Paris
FONCTION
CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hoMÉOTHERME
ET L’HIBERNANT
87
apparu très approprié pour la caractérisation de la corticostérone lorsque celle-ci est en faible
quantité, cas du Lérot et du Hérisson ainsi que pour la mise en évidence de traces de 17-hydroxy-
11 -désonycort.costérone La chromatographie est rendue quantitative par apport au plasma
préalablement à 1 extraction chloroformique, d'une dose tracense de corticostérone et d'hydrol
cortisone radioactive (marquées en position 4 par le C,.), ce qui permet l'évaluation des pertes
à la fin des manipulations techniques (méthode de dilution isotopique décrite par Leloup-
Hatey (1964) et inspirée de Pexebso, (1957) ; Boxnv et Uptox (19^ mèsmeïe ^ radio-
activité finale est effectuée en scintillation liquide.
Chaque chromatogramme est photographié sur papier Kodak reflex M 5 sous une lumière
monochromatique de 240 mjx obtenue par une lampe germicide Mazda placée sous un écran
Corning n° 9 863. Les chromatogrammes sont ensuite passés sous un compteur Geiger-Muller
à fenêtre mince (TGC 2-Tracerlab) relié à un intégrateur et à un enregistreur automatique. Les
zones de migration de 1 hydrocortisone et de la corticostérone sont ainsi localisées d’une part
par leur absorption à 240 mfx, et d’autre part par la radioactivité de l’hormone marquée ajoutée
Les divers corticostéroïdes sont identifiés par leur Rf dans divers systèmes de solvant, le
spectre d’absorption en UV, la réduction du bleu de tétrazolium, la fluorescence en milieu
sodique. La fluorescence en milieu sulfurique (Guillemin et coll., 1959) et la réaction de Porter
et Silber (1950), outre la caractérisation, permettent le dosage d’une part de la corticostérone,
d’autre part de l’hydrocortisone, de la 17-hydroxy-ll-désoxycorticostérone et de la 18-hydroxy-
11 -désoxycorticostérone.
5. — Dosage du glycogène
L’hydrolyse du glycogène en glucose se fait par la méthode de Slosse (1927). Le dosage du
glucose formé est effectué par la méthode de Hagedorn et Jensen (1923).
D. — CARACTÉRISATIONS ET DOSAGES
DE LA 18-HYDROXY-ll-DÉSOXYCORTICOSTÉRONE (18.OH.DOC) CHEZ LE RAT,
DES 17-HYDROXYCORTICOSTÉROIDES (17.OH.Cs)
ET DE LA CORTICOSTÉRONE CHEZ LE LÉROT ET LE HÉRISSON
La technique de Nelson et Samuel a été conçue à l’origine pour le dosage des 17.OH.Cs.
Elle dose ainsi globalement l’hydrocortisone, la cortisone et la 17 -hydroxy-ll-désoxycortico-
stérone. L’utilisation de cette méthode dans le cas du Rat, du Lérot et du Hérisson pose le
problème de la nature des principaux corticostéroïdes présents dans le plasma, ou sécrétés par
la surrénale, chez ces espèces.
1. — Cas du Rat
La surrénale du Rat ne sécrète pas de 17.OH.Cs ou tout au moins la. sécrétion éventuelle de
ces corps est si faible qu’elle n’est pas mesurable (Neville et coll., 1968). Ce fait est dû non
l’absence de 17 « hyd?oxylase, mais à l’inhibition de l’activité de ce système «n^^ique par
le système 11 5 hydroxylase (Young et Sweat, 1967). Il est par ailleurs reconm U ,1ne la <lortmo-
stérone est le corticostéroïde sécrété en quantité prépondéran e H’innihation in vitro des
Cependant, il a été maintes fois observé que le plasma et 'Z ,IréaSsant
surrénales de Rat contiennent des chr0 “°| è " eS fXf E qû?permrt l'estimation quantitative des
SSffiî'S'Æ ^Lpte^la* ^«.Ô^Cs . chez cette espèce, signalée par
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
divers auteurs avant 1960 (Mac Carthy, 1959 ; Peron, 1960). Il est maintenant démontré
(Birmingham et Ward, 1961 ; Peron, 1961) que la 18.OH.DOC est le corticostéroïde donnant
lieu à la réaction de Porter et Silber chez le Rat.
Nous allons examiner la validité de la méthode de Nelson et Samuel dans le cas du dosage
de la 18.OH.DOC chez le Rat. Les valeurs de 18.OH.DOC obtenues après purification sur papier
du liquide de sécrétion in vitro des surrénales, ou du plasma, sont comparées aux valeurs données
par le dosage de Nelson et Samuel effectué sur des fractions aliquotes de ce liquide d’incubation
ou du plasma. Les surrénales et le plasma sont prélevés sur des Rats soumis préalablement
48 heures au jeûne et au froid (4 °C). Ce protocole expérimental élève la sécrétion in vitro et la
teneur plasmatique des chromogènes Porter-Silber (Boulouard, 1963, 1966 ; Boulouard et
Alexis, 1963).
a) Sécrétion des surrénales.
Une première expérience a porté sur les préincubations et les incubations de respectivement
9 et 15 Rats. Ces liquides de sécrétion, après apport de 0,03 microcuries de corticostérone
4-C 14 correspondant à 0,18 pg de corticostérone stable, sont extraits 3 fois par 1,5 vol. de chloro¬
forme. Ces extraits sont chromatographiés sur couche mince (Eastman Kodak type K. 301. R)
dans le système chloroforme pur (Quesenberry et Ungar, 1964). Ce système permet l’élimi¬
nation des lipides, les corticostéroïdes restant à l’origine. Après élution (liquide éluant : 47,5%
éthanol, 47,5% acétate d’éthyle, 5% d’eau), les corticostéroïdes sont soumis à chromatographie
dans le système toluène/propylène glycol durant 40 h à 27 °C. Après séchage des chromato-
grammes, 24 h à 27 °C, 4 bandes d’absorption dans l’ultra violet sont observées (fig. 5). Les Rs
(corticostérone) sont de 0,13, 0,38, 0,63 et 1. Elles correspondent à la migration dans ce système
de la 18-hydroxycorticostérone, de l’aldostérone, de la 18.OH.DOC et de la corticostérone
(Peron, 1961 ; Ward et Birmingham, 1962). Seul l’éluat de la zone d’absorption en UV de
Rs 0,63 présente une réaction Porter et Silber positive. Il ne réagit pas avec le bleu de tétrazo¬
lium mais l’on observe le développement lent d’une coloration rose. Les figures 6 et 7 montrent
le spectre chromogène Porter et Silber et le spectre d’absorption en UV de cette fraction qui
correspond à la 18.OH.DOC.
Fio. 6. — Spectre d'absorption en UV de la 18.OH.DOC isolée à partir d'incubation de surrénales de Hat soumis au
Jeûne et au froid et comparé à celui de l'hydrocortisone. (Environ 10 wg de chaque corticostéroïde en solution
dans 1 ml de méthanol).
Source : MNHN, Paris
PONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l'hoMÉOTRERME
ET L HIBERNANT
La mesure de la radioactivité de a eortieostérone 4 C«‘ récupérée après les divers stades de
récupération nous permet de calculer la quantité de 18.OH.DOC présente initialement. Le
dosage de la 18 OH.DOC est fait par rapport à un étalon d'hydrocortisone et nous appliquons
DO
Longueur d'onde en m|i
Fig. 7. — Spectres d'absorption après réaction de Porter et Silber : de l’hydrocortisone (1 ug), des CPS du plasma après
dosage de Nelson et Samuel (1,6 ug) et de la 18.OH.DOC isolée par chromatographie sur papier à partir d’incubation
de surrénales (2,5 ug) ou de plasma de Rat (2 ug).
Dans le cas de la préincubation, nous obtenons une valeur de sécrétion égale à 0,64 pg de
18.OH.DOC par paire de surrénales. Quatre dosages de Nelson et Samuel effectués sur des
fractions aliquotes donnent des valeurs de 0,58, 0,45, 0,67 et 0,60 pg.
La valeur de sécrétion dans le cas de l’incubation est égale à 2,08 pg de 18.OH.DOC par paire
de surrénales. Quatre dosages de Nelson et Samuel effectués sur des fractions aliquotes
donnent des valeurs de 2,0, 1,90, 1,97 et 2,14 pg.
Une seconde expérience a été effectuée sur les incubations de surrénales de 24 Rats. Le
protocole technique est identique. Nous obtenons une valeur de sécrétion égale à 1,62 pg par
paire de surrénales. Deux dosages de Nelson et Samuel nous donnent des valeurs de 1,35 et
1.54 pg.
b) Plasma.
Une première expérience porte sur 93 ml de plasma provenant de 34 Rats. Le protocole
technique est identique au cas des incubations, à l’exception d’une partition éther de pétrole/
Source : MNHN, Paris
90
B. BOULOUARD
méthanol à 70%, effectuée préalablement à la première chromatographie sur couche mince.
Après chromatographie dans le système toluène/propylène glycol, seules 2 zones d’absorption
dans l’UV, sont observées. La zone la plus polaire de Rs 0,64 (corticostérone) correspond à
l’emplacement de la 18.OH.DOC. L’éluat de cette zone donne avec le réactif de Porter-Silber
un spectre d’absorption typique, il ne réagit pas avec le bleu de tétrazolium. Après évaluation
des pertes par la mesure de la radioactivité de la corticostérone récupérée, nous obtenons une
teneur en 18.OH.DOC égale à 26,7 ng pour 100 ml de plasma, qui est très voisine de celles indi¬
quées par 3 dosages de Nelson et Samuel effectués sur des fractions de 6 ml du même plasma :
25,4, 28,8, et 30,7 ng pour 100 ml.
Une autre expérience réalisée sur 51 ml de plasma auquel est ajoutée une dose traceuse de
18.OH.DOC 1-2 H 3 (don gracieux de S. Ulick), donne des résultats semblables. Dosage de la
fraction 18.OH.DOC purifiée : 20,8 ^g pour 100 ml ; dosage de Nelson et Samuel : 23,3 et
21,4 |ig pour 100 ml.
Conclusion.
Chez le Rat, la 18.OH.DOC rend compte de la quasi totalité des valeurs de chromogènes
Porter-Silber, du plasma ou du milieu d'incubation des surrénales, obtenues par la méthode
de Nelson et Samuel. Ce résultat est en accord avec les observations de Cortès, Peron et
Dorfman (1963). Il justifie l’emploi de la méthode de Nelson et Samuel pour le dosage de la
18.OH.DOC chez le Rat.
Notons qu’en l'absence de standard de 18.OH.DOC pure, nos mesures sont effectuées par
rapport à un étalon d’hydrocortisone. Pour un poids identique d’hormone, l’intensité de la
réaction colorée mesurée à 410 mu est pour la 18.OH.DOC égale à 61% de celle de l’hydrocorti-
sone (Birmingham et Ward, 1961). De même, selon Cortès, Peron et Dorfman (1963), les
valeurs de 18.OH.DOC obtenues après la réaction de Porter-Silber et comparées à un étalon
de cortisone, doivent être corrigées par un facteur égal à 1,82. Les valeurs de 18.OH.DOC que
nous indiquons, ne sont pas rectifiées, elles sont donc très probablement inférieures à la réalité.
2. — Cas du Hérisson
a) Plasma.
Le plasma de 13 Hérissons, mâles et femelles, sacrifiés en janvier, soit 292 ml, est extrait
3 fois par le chloroforme après apport d'une dose traceuse d’hydrocortisone et de corticostérone
4-C 14 (0,02 microcuries correspondant à 0,48 \ig d’hydrocortisone et 0,44 ng de corticostérone).
Cet extrait, après partition éther de pétrole/méthanol à 70%, est soumis à chromatographie
successivement dans les systèmes éther de pétrole/méthanol/eau et benzène/méthanol/eau. Le
chromatogramme est alors divisé en 2 parties prises, l’une juste après l’origine jusqu’à la zone
de la corticostérone exclue, l'autre depuis la zone de la corticostérone jusqu’au front de migration
du solvant. La première partie est chromatographiée dans le système toluène/propylène/glycol.
Une photographie en UV du chromatogramme montre nettement une zone d'absorption corres¬
pondant à l’emplacement de l'hydrocortisone. La seconde partie est chromatographiée dans le
système méthylcyclohexanc/diinethylformamide. La photographie en UV indique 2 zones
d’absorption correspondant à la corticostérone et à la 17-hydroxy-ll-désoxycorticostérone.
L’application des tests de caractérisation déjà décrits (méthodes), nous permet de déceler
la présence d’hydrocortisone (5 ng/100 ml) et de corticostérone (1,5 ng/100 ml). La fraction
correspondant à l’emplacement de la 17-hydroxy-ll-désoxycorticostérone présente une absorp¬
tion caractéristique à 240 mu, une réaction positive avec le bleu de tétrazolium et la phényl-
hydrazine en milieu sulfurique. Il semble donc très probable que ce corticostérofde soit présent
en faible quantité (inférieure à 1 ng pour 100 ml) dans le plasma de Hérisson.
Source MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRENALIENNE CHEZ l'homÉOTHERNE ET ^HIBERNANT 91
b) Sécrétion des surrénales.
Nous avons analysé la sécrétion in vitro des surrénales de 8 Hérissons. La chromatographie
est effectuée dans le système toluene/propylène glycol. Le protocole technique est identique
à celui précédemment décrit. Les résultats confirment les données obtenues sur le plasma.
Nous caractérisons la sécrétion d hydrocortisone (4,66 pg par paire de surrénales) et de cortico-
stérone (0,25 |ig par paire de surrénales). Les résultats sont résumés sur le tableau 3.
Esp.c.
Caractéristiques
ÿjg /lOOml
Corticostéroïdes sécrétés
in vitro pg/lOOg de glande
s
B
r
S
B
Kcrisson
Réveillés
Janvier
5,0
< 1
1.5
!.«
—
0,10
Lérot
En léthargie ou
Mars
25,2*
—
12,2*
13,32
3,02
Lérot
Juillet
24,6*
—
18,1*
12,40
4,15
7,86
Tableau 3. — Corticostéroïdes mis en évidence chez le Lérot. Chromatographie sur papier rendue quantitative par
dilution isotopique.
F = hydrocortisone; S = 17-hydroxy-II-désoxycorticostérone ; B = corticostérone.
* Les valeurs plasmatiques indiquées dans le cas du Lérot sont obtenues par le dosage global des 17.OH.Cs
(dosage de Nelson et Samuel) et par le dosage direct de la corticostérone par fluorescence.
Conclusion.
L’hydrocortisone est le corticostéroïde prédominant chez le Hérisson. La corticostérone est
présente en quantité 4 fois moins importante dans le plasma et sécrétée en proportion 20 fois
plus faible in vitro.
3. — Cas du Lérot
En raison de la faible quantité de plasma donnée par chaque individu, il ne nous a pas été
possible d’analyser les corticostéroïdes présents dans le plasma chez le Lérot. Cependant, chez
cette espèce, les variations des valeurs du taux des 17.OH.Cs et de la corticostérone du plasma
au cours du cycle annuel, sont en corrélation avec les valeurs de sécrétion in vitro de ces hormones
(fig. 8). La sécrétion des corticostéroïdes in vitro est donc un reflet qualitatif et quantitatif
précis des corticostéroïdes plasmatiques.
Deux séries d’identification sont effectuées, l’une sur 10 Lérots en état d’hibernation et dont
la moitié est soumise au réveil, l’autre sur 10 Lérots en activité à l’extérieur du laboratoire et
sacrifiés en juillet. La chromatographie est effectuée dans le système toluène/propylène glycol.
Le protocole technique est identique à celui décrit dans le cas du Hérisson. Confirmant les
résultats positifs de dosage des 17.OH.Cs et de la corticostérone dans le plasma, nous mettons
en évidence la sécrétion d’hydrocortisone et de corticostérone. Les résultats sont résumés sur
le tableau 3. On observe en outre, chez les animaux sacrifiés en juillet, la présence d une quantité
relativement importante de 17 -hydroxy-ll-désoxycorticostérone (réaction positive avec le bleu
Source : MNHN, Paris
92
R. BOULOUARD
Fig. 8. — Relations entre la sécrétion in vitro et le taux plasmatique des 17.OH.Cs et de la corticostérone chez le Lérot
au cours du cycle annuel d'activité.
de tétrazolium et la phénylhydrazine en milieu sulfurique). La sécrétion de ce corticostéroïde
en juillet, sécrétion non décelée en mars, traduit la répercussion de l’activité sexuelle sur le fonc¬
tionnement de la surrénale (Boulouard, 1966). (Les variations qualitatives de l’activité cortico-
surrénalienne au cours du cycle annuel sont examinées p. 149.) Quantitativement, la valeur
d’hydrocortisone observée chez le Lérot hibernant, et la valeur d’hydrocortisone plus celle de
17-hydroxy-ll-désoxycorticostérone observée chez le Lérot sacrifié en juillet, sont respecti¬
vement égales à 93,5 et 96% des valeurs de 17.OH.Cs obtenues par le dosage de Nelson et
Samuel, effectué sur des fractions aliquotes du milieu d’incubation. Les 17.OH.Cs sécrétés par
la surrénale chez le Lérot en hibernation sont donc constitués essentiellement par l’hydro-
cortisone. Ces données justifient l’emploi de la méthode de Nelson et Samuel pour le dosage
des 17.OH.Cs chez cette espèce.
Conclusion.
L’hydrocortisone est le corticostéroïde sécrété par la surrénale de façon prépondérante chez
le Lérot. Ce fait est particulièrement net au cours de la période d’hibernation. La sécrétion de
corticostérone est alors environ 4 fois plus faible.
Source : MNHN, Paris
PREMIÈRE PARTIE
ACTION DU FROID SUR LA FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE
CHEZ LE MAMMIFÈRE HOMÉOTHERME PERMANENT
(RAT, CORAYE).
INTRODUCTION
L’accroissement de l’activité corticosurrénalienne suivant l’exposition au froid est un fait
classique. De nombreux travaux ont montré l’importance capitale de cette glande endocrine
pour la survie de l’animal soumis brutalement à un abaissement de la température environnante.
Par exemple, l’ablation des surrénales entraîne rapidement la mort chez le Rat non acclimaté,
soumis au froid (Selye, 1937 a ; Desmarais et Dugal, 1948 ; Sellers, You et Thomas, 1951).
Dans ces conditions, l’injection d’extraits corticaux augmente le temps de survie (Hartman,
Brownell et Grosby, 1931 ; Roos, 1943 ; Selye et Schenker, 1938 ; Tyslowitz et Astwood,
1942). Le pourcentage de survie du nombre des animaux soumis au froid, est fonction de la dose
hormonale injectée. Ceci a permis la mise au point de techniques de dosages biologiques (Dorf-
man, Shipley et Schiller, 1946). La réponse cortico-surrénalienne est donc quantitative, elle
est d’autant plus élevée que le froid est plus vif.
Par contre, la surrénalectomie, effectuée après un séjour au froid d’une durée suffisante pour
permettre l’acclimatation, c’est-à-dire l’obtention d’un nouvel équilibre physiologique à un
niveau de production énergétique élevé, ne détermine pas un besoin en hormones corticosurré-
naliennes important. Selye (1937 b), Sellers, You et Thomas (1951), Héroux et Hart (1954)
ont montré que les besoins en corticostéroïdes chez le Rat acclimaté au froid, ne sont pas plus
élevés que chez le Rat acclimaté au chaud. L’animal acclimaté au froid est capable de survivre
à un nouvel abaissement de la température du milieu ambiant, température qu’il n’aurait pu
supporter initialement. Nicholls et Rossiter (1956), Nicholls et coll. (1959) ont alors observé
que l’élévation du métabolisme de la surrénale est moins grand chez le Rat acclimaté à une
température de 6 °C que chez le Rat acclimaté à 22 °C, lorsque ces animaux sont exposés à
— 5 °C.
Ces résultats suggèrent que le maintien de l’augmentation de l’activité corticosurrénalienne
n’est plus nécessaire chez l’animal adapté au froid. De plus, une intervention de la corticosur¬
rénale ne paraît même pas indispensable pour assurer le développement de l’acclimatation au
froid. En effet, Héroux (1955) a indiqué la possibilité du développement d’un certain degré
d’adaptation au froid chez le Rat surrénalectomisé, à condition que l’exposition au froid soit
graduelle et intermittente.
D’après ces observations expérimentales, l’activité corticosurrénalienne chez le Rat soumis
au froid, apparaît donc pouvoir être divisée schématiquement en 2 phases :
— 1) Une phase d’activité accrue de la glande suivant immédiatement l’exposition au froid ;
— 2) Une phase de retour à un niveau d’activité normale ou faible après développement
des processus physiologiques de l’acclimatation.
Ces conclusions ont été très généralement déduites de méthodes indirectes de mesure :
accroissement du poids des surrénales, diminution de la teneur en cholestérol et en acide ascor¬
bique, métabolisme glandulaire du phosphore, atrophie du thymus, baisse des éosinophiles
sanguins. En conséquence, l’aspect quantitatif de la réponse corticosurrénalienne au froid ne
pouvait être évalué de façon précise et l’aspect qualitatif de cette réponse était ignoré.
Par ailleurs, l’intérêt de l’étude de l’activité corticosurrénalienne chez l’animal exposé au
2
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
Md. est accru par le fait que dans « “ atement “ ^">i SMOet ,
de la cousommation d’oxygene (Depocas, Haut et Heboux, va/).
Ouel est alors le rôle de la fonctiou corticosurrénalienne dans ces conditions d’élévation d,
métabolisme énergétique? Ou sait, depuis Swinoee, Pfiffneb et Webster (1931), qne , “
hormones corticosirrénaliennes n’ont pas d'action . thermogene , au sens classique, puisqu'*
ne modifient pas le métabolisme de base. L’existence d une relation quantitative entre l’intensité
de la thermogénèse et l'activité corticosurrénalienne, est cependant suggérée par le fait , ne ].
réponse de cette glande endocrine augmente avec la sévénté du froid.
Le but de notre travail est de :
1» Montrer la nature quantitative et qualitative de la réponse corticosurrénalienne chez le
Rat soumis au froid ;
2° Envisager le rôle de la fonction corticosurrénalienne au cours des phénomènes physio¬
logiques d’adaptation de l'organisme à une dépense énergétique élevée.
Les résultats de cette étude, outre leur intérêt propre en tant qu’analyse de la fonction
corticosurrénalienne chez le Rat, nous permettront, par comparaison, de mettre en relief les
analogies et les divergences concernant l’intervention de la corticosurrénale au cours de la
léthargie hivernale chez l’homéotherme hibernant, problème que nous aborderons dans la
deuxième partie de ce mémoire.
CHAPITRE I
ACTION DE L’EXPOSITION AU FROID
SUR L’ACTIVITÉ CORTICOSURRÉNALIENNE
CHEZ LE RAT
Au cours de ce chapitre, nous allons analyser l’évolution, en fonction du temps de mise au
froid, de divers paramètres de mesures de l’activité corticosurrénalienne : évolution du poids
de la surrénale, de la teneur des corticostéroïdes plasmatiques et de la sécrétion glandulaire
in vitro.
A. - ÉVOLUTION DU POIDS DE LA SURRÉNALE ET DU POIDS CORPOREL
CHEZ LE RAT AU COURS DE L’EXPOSITION AU FROID
Il est bien établi qu’il y a toujours hypertrophie de la surrénale lorsqu’un animal est placé
ans des conditions défavorables, «stress », d’une certaine durée (Selye et Dosne, 1942;
à „n P p E opf- N +A i ^ est adm ‘ s q ue cette hypertrophie corticosurrénalienne correspond
nnnrUroi a* 1 &landulaire accrue. Toutefois, nous verrons ultérieurement que l’accroissement
nhasp initiai a s “ rrél ? a * e ne re Aète une augmentation de la sécrétion corticale que lors de la
Pbase imtiale de la mise au froid qui précède l’acclimatation de l'animal.
de no^f’nmnrpi' 3 éliminer leS variations du poids des surrénales attribuables aux différences
pour le ÜT î™ m calculé les droites de régression poids de la glande /poids corporel
permet K r J ^ “T” 5 el les 8">«P™ d = Rats soumis au froid. L'analyse statistique
covariance! n»? 3 ? JP pentes des droites de régression et leurs positions (analyse de
p n e identique indique que, dans l’intervalle des valeurs examinées, les vana-
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET ^HIBERNANT 95
tions de poids à l’intérieur des groupes expérimentaux ne sont pas un facteur déterminant une
variation de la réactivité corticosurrénalienne suivant l’exposition au froid. Dans ce cas les
groupes peuvent être considérés comme homogènes. Des positions différentes des droites de
régression indiquent que 1 hypertrophie surrénalienne est acquise en réponse à l’exposition au
froid, ceci indépendamment du poids de l’animal.
Nous avons examiné 1 action de 1 exposition à une température de 1 °C, durant des temps
variables, sur le poids de la surrénale et le poids corporel chez les Rats mâles, âgés de 7 semaines,
élevés à une température de 22° ± 2 °C et d’un poids moyen de 160 g. Notons que nous avons
calculé les régressions poids du corps/poids des surrénales à partir du poids initial de l’animal,
ceci afin d’éliminer la perte de poids corporel survenant durant la mise au froid, variable suivant
chaque individu.
I. — Évolution du poids de la surrénale et du poids corporel
au cours des premiers temps de mise au froid
Résultats.
Les résultats sont exposés dans le tableau 4. Ils mettent en évidence les faits suivants :
1° Les pentes des droites de régression poids des surrénales/poids du corps chez les Rats
témoins, exposés 24 et 96 heures au froid, sont parallèles. Les Rats utilisés présentent donc une
réaction homogène au froid, tout au moins lorsque celle-ci est évaluée d’après l’augmentation
du poids de la glande.
Poids corporel
initial
9-
Poids ccrporel
9
mg.
Droites de régression poids des
surrénales/poids corporel initial
Rats témoins (lô)
©
154.4 ± 1.95
29,27 ± 0,84
y = 0,251x-9,457 p< 0,05
Rats 24h.au froid (l6)
©
165,1 1 2,96
157.512,88
38,16 1 0,84
y=0,179 x+8,60 P <0,01
Rats 48h <w froid (lô)
©
157,1 ± 2,36
146,1 ± 2,92
37,24 ± 0,70
Test 1 par rapport ajx Témoins
p< 0,001
Rals96h.au Froid(l6)
©
166,7 ± 2,41
158,2 ± 2,30
39,13 ± 0,93
y = 0,257x— 3/4 p<0,01
Tableau 4. — Variations du poids corporel et du poids de la surrénale chez le Rat soumis au froid (0-1 °C) durant 24
Nombre de Rats entre parenthèses.
Analyse de variance :
Groupes 1 et 4 Test de parallélisme
Groupes 1 et 2 Test de parallélisme
Groupes 2 et 4 Test de parallélisme
Groupes 1 et 4 Test de position
Groupes 1 et 2 Test de position
Groupes 2 et 4 Test de position
F = ....
F = 0,42
F = 0,65
F = 30,2
F = 37,3
F = 0,42
n = 1,28
n = 1,28
n = l',29
n = 1,29
n = 1,29
> 0,20
» 0,20
» 0,20
c 0,01
c 0,01
> 0,20
2° Les positions de ces droites de régression sont, chez les Rats exposés au froid, très signi¬
ficativement différentes (P < 0,01) par rapport à celle des Rats témoins. Dans les conditions
expérimentales présentes, le froid détermine donc une hypertrophie surrénalienne. Fait notable,
Source : MNHN, Paris
96
B. BOULOUARD
„ lwi acau jse dès les premières 24 heures de séjour à basse température. On n’observ,
enmUe aucune variation sensible du poids de la glande jusqu au temps 96 heures.
Cette expérience ayant été eflectuée en mai, une reprise de ce travail en décembre m „
nermet de vérifier la constance de ces données en relation avec 1 interférence éventuelle d’,
Eut saisonnier. Les données pondérales concernant 1 exposition des animaux au froid dura,
S 48 et 96 heures sont identiques aux précédentes (tableau 5). L hypertrophie de la surrénale
est acquise dès les premières 24 heures de mise au froid et se maintient constante jusqu'l
96 heures.
Une corrélation poids des surrénales/poids du corps, établie pour les animaux soumis au
froid durant 24, 48 et 96 heures, est très significative :
Y = 0,267 X — 3,384 R = 0,42 dl = 42 p < 0,01.
La pente de cette droite ne diffère pas sensiblement de celles obtenues antérieurement. La
concordance de ces données établies à des époques annuelles différentes, semble bien indiquer
l’absence de l’influence d’un fait saisonnier dans les conditions expérimentales présentes.
Parallèlement à l’hypertrophie surrénalienne, nos animaux subissent une perte de poids
dès les premières 24 heures et égale à environ 6% du poids du corps. Le poids corporel se main¬
tient ensuite sans changement notable après 48 et 96 heures de mise au froid (tableaux 4 et 5).
Notons par ailleurs que la consommation du régime alimentaire qui est en moyenne de 16 g
par jour chez les Rats témoins à l’animalerie, atteint d’emblée, dès les premières 24 heures,
22 à 25 g chez les Rats soumis au froid.
Discussion.
Ces faits précisent le comportement au froid de nos Rats de souche Wistar par rapport
aux données de la littérature (Dugal et Dufour, 1954 ; Héroux et Hart, 1954 a ; Héroux,
1961 ; Sellers, 1957). D’après ces auteurs, il est admis en effet que le Rat placé au froid subit
une perte de poids durant les 7 ou 10 premiers jours d’exposition au froid. Durant ce temps, il
y a augmentation progressive de la consommation de nourriture qui atteint son maximum
après 7 ou 10 jours (Hart, 1958). La raison de cette réactivité sensiblement différente de nos
Rats au froid tient probablement au fait que les auteurs précédents ont généralement expéri¬
menté sur des Rats de poids relativement élevé et plus âgés que les nôtres. Hannon (1963 b)
indique que la chute pondérale au froid présente une allure différente chez le Rat jeune, dont
1 adaptation est beaucoup plus rapide que chez le Rat relativement âgé.
H- Évolution du poids de la surrénale et du poids corporel
après l'action d’un froid prolongé
Nous avons poursuivi cette étude afin d’examiner les effets d’un froid prolongé, permettant
[acclimatation du Rat à ces nouvelles conditions de température basse. L’établissement de la
urée necessaire pour obtenir cette nouvelle adaptation de l’organisme à une production
calonque accrue dépend de l’indice de référence choisi. Ainsi, Sellers et coll. (1951), en mesu-
est a 1 u /. roid «G) du Rat dont le pelage est rasé, observent que l’acclimatation
minant Î. SÎ.!? ^ d t froid mais est ac 1 uise a P rès 4 à 6 semaines. Fbegly (1953) en déter-
dès 5 à inim.r \T de 3 chute de température du colon, trouve que l’acclimatation apparaît
la surrénale nnrô , I , CH ° LLSe , t Rossiter (1956), en mesurant l’incorporation du phosphore dans
m si iïf t I aC, l 0n * d un froid P‘ us vif 5 °C), constatent que le Rat est adapté après
d’après révofiS 0 ^?lî rat u re * (3 J ° C) de 3 à 4 semaines. Héroux et Hart (1954 b et c) estiment,
40 à 50 iours de mise 3 C » ' dCS éosino P hiles dans le sang après injection d’A.C.T.H., que
J mise au froid sont nécessaires. Nous verrons (paragr. B) que cette dermere
Source : MNHN, Paris
PONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’homÉOTHERME ET L’HIBERNANT
97
interprétation est erronée. De plus, il faut tenir compte du fait que l’activité corticosurréna-
lienne décroît naturellement chez le Rat blanc d’élevage en fonction de la croissance corporelle,
donc très probablement avec 1 âge de l’animal (paragr. E). L’âge du Rat est donc un facteur
important dans 1 estimation de la qualité et de la durée nécessaire de l’adaptation à une agression
(voir Hrüza et Poupa, 1964). s
Résultats.
Nous avons choisi d’effectuer nos mesures après un temps d’exposition au froid de 21 jours.
Nous en pouvons établir chez les Rats soumis 21 jours au froid une relation poids des surrénales/
poids du corps en raison de variations individuelles très importantes. A ce moment, la majorité
de nos animaux a, non seulement récupéré son poids initial, mais repris sa croissance bien qu’à
un rythme plus faible que les Rats témoins placés à l’animalerie (tableau 5). Cependant, à ce
poids corporel
poids corporel
V'irintinns
p— rt n
teneur en cort
costérofdes
Groupes
initial
final
du plasma pç
/100 ml
9-
9-
9-
Corticostérone
ISOH DOC
Rols ••moins (9)
151,7± 1,7
—
29,4+ 1,70
19,0 + 1,32
5,3
Rols 24h. ou froid (12)
150,9 ± 1,5
142,2 ± 1,5
-8,7
37.2+ 1,22*
30,9 ± 1,70*
14,5
«
!
8
1
150,511,3
140.9 + 1,7
- 9,7
36,5 ± 0,89*
31.0 ± 1,93*
11,5
Rols 96h.au froid (12)
148,5 ± 1?
139,9+ 2,4
-.a
35.2 ± 0,57*
25,8 ±1,66*
8,7
Ro.s (8)
157,2 ± 3,3
185,0 ±4,4
+ 27,7
39,9 ±1,08*
18,7 ±1,45
3,5
l'enxjlnes nu froid
w
152,0 ± 3.3
141,2 ±10,0
- 10,7
45,7±3,87*
31,9 ± 2,50*
Rats témoins (<)
150,0 ± 3,5
193,2 ± 4,2
+ 43,2
32,0± 1,81
14,9
2,7
Tableau 5. — Variations pondérales et activité corticosurrénalienne chez le Rat au cours de l’exposition au froid
(0-1 «Q.
• Différence très significative par rapport aux témoins p < 0,01 ou plus.
Nombre de Rats entre parenthèses.
temps, un certain nombre de Rats n’ont pas retrouvé leur poids antérieur, ou, après cette
récupération, perdent à nouveau du poids, indiquant ainsi une non-adaptation. Un examen des
valeurs individuelles du poids des surrénales nous permet alors d’observer que l’hypertrophie
surrénalienne est d’autant plus importante que la perte de poids est grande. Le calcul nous
permet en effet de mettre en évidence une corrélation significative entre la perte ou le gain de
poids évalués en fonction du poids initial des animaux et le poids de la surrénale (fig. 9).
Y = — 0,275 X + 4,50 R = 0,74 dl = 10 p < 0,01
Y = poids des surrénales en mg
X = variation du poids corporel en g/100 g.
Ce résultat suggère que l’activité corticosurrénalienne chez le Rat soumis au froid est
d’autant plus grande que la perte de poids est élevée.
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
<0
» 50
6
■5 <0
30
Variations du poids corporel en Fonction
g.pour cent.
-30 -20 -10 0 +10 +20
du poids.initial
Fig. 9. — Poids des surrénales chez le Rat après trois semaines de séjour au froid en fonction de la variation du noldi
corporel. Y = 0,275 + 44,50 ; R = 0,74 ; p < 0,01. F
Conclusion.
L’augmentation du poids de la surrénale chez le Rat soumis au froid (1 °C) est acquise dès
les premières 24 heures d’exposition à ce facteur. L’acquisition de cette hypertrophie est conco¬
mitante de la perte de poids de l’animal. Ces deux valeurs pondérales se maintiennent sensi¬
blement au même niveau jusqu’au temps 96 heures. De plus, chez le Rat soumis à un froid
prolongé, l’hypertrophie surrénalienne est inversement proportionnelle à l’augmentation de
poids de l’animal.
B. - ÉVOLUTION DE LA TENEUR DES CORTICOSTÉROIDES DANS LE PLASMA
AU COURS DE L’EXPOSITION AU FROID CHEZ LE RAT
I- — Action d’un froid modéré cliez le Rat adulte
Lors d une étude initiale, nous avons utilisé des Rats d’un poids moyen de 230 g et âgés
ae i mois 1/2 à 3 mois. Dans ces conditions, la mise à la chambre froide durant 48 heures à une
c, “a r “ re dC > ° ± 1 ° C de nos animaux, provoque une augmentation de l’activité cortico-
surrénahenne relativement modérée.
Résultats.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 99
la première demi-heure de mise au froid, la sécrétion de la corticostérone revenant ensuite au
niveau initial. Il est difficile dans ces conditions d’attribuer la réponse corticosurrénalienne au
froid à une action spécifique de ce facteur, c’est-à-dire une réponse en relation avec l’augmen¬
tation du niveau du métabolisme (voir Jonec et coll., 1966).
Poids corporel
Poids des surr.
t»ix <fes corticosféroides plasmatiques
P9/l00 ml
9-
mg.
18 OH DOC
Corticostérone
Rot* témoins
22° ± 1°C
(21)
2281 4,21
37,65 ± 0,85
2,64 ± 0,36(7)
20,6 ± 1,32(7)
Rais soumis 4Bh.
au Froid
'° C M
210 ± 4,42
40,35 ± 1,06
p = 0,05
5,40.± 0,88(7)
p< 0,02
37.03±1,30(7)
p <0,001
Tableau 6. — Action de l’exposition au froid sur le taux des hormones corticosurrénaliennes plasmatiques chez le Rat.
Nombre d’animaux et nombre de dosages entre parenthèses.
Chaque dosage est effectué sur les plasmas groupés de 4 animaux.
Discussion.
Nous étions donc amenés à conclure, d’après ces premiers faits, que la réponse corticosur¬
rénalienne à un froid de 4,5 °C n’est pas très importante, en particulier en ce qui concerne les
variations du poids de la glande et du taux de la 18.OH.DOC dans le plasma. Il nous semble
que de nombreux auteurs ont rencontré des difficultés analogues devant la faiblesse de cette
réponse. Afin de mettre en évidence une différence plus nette, ils ont souvent comparé les Rats
soumis au froid à des Rats acclimatés préalablement au chaud (30 °C).
Cette modération de la réponse corticosurrénalienne au froid nous a paru pouvoir être
attribuée, tout au moins en partie, au poids, donc à l’âge du Rat. Nous avons en effet remarqué,
lors d’essais préliminaires, que le taux des corticostéroïdes en réponse à une agression, telle
l’exposition au jeûne et au froid ou la mise en hypothermie, était beaucoup plus élevé chez le
Rat âgé de 6 semaines (poids moyen 150-170 g) que chez le Rat âgé de plus de 2 mois (poids
moyen supérieur à 200 g).
A ce sujet, notons que, dès 1930, Hartman et Thorn avaient indiqué que les besoins en
hormones corticales sont plus élevés chez des rats jeunes (75 à 80 g) que chez des Rats adultes.
De plus, nous montrerons ultérieurement (paragr. D) que l’activité corticosurrénalienne décroît
naturellement chez le Rat en fonction de l’augmentation du poids de l’animal (120 à 220 g).
Ces données permettent de mieux interpréter la conclusion de Héroux (1955) suivant laquelle
l’activité corticosurrénalienne n’est pas nécessaire dans le déterminisme d’un certain degré
d’acclimatation chez le Rat. Les conditions expérimentales utilisées par cet auteur sont alors
très favorables à la démonstration de sa thèse : Rats adultes, froid modéré. Cette conclusion
n’est que partiellement exacte et il est très vraisemblable qu’elle ne pourrait être vérifiée sur
des animaux de poids moins élevé ou plus jeunes.
XI. __ Action d'un froid vif chez le Rat jeune
Résultats.
Les données concernant l’action d'un froid plus vif (0-1 »C) sur l'activité corticosurrénalienne
chez des Rats âgés de 6 semaines, sont indiquées sur les tableaux 5 et 7. Dans ces conditions
Source : MNHN, Paris
100
R. BOULOÜARD
Poids corporel
initial
9-
Poids corporel
final
9-
surrénales
mg.
Sécrétion
yg/2
n vitro
«mcoslero.desj^oCta
e-'"-*”»
18 OH DOC
Corticcslércre
180HDOC
_123*
Rots témoins (iCj)
171 <
29,< ± 1.08
2,05+0^6
1,33±0.17
19,2
3,2
.227
-128
r ii9
Rols 72h.oJ froid (9)
»
1<0<
37,8 ± 0,99*
<,07+0,31*
2,55 + 0.2^
<2,6
11,1
-165
[ -168
-128
( -165
Rots 18 j.ou froid (1(J
1<9
IM <
<3,1 ± 2,31*
1,57 ± 0,32
1,<8± 0,29
17,3
2,1
-IM
l - !2<
Tableau 7. — Variations du poids corporel et de l’activité corticosurrénalienne au cours de l’adaptation au froid
(0-1 °C) chez le Rat.
f Limites du poids corporel dans chaque groupe.
• Différence significative par rapport aux témoins p < 0,01.
expérimentales, nous observons alors une nette augmentation des valeurs plasmatiques de la
corticostérone et de la 18.OH.DOC. Le maximum de l’élévation du taux de ces corticostéroïdes
est atteint dès les premières 24 heures de mise au froid. Ce taux décroît à partir de 96 heures et
atteint une valeur légèrement inférieure à celle des témoins après 3 semaines de séjour au froid.
Discussion.
L’accroissement des teneurs en corticostéroïdes du plasma est corrélative de l’augmentation
du poids des surrénales durant les premières 24 heures. De même chez les Rats adultes étudiés
précédemment, la réponse corticosurrénalienne modérée était en relation avec un faible accrois¬
sement pondéral de la glande. L’hypertrophie de la surrénale semble donc être un indice valable
d’accroissement de l’activité sécrétrice du cortex surrénalien chez le Rat, tout au moins lors
de 1 étude de la réponse initiale à une agression. En effet, nous remarquons chez les Rats soumis
au froid depuis 3 semaines, que le poids de la glande est encore accru par rapport aux premiers
jours de mise au froid, tandis que le taux des corticostéroïdes plasmatiques est abaissé. La signi¬
fication de cette augmentation de poids glandulaire à ce temps, sans rapport avec l'activité
sécrétrice (tableau 7), ni même très probablement avec une capacité de réponse accrue, est
ambiguë. Nous remarquons chez quelques animaux, après 3 semaines de séjour à une température
asse, un état de non-adaptation qui est reflété par une perte de poids continue. Dans ce cas,
nous avons vu que le poids de la surrénale est plus élevé que chez les animaux adaptés (tab. 5).
e meme dans ce groupe, le taux de la corticostérone plasmatique est accru par rapport aux
a s p aces dans les mêmes conditions mais dont la croissance corporelle a repris. La perte de
poids et 1 activité corticosurrénalienne semblent donc être des phénomènes physiologiques
associés au cours de l’adaptation au froid chez le Rat.
Conclusions.
de k R 1« nû™?" Ir0i,i présente IM élévation de la teneur plasmatique de la corticostérone
15.UH.D0C qui est maximale dès les premières 24 heures de séjour à basse température.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 101
Cette teneur décroît a partir de 96 heures et atteint une valeur légèrement inférieure à celle des
témoins après 3 semaines d exposition au froid. Nous observons par ailleurs une coïncidence
entre la perte de poids et 1 accroissement de l’activité corticosurrénalienne, ce qui suggère que
l’intervention des corticostéroïdes au cours de la lutte contre le froid est en relation avec la
mobilisation des réserves énergétiques corporelles. Nous vérifierons cette interprétation dans le
chapitre II.
C. — ÉVOLUTION QUANTITATIVE ET QUALITATIVE
DE L’ACTIVITÉ SÉCRÉTRICE DE LA CORTICOSURRÉNALE
AU COURS DE L’EXPOSITION AU FROID CHEZ LE RAT
L’accroissement du taux plasmatique des corticostéroïdes au cours des premiers temps de
l’exposition au froid chez le Rat est corrélatif de l’hypertrophie surrénalienne, ce qui suggère
que l’élévation de la teneur hormonale reflète bien une augmentation de la sécrétion cortico-
surrénalienne. Cependant, nous avons vu que chez le Rat soumis au froid depuis 3 semaines,
le poids des surrénales s’est encore accru tandis que la teneur en corticostéroïdes du plasma est
revenue à un niveau légèrement inférieur à celui des témoins. Héroux et Schônbaum (1959)
ont montré que lors d’une exposition au froid de longue durée, le maintien à une valeur élevée
du poids des surrénales ne traduit pas une activité sécrétrice plus importante. La mesure de la
sécrétion des corticostéroïdes par la surrénale incubée in vitro, sans apport d’A.C.T.H. endogène
qui est un très bon indice de l’activité glandulaire in situ au moment du sacrifice de l’animal
(voir exposé des techniques), nous permet de préciser la relation entre les variations du taux
plasmatique des corticostéroïdes et l’activité glandulaire.
Par cette technique, des données qualitatives et quantitatives peuvent être obtenues chez
chaque Rat. Aussi, dans le but d’examiner parallèlement à l’action du froid, l’influence éven¬
tuelle de variations dans le poids des animaux sur l’activité corticosurrénalienne (voir paragr. E),
nous avons sélectionné à partir d’un ensemble de Rats de même âge (6 semaines), 3 groupes
expérimentaux comprenant chacun un échantillonnage d’animaux de poids variés et sensi¬
blement identique dans chaque série (tableau 7).
Les temps de mise au froid (0-1 °C) étudiés, sont de 72 heures et de 18 jours. Le sacrifice
de chaque groupe de Rats a été effectué à une semaine d’intervalle, dans l’ordre suivant :
Rats soumis 72 heures au froid, Rats témoins, Rats soumis 18 jours au froid. La différence
d’âge extrême entre nos animaux au moment du sacrifice est donc de 15 jours.
Résultats.
Les résultats sont groupés dans le tableau 7. Les variations du poids des surrénales et l’élé¬
vation du taux de la corticostérone et de la 18.OH.DOC dans le plasma sont analogues à celles
observées antérieurement. Suivant l’exposition au froid, nous voyons que la sécrétion de la
corticostérone et de la 18.OH.DOC est très significativement augmentée (p < 0,01) après
72 heures, elle revient au niveau initial après 18 jours. Ces données sont en accord avec les varia¬
tions hormonales plasmatiques qui reflètent donc bien l’activité sécrétrice de la glande à ces
divers temps. Par ailleurs, nos résultats mettent en évidence que la sécrétion par la surrénale
incubée in vitro de la 18.OH.DOC et de la corticostérone s’effectue suivant un rapport déterminé
chez chaque animal. En effet, le calcul à l’aide des valeurs expérimentales individuelles nous
permet de mettre en évidence pour chaque groupe de Rats, l’existence de corrélations très signi¬
ficatives entre la sécrétion de la 18.OH.DOC et de la corticostérone (fig. 10) .
Rats témoins :
Y = 0,410 X + 0,493, R = 0,83, dl = 8, p < 0,01.
Source : MNHN, Paris
102
R. BOULOUARD
Rats 72 heures au froid :
Y = 0,678 X — 0,216,
R = 0,79,
dl = 8,
p < 0,05.
Rats 18 jours au froid :
Y =. 0,863 X + 0,116,
R = 0,95,
dl = 7,
p < 0,01
Y = sécrétion de la 18 .OH.DOC en ng/animal ; X = sécrétion de la corticostérone en
Les droites de régression exprimant les rapports de sécrétion de ces corticostéroïdes chez les
Rats témoins et chez les Rats exposés 72 heures au froid ne diffèrent pas significativement
(analyse de covariance) :
Test de parallélisme :
F = 1,95, n, = 1, n, = 15, p > 0,10.
Test de position :
F = 0,45, % = 1, n a = 16, p > 0,20.
Fio. 10. — Variations corrélatives de la sécrétion de la 18.OH.DOC et de la corticostérone in vitro au cours de l’adap¬
tation au froid chez le Rat.
Nous pouvons donc conclure qu’après 72 heures de séjour au froid, la sécrétion corticosur-
rénalienne est modifiée quantitativement, elle est nettement accrue, mais elle ne diffère pas
qualitativement de celle observée chez les Rats témoins.
nnrro con * re ’ c ^ ez ^ es ^ a ^- s s °umis 18 jours au froid, la pente de la droite de régression 18.0H.
_ IR significativement différente de celle des Rats témoins : F = 11,3, % = 1.
’ P f Il apparaît donc au cours de l’adaptation au froid chez le Rat, une modifi-
cation qualitative de la sécrétion des corticostéroïdes, la sécrétion de la 18 .OH.DOC est accrue
rhL l P p 0r î “ “ sécr6ti01 > de la corticostérone. Ce fait met en relief l'importance de la 18.OH.D0C
cnez le Rat soumis au froid. ^
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 103
Conclusions.
Chez le Rat soumis au froid, les variations quantitatives de l’activité sécrétrice de la surrénale
in vitro sont parallèles aux modifications du taux des corticostéroïdes plasmatiques.
Par ailleurs, il apparaît au cours de l’adaptation au froid une modification qualitative de la
sécrétion corticosurrénalienne, la sécrétion de la 18.OH.DOC étant accrue par rapport à la
sécrétion de la corticostérone. Ce fait met en évidence ce rôle privilégié de la 18.OH.DOC par
rapport à la corticostérone chez le Rat, lors de l’adaptation au froid.
D. — ÉVOLUTION DE L’ACTIVITÉ CORTICOSURRÉNALIENNE
EN FONCTION DU POIDS CORPOREL CHEZ LE RAT SOUMIS AU FROID
Nous avons rapporté précédemment (paragr. B) que, chez le Rat exposé au froid, la réponse
corticosurrénalienne, estimée suivant les variations du taux des corticostéroïdes plasmatiques,
paraît moins importante chez l’animal âgé de 2 mois 1/2 à 3 mois que chez l’animal âgé de
6 semaines. Cette observation nous avait conduit à utiliser très généralement des Rats jeunes,
donc de poids relativement faible (150-180 g), afin de mettre plus nettement en évidence les
variations de l’activité de cette glande en réponse à diverses agressions. L’utilisation de la
technique d’incubation des surrénales in vitro, qui fournit des informations qualitatives et
quantitatives de l’activité sécrétrice de la glande chez chaque animal, nous permet de mettre
nettement en évidence l’influence du poids corporel sur l’activité corticosurrénalienne chez
le Rat. Les conditions expérimentales sont identiques à celles décrites dans le paragraphe C.
Résultats.
L’activité corticosurrénalienne chez le Rat diminue naturellement en fonction du poids de
l’animal, tout au moins pour des valeurs pondérales variant de 120 à 220 g. En effet, le calcul,
à l’aide des valeurs expérimentales individuelles, nous permet de mettre en évidence l’existence
de corrélations inverses entre la sécrétion de la 18.OH.DOC par la surrénale et le poids de l’animal
(fig. 11).
Rats témoins :
Y = — 0,0126 X + 3,488,
R = 0,70,
dl = 8,
P
< 0,05.
Rats 72 heures au froid :
Y = — 0,0347 X + 7,455,
R = 0,66,
dl = 8,
P
< 0,05.
Rats 18 jours au froid :
Y = — 0,0349 X + 8,425,
R = 0,63,
dl = 8,
P
_ 0,05.
Y = sécrétion de la 18.OH.DOC ng/animal ; X = poids du Rat en grammes.
Les pentes de ces droites de régression ne diffèrent pas significativement entre elles (F = 2,48
et 2,52 ; n x = 1 ; n 2 = 15 ; 0,10 < p < 0,25). Il est probable cependant que des mesures plus
nombreuses puissent faire apparaître une différence significative entre les Rats témoins et les
Rats soumis au froid.
Par contre, en ce qui concerne la corticostérone, nous ne pouvons mettre en évidence, chez
les Rats témoins et ceux exposés 72 heures au froid, l’existence d’une corrélation entre la
sécrétion de la corticostérone et le poids de l’animal. Celle-ci apparaît cependant dans le groupe
de Rats soumis 18 jours au froid :
Y = — 0,0403 X + 6,232, R = 0,657, dl = 8, p < 0,05.
Source : MNHN, Paris
104
R. BOULOUARD
T , manque de corrélation significative entre le poids de animal et la sécrétion de la cors*
,s L , rhr’i deux groupes de Rats peut etre attribue a la rapidité de 1 augmentation de 1,
«on de cette hfrmone in oii» en réponse à une agression (Holzbauer, 1<J57), ce qui n '„ t
"de la 18 .OH.DOC (voir chap. III). Une légère stimulation de 1 axe hypophys«o rt ici
surrénalien au moment du sacrifice de l'animal, pourrait entraîner in ail™ une sécrétion rela-
tîvement accrue de corticostérone. Cette stimulation obtenue m mua chez certains animaux
augmenterait la variabilité des valeurs m vitro.
Ouoiou'il en soit, la relation inverse, activité corticosurrénalienne/poids corporel, reste
valable chez l'animal soumis à une agression. Il en découle que la réponse corticosurrénaUenne
à une agression sera moins grande chez un Rat de poids plus élevé.
Fi°- Relation entre la sécrétion in vitro de la 18.OH.DOC et le poids corporel chez le Rat au cours de l’adaptation
Ces observations sur la diminution de l’activité corticosurrénalienne chez le Rat en fonction
du poids de 1 animal sont à rapprocher des données établies sur le temps de survie du Rat
après surrénalectomie (Revue par Gaunt et Chart, 1962 ; Hofmann et Sobel, 1962). U est
reconnu que la survie du Rat après surrénalectomie est en fonction de l’âge de l’animal, elle
augmente jusqu’à l’âge de 4 mois (Cowie, 1949). Hartman et Thorn (1930) ont indiqué que
les besoins en corticostéroïdes après surrénalectomie sont beaucoup plus importants chez le
Rat jeune. D’après ces données de la littérature et nos résultats, la susceptibilité remarquable
du Kat blanc d’élevage à survivre à l’ablation des surrénales pourrait être attribuée à une
diminution naturelle de l’activité corticosurrénalienne au cours de la croissance, le dévelop-
iqZ t ° e surr , énales accessoires étant très incertain chez cette espèce (Gaunt et Eversole,
tant?’ or , ‘ tl0ns d ’ éleva g e standardisées du Rat blanc à l’animalerie (température cons-
cettp 3 10n ré 8 ulière à volonté) peuvent être responsables, tout au moins en partie, de
cette décroissance naturelle de l’activité corticosurrénalienne.
BAUM eS nq b Wi rV pî i0nS t n ° US P ermettent de mieux interpréter les résultats de Héroux et Schôn-
\ )■ s auteurs ont mis en évidence une différence de la réponse corticosurrénalienne
Source ■■ MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMEOTHERME
ET L HIBERNANT
au froid entre le Rat placé à une température extérieure fluctuante et le Rat placé à la chambre
froide a une température constante. Par opposition aux Rats acclimatés à un froid constant, les
Rats soumis 3 mois aux conditions de température extérieure sévissant en hiver, ont une activité
corticosurréna benne légèrement accrue. Or les Rats placés à l’extérieur sont de poids plus faible
que les Rats placés au froid a température constante. La différence de sécrétion observée, faible
par ailleurs, peut donc d après nos résultats être simplement attribuée à la différence pondérale
et non au facteur froid.
Conclusion.
L’activité corticosurrénalienne, estimée soit par la sécrétion de la 18.OH.DOC, soit par la
sécrétion de la corticostérone, décroît naturellement chez le Rat en fonction de l’élévation du
poids corporel (120-220 g). Cette relation reste valable chez le Rat soumis au froid. La réponse
corticosurrénalienne à une agression est donc plus importante chez un Rat de poids plus faible.
E. — DISCUSSION
Nos résultats mettent en évidence que chez le Rat soumis au froid l’intervention de la fonc¬
tion corticosurrénalienne se manifeste essentiellement durant la première phase d’acclimatation.
L’accroissement de la production de chaleur à ce stade est, pour sa plus grande part, d’origine
musculaire (frisson) (Chatonnet, 1959 ; Hart, 1963) et l’on observe une perte de poids. Ce
dernier fait traduit la mobilisation des réserves énergétiques corporelles nécessaires pour
permettre le maintien de l’élévation du métabolisme, particulièrement au niveau du muscle.
En effet, le Rat ne peut compenser immédiatement par un accroissement de sa consommation
alimentaire l’augmentation de sa dépense énergétique (Héroux, 1961). Dans le foie, la mobili¬
sation des métabolites est alors reflétée par un abaissement marqué du glycogène et une accu¬
mulation de lipides (De Wied, 1953 ; Felts et Masoro, 1959). Ces modifications indiquent que
le foie forme activement par la gluconéogénèse et la glycogénolyse le glucose sanguin qui est
utilisé à un rythme accru par le tissu musculaire. Cette sortie soutenue et élevée du glucose
hépatique provoque une augmentation de la glucose-6-phosphatase, enzyme qui est directement
concerné dans la libération du glucose libre (Hannon, 1963 a).
D’un point de vue biochimique, la balance calorique négative qui caractérise le premier
stade de l’acclimatation est tout à fait similaire à celui produit par le jeûne (Hannon, 1963 b).
En effet, dans chaque cas, il y a une réduction des réserves du glycogène et un accroissement des
acides gras dans le foie. De plus, Ashmore et coll. (1954), Weber et Cantero (1954) ont montré
que le jeûne conduit à un accroissement de la glucose-6-phosphatase similaire à celui observé
après 2 jours d’exposition au froid (Hannon et Vaughan, 1961). Or nos résultats indiquent que
l’accroissement de l’activité corticosurrénalienne est concomitant de la perte de poids de
l’animal. Cette activité semble même d’autant plus grande que l’amaigrissement est important
(fig. 9). Il a été montré par ailleurs, que les glucocorticoïdes provoquent une augmentation de la
glucose-6-phosphatase (Weber et coll., 1956).
L’ensemble de ces faits suggère que l’un des rôles de la fonction corticosurrénalienne chez
le Rat soumis au froid serait de pourvoir par le mécanisme de la gluconéogénèse aux besoins
accrus de l’organisme en glucose. Cette interprétation sera discutée au cours du prochain
chapitre, dans lequel nous préciserons les rapports entre l’activité corticosurrénalienne et la
perte de poids de l’animal.
Source : MNHN, Paris
106
R. BOULOUARD
F. — CONCLUSIONS
T'étude des variations de divers paramètres de mesure de 1 activité corticosurrénalienne au
cours de l'adaptation au froid chez le Rat, indique que 1 accroissement de l’activité glandulaire
est acquise d’emblée dès les premières 24 heures de séjour à basse température et se maintient
ensuite constante jusqu’à 72-96 heures.
Durant cette période, nous observons une élévation du poids de la surrénale, un accrois¬
sement de la teneur plasmatique en corticostérone et en 18.OH.DOC qui est corrélatif d’u ne
augmentation de la sécrétion de ces hormones.
Après 3 semaines d’exposition au froid, l’activité glandulaire est revenue à un niveau voisin
de celui existant initialement. Nos données montrent, en outre, une diminution naturelle de
l’activité corticosurrénalienne au cours de la croissance du Rat.
Par ailleurs, nos résultats mettent en évidence l’intervention privilégiée de la 18.OH.DOC
au cours de l’adaptation au froid du Rat : la sécrétion de la 18.OH.DOC est augmentée par
rapport à la sécrétion de la corticostérone après 18 jours de froid, malgré un retour à un niveau
semblable à celui des témoins du taux plasmatique de ces corticostéroïdes.
CHAPITRE II
ACTION DE L’EXPOSITION AU JEUNE ET AU FROID
SUR L’ACTIVITÉ CORTICOSURRÉNALIENNE
CHEZ LE RAT ET LE COBAYE
Nos résultats précédents nous suggèrent que l’accroissement de l’activité corticosurréna¬
lienne qui se produit au cours de la phase initiale d’adaptation au froid, est en relation avec la
perte de poids de l’animal, donc avec la mobilisation des réserves corporelles.
Afin de préciser l’existence d’une relation entre la chute pondérale et l’activité corticosur¬
rénalienne, nous étions amené à étudier la sécrétion des corticostéroïdes chez des animaux
présentant une perte de poids variable. L’action du froid seul ne peut que difficilement produire
de tels effets, sinon au bout de temps divers, rendant l’interprétation des résultats difficile, par
suite de la surimpression de phénomènes d’acclimatation par exemple. L’exposition au jeûne
et au jeûne plus froid nous fournit de bonnes conditions expérimentales pour l’étude de ce
problème : perte de poids variable selon l’animal, le facteur temps étant bien défini.
Au moment où nous avons abordé ce travail, l’action du jeûne sur l’activité corticosurréna¬
lienne était interprétée de façon contradictoire (Selye, 1950 ; Ershoff, 1952). L’amaigrissement
induit soit par un jeûne total, soit par une sous-alimentation chronique, paraissant déterminer
es e e opposés. Ainsi Mulinos et Pomerantz (1940) observent une hypertrophie surréna-
üi? n l C ,T 6 Rat ?° umis au î eûne - Par contre, un jeûne partiel détermine une atrophie de la
' Mulinos et Pomerantz, 1941 ; Cameron et Carmichel, 1946), ou
rnhJ? actl0n ( River o-Fontan et coll., 1952). D’après D’Angelo et coll. (1948), le
ï a °nt y ,l S :r: S au ]e ?“ e P résente une hypertrophie de la surrénale, de même que le Rat. Cepen-
du rnntpnn cniv? 1611 ^ 11 P 01 i} s de gl ande chez le Cobaye est représenté par une augmentation
sous alimentât- 1 ^ 6 Rat elle corres P ond à une augmentation de la teneur en eau. Une
observèTe H î'omque est associée chez le Rat à une atrophie de la surrénale et l’on
observe une diminution de l’épaisseur de la zone fasciculée (Baker, 1952).
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 107
D’après ces données, il nous apparaît que le fait essentiel de l’action du jeûne sur l’activité
corticosurrénalienne ne serait pas lié à l’importance de la perte de poids en elle-même, puisqu’un
amaigrissement très important provoqué chez le Rat par une sous-alimentation chronique ne
semble pas induire une hyperactivité corticale, bien au contraire, mais à l’intensité de cet
amaigrissement, c est-à-dire la perte de poids dans un temps donné, limité afin de ne pas per¬
mettre l’adaptation de 1 animal à des conditions physiologiques de déficit chronique de la balance
énergétique. Ceci rend compte des difficultés qui ont pu apparaître dans la compréhension du
rôle de la fonction corticosurrénalienne lors des conditions de mobilisation des réserves cor¬
porelles et explique les contradictions des auteurs sur les effets du jeûne.
Nos résultats sont en accord avec cette interprétation. Ils mettent en évidence un accrois¬
sement très important de l’activité corticosurrénalienne chez le Rat soumis au jeûne et au
jeûne plus froid. Une étude ultérieure sur le Cobaye montrera la généralité de cette action du
jeûne et du froid chez le mammifère homéotherme permanent de petite taille.
A. — ACTION DU JEUNE ET DU FROID CHEZ LE RAT
Nous avons utilisé des Rats âgés de 7 à 8 semaines et d’un poids moyen de 180 g. L’expéri¬
mentation sur le jeûne seul a été effectuée à l’animalerie (température comprise entre 21 et
23 °C), les animaux soumis au jeûne plus froid étant mis à la chambre froide (température
4,5o ± 1 °C).
1) Étude in vivo
Résultats.
Les données concernant l’influence de l’action du jeûne et du jeûne plus froid sur le taux de
la 18.OH.DOC plasmatique sont résumées sur la figure 12. Les résultats de deux expériences,
Fio. 12. — Action de l’exposition
jeûne et au jeûne + froid sur le taux plasmatique de la 18.OH.DOC chez le Rat.
Source : MNHN, Paris
108
B. BOULOUARD
réalis6e en décembre, l'autre en juillet, sont groupés. Le jeûne seul détermine une an 8me .
talion très nette de la teneur de la 18 .OH.DOC dans le plasma. Le froid ajouté au jeûne
nn accroissement encore plus marqué du taux de la 18.OH.DOC. Ces variations, comparées i |,
teneur en 18 .OH.DOC du plasma chez le Rat normal, ou bien entre les valeurs obtenues ch.,
le Rat soumis aux diiïérentes conditions physiologiques : 48 heures de jeûne, 24 heures de jeta
nlus froid 48 heures de jeûne plus froid, sont toutes hautement significatives (P < o.oon
Le phénomène reste identique au cours des deux saisons étudiées.
Parallèlement, nous observons une hypertrophie des surrénales (Boulouard, i960)
(tableau 8). Calculée en fonction du poids absolu des glandes, celle-ci est statistiquement signi¬
ficative dès 48 heures de jeûne seul (P < 0,05), ainsi qu’après 24 et 48 heures de jeûne et d'expo¬
sition au froid (P < 0,001). Cette hypertrophie corticosurrénalienne est en corrélation avec les
valeurs plasmatiques de la 18.OH.DOC : R = 0,87, dl = 23 (fig. 13). Cette association des
au^jeûne'rt i au i jeûne U + a froid IaSmati<IUe la en fonction du poids des surrénales chez le Rat soumis
rélévation dÏÏanv'? ^ ^ surréna,e et du tau * de la 18.OH.DOC, semble bien indiquer que
accrue nui annai^t» a c ° rtlC0st é r <»des plasmatiques reflète une sécrétion corticosurrénalienne
accrue qu. apparatt dans des conditions d'amaigrissement important de l'animal.
l’élévation de b* n ° US P ermet . de préciser ces données. Il nous montre d’une part que
DOC et que d’autre D art P î? smatl( l ue est concomitante de l’augmentation de la 18.0H.
que la perte’de poidswbie elt marqué ^ ^ glucocorticoïdes est d’autant plus importante
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT
109
Poids corporel
initial
9-
Poids corporel
final
9-
18 OH DOC
jig/lOOml
Corticostérone
jig /l00 ml
®
Rols témoins
22°C±2
175+4,7 (12)
33,5 ±1,04 (12)
5,3 i 0,55 (3)
26,7 ± 0,45 (3)
®
Rcls soumis 48 h
22°C±2
173 ± 3.3 (12)
144 ±3,1 (12)
37,4 + 1.25 (12)
A-B p< 0,05
11,2+0,41 (4)
A-B p< 0,001
34,6 + 1,89 (4)
A_B p < 0,02
©
Rols soumis 48 h
4°5 C ± 1
18 11 V (16)
136±2,1 (16)
43.3 ± 0,75
A.C p<0,001
B-C p<0,001
31,9 ± 2,41 (4)
A. C p< 0,001
B. C p< 0,001
46,8 ± 3,58 (4)
A.C p<0,01
B-C p<0,05
Tableau 8. — Action du jeûne et du jeûne conjugué avec l'exposition au froid sur le taux de la 18.OH.DOC et de la
corticostérone du plasma chez le Rat.
Nombre de Rats et de dosages entre parenthèses.
Le calcul à l’aide des valeurs expérimentales individuelles obtenues dans chaque groupe
expérimental (témoins, jeûne et jeûne plus froid) confirme cette interprétation. En effet, il fait
apparaître :
a) Une corrélation entre le taux de la 18.OH.DOC et celui de la corticostérone dans le
plasma :
Y = 1,072 X — 22,41, R = 0,84, dl = 9, p < 0,001 ;
Y = taux de la corticostérone en ng/100 ml ; X = taux de la 18.OH.DOC en ng/100 ml.
La réponse corticosurrénalienne à l’agression du jeûne et du jeûne plus froid s’exprime donc
par une élévation associée du taux de ces corticostéroïdes.
b) Une corrélation entre l’amaigrissement de l’animal et le taux de la 18.OH.DOC :
Y = 2,453 X — 29,74, R = 0,96, dl = 5, p < 0,001 (fig. 14) ;
Y = taux de la 18.OH.DOC en pg ; X = perte de poids en g pour 100 g de poids initial.
Ce fait indique que dans des conditions de dépense énergétique élevée entraînant une
consommation importante des réserves métaboliques de l’animal, l’accroissement du taux de la
18.OH.DOC plasmatique est proportionnel à la perte de poids de l’animal.
Un des faits marquants de cette étude est l’accroissement considérable de la teneur plasma¬
tique de la 18.OH.DOC (5 à 10 fois la valeur initiale) alors que le taux de la corticostérone est
sensiblement triplé. Or, nous avons montré (Boulouard, 1963) (tableau 11, chap. III) que la
réponse corticosurrénalienne à une agression banale, très rapide chez le Rat, s exprime uni¬
quement par une élévation de la teneur en corticostérone du plasma, aucun changement notable
du taux de la 18.OH.DOC n’apparaissant alors. Par contre, dans les conditions présentes
d’agression intense et prolongée, nous voyons apparaître une élévation simultanée du taux de
ces hormones. Cette différence de réponse au niveau plasmatique semble indiquer un méta¬
bolisme différent pour ces corticostéroïdes et par conséquent suggère une action physiologique
Source : MNHN, Paris
110
B. BOULOUARD
différenciée de ces hormones. A l’appui de cette hypothèse nous avons observé précédemment
ctaîe Rat soumis an froid et nourri, une adaptation qualitative de la sécrétion corticosune.
nalienne Des données exposées ultérieurement (chap. III) confirmeront cette interprétation
F,0, A 4 - CoiTéiation entre le taux plasmatique de la 18.OH.DOC chez le Rat soumis 48 h soit au jeûne, soit ai
jeune + froid, et la perte de poids corporel.
x : valeurs obtenues sur 2 groupes de 45 à 60 Rats, d'un poids moyen initial de 181 à 194 g.
Conclusions.
L’exposition au jeûne et au jeûne plus froid du Rat détermine une élévation corrélative du
h x asma lc l ue de la 18.OH.DOC et de la corticostérone. L’accroissement du taux de ces
l'animaf 8 ^ P r0 P 0rtl0nne ^ a * a *°i s à l’hypertrophie de la surrénale et à la perte de poids de
2) Étude in vitro
OU duleûne l nhis I fro!5'ri rtante d ' teneur “ “>rticostéroîdes du plasma sous l'effet du jeûne
semble bien indiquerune Elfe' 0 à ‘'hypertrophie des surrénales (fig. 14). Cette relation
<1 sécrétion accrue du cortex surrénalien dans les conditions de mobili-
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 111
sation intense des réserves de 1 organisme. En effet, cet accroissement pondéral de la glande est
acquis très rapidement (24 heures) et nous avons montré que chez le Rat nourri, l’hypertrophie
surrénalienne qui se développe au cours des premiers temps d’exposition au froid traduit bien
alors une sécrétion accrue. Cependant, il est à présent bien connu que la teneur plasmatique en
corticostéroïdes est la résultante de plusieurs facteurs : sécrétion hormonale, consommation par
les tissus (?), inactivation par le foie (Yates et Urquhart, 1962). Ces auteurs font nettement
apparaître le rôle essentiel du foie dans la régulation du taux plasmatique des corticostéroïdes
(Yates, 1958 ; Yates et coll., 1958 a, b). Le taux des hormones circulantes serait déterminé
non par l’axe hypothalamus-hypophyse-surrénale, mais par l’axe foie-hypothalamus-hypophyse-
surrénale. Or un jeûne de 18 heures provoque une baisse de 60% du taux d’inactivation des
hormones corticosurrénaliennes par le foie. La prolongation du jeûne ne modifie pas par la suite
ce taux d’inactivation (Herbst et coll., 1960). Ainsi, suivant ces indications de la littérature,
quelle est la part de la sécrétion corticosurrénalienne après 48 heures dans l’élévation du taux
des corticostéroïdes chez le Rat soumis au jeûne et au froid ?
L’étude de la sécrétion hormonale in vitro nous permet d’analyser ce problème. Elle mettra
par ailleurs nettement en évidence l’aspect qualitatif de la réponse corticosurrénalienne, déjà
suggéré au niveau plasmatique par la différence de l’accroissement du taux de la 18.OH.DOC
et de la corticostérone.
L’âge des Rats, les conditions thermiques de mise au jeûne et au froid durant 48 heures
sont identiques aux données précédentes. Rappelons que les valeurs de la pré-incubation reflètent
l’activité sécrétrice de la glande in situ immédiatement avant le sacrifice de l’animal, les valeurs
de l’incubation représentent la capacité de réponse de la surrénale à une stimulation par
l’A.C.T.H. (30 mU d’A.C.T.H. Organon ; voir techniques).
Résultats.
Nos résultats montrent les faits suivants :
a) Au cours de la pré-incubation (tableau 9) seule la sécrétion de la 18.OH.DOC est aug¬
mentée de façon significative (P < 0,02) chez le groupe de Rats soumis au jeûne plus froid
Fteids initial
Préineubation
lncu
bation
9-
mg.
Corticostérone
P9/2 surr
18 OH DOC
Ps/Zsum
Corticostérone
P?/ 2 surr
1BOHDOC
pg/Ssurr
Rat» témoins
(12)
175 ± 4
33,93 + 0,82
0,87 ± 0,08
0,69+0,08
2,07 ± 0,06
1,35 i 0,10
Rais soumis
(l9)
. *
177 ± 3
39,19i 0,73**
1,15 ± 0,13
1,07 ± 0,10
4,30 ± 0,44
2,65 ± 0;i7
Tableau 9. — Sécrétion in vitro de la corticostérone et de la 18.OH.DOC par les surrénales de Rats normaux et soumis
48 h au jeûne et au froid.
Nombre de Rats et de dosages entre parenthèses.
* Poids avant la mise au jeûne et au froid. . nl
** Différences significatives par rapport aux témoins p < 0,02 et p < u,ui.
comparé aux Rats témoins
1,34 chez les Rats témoins
Les rapports de sécrétion corticostérone/18.0H.DOC qui sont de
et de 1,08 chez les Rats soumis au jeûne plus froid sont significa-
Source : MNHN, Paris
112
l. BOULOUARD
tivement différents (p < 0,01). Ces deux faits concordants traduisent la sécrétion
18 .OH.DOC au cours de l’exposition au jeûne et au froid du Rat.
acerue de l a
b) Au cours de l’incubation (tableau 9) une dose de 30 mU d’A.C.T.H. provoque une
mentation de la sécrétion de la corticostérone et de la 18.OH.DOC. Cette augmentation £
beaucoup plus importante dans le groupe de Rats soumis au jeûne et au froid que dans le oronl
de Rats témoins (p < 0,001). Les surrénales de Rats soumis au jeûne et au froid sont donc nli
sensibles à une stimulation hypophysaire que les surrénales de Rats témoins. Cette rénonl
accrue indique par ailleurs que, malgré une teneur hormonale plasmatique très importante
corrélative d’une hypertrophie glandulaire marquée, la surrénale n’est pas épuisée. Elle gardé
intacte sa capacité fonctionnelle.
c) Nous avons montré précédemment (chap. I, parag. c) que dans le cas du Rat exposé a
froid seul, la sécrétion de la 18.OH.DOC et de la corticostérone par la surrénale incubée in vitro
s’effectue suivant un rapport déterminé, identique pour chaque animal. Ce fait est confirmé dans
les conditions expérimentales présentes. Dans la limite des variations individuelles observées
le calcul nous permet de mettre en évidence l’existence de corrélations très significatives entré
la sécrétion de la corticostérone et de la 18.OH.DOC, respectivement au cours de la Dré-inn.ha
tion et de l’incubation (fig. 15).
ii
a.
0
0
^-'•"Tî) 1 ©Rois témoins 1
1
•t
(yl
| '© Rots jeûne + froid |
SêcréliOr
2 3 < 5
de lo corticostérone surr
lé^noins^^eR'atTsounUs^V^aiéjeTne^rau froid. 18 0H - D0G et de la corticostérone par les surrénales de Rats
Pré-incubations
Rats témoins :
Y = 0,73 X + 0,05, R = 0,73,
Rats soumis au jeûne + froid :
Y = 0,74 X +0,22 R = 0,91,
Rats témoins :
Y = 0,29 X +0,74, R = 0,56,
Rats soumis au jedne + froid :
<11 - 12, p < 0,01.
01 = 17, p < 0,001.
Incubations
dl = 12, p < 0,05.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT 113
Y = 0,29 X + 1,40, R = 0,72, dl = 17, p < 0,001.
Y = taux de la 18.OH.DOC en ng pour 2 surrénales ; X = taux de la corticostérone en ng
pour 2 surrénales.
La sécrétion des différents corticostéroïdes in vitro s’effectue donc suivant une proportion
relative bien définie. Une augmentation de la sécrétion de la corticostérone par la surrénale est
accompagnée d’une augmentation corrélative de la sécrétion de la 18.OH.DOC. L’analyse
statistique de ces données fait apparaître que les 2 droites de régression exprimant ces résultats,
présentent la même pente et ne diffèrent que par l’ordonnée à l’origine.
Test de parallélisme :
F = 0,03 ; n x = 1 ; n 2 = 28 ; P > 0,20.
Test de position :
F = 5,63 ; n 2 = 1 ; n 2 = 28 ; P < 0,02.
Ce résultat indique que chez les Rats soumis au jeûne et au froid, la sécrétion de la 18.0H.
DOC est augmentée d’une valeur constante indépendamment des variations de l’intensité
sécrétrice de la glande.
Il en est de même pour l'incubation avec une dose d'A.C.T.H.
Test de parallélisme :
F = 0,014 ; % = 1 ; n 2 = 28 ; P > 0,20.
Test de position :
F = 9,06 ; n x = 1 ; n 2 = 28 ; P < 0,01.
Ainsi une stimulation des glandes par l’hormone corticotrope détermine un accroissement
suivant une valeur fixe de la sécrétion de la 18.OH.DOC qui s’ajoute aux variations de l’intensité
sécrétrice de la glande chez chaque animal.
Ces résultats traduisent une sécrétion accrue de la 18.OH.DOC relativement à celle de la
corticostérone chez le Rat soumis au jeûne et au froid. Cependant, la façon dont s’exprime ici
cette réponse est originale si nous la comparons à celle observée chez le Rat au cours de l’accli¬
matation au froid.
En effet, chez le Rat soumis au froid seul, nous avons vu qu’après 72 heures, la sécrétion
des corticostéroïdes est accrue globalement et le rapport de sécrétion 18.0H.DOC/corticostérone
n’est pas modifié par rapport aux Rats témoins. Ce n’est qu’après 18 jours d’exposition au froid
que ce rapport hormonal est modifié, ce qui s’exprime alors par un changement de pente de la
droite de régression 18.0H.DOC/corticostérone (fig. 10).
Il est curieux de constater que chez le Rat soumis 48 heures au jeûne plus froid, l’augmen¬
tation de la sécrétion de la 18.OH.DOC s’exprime non par un changement de pente comme cela
paraîtrait logique, mais par un accroissement d’une quantité constante de 18.OH.DOC par
rapport à la sécrétion de corticostérone. L’aspect particulier de cette réponse représente-t-il
un stade intermédiaire de la régulation qualitative de la sécrétion corticosurrénalienne au cours
du temps, ou n’est-il que l’expression d’une réponse propre à ces conditions spéciales d’activité
glandulaire intense, comme le montre la très forte hypertrophie surrénalienne ?
Discussion.
Ces résultats sur la sécrétion durant la pré-incubation et l’incubation indiquent un accrois¬
sement de l’activité corticosurrénalienne chez le Rat au cours de l’exposition au jeûne et au
froid. Plus particulièrement, ils mettent en relief l’importance de la 18.OH.DOC dans ces
conditions de mobilisation des réserves de l’organisme. La sensibilité accrue à 1 A.C.T.H. des
surrénales, qui est le signe d’une stimulation accrue de ces glandes dans 1 organisme, est en
Source : MNHN, Paris
114
R. BOULOUARD
„ , nvpr les faits observés in vivo. Il est connu qu’une stimulation préliminaire
accord av ^ réponse corticosurrénalienne à une stimulation ultérieure par cette hori
.... 1954 : Bierich et coll., 1959 ; Nugent et cnil iokav
l i M «.AnvAlînn in nrir/i durant ln nr4-înniiRa+ïr»w 4»
Tou
mesuré
hormone
1959).
ticotrope (BAYLISS CL --- - ••
Toutefois, l’accroissement de la sécrétion in Mro durant la pré-incubation des glandes «
mesuré après 48 heures, n’est pas quantitativement en accord avec la forte élévation des teneurs
Tn corticostéroides du plasma. En effet, cher le Rat noum, nous avons observé précédemment
one le taux de la 18.0H.D0C dans le plasma est sensiblement triplé apres 72 heures d’exposition
au froid, tandis que la sécrétion in vitra est doublée (tableau 7) Par contre, chez le Rat soumis
48 heures au jeûne et au froid, la sécrétion in vitro de la 18.0H.DOC n est accrue que d’un facteur
1,5 alors que l’élévation de la teneur plasmatique, qui atteint 25 à 35 pg/100 ml, représente 5
à’10 fois la teneur initiale.
De même dans le cas de la corticostérone, le froid seul provoque un doublement de ] a
sécrétion in vitro et de la teneur plasmatique. Par contre, le jeûne plus froid accroît d’un fac¬
teur 3 la teneur plasmatique, élévation qui n’est pas corrélative d’une sécrétion accrue de façon
significative après 48 heures. Donc dans le cas du jeûne et du froid, la diminution du taux
d’inactivation des corticostéroides par le foie joue un rôle important dans la régulation du taux
des corticostéroides au niveau du sang périphérique.
Nous pouvons maintenant, d’après ces données, rendre compte de l’évolution de l’activité
corticosurrénalienne chez le Rat exposé au jeûne et au froid. La sensibilité accrue des glandes
à l’A.C.T.H., de même que l’hypertrophie surrénalienne, indiquent une forte stimulation du
cortex surrénalien dans les premiers temps de mise au jeûne et au froid. Il y a ensuite intervention
prépondérante du foie dans la régulation du taux hormonal plasmatique ce qui permet une
économie de l’activité sécrétrice. Cette interprétation est en accord avec les observations
effectuées chez l’homme soumis au jeûne. Il apparaît alors une diminution du taux des 17-céto-
stéroïdes urinaires malgré un maintien, ou une élévation de la teneur en hydrocortisone du
plasma (Miller et coll., 1948 ; Huseby et coll., 1959 ; Neuwirth et coll., 1964). Il faut noter
que cette régulation par le foie du niveau hormonal sanguin est très fine, elle permet, comme
nous l’avons vu, un accroissement du taux des corticostéroides qui est fonction de la mobilisation
des réserves de l’organisme.
Il découle de nos résultats et de cette discussion que ce ne serait pas tant la quantité de
corticostéroides sécrétés par la surrénale qui rendrait compte de l’intervention accrue de la
fonction corticosurrénalienne, mais la teneur hormonale plasmatique.
Nos résultats sur l’activité corticosurrénalienne chez le Lérot en hibernation, que nous
exposerons dans la deuxième partie de ce travail, mettront ce fait plus nettement en évidence.
Remarquons par ailleurs, que le cas du jeûne et du froid est un cas particulier et que très
généralement il y a accord entre l’intensité de la sécrétion glandulaire et la teneur en hormone
du plasma ainsi que nous l’avons observé par exemple, dans le cas du Rat exposé au froid et
noum.
Conclusions.
t ?sftunî,rV eÛne et . au froid détermine après 48 heures une élévation de la sécrétion
■ UC. La sécrétion de la corticostérone n’est alors que faiblement accrue.
élévflîinÏÏn^ 6 ” 611 ?’ cet t accr °issement de sécrétion n’est pas en accord avec la très forte
dans pps pl f“ atl( l ue > . de ces hormones observée précédemment. Il semble donc que,
essentiel dans la n f’ ? 5 aUX j d lnactivation des hormones circulantes par le foie joue un rôle
essentiel dans la régulat.on du taux plasmatique des corticostéroides
souligne^e^métaholism^H^ffA de sécrétion observée entre la 18.OH.DOC et la corticostérone
logique différenciée dllïérent de ces hormones et ainsi probablement leur action physio-
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 115
B. — ACTION DU JEUNE ET DU FROID CHEZ LE COBAYE
L’étude de 1 action du jeûne et du froid chez le Cobaye nous permet, d’une part de vérifier
le caractère général de la réponse corticosurrénalienne aux conditions d’accroissement du méta¬
bolisme et de mobilisation des réserves énergétiques chez le mammifère de petite taille ; d’autre
part, elle nous permet de comparer cette réponse entre deux espèces dont la nature qualitative
de la sécrétion corticosurrénalienne est différente. Il est bien connu que chez le Cobaye le cortico-
stéroïde prépondérant dans le plasma est l’hydrocortisone (Done et coll., 1952).
Poids final des
animaux
poids des surrénales
mg.
teneurs plasmatiques des
17 OH es pg J 100 ml.
ssr
374\
382
3681
>381
404 !
<01
360 1
1<6,3^
1<3,6
185,8
>168.5
157,6 f
212,2 1
165,ej
38,el
35,< I
36,5 1
«.3
<8,3 1
31,1 J
375
382
152,2
128,8
52,8j
Cobayes
3 heures
au Froid
37l\
372
367
>378
3<7 f
<16
398J
166,o"!
163.1
198.2
>18<,0
192.2 1
18<,6
199,8j
<9,0’\
19.1
38,9 1
> 63,8 b 1<,2
90,5 |
72.2 1
113,0 J
au froid
372Ï
<05
>381
3« [
<05j
196,3^
179,7 >167,5
1<2.0
152,2J
89,7>
71,3 >67,9± 10,0
69,7 [
Cobayes
2< heures
au froid
307)
33<
322 l
>320
30<
312
342 J
1<8,5^
155,3
186.1 l
>195,5
186.2 I
216,9)
130,0 )
53,1
73 < 1
> 106,1 ± 17,0
62,0 |
187,<
131,0 )
Tableau 10. — Action du jeûne et du froid sur le taux des 17.OH.Cs du plasma chez le Cobaye.
Résultats.
L'action du jeûne et du froid (4,5 ”C) détermine chez le Cobaye une élévation de la teneur
plasmatique des 17 -hydroxycorticostéroïdes qui devient significative pour une durée d exposi-
Source : MNHN, Paris
116
R. BOULOUARD
.... Q heures (p < 0,02) et est hautement significative à 24 heures (p < q nn
ft°hieauWrcètt° aligœentation du taux des 17-hydroxycorticostéroîdes examinés en [„„£
du^ogarithme des temps d’exposition au troid s’exprime par une régression linéaire (ii g . %
Y = 46,1 X + 40,1 ; X = log. des temps en heures ; Y = taux des 17-hydroxycorticostéroïdes
en ng pour 100 ml de plasma.
Test de signification :
F = 6,25 ; n 2 = 1 ; n 2 = 16 ; p < 0,05.
Test de linéarité :
F = 0,115 ; n x = 2 ; n 2 = 14 ; p > 0,20.
Discussion.
Ces résultats font apparaître que chez le Cobaye, de même que chez le Rat, le jeûne et le
froid augmentent l’activité corticosurrénalienne d’autant plus que l’action de ces deux facteurs
se prolonge, donc que probablement la mobilisation des réserves de l’organisme est importante.
Cette augmentation du taux des 17-hydroxycorticostéroïdes est très probablement imputable,
pour sa plus grande part, à un accroissement de la teneur plasmatique en hydrocortisone. En
effet, nous n’avons pu déceler chez cette espèce, par analyse chromatographique de la sécrétion
des surrénales incubées in vitro, la présence de 18.OH.DOC.
Un aspect original de la réponse corticosurrénalienne au facteur jeûne plus froid du Cobaye
comparé au Rat apparaît ainsi : tandis que chez le Rat nous décelons au niveau plasmatique
des quantités très importantes de la 18.OH.DOC associées à la corticostérone, chez le Cobaye
il y a très vraisemblablement augmentation uniquement (ou tout au moins en majeure partie)
de 17-hydroxycorticostéroïdes (hydrocortisone). Cette comparaison entre deux espèces animales
dont la nature qualitative de la sécrétion hormonale est bien différente, souligne le rôle parti-
cu îer e la 18.OH.DOC chez le Rat. Elle suggère par analogie une action hormonale de type
g uco-co icoîde pour ces corps. Un fait semblable sera observé ultérieurement chez deux
' eraa " s au cours du sommeil hivernal. La réponse corticosurrénalienne s’exprime alors aussi
en e ement par la variation du taux plasmatique de l’hydrocortisone.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT
117
Conclusions.
L’exposition au jeûne et au froid détermine chez le Cobaye une forte élévation du taux des
17 -hydroxycorticostéroïdes dans le plasma. Cette élévation est proportionnelle au logarithme
du temps d exposition au froid.
Ce résultat obtenu chez le Cobaye est analogue à celui observé précédemment chez le Rat.
Il souligne le caractère général de l’action du jeûne et du froid chez le mammifère homéotherme
permanent de petite taille.
G. — DISCUSSION
Nos résultats font apparaître une réponse corticosurrénalienne de nature quantitative aux
facteurs jeûne et froid chez le Rat et le Cobaye. Chez le Rat, l’élévation du taux des cortico-
stéroïdes plasmatiques est proportionnelle à la perte de poids. De même chez le Cobaye l’accrois¬
sement du taux des 17-hydroxycorticostéroïdes est proportionnel au temps d’exposition au
jeûne et au froid.
Rixon et Stevenson (1957), ont montré que la perte de poids chez le Rat soumis au jeûne
ou au jeûne plus froid est fonction du taux du métabolisme (consommation d’oxygène/min./
100 g) mesuré avant la mise au jeûne ou durant celui-ci. Il résulte que la chute pondérale que
nous observons reflète bien une mobilisation des réserves énergétiques corporelles. Celle-ci
dépend en effet de l’intensité du niveau du métabolisme et du temps passé au froid.
Nos données mettent donc en évidence une intervention très importante de l’activité cortico¬
surrénalienne lors des phénomènes de mobilisation des réserves énergétiques. Elles confirment
et étendent l’observation de Shepherds et coll. (1952) suivant laquelle la mise au froid détermine
une chute du cholestérol surrénalien plus important chez le Rat soumis préalablement au jeûne
que chez le Rat nourri. Déjà en 1934, Pfiffner et coll. avaient noté que chez le Chien surréna-
lectomisé, les besoins en hormones corticales sont plus élevés dans les conditions de jeûne.
L’ensemble de ces résultats rend compte de l’activité accrue de la corticosurrénale chez le
Rat soumis au froid seul, qui apparaît uniquement et de façon moins intense au cours de la
phase initiale de mise au froid, c’est-à-dire celle où l’on observe un déficit de la balance énergé¬
tique de l’animal.
Quel est le rôle de la fonction corticosurrénalienne dans cette fourniture de métabolites
d’origine endogène, nécessaire pour maintenir l’homéothermie ?
L’essentiel de l’accroissement de la production de chaleur chez l’animal soumis au froid est
d’origine musculaire, ce qui semble impliquer des besoins accrus en glucose. Cependant, il est
maintenant reconnu que les acides gras sont une source importante d’énergie pour le muscle
(Issekutz et coll., 1966; Masoro et coll., 1966). Par ailleurs, les lipides ont été longtemps
considérés comme étant le combustible préférentiellement utilisé pour subvenir à l’accrois¬
sement de la dépense calorique chez l’animal soumis au froid (Page, 1957).
Toutefois, même aux premiers temps de l’exposition au froid, la fourniture de chaleur ne
peut être assurée uniquement par une augmentation des oxydations des réserves lipidiques et
des acides a cétoniques provenant du catabolisme des protéines. En effet, Dépocas (1960) a mis
en évidence que chez le Rat nourri, acclimaté à 30 °C et soumis à 6 °C, il y a un accroissement de
l’oxydation du glucose proportionnel à l’augmentation de l’intensité du métabolisme. Le
phénomène reste identique chez le Rat soumis préalablement au jeûne pendant 24 heures, puis
soumis au froid.
Comme dans ces conditions de jeûne et de froid il y a disparition du glycogène hépatique
et une baisse importante du glycogène musculaire, la gluconéogénèse doit et peut satisfaire
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
l'élévation des besoins en glucose chez le Rat soumis au froid et au jeûne. Ces observations „ e
Dépocas contredisent l'argumentation d'une oxydation préférentielle des acides gras chez”'
Rat soumis brutalement au froid.
La mise en évidence de la nécessité d'une intervention de la gluconéogénèse chez le R.,
soumis au froid et encore plus nettement chez l'animal soumis au jeûne plus froid pe rme
d’envisager que l’accroissement très important de 1 activité corticosurrénalienne que nous
observons est en relation, tout au moins pro parte, avec la fourniture de glucose. Cette interpré
tation permet de mieux comprendre l'observation de Sterling et Longwell (1953), suivant
laquelle l'injection de glucose diminue la réponse corticosurrénalienne chez le Rat soumis au
froid.
Remarquons cependant que le mode d’action des corticostéroïdes dans le mécanisme de la
gluconéogénèse reste très controversé (Landau, 1965). En outre, une action des hormones
corticosurrénaliennes dans la mobilisation des lipides peut être envisagée (Hill et coll., 1965 ),
Cette discussion sera reprise et développée ultérieurement, après l’exposé de nos résultats sur
l’activité corticosurrénalienne chez l’hibernant au cours de la période de léthargie hivernale.
D. — CONCLUSIONS
La réponse corticosurrénalienne aux agressions physiologiques déterminant une mobilisation
des réserves de l’organisme est de nature quantitative. L’élévation du taux plasmatique des
corticostéroïdes (corticostérone et 18.OH.DOC chez le Rat, 17-hydroxycorticostéroïdes chez le
Cobaye) est proportionnelle à la perte de poids.
Par ailleurs, l’étude de la sécrétion in vitro de la surrénale et des variations de la teneur des
corticostéroïdes du plasma met en évidence chez le Rat l’intervention privilégiée de la 18.0H.
DOC par rapport à la corticostérone dans ces conditions de déficit de la balance énergétique.
En effet, 1 accroissement du taux de la 18.OH.DOC est relativement beaucoup plus important
que celui de la corticostérone.
Ces résultats ont été confrontés avec les données de la littérature sur les modifications du
métabolisme énergétique observées dans ces conditions. Ils suggèrent que l’intervention de la
fonction corticosurrénalienne permet de suppléer aux besoins accrus de l’organisme en glucose.
Cette intervention de la fonction corticosurrénalienne en relation avec la mobilisation des
L? ves ^ or 8 an * sme ser a à nouveau mise en évidence chez le mammifère hibernant au cours de
1 hibernation.
CHAPITRE III
ÉTUDE DES VARIATIONS DE LA SÉCRÉTION
m- ta ,o ™ DE ^ TENEUR PLASMATIQUE
LA 18.OH.DOC PAR RAPPORT A LA CORTICOSTÉRONE
CTTP.t; LE RAT
SOUMIS A DIVERSES CONDITIONS EXPÉRIMENTALES
18.0H.DOC U sont assopféM 6 n° US & mo . ntré c l ue , les sécrétions in vitro de la corticostérone et de la
. De même les variations relatives du taux de la corticostérone et de la
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT
119
18.0H.D0C dans le plasma sont parallèles, tant au cours de l'adaptation au [roid que lors de
l’action du jeûne et du froid.
Toutefois, nous avons vu que ces faits n’excluent pas une adaptation qualitative de la
sécrétion corticosurrénalienne et il est apparu que dans ces conditions expérimentales la sécrétion
de la 18.0H.DOC était favorisée. Ainsi tout se passe comme si la corticosurrénale adaptait sa
sécrétion en hormones ayant 1 activité physiologique la plus appropriée aux conditions de
l’agression subie.
Nous nous proposons, dans ce chapitre, d’examiner la réponse corticosurrénalienne chez le
Rat soumis à diverses conditions expérimentales. Cette étude nous permettra de préciser l’ori¬
ginalité du métabolisme de la 18.0H.DOC par rapport à celui de la corticostérone.
Avant l’exposé de nos résultats, nous rappellerons brièvement quelques données biblio¬
graphiques.
Outre la 18.0H.DOC il existe chez le Rat un autre 18-hydroxycorticostéroïde : la 18-hy-
droxycorticostérone (18.0H.B) qui est sécrétée en quantité 10 fois plus faible (Péron, 1962).
La formule de la 18.0H.B est très proche de l’aldostérone puisqu’une simple oxydation de la
fonction alcool en C.18 permet d’obtenir le minéralocorticoïde. Ulick et coll. (1964), Pasqualini
(1964), Nicolis et Ulick (1965) ont émis l’hypothèse que la 18.0H.B serait le précurseur
immédiat de l’aldostérone lors de la biosynthèse de cette hormone. Cette interprétation est
controversée (Venning, 1965).
La 18.0H.DOC n’est pas sécrétée par la zone glomérulée comme la 18.0H.B, mais par les
zones corticosurrénaliennes plus internes, fasciculée et réticulée (Lucis et coll., 1961 ; Sheppard
et coll., 1963). Les facteurs qui affectent la production de la corticostérone, tels le glucose, le
calcium, l’inosine, l’A.C.T.H., affectent la production de la 18.0H.D0C (Ward et Birmingham,
1960) . L’A.C.T.H. contrôle in vitro, la synthèse de la corticostérone et de la 18.0H. DOC. La
sécrétion de l’aldostérone échappe en grande partie au contrôle par l’A.C.T.H. (Lucis et coll.,
1961) .
Il résulte de ces données que la sécrétion de la 18.OH.DOC est indépendante de celle de
l’aldostérone. L’action d’un facteur stimulant commun explique les sécrétions corrélatives de la
18.OH.DOC et de la corticostérone que nous avons observées. Cependant les faits expérimentaux
que nous allons décrire suggèrent un déterminisme plus complexe de la sécrétion de ces
hormones.
A. — INFLUENCE DE L’ANESTHÉSIE A L’ÉTHER
SUR LE TAUX PLASMATIQUE DE LA 18.OH.DOC
ET DE LA CORTICOSTÉRONE
Il est bien connu que toute agression banale telle qu’un choc émotif provoqué par le simple
transfert de l’animal d’une pièce à une autre, une stimulation électrique brève, ou 1 anesthésie
à l’éther, détermine une augmentation de l’activité corticosurrénalienne chez le Rat (Fortier,
1958 ; Jonec et coll., 1966). Cette réponse est caractérisée chez cette espèce par sa rapidité.
Une augmentation du taux de la corticostérone plasmatique est décelable 2 minutes 1/2 après
l’administration d’un stimulant électrique bref (Fortier et coll., 1959). Elle atteint son maxi¬
mum au bout de 10 minutes et revient au niveau basal après 1 heure. En raison de la sensibilité
extrême de l’axe hypophyse-corticosurrénale chez le Rat, Holzbauer (1957), insiste sur les
difficultés rencontrées pour obtenir une valeur du niveau basal des corticostéroïdes chez le
Rat. A la différence de l’éther, le penthobarbital procure une anesthésie sans phase initiale
d’excitation de l’hypophyse, à condition d’utiliser une dose produisant rapidement un sommeil
profond (Holzbauer et Vogt, 1958 ; Maniey, 1967).
Nous avons comparé les effets de l’anesthésie à l’éther et au nembutal sur le taux plasma¬
tique de la 18.OH.DOC et de la corticostérone chez le Rat. Les animaux sont saignés 4 à
Source : MNHN, Paris
120
R. BOULOUARD
„ . . „„ rie , p début de l’application de l’anesthésique, ils sont alors en état de sommeil
5 in U d excepté dans le cas de l’anesthésie au nembutal, à faible dose qui nécessite u n délai
variable' de^à 15 minutes, la perte de sensibilité n'étant pas toujours totale.
Résultats.
T résultats sont portés sur le tableau 11. Nous voyons que l'anesthésie à l'éther ou au
nembutal à faible dose élève considérablement le taux de la corticostérone dans le plasma, mais
Corticostérone
jig J 100 ml
1BOHDOC
jj g/100 ml
Anesthésie à l'éther
34,4 - 33,0
40,0 - 34,0
4,6 - 5,3
2,0 - 3,4
Anesthésie au nembutal
31,8 - 35,5
39,0 — 54,0
6,0 — 3,2
8,3 _ 2,0
Anesthésie ou nembutal
20 mg^/animal
16.5 - 13,0
14.6 — 19,8
3,5 — 3,3
4,7 — 5.8
Tableau 11. — Influence de l’anesthésie à l’éther ou au nembutal sur le taux de la corticostérone et de la 18.OH.DOC
dans le plasma chez le Rat.
Poids des Rats : 200-240 g. Chaque dosage est effectué sur le plasma de 4 animaux groupés.
est, au contraire, sans action sur le taux de la 18.OH.DOC. La réponse corticosurrénalienne à
une agression brève semble donc s’exprimer essentiellement par une sécrétion accrue de
corticostérone.
Discussion.
Cortès et coll. (1963) ont montré que chez le Rat hypophysectomisé depuis 4 et 6 heures, la
stimulation de la surrénale par l’A.C.T.H. injectée dans la veine surrénalienne provoque une
élévation concomitante de la sécrétion de la corticostérone et de la 18.OH.DOC. Ce fait s’accorde
mal avec nos données sur la réponse corticosurrénalienne rapide à une agression qui, au niveau
plasmatique, concerne uniquement la corticostérone. Deux interprétations peuvent rendre
compte de ces résultats divergents :
a) La sécrétion de la 18.OH.DOC est augmentée comme celle de la corticostérone mais
1 accroissement de la sécrétion de la 18.OH.DOC est corrélatif d’un catabolisme de cette hor-
mone au niveau du foie, proportionnel à l’élévation de sa sécrétion. Bien qu’un métabolisme
durèrent de la 18.OH.DOC et de la corticostérone soit probable, l’intervention quantitative et
immédiate d un tel phénomène paraît peu vraisemblable.
b) La sécrétion de la 18.OH.DOC et de la corticostérone sont respectivement sous la dépen
aance d une stimuline spécifique. En relation avec cette dernière hypothèse, Mialhe-Volosi
ritrr qu / pres * un stimulus neurotrope la réserve de corticotrophine de la post
rapidement mobilisée ; l’anté-hypophyse ne prend vraisemblablement pas par
saire P I a Sü?*' Par . c ° ntre > les stlmuli systémiques mettent en jeu l’A.C.T.H. préhypophy
saire’si on Si» hy l? hysaire à ra 8 ression est plus rapide que la réponse antéhypophy
si on considéré son effet au niveau de l’hypophyse et au niveau de la surrénale ». Il faudrai
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 121
alors admettre que la corticotrophine posthypophysaire agirait uniquement sur la sécrétion de
la corticostérone, la sécrétion de la 18.OH.DOC serait sous la dépendance de l’A.C.T.H. antéhy¬
pophysaire dont la libération est plus lente. Les faits observés dans l’expérience suivante per¬
mettent d envisager favorablement cette dernière interprétation.
B. — ACTION DE LA MISE EN HYPOTHERMIE
SUR LE TAUX PLASMATIQUE DE LA 18.OH.DOC ET DE LA CORTICOSTÉRONE
Le refroidissement à 17 °C de la température corporelle du Rat est obtenu par deux méthodes
différentes :
a) Méthode a frigore : le Rat est baigné dans de l’eau glacée. Brutale et agressive, cette
méthode provoque une réaction métabolique maximale (métabolisme de sommet de Giaja,
1925). Le refroidissement est très rapide, 15 à 20 minutes. Dans ce cas, l’abaissement des
oxydations est la conséquence de l’hypothermie.
b) Méthode par hypoxie hypercapnique : l’animal est enfermé dans un bocal placé à 5 °C.
Par suite de l’abaissement de la tension en oxygène, l’animal ne peut augmenter ses combustions.
Le refroidissement est obtenu au bout de 2 heures. Ici l’hypothermie est la conséquence de
l’abaissement de l’intensité des oxydations (Giaja, 1954). L’intérêt de cette étude est de mettre
en évidence des variations de la teneur plasmatique de la 18.OH.DOC très différentes suivant
le procédé de refroidissement utilisé.
Résultats.
Les résultats sont résumés sur la figure 17.
a) Dans le cas du refroidissement a frigore, la réaction physiologique de l’animal est très
intense, mais brève. Elle ne dure sensiblement pas plus de 10 minutes. L’élévation de la teneur
en corticostérone du plasma est extrêmement élevée (65 ng pour 100 ml). Elle est la teneur la
plus importante que nous ayons observée chez le Rat mâle en réponse à une agression. Il est
frappant de voir que dans ces conditions le taux de la 18.OH.DOC est très abaissé, voire nul.
L’interprétation de ces résultats par un catabolisme accru de la 18.OH.DOC et supérieur à
l’accroissement de leur sécrétion, est difficilement soutenable.
b) Dans le cas du refroidissement par hypoxie hypercapnique, la chute de la température
corporelle est obtenue après un temps relativement beaucoup plus long et nous observons après
2 heures une augmentation simultanée du taux de la 18.OH.DOC et de la corticostérone. Le
poids de la surrénale est légèrement accru, la durée de l’agression est donc suffisante pour se
manifester pondéralement sur la glande, ce qui n’est pas le cas du Rat refroidi a frigore (Bou-
louard et Buzalkov, 1963). Il faut alors noter que l’élévation du taux de la 18.OH.DOC
(7 fois la valeur initiale) est plus importante que l’élévation du taux de la corticostérone (3 à
4 fois la valeur initiale). Ainsi, suivant l’hypothèse d’un catabolisme différent de ces hormones,
il faudrait admettre ici que l’inactivation de la 18.OH.DOC est plus ralentie que celle de la
corticostérone.
Discussion.
L’interprétation de ces résultats par des variations opposées suivant les conditions physio¬
logiques de l’inactivation de la 18.OH.DOC et de la corticostérone bien que ne pouvant etre
totalement exclue, est peu convaincante. Par contre, l’hypothèse d’une intervention de deux
facteurs corticotropes différents, tels par exemple l’A.C.T.H. d’origine post-hypophysaire dans
le cas d’une agression brève (Rat refroidi a frigore ) et agissant uniquement sur la sécrétion de la
Source : MNHN, Paris
R. BOULOUARD
cortncostérone, etl'A.C.T.H. d'origine anté-hypophysaire dans le tudta agression prolongé,
(Rat refroidi par confinement) et agissant sur la sécrétion de la 18.0H.D0Ci et de la cortico.
stérone, est plus séduisante si l'on admet, soit une structure, sort un temps d'aetion, différent
pour ces deux A.C.T.H.
^ I0 'et dela^cort^costérone'chez le^at^ ermie 61 d “ réchau£tement consécutif sur le taux plasmatique de la 18.OH.DOC
A propos de cette existence éventuelle de deux facteurs corticotropes, il est intéressant de
rappeler qu un certain nombre de travaux a suggéré l’existence, outre la stimuline hypophysaire
rmman a libération d acide ascorbique par la surrénale et la sécrétion des corticostéroïdes,
a . e stl ™ uline provoquant l’hypertrophie de la surrénale. Ce dernier facteur disparaît
Cw!!!S aU cours de la purification de l’A.C.T.H. (voir Studzinski, 1963). De même,
l'hvnnnWo „ t a montré chez le Rat soumis à une agression, une dissociation de la teneur de
de^vnprtr n n n i, aCteUr A re ^ 0nSable de la sécrétion de s corticostéroïdes et en facteur responsable
du taux Hp 1 fnu nnp 1 j 11 ” 6 'i^ r ' chaque fois que nous observons une élévation importante
elandulairp rh P * î d f n !,? pl as ma, celle-ci est corrélative d’une augmentation du poids
propoïr-eun Ra î r f fr0ldi Par h yP 0xie hypercapnique, le taux d ! la 18.OH.DOC est
un fait identimiP S£!Îi de la ® ul l énale (Boulouard et Buzalkov, 1963). Nous avons observé
ciation du facteur «cnn *î at so . umis au jeûne et au jeûne plus froid (chap. II). L’asso¬
la 18 OH DOC npnt «• n * a ?* e de 3 cro * ssance glandulaire et du facteur agissant sur le taux de
Ao.vn.uuL peut ainsi etre envisagé.
corticostérone aû d ? vari î tio, : s respectives du taux de la 18.OH.DOC et de la
p asmatique chez le Rat soumis à une agression brève ou prolongée,
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 123
peut suggérer que la sécrétion de ces hormones est partiellement sous la dépendance de facteurs
hypophysaires différents. r
G. — INFLUENCE DE LA THYROÏDECTOMIE
SUR LA TENEUR PLASMATIQUE DE LA 18.OH.DOC
ET DE LA CORTICOSTÉRONE CHEZ LE RAT SOUMIS AU FROID
Les Rats sont thyroïdectomisés depuis 8 jours. La réponse corticosurrénalienne au niveau
plasmatique est comparée à celle observée chez des Rats pseudo-opérés (Rat normal; Bou-
louard, 1959). Cette étude nous montre un exemple d’une évolution différente de la teneur
plasmatique en 18.OH.DOC et en corticostérone suivant l’état physiologique du Rat soumis
au froid.
Résultats.
Nous voyons (tableau 12) que l’exposition au froid pendant 3 à 6 heures du Rat normal et
thyroïdectomisé détermine une augmentation très significative de la teneur en corticostérone
Temps au froid
Rat normal
Rat thyroïdectomisé
0
7,9 ± 2,8 (5)
7,7 ±2,0 (6)
O
fi
3
8.1 ± 3.0 (ô)
10.5 ± 1,6 (6)
6
11.5 ± 4,1 (4)
15,2 ±1,9 (6)*
g
0
13,4 ±1,4 (8)
11,9 ±1,7 (8)
i
s
3
26,0 ±2^ (7)"
19,5 ±17 (7)**
i
o
»
23,1 ± 3,3 (S)**
22,4± 2,8 (5)**
Tableau 12. — Influence de la thyroïdectomie sur le taux plasmatique de la corticostérone et de la 18.OH.DOC chez
le Rat soumis au froid.
Nombre de dosages entre parenthèses.
* et ** différences significatives par rapport au temps O p < 0,05 et p < 0,01.
La différence du taux de la corticostérone à 3 h entre les 2 groupes, est à la limite de signification t = 2,12
dl = 12.
du plasma. Cette élévation est toutefois plus lente chez le Rat thyroïdectomisé qui présente,
par contre, un accroissement plus rapide et plus important de la teneur plasmatique en
18.OH.DOC. Ce résultat est à rapprocher de l’observation de Mac Carthy et coll. (1959) suivant
laquelle le traitement du Rat par un antithyroïdien (acide p-aminobenzoïque) élève considé¬
rablement la teneur plasmatique en chromogènes Porter-Silber (18.OH.DOC), tandis que la
teneur en corticostérone devient très faible ou nulle. Ces données mettent nettement en évidence
l’importance physiologique particulière de la 18.OH.DOC comparée à la corticostérone dans
certaines conditions expérimentales.
Source : MNHN, Paris
124
B. BOULOUARD
D - ÉTUDE DE LA LIAISON DE LA CORTICOSTÉRONE
ET DE LA 18.OH.DOC AVEC LES PROTÉINES PLASMATIQUES
Le comportement original de la 18.OH.DOC par rapport à la corticostérone apparaît net
tement si nous examinons l’état de ces hormones dans le plasma.
Nous avons utilisé la technique de filtration du plasma sur gel Sephadex G 200 (Boulouard
et Fontaine, 1964) (voir méthodes). Une première expérience est réalisée à l’aide des méthodes
biochimiques de dosage de la 18.OH.DOC et de la corticostérone. Afin d’avoir une quantité
suffisante de ces corticostéroïdes pour permettre leur dosage sur les différentes fractions séparées
par filtration sur gel, nous avons utilisé du plasma de Rats soumis 48 heures au jeûne et au
froid.
Une seconde expérience est réalisée en ajoutant, in vitro, à du plasma de Rat normal, anes¬
thésié au Nembutal, une dose traceuse de corticostérone 4-C 14 et de 18.OH.DOC 1-2 H 3 . Dans
ces conditions, la teneur des corticostéroïdes plasmatiques est faible.
Résultats.
Les résultats de ces deux expériences sont identiques. Nous voyons (fig. 18 et 19) que la
18.OH.DOC et la corticostérone sont respectivement liées à un facteur spécifique différent. Le
facteur liant la corticostérone chez le Rat se trouve élué sur la colonne de G 200 dans les mêmes
fractions que le facteur (transcortine) liant l’hydrocortisone chez l’homme (résultat inédit),
ce qui indique une parenté biochimique entre ces facteurs (poids moléculaire sensiblement
identique 50 à 60 000). Par contre, le facteur liant la 18.OH.DOC se trouve élué dans la zone
des albumines.
no. 276 mji Cond.MMHO
18 OH DOC Corticostérone
, 2 . R0/ m . MB/ml- A
Volume d'effluent ml
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT
125
Volume d'effluent ml
, , , Absorption des protéines à 276 mp
a_a_a Radioactivité de la corticostérone 4-C 14
A......A....A Radioactivité de la 18OH DOC H 3
Conductivité
Chaque fraction correspond à 10^ ml d'effluent.
Fio. 19. — Filtration sur Séphadex G 200 de 8 ml de plasma de Rat auquel est ajouté à dose traceuse de la cortico¬
stérone 4-C 14 et de la 18-hydroxy-II-désoxycorticostérone marquée au tritium (18.OH.DOC. H*).
Chaque fraction correspond à 10,5 ml d’effluent.
des sels. Par contre, dans le cas de la 18.OH.DOC, on observe une dissociation importante de la
liaison : 47% dans le cas de l’hormone stable et 51% dans le cas de l’hormone radioactive. La
dissociation protéine-18.0H.DOC n’est pas le résultat d’une faible capacité de liaison de la
protéine. En effet, nous voyons que la fraction dissociée est sensiblement analogue dans le cas
où la teneur plasmatique de la 18.OH.DOC est faible (plasma de Rat normal) et dans le cas où
cette teneur est importante (plasma de Rat soumis au jeûne plus froid). Cette dissociation
importante de la 18.OH.DOC traduit donc une affinité de liaison protéine-18.0H.DOC nettement
plus faible que celle transcortine-corticostérone. Il en résulte que la fraction libre de la
18.OH.DOC est plus importante que celle de la corticostérone. Si l’on admet que, seule, cette
fraction libre supporte les propriétés physiologiques de l’hormone (Slaunwhite et coll. 1962),
il apparaît qu’une concentration globale du plasma en 18.OH.DOC plus faible que celle en corti¬
costérone pourra cependant être associée à une action physiologique prépondérante.
E. — INFLUENCE DU RÉGIME ALIMENTAIRE
SUR LA SÉCRÉTION DE LA 18.OH.DOC
ET DE LA CORTICOSTÉRONE CHEZ LE RAT
Si l’on excepte le cas d’une agression brève (anesthésie et refroidissement a frigore ) tous nos
exemples précédents (influence du froid, du jeûne, de la thyroïdectomie) nous montrent que les
variations soit de la teneur en corticostérone et 18.OH.DOC du plasma, soit de la sécrétion de
ces hormones par la glande, sont associées. Seul l’aspect qualitatif de la réponse dans ces diverses
conditions expérimentales varie, l’importance relative de la 18.OH.DOC par rapport à la cortico-
Source : MNHN, Paris
B. BOULOUARD
„ „ on) L ’étude de l’influence du régime alimentaire est un nouvel exemple de cette
ÏÏSSÏÏStZ. variations corticostérone-lS.OH DOC.
Fies Rats Sués de 3 semaines sont nourris pendant 2o jours à 1 aide d un régime équilib r(
du commerce, fourni à volonté et auquel est ajouté de 1 orge. Dans ces conditions, les R, u
consomment préférentiellement l'orge et ne s’alimentent avec le régime équilibré qu’ap*
éSemrat de la céréale. La consommation de régime équilibré chez ces Rats est en moyenne
Z 4 3 g par jour, contre 12,7 g pour les Rats témoins. Les animaux expérimentés, comme l, s
témoin? reçoivent un supplément de salade, de carotte et d huile de foie de morue.
Résultats.
Les effets de ce régime sur l’activité corticosurrénalienne sont très nets. La sécrétion de la
18.OH.DOC et de la corticostérone est diminuée de moitié par rapport aux Rats témoins, la
différence est très significative P < 0,001 (tableau 13).
Poids initial
Poids final
Poids des
Sécrétion^ cor!
cosurrénalienne
g-
10 Décembre
g.
Corlicostérone
18 OH DOC
Rais témoins
régime UAR
(7)
<6.1 ± 2,2
15<,6 ± 5,87
31,5 ± 1.12
2,97 ± 0,18
1,48 ±0,15
Rols régime orge
♦ régime UAR
(7)
<5,6 t 2p
134,1-+ 5,3<*
28,2 ± 0,93*
137 ± 0,22**
0,69 ± 0,13 **
Tableau 13. — AcUvité corticosurrénalienne chez le Rat en fonction du régime alimentaire.
Nombre d’animaux et de dosages entre parenthèses.
* et ** différence significative p < 0,05 et p < 0,001.
Cette action du régime peut se manifester par suite de sa pauvreté en protéine, sa richesse
accrue en glucide et son rapport Na/K faible (Fontaine, 1957). Il est connu qu’un régime
déficient en protéines provoque une atrophie de la surrénale, un régime riche en glucides diminue
la réponse corticosurrénalienne à une agression (Deane, 1962). Si ce sont ces deux facteurs qui
interviennent, un rôle de type glucocorticoïde de la 18.OH.DOC par association avec la cortico¬
stérone peut etre suggéré. Toutefois, Adam et coll. (1965) ont montré qu’un régime déficient
en proteine ne provoque aucun changement ou augmente la teneur en corticostérone de la
surrénale et il est probable que la faible valeur du rapport Na/K du régime fourni soit la cause
essentielle de la diminution de la sécrétion de la 18.OH.DOC et de la corticostérone. En effet,
• 5 ndfJ R °^ 6 ^ 1 j ENÎ ’ TEIN (1957), ont montré qu’un régime riche en potassium et pauvre en
nnn to 1 H mue la , séc f étl0 . n de la corticostérone et des chromogènes Porter-Silber (18.0H.
ontobs^é ,a . sé Y tl0n d’aldostérone est augmentée De même Marx et Deane (1963)
oins intprnps^ j régime accroît l’activité de la zone glomérulée et diminue celle des zones
elomérnlèP pt ia j- 6 • IS ! ocia J tlon entre l’augmentation de la sécrétion d’aldostérone par la zone
5 n rôî dïtvnp T ï? g lucoc °rticoïdes sécrétés par la zone fasciculée suggère à nouveau
un rôle de type glucocorticoïde pour la 18.OH.DOC.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT
127
F. — CONCLUSIONS
Il ressort de cette étude que le comportement de la 18.OH.DOC comparé à celui de la
corticostérone est original.
Ces hormones sont respectivement liées dans le plasma à un facteur spécifique différent.
La fraction hormonale libre de la 18.OH.DOC est plus importante que celle de la corticostérone.
Par ailleurs, en réponse à une agression brève, l’accroissement de la sécrétion de la 18.OH.DOC
paraît plus lent. Ces données mettent en évidence un métabolisme différent de la 18.OH.DOC et
de la corticostérone. Elles pourraient suggérer que la sécrétion de ces hormones est, tout au
moins partiellement, sous la dépendance de facteurs hypophysaires différents. Toutefois, en
réponse à une agression prolongée, les variations du taux plasmatique et de la sécrétion de ces
hormones sont généralement associées, elles sont sécrétées par la zone fasciculée. Le fait, joint
à l’intervention préférentielle de la 18.OH.DOC au cours des phénomènes de mobilisation des
réserves de l’organisme, suggère par analogie avec la corticostérone, un rôle de type gluco¬
corticoïde pour cette hormone.
A ce propos, il est curieux de remarquer que chaque fois que nous observons une augmen¬
tation très importante du taux de la 18.OH.DOC dans le plasma (cas du Rat soumis au jeûne
plus froid et du Rat refroidi par confinement) il y a une chute très importante, voire une dispa¬
rition du glycogène hépatique (le taux du glycogène hépathique est alors 10 à 30 fois plus
faible que chez le Rat normal ; résultats inédits).
En dernière analyse, l’exemple le plus suggestif d’un rôle de type glucocorticoïde de la
18.OH.DOC chez le Rat, est l’observation chez l’hibernant d’une corrélation entre la vitesse de
la chute corporelle au cours du sommeil hivernal et le taux plasmatique des 17-hydroxycortico-
stéroïdes (voir chap. II, 2 e partie). Le taux du glycogène hépatique est alors aussi abaissé. Le
rôle de la fonction corticosurrénalienne au cours du jeûne hivernal est donc analogue à celui
noté chez le Rat soumis au jeûne et au froid. Dans ces conditions, il y a intervention quanti¬
tative de l’hydrocortisone chez le Lérot et le Hérisson, de la 18.OH.DOC et de la corticostérone
chez le Rat. Nous avons interprété cette élévation de l’activité corticosurénalienne dans chacun
de ces cas, par le rôle joué par les glucocorticoïdes dans le mécanisme de la gluconéogénèse.
La 18.OH.DOC pourrait donc jouer un rôle en relation avec ces phénomènes physiologiques.
Cette interprétation d’un rôle de type glucocorticoïde pour la 18.OH.DOC n’implique aucun
mécanisme d’action particulier de cette hormone qui reste à préciser. Il peut par exemple être
envisagé que son action se développe parallèlement à celle de la corticostérone et potentialise
ses effets, de la même façon qu’il a été observé que la corticostérone et l’hydrocortisone injectées
concurremment provoquent une augmentation du glycogène hépatique plus importante
qu’administrées séparément (Olson et coll., 1944).
Source : MNHN, Paris
128
R. Boulouard
CONCLUSIONS DE LA PREMIÈRE PARTIE
L’intervention de la fonction corticosurrénalienne chez le mammifère homéotherme ner
manent soumis au froid ou au jeûne (Rat) ou au jeûne plus froid (Rat, Cobaye) a été étudiée î
l’aide de divers tests de mesures : variations du poids de la glande, du taux des corticostéroïdes
dans le plasma, de l’activité sécrétrice in vitro.
L’ensemble de nos résultats indique que, de même que dans le cas du jeûne et du jeûne plus
froid, le froid seul manifeste son action sur la fonction corticosurrénalienne en provoquant une
mobilisation des réserves énergétiques de l’animal. La réponse corticosurrénalienne à ces
conditions est quantitative : l’accroissement du taux hormonal plasmatique est pronortiomiPi
à la chute pondérale.
Ces résultats mettent en évidence l’intervention et ainsi très probablement le rôle essentiel
de la fonction corticosurrénalienne lors des agressions physiologiques déterminant une mobili¬
sation des réserves de 1 organisme.
Par ailleurs, chez le Rat, nous observons que la réponse à l’exposition au froid, ou au jeûne
plus froid, est aussi de nature qualitative. L’action privilégiée de la 18.OH.DOC par rapport à
la corticostérone, est particulièrement nette dans ces conditions de déficit de la balance énergé¬
tique. L’élévation de la sécrétion et du taux plasmatique de la 18.OH.DOC est alors plus
importante que celle de la corticostérone. Le comportement original de la 18.OH.DOC par
rapport à la corticostérone a été observé chez le Rat soumis à diverses conditions expérimen¬
tales. L’ensemble de ces résultats suggère un rôle de type glucocorticoïde pour cette hormone.
Source : MNHN, Paris
DEUXIÈME PARTIE
ÉTUDE DE LA FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE
CHEZ LE MAMMIFÈRE HOMÉOTHERME HIBERNANT
AU COURS DU SOMMEIL HIVERNAL
ÉTUDE SUR LE LÉROT ET LE HÉRISSON
(Eliomys quercinus L. — Erinaceus europaeus L.)
INTRODUCTION
L’hibernation se manifeste dans la nature sous des aspects variés. Aussi, une définition
n’accordant a priori aucune importance fondamentale à telle caractéristique physiologique
particulière et permettant d’englober tous les états de léthargie, est particulièrement séduisante.
L’hibernation peut ainsi être définie d’un point de vue général « comme la régulation d’un
ensemble de paramètres physiologiques à un niveau choisi pour une espèce donnée et déter¬
minant une dépense minimale d’énergie » (Strumwasser, 1960). Cette définition, basée sur la
notion d’économie des dépenses métaboliques que procure la léthargie, permet d’englober aussi
bien l’hypothermie légère de l’Ours brun en hiver que la léthargie journalière de la Chauve-
souris (Kayser, 1963). En effet, l’économie optimum d’utilisation des réserves sera acquise
à une température relativement élevée chez un mammifère de grande taille pour lequel l’énergie
nécessitée par le réchauffement consécutif à une baisse importante de la température corporelle
serait trop grande (Morrison, 1960). Au contraire, cette économie sera réalisée à une tempé¬
rature beaucoup plus basse dans le cas d’un animal de quelques grammes pour lequel la récupé¬
ration de l’homéothermie ne représente qu’une dépense métabolique relativement faible
(Pearson, 1960).
La caractéristique fondamentale des mammifères hibernants réside ainsi dans la faculté
possédée par ces espèces, d’abaisser l’intensité de leur métabolisme lors de conditions écolo¬
giques défavorables et de permettre la chute de leur température corporelle, tout en maintenant
à ce niveau une régulation des processus vitaux. Cette action apparaît fréquemment résumée
dans la littérature par l’expression : les hibernants arrêtent leur « thermostat », ou mieux, ils
règlent leur «thermostat physiologique » à un niveau seuil (Lyman, 1961). En effet, il est
important de noter que durant la léthargie, il n’y a pas perte de l’homéostasie et que l’ensemble
du cycle hivernal est sous la dépendance d’un contrôle physiologique très précis (Lyman et
Chatfield, 1955).
Par exemple, si pour des variations de température limitées entre 5 et 15 °C, la température
corporelle de l’hibernant peut suivre passivement les variations de la température environnante,
une baisse jusqu’aux environs de 0 °C détermine une augmentation de la consommation
d’oxygène, l’animal restant en léthargie (Wyss, 1932 ; Lyman, 1948 ; Kayser, 1953). Une
baisse plus accentuée provoque le réveil.
Un état de vigilance métabolique et nerveuse persiste donc au cours de 1 hibernation. Ceci
est, en outre, bien mis en évidence par la manifestation de réveils périodiques en 1 absence de
toute stimulation externe. Suivant ces données, l’hibernation se distingue totalement de la
poïkilothermie des vertébrés inférieurs. L’entrée en léthargie elle-même n est pas un phénomène
passif. Il paraissait en effet tentant de considérer les hibernants comme des homéothermes
imparfaits qui entrent en léthargie, forcés en quelque sorte par le froid, par suite d une thermo-
Source : MNHN, Paris
130
R. BOULOUARD
relation insuffisante (E.sentkaut, 1960) Cependant U a été observé que le métabolisa* de
régulation l'hibernant en hiver qu en ete, bien qu à cette époque de l'année |,
Sobfmet bte ^ iabaé (G.aoa et Porovic, 1952 ; Porovc 1959) Kxvseh a mot
Sl940 une les mécanismes d'adaptation au froid se manifestent chez les hibernants. De pim
üne étude récente suggère que les variations de température dans la zone d'habitat naturel di
Citellus Iridecemlineatus induisent un degré d'acclimatation au froid tout a fait analogue à celui
existant dans ces conditions chez un homéotherme permanent, tel le Rat (Pohl et Huaar, 1965)
Cette acclimatation au froid persiste durant l'hibernation et se manifeste au cours des réveils
périodiques Le déclenchement de l'hibernation ne peut donc être un phénomène dont la cause
déterminante directe est la baisse de la température extérieure, la capacité de lutte contre le froid
étant accrue en hiver.
Par ailleurs, le dynamisme de l’entrée en hibernation est nettement mis en évidence chez la
Marmotte où l’on observe d’abord une diminution de la fréquence cardiaque, puis de la consom¬
mation d’oxygène, puis de la température corporelle, à l’inverse de ce qui se passe chez le
poïkilotherme (Lyman, 1958). De même, Strumwasser (1959) a indiqué que chez Citellus
beechegi le refroidissement corporel s’effectuait en plusieurs phases discontinues de baisse de
température, séparées par des périodes de réchauffement. Tout se passe comme si l’animal
essayait, puis adaptait la régulation de son hypothermie à un niveau de plus en plus bas.
De cette revue succincte de diverses observations expérimentales, il est possible de conclure
que la léthargie hivernale représente, en quelque sorte, une a fuite active » de l’animal devant
l’agression. De ce point de vue, un tel comportement présente de grandes analogies avec la
migration de certains poissons et oiseaux (Fontaine, 1953, 1954).
Le but de cette introduction est, pour nous, de faire apparaître que le problème de l’hiber¬
nation peut se poser sous un aspect dynamique, aspect parfois sous-estimé encore à notre
époque. A l’appui de cette conception, nos résultats mettront en évidence la participation active
de la corticosurrénale au déroulement de l’hibernation. Ils montreront en outre l’analogie
existant dans l’intervention et le rôle de la fonction corticosurrénalienne chez l’homéotherme
permanent soumis au froid, ou au jeûne plus froid, et chez l’homéotherme hibernant au cours du
sommeil hivernal.
CHAPITRE I
ÉTUDE DE L’ÉVOLUTION DU POIDS CORPOREL
ET DE LA PÉRIODICITÉ DES PHASES DE SOMMEIL
DURANT L’HIBERNATION
CHEZ LE LÉROT ET LE HÉRISSON
i «k hibernation est, dans la nature, un phénomène cyclique et à l’approche de la saison froide,
la tendance à la léthargie se manifeste de plus en plus intensément. La chute de la température
extérieure et la diminution de la nourriture disponible peuvent être les facteurs déterminant la
ÎIpÏÏt ™ 6 V e déclenchement du sommeil hivernal. En effet, Kayser (1961 b) indique que
... • , ’ mstallation de l’hibernation peut être avancée de 2 mois avant la saison normale,
i“P? slt ‘ on au froid. Le jeûne et le froid paraissent bien être les causes
nourri durant l’v nt C /Ï ez cette es P èce le sommeil hivernal qui n’apparaît pas si l’animal est
noum durant 1 hiver (Lachiver et Boulouard, 1965). ™
pass”r‘™; et Fisc " eh < 1963 ) l'hibernation chez Citellus laleralis n'est
s'inscritsuivant ^ rép , 0ns ® à dt ; s conditions adverses de température et de nourriture, mais elle
cyc e physiologique interne dont la périodicité est d’environ une année.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 131
Il apparaît donc exister des différences importantes entre espèces dans les facteurs déter¬
minant le sommeil hivernal et le réveil printanier. Pour certaines, l’existence de facteurs
internes indépendants des conditions extérieures, semble bien établie ; pour d’autres, tel le
Lérot, l’action des facteurs externes paraît essentielle.
De même que l’activité saisonnière de certains hibernants s’inscrit dans un cycle annuel
précis, sous la dépendance probable d’un rythme interne, l’hibernation elle-même se déroule
généralement selon une périodicité bien établie. Au début, la durée des phases de sommeil est
courte, atteint une valeur maximale, puis décroît régulièrement jusqu’à la fin de l’hibernation
(Kayser, 1952 a ; Pengelley et Fisher, 1961 ; Strumwasser et coll., 1964 ; Fisher, 1964).
Strumwasser suggère le rôle prépondérant du système nerveux dans la régulation de l’hiber¬
nation. Il pourrait être le déterminant essentiel du sommeil hivernal et des réveils périodiques.
Cependant, si l’importance fondamentale du système nerveux dans la préparation et l’induction
de la léthargie ne peut être sous-estimée, cette interprétation ne tient pas compte des différences
observées entre espèces.
Nous allons montrer que chez le Lérot et le Hérisson, l’hibernation se déroule en l’absence
de tout rythme périodique précis dépendant d’une structure nerveuse analogue à une « horloge
interne » pré-réglée.
Cette étude préalable des conditions physiologiques du déroulement de l’hibernation, nous
permettra d’interpréter nos résultats sur l’activité corticosurrénalienne durant le sommeil
hivernal (chap. IV).
A. — ÉTUDE SUR LE LÉROT
1) Évolution du poids corporel durant le sommeil hivernal
Au début de décembre, les animaux sont en groupes à l’extérieur du laboratoire, et nourris.
Ils ne présentent alors aucune tendance apparente à la léthargie. Ils sont mis individuellement
à la chambre froide, sans nourriture ni eau de boisson, dans des boîtes (30 x 20 x 15 cm),
contenant des copeaux de bois et du coton cardé. Après un délai de 12 à 48 heures de présence
à 5 °C, le Lérot soumis au jeûne, entre en hibernation. Durant cette courte période, il s’est
confectionné un nid.
Résultats.
La perte de poids initial constatée après 8 jours passés à 5 °C est en moyenne de 3,4% du
poids du corps et peut s’élever à 7,5% chez les gros Lérots (150 g). Ensuite, au cours de 1 hiber¬
nation, le poids corporel diminue de façon linéaire en fonction de la durée de la léthargie. Il
en est de même pour le Lérot isolé et soumis au jeûne dans les conditions de température
extérieure (Lachiver et Boulouard, 1965). La figure 20 résume ces observations. La perte
procentuelle de poids mesurée après 40, 150 et 320 jours de léthargie est en moyenne égale à
0,175 g % par jour. Elle ne varie pas au cours du sommeil hivernal pour un animal donné.
Notons la chute pondérale très importante après 322 jours d’hibernation (58% du poids initial),
ce qui montre l’importance des réserves métaboliques initiales.
Discussion.
Le Lérot, placé à une température constante, sans nourriture et sans eau, peut donc rester
en hibernation durant au moins 5 à 6 mois. Cette durée peut atteindre 10 mois et cette dernière
Source : MNHN, Paris
132
R. Boulouard
valeur n’est très probablement pas une limite extrême. Il est évident que cette durée dépend de,
réserves initiales de l'animal et de la vitesse d’utilisation de ees réserves.
Ces observations mettent en évidence l’absence d’un réveil saisonnier indépendant de,
éditions de température chez cette espèce. Elles indiquent par ailleurs que la perte de n„i
observations mettent en eviaencc i buscuw u un icvcu aaiauumer indépendant
3 ns de température chez cette espèce. Elles indiquent par ailleurs que la perte de poids
it la léthargie s’effectue en fonction de conditions établies au début de l’hibernation
aucune variation sensible de la perte procentuelle de poids n’apparaissant avant 150 ou 220 îour
de sommeil. Tout se passe comme si l’animal réglait, au début du sommeil hivernal, sa perte de
conditions
durant
Fio. 20.
Evolution de 1. ctate pondénd, chez 1, Lérot on ronction de 1, durée d. l-hibernation.
durant la léthMgie a Mutee C nétfnm« PhyS10l .° gi,UeS internes - L'examen de la perte de poids
8 induite en été. nous permettra de préciser ce dernier point.
Source : MNHN, Paris
u* a;6jDMl®| «P *»pouad sap
irée des phases de sommeil chez le Lérot en hibernation à tempérât
134
B. BOULOUARD
Périodicité des phases de sommeil et de réveil durant le sommeil hivernal
déroulement'^hibernation a été observé chez certaines espèces (cl. introduction de ce Z
Si VS eu est de même pour le Lérot, il est necessaire pour rendre compte de l'évolution
linéaire dn poids corporel, d'envisager une relation entre les durées respectives des phases de
léthargie et de réveil : à une phase de léthargie prolongée correspondra un réveil de longue durée
et inversement. En eBet, les réveils sont responsables pour 90% de la perte de poids durant la
léthargie (Kayser, 1952 b). Nous avons entrepris de vérifier cette hypothèse, de l’association
de la durée des phases de sommeil et de réveil, à l’aide d une technique d enregistrement continu
des variations de la température du nid où se trouve l'animal en léthargie. Nous pouvons ainsi
mesurer avec précision la durée respective des phases de sommeil et de réveil.
Résultats.
Au cours de cette étude effectuée durant deux années consécutives sur 11 Lérots en hiber¬
nation continue durant 290 à 329 jours, nous n’avons pu mettre en évidence d’évolution
cyclique de la durée des phases de sommeil qui se succèdent de façon irrégulière pendant toute
la léthargie (Lachiver et Boulouard, 1967) (fig. 21). De même, nous constatons l’absence de
corrélation entre la durée d’une phase de sommeil et le réveil consécutif.
5 °C. Les animaux sont e^Whernat?î. ra rf 1 etd ? chez le Spermophile en hibernation à température constante :
animaux sont en hibernation depuis le début décembre. Les mesures sont effectuées à partir du 18 janvier.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 135
Discussion.
L’évolution du poids corporel chez le Lérot en hibernation peut ainsi être expliquée par
l’absence de rythme cyclique et saisonnier des phases de sommeil et de réveil tout au long de la
léthargie. Ce résultat obtenu chez le Lérot contraste avec les données que nous avons obtenues
chez le Spermophile (Citellus citellus) et soumis aux mêmes conditions expérimentales. Il
apparaît alors très nettement chez cette dernière espèce un rythme cyclique très précis : dimi¬
nution progressive des phases de sommeil en fin d’hibernation, la durée des réveils restant cons¬
tante (fig. 22). Ce dernier fait est en accord avec les observations de Kayser (1952 a) et celles
de divers auteurs sur des espèces voisines appartenant au genre Citellus (Pengelley et Fisher,
1961 ; Strumwasser et coll., 1964).
3) Évolution du poids corporel chez le Lérot mis en léthargie en été
a) Léthargie induite en été sans préparation préalable
Dans une première expérience, les animaux étant depuis deux mois élevés à l’extérieur du
laboratoire après leur sortie de l’hibernation, sont, à la fin du mois de juin, mis isolément à la
chambre froide et soumis au jeûne.
Résultats.
Après 5 jours de présence à 4 °C, on constate que tous les animaux sont en léthargie et ont
confectionné un nid, sauf l’un d’entre eux, mort en sommeil.
La perte de poids initial, après 5 jours, est de 16,7% (tableau 14). Elle est beaucoup plus
importante que celle constatée précédemment en hiver. De même, ensuite, la perte de poids
procentuelle reste très élevée (0,510), soit entre 3 et 4 fois supérieure à celle observée durant le
sommeil hivernal.
Poids corporel
26.6
Poids corporel
1-7
Perle de poids
26-6.au 1-7
Poids corporel
le 16.7
Perle procentuelle de
du 1.7 au 16.7
5
68,8
75,4
70,5
0,433
a'
68,8
59,4
13,7%
54
0,666
a'
75,6
62,5
W/o
57,6
0,523
cr'
71,2
61,9
«•>/
55,2
0,721
9
73,4
63,7
13,2%
60,0
0.387
î
94,6
82,3
13,0%
76,9
0,437
o'
150,0
114.4
237%
105.0
0,547
O*
127,8
102,8
19 ' 5 %
967
0,428
Tableau 14. - Evolution du poids corporel (en g) chez lo Lérot mis brutalemout en léthargie en été por exposition eu
jeûne et au froid (4 ®C).
Source : MNHN, Paris
136
R. BOULOUARD
Discussion.
La variation du poids corporel au cours de la léthargie induite brutalement en été, est dont
beaucoup plus importante que lorsqu'elle est provoquée a la fin de 1 automne. Remarque,
toutefois que les mois de juin et de juillet qui se situent au moment de la période d'activité
sexuelle fflom.oo.iu>, 1966) sont probablement l'epoque de 1 année la plus défavorable pou,
l'induction de l'hibernation. Si l'hibernation est définie par . une régulation a minimum . des
nrocessus métaboliques (Wvss, 1932), il est certain que la léthargie provoquée brutalement en
été n'est pas une . bonne . hibernation. Le Lérot n'est pas, en été, adapté à la léthargie. Ces
résultats montrent la nécessité d’une préparation préalable à l’hibernation. Nous allons montrer
que cette adaptation dépend des conditions de la température environnante.
b) Léthargie induite en été après un séjour préalable a basse température
Les animaux sont mis à la chambre froide le 3 décembre et gardés en hibernation jusqu’au
5 mai (151 jours). Ils sont alors réveillés et nourris mais restent exposés à une température
constante de 5 °C. Dans ces conditions, leur poids corporel augmente jusqu’au 27 juillet, date
à laquelle il est supérieur à celui observé antérieurement au début de l’hibernation en décembre
(tableau 15). Les animaux sont à ce moment soumis au jeûne et entrent en léthargie. Ils sont
gardés en sommeil jusqu’au 18 novembre, puis sacrifiés.
Raids corporel
le 6.12
Raids corporel
le 5.5
Perte procenluelle
du 6.12 ou 5.5
Poids corporel
le 27.7
Fbids corporel
le 9.10
Poids corporel
le 8.11
Perle procerluelle
de poids
du 27.7 ou 18.11
O'
94,0
64,2
0,210
109,0
79,0
68,5
0,326
$
87,5
63,8
0,179
88,0
72,5
63,0
0,249
$
86,0
67,2
0.14S
89,5
69,0
60,0
0,289
9
68,8
51,2*
0,185
75,0
62,0
55,0
0.234
Tableau 15. — Evolution du poids corporel chez le Lérot en hibernation à 5 °C en hiver (151 jours) et en été (114 jours)
après maintien du séjour à 5 °C durant la période séparant les 2 léthargies (83 jours).
Lérot réveillé puis nourri à la chambre froide après 131 jours d’hibernation.
de no 7 rïu de ?° idS Pî‘ ocentuelle moyenne durant la léthargie induite en été (114 jours) est
mnnv i oiso/* eS Li SUpe /i? ure à ceUe observ ée durant le sommeil hivernal antérieur de ces ani-
’ * ableau lo). Elle est cependant bien inférieure à celle observée durant la léthargie
rprtli qUée P3r aCtl °, n . brutale du i eù ne et du froid et elle est semblable à celle observée chez
l’hihprnntiv!^ 11 ^ 611 H Ver ,' Cette létbar 8 ie induite en été est par ailleurs tout à fait analogue à
n W noc „i„c n 1V l r ' cardiaque, observée lors du sacrifice de l’animal en léthargie,
voisine He P i-, ,‘ m P ortante et *a température corporelle des animaux en sommeil, est sensiblement
linéaire nnnr ambiante - Nous remarquerons à nouveau ici que la perte de poids est
nneaire pour toute la durée du sommeil.
phases re ? r ^ e Une autre année. Nous avons alors enregistré la durée des
Phases de sommeil et de réveil (fig. 23). Les animaux séjournent 15 jours à l’extérieur du labo-
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 137
ratoire avant d'être placés nourris à 5 «C pendant 2 mois. Confirmant nos données précédentes,
nous voyons (tableau 16) que 1 adaptation préalable au froid permet une forte réduction de la
vitesse de la chute pondérale chez le Lérot mis en léthargie en été. La durée moyenne des phases
de sommeil est alors plus longue (294 heures) que chez les animaux non adaptés (197 heures).
Tableau 16. — Durée des phases de sommeil et de réveil et perte proccntuelle de poids chez le Lérot mis en léthargie
en été, après ou sans adaptation préalable à 5 °C.
Mesures eflectuées après les 7 premiers jours de mise au jeûne et au froid.
• Mort de l’animal.
Discussion.
Le séjour du Lérot à un froid constant permet donc, soit le maintien, soit l’acquisition des
caractéristiques physiologiques de l’adaptation à l’hibernation. La notion de cycle dirigé par
une horloge interne n’est donc pas valable chez cette espèce. La qualité de cette adaptation,
estimée d’après la valeur de la perte procentuelle du poids corporel, n’est sans doute pas aussi
bonne que celle observée chez les animaux placés dans les conditions de variations naturelles de
la température à l’entrée de l’hiver. Elle permet cependant de reproduire le phénomène de l’hi¬
bernation au début de l’été avec toutes ses caractéristiques essentielles. Il apparaît donc très
vraisemblable que la température extérieure joue un rôle essentiel dans la préparation et
l’induction du sommeil hivernal chez le Lérot.
B. — ÉTUDE SUR LE HÉRISSON
Évolution du poids corporel au cours du sommeil hivernal
Cette étude est effectuée sur des Hérissons capturés au début du mois de décembre, en
Dordogne, par temps froid (0 à 5 °C). Nous avons constaté que ces hibernants sont à cette
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 139
époque en sommeil dans la nature. A leur arrivée au laboratoire, ces animaux sont mis au repos
dans une grande cage située à 1 extérieur durant 48 heures avec de la nourriture à volonté.
Celle-ci est généralement refusée et, après ce délai, nous observons que la plupart des Hérissons
sont en hibernation. La préparation à la léthargie s’est donc effectuée dans des conditions natu¬
relles. Les animaux sont alors pesés et mis isolément à la chambre froide (5 °C), dans des cages
(45 x 35 X 25 cm), avec de la paille. Aucune nourriture, ni eau de boisson ne leur est fournie
pendant toute la durée de l’hibernation.
Résultats.
La perte procentuelle de poids mesurée au cours d’une première année d’étude sur les
Hérissons mis à la chambre froide au même moment et sacrifiés après 69, 82 ou 150 jours d’hi¬
bernation, est en moyenne égale à 0,241 (tableau 20, p. 145). Cette valeur moyenne est très
voisine de celle indiquée par Camus et Gley (1901), et Kristofferson et Suomalainen (1964).
Cependant, nous pouvons observer que cette perte procentuelle de poids est très variable selon
les animaux (valeurs extrêmes 0,119 et 0,446). L’examen des valeurs individuelles nous montre
que ces différences ne peuvent être attribuées à la durée de la léthargie. Cette constatation a été
vérifiée au cours d’une autre année, 7 Hérissons capturés dans les mêmes conditions ont pu être
maintenus en léthargie du 11 décembre au 19 juillet, soit 221 jours. La perte procentuelle de
poids est alors égale à 0,156 ± 0,006. Cette valeur faible suggère fortement une évolution
linéaire de la chute pondérale tout au long du sommeil hivernal. Effectivement, d’après nos
mesures effectuées sur 4 animaux capturés en décembre et maintenus en hibernation durant
150 à 170 jours, nous ne constatons qu’une modification légère de la perte procentuelle de poids
après 129 jours d’hibernation. Dans les 3 autres cas, la chute pondérale se maintient constante,
soit jusqu’au 11 mai, soit jusqu’au 1 er juin (fig. 24). De même, chez 3 Hérissons en captivité
Fio. 21. _ Evolution de 1. ehute pondérale cher le Hérisson en fonction de 1. durée de l'hibernation à 5 "C.
Source : MNHN, Paris
140
B. BOL'LOOARD
..r,. laboratoire depuis 6 mois et mis en hibernation en décembre, la vitesse de la cb„t,
Cdérà e r"s“ « chez 2 animaux (H, et H„ «g. 24), soit à partir du 18 décembre, soit à J™
dû 18 envier. Par contre, dans le cas du Hérisson H„ la perte procentuelle de poids augmS
considérablement au cours de l’hibernation. Cette observation, qm montre que la constante it
la chute procentuelle de poids n’est qu’un cas général comportant des exceptions, sera discuté,
Discussion.
Le Hérisson, de même que le Lérot, peut être maintenu en léthargie prolongée pendant
plus de 6 mois et cette durée n’est pas une limite extrême. Dans ces conditions, la vitesse de la
chute pondérale est faible, elle ne varie généralement pas en fonction de la durée de l’hibernation
Ces observations sont en contradiction avec les conclusions de Kristoffersson et Suomalaixen
1964). Selon ces auteurs, la perte de poids au cours de l’hibernation correspond à un phénomène
cyclique pouvant être divisé en 3 parties : début, milieu et fin de l’hibernation. Cependant, les
valeurs indiquées ne sont pas convaincantes. La perte procentuelle de poids entre le milieu et
la fin de l’hibernation ne varie que de 0,21 à 0,24, et malgré le grand nombre d’animaux utilisés,
aucun calcul statistique n’est effectué, ce résultat provient vraisemblablement de variations
individuelles très importantes.
La chute pondérale se maintient chez nos hibernants, capturés dans la nature au début de
décembre, à un niveau constant jusqu’au milieu du mois de mai. Pourtant, nous avons observé
qu’à cette époque, dans leur milieu naturel, les animaux sont éveillés depuis 1 ou 2 mois et en
pleine phase d’activité sexuelle. Ainsi, l’interprétation de Kristoffersson et Suomalainbn
suivant laquelle « l’augmentation de la perte de poids à la fin mars est en relation avec des
phases de réveil plus fréquentes et sous la dépendance de facteurs endogènes contrôlant le
rythme annuel » ne nous paraît pas justifiée. Chez cette espèce, ainsi que nous l’avons observé
chez le Lérot, les conditions écologiques et plus particulièrement le facteur température, jouent
très probablement un rôle prédominant.
Par ailleurs, que signifie l’expression «fin de l’hibernation » chez l’animal soumis à une
température constante, isolé du bruit et placé à l’obscurité ? Au cours des réveils périodiques,
la survie de l’animal n’est assurée que par l’induction d’une nouvelle phase de léthargie. Contrai¬
rement aux conditions naturelles, il n’a pas la faculté occasionnelle de se nourrir et de boire.
Il est alors évident que la durée de la léthargie n’est déterminée que par la quantité de réserves
disponibles et par leur vitesse d’utilisation comme le montrent nos expériences d’hibernation
prolongée. Ces facteurs sont variables d’un animal à l’autre, ils sont sous la dépendance de la
préparation à l’hibernation. Dans ces conditions d’hibernation obligatoire, une réorganisation
du métabolisme intermédiaire peut être nécessaire dans certains cas, par suite de l’épuisement
de certaines sources énergétiques et modifier la vitesse de la chute pondérale. Cette réorganisa¬
tion ne peut être interprétée comme un phénomène cyclique saisonnier car elle dépend vrai¬
semblablement uniquement de la qualité de l’adaptation à l’hibernation et de la quantité de
réserves disponibles.
C. — CONCLUSIONS
L’étude de l’évolution du poids corporel et de la succession des phases de sommeil et de réveil
au cours du sommeil hivernal, indique que l’hibernation, chez le Lérot et le Hérisson, se déroule
en 1 absence de tout rythme cyclique saisonnier d’origine interne.
P re ™ ière Phase d’adaptation, le poids corporel, chez le Lérot et le Hérisson,
rhibernatiL 8 ;!? 3 ! 6111 - 6 ^ de façon linéaire en fonction de >a durée de la léthargie. La durée de
énereétim L te “P ér , ature constante, ne dépend donc que de la quantité de réserves
énergétiques d.spombles et de la vitesse d’utilisation de ces réserves.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 141
L’étude comparée de la vitesse de la chute pondérale au cours du sommeil hivernal et de la
léthargie induite en été chez le Lérot, avec ou sans adaptation préalable au froid, fait apparaître
que l’intensité de la mobilisation des réserves énergétiques durant l’hibernation, s’effectue en
fonction des conditions physiologiques d’adaptation établies préalablement au déclenchement
du sommeil. Ces conclusions nous permettront d’interpréter le rôle de la fonction corticosur-
rénalienne au cours de l’hibernation.
CHAPITRE II
ACTIVITÉ CORTICOSURRÉNALIENNE
AU COURS DU SOMMEIL HIVERNAL
CHEZ LE LÉROT ET LE HÉRISSON
Le sommeil hivernal est très généralement considéré comme une manifestation d’adaptation
saisonnière aux conditions de froid et d’absence de nourriture sévissant en hiver. Un rôle capital
a souvent été attribué à l’involution des glandes endocrines dans son déterminisme (Adler,
1920 ; Kayser, 1940, 1961 ; Popovic, 1960 ; Hoffman, 1964). De ce point de vue, l’intervention
du système endocrinien, associée à une chute de la calorification de l’animal en automne, serait
en quelque sorte passive. Son involution serait la, ou une, condition nécessaire permettant
l’installation du sommeil.
Nos résultats ne seront pas en accord avec cette conception. Us montreront que la cortico¬
surrénale ne peut être considérée comme inactive ou au repos durant l’hibernation et que
l’intensité de son fonctionnement est alors conditionnée par l’état physiologique de l’animal
et la préparation à l’hibernation. Avant d’aborder l’étude de ce problème, il nous faut définir
préalablement les particularités du fonctionnement de cette glande endocrine au cours de la
léthargie.
A. — ACTIVITÉ CORTICOSURRÉNALIENNE
DURANT LA PHASE LÉTHARGIQUE ET LE RÉVEIL CONSÉCUTIF
CHEZ LE LÉROT ET LE HÉRISSON
Au cours de l’hibernation, le sommeil léthargique n’est pas continu et périodiquement en
l’absence de toute stimulation externe, l’animal récupère son homéothermie pour une durée de
quelques heures (tous les 10 jours en moyenne dans le cas du Lérot (Lachiver et Boulouard,
1967)). La cause de ces réveils spontanés n’est pas connue (Fisher, 1964). La dépense d énergie,
qui est extrêmement faible au cours de la phase d’hypothermie par suite du ralentissement
extrême de tous les processus vitaux (activité cardiaque et nerveuse, respiration), est au contraire
très importante au cours du réchauffement (Adolph et Richmond, 1955). Il est possible d envi¬
sager une répercussion de ces deux aspects physiologiques très différents au niveau de 1 activité
corticosurrénalienne et il semble légitime de présumer un fonctionnement tout au moins très
ralenti chez l’animal dont la température corporelle est voisine de 5 °C.
6
Source : MNHN, Paris
142
R. BOULOUARD
1) Action du réveil sur le taux des corticostéroïdes plasmatiques
a) Cas du Lérot
Si l’on suppose que la surrénale est hypofonctionnelle durant la phase léthargique et reprend
son activité au cours du réchauffement, ces variations peuvent se traduire au niveau du taux
des corticostéroïdes plasmatiques. Dans le but de vérifier cette éventualité, nous avons effectué
le dosage de la corticostérone et des 17 -hydroxycorticostéroïdes du plasma chez le Lérot en
hibernation à la chambre froide et sacrifié, soit en état de léthargie profonde (température
corporelle 5 à 7 °C), soit après récupération de l'homéothermie consécutive à un réveil provoqué
par perturbation de l’animal en sommeil. La perturbation consiste simplement dans la sortie de
l’animal de sa boîte-abri à la chambre froide. Les Lérots soumis à un réveil sont sacrifiés environ
2 heures après le déplacement, cause du réveil (l’animal est alors très actif, température corpo¬
relle voisine de 37 à 38 °C) et après anesthésie rapide au nembutal (15 à 20 mg par animal).
Les Lérots en léthargie sont sacrifiés immédiatement après la sortie de la chambre froide, sans
anesthésie.
Résultats.
Une expérience préliminaire portant sur des Lérots ayant hiberné dans les mêmes conditions
expérimentales : mêmes durées de sommeil à la chambre froide, pertes procentuelles de poids
ftids inih'ol
9-
nombre de jours
d'hibernation
perte procenluelle
surrénales
'‘corticostérone *
plasmatique
jjg^/l00 ml.
78,4
53
0,154
14,6
26,5
82,5
53
0,167
14,2
28,0
101,0
138
0.2U
19,0
16,8
120,5
166
0,140
17,2
27,2
92,5
166
0,185
21,1
23.7
24,44 ± 2,04
82,2
53
0,156
14,9
28,8
79,5
53
0,159
16,8
25,5-
125,0
138
0,198
24,1
18,9
108,0
166
0,176
23,2
29,0
90,0
166
0,161
18,2
24,6
25,36 ± 1,83
Tableau 17. — Taux de la corticostérone plasmatique chez le Lérot en hibernation ou soumis à un réveil.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT 143
très voisine, met en évidence l’absence de variation du taux de la corticostérone plasmatique
consécutivement au réveil (tableau 17). Ces données sont précisées par l’étude des variations
du taux des 17-hydroxycorticostéroïdes plasmatiques. Le plasma de 5 animaux sacrifiés au
même moment est alors groupé afin de permettre d’effectuer simultanément chaque dosage.
Nous n’observerons aucune modification sensible du taux soit des 17-OH.Cs, soit de la cortico¬
stérone chez l’animal sacrifié en état d’homéothermie 2 heures après la perturbation provoquant
le réveil comparé à l’animal sacrifié en état de léthargie profonde (tableau 18).
Poids
initial
Perte
procentuelle
de poids
•X/i
Poids des
Teneur,
pg/lO
170H es
losmaliques
ml.
V
Sécrétion
Préin
17 OH es
in vitro
"b"
9/ 2 surr
Incuba
170H es
"b"
6 L \ ç 2 0 *
102.3
± 10
0.192
16,78
± 1,12
24.9
17,8
0,34
0,12
4,43
1,48
5 Lérot* _ |
3J 2 0*
95,9
± 10,6
0.178
17,10
25.5
16,0
1,61
0,55
2,65
1,23
Tableau 18. — Teneurs plasmatiques et sécrétions des surrénales in vitro en 17.OH.Cs et en corticostérone chez le
Lérot en léthargie et soumis à un réveil après 102 et 104 jours d'hibernation.
Le tableau 19 rassemble toutes les valeurs obtenues dans des conditions expérimentales
semblables, seul, dans deux groupes, le sacrifice est effectué suivant des délais variables au cours
de la phase d’homéothermie. L’ensemble de ces valeurs est en complet accord avec les précé¬
dents résultats : le réveil du Lérot en hibernation ne détermine aucune variation du taux plas¬
matique des corticostéroïdes. De plus, il apparaît que le taux de ces corticostéroïdes ne varie
pas en fonction de la durée de l’hibernation, tout au moins dans la limite des temps étudiés
(33 à 216 jours d’hibernation).
b) Cas du Hérisson
Chez cette espèce, l’anesthésie préalable à la saignée est indispensable, même chez l’animal
en état d’hypothermie profonde, par suite du réflexe de mise en boule qui se manifeste toujours
lors de la prise de l’animal. Nous avons utilisé l’anesthésie à l’éther. Quinze à vingt minutes sont
alors nécessaires pour supprimer ce réflexe chez l’animal en léthargie. Par ailleurs, le déclen¬
chement du réveil est parfois difficile à obtenir. La simple prise de l’animal qui, dans le cas du
Lérot, détermine toujours le retour à l’homéothermie, très souvent ne perturbe pas le sommeil
du Hérisson et des stimulations répétées (prise de l’animal, frottement des piquants) doivent
être effectuées pour induire le réveil qui peut n’apparaître qu’au bout de quelques heures. Pour
cette raison, le groupe des animaux réveillés comprend des Hérissons sacrifiés soit au moment du
réveil naturel, soit à la fin de la période de réchauffement, ou réveillés depuis quelques heures.
Résultats.
Nous pouvons observer (tableau 20) qu’aucune différence significative du taux plasmatique
des 17-hydroxycorticostéroïdes ou de la corticostérone n’apparaît entre l’animal en état de léthar¬
gie et celui soumis à un réveil. La dispersion des valeurs dans chaque groupe est importante. Nous
verrons ultérieurement qu’elle est en relation avec la perte procentuelle de poids. Par ailleurs,
Source : MNHN, Paris
144
B. BOULOUARD
9-
perte procerfuelle
de poids
sZ/i
poids des
m 9-
Y*/
17 OH es
"b"
33
125,1 i 7,6
0,15«
20,6 t 1,52
20,8
25,4
2 0-, 2 Ç
1
102
102,3 t 8,3
0.192
16,8 ± 1,12
25,0
18,6
2 O*. 4 Q
s
159
103,2 ± 4,6
0,257
19,4 + 1,23
28,8
25,7
2 CT*, 3 g
104
95.9+ 10,6
0,178
17,1 ± 2,44
25.5
16,0
2 0*' 3g
_
m
90,4+ 7.0
0,275
18,2 ± 1,31
34,9
26.9
1 CT*, 3g
T
150
103,7 ± 4,8
0,175
17,1 ± 0,93
26,8
24,5
2 0*, 3J*
0
193
127,0 ± 3,8
0.180
23,4 ± 1,88
26,0
23,2
40*, 2g**
t
216
88,2 ± 3.4
0.151
13,9 ± 1.21
22,1
27,6
1 O*. 4 g
27,1+ 2,12
23.6 ± 2,07
Tableau 19. — Teneurs plasmatiques des 17.OH.Cs et de la corticostérone et perte procentuelle de poids chez le Lérot
en léthargie ou soumis à un réveil.
• Animaux sacrifiés 2, 3, 5, et 24 h après la perturbation provoquant le réveil.
** Ce groupe comprend 2 Lérots sacrifies en léthargie et 4 Lérots sacrifiés 2 et 5 h après la perturbation pro¬
voquant le réveil.
de même que dans le cas du Lérot, le taux des corticostéroïdes du plasma, obtenu après divers
temps de léthargie, ne reflète aucune variation significative en fonction de la durée du sommeil
hivernal.
c) Discussion
Ces données sont en désaccord avec les résultats de Sicart et coll. (1963), qui observent
que le taux de la corticostérone plasmatique chez le Lérot en léthargie s’élève très nettement
a la suite de chaque réveil (plus de 100%). De même, Denyes et Horwood (1960) ont noté
un abaissement de la corticostérone chez le Hamster (Mesocricetus auralus) en hibernation,
les valeurs revenant à un niveau normal après le réveil. Il semble que des erreurs dans l’utili¬
sation de techniques de dosage non spécifiques soient à l’origine de ces interprétations. Ainsi,
C 6 *T™j ter ’ j HIN . DLER et Knigge (1959) mettent en évidence que l’hydrocortisone est le
co icos éroide prédominant sécrété dans la veine surrénalienne. Ce fait est confirmé par
Whitehouse et coll. (1966). Par ailleurs, le taux de sécrétion de l’hydrocortisone est de 18 à
f3lble q “ e Chez le Rat ‘ 0r ’ d ’ a P rès les résultats de Denyes et Horwood, le taux de la
dn™“2?v r ° ne ” P lasmatl q ue paraît être le même chez le Hamster que chez le Rat. Il serait
donc relativement très élevé ! 4
mesnrt? *003? de , doaa « e da la corticostérone par iluorescence en milieu sodique, fluorescence
le Hamster on ^ e chromatogramme, n’est pas spécifique. La différence signalée entre
sanguins au murs ®. rna * 10I î et réveillé, est très probablement due à une élévation des lipides
zone frontale /î* ré I ei1 qm ’ ors dune chromatographie sur papier, s’accumulent dans la
semblable nmirrnit ° P roche de l’emplacement de la corticostérone éventuelle. Un fait
p orrait rendre compte des résultats de Sicart et coll., qui dosent la corticostérone
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 145
par fluorescence après 2 heures de contact de l’extrait chloroformique du plasma avec l’acide
sulfurique (Gabe et coll., 1964). Ce temps est trop long, il permet le développement de la
fluorescence des lipoprotéines interférentes dans ce dosage (Boulouard et Fontaine, 1964 ;
Spencer, Peet et coll., 1965). Les données précédentes sur les variations de la corticostéroïdémie
au cours du réveil de l’hibernant peuvent donc simplement signifier une élévation de la lipémie
au cours de la récupération de l’homéothermie.
poids initial
et sexe
9-
nombre de jours
d'hibernation
perte procentuelle
de poids g%/ t
17 OH es
"b"
température
corporelle
552 O*
69
0.23<
235,0
12 ,<
9,0
8*6
<28 cr'
69
0,237
150,0
10,1
6.7
8 *
545 O*
69
0,266
307,1
7,7
7,3
»
<82 O*
83
0,119
200,4
5.0
7,7 ,
«•
8,8 ± 1,59
7,6 + 0,48
<60 O*
69
0,224
167,3
7,4
8,4
36° •••
573 $
79
0,«6
513,7
22,3
14.5
36J4 • •
631 J
83
0,254
253,8
17,0
6,8
30° •
<12 9
83
0,187
116,4
10,5
12,0
32° *
81< O"
150
0,234
265.5
8,9
6,9
35®2 •*
696 o*
150
0,205
223,3
6,9
12,9
35°6
5 85 O*
150
0,171
139,6
2,7
8,6
35°8"**
10,8 ± 2,5
10,0 ± 1,16
Tableau 20. — Teneurs plasmatiques des 17.OH.Cs et de la corticostérone et perte procentuelle de poids chez le
Hérisson en léthargie ou soumis à un réveil.
* Animaux sacrifiés au cours de la thermogénèse de réchauffement.
•* Réveil naturel à la chambre froide.
•** Animaux sacrifiés de 3 à 16 h après la perturbation provoquant le réveil.
Les résultats que nous avons obtenus sur 2 espèces hibernantes concordent. Ils mettent en
évidence l’absence de variations du taux des corticostéroïdes plasmatiques au cours du réveil
léthargique chez le Lérot et le Hérisson. Par ailleurs, les taux des 17-hydroxycorticostéroides
et de la corticostérone ne semblent pas varier en fonction de la durée de l’hibernation. Ces faits
suggèrent que le taux de ces hormones dans le plasma est maintenu à un niveau bien défini au
cours du sommeil hivernal.
L'étude des variations de l'activité sécrétrice de la surrénale au cours du réveil va nous
permettre de préciser cette interprétation.
Source : MNHN, Paris
146
R. BOULOUARD
21 Action du réveil sur l’activité sécrétrice de la corticosurrénale
au cours de l'hibernation chez le Lérot
L’absence de variations du taux plasmatique des corticostéroïdes lors des phases de réveil
périodique chez l’hibernant, peut signifier soit une mise au repos total de la fonction cortico¬
surrénalienne au cours du sommeil hivernal, c’est-a-dire une absence de sécrétion et de cata¬
bolisme des corticostéroïdes, soit au contraire une régulation très étroite du taux plasmatique
de ces hormones. L’étude de la sécrétion corticosurrénalienne in vitro va nous permettre de
vérifier la validité de l’une ou l’autre de ces interprétations.
Les conditions expérimentales : temps de sacrifice après la perturbation cause du réveil,
durées de l’hibernation à la chambre froide, anesthésie, sont identiques aux précédentes.
Rappelons que les valeurs obtenues lors de la pré-incubation reflètent l’activité sécrétrice
de la glande in situ au moment du sacrifice. Les valeurs de l’incubation représentent la capacité
de réponse à une stimulation par l’A.C.T.H. (voir méthodes).
a) Activité sécrétrice de la corticosurrénale
AU COURS DE LA PHASE LÉTHARGIQUE
Résultats.
La pré-incubation à 8 °C des surrénales de 3 Lérots sacrifiés en état d’hibernation et dont
la température corporelle est de 5,2, 5,4 et 10 °C, nous permet de constater l’absence totale de
sécrétion à cette température. Une stimulation ultérieure des glandes par apport de 50 mü
d’A.C.T.H. au milieu d’incubation ne provoque de même aucune sécrétion.
Cette absence de sécrétion observée à 8 °C nous permet de conclure que chez l’hibernant en
état de léthargie profonde, la sécrétion glandulaire est nulle, ou tout au moins si faible qu’elle
n’est pas mesurable. Cette absence de sécrétion n’est pas due à un défaut de stimulation hypo¬
physaire puisqu’un apport exogène d’A.C.T.H. n’a alors aucune action, mais à l’effet de la
température seule.
Il résulte que la corticosurrénale ne peut pas participer à la phase initiale du réchauffement.
Rappelons que Vidovic et Popovic (1954) ont montré que la surrénalectomie du Spermophile
en hibernation provoque le réveil, ce qui démontrait indirectement que la participation de cette
glande endocrine à la thermogénèse de réchauffement n’est tout au moins pas indispensable.
b) Activité sécrétrice de la corticosurrénale consécutive au réveil
L’mcubation à 37 °C des surrénales de Lérots sacrifiés, soit en état de léthargie, soit en état
oméothermie consécutive au réveil, nous permet de préciser le rôle de la température et de la
stimulation hypophysaire sur l’activité corticosurrénalienne lors du réveil.
Résultats.
et deTrr 5 ablea “ X 18 et 21) ^ ue les valeurs de sécrétion des 17 -hydroxycorticostéroïdes
mal sacrifié en°ïtï° ne - dUTant la P ré - incu bation à 37 °C sont relativement faibles chez l’am-
attribuahles à la l’animal réveillé, environ 4 fois moins. Ces valeurs étant
déduire de res r£s u D * d A.C.T.H. d’origine endogène présente dans la glande, nous pouvons
u a s que la surrénale, pratiquement inactive chez le Lérot en hibernation
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 147
par suite de la température basse (5 °C), ne présente en outre, pas, ou peu, d’A.C.T.H. au niveau
tissulaire. Cette constatation nous permet d’envisager que préalablement à la mise en léthargie
de l’animal, il y a arrêt de la stimulation de la glande par l’hypophyse.
S é
in
vitro P9/2
Préincu
17 OH es
B
17 OH es
ion
B
(12)
0,55± 0,054
0,17 ±0,014
3,67 ±0,278
1,23 ±0,092
Lérot soumis à un réveil
(18)
1,99 ± 0,088
0.60 ±0,040
4.45±0,38
1.64 +0,17
Tableau 21. — Sécrétion m vitro des surrénales chez le Lérot sacrifié soit en hibernation soit après récupération de
l’homéothermie consécutive à un réveil provoqué.
Nombre d'animaux et de dosages entre parenthèses.
Après la pré-incubation, une stimulation des glandes par apport de 50 mU d’A.C.T.H. au
liquide d’incubation, détermine une augmentation de la sécrétion des 17.OH.Cs et de la cortico-
stérone qui atteint des taux voisins dans les 2 groupes expérimentaux : endormis et réveillés
(tableaux 18 et 21). Ces données confirment les conclusions précédentes sur l’absence d’A.C.T.H.
au niveau de la surrénale et indiquent en outre que chez le Lérot en léthargie l’intégrité fonc¬
tionnelle de la surrénale est entière.
Si l’action de la température est alors responsable de l’inactivité corticosurrénalienne, cette
glande n’est pas, par ailleurs, en état de stimulation latente par suite de l’absence d’A.C.T.H.
en quantité suffisante à son niveau, elle est au repos. Le changement expérimental in vitro
de ces deux facteurs (température et stimulation) détermine chez l’hibernant une réponse
analogue à celle obtenue chez l’animal réveillé.
c) Activité sécrétrice de la corticosurrénale au cours du réveil
A quel moment de la phase du réchauffement la corticosurrénale reprend-elle son activité ?
L’étude de la sécrétion à 37 °C par la surrénale chez l’animal sacrifié à divers stades de récupé¬
ration de l’homéothermie permet d’aborder ce problème.
Résultats.
Nous voyons (tableau 22) que les valeurs de pré-incubation chez le Lérot sacrifié au cours
du réchauffement à une température corporelle de 25°, 26° et 30 °C, ne sont pas différentes de
celles observées chez l’animal en état de léthargie profonde. Elles sont très inférieures à celles
observées lors du retour complet à l’homéothermie.
Ce n’est donc qu’aux derniers moments de la phase de réchauffement que la surrénale serait
à nouveau fonctionnelle.
d ) Discussion
Ces résultats, qui mettent en évidence l’absence de participation de cette glande endocrine
aux phénomènes physiologiques associés à la thermogénèse de réchauffement, s expliquent si
Source : MNHN, Paris
148
R. BOULOUARD
Température
Séerélio
iî in vitro
l”/ 2
—
corporelle
Préi
cubation
Incuba
ion
°C
17 OH es
B
17 OH es
B
36
3,53
0,95
4,59
1,35
39/
2/7
0,72
6,92
2,42
39
1,37
0/7
5,01
2,64
37,2
2,20
0,61
5,26
1,69
30
0.W
0,25
2,50
1,16
26
0,84
0,53
2,36
1,28
25
0,53
0,16
1,80
0,55
7,8
0,65
0.22
3,93
1,46
6,5
0,76
0,22
4,10
2.33
6,8
0,57
0,13
5,90
1.69
*
0,W
0,25
4.27
1,25
Tableau 22. — Influence de la température corporelle au cours de la phase de réchauffement sur l’activité cortico-
surrénalienne in vitro chez le Lérot hibernant.
nous examinons les connaissances actuelles sur la reprise de la circulation sanguine au cours
du réveil de l’hibernant. En effet, un aspect caractéristique du réveil de l’hibernant, est la
restriction de la reprise de la circulation sanguine à la partie antérieure du corps (voir Lyman,
1965). Dans un premier temps, seule la cage thoracique, puis la tête se réchauffent. Ainsi, au
milieu de la période de réveil, la partie craniale de l'animal peut être de 20 °C plus chaude que
la partie caudale (Lyman et Chatfield, 1950). Ces auteurs ont observé, en outre, que l’injection
à l’hibernant d’une substance opaque aux rayons X ne descend pas plus bas que l’émergence
des artères rénales. De même, Bullard et Funkhauser (1962) ont indiqué que lorsque la
fréquence cardiaque est de 200 coups/minute, ce qui correspond chez Citellus tridecemlinealus
à une température de la cage thoracique de 25 °C, la circulation au niveau rénal est environ
40 fois plus faible que chez l’animal en activité normale. Ceci rend évident que « le rein, le foie
et le tractus gastro-intestinal ne peuvent participer à l’augmentation considérable du taux du
métabolisme et de la production de chaleur au cours du réveil » (Bullard, 1964).
Nous avons vu que la reprise de l’activité fonctionnelle de la corticosurrénale nécessite à la
fois une élévation de la température et un apport endogène d’A.C.T.H. Ces conditions, par suite
de la particularité de la reprise de la circulation sanguine, ne peuvent être remplies que lors de
la dernière phase du réchauffement.
Nous avons observé dans le paragraphe précédent que la teneur des 17.OH.Cs et de la corti-
costérone du plasma ne variait pas au cours du réveil. Les reprises périodiques de l’activité
corticosurrénalienne n’ont donc aucun effet sur la concentration des corticostéroïdes dans le
plasma.
De même, aucun changement significatif, en particulier aucune tendance à l’élévation, du
taux de ces hormones, ne se manifeste en fonction de la durée de l’hibernation.
Ces observations suggèrent que les teneurs plasmatiques des 17.OH.Cs et de la corticostérone
sont étroitement régulées au cours de l’hibernation. Le maintien à un niveau bien déterminé du
aux es corticostéroïdes dans le plasma, vérifié à nouveau ultérieurement, sera l’un des éléments
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT 149
nous permettant d envisager le rôle de la fonction corticosurrénalienne au cours du sommeil
hivernal.
3) Conclusions
L'activité corticosurrénalienne durant l’hibernation se manifeste essentiellement lors des
phases périodiques de retour à l’homéothermie. Cependant, la corticosurrénale ne participe pas
à la phase initiale du réchauffement.
L’ensemble de nos résultats nous permet de déduire qu’au cours de chaque réveil, il y a
apparition des séquences physiologiques suivantes : réchauffement corporel, stimulation de la
surrénale par l’hypophyse, reprise de l’activité glandulaire, puis vraisemblablement arrêt de la
stimulation hypophysaire au moment du retour à la léthargie.
Ces reprises périodiques de l’activité corticosurrénalienne ne se répercutent pas sur la teneur
des 17.OH.Cs et de la corticostérone du plasma. De même, aucun changement significatif du
taux de ces hormones ne se manifeste en fonction de la durée de l’hibernation.
B. — ASPECTS QUALITATIF ET QUANTITATIF
DE L’ACTIVITÉ CORTICOSURRÉNALIENNE
AU COURS DE L’HIBERNATION CHEZ LE LÉROT
1) Aspect qualitatif de l'activité corticosurrénalienne
Nous avons vu que chez le Lérot en hibernation, l’hydrocortisone rendait compte de la quasi
totalité des 17.0H.Cs sécrétés par la surrénale. La sécrétion de la corticostérone est alors 3 à
4 fois plus faible (p. 92). L’examen comparatif des valeurs du rapport de sécrétion 17.0H.Cs/
corticostérone (17.0H.Cs/B) obtenues au cours de la pré-incubation des surrénales prélevées à
divers moments du cycle annuel, nous permet de préciser ces données et de mettre en évidence
une évolution qualitative de la sécrétion corticosurrénalienne.
Résultats.
Si nous examinons pour toute la phase de vie active du Lérot, c’est-à-dire toute la période
où l’animal vit éveillé à l’extérieur du laboratoire, les valeurs du rapport de sécrétion 17.0H.Cs/B,
nous constatons qu’elles sont hétérogènes ; calcul de variance, test d’homogénéité : F = 9,19 ;
nj = 6 ; n 2 = 23. Le calcul montre alors que la moyenne des rapports de sécrétion obtenue en
juin-juillet : 17.0H.Cs/B = 1,24 ± 0,10 (15 cas), est statistiquement différente de celle observée
au cours des autres moments de la vie active : 17.0H.Cs/B = 2,33 ± 0,13 (17 cas), dl = 30,
p < 0,001. Les mois de juin-juillet situent la période d’activité sexuelle qui, d’après ces résultats,
retentit qualitativement sur l’activité corticosurrénalienne (Boulouard, 1966).
Par contre, pendant la phase de sommeil hivernal, les valeurs du rapport 17.OH.Cs/B sont
très semblables, que l’animal soit en léthargie (température corporelle égale à 5 ou 6 °C, les
glandes sont alors incubées à 37 °C), ou soumis à un réveil (température corporelle égale a
37-38 °C), et quelle que soit la durée de l’hibernation préalable au moment du sacrifice (39 à
216 jours) ; test d’homogénéité : F = 0,64 ; n! = 6 ; n 2 = 22. La moyenne des rapports de
sécrétion pour toute la période d’hibernation : 17.OH.Cs/B = 3,39 ± 0,17 (31 cas) est signifi¬
cativement différente de celle de la période de vie active située en dehors de la période de repro¬
duction, dl = 46 ; p < 0,01.
Source : MNHN, Paris
150
R. BOULOUARD
Ces résultats sont résumés sur la figure 25. Ils justifient d*un point de vue qualitatif la sépa-
■ation de l’activité corticosurrénahenne au cours du cycle annuel en 3 périodes : lo période
l’hibernation ; 2° période d’activité vernale et de préparation à 1 hibernation, 3° période d’ac-
ration
d’hibernation.
tivité sexuelle.
Fio. 25. Evolution du rapport de sécrétion 17.0H.Cs/corticostérone au cours du cycle annuel chez le Lérot.
e rapport de sécrétion, 17.OH.Cs/B, est très significativement accru durant la période de
sommeil hivernal. L’hydrocortisone constitue alors la quasi totalité des 17.OH.Cs. Il y a donc
a .^ e P 0( l ue une orientation des systèmes enzymatiques responsable de la synthèse des cortico-
stéroides vers une sécrétion accrue d’hydrocortisone.
mnmeEt 11 ,?,? 1 ?’ ?° US aV °, nS VU que Ie Lérot P eut être mis en état de léthargie à n’importe quel
I e i annU I’ s ! m P lement en soumettant l’animal à l’action du jeûne et du froid,
juillet nous montr^ *1 sécrétion chez le Lérot mis brutalement en hibernation au mois de
à 12ftablemîwfTl5 ™ 0yenne des valeurs du rapport de sécrétion 17.OH.Cs/B est égale
Le 'retentissement ni v! lde “ t J que a Ç elui observé chez l’animal actif à cette époque de l’année,
que la mise brutal» Q ac J. lvlté sexue He sur les systèmes enzymatiques corticosurrénaliens ainsi
qualitative de la sécrétiol” rétoï d ° nC PaS à “ m ° ment adaptati ° n
géiiéra^’observ^ehe^tous^ea^anr 011 ' la sécrétion corticosurrénalienne est un cas
elle n’est pas une condition né mn ? au ? dont 1 hibernation est déclenchée à l’entrée de l’hiver,
pas une condition nécessaire a la manifestation de la léthargie.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT
151
Poids corporel
le 16.7
Corticostérone
plasmatique
fig /lOO ml
préincu
17 OH es
in vitro jig
wtion
B
surrénc
17 OH es
es
B
Cf 57, t
’21-,5
26,8
1
> 0,52
0.68
1,81
2,88
En
2 60
22,7
35,1
j
hibernation
<f 96,2
26,3
19,6
0,39
0,40
1.13
1,49
cf 71,2
24,0
30,2
1
> 0,53
0,84
1,28
2,36
2 76,9
15,3
25,6
1
Soumis à un
Cf 54
27,0
24,7
1,24
1,16
3,86
5,66
O* 104,5
51,6
25,3
1,90
2,07
«
6,85
Tableau 23. — Activité corticosurrénalienne chez le Lérot mis en léthargie en été par l’action du jeûne et du froid.
2) Aspect quantitatif de l’activité corticosurrénalienne
Nous avons vu que pendant la période de sommeil hivernal l’activité corticosurrénalienne
chez le Lérot se manifeste uniquement au cours des réveils périodiques. Nous allons examiner
l’importance relative de cette activité en la comparant à celles observées à divers moments de
la vie active.
La figure 26 résume nos observations sur l’évolution de l’activité corticosurrénalienne au
cours de la période de vie active. Elle est caractérisée par 2 phases d’activité maximale qui se
situent au moment de la période d’activité sexuelle (juin-juillet) et au début décembre, environ
1 mois avant le déclenchement de l’hibernation (Boulouard, 1966, 1967).
Résultats.
L’étude comparative des valeurs du taux des 17.OH.Cs dans le plasma, obtenues au cours de
l’hibernation et à divers moments de la période de vie active, ne peut permettre une conclusion
nette sur l’importance relative de l’activité corticosurrénalienne pendant l’hibernation. En effet,
la moyenne des valeurs plasmatiques observées au cours de l’hibernation (26,2 pg ± 1,53 ;
8 cas) est identique à celle obtenue au cours du cycle annuel d’activité (26,7 pg ± 4,79 ; 9 cas).
On peut toutefois noter que la dispersion de ces valeurs est moindre au cours du sommeil
hivernal (écart type : a = 4,3 contre 14,4). Ceci est dû à l’incidence des variations considérables
du taux des 17.OH.Cs au moment de la période de reproduction (50,1 pg à 9,3 pg), ainsi qu’aux
autres moments de la période d’activité (mai 13,4 pg ; décembre 48,1 pg) (fig. 26).
Par contre, la moyenne des valeurs de sécrétion chez le Lérot hibernant soumis à un réveil
(1,99 ± 0,09 pg/2 surr.) (tableau 21) est égale à la sécrétion maximale observée au cours de la vie
active (juillet 2,05 pg/2 surr. ; décembre 1,95 pg ± 0,18/2 surr.).
Source : MNHN, Paris
152
R. BOULOUARD
Fig. 26. — Evolution du taux plasmatique et de la sécrétion des 17.OH.Cs et de la corticostérone au cours de la période
de vie active du Lérot.
Les taux de sécrétion représentent une moyenne des valeurs de 4 à 6 animaux.
Discussion.
L activité sécrétrice de la corticosurrénale qui se manifeste uniquement au cours des phases
d homéothermie, est donc relativement très importante, comparée à divers moments de la vie
active. Elle représente généralement une activité maximale.
Il est alors curieux de constater que les variations considérables d’activité sécrétrice qui se
manifestent au cours des réveils périodiques ne se répercutent pas, comme nous l’avons déjà
observé, au niveau plasmatique. Ces observations mettent en valeur nos conclusions précédentes
sur une régulation étroite du taux plasmatique des corticostéroïdes chez l’hibernant.
Le maintien à un niveau bien déterminé du taux des corticostéroïdes dans le plasma, vérifié
nouveau ultérieurement, sera l’un des éléments nous permettant d’envisager le rôle de la
fonction corticosurrénalienne au cours du sommeil hivernal.
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ l’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT
153
3) Conclusions
L’activité corticosurrénalienne au cours du sommeil hivernal, estimée par l’activité sécrétrice
de la glande au moment des réveils, est généralement très importante.
La sécrétion de l’hydrocortisone par rapport à la sécrétion de la corticostérone est alors
nettement plus élevée que durant la période de vie active. Cet accroissement relatif de la sécrétion
d’hydrocortisone se maintient pendant toute la durée du sommeil hivernal.
C. — RÉGULATION DE L’ACTIVITÉ CORTICOSURRÉNALIENNE
AU COURS DE L’HIBERNATION
CHEZ LE LÉROT ET LE HÉRISSON
La mise en évidence d’une importante activité sécrétrice de la corticosurrénale lors des réveils
périodiques, semble impliquer une participation active de la fonction corticosurrénalienne au
déroulement de l’hibernation. Nous avons observé que cette activité, qui ne se répercute pas
sur le taux des corticostéroïdes plasmatiques, n’est pas associée à la thermogénèse de réchauf¬
fement proprement dite. Quelle est alors sa signification ? L’examen comparatif des valeurs de
la perte procentuelle de poids et de l’activité corticosurrénalienne obtenues à divers temps du
sommeil hivernal, nous permet de répondre à cette question.
Fig. 27. — Corrélation entre la vitesse de la chute pondérale et le taux plasmatique des 17.OH.Cs chez le Lérot au cours
du sommeil hivernal.
Source : MNHN, Paris
154
R. BOULOUARD
Rarmelons que le poids corporel du Lérot et du Hérisson évolue linéairement en fonction
Rappelons qu P , chapitre précédent). Ceci démontre que 1 intensité de l a
dC 3 d “„îon des réserves est conditionnée au départ de la léthargie et se maintient constante
Sant toute a duTde ^hibernation. La perte procentuelle de poids est donc une vafi
fixe pour chaque animal, indépendante de la durée de la léthargie. Elle représente la vitesse de
mobilisation des réserves corporelles.
Résultats.
Si nous confrontons respectivement dans le cas du Lérot et du Hérisson, les valeurs du taux
des 17 OH Cs plasmatiques obtenues aussi bien chez l’animal en léthargie que consécutivement
à un réveil] avec les valeurs de la perte procentuelle de poids, le calcul fait apparaître une corré¬
lation très significative :
a) Cas du Lérot :
Y = 86,106 X + 9,392 ; R = 0,908 ; dl = 6 ; p < 0,01
(Y = taux des 17.OH.Cs en pg/100 ml ; X = perte de poids en g % par jour) (tableau 19, fig. 27).
b) Cas du Hérisson :
Y = 56,716 X — 3,473 ; R = 0,851 ; dl = 9 ; p < 0,01
(tableau 20, fig. 28).
“’i difSSïttaïïû d " la Ciute « le tau* plasmatique des 17.OH.Cs chez le Hérisson .«
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMÉOTHERME ET L’HIBERNANT 155
c) De même les valeurs de sécrétion in vitro, relevées lors de la pré-incubation des glandes
prélevées chez le Lérot soumis à un réveil, sont en corrélation avec la perte procentuelle de
poids :
Y - 8,757 X + 0,210 ; R _ 0,634 ; dl = 16 ; p < 0,01
(Y = sécrétion des 17.OH.Cs en gg pour 2 surr. ; X = perte de poids en g % par jour) (fig. 29).
Discussion.
Le fait que les teneurs des 17.OH.Cs plasmatiques, obtenues aussi bien chez l’animal en
léthargie que soumis à un réveil, et la sécrétion in vitro mesurée après un réveil soient respecti¬
vement en corrélation avec la perte procentuelle de poids, démontre que la teneur des cortico-
stéroïdes plasmatiques au cours du sommeil hivernal est sous la dépendance étroite de la
sécrétion corticosurrénalienne consécutive au réveil. C’est cette sécrétion corticosurrénalienne
mesurée au cours de la phase d’homéothermie qui détermine le taux des corticostéroïdes circu¬
lants. Il apparaît ainsi, en confirmation de nos données précédentes, que la teneur des 17.OH.Cs
du plasma est étroitement régulée. Elle est fonction de la perte procentuelle de poids. Elle
résulte d’un équilibre établi à un niveau bien défini et maintenu constant à tous les stades du
sommeil hivernal, que l’animal soit en état de léthargie ou de réveil.
Il découle de ces observations (maintenance du taux hormonal plasmatique à un niveau
déterminé, association de la sécrétion corticosurrénalienne au cours de la phase d’homéothermie
et du taux des corticostéroïdes circulants) que le réveil de l’hibernant n’est pas accompagné
Source : MNHN, Paris
156
R. Boulouard
equumre. u col uuul - 7 ~ . . * . v
corticosurrénalienne durant le sommeil hivernal.
Cependant, nous avons indiqué qu’une telle préparation n’est pas une condition nécessaire
à la tombée en léthargie. Celle-ci peut être induite à tout moment du cycle annuel chez ces deux
espèces. La conséquence d’une absence ou d’une mauvaise préparation à la léthargie sera une
perte procentuelle de poids élevée qui se traduira par une forte activité corticosurrénalienne.
Il apparaît alors clairement qu’on ne peut parler de mise au repos de la fonction corticosur¬
rénalienne pendant l’hibernation, puisque son activité peut être très importante et que, par
ailleurs, elle est étroitement associée à l’intensité de la mobilisation des réserves corporelles.
La fonction corticosurrénalienne participe activement au déroulement de l’hibernation.
D. — CONCLUSIONS
Le taux hormonal plasmatique est étroitement régulé au cours de l’hibernation. Il est, pour
chaque animal, maintenu à un niveau constant pendant toute la durée du sommeil hivernal.
La teneur des 17.OH.Cs dans le plasma est déterminée par l’activité sécrétrice de la cortico¬
surrénale consécutive à chaque réveil, elle est proportionnelle à la vitesse de la chute pondérale
qui reste fixe pour toute la période d’hibernation.
La fonction corticosurrénalienne participe donc activement au déroulement du sommeil
hivernal, le niveau de son intervention est fonction de l’intensité de la mobilisation des réserves
corporelles, qui dépend elle-même de la préparation à l’hibernation.
mêm f n °us avons observé que chez le Rat soumis au ieûne et
rènalienne est supporté par le tnnv dec .1__.
froid, le rôle joué par la fonction cortico-
Dans ce cas, la sécrétion glandulaire n esi
Source : MNHN, Paris
DISCUSSION GÉNÉRALE
Rôle de la fonction corticosurrénalienne au cours de l'hibernation,
comparaison avec la réponse corticosurrénalienne
au cours des phénomènes de mobilisation des réserves énergétiques
chez le mammifère homéotherme permanent
Au cours de l’hibernation, le taux des 17.0H.Cs plasmatiques est proportionnel à la vitesse
de la chute pondérale. Ces 2 valeurs se maintiennent constantes, pour un animal donné, pendant
toute la durée du sommeil hivernal. Ces résultats démontrent un rôle des corticostéroïdes et
plus particulièrement de l’hydrocortisone dans la mobilisation des réserves de l’organisme.
L’intervention de la fonction corticosurrénalienne au cours de l’hibernation est donc analogue
à celle que nous avons observée chez le mammifère homéotherme permanent soumis au jeûne
et au froid, avec toutefois cette différence que chez ce dernier le taux des corticostéroïdes
plasmatiques est proportionnel, non à la vitesse de la chute pondérale, mais à la quantité de
réserves métaboliques utilisées.
Dans le cas du Rat et du Cobaye soumis au jeûne et au froid, nous avons interprété cette
intervention quantitative des hormones corticosurrénaliennes comme une réponse à l’accrois¬
sement des besoins de l’organisme en glucose. Une hypothèse identique peut être formulée
dans le cas du sommeil hivernal chez le Lérot et le Hérisson.
Pendant l’hibernation, la plus grande partie de l’énergie est dépensée au cours des réveils
périodiques : 90% selon Kayser (1952 b), Adolph et Richmond (1955). Chacun de ces réveils
périodiques détermine une consommation importante de glucose qui est reflétée par une chute
du glycogène hépatique (Lyman et Leduc, 1953 ; Saint-Girons et coll., 1961 ; Ambid et
Agid, 1967).
Or, d’après nos résultats (tableau 24), nous pouvons voir que le Lérot n’accumule pas un
stock de glycogène en vue de l’hibernation, mais que paradoxalement, la teneur en glycogène
du foie comparée à celles observées au cours de la vie active est abaissée en décembre au moment
de l’entrée en léthargie. Mayer et Bernick (1957), ont de même observé une diminution des
réserves glucidiques chez le Spermophile en hibernation. Ces données impliquent une interven¬
tion des mécanismes de la gluconéogénèse au cours de chaque réveil.
Via adiré
Hibernation
Date
Nombre
et
seie
Glycogène
foie total
"8
Date
Nombre
et
seie
Glycogène
foie total
«8
Dorée de
l'hibernation
jonrs
18/5
Icf
3$
179,1 ± 22,6
15/1
2 cf
29
26,1 ± 3,8
39
6/7
4 9
145,5 ± 8,1
6/5
2 cf
3ç
8.5 ± 1,4
150
30/9
1c t
<9
265,4 ±58,1
8/7
Icf
4 ?
10,3 ± 0.8
216
3/12
1 9
3 if
64,4 ± 8,4
8/1
3 d
’9
99.8 ±36,4
Tablbau 24. — Variations de la teneur en glycogène du foie au cours du cycle annuel chez le Lérot.
Une interprétation simple du rôle de la fonction corticosurrénalienne au cours du sommeil
hivernal, peut alors être proposée :
Source : MNHN, Paris
158
R. BOULOUARD
_ Une bonne régulation du sommeil hivernal se traduit par une intensité de mobilisation
des réserves corporelles faible, l'animal a des réveils peu fréquents par suite les besoins en glucose
sont réduits et l'activité corticosurrénalienne qui agit sur la gluconéogénèse sera fixée à u n
niveau peu élevé. ,, ,
- Inversement, dans le cas d’une hibernation mal régulée, la vitesse importante de la chute
pondérale provoquée par des réveils fréquents, impliquera une activité gluconéogétique élevée.
Cette interprétation simple se heurte à certaines objections que nous niions examiner
brièvement.
a) Le mécanisme d’action des corticostéroïdes dans la gluconéogénèse est controversé
(Landau 1965) et de nombreuses données de la littérature suggèrent que l’un des rôles, ou
le rôle primordial, des glucocorticoïdes serait d’inhiber les oxydations du glucose (Berck et
McGarry, 1962). Si le rôle physiologique essentiel des glucocorticoïdes concerne l’économie
des oxydations du glucose, une interprétation du rôle de la fonction corticosurrénalienne dans
les phénomènes de mobilisation des réserves énergétiques voisine de la précédente peut être
formulée :
— chez l'hibernant, dans le cas d’une perte procentuelle de poids faible, les besoins en
glucose sont réduits ; il en résulte un niveau peu élevé de l’activité corticosurrénalienne et
inversement ;
— chez le Rat et le Cobaye soumis au jeûne et au froid, l’on peut envisager une activité
inhibitrice des oxydations du glucose de plus en plus élevée par suite de la disparition progressive
des réserves glycogéniques.
D’après les données actuelles sur l’action initiale des glucocorticoïdes sur le métabolisme
du glucose, les deux interprétations que nous avons suggérées ne sont pas incompatibles et
peuvent se manifester au même moment. En effet, l’action des glucocorticostéroïdes sur le
métabolisme du glucose ne peut être séparée de l’intervention régulatrice éventuelle d’autres
hormones. Ainsi Landau (1965) dans une revue récente sur ce problème, suggère : « Les gluco¬
corticoïdes agissant à un site biochimique commun au niveau des tissus qui produisent le glucose
(foie, rein) et dans les tissus périphériques, pourraient provoquer une stimulation de Ta pro¬
duction dans les premiers et une inhibition de l’utilisation dans les seconds. L’un ou l’autre
de ces effets pourrait être masqué chez l’animal intact par d’autres facteurs de régulation du
métabolisme des glucides, tels l’insuline ».
b) Il est reconnu que l’engraissement des hibernants en automne reflète, dans une certaine
mesure, la préparation à l’hibernation et la plus grande partie de l’énergie utilisée pendant le
sommeil hivernal provient des lipides (Lyman et Chatfield, 1955 ; Hoffman, 1964 a). L’action
« permissive » des corticostéroïdes dans la mobilisation des lipides est bien connue (Descomps
et coll., 1967). Cependant une action directe des glucocorticoïdes dans la mobilisation des lipides
a été suggérée (Fain et coll., 1963 ; Hill et coll., 1965). De plus, l’administration simultanée de
1 hormone de croissance et de corticostéroïdes provoque une action lipolytique beaucoup plus
importante que celle induite par l’administration séparée de ces hormones (Fain et coll., 1965).
Une intervention quantitative des glucocorticoïdes en conjonction avec d’autres hormones,
dans la mobilisation des lipides, peut donc être envisagée.
Par ailleurs, le métabolisme des acides gras et du glucose est étroitement associé (Randle
e coll., 1963). Selon Walter et coll. (1966), les acides gras sont non seulement une source
nergie nécessaire à la gluconéogénèse, mais jouent un rôle décisif dans ce processus en inhibant
i oxydation du pyruvate et en stimulant sa carboxylation.
rnrF ensen ! bl r de CCS données su g§ ère une interprétation plus générale du rôle de la fonction
icosurrénalienne au cours de la mobilisation des réserves de l’organisme. La corticosurrénale
0 ,. Son ac , tion esse ntielle sur le métabolisme du glucose, exercer en relation avec
a j- S 8 andes endocrines, un rôle clef dans la régulation du métabolisme intermédiaire,
ire ans la répartition des divers métabolites utilisés pour fournir l’énergie,
de la Zlir ^nant, 6S ? èce naturellement adaptée aux conditions de jeûne, un état d’équilibre
a mobilisation des réserves énergétiques est établi. Il est reflété par l’évolution linéaire de la
Source : MNHN, Paris
FONCTION CORTICOSURRÉNALIENNE CHEZ L’hOMEOTHERME ET L’HIBERNANT 159
chute pondérale au cours du sommeil hivernal. Les proportions relatives de glucide, lipide et
protide utilisées pour fournir l’énergie, peuvent être considérées comme restant sensiblement
constantes au cours de l’hibernation. En effet, une modification qualitative des réserves méta¬
boliques utilisées au cours du sommeil hivernal, entraînerait une modification de la perte
procentuelle de poids.
L’activité corticosurrénalienne établie à un niveau bien déterminé au début de l’hibernation,
serait un reflet de cet état d’équilibre qualitatif de la mobilisation des réserves énergétiques.
Par contre, dans le cas du Cobaye et du Rat, cet équilibre entre les divers métabolites utilisés,
ne peut, très probablement, être maintenu par suite de la disparition rapide des réserves, en
particulier des réserves glucidiques. L’accroissement de l’activité corticosurrénalienne propor¬
tionnel à la perte de poids traduirait l’adaptation du métabolisme intermédiaire à ce déséquilibre
croissant des diverses sources énergétiques disponibles.
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Nos résultats mettent en évidence l'intervention de la fonction corticosurrénalienne lors d e
conditions physiologiques impliquant une mobilisation des réserves de 1 organisme.
La réponse corticosurrénalienne à ces conditions est de nature quantitative et qualitative
Elle est supportée par les variations du taux hormonal plasmatique.
a) Réponse quantitative. - Le taux plasmatique des corticostéroïdes est proportionnel à
la quantité de réserves métaboliques mobilisées chez le Rat et le Cobaye. Il est proportionnel
à l'intensité de la mobilisation des réserves chez le Lérot et le Hénsson au cours du sommeil
b) Réponse qualitative. — Le sécrétion de la 18.OH.DOC est favorisée par rapport à la sécre.
tlon de la corticostérone, soit au cours de l’adaptation au froid, soit en réponse à l'action du
jeûne et du froid chez le Rat.
La sécrétion de l’hydrocortisone est accrue par rapport à la sécrétion de la corticostérone
au cours du sommeil hivernal chez le Lérot.
Ces exemples d’adaptation qualitative de la sécrétion corticosurrénalienne suggèrent, par
analogie, un rôle de type glucocorticoïde dans le cas de la 18.OH.DOC chez le Rat. Nous avons
par ailleurs montré les particularités du métabolisme de la 18.OH.DOC, comparé à celui de la
corticostérone, chez le Rat soumis à diverses conditions expérimentales.
L’intervention de la fonction corticosurrénalienne au cours de l’action du froid, ou du jeûne,
ou du jeûne plus froid chez le mammifère homéotherme permanent (Rat, Cobaye) et au cours
du sommeil hivernal chez le mammifère homéotherme hibernant (Lérot, Hérisson), présente
donc une grande analogie. Dans chacun de ces cas, la mise en activité de la fonction cortico¬
surrénalienne est une réponse associée à la mobilisation des réserves énergétiques.
Toutefois, l’aspect quantitatif de cette réponse est différent. Cette différence peut être
interprétée par le fait que, chez l’hibernant, espèce naturellement adaptée aux conditions de
jeûne, un état d’équilibre de la mobilisation des réserves énergétiques est établi. Il est reflété
par l’évolution linéaire de la chute pondérale au cours du sommeil hivernal. Les proportions
relatives de glucides, lipides, protides, utilisées durant chaque phase de sommeil et de réveil,
peuvent être considérées, d’un point de vue global, comme restant sensiblement constantes au
cours de l’hibernation. L’activité gluconéogénique est donc fixée à un niveau défini. Par contre,
dans le cas du Rat ou du Cobaye soumis au jeûne et au froid, cet équilibre entre les divers
métabolites utilisés ne peut vraisemblablement être établi ou maintenu, par suite de la rapidité
de la disparition des réserves. Il peut être alors envisagé que les besoins en glucose deviennent
de plus en plus importants à mesure que l’action du froid se prolonge.
Ces observations peuvent rendre compte de l’aspect original de la réponse corticosurréna-
liernie obtenue dans chaque cas : taux des corticostéroïdes plasmatiques proportionnel à la
perte de poids chez le mammifère homéotherme permanent, proportionnel à la vitesse de chute
pondérale chez le mammifère hibernant.
Cependant, en raison de son intervention possible dans la mobilisation des lipides et de
Al*T a< f 10 . n du . métab ?lisme des glucides et des lipides, une interprétation plus générale du
r f. a y )ncbl0n corticosurrénalienne au cours de la mobilisation des réserves de l’organisme
peut etre formulée :
fn . a ré ^“ at ’ on du , taux des corticostéroïdes plasmatiques : d’une part à un niveau constant,
onction d un état d’équilibre de la mobilisation des divers métabolites chez l’hibernant, d’autre
hnmAntiü 111 ^ 311 de P * us en p ^ us à mes ure de la mobilisation des réserves chez le mammifère
avec l’nrHÜ’+ P ^ m + nent ’. peut su §8 érer <I ue la fonction corticosurrénalienne joue, en relation
intermédiaire a * tre J S gla J ndes end °crines, un rôle clef dans la régulation du métabolisme
pour fournir l'énergie'^ 11 " 6 ** anS * ^* ab ^ sscme nt de l’équilibre des divers métabolites utilisés
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Dépôt légal : 4 e trimestre 1969
Source : MNHN, Paris
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